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Thursday, 12 February 2015

Quels dédommagements? La dette de qui envers qui?
La Grèce et l’occupation par les forces du IIIe Reich (1941-1944)




par Alencontre, 11/2/ 2015
Suite à la nomination par le gouvernement Tsipras d’une commission sur la dette allemande accumulée à l’occasion des dévastations par le IIIe Reich de la Grèce, le dossier historique que nous avions publié le 1er mai 2012 acquiert  une nouvelle actualité. Ce d’autant plus qu’il a été établi par des historiens allemands de renom. Pour rappel, Manolis Glezos dirige cette commission. Il est membre de SYRIZA, connu comme un des résistants à l’invasion nazie. Le discours de Tsipras sur cette question a été prononcé avec force, et cela face aux députés nazis d’Aube dorée. (Rédaction A l’Encontre
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L’Allemagne n’a payé à la Grèce que la soixantième partie (soit 1,67%) de ce qu’elle lui doit comme
La frégate de la marine de guerre allemande Lübeck
dans le canal de Corinthe en 2005.
En octobre 1944, la Wehrmacht en retraite
avait fait sauter le canal.
Il fallut des années pour le déblayer et le rouvrir.
réparation des dévastations de l’occupation entre 1941 et 1944. Le reliquat encore dû équivaut, en valeur actualisée à l’année 2010, approximativement au montant du deuxième programme de coupes budgétaires du gouvernement Papandréou de juin 2011. 
Or, aujourd’hui, un nouveau transfert de richesse combiné avec une exploitation rude des salarié·e·s de Grèce est à l’œuvre. Il a été exposé de manière fort pédagogique par le biais d’un entretien publié dans le quotidien de suisse française Le Temps, le 7 avril 2012: «Les bureaux du Fonds hellénique de développement des actifs («Hellenic Republic Asset Development Fund») jouxtent, à Athènes, un musée consacré à l’histoire de la capitale grecque. Un symbole, tant le processus de privatisations mené par une vingtaine d’experts, sous la direction de l’ancien banquier Costas Mitropoulos, doit changer à terme le visage de la Grèce», écrit le journaliste. «C’est à ce fonds, constitué à la demande de l’Union européenne (UE), que l’Etat grec transfère au fur et à mesure les propriétés, les concessions et les participations qui doivent trouver acquéreur. Avec pour objectif, selon les plans initiaux de l’UE, d’engranger au moins 50 milliards d’euros de recettes d’ici à la fin 2017.» Costas Mitropoulos, banquier, a été actif à Genève. Il souligne que «le transfert des propriétés à notre fonds, par l’Etat grec, s’est accéléré». 
Puis à la question portant sur le rôle des consultants, il répond, sans préciser les montants versés à ces derniers: «UBS s’occupe entre autres de la cession de la compagnie grecque du gaz. Credit Suisse est en charge de la compagnie d’électricité. Leur premier rôle est d’évaluer ces actifs, puis de s’assurer que tout est transparent sur le plan légal. Ils ont aussi leur mot à dire sur la stratégie suivie. Nous avons ainsi eu un débat sur les infrastructures touristiques, en particulier les golfs et les complexes hôteliers sur les îles de Rhodes et Corfou. Faut-il permettre d’autres types d’activités sur ces terrains? Doit-on mettre sur le marché des concessions hôtelières? Le rôle des banques qui nous conseillent est de mettre ces actifs aux normes internationales, afin de dissiper au maximum les inquiétudes liées à l’état de la Grèce et à sa mauvaise réputation actuelle. Mais nous sommes aussi réalistes: le risque souverain influe sur le prix, sur l’intérêt des acquéreurs, sur notre capacité à négocier. Notre premier message à faire passer est: nous ne sommes pas l’État grec. Nous sommes un fonds indépendant chargé des privatisations, désormais propriétaire de 3% du territoire grec. Nous avons un mandat de trois ans. Nous sommes protégés contre les interférences politiques.»
Le journaliste, audacieux, insiste: «L’êtes-vous vraiment? Les privatisations, partout dans le monde, sont toujours très «politiques» et l’État grec, qui demeurera présent au capital de nombreuses sociétés, a très mauvaise réputation…»
Tsipras et Glezos
La réponse est sans équivoque: «J’ai, comme banquier d’affaires, présidé aux destinées de l’une des plus importantes fusions-acquisitions en Grèce: le rachat, par le groupe international Watson, du groupe pharmaceutique hellénique Specifa pour près de 400 millions d’euros. Je connais les règles: un investisseur, pour être aujourd’hui intéressé par une privatisation grecque, doit pouvoir espérer tripler ou quadrupler sa mise. Un euro investi doit en rapporter trois ou quatre.» Un transfert massif vers des capitaux allemands, chinois, et autres est donc organisé,  en utilisant le bras de levier de la «dette». Une mise en perspective n’est pas inutile, y compris pour saisir comment l’histoire au présent agit politiquement – parfois avec des aspects rétrogrades – en Grèce.
La Commission européenne, depuis quelque deux ans, n’hésite pas à faire un pied de nez historique à la population grecque. Dans le cadre de la mise sous tutelle de la Grèce, l’UE a attribué à des fonctionnaires français – jouissant du prestige de l’Ena (École nationale d’administration) –  le «devoir» de réformer l’Administration centrale de la Grèce. Quant à la charge de la réformation de la collecte des impôts, elle a été attribuée à des spécialistes venus d’Allemagne (El Pais, 29 avril 2012)!
La mise sous surveillance (par les investisseurs et l’oligarchie européenne) de la Grèce prend les traits d’une tutelle qu’exercerait, en Suisse, un tandem réunissant le service des poursuites et une sévère «assistance sociale» qui compte chaque centime reçu par le «failli» – centimes qui sont, tout à fait helvétiquement, comptabilisés comme une dette – et estime si les sous rouges sont «bien dépensés», c’est-à-dire ne sont utilisés que pour le «strict nécessaire».
La revue allemande Lunapark21 (n° 15, 2011) a publié un dossier sur la Grèce et la terrible politique d’austérité et de coupes budgétaires que la «troïka», associant l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, lui impose.
Ce dossier inclut deux amples articles de Karl Heinz Roth, historien du pillage de l’Europe occupée par l’Allemagne nazie [1]. Nous en résumons ci-dessous les principales thèses. (Rédaction A l’Encontre)

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