Rassemblement
de soutien à Paris - 24 juillet 2026
Chères consœurs, chers confrères,
et vous toutes et tous qui êtes réunis
aujourd’hui pour défendre
l’humanité et la justice,
Je m’appelle Idrees Abu Safiya.
Je suis le fils du Dr Hussam
Abu Safiya, directeur
de l’hôpital Kamal Adwan et pédiatre qui a consacré sa vie aux enfants
de Gaza et aux patients les plus vulnérables, dans des circonstances que nul
médecin ne devrait avoir à affronter.
Je m’adresse à
vous aujourd’hui au nom de ma famille, mais aussi au nom de chaque médecin,
infirmier, ambulancier et soignant palestinien détenu dont le monde ignore encore le nom, dont la
famille n’entend plus la voix, et dont les proches ne savent parfois même pas
s’il est encore en vie.
Nous possédons la nationalité kazakhe. Dès le début de la guerre,
nous avions la possibilité de quitter Gaza et de nous
mettre en sécurité. Pourtant, nous avons refusé de partir et nous sommes restés
auprès de mon père pendant toute cette période, parce que lui-même refusait
d’abandonner son hôpital et ses patients.
Il nous répétait toujours :
« Qui soignera ces malades ? Qui restera auprès des
enfants et des blessés alors que les médicaments, le personnel médical et les
compétences spécialisées manquent cruellement ? »
Mon père était reconnu
comme l’un des meilleurs pédiatres de la bande
de Gaza. Pour lui, la médecine
n’était pas un simple métier
: c’était une mission, un devoir
moral et une responsabilité envers chaque vie humaine. Il savait que rester
pouvait lui coûter la vie, mais il a choisi de rester auprès de ses patients.
À plusieurs reprises, il a été menacé
afin qu’il évacue
l’hôpital et laisse
derrière lui les malades et
les blessés. L’hôpital et les personnes qui s’y trouvaient ont été visés à de
nombreuses reprises, et mon père lui-même a été exposé à des attaques qui ont
directement mis sa vie en danger.
Lors de l’un de ces épisodes particulièrement graves, il a été atteint par des éclats tirés depuis un quadricoptère, qui se sont logés dans sa cuisse gauche. Dans un contexte de pénurie de médicaments, de matériel et de moyens chirurgicaux, cette blessure aurait pu entraîner de lourdes complications. Par la grâce de Dieu, elle n’a pas provoqué à ce moment-là de séquelles mettant immédiatement sa vie en danger.
Malgré sa blessure, mon père n’a pas quitté
l’hôpital et n’a pas abandonné ses patients. Il a continué à travailler alors qu’il avait lui-même besoin de soins, de
repos et d’un suivi médical.
Pendant la guerre,
notre maison a été bombardée et nous avons
tout perdu. Moi, son fils Idrees, j’ai été blessé.
Nous avons connu la peur, la faim, le déplacement forcé et le siège. Puis mon
frère Ibrahim a été tué devant l’hôpital.
Mon père n’a même pas eu le temps
ni l’espace nécessaires pour dire adieu
à son fils comme un père
devrait pouvoir le faire. Il l’a enterré près du mur de l’hôpital, puis il est
retourné auprès de ses patients, parce qu’il savait que des dizaines de vies
dépendaient encore de lui.
Imaginez un père qui enterre son propre fils de ses mains, puis retourne soigner les enfants des autres.
Après
l’arrestation de mon père, sa mère - ma grand-mère - est décédée alors qu’elle attendait de ses nouvelles et demandait sans cesse où il se trouvait. Son état de santé s’est détérioré sans
qu’elle sache comment il vivait, dans quelles conditions il était détenu, ni
s’il reviendrait un jour. Mon père n’a pas pu lui dire adieu.
Il n’a pas pu faire son deuil de son fils. Il n’a pas pu accompagner sa mère dans ses
derniers instants. Et nous, sa famille, sommes privés du droit le plus
élémentaire : le voir, entendre sa voix et savoir avec certitude dans quel état
il se trouve.
Aujourd’hui, nous sommes extrêmement inquiets pour sa santé. Mon père souffre de problèmes cardiaques et a
besoin d’un suivi médical régulier ainsi que de traitements adaptés. Or il est
détenu dans des conditions très dures : isolement, nourriture insuffisante,
absence de soins appropriés, manque d’hygiène et environnement carcéral
insalubre.
Ces conditions ne constituent pas
seulement une souffrance quotidienne. Elles représentent un danger réel,
grave et croissant pour sa vie, particulièrement au regard de son affaiblissement, de sa
perte importante de poids, de la pression physique et psychologique constante,
et de l’absence d’examens médicaux indépendants.
Nous ignorons s’il reçoit les médicaments dont son cœur a besoin. Nous ignorons les effets réels de la faim, de l’isolement, du stress et des mauvaises conditions sanitaires sur son organisme. Chaque journée sans examen indépendant et sans traitement approprié augmente le risque d’une dégradation irréversible de son état.
Après avoir sacrifié sa sécurité pour sauver des vies, mon père n’a pas été protégé : il a été arrêté, maltraité, privé de soins et empêché de communiquer régulièrement avec son avocat et sa famille.
Son seul “crime” a été de rester médecin lorsque soigner des malades était devenu un acte puni.
Mais la mobilisation d’aujourd’hui ne concerne pas seulement mon père.
D’autres
médecins, infirmiers, ambulanciers et professionnels de santé palestiniens sont
détenus. Certains restent presque totalement inconnus du monde. Derrière
chaque nom se trouve une famille qui attend, des enfants qui posent des questions, des mères qui
tombent malades d’inquiétude et des patients privés de celles et ceux qui les
soignaient.
Défendre le Dr
Hussam Abu Safiya, c’est défendre chaque médecin qui refuse d’abandonner ses patients. C’est
défendre le droit
de toute personne
à recevoir des soins,
l’inviolabilité des hôpitaux et les valeurs auxquelles les médecins du monde
entier ont prêté serment.
Nous ne demandons pas une compassion passagère. Nous demandons
une action urgente, concrète
et efficace.
Nous appelons le
gouvernement français à utiliser tous les moyens diplomatiques dont il dispose
pour obtenir immédiatement une preuve fiable que mon père est en vie, lui
garantir un examen médical indépendant et urgent, assurer l’accès à tous les
médicaments et traitements nécessaires, permettre à son avocat et au Comité
international de la Croix-Rouge de lui rendre visite sans restriction, et agir
sans délai pour sa libération ainsi que celle
de tous les médecins et professionnels
de santé palestiniens détenus.
Le temps ne joue pas en notre faveur.
Chaque jour passé en prison peut laisser des séquelles irréversibles. Chaque jour peut
être le dernier.
Aux médecins et à toutes
les personnes réunies
aujourd’hui : merci
de ne pas être restés
silencieux. Merci de rappeler que la médecine ne connaît pas de frontières, et
que défendre un médecin persécuté, c’est défendre notre humanité commune.
Vous ne vous
tenez pas seulement aux côtés de mon père. Vous vous tenez aux côtés de soignants dont le monde
ne connaît pas encore les noms, de familles qui attendent un seul message pour être
rassurées, et de toutes celles et ceux qui refusent que l’injustice devienne
normale à force de silence.
Au gouvernement français, nous disons :
Ne vous contentez pas d’exprimer votre inquiétude.
Ne vous contentez pas de paroles.
Utilisez votre influence et agissez maintenant, avant qu’il ne soit
trop tard.
Sauvez le Dr Hussam Abu Safiya.
Sauvez les médecins et les professionnels de santé détenus.
Protégez celles
et ceux qui ont choisi
de sauver des vies plutôt
que de les abandonner.
Je vous remercie.
Idrees Abu Safiya
Fils
du Dr Hussam Abu Safiya
Au nom de la famille
Abu Safiya
Site officiel : https://freehussam.org/
























