Le site Tlaxcala est de nouveau en ligne !
The Tlaxcala site is online once again!
La página web de Tlaxcala está de nuevo en línea!
Die Website von Tlaxcala ist wieder online!
http://www.tlaxcala-int.org

Thursday, 5 February 2015

Le gouvernement Tsipras, le pain, les roses et nous (les femmes)

par Annamaria Rivera, MicroMega, 3/2/2015
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 
"Vous ne pouvez pas démanteler la maison du maître avec les outils du maître". Je sais, la citation de l'écrivaine féministe africaine-américaine Audre Lorde est galvaudée. Néanmoins, la mettre en exergue peut être efficace pour énoncer d'emblée les points noirs qui, à mon sens, rendent moins brillante et lisse la victoire de Syriza, si extraordinaire soit-elle.
Du côté de la gauche, le seul fait d'émettre des doutes ou simplement un trouble, même après juré fidélité à la cause grecque, vous range déjà dans les rangs de l'ennemi. À tout le moins, vous vous retrouvez à figurer parmi ceux qui ne savent pas faire la distinction entre le principal et le secondaire, comme une radical chic qui ne voit pas les masses affamées par la Troïka et disserte sur des "détails" comme le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie ... Et il ne sert à rien que vous ayez écrit plus d'une fois - par exemple, lorsque le gouvernement Monti venait de s'installer - contre les politiques d'austérité de ces exécuteurs compassés des ordres de la Banque centrale européenne, alors que certains de ceux qui, aujourd'hui, sont "avec Tsipras", avouent avoir été des fans de Mario Monti.
Le climat ressemble un peu à celui, pas si lointain,  où le fait de manifester un doute quelconque sur le «modèle socialiste» cubain vous valait d'être rangé dans le camp de l'impérialisme US.
Soyons claire : il ne s'agit pas de remettre en cause le tournant prodigieux marqué par la victoire de Syriza par rapport aux politiques européennes de rigueur, d'austérité et de catastrophe sociale. Ni de nier l'importance du fait d'avoir violé le tabou de l'inévitabilité et dans quelle mesure cette victoire peut encourager, en  chaîne, d'autres soulèvements contre les diktats de la Troïka.

Il est tout à fait prévisible - nous le savons - que toute mesure du gouvernement Tsipras se verra opposer la stratégie de la moral panic et les menaces, les pressions, les manipulations bancaires et boursières vont se multiplier. C'est ce qui s'est passé tout de suite, immédiatement après l'annonce du blocage des privatisations cruciales comme celles du port du Pirée et de la Compagnie générale d'électricité. Cela va se reproduire. La solidarité active envers le gouvernement grec, par conséquent, s'impose : il y va non seulement de la défense du principe de la souveraineté populaire, mais aussi de notre droit commun à l'autodétermination contre la domination des oligarchies et de leurs politiques dévastatrices.
Cela dit, sera-t-il licite de nourrir quelques inquiétudes sur la présence dans le gouvernement d'un parti comme Anel (Grecs indépendants)? Ce parti, c'est connu, se caractérise non seulement par le rejet du Mémorandum, mais aussi par la xénophobie, l'antisémitisme, l'homophobie, l'ultranationalisme, un soutien indéfectible à l'Église orthodoxe sans oublier une sympathie pour la Russie de Poutine, avec lequel il aspire à construire une 'alliance stratégique. Et cela dans un contexte où les nazis de l'Aube Dorée sont le troisième parti, ayant obtenu 6,3% des voix malgré les revers répressifs subis.
Il y a plus : si pour justifier cette coalition contre nature on peut, certes, invoquer la nécessité, le nombre dérisoire de femmes présentes dans le gouvernement ne peut être attribué à aucune raison convaincante, mais plutôt à la sous-estimation de la valeur symbolique importante qu'aurait eue une présence féminine consistante. Je rappelle que environ sur 41 postes (dont le Premier ministre, les ministres, vice-ministres et secrétaires d'État) seulement six sont attribués à des femmes, dont pas une seule n'est ministre. Et puis, d'accord, il y a Zoé Konstantopoulou, qui a été élue présidente du Parlement.
Une composition selon le genre moins déséquilibrée aurait, au moins, contribué à faire monter la Grèce de quelques  échelons sur l'échelle du Gender Gap, l'écart entre les sexes (mesurée par le Forum économique mondial en fonction de divers paramètres, y compris la présence dans les institutions): une échelle où elle occupe maintenant la 91ème place sur 142 pays de tous les continents, une des dernières en Europe.
Pourtant, la résolution politique du premier congrès du parti Syriza (Juillet 2013), même si elle ne consacrait que six lignes et demie à cette question, déclarait qu'il "s'engage à promouvoir la parité de genre et les revendications des femmes, qui sont les plus gravement touchés par la politique du mémorandum ". Il indiquait également la nécessité de la participation des femmes et de lois pour défendre leurs droits; et il s'engageait à contrer la violence sexiste croissante par des campagnes de sensibilisation et des "unités de soutien" aux victimes.
Pourtant, dans la longue vague de luttes populaires qui ont permis à Syriza de naître, de se consolider et d'obtenir des appuis toujours plus larges, et enfin de conquérir le gouvernement, les femmes ont joué un rôle qui a été loin d'être secondaire. Il suffit de mentionner la lutte, longue et déterminée, des femmes de ménage du ministère des Finances, devenues, en particulier, un symbole de la lutte contre la politique d'austérité.
Gouvernement de coalition 2015, par Elias Tabakeas Cartoonist (etc)
Est-ce dénué de tout fondement que de craindre les dommages éventuels que, sur le plan de l'image,  l'alliance contre nature avec la droite et la faible importance accordée à la question du genre pourraient entraîner ? D'emblée, la droite nationaliste, même extrême (du Front national à la Ligue du Nord), ont sauté sur le char des vainqueurs. Et leur intérêt est symétrique et commun à celui de la Troïka: couvrir d'infamie le gouvernement Tsipras, en le faisant passer pour l'une des nombreuses expressions du populisme anti-européen qui - souvent de droite, dans certains cas de couleur rouge-brune - progresse dans toute l'Europe.
Donc: est-ce si bizarre de se préoccuper des roses et pas seulement du pain, ainsi que des "bagatelles" comme la lutte contre le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie?

No comments: