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13/10/2022

DAVID DAOUD
L'accord d'Israël avec le Liban est un cadeau inestimable pour le Hezbollah

David Daoud, Haaretz, 11/10/2022
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

David Daoud est directeur de la recherche sur le Liban, Israël et la Syrie à United Against Nuclear Iran (UANI, Unis contre un Iran nucléaire) et chercheur non-résident à l’Atlantic Council.

NdT
Loin de partager les opinions et les engagements de l’auteur, j’ai traduit son article pour son intérêt quasiment anthropologique : il est rare que l’on reconnaisse la victoire d’un ennemi, en l’occurrence le Hezbollah.

Israël espère que l'accord sur la frontière maritime avec le Liban réduira les risques de guerre ou d'affrontements violents avec le Hezbollah. Paradoxalement, l'accord ne fait que les rendre plus probables

Quand Israël et un pays arabe interagissent sans violence, cela suscite naturellement une certaine excitation. Les observateurs intéressés ont tendance à deviner la perspective d'une paix imminente, ou du moins un signe de progrès vers elle, dans tout acte de non-belligérance mutuelle.

Ce sentiment est compréhensible. Comme en témoignent les présidents usaméricains successifs qui, de manière chimérique, mettent en jeu leur héritage de politique étrangère pour parvenir à la paix entre Juifs et Arabes, le désir de voir la fin du conflit israélo-arabe, apparemment interminable, a tendance à l'emporter sur la rationalité.

Mais dans cette catégorie d'interactions arabo-israéliennes bienvenues, et encore moins compréhensibles, les gestes entre le Liban et Israël en particulier – même neutres, purement procéduraux - se voient accorder une signification spéciale, presque mystique. Soulignant l'irrationalité, en particulier ces dernières années, cela a parfois même remplacé l'excitation des gestes de rapprochement entre Israéliens et Palestiniens, dont la discorde a jadis été au cœur du conflit arabo-israélien.

Cette exaltation injustifiée est basée sur deux séries de fictions sur le Liban, en particulier en ce qui concerne Israël – l’une occidentale, et l’autre typiquement israélienne.

Dans l'imagination occidentale, avec un accent sur l'imagination, le Liban a longtemps été perçu comme un bastion levantin de la civilisation raffinée (lire : européenne). Cette conception est fondée sur  ce qui était perçu comme l'européanité des chrétiens maronites du Liban et sur une notion corollaire répugnante et franchement chauvine, sinon carrément raciste – souvent promue par de nombreux chrétiens maronites eux-mêmes : que l'hégémonie culturelle historique maronite au Liban a éclairé et civilisé les Arabes musulmans du pays, qui (selon cette cette pensée) auraient autrement été tout aussi ignorants et barbares que le reste de leurs frères dans la région.

Bref, le Liban mérite une attention et un soin particuliers – il doit être « sauvé », et nous, en Occident, devons le sauver, nous dit-on à satiétéparce que le Liban, contrairement à ces autres pays arabes, est « comme nous ». Autrement, nous disent les mêmes personnes, le Liban deviendra une plaque tournante de l'exportation de drogue et du terrorisme.

20/03/2022

LUIS CASADO
Le monde est grand
Vu de Moscou

 Luis Casado, 20/3/2022

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

 Le monde est grand, dit Luis Casado, mais l' « Occident », c'est-à-dire les USA et l'Union européenne (12 % de la population mondiale), s'arroge l'exclusivité de l'opinion de la « communauté internationale ». La balance est en train de changer. La « volatilité » de l'ordre mondial s’accentue. Cette fois, il n'est pas certain que Mickey sorte vainqueur de ces tensions...


Voici à quoi ressemblent les supermarchés de Moscou cette semaine. Les sanctions de l' « Occident » fonctionnent à l'envers...

 

De mes pérégrinations professionnelles, qui m'ont conduit sur les cinq continents, j'ai tiré une leçon : malgré tous ses efforts, le monde ne se résume pas à ce qu'on appelle l' « Occident », ou « communauté internationale », appellation qui, comme le dit Régis Debray, a été monopolisée par les USA et leur protectorat européen. Moins de 12 % de la population mondiale.

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Amérique du Sud, la Malaisie, l'Éthiopie et une longue liste d'autres pays et régions du monde ne font pas partie de cette éphémère « communauté internationale » qui accapare le monopole de l'opinion planétaire.

 

Il y a des années, en traversant l'aéroport de Changi à Singapour, j'ai été stupéfait de voir en quelques minutes plus de diversité de peuples, d'ethnies, de cultures, de langues, de dialectes, de vêtements, de couleurs de peau, de religions, de musique et de nourriture que je n'en avais jamais connue de toute ma vie. Une partie de ces 88% qui ne comptent pas.

 

Réduire le monde à l’ « l'Occident » présente des avantages : on peut ainsi massacrer en Palestine, en Yougoslavie, en Irak, en Iran, au Yémen, au Mali, en Libye, en Syrie, en Afghanistan... sans sanctions d'aucune sorte, puisque « l'Occident » et la « communauté internationale » sont du côté des massacreurs. Les Palestiniens, les Yougoslaves, les Irakiens, les Iraniens, les Yéménites, les Maliens, les Libyens, les Syriens et les Afghans... peuvent aller se faire voir. Pour le temps qu'il faudra : le drame palestinien a déjà, je le sais par cœur, 73 ans : je suis né en 1948, l'année de la Nakba, la « catastrophe », l'année où Israël a été inventé sur un territoire peuplé d'Arabes.

 

Lorsque la Russie a envahi l'Ukraine, la condamnation de l'"Occident" et de la "communauté internationale" a été totale. Le monde entier s'est soulevé contre la Russie. Vraiment ? Des pays comme l'Inde et la Chine se sont abstenus. Tout comme le Sénégal, ancienne colonie française où l’« influence » de la métropole se fait encore sentir. Et d'autres pays encore qui estiment que l'OTAN porte une lourde responsabilité dans la question ukrainienne, responsabilité occultée par la presse, la radio et la télévision « occidentales ». Cette dernière - et je mesure ce que je dis - a adopté une méthode de reportage goebbelsienne : tout mensonge stupide passe, déguisé en demi-vérité, et à la fin, il en reste toujours  quelque chose.