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27/01/2026

Minneapolis, Palestine occupée

Ci-dessous, traduits Tlaxcala, par trois articles suscités par l’exécution, commise de sang-froid, d’Alex Peretti à Minneapolis. Une mort de trop, après celle de Renee Nicole Good et qui soulève une tempête d’indignation au-delà du Minnesota.

Là où le trottoir finit, les mensonges commencent : sur l’exécution d’Alex Pretti

Jeffrey St. Clair, CounterPunch, 26/1/2026

Jeffrey St. Clair est coéditeur de CounterPunch. Son dernier ouvrage s'intitule An Orgy of Thieves: Neoliberalism and Its Discontents (avec Alexander Cockburn). sitka[at]comcast[dot]net  ou @JeffreyStClair3.

Voici ce que j’ai vu après avoir visionné plusieurs vidéos de l’exécution d’Alex Pretti : L’infirmier de l’administration des anciens combattants Alex Pretti, que Gregory Bovino a dit vouloir causer des "dégâts maximum", essayait de protéger une femme qui se faisait asperger de gaz poivré, un acte d’humanité qui a mis en rage les agents de la CBP (Patrouille frontalière) qui se sont ensuite jetés sur lui en masse, lui aspergeant le visage de gaz poivré. Il tenait un téléphone portable à la main lorsque huit agents se sont rués sur lui et l’ont violemment projeté sur le bitume. Avec six agents de l’immigration sur lui, Alex Pretti aurait facilement pu être « chauviné »  [Derek Chauvin, le meurtrier de George Floyd, NdT] à mort... s’ils n’avaient pas décidé de lui tirer dessus. Il avait un pistolet dans un étui, pour lequel il avait un permis (et un droit divin, selon Trump et la NRA) de « port apparent ». Et cette arme lui a été prise par un agent qui s’est éloigné, puis ils lui ont tiré dessus à plusieurs reprises à seulement quelques centimètres, jusqu’à 10 coups en moins de cinq secondes.

La tentative de dissimulation a eu lieu immédiatement. Alors que la bande d’officiers se dispersait comme un atome fissuré du corps inerte de Pretti après les coups de feu, ils se sont tournés directement vers la foule qui avait filmé et hurlé d’horreur face à l’exécution qu’elle venait de voir. Sorti le gaz poivré. Sorties les matraques. Sorties les armes. Ils ont tenté de détenir les témoins et de voler leurs téléphones portables. L’homicide est un crime d’État. Mais le DHS (Sécurité intérieure), une fois de plus, comme dans le cas de Renee Good, a empêché la police d’État du Minnesota d’enquêter sur la mort d’un résident du Minnesota et citoyen usaméricain, et le FBI a mis fin à toute enquête interne sur les tirs. Ils ont refusé de révéler l’identité du tireur, l’ont retiré du Minnesota vers une autre juridiction et l’ont remis en liberté. C’est la preuve de la culpabilité. C’est aussi la preuve que les tactiques de « côté obscur » de Cheney [« Pour se protéger, les USA devront travailler du côté obscur », déclaration  après le 11 septembre, NdT] ne sont plus réservées aux sites noirs [prisons secrètes de  la CIA, NdT]. Elles sont rentrées au bercail pour sévir contre les USAméricains en plein jour...

Noem, Bovino et Trump ont été prêts à calomnier le cadavre d’un homme qui travaillait pour leur propre gouvernement, prodiguant des soins aux anciens combattants usaméricains. Un citoyen usaméricain, né de citoyens usaméricains. Un homme sans casier judiciaire, qui n’avait commis aucun acte criminel lorsqu’il a été abattu, si ce n’est essayer de se protéger et de protéger les autres des brutalités d’agents fédéraux masqués, lourdement armés. Ils l’ont souillé avant de savoir quoi que ce soit sur lui. Ils l’ont vilipendé avant même que son sang n’ait gelé sur le trottoir. Ils l’ont diffamé avant même d’avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont sali après avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont blâmé parce qu’il était irréprochable. Ils l’ont diffamé pour cacher leur propre culpabilité. Une culpabilité qui court de ce trottoir de Minneapolis aux bureaux de la Patrouille frontalière, au QG du DHS, jusqu’à la Maison Blanche. Les mensonges, si outranciers, si transparents, sont la preuve de leur culpabilité.

Puis sont venus les mensonges. Il avait une arme à la main et était prêt à tirer. Il préparait un massacre. Il était chargé de munitions. C’était un terroriste intérieur. C’était un assassin. Il était armé quand ils lui ont tiré dessus. Tous des mensonges. Des mensonges proférés par certaines des personnes les plus haut placées du gouvernement. Des mensonges qui se sont ensuite déversés directement dans le conglomérat médiatique de droite. Des mensonges qui se sont propagés comme un virus dévoreur d’esprit à travers les 30 pour cent du pays avides de croire tout ce que Trump et son régime leur disent. Mentir est à peu près la seule production dont ce régime est capable.

Les mensonges ne sont même pas créatifs. Ils sont pro forma. Ils les disent pour dissimuler l’impunité accordée aux agents meurtriers de l’État, qui ont été libérés des entraves de la Constitution et ont reçu licence de piller et saccager, détenir et tuer à volonté. Mais combien de temps même les partisans les plus serviles de ce régime seront-ils prêts à avaler les mensonges sans être secoués par une nausée profonde ? Les pro-vie ? Les évangéliques ? La NRA ? Jusqu’où toléreront-ils ? Après tout, des agents fédéraux ont désarmé Alex Pretti, puis lui ont tiré dessus. On ne pourrait pas écrire une parabole plus déchirante pour les mises en garde de Charlton Heston sur le caractère sacré du droit aux armes face à la tyrannie toutes ces années. Cette exécution odieuse fera-t-elle enfin que la NRA se retourne contre Trump ? N’y comptez pas. Comme le Sierra Club, la NRA s’intéresse plus à l’argent et à l’accès au pouvoir qu’aux causes pour lesquelles elle collecte des fonds, et l’organisation est peu susceptible de compromettre sa relation avec Trump, même si elle est à sens unique. Ses membres, cependant, peuvent penser différemment.

Voici une façon dont les comparaisons entre l’Allemagne nazie et l’USAmérique MAGA échouent : la plupart des dirigeants nazis n’étaient pas aussi stupides que les gens dont Trump s’est entouré, comme Noem, Patel, Homan et Bondi. Il n’a pas embauché ces gens-là pour leur compétence mais pour leur loyauté aveugle. En fait, il préfère que ses subalternes soient amoraux et incompétents, manquant de connaissance et d’intérêt pour les lois et les organisations qu’ils sont censés superviser. Hitler a purgé la SA lors de la Nuit des Longs Couteaux pour une raison. (Comme Jim Bovard me l’a rappelé, « Après ce carnage, le Reichstag contrôlé par les nazis a adopté une ‘loi’ qui légalisait rétroactivement tous les meurtres de la purge. Tout comme la loi sur les commissions militaires de 2006 a légalisé rétroactivement la torture. ») Bien que ses malfrats aient été essentiels pour lui assurer le pouvoir, ils étaient un handicap pour l’y maintenir. Trump lui-même est trop vaniteux et trop peu sûr de lui pour réaliser le danger tapi dans le ventre de la bête et cela pourrait bien causer sa perte.

Mais les gens qui étaient dans la rue glaciale ce matin-là pour documenter savent exactement ce qui s’est passé. Ils l’ont entendu. Ils l’ont vu. Ils l’ont ressenti. Ils ont senti l’odeur de cordite des coups de feu. Ils ont vu le sang couler. Ils ont vu les agents se disperser après ce qu’ils avaient fait. Ils savaient qui avait commencé. Ils savaient qui avait mis fin à la vie d’une personne dont le métier était de sauver des vies. Imaginez leur colère et leur dégoût en entendant leur propre gouvernement raconter de viles fables sur ce qui s’était passé. S’ils mentent sur ça, sur quoi ne mentiront-ils pas ?



Un agent de la CBP est sorti avec l’arme sous licence d’Alex Pretti plusieurs secondes avant qu’il ne soit abattu. Image extraite d’une vidéo postée sur X.

Voici ce qui s’est passé, selon la déclaration sous serment signée par une personne qui se tenait à côté d’Alex Pretti et qui n’était qu’à quelques mètres de lui lorsqu’il a été plaqué au sol par une meute et abattu sur le trottoir.

Il était 8h50 du matin lorsqu’elle a entendu un sifflet avertissant que des agents de l’immigration étaient dans son quartier de Whittier à Minneapolis. Elle faisait partie d’un groupe communautaire qui observait et enregistrait les rafles de l’ICE et elle s’est rendue au carrefour voisin de l’avenue Nicolet et de la 26e  rue, où elle a vu un convoi de voitures de la CBP et de l’ICE et de nombreux agents rôdant dans la rue. Certains d’entre eux frappaient aux vitres et tentaient de tirer des gens de leurs voitures.

Alors qu’elle se garait, la témoin a vu un homme aider à faire circuler le trafic à travers le barrage routier tenté par les agents de l’immigration. Cet homme s’est révélé être Alex Pretti, un infirmier de la VA et intervenant rapide lors des rafles de l’ICE. Elle s’est garée et s’est approchée de Pretti et lui a dit : « Je vais filmer et utiliser mon sifflet ».

Ensemble, Pretti et la témoin ont vu un agent fédéral jeter quelqu’un au sol plus loin dans la rue. Pendant ce temps, de l’autre côté de la rue, des agents masqués harcelaient des manifestants, qui leur criaient dessus et sifflaient. Alex Pretti a commencé à filmer l’interaction avec son téléphone portable. Un agent s’est précipité vers eux et a aboyé qu’ils devaient reculer. La témoin a reculé lentement vers le trottoir. Mais Pretti est resté sur place et a continué à enregistrer la situation qui s’aggravait devant lui, où des agents avaient commencé à asperger de gaz poivré les deux observateurs. Alors que Pretti se déplaçait vers eux pour leur porter secours, un des agents a violemment poussé une femme sur la chaussée puis a commencé à asperger de gaz poivré les trois observateurs, y compris Pretti, qui, à ce moment-là, tenait ses deux mains au-dessus de sa tête et serrait toujours son téléphone portable - pas une arme, comme l’a prétendu le DHS.

L’agent a poussé Pretti, qui a trébuché, puis a retrouvé son équilibre et s’est penché pour aider la femme blessée. L’agent surexcité a aspergé les deux au visage de gaz poivré à bout portant. Il y avait tellement de gaz poivré dans l’air maintenant que la témoin sentait ses yeux brûler. Cinq autres agents masqués se sont précipités. Ils ont attrapé Pretti alors qu’il essayait d’aider la femme à se relever puis l’ont jeté sur la chaussée. Cinq ou six agents l’ont maintenu au sol. L’un des agents est sorti avec l’arme de Pretti, qui n’avait jamais quitté son étui, et a couru dans la rue en la tenant dans sa main, comme s’il s’agissait d’un trophée de guerre. Puis, la témoin a dit : « Ils ont juste commencé à tirer. Ils lui ont tiré dessus tellement de fois. Je ne sais pas pourquoi ils lui ont tiré dessus. Il ne faisait qu’aider. J’étais à cinq pieds et ils lui ont juste tiré dessus ».

Ceci est un récit précis et intime de la mort d’Alex Pretti. Il est corroboré par chaque vidéo du meurtre. Il expose les mensonges racontés par des personnes qui n’étaient pas là, mais qui ont toutes les raisons de mentir pour dissimuler leur propre complicité. Dans l’USAmérique MAGA, les mères, les prêtres, les poètes et les infirmiers sont désormais considérés comme des « terroristes intérieurs », et les hommes masqués qui les frappent, les gazent et leur tirent dessus sont des « forces de l’ordre ».


En 2014, JoAnn Wypijewski, Kevin Alexander Gray et moi avons édité un livre intitulé
Killing Travyons: An Anthology of American Violence, qui était une chronique des abus de la police usaméricaine contre les minorités, en particulier les Noirs. On dirait que nous sommes tous des Trayvon maintenant. En l’espace de quelques jours, les stormtroopers (troupes de choc) de l’immigration de Trump ont abattu une poètesse et un infirmier. Qui sera le prochain ? Un aquarelliste ? Un enseignant de maternelle ? Une manucure ? Un entraîneur de T-ball ?

Nous vivons dans un pays où vous pouvez être accusé de résister à l’arrestation sans avoir commis de crime justifiant une arrestation. Nous vivons dans un pays où même les actes les plus passifs de défi et de résistance sont une excuse pour vous tuer. Les Noirs, les Hispaniques et les Autochtones ont connu cela depuis les premiers jours de la République. Maintenant, les USAméricains blancs ayant une conscience se retrouvent également dans le collimateur de leur propre gouvernement.

Nous vivons aussi dans un pays où les gens, des gens ordinaires, sont si révoltés par ce qui se passe qu’ils sont prêts à sortir tous les jours par des températures arctiques pour affronter et résister aux forces de style paramilitaire qui terrorisent leurs quartiers, sachant le genre de violence qui pourrait s’abattre sur eux.

Alex Pretti était l’un de ces USAméricains « ordinaires ». Il n’avait rien fait pour mériter d’être agressé, encore moins abattu. Il a fait ce pour quoi les infirmiers sont formés : aider quelqu’un qui a été blessé, une femme poussée au sol et aspergée de gaz poivré sans raison par un agent de la CBP, une femme qui n’avait rien fait non plus pour mériter ce traitement brutal. Alex Pretti n’était pas le « pire des pires ». Il était le meilleur du meilleur.

 


Bienvenue en Palestine, Minnesota : la vie sous occupation

M. Reza Behnam, Counterpunch, 27/01/2026

Le Dr. M. Reza Behnam est un politologue spécialisé dans la politique US et le Moyen-Orient.

 Israël est rentré au bercail au Minnesota. Les habitants de Minneapolis et de Saint-Paul sont devenus les Palestiniens du Minnesota. Les résidents des villes jumelles connaissent la perte de souveraineté et de droits civils que les Palestiniens subissent depuis plus de huit décennies.

L’État de l’Étoile du Nord a été assiégé par des milliers d’agents de l’ICE et de la Patrouille frontalière. Les villes jumelles sont désormais des communautés occupées, surveillées et attaquées par leur propre gouvernement.

Le militarisme, la violence et le terrorisme qu’Israël a répétés sur les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupées ont atteint le cœur de l’USAmérique et se sont infiltrés dans le système politique du pays.

Les similitudes tactiques et idéologiques entre l’ICE et les Forces d’occupation israéliennes sont facilement reconnaissables. Ces similitudes sont enracinées dans des décennies de programmes de formation conjoints, de technologie et de surveillance partagées. Des milliers d’agents fédéraux ont participé à des programmes israéliens de formation à la « sécurité ».

Simulant la réalité de l’occupation en Palestine, des agents fédéraux militarisés patrouillent dans les quartiers usaméricains, enlevant des résidents. Sans mandats, des hommes non identifiés armés de fusils d’assaut mènent des raids, tirent des gens de leurs maisons, les extraient de véhicules, les détiennent et même les tuent, comme en témoignent ce mois-ci les morts des citoyens usaméricains Renee Good et Alex Pretti. Les agents masqués traitent les manifestants comme des menaces, utilisant contre eux des armes chimiques et sublétales.

Des milliers de personnes ont été détenues de force et maintenues dans des centres de détention de l’ICE sans procédure légale. Depuis le début de 2026, six décès ont été enregistrés. Et en 2025, l’année la plus meurtrière de l’ICE en deux décennies, 32 personnes sont mortes.

En janvier 2026, plus de 9 350 Palestiniens sont détenus, la plupart sans inculpation, dans les prisons et centres de détention israéliens ; environ 350 sont des enfants. Et depuis le 7 octobre 2023, au moins 98 Palestiniens (le bilan étant probablement plus élevé) sont morts en détention israélienne.

Keith Ellison, procureur général du Minnesota, a parfaitement résumé la situation : « C’est de la tyrannie... Personne n’aurait jamais pensé que l’Amérique ressemblerait à ça. Nous n’avons plus besoin de spéculer sur ce à quoi ressemble le fascisme américain. Il est juste devant la porte ».

Notre USAmérique était destinée à ressembler à cela. Tout prétexte d’humanité a été abandonné lorsque le président Joe Biden, sioniste avoué, après le 7 octobre 2023, a donné son feu vert au massacre des Palestiniens et à la dévastation de Gaza, ce qu’il a continué à faire jusqu’à son départ le 20 janvier 2025.

En jetant le poids financier, militaire et politique de l’USAmérique derrière un génocide, et en ne respectant pas le droit international et humanitaire, l’administration Biden a préparé le terrain pour l’absence de loi interne et internationale de son successeur condamné. Une nation qui condamne le « crime des crimes », l’atrocité humaine ultime, favorise une culture de la violence qui finit inévitablement par se retourner vers l’intérieur.

Inéluctablement, l’idéologie sioniste de la violence et de la force a trouvé un foyer en USAmérique, où dans les communautés noires, brunes et autochtones, le maintien de l’ordre quasi-militaire a toujours été une réalité. La brutalité gagne maintenant du terrain dans des communautés majoritairement blanches, comme Minneapolis.

Gaza a réveillé la nation face à la réalité que tout ne va pas bien ; que l’USAmérique est un pays de lois, mais avec peu de justice, ce que les groupes minoritaires savent depuis longtemps. Une nation défendant les droits humains et la justice, comme les USA le proclament, aurait défendu et vigoureusement soutenu le peuple palestinien.

De la Palestine aux rues d’USAmérique, l’objectif semble être la soumission – terroriser les immigrants et ceux qui les protègent ; et réduire au silence les dissidents qui s’opposent à l’ « ordre mondial » envisagé par le complexe militaire, industriel, politique, médiatique et numérique (CMIPMN).

Les USA sont entrés dans le grave new world [allusion au « brave new world » d’Aldous Huxley, NdT] que le président Dwight D. Eisenhower avait prévu dans son discours d’adieu à la nation de janvier 1961.

Alors que l’administration Trump piétine la Constitution usaméricaine, la pertinence de l’avertissement d’Eisenhower contre « l’influence injustifiée » du « complexe militaro-industriel » et sa supplication de ne jamais le laisser « mettre en danger nos libertés ou processus démocratiques » ne peut être sous-estimée :

« Cette conjonction d’une immense institution militaire et d’une grande industrie de l’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d’État, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société.

Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

La guerre a été centrale pour le CMIPMN, comme elle l’a été pour les USA et Israël. Elle a été fondamentale pour l’idéologie coloniale de peuplement d’Israël, l’expansion étant justifiée comme défense. Elle a également été cruciale dans la poursuite de la domination mondiale par l’USAmérique, l’hégémonie économique étant camouflée en défense de la démocratie et de la liberté.

En Israël, le projet sioniste de détruire une culture ancienne et d’éliminer son peuple est déguisé en « défense » de la nation. Et aux USA, le régime Trump utilise le leitmotiv de la « sécurisation du pays » contre les immigrants sans papiers pour justifier sa cruauté et l’étouffement des libertés et des droits. Il a également utilisé le matraquage habituel sur  « l’antisémitisme » pour détenir et expulser ceux qui s’opposent à la guerre génocidaire d’Israël et qui soutiennent une Palestine libre.

Le CMIPMN a également eu une puissante influence sur la formation et la manipulation de la pensée sociétale.

Le partenariat de Washington avec Israël a favorisé la dérive de l’USAmérique vers le proto-fascisme. La suprématie juive sioniste, la diabolisation des Palestiniens, l’unité nationale construite sur des récits de menace externe, et la fétichisation de la culture militaire ont trouvé un terrain fertile dans le paysage trumpien.

L’union des régimes usraéliens a engendré en USAmérique un environnement réceptif à la suprématie blanche et à la diabolisation et au bouc émissaire des immigrants, des minorités et des gauchistes. Bon nombre des mesures qu’Israël a utilisées pour terroriser les Palestiniens sont désormais employées par les agents fédéraux contre les USAméricains ; par exemple, la détention et l’emprisonnement sans procédure légale, les invasions de domicile, les enlèvements, la séparation des enfants de leurs familles, et l’utilisation d’enfants comme boucliers humains.

L’agenda de déportation massive de Trump est un outil de contrôle social ; une façon d’éroder les libertés civiles fondamentales et de terroriser les populations vulnérables. Comme leurs homologues palestiniens, cependant, les habitants du Minnesota sont restés inflexibles malgré le danger. En réaction à l’occupation militaire de leurs villes, ils ont défié en mobilisant une opposition efficace, donnant vie à des mouvements de résistance.

La rébellion de Gaza du 7 octobre 2023 a modifié la perception d’Israël et leur propre gouvernement par les USAméricains. En mettant les intérêts des Israéliens au-dessus du bien-être des USAméricains, les administrations US, particulièrement Biden et Trump, ont rompu le contrat social.

La Déclaration d’Indépendance de 1776, avec son message de droits inaliénables et de résistance à la tyrannie, fait écho à la lutte des USAméricains en 2026, et à la quête de longue date d’autodétermination des Palestiniens depuis huit décennies.

Les usurpations et abus au Minnesota et en Palestine occupée exigent que nous nous souvenions, avec les mots de Thomas Jefferson, que :

« Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future ». (Déclaration d'Indépendance, 4 juillet 1776)

 

Entre Tel Aviv et Minneapolis : quand l’État retourne sa violence contre les siens

Du déploiement d’agents fédéraux dans les villes usaméricaines à la « miliciasisation » de la police israélienne, le manuel est le même : utiliser la force de l’État pour réduire au silence la dissidence.

Yosef Yisrael, 25/1/2026

Correspondant étranger pour Channel 13 News, Israël  et doctorant en relations internationales et terrorisme

Les images de Minneapolis sont déchirantes. Alex Pretti, un infirmier de soins intensifs de 37 ans dans un hôpital pour anciens combattants – un homme qui a passé sa vie à soigner ceux qui ont servi – a été abattu par des agents fédéraux. Ce n’était pas un « terroriste intérieur », comme la rhétorique de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem pourrait le suggérer. C’était un citoyen qui, selon des témoins, est intervenu pour protéger une manifestante qui se faisait asperger de gaz poivré.

Le détail le plus terrifiant de la documentation disponible est que Pretti, propriétaire légal d’une arme, avait déjà été désarmé et était allongé au sol lorsque les coups fatals ont été tirés. Cette tragédie survient à peine deux semaines après la mort de Renee Good, une autre civile, dans une escalade elle aussi non provoquée. Encore plus glaçante que la violence elle-même : l’immunité automatique et totale accordée aux agents par Donald Trump et Kristi Noem. Au lieu de responsabilité, l’administration offre des mensonges et de la propagande pour justifier l’injustifiable.

Ces événements à Minneapolis ne sont pas seulement une tragédie usaméricaine ; ils sont un signe avant-coureur d’un changement mondial. Ils racontent l’histoire d’un régime utilisant son monopole de la violence pour instiller la terreur chez les citoyens qui s’y opposent. Ce qui était autrefois la marque des autocraties s’infiltre dans le monde démocratique lorsqu’il est dirigé par des leaders qui méprisent les valeurs démocratiques. Cela se passe aux USA sous Trump et Noem – et cela se passe en Israël sous Netanyahou et Ben Gvir.


Violences policières rigolardes contre des manifestants anti-Netanyahou à Tel Aviv, juillet 2023. Photo Itai Ron / Haaretz

En Israël, sous le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, la police israélienne est méthodiquement transformée en milice politique. Ben Gvir, un extrémiste d’extrême droite exempté du service militaire et ayant des condamnations pour incitation au racisme et soutien au terrorisme, est un adepte de la violence parrainée par l’État. Pour lui, la vue de manifestants en sang ou l’arrestation brutale de manifestants pacifiques n’est pas un échec policier : c’est l’objectif. Il prospère sur les images de la force utilisée contre ceux qui osent protester contre le gouvernement.

La nature du pouvoir est de s’enraciner par la force. Dans une démocratie saine, les « freins et contrepoids » – les tribunaux indépendants, la presse libre et l’État de droit – agissent comme le barrage qui empêche le pouvoir de l’État de devenir une arme contre le peuple. Mais Trump et Netanyahou partagent le même manuel : démanteler les garde-fous pour permettre une montée incontrôlée de la force exécutive.

À la fois à Minneapolis et à Tel Aviv, la distance entre « maintien de l’ordre » et « exécution politique » rétrécit. En Israël, la perspective de tirs à balles réelles contre des manifestants ne semble plus être une crainte dystopique – elle semble être une réalité imminente.



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