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Wednesday, 31 December 2014

Mexique: Ce qui résiste est un soutien

par John Ackerman, Proceso N° 1991, 30-12-2014
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
Une des stratégies les plus efficaces utilisées par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) pour rester au pouvoir depuis sa fondation en 1946 a été de promouvoir activement une opposition domestiquée. Alors que l'opposition rebelle menace le système néolibéral autoritaire, une absence totale de critique externe conduit au débordement de la corruption interne et à l'effondrement de la légitimité publique. "Ce qui résiste est un soutien ", selon la formule de Jesús Reyes Heroles lors de son passage au Ministère de l'Intérieur durant la présidence de José López Portillo (1976-1982).

Angel Aguirre, gouverneur PRD du Guerrero jusqu'à sa démission le 26 octobre dernier, et Carlos Navarrete, sénateur et président du PRD, après une conférence de presse en octobre dernier. Photo: Germán Canseco

Les loups du vieux PRI géraient efficacement le difficile équilibre entre pouvoir autoritaire et critique réformiste. Mais l'absence totale de politiciens professionnels parmi les «nouveaux» priistes a mis en danger l'ensemble du système de corruption structurelle. C'est catastrophique pour ceux qui dépendent du système pour leur survie. Mais c'est source d'espoir pour le secteur toujours plus large  de la société qui a faim de justice et soif de paix.

Le premier président issu des rangs du PRI, Miguel Alemán Valdés (1946-1952), est celui qui a jeté les bases d'un grand nombre de pratiques autoritaires actuelles les plus négatives, y compris le "charrismo"* syndical, la corruption et la collusion entre les grandes entreprises et les hauts fonctionnaires du gouvernement, ainsi que le pouvoir de monopole de Televisa.
Alemán fut aussi qui a perfectionné le modèle du parti d'opposition «loyale» avec la création du Parti populaire (PP) de Vicente Lombardo Toledano en 1948.

Lombardo voyait clairement, dès le début, le but de son nouveau parti: "Il ne s'agit pas de créer un parti d'opposition au gouvernement, mais, au contraire, de créer une force de soutien au gouvernement et aux institutions démocratiques et révolutionnaires contre les forces de la réaction. (...) Le Parti populaire sera un parti d'aide au régime et de critique constructive ", écrivait-il en 1947.

Aujourd'hui, le Parti de la Révolution Démocratique (PRD) est devenu un monstre autoritaire encore pire que l'ancien PP. Le soutien du PRD au régime n'est même pas discursif ou hypocritement "contre les forces de la réaction". Et la "critique constructive" de Lombardo a été remplacée aujourd'hui par une infâme soumission totale du PRD aux rois de la corruption.

La force conjuguée de la signature du «Pacte pour le Mexique» et de l'échec des gouvernements locaux du PRD ont mis fin au caractère d'opposant démocratique de l'ancien parti d'opposition. José Luis Abarca, Angel Aguirre, Jésus Zambrano, Carlos Navarrete, Miguel Angel Mancera et leurs autres camarades de parti ne représentent que leurs propres intérêts mesquins et obscurs.

La bonne nouvelle est que la fin du PRD signifie aussi la fin de l'autorégulation et de la capacité d'adaptation du parti au pouvoir. La disparition de l'acteur politique qui a fait office de principal adversaire du régime depuis 1989 a généré la nécessité sociale de l'émergence d'une nouvelle force d'opposition. Comme la domestication par Carlos Salinas de Gortari  du Parti d'action nationale (PAN) avait ouvert l'espace pour l'apparition d'abord du PRD puis de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), aujourd'hui la mort du PRD donne une impulsion énorme à la fois à la naissance du Morena** qu'à la consolidation du mouvement d'Ayotzinapa.

Ceux qui ont intérêt à ce que le nouveau cycle de résistance ait plus de succès que le précédent feraient bien d'apprendre des erreurs du passé. Peut-être la plus grosse erreur a-t-elle été l'échec à coordonner actions et stratégies entre forces sociales et forces de l'opposition partisane. Tant le purisme sectaire des leaders sociaux que l'opportunisme corrompu des  dirigeants de partis ont généré un mur infranchissable entre deux manière différentes de faire de la politique, qui devraient théoriquement marcher ensemble.

Le principal défi aujourd'hui est de surmonter ce mur pour finalement produire une opposition politique forte dont la résistance ne serve plus à soutenir le régime, mais qui aie assez de force pour simultanément  transformer et prendre le pouvoir, directement ou indirectement, aux niveaux local et national. Les exemples du Brésil, de l'Argentine, de la Bolivie, de l'Équateur, de l'Uruguay et du Venezuela montrent qu'on ne peut accumuler suffisamment de force sociales pour vaincre les pouvoirs en place qu'en établissant une articulation claire entre les mouvements populaires et les citoyens prêts à concourir pour des charges électives. Pour que cela réussisse au Mexique, il faudrait que tout le monde mette un moment de côté de ses préjugés théoriques et sa méfiance historique légitime pour s'unir et s'identifier dans une lutte commune contre le pillage, la répression et la corruption.

Il y a un an Enrique Peña Nieto et ses coryphées effeuillaient leurs marguerites et se donnaient des grosses claques dans le dos pour célébrer la «réussite» historique qui consistait à avoir donné le secteur de l'énergie aux oligarques nationaux et aux entreprises transnationales. Aujourd'hui, les puissants souffrent d'une gueule de bois terrible en réalisant que leurs excès irresponsables ont généré un large mouvement social qui menace de mettre fin à leur maintien au pouvoir.

En cette nouvelle année, l'opposition a une grande opportunité historique d' arrêter enfin de soutenir le régime et de commencer la transformation du pays. Mais pour que 2015 puisse être une année de victoires citoyennes les divers courants de la résistance devront d'abord mettre leur orgueil en sourdine et marcher humblement la main dans la main avec leurs frères et sœurs de combat dans tout le pays.

NdT
*Charrismo: de charro (équivalent mexicain de cow by ou de gaucho), surnom de Jesús Díaz de León, leader corrompu du syndicat des cheminots mexicains qui, dans les années 40, fit passer son syndicat sous la coupe du PRI.
** MORENA: Movimiento Regeneración Nacional, créé en 2012 par Andrés Manuel López Obrador, ancien candidat du PRD à l'élection présidentielle, et reconnu comme parti politique en juillet 2014.

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