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Sunday, 8 February 2015

Tout comprendre sur la dette grecque en six étapes

par Catherine Pétillon et Marie Viennot, France-Culture, 7/2/2015  
Alors que l'agence de notation Standard & Poor's vient de dégrader le pays ce vendredi, six étapes et une série de graphiques pour savoir comment la dette grecque est devenue l'une des clefs de l'avenir de l'euro et de l'Europe.
"Réduisez la dette. Dehors le FMI !". Slogan à Athènes. Alkis Konstantinidis © Reuters

 La dette grecque est à nouveau au coeur des discussions européennes. La tournée européenne du Premier ministre Alexis Tsipras  et de son ministre des Finances Yanis Varoufakis dans la foulée de leur arrivée au pouvoir n’a pas permis de dégager des points de consensus. Au contraire. Vendredi soir, l'agence de notation Standard & Poor's a même dégradé la note de la Grèce, considérant que la situation entre le pays et ses créanciers s'était détériorée dans la semaine. Mais de quoi parle-t-on ? Quel est l'état de la dette du pays, d’où provient-elle, qui a prêté et comment le pays peut-il s’en sortir? Réponses à ces question cruciales pour l'avenir de l'euro et de l'Europe en six étapes et une série de graphiques.

1. La crise s'emballe : la Grèce ne peut plus emprunter

Quand la crise a éclaté en mai 2010 en Grèce, l'Etat, comme dans tous les autres pays, émettait des bons du trésor. Ils étaient achetés sur les marchés financiers. Par qui? Par des fonds d'investissement, des assureurs plaçant l’assurance-vie des petits épargnants, des gérants de fortunes privés, des fonds de pension gérant des retraites, ou encore des banques. Fin 2009, selon la Banque des Règlements Internationaux, les banques françaises étaient celles qui détenaient le plus de dette grecque dans leur portefeuille (57 milliards d’euros), devant les banques allemandes (34 milliards d’euros). Face au risque que la Grèce ne rembourse plus cette dette, ceux qui en possédaient ont voulu vendre leurs bons du trésor grecs. Les prix de ces bons se sont effondrés, ce qui a fait exploser les taux d’intérêt. Car bien sûr, quand la Grèce est venue demander de l’argent sur les marchés financiers, comme elle le faisait sans problème auparavant, plus personne n’a voulu lui prêter, sauf à des taux exorbitants (les taux d’intérêt grandissent avec le risque que l’emprunteur ne rembourse pas).

2. L'Europe à l'aide : la dette passe du secteur privé au public

En mai 2010, les banques européennes ne sont pas tout à fait remises de la faillite de Lehman Brothers. Les potentielles pertes que représente le non remboursement par la Grèce d’une partie de sa dette font craindre de nouvelles faillites bancaires dans la zone euro. La première phase des plans d'aide a donc consisté en une chose très simple : faire passer cette dette des mains, ou plutôt des tiroirs caisses, du privé à ceux du public. Les créanciers privés ont renoncé à 107 milliards d'euros, et pour éviter que le cours ne s'effondre, la Banque centrale européenne (BCE) s'est mise à acheter des titres de dette grecque. De leur côté, le FMI et les états de la zone euro ont prêté à la Grèce l'argent qui lui manquait pour rembourser ses échéances. La dette a donc changé de structure. Elle était constituée à 80% par des bons du trésor échangeables sur les marchés financiers. Aujourd'hui, ils représentent 25% de la dette (soit 79,9 milliards d'euros, dont à 20 à 25 millards d’euros détenus par la BCE), le reste (241,8 milliards d'euros) est constitué de prêts. Au total, la dette de la Grèce s'élève à 321.7 milliards d'euros.
Répartition de la dette grecque entre prêts et titres de marché 


3. Qui a prêté de l'argent à la Grèce ?

Le FMI a prêté 32 milliards d'euros. Les Etats de la zone euro ont prêté le reste : 226.9 milliards (soit  70% du total), mais par deux canaux différents : - Le premier canal est le prêt bilatéral simple. Avec 11,4 milliards d'euros, la France est le deuxième prêteur après l'Allemagne, selon les derniers chiffres de la Commission Européenne.
Prêts bilatéraux à la Grèce: principaux pays concernés
- le second canal de prêt est un fonds spécialement créé pour l'occasion, le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Aujourd'hui, ce fonds -qui a aussi prêté à l'Irlande et au Portugal- détient 141,8 milliards d'euros de dette grecque. C'est presque la moitié du total. Au sein du FESF, chaque pays de la zone euro participe à hauteur de son poids économique.
FESF: principaux pays exposés via le Fonds européen de solidarité financière © Radio France

Quand le prêteur emprunte. Mais pour prêter cet argent, le Fonds européen de stabilité financière a lui-même dû emprunter. La France n'a donc pas vraiment prêté à la Grèce 31 milliards d'euros via ce fonds, mais elle a garanti cette somme sur les 141.8 milliards empruntés par le Fonds européen de stabilité. Si la Grèce ne rembourse pas cet argent, la France devra donc le faire elle-même. Au total, si on ajoute le prêt bilatéral et la garantie pour le fonds européen de stabilité, la France a prêté plus de 42 milliards d’euros à la Grèce. A titre de comparaison, le budget de l’enseignement scolaire, qui est le premier budget de l’Etat (hors paiement des intérêts de la dette) sera de 47 milliards d’euros en 2015.

4. Que peut-il se passer en cas de renégociation?

Il y a trois façons de renégocier (on dit aussi restructurer dans le jargon financier) une dette : en annuler une partie, modifier les taux d’intérêt consentis ou rééchelonner la durée du prêt. En 2012 tous ces moyens ont déja été utilisés. Les créanciers privés ont effacé 107 milliards d’euros de dette, les taux d’intérêt des prêts bilatéraux ont été revus à la baisse, le Fonds européen de stabilité a accordé à la Grèce un moratoire de dix ans avant tout paiement des intérêts. Aujourd’hui, les marges de négociation sont donc faibles. De nombreux économistes plaident pour une annulation pure et simple d’une partie de la dette grecque. La banque Lazard, que le nouveau gouvernement grec a embauché comme conseil, plaide pour que 100 milliards de dette grecque soient effacés. En cas d’annulation d’une partie de la dette, ce sont les créditeurs de la Grèce qui y perdront, donc les contribuables des pays de la zone euro, l’Allemagne et la France en particulier. Il y a urgence. En juillet, la Grèce doit rembourser 7 milliards d’euros à la BCE pour les bons du trésor que celle ci possède. Sans assistance financière, elle n’y arrivera pas. Le 5 février, 300 économistes ont publié une tribune intitulée “Nous sommes avec la Grèce et avec l’Europe”. Pour eux, la dette grecque est insoutenable. Les plans d’austérité, corollaire des plans d’aide, ont fait chuter le PIB grec de 25% depuis 2009. Résultat, malgré l’annulation de 107 milliards d’euros de dette sur les créanciers privés (aussi appelé haircut -coupe de cheveux en VF- dans le jargon), le ratio dette/PIB a explosé.
L'explosion de la dette grecque (versus France & Allemagne) depuis 2007 ©


5. Pour le moment la Grèce rapporte de l’argent à ses créanciers publics

Les 226,9 milliards d’euros prêtés par les pays de la zone euro à la Grèce ne l’ont pas été à taux zéro. En moyenne, le Fonds européen de stabilité financière prête à un taux de 1,5%, mais pendant dix ans encore la Grèce ne rembourse pas les intérêts. Concernant les prêts bilatéraux, les taux varient en fonction des pays. Pour la France, Bercy préfère donner un chiffre global. Depuis 2010, sur quatre ans, les prêts à la Grèce lui ont rapporté 729 millions d’euros, qui sont rentrés comme des recettes dans le budget de l’Etat. C’est peu ou prou le montant prévu au budget français en 2015 pour le ministère de la Culture. Cependant, c’est un chiffre brut, qui ne tient pas compte des intérêts que la France a dû payer pour l’emprunt qu’elle même a dû faire pour prêter ensuite à la Grèce. Quand à la BCE, depuis 2010, elle achète des bons du trésor grecs qui rapportent aussi des intérêts. Difficile de savoir combien exactement. De source proche de la BCE, on estime que ces bons du trésor grecs ont rapporté plus de 2 milliards d’euros par an en intérêt depuis 2010. Un montant colossal. En 2010, 2011 et 2012, ce sont les banques centrales de la zone euro (Bundesbank, Banque de France etc… ) qui ont encaissé cet argent (car la BCE passent par elles pour acheter les bons du trésor grecs, ce sont donc elles qui reçoivent les intérêts liés à ces titres). Pendant 3 ans, la crise grecque a donc été lucrative pour ses partenaires européens. Le 27 novembre 2012, l’Eurogroupe a décidé que ces intérêts seraient reversés à la banque centrale grecque à partir de 2013. Cette décision faisait partie d’un ensemble plus large de mesures destinées (déjà) à rendre la dette grecque soutenable. De source concordante, 2 à 3 milliards d’euros ont été ainsi reversés à la Grèce en 2013. En revanche, pour 2014, la Grèce attend toujours que les banques centrales de la zone euro lui reversent les intérêts touchés sur sa dette. Montant: 1.9 milliards d’euros, de source gouvernementale grecque.

6. Que propose le nouveau pouvoir grec?

Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances Fabrizio Bensch © Reuters
Le plan actuel prévoit que la Grèce rembourse ses créanciers, quelle que soit la situation économique du pays. A Athènes de trouver les moyens financiers pour cela, quitte à mener de nouveaux plans d’austérité, ou à aller plus loin dans les privatisations. Le problème, c’est que ces solutions sont à l’opposées du programme pour lequel Syriza a été élu. Lors de sa tournée européenne, le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, n’a jamais parlé de plan d’aide, ni d’annulation de dette. Interrogé à ce sujet par les journalistes il n’a jamais dit oui, ou non, mais plaidé, encore et encore pour un nouveau contrat entre la Grèce et ses partenaires européens. Deux idées phares: 1/ transformer les bons du trésor que détient la BCE (entre 20 et 25 milliards d’euros) en emprunts perpétuels, c’est à dire en titres à durée illimitée. Cela permet de réduire les intérêts à rembourser, et surtout de renvoyer le remboursement du capital à une échéance indéterminée (aux calendes…grecques). 2/ transformer les prêts consentis par le FESF et les Etats de la zone euro en obligations (titre financier) et d’indexer leur rendement (c’est à dire l’intérêt versé) sur la croissance en Grèce. Ces idées ne sont pas inédites, elles font partie de ce que l’ingénierie financière a déjà pu proposer, notamment pour la dette argentine.

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