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Friday, 6 February 2015

La course à la folie en Ukraine

 
par Eric Margolis,  31.01.2015
Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
Dans l’affaire ukrainienne les USA viennent de prendre une décision incroyablement dangereuse et de surcroît immorale. Gorbatchev, dernier dirigeant de l’Union soviétique, qui a mis un terme à la guerre froide, a prévenu que cette décision pourrait conduire à une guerre nucléaire avec la Russie .
Règle géopolitique N° 1 : jamais au grand jamais deux puissances nucléaires ne doivent s’affronter.
Et pourtant Washington a déclaré vouloir stationner en Ukraine avant le printemps prochain un contingent non déterminé de « formateurs militaires » pour remettre sur pied une garde nationale ukrainienne mal en point. En outre on y adjoindrait un nombre important de blindés lourds US-américains protégés contre les mines, déjà largement employés en Irak et en Afghanistan.Les USA et la Pologne fournissent déjà sous le manteau des armes à l'Ukraine.
Les sources militaires US se veulent rassurantes : les soldats US ne sont censés être là que pour  entraîner les Ukrainiens et le nombre de GI devrait rester limité. Bien sûr ! Sauf que le petit nombre des conseillers et formateurs US au Vietnam est un jour grimpé jusqu’à 550 000. Sauf qu’aujourd’hui on trouve des forces spéciales US dans plus de 100 pays. Nous appelons cela une « dérive de mission».
Les fous de guerre néocons de Washington et leurs alliés du Congrès et du Pentagone cherchent depuis longtemps une confrontation avec la Russie pour la remettre à sa place, parce qu’elle a osé s’opposer à la politique US en Iran, en Syrie et Palestine. L’intérêt des néocons se focalise surtout sur le Proche et Moyen-Orient.
Les néocons rêvent entre autres d’un émiettement de la CEI en petites unités sans aucun pouvoir. De nombreux Russes pensent que c’est effectivement à long terme la stratégie de Washington, qui combine une pression militaire et une infiltration de la société avec l’aide des réseaux sociaux et qui s’appuie sur les forces droitières ukrainiennes et les oligarques. L'actuelle campagne massive de propagande vise à faire de Poutine « le nouvel Hitler. »
Revenons à l’Est de l’Ukraine. Pas besoin d’être Napoléon pour comprendre comment y déclencher une guerre dévastatrice.
Des troupes de la garde nationale ukrainienne, soutenues par des « volontaires » US et des « forces de sécurité privées » sous commandement des forces spéciales US entament un échange de feu nourri avec les séparatistes pro-russes. Washington, dont les troupes interviennent au Proche et Moyen-Orient, en Amérique centrale, aux Philippines, en Afrique et Afghanistan, au Pakistan et en Corée du Sud, accuse Moscou d’avoir envoyé  au total 9000 soldats en Ukraine - son voisin.
Les US-Américains, qui depuis l’époque de la guerre de Corée (dans les années 50) n’ont plus jamais fait la guerre sans que leurs forces aériennes disposent d’une supériorité absolue, réclament le soutien des forces de l’air de l’OTAN et des USA. Des unités pro-russes, soutenues par l’armée russe, ripostent de l’autre côté de la frontière par un emploi intensif de missiles et des salves de défense antiaérienne. Les deux côtés subissent de lourdes pertes et réclament des renforts.
Qui peut croire que les Russes, qui ont perdu durant la Deuxième guerre mondiale presque 40 millions de soldats et de civils [non, environ 26, ce qui est déjà beaucoup ! NdT], ne vont pas combattre pour leur patrie ?
De violents combats conventionnels pourraient conduire rapidement les donneurs d’ordres à recourir à des armes nucléaires tactiques, sous forme de frappes  aériennes, bombes ou missiles. C’était le scénario que presque  tout le monde redoutait durant la guerre froide en cas de conflit entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie, et la grande raison pour laquelle les deux camps évitaient une confrontation directe et s’en tenaient à des guerres par procuration.
Des attaques nucléaires tactiques peuvent aboutir à des attaques nucléaires stratégiques, puis intercontinentales. Or, dans une confrontation nucléaire -comme dans une bataille navale - le premier qui tire a un avantage décisif.
« Nous ne pouvons tolérer que la Russie conserve la Crimée », voilà le mantra des néocons. Pourquoi ? Presque aucun US-Américain n’est capable de situer la Crimée sur une carte.
La Crimée a fait partie de la Russie pendant plus de 200 ans. J’ai fait le tour de  la base maritime russe de Sébastopol. La ville a été intégrée à l’Ukraine en 1991, lorsque celle-ci est devenue indépendante, mais la base militaire, qui revêt pour la Russie une importance vitale, est restée occupée par l’armée et sous surveillance russes. En Crimée, les Ukrainiens ont toujours été minoritaires - les habitants d’origine tatare ayant été largement éradiqués lors des purifications ethniques staliniennes. Ces troupes russes qui ont prétendument « envahi » la Crimée venaient en majorité de cette énorme base militaire de Sébastopol, sur laquelle l’Ukraine et la Russie se partageaient la souveraineté.
Seuls des imbéciles ou des ignorants ont pu croire que Vlad Le Dur Poutine autoriserait le nouveau régime droitier de Kiev à entrer dans l’OTAN et remettrait aux mains de l’alliance occidentale l’une des plus importantes bases militaires  russes, en outre l’un des grands ports maritimes au sud du pays.
Deux villes de Crimée, Sébastopol et Kertch, ont reçu le titre de « héros de l’Union soviétique » en raison de leur héroïque combat pour défendre la ville au cours de la Deuxième guerre mondiale. En 1942, plus de 170 000 soldats sont morts pour défendre Sébastopol durant 170 jours d’un siège cruel. 100 000 autres ont péri dans la reconquête de la presqu’île en 1944.
Au total, ce sont plus de 16 millions de soldats russes qui ont perdu la vie au cours de la Deuxième guerre mondiale ; ils ont anéanti 70% de la Wehrmacht et 80% de l’armée de l’air allemande. Quant aux pertes des USA dans ce conflit, elles s’élèvent à 400 000, guerre dans le Pacifique incluse [Non : 800 000, presque tous dans le Pacifique, NdT].
Attendre des Russes qu’ils se retirent de Crimée, ce gigantesque cimetière de l’Armée rouge et de la 11ème armée allemande,  équivaut à demander au Texas de céder  Houston ou Alamo.
En 2013 le Président Poutine a fait une proposition raisonnable pour régler le conflit en Ukraine : accorder son autonomie à l’Est de l’Ukraine et y conserver la langue russe comme l’égale de l’ukrainien. Si l’on veut éviter la guerre ou un effondrement économique, c’est LA solution. L’Ukraine orientale a été l’une des composantes essentielles de l’économie soviétique. Si l’Ukraine entrait dans l’UE, son industrie lourde, vétuste, serait anéantie- comme l’ont été les branches obsolètes de l’industrie est-allemande après la réunification.
Actuellement il semble que la guerre économique de Washington pour l’Ukraine  se transforme en conflit militaire, bien que les USA n’aient aucun intérêt stratégique ni économique dans ce pays. Pour les USA, se lancer dans des opérations militaires alors qu’ils sont toujours engagés en Irak et Afghanistan est complètement dingue. C’est d’autant plus vrai qu’actuellement le « pivotage vers l'Asie » du Président Barack Obama  gagne en force.
La dernière guerre mondiale ne nous a-t-elle pas au moins appris que mener une guerre sur deux fronts est une folie ?

 

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