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Tuesday, 30 December 2014

La Tunisie a un nouveau président. Et maintenant ?

par Fausto Giudice
Le 21 décembre 2014, les Tunisiens ont élu Béji Caïd Essebsi, 88 ans, président de la République. Voyons d'abord les chiffres, qui sont très parlants.
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Population totale : 10 982 754
Population en âge de voter : 7 569 825
Électeurs inscrits : 5 308 354
Votants au 1er tour : 3 339 666 (Abstentions : 37,09%)
Votants au 2ème tour : 3 189 672 (Abstentions : 40,92%)
Blancs et nuls: 79 340
Mohamed Beji Caïd Essebsi : 1 731 529 voix (55.68%)
Mohamed Moncef Marzouki : 1 378 513 voix (44.32%).


Le Président élu représente donc 15,77% de la population totale et 32,67% des électeurs inscrits. C'est ce qu'on appelle la démocratie représentative. Il n'en est pas autrement ailleurs, dans les "vieilles démocraties". En France, François Hollande a été porté à la présidence par 18 millions d'électeurs, sur un peu plus de 43 millions d'inscrits sur les listes électorales, il représente donc 28% de la population totale et 40% des électeurs inscrits. Aux USA, Obama a été élu par 66 millions d'électeurs, soit 20% de la population totale et un quart de la population en âge de voter.

Cacofonía
 Cacophonie entre le rêve de l’électeur et celui du candidat, par Tawfik Omrane
À droite, rêve de l'électeur : Travail ; Liberté ; Dignité.
À gauche, rêve du candidat : La chaise..
Ces chiffres devraient relativiser les passions déclenchées par cette élection présidentielle, la "première élection présidentielle démocratique et transparente" de l'histoire de la Tunisie, qui a vu la victoire du "champion de la laïcité", le "seul en mesure d'empêcher une dictature islamiste et de faire revenir les investisseurs". La réalité qui attend le peuple tunisien est malheureusement moins enthousiasmante.
Le nouveau président, dont le parti, gagnant des élections législatives d'octobre, ne dispose cependant pas d'une majorité parlementaire stable, va devoir se mettre au travail pour appliquer les conditions fixées par le FMI et la Banque mondiale pour le prêt d'1,75 milliard de dollars (1,3 milliard d'Euros) sur deux ans – et remboursables en cinq ans -, dont 1,15 ont déjà été versés à la Tunisie depuis juin 2013 et le reste devrait suivre, qui s'ajoute à la dette extérieure héritée du régime Ben Ali, qui s'élève à 13 milliards d'Euros (sur les 18 de l'ensemble de la dette publique tunisienne).
Les conditions fixées à Washington pour ce prêt sont classiques : compressions budgétaires, gel des embauches de fonctionnaires, baisse des impôts sur les sociétés, privatisation des banques et, ce qui risque de mettre le feu aux poudres, suppressions des subventions étatiques aux produits de première nécessité : farine, semoule, sucre, essence, électricité, ciment. La dernière fois qu'un gouvernement tunisien avait augmenté le prix du pain sur ordre de la Banque mondiale, en 1984, Bourguiba avait du annuler la mesure après quelques jours d'émeutes qui avaient fait plusieurs centaines de morts.
Cette fois-ci, une augmentation drastique des prix du carburant, entraînant l'augmentation des prix des transports publics et privés, risque de faire exploser la colère populaire, à la différence de l'Égypte, où l'augmentation de 50% des prix du carburant en juillet dernier a été encaissée par les Égyptiens, qui savent que la seule réponse à une révolte de la part du régime du maréchal Sissi seraient des tirs à balles réelles. La "nouvelle Tunisie démocratique" pourra difficilement recourir au même type de réponses.
Le renard se retrouve donc maintenant dans le poulailler et doit trouver un moyen "démocratique" de manger les poules. Il lui faudra beaucoup d'imagination. Les poules le tiennent à l'œil.

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