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Tuesday, 27 January 2015

La Grèce et ses deux Alexis

par Vladislav Marjanović, Tlaxcala 

Le héros du roman et le héros du jour
Les Grecs ont un esprit jovial, quelque peu léger, voire même naïf. C'est ainsi les voit-on en Occident. Deux Alexis les incarnent. Alexis Zorba, le bon-vivant crétois du roman de Nikos Kazantzakis, adapté au cinéma par le célèbre metteur en scène Michael Cacoyannis, et Alexis Tsipras, le charmant politicien de la gauche grecque qui vient d’emporter les élections du 25 janvier 2015. La coïncidence n’est peut-être que fortuite, mais les deux personnages possèdent ce charisme irrésistible qui ne peut laisser personne indifférent. L’acteur Anthony Quinn, qui jouait le rôle d’Alexis Zorba, remplissait les salles de cinéma à travers le monde, tandis que le politicien Alexis Tsipras a entrainé non seulement les électeurs, mais aussi toute la gauche européenne dans son sillage. Tsipras est devenu le héros du jour, le symbole de cette jeunesse sacrifiée sur l’autel des « réformes » néolibérales dont la Grèce a subi les effets de plein fouet. Rembourser une dette de 320 milliards d’euros, remettre l’économie ravagée par les « mesures d’austérité » de la fameuse « troïka » internationale composée par la Commission Européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international de nouveau en marche, diminuer les tensions internes aussi bien politiques que sociales, voilà le défi qui se pose au nouveau gouvernement. Tâche tout sauf que simple qui exigera d’autant plus d’habilité et d’énergie que la victoire du parti victorieux Syriza n’est pas complète. Il a, en effet, raté d’un cran la majorité absolue et devra compter avec l’opposition conservatrice de Nouvelle démocratie qui, probablement ne tardera pas de lui mettre des bâtons dans les roues.

L’année de la nouvelle gauche
Mais pour l’instant, l’ambiance est à la fête. On saute de joie. On jubile. Les deux partis traditionnellement au pouvoir en Grèce, inféodés à deux familles, les Karamanlis pour Nouvelle démocratie et les Papandréou pour le PASOK socialiste, qui dirigeaient alternativement la Grèce depuis des décennies, ont subi une défaite historique. Si Nouvelle démocratie pourra encore se relever après le KO électoral, une renaissance du PASOK semble plutôt improbable. Le parti s’était, peu avant les élections, scindé en deux. Ses activistes qui tentaient de mobiliser la population au contact direct dans les rues étaient conspués et devaient dégager le terrain sous la pluie de légumes qu’on leur jetait à la figure dans un marché d’Athènes. L’indignation de la population envers les partis traditionnels immergés dans la corruption et le népotisme s’était décuplée après que ces mêmes partis avaient livré la Grèce à la « troïka ». Le parti Syriza d’Alexis Tsipras, qui est un assemblage de plusieurs partis de la gauche radicale, leur fait non seulement miroiter l’espoir de sortir de la misère, attribuée en premier lieu à l’Union Européenne, mais aussi une paille à laquelle elle s’accroche comme à une bouée de sauvetage. Le discours de Tsipras est clair. C’est un « non » au remboursement des dettes, « non » à l’austérité imposée par la « troïka », « non » à la chancelière allemande Angela Merkel, dont le gouvernement est perçu comme dominant en Europe et, même, « non » à la monnaie unique européenne, l’euro, considérée comme principale cause du renchérissement de la vie. Ce « non » est un défi en premier lieu à l’Union Européenne que Tsipras avait plus d’une fois menacé de quitter une fois arrivé au pouvoir, mais aussi au système néolibéral. Il encourage les forces de la gauche en Europe à faire de même. Parmi les premiers à saluer la victoire de Tsipras, le président français, le socialiste François Hollande. Du fond de l’abîme de son impopularité, la victoire de Syriza est, après l' attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo une nouvelle marche vers la sortie. Le chancelier social-démocrate autrichien Werner Faymann, dont le prestige s’estompe, se réjouit « d’une coopération future » avec Tsipras. Huit députés du parti social-démocrate et des Verts autrichiens ont, quatre jours avant les élections en Grèce, manifesté leur soutien à Syriza. Sa victoire ne restera certainement pas sans effet surtout dans d’autres pays du sud de l’Europe. En Espagne, le mouvement Podemos  de la gauche radicale a le vent en poupe et pourrait arriver au pouvoir. L’Italie et le Portugal, vont-ils suivre ? Le quotidien US Washington Post  du 2 janvier 2015 avait déjà écrit que l’année 2015 serait celle de l’émergence de la « nouvelle gauche ».
Le nouveau héros grec, par Petar Pismestrović, Autriche
L’horreur des eurocrates
Un scénario d’horreur ? Ça dépend. Pour les eurocrates certainement, surtout si Tsipras s'avisait de réaliser sa menace initiale d’abandonner l’euro pour revenir à la monnaie nationale – le drachme. Mais le Washington Post  rassure : cette nouvelle gauche grecque, espagnole et autre n’est pas marxiste, mais keynésienne. Une révolution, donc, n’aura pas lieu. Au mieux, un frein au fonctionnement des marchés sans contrôle de l’État. Ce sera, d’ailleurs, acceptable pour le magnat financier US-américain d’origine hongroise George Soros qui contrôle d’ailleurs le Washington Post  et qui, théoriquement, plaide contre le néolibéralisme débridé et affirme que « les marchés ont besoin d’un gouvernement ». Et Tsipras ? Ses « non » initiaux semblent s’être transformés depuis en des « non, mais ». L’abandon de l’euro ne semble plus être d’actualité. Soros, qui avait conseillé cette issue à l’Allemagne, s’était rétracté sur cette question aussi. Tsipras ne plaide que pour l’annulation partielle de la dette et pour le rééchelonnement du reste sur 50 ans ! La menace de quitter l’Union Européenne est atténuée : il préfère donner plus de poids aux partis de gauche dans le Parlement européen. Quant à ses « oui », on ne voit pas clairement quels autres changements pourraient intervenir sauf un retour à la situation sociale d'avant l’introduction des mesures d’austérité. Les super-riches grecs et les multinationales ne semblent pas être menacés d’expropriation et de nationalisations. Il ne faut donc pas avoir peur. Le spectre de la révolution s’avère plutôt être une chimère.
Mais l’Union Européenne et, surtout, la chancelière Merkel, ne sont pas rassurés pour autant.
Rainer Hachfeld
Neues Deutschland, Allemagne
L’exemple de Tsipras peut être contagieux. Si le sud de l’Europe va faire front, les fissures au sein de l’Union deviendront plus graves. La conséquence ne pourrait être qu’une déstabilisation encore plus poussée de cet ensemble qui a du mal à raffermir sa cohérence. Une Union Européenne ferme et sous contrôle de l’Allemagne pourrait s’avérer un concurrent qui n’hésiterait pas à défier la domination US sur le continent. Pire, si l’Allemagne basculait du côté d’une Russie revenue en puissance et liée à la Chine par le traité de Shanghai, les USA se verraient boutés hors de l’Europe. Le seul moyen d’empêcher cette éventualité serait de déstabiliser l’Union Européenne en fomentant les dissensions de toute sorte. Renforcer la contestation au nom de la défense des intérêts des couches les plus défavorisées et des groupes minoritaires, la gestion du flux migratoire, coordonner les révoltes des demandeurs d’asile à travers l’Europe, mettre au pas les partis sociaux-démocrates et les faire venir au pouvoir, contrôler la liberté d’opinion par le « politiquement correct » semblent être des moyens pacifiques qui ne manquent pas d’effet. La victoire de Syriza en Grèce pourrait, dans ce jeu, devenir une pièce maitresse. Est-elle sur la voie de le devenir ?
Danser le sirtaki ou ne pas céder à l’ennemi
Pour le moment, on n’ose pas y penser. Les grands médias se résignent à analyser les effets de l’issue des élections ou de décrire l’ambiance sans aller plus loin. Seule une caricature de Markus Szyszkowitz  parue dans le quotidien autrichien Die Presse du 24 janvier 2015 laisse présager que derrière la victoire de « Syriza » pourraient se cacher d’autres intérêts. Elle présente un oncle Sam montrant la voie vers Athènes à un Tsipras portant une ceinture bourrée d’explosifs et lui disant « …et avec notre super-agent on va faire tomber l’euro » !
La caricature pourrait paraitre osée et allant trop loin. Mais Tsipras, n’était-il pas allé en 2013 tenir une conférence à la Columbia Law School qui avait été financée par L’Institut pour la nouvelle pensée économique (Institute for New Economic Thinking INET), une boite à idée de George Soros ? L’hebdomadaire allemand Wirtschaftswoche qui a rapporté cet événement dans son numéro du 13 février 2013 avait attiré les foudres du directeur de l’INET une semaine plus tard. Or, lors de son séjour aux États-Unis, Tsipras aurait rencontré aussi le ministre adjoint US-américain pour les affaires de l’Europe Erik Rubin et le vice-ministre des finances Christopher Smart qui est responsable aussi pour les affaires de l’Europe et l’Eurasie. Ces rencontres n’avaient certainement pas le caractère de pure courtoisie…
Des bruits courent que Soros subventionne aussi bien Syriza que Podemos. S’ils sont fondés, dans ce cas tout leur engagement social ne serait qu’un écran servant à dissimuler son objectif véritable : l’élimination de l’Union Européenne comme facteur de concurrence qui risque même de faire échouer le projet de Partenariat transatlantique pour le commerce et les investissements (TTIP) devant la mettre sous sa coupe pour de bon. Dans ce cas, ne vaut-il mieux avoir affaire à des petits États-nations dont l’élite n’aurait pas de forces pour résister à cette intention US-américaine? Cette alternative pourrait avoir des avantages pour les USA, mais certainement pas pour la relance économique des pays concernés. Bien au contraire, ces derniers risquent de se voir confronter à un nouvel échec. Que pourraient-ils alors faire ? Danser le sirtaki comme Alexis Zorbas ou bien ne pas se laisser entraîner dans des compromis douteux avec ceux qu’on nommait naguère  « ennemis de classe » mais auxquels la désignation d’ennemis de la société et de l’humanité conviendrait bien mieux ? À Tsipras d’y réfléchir …
Sur le même sujet, lire :
Alexis Tsipras, version 3.0 : coopté par la Sainte Alliance des Socialos et des Jèzes
par Fausto Giudice, 6/10/2014 

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