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Thursday, 1 January 2015

Métamorphose néo-capitaliste

De Pier Paolo Pasolini à Guy Debord : la société du spectacle et la métamorphose du néo-capitalisme en activité contemplative 
par Andrea Pesce, Sinistra in rete, 28-12-2014
Traduit par Rosa Llorens
pour vineyardsaker.fr
Le sens de la vue jouit depuis des millénaires du privilège d’être le plus étudié et cité dans les réflexions des plus grands philosophes. Aristote, dans la Métaphysique, en fait le sens privilégié de l’homme, dans la mesure où « nous préférons la vue à toutes les autres sensations, non seulement quand nous visons un objectif pratique, mais aussi quand nous n’avons l’intention d’accomplir aucune action. Et la raison en est que cette sensation, plus que toute autre, nous fait acquérir des connaissances et nous offre de façon immédiate une grande quantité de différences ».


Pier Paolo Pasolini en 1971, lors d'une irterview
La vision implique donc, selon le Stagirite, d’entrer en contact avec l’altérité, avec un quelque chose qui n’est pas une partie de nous (au sens corporel, matériel), mais, en même temps, est en rapport intime avec nous : les choses que nous percevons à travers l’oeil pénètrent dans notre cerveau et, dans de nombreux cas, demeurent comme une trace indélébile dans notre mémoire. Caractère paradoxal du regard : ce qui ne peut nous voir est ce qui nous caractérise, de même que celui qui voit ne peut apercevoir son oeil qui observe.
S’il est vrai, comme le voulait Aristote, que la philosophie naît de l’émerveillement devant les phénomènes naturels et de nos interrogations face à eux, il est inévitable que naisse de là une discipline qui s’occupe de ces questions : l’esthétique.
Le philosophe A. G. Baumgarten utilise pour la première fois ce terme dans un ouvrage de 1735 intitulé Aesthetica, consacré à la connaissance sensible à travers l’art et la beauté. On y rappelle que l’irruption en nous du sentiment esthétique, ce quelque chose qui nous trouble, nous émeut ou nous bouleverse en profondeur, ne provient pas seulement de la contemplation ou de la simple participation visuelle en rapport avec des œuvres d’art plastiques ou visuelles ; une poésie ou un roman, une symphonie ou un simple passage musical peuvent nous offrir, avec autant de force, ce trouble émotif si absorbant et exclusif. Tout cela, aujourd’hui, est devenu, sous des formes dégradées, maltraitées, faussées et avilies, une partie de la société du spectacle.
Depuis les temps du théâtre grec, le spectacle est devenu une institution sociale dans laquelle des groupes de personnes, dites spectateurs, passent leur temps à assister à une représentation, en proie à leurs émotions. Rien de scandaleux dans tout cela. Le spectateur, après avoir assisté à la tragédie représentée, retournait à sa vie de toujours, en ayant peut-être appris quelque chose de plus sur les problèmes de l’existence humaine. Les moyens de communication de masse ont complètement bouleversé ce dispositif. La dimension spectaculaire a été portée au plus haut degré d’exposition. Tout est spectacle : depuis les journaux télévisés aux guerres, depuis le fait de prendre une douche à celui de se faire un œuf sur le plat.
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