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02/03/2026

« Nous ne nous sommes jamais opposés à l'Inde ; nous nous sommes seulement opposés au gouvernement indien de l'époque. Le gouvernement Modi est notre véritable ami ! » : Tilvin Silva, secrétaire général du JVP du Sri Lanka

 Tilvin Silva affirme que le JVP n'a jamais été un parti anti-indien et qu'il s'est uniquement opposé aux actions des gouvernements de Rajiv Gandhi et de J.R. Jayewardene, qui ont imposé un accord indo-srilankais au Sri Lanka dans les années 1980.Tilvin Silva a fait cette déclaration lors d'un entretien avec Meera Srinivasan du journal The Hindu, suite à une visite effectuée en Inde du 5 au 12 février. Nous avons traduit cet entretien à partir de sa version cinghalaise, établie par Niromi Subramaniam.-SM/FG, Tlaxcala

NdT

Tilvin Silva rejoint le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP, Front de Libération du Peuple) à la fin des années 1970, à la suite d’une rencontre avec le fondateur du parti, Rohana Wijeweera. Titulaire d’un diplôme en sciences politiques, il gravit progressivement les échelons du JVP jusqu’à devenir membre de son comité central.

À la suite d’une attaque échouée contre une base militaire importante à Vadduwa, il est arrêté et condamné à dix ans de prison. Les autorités n’ignoraient ni sa place ni son rôle au sein du JVP. Il passe son temps en prison à lire et relire les œuvres choisies de Lénine.

Il est l’un des rares dirigeants survivants de la grande répression gouvernementale de 1987-1989, au cours de laquelle le fondateur ainsi que les membres du bureau politique et du comité central furent assassinés.

Un autre survivant du bureau politique, Somawansa Amarasinghe, alors en exil à Paris et devenu plus tard chef du parti, reprend contact avec Tilvin Silva vers 1991. En 1994, à sa sortie de prison, celui-ci devient secrétaire du parti et participe activement à sa reconstruction. Théoricien ardent du marxisme-léninisme, il s’impose comme une figure historique du mouvement. Il refuse toutefois d’occuper des postes de député ou de ministre, estimant qu’il ne fallait pas suivre le modèle soviétique, qu’il considérait comme ayant conduit à la dictature du chef et à la bureaucratisation du parti, l’une des causes de son effondrement en 1990.

Q : Pourquoi avez-vous décidé d'aller en Inde ?

R : Je n'ai pas décidé d'y aller. J'ai reçu une invitation du Haut-Commissariat indien pour participer au Programme des visiteurs de marque (DVP) du Conseil indien des relations culturelles (ICCR). C'était mon premier voyage en Inde.

Q : Le programme était-il organisé par le Haut-Commissariat ou avez-vous choisi les lieux à visiter ?

R : Le programme était organisé par le Haut-Commissariat, mais on m'a demandé si j'avais des préférences particulières. J'ai dit que je souhaitais me rendre au Kerala, car je trouvais cette région très similaire au Sri Lanka.



En visite chez Amul

Q : Vous avez visité la coopérative Amul [1]. Votre visite a-t-elle influencé la décision du gouvernement du Congrès national du peuple d'annuler l'accord signé par le gouvernement précédent avec Amul pour la gestion de Milko[2] et du Conseil national de développement de l'élevage (NLDB) [3] ?

R : Cette visite visait à présenter le développement de l'Inde, notamment l'utilisation des technologies dans de nombreux domaines. Amul est un exemple d'entreprise où la technologie a été mise au service des éleveurs laitiers, ce qui a permis d'améliorer considérablement leurs conditions de vie. Nous avons clairement indiqué au gouvernement indien que l'industrie laitière sri-lankaise est sous contrôle étatique. Cependant, nous sommes disposés à solliciter une aide pour développer ce secteur, en particulier pour l'introduction de nouvelles technologies. l'inde a accepté notre position.

Tilvin Silva avec Pinarayi Vijayan, ministre en chef du Kerala [Parti communiste d'Inde (marxiste)]

Q : On a souvent dit que votre parti était anti-indien, puisqu'il a complètement changé d'attitude et choisi de se rapprocher de l'Inde, n'est-ce pas ?

R : Nous n'avons jamais été contre l'Inde ni contre sa population. Nous nous sommes opposés au gouvernement indien de Rajiv Gandhi et au gouvernement sri-lankais de J.R. Jayewardene, ainsi qu'à leurs politiques. C’est pourquoi nous avons combattu leurs décisions dans le contexte du pacte indo-sri-lankais[4]. Aujourd’hui encore, nous affirmons que cela n’aurait pas dû se produire. C’était il y a 38 ans ; le monde a changé. L’Inde a changé, et nous aussi. Le passé ne doit pas entraver les relations futures. Si nous suivions cette logique, nous serions incapables de traiter avec la Grande-Bretagne. Ils nous ont colonisés ; ils ont réprimé les rébellions de 1815 et de 1848, etc., mais nous avons su nous relever. L’histoire est l’histoire , elle ne peut pas être un mur pour l'avenir. Nous en avons tous tiré des leçons. Nous devons agir en fonction du présent. Il est erroné de vivre dans le passé.

Q : La position anti-indienne de votre parti, en particulier entre 1988 et 1990, a causé de nombreuses destructions et sabotages ; de nombreuses vies auraient pu être sauvées et des biens publics préservés, n’est-ce pas ?

R : M. J.R. Jayewardene aurait pu empêcher ces destructions. Cette situation ne se serait pas produite s’il n’avait pas signé cet accord sans même en informer son cabinet et en tenant le public dans l’ignorance. Gamani Jayasuriya, l’un de ses ministres, a démissionné en signe de protestation. Les manifestations, d’abord pacifiques, ont dégénéré en violences lorsque le gouvernement de J.R. Jayewardene a brutalement réprimé les manifestants, faisant plus de 144 morts par balles réelles en une journée. De ce fait, il ne restait d’autre choix que de mener une lutte armée contre la dictature.

Q : Regrettez-vous, vous et votre parti, la manière dont vous avez réagi aux agissements du gouvernement ?

R : Isaac Newton lui-même disait que « à toute action correspond une réaction égale et opposée ». Nous n’avons pas agi ; nous avons seulement réagi. Si notre parti n’avait pas été interdit sur la base de fausses accusations d’implication dans les émeutes de 1983, nous n’aurions pas été contraints de faire de la politique dans la clandestinité. Sans cette interdiction, nous aurions pu agir librement et légalement. Nous aurions pu manifester ouvertement, comme nous l’avons fait ces dernières années depuis 1994, mais nous avons perdu ce droit d'existence dans le paysage politique sri lankais. C’est à eux de regretter ce qui s’est passé, pas à nous. S’ils ne montrent aucun remords, pourquoi le ferions-nous ? Nous pensons que ce qui s’est passé n’aurait pas dû se produire, mais c’est pourtant arrivé. Nous l’avons dit à maintes reprises : la responsabilité incombe au gouvernement de l’UNP alors au pouvoir, et non à nous. Le gouvernement de J.R. Jayewardene n’a laissé aucun de ses opposants faire de la politique librement. Nous avons réagi comme nous le pouvions. Si certaines choses se sont produites qui n’auraient pas dû se produire, nous le regrettons. Mais aucun membre du Parti national uni (UNP) n’a jamais exprimé de regrets quant aux événements de cette époque.

Q : Le JVP a-t-il été impliqué, de quelque manière que ce soit, dans les violences anti-tamoules de 1983 ?

R : Si nous avions été impliqués, nous aurions dû faire l’objet d’au moins une poursuite judiciaire. Il est clair que l’UNP a orchestré ce massacre. Ils s’en sont servis pour interdire le JVP, ainsi que le Parti communiste du Sri Lanka et le Nouveau Parti Sama Samaja (NSSP).

Q : Comment le JVP gère-t-il les relations avec l’Inde et la Chine ?

R : Notre politique étrangère est claire. Nous ne trompons aucun pays, nous ne mentons pas ; nous sommes honnêtes dans nos relations. L’Inde est notre voisine et nous entretenons avec elle des relations étroites. La Chine est également un partenaire important. Le Pakistan et le Bangladesh sont aussi nos amis. Le succès du match de cricket Pakistan–Inde, qui s’est tenu récemment à Colombo grâce à l’intervention du président (Anura Kumara Dissanayake), démontre l’efficacité de notre politique étrangère et prouve qu’aucun pays ne trahira l’autre. C’est la politique étrangère la plus adaptée à notre époque.

Q : Avez-vous rencontré des obstacles pour maintenir l’équilibre de vos relations avec l’Inde et la Chine ?

R : Aucun obstacle. Nous considérons ces deux pays comme des amis, et ils nous ont apporté leur aide dans les moments difficiles. J’ai visité la Chine et l’Inde, et nous avons beaucoup à apprendre de ces deux pays.

Q : Rohana Wijeweera, le fondateur du JVP, portait un regard méfiant sur l’Inde et adoptait une position anti-indienne. Avez-vous abandonné ses idées ?

R : L’Inde et le Sri Lanka sont liés par un lien indéfectible. Nos cultures et nos religions sont intimement liées. Le bouddhisme est originaire d’Inde. L’Inde est notre seul voisin immédiat. Des problèmes sont apparus lorsque certains gouvernements indiens ont mené des politiques préjudiciables à notre pays. Nous ne nous sommes jamais opposés à l’Inde — c’est-à-dire au pays et à son peuple — mais nous nous sommes opposés aux politiques de certains gouvernements indiens.

Q : Le JVP et la Force populaire nationale[5] sont-ils en phase avec les politiques du Premier ministre indien Narendra Modi ?

R : Je pense qu’aucun des gouvernements qui ont succédé à Rajiv Gandhi n’a cherché à influencer le Sri Lanka depuis 1991. Nous pouvons entretenir des relations amicales avec le gouvernement Modi tout en préservant notre souveraineté. Nous considérons le gouvernement Modi comme un véritable ami.

Q : N’avez-vous pas l’impression que des doutes subsistent au sein de la population sri-lankaise quant aux intentions géopolitiques de l’Inde envers le Sri Lanka ?

R : Ces doutes ont été engendrés par les agissements de certains gouvernements indiens. Ils disparaîtront grâce aux actions du gouvernement indien. J’ai le sentiment qu’ils s’estompent déjà en raison de la politique actuelle de l’Inde envers le Sri Lanka. Certains cherchent à faire de l’Inde un bouc émissaire. À la moindre demande de l’Inde, ce sont eux qui sont prêts à se soumettre. Par le passé, notre colère envers l’Inde s’expliquait par le fait que les dirigeants sri-lankais de l’époque cédaient également aux pressions indiennes. Ils manquaient de confiance en eux-mêmes pour y faire face. Un gouvernement qui maintient fermement sa position peut surmonter les pressions indésirables, d’où qu’elles viennent.

Q : N’y a-t-il donc aucune influence de l’Inde aujourd’hui ?

R : Non, nous ne subissons aucune influence de ce genre. Lorsque nous nous adressons à eux, nous sommes clairs sur nos politiques. Prenons l’exemple de l’accord que le gouvernement de l’ancien président Ranil Wickremesinghe a signé avec la coopérative Amul. Nous leur avons expliqué que ce secteur constituait un atout pour nous, que nous ne le trahirions pas et que nous sollicitons uniquement leur soutien logistique et technique pour son développement. Ils ont accepté notre position. Nous respectons l’Inde, et elle nous respecte. Lors de ma rencontre avec le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, il m’a expliqué que l’Inde était un ami proche du Sri Lanka.

Q : Avant votre arrivée au pouvoir, pensiez-vous que les relations avec l’Inde se dérouleraient aussi harmonieusement que vous le dites ?

R : Nous avons toujours eu confiance en notre politique étrangère. L’opposition pensait que nos politiques échoueraient. Mais nous avons toujours eu confiance en elles, car nous avions développé des relations avec l’Inde et la Chine avant même d’arriver au pouvoir.

Q : N’avez-vous pas subi d’influence de la part de l’Inde concernant le règlement de la question ethnique, la mise en œuvre du 13e amendement[6], etc. ?

R : Je n’ai eu aucune discussion sur ces questions politiques avec les dirigeants indiens.

Q : Plusieurs protocoles d’accord ont été signés entre le Sri Lanka et l’Inde, mais ils n’ont pas été rendus publics. Quel est le secret derrière tout cela ?

R : Aucun accord secret n’a été signé, et tous les cadres des accords ont été présentés au Parlement. S’il y avait eu des accords secrets, ils auraient déjà été rendus publics. Nous sommes arrivés au pouvoir pour construire ce pays ; nous ne prendrons aucune décision qui lui soit préjudiciable. Nous ne trahirons pas le pays et notre peuple, mais nous solliciterons toute l’aide possible de tout pays désireux de nous aider afin de développer et de moderniser le pays.

Q : Y a-t-il eu du mécontentement en Inde concernant le ministère des Ports et de l’Aviation civile confié au ministre Bimal Ratnayake ? Est-ce la raison de son retrait de ces postes ?

R : Le camarade Bimal était également ministre des Transports et des Routes, en plus des Ports et de l’Aviation civile. Parallèlement, le camarade Karu (le ministre Anura Karunathilaka) était ministre du Développement urbain. Après un an au pouvoir, nous avons constaté que les ministères des Transports, des Routes et du Développement urbain collaboreraient mieux ensemble et que Bimal était la personne la plus compétente pour assumer ce poste important. C’est la raison de ces changements. Je vous assure que nous agissons en toute intégrité et sans pression extérieure.

Q : Quelle est la transformation de la philosophie politique et économique du JVP ?

R : Nos objectifs n’ont pas changé depuis la création du parti. Nous voulons construire une société fondée sur la justice sociale — une société économiquement et socialement équitable, où règnent l’unité nationale et la démocratie. C’était notre objectif hier et ça l’est toujours aujourd’hui. Selon notre philosophie économique, nous croyons en « la démocratie économique ». La démocratie économique signifie donner à chacun le droit de participer à l’économie. Cela inclut les secteurs public et privé, y compris au niveau microéconomique. Nous estimons également que les fruits d’une telle économie doivent être répartis équitablement au sein de la société. Nous œuvrons dans ce sens. Bien sûr, cela prendra du temps.

M.A. Baby, secrétaire général du Parti Communiste de l’Inde (Marxiste), remet son dernier livre, Sur le fascisme et le néofascisme, à Tilvin Silva

Q : Le JVP est-il passé d’une mentalité communiste à une mentalité néolibérale ?

R : Nous n’adhérons pas à une mentalité néolibérale. Nous ne nous laissons pas enfermer dans des étiquettes telles que « communiste » ou « néolibérale ». Des termes comme « libéral », « néolibéral », « social-démocrate », « démocrate » ou « communiste » n’ont pas d’importance pour nous. Notre objectif est de développer l’économie du pays et de veiller à ce que les fruits de ce développement profitent équitablement à la population. Cela contribuera à réduire les inégalités économiques et à améliorer le bien-être de chacun. Tel est notre but. Si certains souhaitent nous étiqueter ainsi, libre à eux.

Q : Le JVP a été accusé de sous-estimer le rôle des forces armées et même de refuser de les qualifier de « héros de guerre », n’est-ce pas ?

R : Nous ne vivons pas dans le passé. Nous tirons des leçons du passé, mais nous n’y restons pas enfermés. Ce sont là des préoccupations propres à ceux qui vivent dans le passé. Nous ne nous attardons pas sur cette terminologie ; nous œuvrons pour le bien-être de tous les citoyens du pays. Certains parlent de « soldats », d’autres de « héros de guerre ». Il n’existe aucun mouvement organisé visant à imposer une terminologie particulière.

Q : Quelle est la position de votre parti concernant le bouddhisme comme religion d’État, et envisagez-vous de la modifier ?

R : Avons-nous déjà abordé ce sujet ? Ceux qui l’affirment cherchent à nous étiqueter à l’approche des élections. La vérité est différente. Nous avons organisé une exposition spéciale de la Relique de la Dent[7]. Nous avons accordé le patronage de l’État au bouddhisme et, récemment, pour la première fois, les reliques sacrées de Devnimori du Bouddha ont été apportées d’Inde pour être exposées. Le président se rend régulièrement au Temple de la Dent à Kandy et y reçoit la bénédiction des Mahanayaka Theros[8]. Ceux qui prétendent que nous sommes contre le bouddhisme sont d’anciens partisans de la famille Rajapaksa[9], aujourd’hui déchue du pouvoir, et qui propagent de telles rumeurs. Leurs propos nuisent davantage au bouddhisme qu’ils ne lui sont bénéfiques. Je suis issu d’une famille bouddhiste. J’ai fréquenté des écoles de Dhamma[10] et étudié dans un Pirivena[11] de la sixième à la dixième année. J’ai préparé mon examen de fin d’études secondaires avec quatre matières, dont la culture et la philosophie bouddhiste. Nous vivons selon les enseignements du Bouddha.

Q : Les membres du Pouvoir populaire national sont-ils empêchés de s’exprimer dans les médias sans l’autorisation du siège du JVP à Pelawatte ? Certains députés l’ont affirmé personnellement, n’est-ce pas ?

R : Il est faux de dire que nous ne pouvons pas parler aux médias sans consulter le parti. Il arrive que certains de nos députés, lors de débats télévisés, soient confrontés à des questions pour lesquelles ils ne sont pas préparés. S’ils ignorent certains faits — par exemple les sujets abordés lors de notre voyage en Inde — ils devraient se renseigner auprès de nous avant le débat. Toutefois, rien ne les empêche de s’adresser aux médias sans l’accord préalable du parti. Il arrive même que nous ne puissions pas contacter les députés ou les ministres, car ils sont très occupés. Parfois, nous ne parvenons pas à les joindre, même pour des questions internes au parti.

Q : Après un an au pouvoir, pensez-vous être sur la bonne voie ?

R : Nous agissons conformément à notre programme et aux promesses faites au peuple pendant la campagne électorale. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’obstacles. Il existe des obstacles naturels, comme le récent cyclone, ainsi que d’autres liés aux anciennes pratiques et habitudes de certains acteurs. Cependant, nous sommes convaincus d’être sur la bonne voie pour atteindre nombre de nos objectifs, notamment offrir une vie meilleure à nos concitoyens et faire de notre pays un lieu dont chacun puisse être fier. Si l’on considère nos réalisations sans préjugés, nous avons déjà placé notre pays dans une position dont nous pouvons nous réjouir. Nous avons gagné la confiance de la communauté internationale et ne sommes subordonnés à personne. L’économie se porte mieux et notre programme de lutte contre la corruption porte ses fruits.

Q : Qu’en est-il de la promesse du JVP d’instaurer une nouvelle Constitution et d’abolir la présidence exécutive ?

R : Nous avons déjà entamé le processus d’élaboration d’une nouvelle Constitution. Nous estimons qu’elle ne doit pas être préparée uniquement par le gouvernement, mais qu’elle doit être le fruit d’un effort collectif impliquant le peuple, les organisations de la société civile et d’autres parties prenantes. Cela prendra du temps. Ensuite le texte sera soumis au référendum.

Q : Est-il de notoriété publique que vous êtes le véritable détenteur du pouvoir en tant que secrétaire général du JVP ?

R : Par le passé, les gouvernements étaient dirigés par une seule personne. Lorsqu’une personne devenait président exécutif, elle agissait seule et les autres se contentaient d’approuver et de suivre ses directives. Nous sommes différents. Nous avons formé le Pouvoir national populaire (PNP), dont le JVP fait partie au sein de cette coalition de gauche. Toute nouvelle décision est d’abord débattue au sein du Pouvoir national populaire, puis mise en œuvre. Par ailleurs, le Conseil des ministres prend également ses propres décisions. Notre approche est fondée sur des politiques publiques et sur la prise de décision collective. Dans le processus décisionnel, le Pouvoir national populaire garde à l’esprit sa légitimité issue des urnes et privilégie les décisions collectives. Aucune personne ne prétend décider seule de tout et imposer ses choix. Nous n’attachons d’ailleurs pas une grande importance au terme « pouvoir ». Nous avons tous une responsabilité et nous nous efforçons de l’assumer. Contrairement à ce que certains insinuent, aucune force occulte ne tire les ficelles. Nous respectons les principes d’unité ainsi que les principes des Licchavi[12] — principes de gouvernance inspirés du bouddhisme, recommandant la concertation et la décision collective dans l’intérêt du peuple. Nous nous réunissons régulièrement pour débattre des problèmes et prenons des décisions en fonction des besoins du pays.

 NdT

[1] Amul est une coopérative laitière indienne fondée en 1946 dans l’État du Gujarat. Son nom signifie Anand Milk Union Limited. Elle est devenue l’une des plus grandes marques laitières d’Inde et un symbole du modèle coopératif agricole.  

[2] Milko au Sri Lanka n’est pas une grande marque mondiale, mais une entreprise locale de produits laitiers (et des magasins/vendeurs au détail) qui vend du lait, yaourt, poudre de lait, etc

[3] Le National Livestock Development Board (NLDB) est l’organisme public du Sri Lanka chargé de développer et promouvoir l’élevage dans le pays. Il soutient la production de lait, viande, œufs et autres produits animaux, fournit des services vétérinaires, des formations pour les éleveurs, et met en œuvre des programmes visant à améliorer la productivité et la sécurité alimentaire nationale.

[4] L’Accord indo-srilankais a été signé le 29 juillet 1987 entre Rajiv Gandhi, Premier ministre de l’Inde, et J. R. Jayewardene, président du Sri Lanka. Cet accord avait pour objectif de mettre fin à la guerre civile sri-lankaise opposant le gouvernement aux groupes tamouls, notamment les LTTE 5Tigres Tamouls). Il prévoyait la décentralisation du pouvoir vers les provinces, la fusion provisoire des provinces du Nord et de l’Est, ainsi que le déploiement de l’Indian Peace Keeping Force (IPKF) au Sri Lanka afin de rétablir l’ordre et d’assurer l’application des mesures convenues. Toutefois, l’accord n’a pas permis d’instaurer une paix durable : des affrontements ont éclaté entre l’IPKF et les LTTE, et il a provoqué d’importantes tensions politiques tant en Inde qu’au Sri Lanka. Selon certaines sources cet accord et cette intervention armée indienne visaient à sécuriser le système corrompu du pays afin de mettre fin à la révolte du JVP qui voulait instaurer un régime socialiste. Plus de 20000 Tamouls ont été tués durant le conflit entre le LTTE et l'armée indienne et 60000 dans le sud entre l'armée sri lankaise et le JVP. La plupart de ces victimes du sud sont mortes en garde à vue et dans les camps de détention sous les tortures tandis que dans le nord les civils tamouls étaient souvent victimes de représailles de l'armée indienne dans la même période.      

[5] Le National People's Power (NPP), dirigé par le JVP connu en cingalais sous le nom de Jathika Jana Balawegaya, est une alliance politique allant de la gauche au centre-gauche au Sri Lanka, formée en 2019. Elle regroupe une vingtaine de partis politiques, des syndicats, des organisations de jeunesse et divers groupes de la société civile autour d’une plateforme progressiste. Le NPP se présente comme un mouvement visant à promouvoir la justice sociale et l’équité économique, à instaurer une gouvernance transparente et sans corruption, ainsi qu’à encourager une participation démocratique élargie et une répartition plus équitable des richesses au sein de la société sri-lankaise.

[6] :   Le 13 amendement à la Constitution du SriLanka, adopté en 1987 dans le cadre de l’ Accord indo-silankais, constitue une réforme majeure visant à résoudre les conflits ethniques avec la minorité tamoule. La minorité tamoule, située au nord et à l’est du pays, revendique davantage d’autonomie politique et administrative, et l’Inde, sous le Premier ministre Rajiv Gandhi, joue un rôle de médiateur avec le président J. R. Jayewardene. L’amendement a instauré une gouvernance provinciale décentralisée et prévoit la création de conseils provinciaux offrant un certain degré d’autonomie législative et administrative, la possibilité de fusion provisoire des provinces du Nord et de l’Est pour répondre aux demandes tamoules, la reconnaissance des langues tamoul et cingalaise comme langues officielles, ainsi que des pouvoirs provinciaux dans des domaines tels que l’éducation, la santé, l’agriculture et la police locale. Malgré ces mesures, l’amendement n’a jamais pleinement satisfait les Tamouls, certains jugeant les pouvoirs provinciaux insuffisants, et les gouvernements successifs ont souvent limité ou retardé leur application complète. Néanmoins, il reste un cadre légal central pour la gouvernance décentralisée et continue d’être un instrument clé dans les discussions sur l’autonomie régionale et la réconciliation ethnique au SriLanka. 

[7] La Relique de la Dent, située au Temple de la Dent (Sri Dalada Maligawa), est une précieuse relique bouddhiste conservant une dent de Bouddha. Elle est vénérée depuis des siècles et symbolise la souveraineté et la protection du Sri Lanka, attirant des milliers de pèlerins et de visiteurs chaque année. La relique est au centre de cérémonies religieuses majeures, notamment le festival annuel Esala Perahera, qui célèbre sa sacralité et son rôle culturel dans le pays. Historiquement la personne tenant cette relique à la main est considérée comme apte à gouverner le pays. Durant la guerre civile 87-89 le JVP a été accusé d'avoir attaqué une détachement militaire qui assurait sa sécurité pour récupérer des armes. Les opposants du JVP l’ accusent d'avoir commandité cette attaque et entamé les violences dans ce lieu saint afin d'instaurer un régime laïque. Le bouddhisme est religion d'État au Sri Lanka.  

[8] : Les Mahanayaka Theros sont les plus hauts dignitaires religieux du bouddhisme Theravāda au Sri Lanka. Ils dirigent les principaux monastères, supervisent les moines, guident la communauté laïque dans la pratique religieuse et jouent un rôle influent dans les affaires sociales et culturelles du pays, incarnant à la fois autorité spirituelle et respect des traditions.

[9] Le clan Rajapaksa est une famille politique corrompue du Sri Lanka, dont plusieurs membres ont occupé les postes les plus élevés du pays, y compris la présidence et le gouvernement entre 2004 et 2015 et en 2019-2022 La révolte de la Génération Z a renversé en 2022 ce pouvoir mafieux et le clan s'est enfui du pays. Connu pour son influence criminelle et son contrôle étendu sur la politique et l’administration, le clan Rajapaksa a joué un rôle clé dans la criminalisation du pouvoir, lancée par l'UNP depuis 1977 et dans la vie politique sri‑lankaise au cours des deux dernières décennies. Ce clan à nouveau est apparu dans aux élections de 2024 en se présentant comme patriote et opposé aux droits des travailleurs.

[10] Les écoles de Dhamma sont des institutions religieuses où les enfants reçoivent une éducation bouddhiste tous les dimanches. Elles enseignent les principes du Bouddhisme Theravāda, la morale, la méditation et les histoires de Bouddha, tout en renforçant la culture et les valeurs sri-lankaises. Ces écoles jouent un rôle essentiel dans la formation spirituelle des jeunes et le maintien des traditions bouddhistes.

[11] Les Pirivena sont des écoles monastiques bouddhistes où les jeunes moines et certains jeunes laïques reçoivent une formation religieuse et académique. Elles enseignent le bouddhisme Theravāda, la philosophie, la langue cinghalaise, le pali et d’autres matières classiques, tout en préparant les moines à devenir des enseignants religieux ou des guides spirituels.

[12] Les principes des Licchavi désignent le système politique et social de la confédération Licchavi  (Népal ancien, 5ᵉ‑9ᵉ siècle) fondé sur la démocratie aristocratique et la participation collective. Ils incluent la gouvernance par conseil, le respect des lois coutumières, la protection des citoyens et la promotion du commerce et de la prospérité locale.  Au Sri lanka, ces principes sont souvent exigés en cas de crise grave : se réunir fréquemment pour discuter des problèmes du royaume, des maladies et des souffrances du peuple, ainsi que du progrès du pays, se séparer harmonieusement à l’issue des discussions, protéger les lois édictées par les rois précédents, ne pas les enfreindre et ne pas promulguer de nouvelles lois, respecter les aînés et solliciter leurs conseils, garantir la sécurité des femmes mariées et des jeunes filles célibataires, respecter et protéger les lieux sacrés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du royaume.

 

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