Le site Tlaxcala est de nouveau en ligne !
The Tlaxcala site is online once again!
La página web de Tlaxcala está de nuevo en línea!
Die Website von Tlaxcala ist wieder online!
http://www.tlaxcala-int.org

Saturday, 14 February 2015

« En l’absence d’analyse historique, l’Ukraine restera une poudrière »
Interview de l'historien Grzegorz Rossoliński-Liebe

L’historien Grzegorz Rossoliński-Liebe parle du nationalisme ukrainien et de ses difficultés à cohabiter avec la pluralité culturelle 
par , Telepolis, 10.02.2015
Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
GrzegorzRossoliński-Liebe, un historien né en Pologne et résidant à Berlin, a effectué des années de recherches sur le nationalisme ukrainien et écrit la première biographie scientifique de Stepan Bandera, où il débat en profondeur du mythe et du culte politique dont celui-ci est l’objet. Dans cette interview accordée à Telepolis, Rossoliński-Liebe parle de l’importance que revêtent le nationalisme et de l’absence d’analyse historique dans le conflit ukrainien.

Monsieur Rossoliński-Liebe, depuis de longues années vous faites des recherches sur l’histoire de l’Ukraine et vous connaissez bien ce pays. Le conflit ukrainien qui a commencé il y a 15 mois déjà vous a-t-il surpris ?

Grzegorz Rossoliński-Liebe: Le conflit en soi ne m’a pas surpris,  mais son déroulement, la dimension qu’il a prise et la guerre qui a suivi, oui. Lorsque j’ai effectué mon semestre à l’étranger à Lemberg, en 2004, puis au cours de mes recherches sur l’Ukraine dans les années suivantes, l’hostilité politique et culturelle entre Ukrainiens de l’Est et de l’Ouest n’a cessé de me  frapper.  Ce sont surtout les Ukrainiens occidentaux de Galicie qui dévalorisaient les Ukrainiens orientaux. Ils se voulaient plus européens que l’Ukraine de l’Est et dénigraient ses habitants au motif que là-bas la langue et le nationalisme ukrainiens étaient moins présents.

Ce qui m’a toujours étonné dans cette histoire, c’est l’assimilation du nationalisme ukrainien de l’Ouest  à une valeur européenne et l’exigence de faire de tout le pays une nation sur le modèle de l’Ukraine occidentale (Ouest de la Galicie et Volhynie), au lieu de promouvoir la pluralité culturelle et de reconnaître au russe le statut de seconde langue officielle. La culture, la société et l’État ukrainiens en tireraient profit. Pour nombre d’habitants de l’Ukraine centrale et orientale, l’ukrainien a longtemps été et reste encore une langue qu’ils n’utilisent pas au quotidien et ne maîtrisent pas. Exiger d’eux qu’ils n’aient d’autre langue officielle que l’ukrainien à l’école, à l’université ou dans les administrations me paraissait bizarre. Mieux traiter la diversité culturelle enlèverait en outre de l’eau au moulin de Vladimir Poutine et des séparatistes de l’Est, parce qu’ils n’auraient plus besoin de « protéger » les Ukrainiens de l’Est et les Russes qui vivent en Ukraine.
Célébration du 107ème anniversaire de la naissance de Stepan Bandera, Kiev, 1er janvier 2015
Photo : Nabak/CC-BY-SA-3.0

Vous avez étudié le nationalisme ukrainien et souligné, dans votre publication, l’hétérogénéité du pays. Le nationalisme a-t-il favorisé le conflit ukrainien ?

Grzegorz Rossoliński-Liebe: Du point de vue politique l’Ukraine a suivi, après l’éclatement de l’Union soviétique, une évolution très particulière. Elle n’a pas vraiment épousé l’hétérogénéité du pays. En raison de son histoire, l’Ukraine est très diversifiée, elle abrite plusieurs identités locales et nationales, bien que la soviétisation ait unifié le pays. La plupart des habitants de l’Ukraine se définissent sans doute comme Ukrainiens, mais tous ne parlent pas l’ukrainien et ils se rattachent affectivement à diverses traditions historiques. La Galicie a une autre histoire que l’Ukraine du centre et de l’Est. La Transcarpatie n’a pas grand-chose en commun avec la Crimée ou l’Ukraine orientale.

Pour administrer correctement un État de ce type, il faut accepter sa diversité et savoir composer avec elle. On ne peut exiger de ses citoyens qu’ils s’identifient à une vision nationaliste de l’histoire ukrainienne ou qu’ils parlent tous ukrainien et dans n’importe quelle situation. Cela reviendrait à peu près à obliger tous les Suisses à ne plus parler qu’allemand à l’école et dans les administrations. De telles décisions engendrent des frustrations, et il en va de même pour le narratif historique d’un nationalisme artificiel auquel personne ne peut vraiment s’identifier. Un État qui n’accepte pas la pluralité et l’hétérogénéité de la société et veut faire de celle-ci une nation monolithique est anachronique et a été critiqué à juste titre à l’époque du Président Victor Iouchtchenko. 

Pourriez-vous nous donner un exemple afin que nous comprenions. Qu’a fait  concrètement  Iouchtchenko?

Iouchtchenko a été Président de 2005 à 2010. Il a fondé en 2005 l’Institut de la Mémoire nationale, qui a popularisé deux narratifs à l’échelon national. Le premier présentait la famine qui a frappé l’Ukraine soviétique en 1932 et 1933, causant la mort de 2,6 à 3,9 millions de personnes, comme un génocide de la nation ukrainienne par la Russie soviétique qui aurait fait périr volontairement 7 à 10 millions d’Ukrainiens.

Le second narratif faisait des héros de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) ainsi que l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), mise sur pied  par l’OUN et les présentait toutes deux, ainsi que la division de Waffen-SS Galicie, comme le cœur  du mouvement ukrainien de libération.  Ces deux narratifs appartenaient  durant la Guerre froide au catéchisme de la diaspora ukrainienne, composée en partie de vétérans de ce mouvement et qui s’opposait vigoureusement à toute analyse politique des problématiques à l’œuvre durant  la Deuxième guerre mondiale et en particulier de la Shoah. Après la chute de l’Union soviétique c’est principalement le narratif concernant l’OUN-UPA qui a été importé en Ukraine occidentale, où non seulement l’extrême-droite, mais aussi des intellectuels nationalistes et « libéraux » et même des instituteurs et enseignants de lycée et des professeurs à l’Université le répandirent.

Ni les crimes des nationalistes ukrainiens ni la violence de masse soviétique n’ont fait l’objet d’une étude critique historique

Donc cette absence d’analyse historique a contribué à l’actuelle radicalisation de la situation en Ukraine ?

Grzegorz Rossoliński-Liebe: À mon avis , elle y a notablement contribué, bien qu’elle ne doive pas être considérée comme le seul facteur de ce conflit, ni même le plus important. L’Ukraine n’a pas seulement été - et reste - un pays hétérogène, mais aussi une région où divers régimes et mouvements totalitaires ont commis durant et après la Deuxième guerre mondiale des crimes de masse. Durant la Deuxième guerre mondiale, 7 millions d’Ukrainiens, dont plus de 5 millions de civils incluant plus d'un million et demi de Juifs, ont été assassinés par les nazis, les troupes soviétiques et les nationalistes ukrainiens. Des Ukrainiens ont aussi bien combattu la Russie aux côtés de Hitler que l’Allemagne aux côtés de Staline.

Après la fin de la guerre, la violence de masse n’a pas cessé en Ukraine, surtout à l’Ouest, et la population civile en a été victime jusqu’au début des années 50. En raison de divers facteurs, ni les crimes des nationalistes ukrainiens ni la violence de masse soviétique n’ont fait l’objet d’une analyse critique. En son lieu et place, on a idéalisé les deux formes de violence et on en a fait des éléments de l’identité ukrainienne. On n’a pris de distance que vis-à-vis des crimes nazis ; mais même là la perception a été sélective. L’Holocauste n’a joué aucun rôle en Ukraine soviétique et après la chute de l’Union soviétique il a été marginalisé, nié, voire considéré par certains éléments d’extrême-droite comme le plus bel épisode de l’histoire européenne et ukrainienne, conformément à la représentation qu’en a donné la diaspora ukrainienne durant la Guerre froide.

Ces processus, appuyés même par certains historiens et intellectuels, ont permis à des criminels de guerre comme Dmytro Kliachkivs’kyi, le premier chef de l’UPA, d’être mis sur un piédestal. Cette évolution politique ne s’est pas vraiment inscrite dans les esprits, ni en Ukraine ni ailleurs, en partie parce que sur certains sujets aucune recherche n’a été faite ou parce que les recherches effectuées ont été volontairement ignorées. En Allemagne par exemple, on a bien enquêté sur les crimes des nazis et aussi sur ceux des troupes soviétiques. Mais on s’est fort peu intéressé aux implications des Ukrainiens dans diverses formes de la violence de masse, aux massacres de Polonais, de Juifs et d’Ukrainiens par l’OUN et l’UPA, et aux effets qu’ont eus l’ « oubli » et l’idéalisation de ces sujets sur la société et la politique ukrainiennes.

Et quels ont été ces effets ?

 Grzegorz Rossoliński-Liebe: L’OUN, qui a fondé l’UAP au printemps 1943, n’a agi qu’en Ukraine occidentale, mais l’absence d’étude critique à ce sujet et sa présentation sous un jour apologétique a contribué à la radicalisation de la culture politique dans toute l’Ukraine. Cette thématique a induit partout dans le pays une polarisation de la société ukrainienne, parce qu’elle était associée à beaucoup d’autres questions comme le terrorisme d’État soviétique, l’Holocauste et  l’occupation allemande. L’OUN, l’UAP et même la légion SS Galicie ont été, durant toute la guerre froide, transfigurées par leurs vétérans - qui avaient quitté l’Ukraine en 1944 en compagnie d’Allemands - en héros de l’anticommunisme et instrumentalisées contre l’Union soviétique. La diaspora ukrainienne est un organe puissant qui a notablement influencé la situation politique en Ukraine après la chute de l’Union soviétique.

Les recherches sur la collaboration avec les nazis  ainsi que sur les crimes commis par les nationalistes ukrainiens ont été rejetées par les membres de la diaspora ukrainienne et beaucoup de chercheurs qui lui étaient ou non associés comme « propagande anti-ukrainienne. » Parallèlement la propagande soviétique stigmatisait les nationalistes ukrainiens comme « traîtres »  et ne cessait de rappeler leurs crimes selon les canons de mystique soviétique. L’Ukraine soviétique a érigé des monuments à l’Armée rouge, aux partisans ukrainiens et, en Ukraine occidentale, également aux unités du  NKVD, qui ont combattu les nationalistes ukrainiens jusque dans les années 50 et vraisemblablement même assassiné davantage de civils que l’OUN et l’UAP et en tout cas en ont arrêté et déporté nettement plus.

L’OUN et l’UAP ont commis des crimes de masse, non seulement contre les Juifs et les Polonais pendant l’occupation allemande, mais aussi pendant l’occupation soviétique en Ukraine ; ils les ont alors mis au compte de leur collaboration avec les autorités soviétiques. Ne pas se pencher sur ces sujets a nécessairement un impact néfaste sur la société, en contribuant à sa polarisation : une histoire qui n’a pas fait l’objet d’une étude critique est facile à instrumentaliser et peut être utilisée pour pousser les gens à relancer la violence.

Après la chute de l’Union soviétique, on a érigé en Ukraine de l’Est des monuments à Staline, et aussi aux victimes de l’OUN-UAP. C’était une réaction aux monuments en l’honneur de l’OUN et de l’UAP. Des criminels de guerre ont été transformés en héros et les historiens et intellectuels ukrainiens n’ont par principe élevé aucune critique et pour diverses raisons une partie des historiens occidentaux l’a également ignoré voire nié. Beaucoup d’historiens ukrainiens ont prétendu ne pas savoir ce que les « héros » avaient fait pendant la guerre ni connu les prémisses des idéologies auxquelles ils s’ étaient ralliés.  C’est exact au moins dans la mesure où ils ne voulaient pas le savoir.

Les historiens allemands ont confirmé la version des Ukrainiens, en limitant leurs recherches à l’occupation allemande en Ukraine et marginalisé, voire complètement laissé de côté les destins des Ukrainiens, et en particulier des criminels ukrainiens. Je crois que cette façon acritique d’aborder l’histoire, qui me semble irresponsable et que j’ai maintes fois critiquée, a eu des conséquences sur la situation politique et a contribué au conflit ukrainien. Un travail sur l’histoire de l’Ukraine nécessite une perspective transnationale, impartiale et critique qui ne fait pas l’impasse sur la (et les) complexité(s) de l’histoire ukrainienne, mais parallèlement se concentre sur les questions difficiles et les explore.

Mais pourquoi précisément tout cela a-t-il une telle importance dans le conflit actuel?

Grzegorz Rossoliński-Liebe: En Ukraine, à la différence des autres pays occidentaux, l’histoire joue un grand rôle, parce que l’Ukraine est en train de se constituer en nation  et pour construire cette identité collective, elle a besoin de l’histoire. Si l’on ne dispose d’aucune étude critique de l’histoire pour effectuer ce processus, il peut facilement déboucher sur des situations précaires et même sur des guerres civiles.

Comme l’Ukraine n’a posé aucun regard critique sur l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, l’Holocauste ni les crimes staliniens, il n’a pas été difficile d’y réhabiliter des criminels et de métamorphoser leurs actes et projets génocidaires en actions héroïques. Bien que l’initiative de ces étranges manipulations de l’histoire politique revienne souvent aux partis et groupes d’extrême-droite, elles ont été acceptées et soutenues par des intellectuels ukrainiens, ce qui est apparu en particulier lors du débat autour de Stepan Bandera en 2010 et 2011, au cours duquel on a vu des historiens et intellectuels ukrainiens approuver sans réserve le Président Iouchtchenko lorsqu’il a élevé Bandera au rang de héros national.

D’autres figures de ce mouvement avaient alors déjà été distinguées par le même Président: entre autres Iaroslav Stetsko qui, en 1941, avait approuvé « l’éradication des Juifs et l’emploi des méthodes allemandes qui leur interdisent de s’assimiler » (ce sont ses propres termes), et Roman Chouchevitch, qui avait porté l’uniforme allemand de 1940 à 1943 et combattu les « partisans » en Biélorussie, puis, sous celui de chef de l’UPA, supervisé les violences de masse contre les Polonais et les Juifs ; de même, l’UPA était sous son commandement lorsqu’elle a massacré environ 20 000 Ukrainiens pour leur collaboration réelle ou supposée avec les autorités soviétiques.

Refuser d’affronter ces aspects de l’histoire et les idéaliser est dangereux. Les Ukrainiens - comme tous les autres citoyens du monde, méritent de vivre dans un pays où l’on ne place pas des criminels sur un piédestal, où l’école n’endoctrine pas leurs enfants en leur insufflant le  nationalisme ou la nostalgie de l’époque soviétique et où l’on peut acheter dans les librairies des ouvrages qui les informent sur leur passé et ne les invitent pas à admirer des personnalités comme Staline, Bandera ou Chouchevitch.

Il faut à l’Ukraine une identité pluriculturelle

À votre avis, quelle identité et quel type d’État faut-il à l’Ukraine ?

Grzegorz Rossoliński-Liebe: Il faut à l’Ukraine une identité pluraliste et un État ouvert au pluriculturalisme, qui affronte les moments difficiles de l’histoire nationale, surtout les diverses formes de la violence de masse, et qui construise l’identité ukrainienne sur une histoire aussi transnationale que possible. Comme je l’ai déjà dit, l’histoire joue en Ukraine un rôle important dans la consolidation de la nation et passe pour un élément important de l’identité nationale, et donc on ne construira pas un État ukrainien démocratique sans s’affronter à l’histoire  avec un esprit critique. L’absence de travail sur l’histoire entraînera la polarisation de la société et rendra facile, pour Poutine et autres acteurs extérieurs, de déstabiliser le pays.

Et que faire maintenant ? Les fronts ukrainiens se sont désormais totalement cimentés et cela ne ressemble guère à un travail sur l’histoire.

Grzegorz Rossoliński-Liebe: Le travail sur l'histoire est un processus de longue haleine qui ne peut sûrement pas être engagé maintenant, durant la guerre civile ou qui pourrait apaiser la guerre déjà en cours. Mais dans le futur ce travail peut consolider et stabiliser l’État ukrainien, créer une identité collective libérée des idéologies et faire disparaître les animosités régionales. À mon avis, là, l’UE pourrait être d’un grand secours. Il est dans son intérêt de rétablir la paix en Ukraine et d’aider les Ukrainiens à bâtir un État stable et démocratique, qui ne se laisse pas déstabiliser par des conflits internes ou par des interventions russes.

L’Allemagne, en tant qu’État, est moins adaptée à ce rôle, parce qu’il s’y est établi la tradition de réserver les analyses critiques à la seule histoire allemande et de ne pas se mêler de celle des autres nations ou d’utiliser des critères différents pour l’histoire allemande ou non allemande. C‘est pourquoi les problématiques de l’Holocauste et du fascisme européen ont été longtemps réduites, en Allemagne, à l’histoire du national-socialisme.

Les  collègues qui ne se sont pas pliés au narratif allemand national et ont envisagé ces problématiques de façon plus complexe ont été en règle générale mis à l’écart et rejetés sous l’accusation diffamatoire d’être incompétents et « non scientifiques ». C’est pourquoi il ne s’est pas créé chez les historiens allemands de courant capable de se saisir des questions épineuses de l’histoire ukrainienne et de les étudier dans une optique pouvant  servir une société démocratique. Les rares exceptions, comme l’ouvrage de Franziska Bruder « Conquérir de haute lutte l’État ukrainien ou mourir »* n’ont pas été vraiment acceptés en Allemagne- ce qui n’est pas le cas dans les autres pays -  et les auteurs de ces travaux importants et solides n’ont pas pu s’imposer chez les chercheurs allemands.

Et donc nous avons, en Allemagne, de bons travaux sur les criminels nazis allemands et le nazisme en général, mais les criminels non allemands ou européens restent un sujet tabou pour les historiens allemands, auquel on ne touche pas, que l’on évite dans toute la mesure du possible, que l’on occulte et qu’il est scandaleux d’aborder, comme c’était le cas pour les criminels allemands dans les années 60 et en partie aussi dans les années 80 et 90.

 C’est pourquoi il faudrait, pour se confronter à l’histoire ukrainienne, demander de l’aide à l’UE et à une commission internationale d’historiens où se retrouveraient des spécialistes de l’Holocauste, du nationalisme ukrainien et de l’Union soviétique. Des pays comme les USA ou Israël seraient également utiles, car on n’y trouve moins d’obstacles idéologiques si l’on veut a aborder l’histoire des criminels ukrainiens avec un œil critique, et que la tendance à ne considérer les Ukrainiens que comme des victimes d’autres régimes  y est moins prégnante.

À mon avis il est important que les historiens non ukrainiens cessent de fermer les yeux sur l’instrumentalisation politique de l’histoire en Ukraine et sur son utilisation pour rendre politiquement correcte la violence de masse, voire en faire une mesure légitime contre les « mécréants » et les « traîtres » qui habitent d’autres régions du pays. Être convaincu que les historiens ukrainiens sont capables de  s’affronter seuls à l’histoire de leur nation  ou le feront de toute façon un jour, c’est de la naïveté, et de l’irresponsabilité, face à la situation politique actuelle. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas en Ukraine d’historiens qui voient les choses comme moi ou qu’aucun ne s’intéresse à une étude critique de l’histoire ukrainienne. Mais ces historiens n’ont ni les moyens ni les savoirs nécessaires pour le faite et de surcroît leurs collègues occidentaux les encouragent à ne pas le faire et/ou à ne se voir que comme des victimes du nazisme ou de l’Union soviétique.

Il ne sera peut-être pas facile de porter un regard critique sur de l’histoire ukrainienne, mais étant donné le rôle qu’elle joue dans la société ukrainienne, c’est absolument indispensable. Ce processus aidera les Ukrainiens à comprendre à quel point leur passé est complexe et imbibé par la violence et aussi ce que sont la démocratie et la société civile. Il sera alors plus facile aux habitants des différentes régions du pays de se mettre à la place des habitants d’autres parties de l’Ukraine de surmonter les sentiments de haine envers d’autres groupes, les traditions et les idéologies, et à se situer en Europe.  Le chemin ne sera peut-être pas simple, mais si on ne le suit pas, l’Ukraine ne changera guère à long terme et le pays restera une poudrière.

No comments: