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29/07/2026

Message de la famille du Dr Hussam Abu Safiya

Rassemblement de soutien à Paris - 24 juillet 2026


 

Mesdames et Messieurs,

Chères consœurs, chers confrères,

et vous toutes et tous qui êtes réunis aujourd’hui pour défendre l’humanité et la justice,

Je m’appelle Idrees Abu Safiya. Je suis le fils du Dr Hussam Abu Safiya, directeur de l’hôpital Kamal Adwan et pédiatre qui a consacré sa vie aux enfants de Gaza et aux patients les plus vulnérables, dans des circonstances que nul médecin ne devrait avoir à affronter.

Je m’adresse à vous aujourd’hui au nom de ma famille, mais aussi au nom de chaque médecin, infirmier, ambulancier et soignant palestinien détenu dont le monde ignore encore le nom, dont la famille n’entend plus la voix, et dont les proches ne savent parfois même pas s’il est encore en vie.

Nous possédons la nationalité kazakhe. Dès le début de la guerre, nous avions la possibilité de quitter Gaza et de nous mettre en sécurité. Pourtant, nous avons refusé de partir et nous sommes restés auprès de mon père pendant toute cette période, parce que lui-même refusait d’abandonner son hôpital et ses patients.

Il nous répétait toujours : 

« Qui soignera ces malades ? Qui restera auprès des enfants et des blessés alors que les médicaments, le personnel médical et les compétences spécialisées manquent cruellement ? »

Mon père était reconnu comme l’un des meilleurs pédiatres de la bande de Gaza. Pour lui, la médecine n’était pas un simple métier : c’était une mission, un devoir moral et une responsabilité envers chaque vie humaine. Il savait que rester pouvait lui coûter la vie, mais il a choisi de rester auprès de ses patients.

À plusieurs reprises, il a été menacé afin qu’il évacue l’hôpital et laisse derrière lui les malades et les blessés. L’hôpital et les personnes qui s’y trouvaient ont été visés à de nombreuses reprises, et mon père lui-même a été exposé à des attaques qui ont directement mis sa vie en danger.

Lors de l’un de ces épisodes particulièrement graves, il a été atteint par des éclats tirés depuis un quadricoptère, qui se sont logés dans sa cuisse gauche. Dans un contexte de pénurie de médicaments, de matériel et de moyens chirurgicaux, cette blessure aurait pu entraîner de lourdes complications. Par la grâce de Dieu, elle n’a pas provoqué à ce moment-là de séquelles mettant immédiatement sa vie en danger.

 

Malgré sa blessure, mon père n’a pas quitté l’hôpital et n’a pas abandonné ses patients. Il a continué à travailler alors qu’il avait lui-même besoin de soins, de repos et d’un suivi médical.

Pendant la guerre, notre maison a été bombardée et nous avons tout perdu. Moi, son fils Idrees, j’ai été blessé. Nous avons connu la peur, la faim, le déplacement forcé et le siège. Puis mon frère Ibrahim a été tué devant l’hôpital.

Mon père n’a même pas eu le temps ni l’espace nécessaires pour dire adieu à son fils comme un père devrait pouvoir le faire. Il l’a enterré près du mur de l’hôpital, puis il est retourné auprès de ses patients, parce qu’il savait que des dizaines de vies dépendaient encore de lui.

Imaginez un père qui enterre son propre fils de ses mains, puis retourne soigner les enfants des autres.

Après l’arrestation de mon père, sa mère - ma grand-mère - est décédée alors qu’elle attendait de ses nouvelles et demandait sans cesse il se trouvait. Son état de santé s’est détérioré sans qu’elle sache comment il vivait, dans quelles conditions il était détenu, ni s’il reviendrait un jour. Mon père n’a pas pu lui dire adieu.

Il n’a pas pu faire son deuil de son fils. Il n’a pas pu accompagner sa mère dans ses derniers instants. Et nous, sa famille, sommes privés du droit le plus élémentaire : le voir, entendre sa voix et savoir avec certitude dans quel état il se trouve.

Aujourd’hui, nous sommes extrêmement inquiets pour sa santé. Mon père souffre de problèmes cardiaques et a besoin d’un suivi médical régulier ainsi que de traitements adaptés. Or il est détenu dans des conditions très dures : isolement, nourriture insuffisante, absence de soins appropriés, manque d’hygiène et environnement carcéral insalubre.

Ces conditions ne constituent pas seulement une souffrance quotidienne. Elles représentent un danger réel, grave et croissant pour sa vie, particulièrement au regard de son affaiblissement, de sa perte importante de poids, de la pression physique et psychologique constante, et de l’absence d’examens médicaux indépendants.

Nous ignorons s’il reçoit les médicaments dont son cœur a besoin. Nous ignorons les effets réels de la faim, de l’isolement, du stress et des mauvaises conditions sanitaires sur son organisme. Chaque journée sans examen indépendant et sans traitement approprié augmente le risque d’une dégradation irréversible de son état.

Après avoir sacrifié sa sécurité pour sauver des vies, mon père n’a pas été protégé : il a été arrêté, maltraité, privé de soins et empêché de communiquer régulièrement avec son avocat et sa famille.

Son seul “crime” a été de rester médecin lorsque soigner des malades était devenu un acte puni.

Mais la mobilisation d’aujourd’hui ne concerne pas seulement mon père.

D’autres médecins, infirmiers, ambulanciers et professionnels de santé palestiniens sont détenus. Certains restent presque totalement inconnus du monde. Derrière chaque nom se trouve une famille qui attend, des enfants qui posent des questions, des mères qui tombent malades d’inquiétude et des patients privés de celles et ceux qui les soignaient.

Défendre le Dr Hussam Abu Safiya, c’est défendre chaque médecin qui refuse d’abandonner ses patients. C’est défendre le droit de toute personne à recevoir des soins, l’inviolabilité des hôpitaux et les valeurs auxquelles les médecins du monde entier ont prêté serment.

Nous ne demandons pas une compassion passagère. Nous demandons une action urgente, concrète et efficace.

Nous appelons le gouvernement français à utiliser tous les moyens diplomatiques dont il dispose pour obtenir immédiatement une preuve fiable que mon père est en vie, lui garantir un examen médical indépendant et urgent, assurer l’accès à tous les médicaments et traitements nécessaires, permettre à son avocat et au Comité international de la Croix-Rouge de lui rendre visite sans restriction, et agir sans délai pour sa libération ainsi que celle de tous les médecins et professionnels de santé palestiniens détenus.

Le temps ne joue pas en notre faveur.

Chaque jour passé en prison peut laisser des séquelles irréversibles. Chaque jour peut être le dernier.

Aux médecins et à toutes les personnes réunies aujourd’hui : merci de ne pas être restés silencieux. Merci de rappeler que la médecine ne connaît pas de frontières, et que défendre un médecin persécuté, c’est défendre notre humanité commune.

Vous ne vous tenez pas seulement aux côtés de mon père. Vous vous tenez aux côtés de soignants dont le monde ne connaît pas encore les noms, de familles qui attendent un seul message pour être rassurées, et de toutes celles et ceux qui refusent que l’injustice devienne normale à force de silence.

Au gouvernement français, nous disons :

Ne vous contentez pas d’exprimer votre inquiétude.

Ne vous contentez pas de paroles.

Utilisez votre influence et agissez maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Sauvez le Dr Hussam Abu Safiya.

Sauvez les médecins et les professionnels de santé détenus.

Protégez celles et ceux qui ont choisi de sauver des vies plutôt que de les abandonner.

Je vous remercie.

Idrees Abu Safiya

Fils du Dr Hussam Abu Safiya
Au nom de la famille Abu Safiya
Site officiel :
https://freehussam.org/

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