16/06/2024

GIDEON LEVY
Un général qui a tué impunément un adolescent palestinien reçoit maintenant un doctorat honorifique pour “héroïsme israélien”

Gideon Levy, Haaretz, 16/6/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Les bottes militaires poignent sous la robe noire, chaque tête est couverte d’un mortier noir. Il s’agit des récipiendaires d’un doctorat honoris causa [ou plutôt opprobrii causa, NdT] de l’université Reichman* en 2024, décerné cette année « en reconnaissance de l’héroïsme israélien » : une propagandiste de quat’sous (Noa Tishby) ; la commandante d’une compagnie de chars [la première compagnie féminine de tankistes, hashtag #metooIcankill] (la capitaine Karni Gez) ; un fondateur de Frères et sœurs d’armes (Eyal Naveh) ; un dirigeant des communautés de la frontière de Gaza (Haim Jelin) et le général de brigade Yisrael Shomer, commandant de la 146e Division.

Shomer a été honoré pour avoir « consacré de nombreuses années à la force et à la sécurité de l’État d’Israël ». Selon le site ouèbe de l’université, « cet honneur est décerné à des personnes dont les actions illustrent les valeurs du sionisme, de l’esprit d’entreprise, de la responsabilité sociale et de l’intégrité académique, et en reconnaissance de leurs contributions importantes à l’État d’Israël, au peuple juif et à l’université Reichman ».

Le général Yisrael Shomer lors d'une réunion d’évaluation de la situation, en avril. Photo : Unité du porte-parole de l'armée israélienne

Retour en arrière : Vendredi matin, 3 juillet 2015, point de contrôle de Qalandiyah en Cisjordanie. La circulation est lente. Un adolescent palestinien s’approche de la voiture du commandant de la brigade Binyamin, le colonel Yisrael Shomer, lance une grosse pierre dans le pare-brise et s’enfuit. Personne n’est blessé. Le sang du futur docteur honoraire ne fait qu’un tour : il sort de sa voiture et se lance à la chasse.

15/06/2024

GIDEON LEVY
Israël figure sur la liste noire de l’ONU des pays qui portent atteinte aux enfants, et à juste titre

Gideon Levy, Haaretz, 9/6/2024
Traduit par Layân Benhamed, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Somalie, Syrie, Myanmar, Boko Haram – et Israël. Ensemble, et pas par hasard. La décision du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, d’ajouter Israël à la liste noire des pays qui portent atteinte aux enfants a insulté et choqué Israël.
Nous et la Syrie dans le même sac ?

Une enfant palestinienne est assise sur des décombres, dans la bande de Gaza, en juin. Photo Mohammed Salem/Reuters

Oui, nous et la Syrie. En Israël, tout le monde s’est lancé dans l’attaque, mais personne n’a demandé : qu’avons-nous pensé pendant que l’armée tuait des milliers d’enfants ? Que le monde resterait silencieux ? Que l’ONU ferait preuve de retenue ? Son rôle est de lancer des cris et c’est ce qu’elle a fait ce week-end .

Lorsqu’il s’agit de massacres d’enfants, toutes les excuses s’envolent, même celles avancées par Israël. Gilad Erdan peut continuer ses numéros grotesques à l’ONU : il a publié hier un enregistrement vidéo de sa conversation avec le secrétaire général, un acte sans précédent en termes de code de conduite diplomatique, le tout destiné aux oreilles du Comité central du Likoud, en prévision de son prochain poste.

Benjamin Netanyahu peut continuer à affirmer que « l’ONU s’est inscrite sur la liste noire de l’histoire ». L’ONU ? Combien d’enfants a-t-elle tué ? L’ armée israélienne en a tué 15 517, selon le ministère de la Santé de Gaza. Quelque 8 000 de ces décès ont été vérifiés par l’ONU. Beaucoup sont encore portés disparus.

FRANCO “BIFO” BERARDI
Désertez

Franco “Bifo” Berardi, il disertore, 15/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Il semble que 32 % des Européens (UE) seraient prêts à tuer et à mourir pour défendre les frontières. C’est ce que dit un sondage publié par Gallup, mais je n’y crois pas.

« Le prix d'une tyrannie non contestée est le sang des jeunes et des braves »,  a déclaré Genocide-Joe Biden lors de la commémoration du Jour J, où les Russes manquaient à l’appel, peut-être un oubli du fait que l’Union soviétique a payé le prix de vingt-cinq millions de morts pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans son spot électoral, Ursula von den Leyden a déclaré que l’ennemi nous attaquait de l’intérieur et de l’extérieur et que, par conséquent, « NOUS SOMMES DANS UNE ÉPOQUE DE RÉARMEMENT ».

Mais selon un sondage d’opinion de Gallup International, seuls 32 % des Européens des pays membres de l’UE seraient prêts à se battre en cas de guerre.

Seulement ?

Il me semble que 32%, c’est beaucoup. Trop. Un sur trois est-il vraiment prêt à aller tuer et peut-être même mourir pour défendre les frontières et les valeurs d’une civilisation qui confisque ce que les générations passées ont gagné par des luttes sociales, qui a détruit l’environnement de la planète pour le profit d’une petite minorité ?

Est-ce qu’une personne sur trois est vraiment prête à voir son existence ruinée pour défendre... pour défendre quoi ?

La démocratie ? La démocratie qui a créé les conditions du réarmement et de la guerre atomique ?

Je ne le crois pas.

Écoutez

NdT

« Ô vous, les boutefeux
Ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu
Laissez vivre les autres
La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas
. »

Georges Brassens, Mourir pour des idées

 

 

 

14/06/2024

SUPRIYO CHATTERJEE
Après les élections indiennes, l'autoroute de Modi débouche dans un cul-de-sac

Supriyo Chatterjee, 14-6-2024
Traduit par Tlaxcala

Les résultats des récentes élections parlementaires indiennes ont été bénis par un dieu avare et malveillant : les nationalistes hindous gouverneront, mais de justesse ; l'opposition, découragée, peut à nouveau se battre, mais elle doit se préparer intelligemment ; les minorités recroquevillées sont soulagées, mais seulement pour l'instant, et les institutions de l'État se demandent si elles peuvent se tenir debout cette fois-ci ou si elles doivent continuer à ramper.

 

Oups ! Vous êtes biologique !

Après une décennie au pouvoir, le Premier ministre Narendra Modi avait une présence dominante, mais son Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien, le BJP) a perdu sa majorité et un cinquième de ses sièges cette fois-ci, malgré l'injection d'argent, la saisie des fonds du principal parti d'opposition, le Congrès, et le bannissement de ce dernier et d'autres rivaux de la télévision et de la majeure partie de la presse écrite. Il devra compter sur ses alliés régionaux pour continuer à gouverner, mais ils savent que Modi a l'habitude de les utiliser et de les détruire. Le BJP a subi des revers importants dans ses bastions du nord et de l'ouest de l'Inde, qui comptent certains des États les plus grands et les plus peuplés, perdant même à Ayodhya, la ville où une mosquée historique a été détruite et où un temple a été construit sur ses ruines afin de faire de la région le Vatican de l'hindouisme. Le parti au pouvoir a gagné dans l'est et le sud du pays, où sa présence est incertaine, mais ses défaites ont été plus décourageantes que ses victoires contre les partis régionaux.

SUPRIYO CHATTERJEE
Tras las elecciones indias, la autopista de Modi desemboca en un callejón sin salida

Supriyo Chatterjee, 14-6-2024
Traducido por Tlaxcala

Los resultados de las recientes elecciones parlamentarias indias han llegado como las bendiciones de un dios tacaño y malévolo: los nacionalistas hindúes gobernarán, pero sólo lo justo; la desanimada oposición puede volver a dar batalla, pero debe planearlo con inteligencia; las minorías acobardadas tienen algo de alivio, pero sólo por ahora, y las instituciones del Estado agonizan pensando si esta vez pueden mantenerse erguidas o si deben seguir arrastrándose.

 

¡Uy! ¡Eres biológico!

 Tras una década en el poder, el primer ministro Narendra Modi tenía una presencia dominante, pero su Bharatiya Janata Party (Partido Popular Indio, el BJP) ha perdido esta vez la mayoría y una quinta parte de sus escaños, a pesar de haber derrochado dinero, confiscado los fondos del principal partido de la oposición, el Congreso, y desterrado a éste y a otros rivales de la televisión y de la mayoría de los medios impresos. Tendrá que depender de sus aliados regionales para seguir gobernando, pero éstos saben que Modi tiene la costumbre de utilizarlos y destruirlos. El BJP recibió importantes golpes en sus bastiones del norte y el oeste de la India, que cuentan con algunos de los estados más grandes y poblados, perdiendo incluso en Ayodhya, la ciudad donde se destruyó una mezquita histórica y se construyó un templo sobre sus ruinas para convertir la zona en el Vaticano del hinduismo. El partido gobernante ganó en el este y el sur del país, donde tiene una presencia incierta, pero donde perdió ha sido más desalentador que donde ganó frente a los partidos regionales.

SUPRIYO CHATTERJEE
After the Indian elections, Modi’s highway exits into a cul-de-sac

Supriyo Chatterjee, June 14,2024

The results of the recent Indian parliamentary elections have come like the blessings of a stingy, malevolent god: the Hindu nationalists will rule but only just; the dispirited Opposition can do battle again but they must plan smart; the cowering minorities have some relief but only for now and the institutions of state are agonising if they can stand tall this time or whether to keep crawling.


After a decade in power, Prime Minister Narendra Modi had a commanding presence but his Bharatiya Janata Party (Indian People’s Party, the BJP) lost its majority and a fifth of its seats this time, despite pouring money, seizing the funds of the main opposition Congress party and banishing it and other rivals from television and most of the print media. It will have to depend on its regional allies to keep ruling but they know Modi has a habit of using and destroying them. The BJP took major knocks in its strongholds of north and west India, which have some of the biggest and most populous states, losing even in Ayodhya, the town where a historic mosque was destroyed and a temple built on its ruins so as to develop the area as Hinduism’s Vatican. The ruling party gained in the east and south of the country, where it has an uncertain presence, but where it lost has been more dispiriting than where it won against regional parties.

ANSHEL PFEFFER
Non, toute la politique à travers le monde ne concerne pas la guerre de Gaza, les sionistes et les antisémites

 Anshel Pfeffer, Haaretz, 14/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Malgré ce que disent les militants propalestiniens, les experts des médias et les responsables israéliens, Israël et Gaza sont loin d’être à l’ordre du jour pour la grande majorité des électeurs en Europe et aux USA - et ne décideront pas des résultats des élections.

Des Israélien·nes protestent contre la guerre à Gaza devant la Knesset, jeudi. De nombreux Israélien·nes pensent qu’Israël a été contraint de se lancer dans une guerre justifiée à Gaza, mais qu’en raison de la corruption de ses dirigeants et de la folie de ses généraux, il a mené cette guerre de manière criminelle. Photo Menahem Kahana / AFP

Certains responsables israéliens sont enthousiasmés par le succès des partis d’extrême droite aux élections européennes du week-end dernier, nous informe Amir Tibon dans ce journal. Ils pensent qu’avec les pertes des partis du bloc des Verts, cela tempérera les initiatives européennes visant à sanctionner Israël et à reconnaître un État palestinien.

Notre bouffon de ministre des Affaires étrangères Israël Katz (ou la personne  qui gère son compte X) partage certainement ce sentiment. S’écartant des subtilités diplomatiques, il a posté une caricature du président du gouvernement espagnol et de de sa vice-présidente couverts d’œufs, et s’est réjoui de l’échec de leurs partis de gauche aux élections européennes. « Il s’avère que soutenir les assassins et les violeurs du Hamas n’est pas électoralement rentable », a écrit Katz.

Il est facile de considérer qu’il s’agit d’une mauvaise interprétation de la politique européenne. La plupart des électeurs des 27 États membres de l’Union européenne ne considèrent pas ces élections comme aussi cruciales que leurs élections nationales et peuvent les utiliser pour protester contre les dirigeants en place. En France, le parti de droite dure du Rassemblement national de Marine Le Pen en a été le principal bénéficiaire, mais dans la plupart des autres pays, y compris l’Espagne, l’extrême droite a à peine progressé, et certains ont même perdu du terrain. Le tableau d’ensemble montre un léger glissement vers la droite, qui pourrait modifier la composition de la coalition actuelle, même si l’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, une femme politique allemande de centre-droit, restera probablement à la tête de l’institution.


Des partisans du parti d’extrême droite français, le Rassemblement national, exultent après la fermeture des bureaux de vote lors des élections du Parlement européen, à Paris la semaine dernière. Photo : Sarah Meyssonnier / REUTERS

 Sous la direction de Mme von der Leyen et de sa coalition, quelle qu’elle soit, Israël n’a pas grand-chose à craindre de la part de l’Union européenne. Certains pays européens diplomatiquement sans importance comme l’Espagne, la Norvège et l’Irlande peuvent faire le geste creux de reconnaître un État palestinien inexistant, mais aucun mouvement à l’échelle européenne pour sanctionner Israël n’était à l’ordre du jour. Josep Borell, le ministre des affaires étrangères de l’UE, ou, pour utiliser son grand titre, le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a émis quelques critiques acerbes, mais en tant que socialiste espagnol, il n’a que peu de pouvoir réel au sein des principaux gouvernements européens et il est de toute façon peu probable qu’il conserve son poste au sein de la Commission européenne après les élections.

L’esprit de clocher LL’esprit de clocher des Israéliens qui leur fait croire tout ce qui se passe quelque part dans le monde tourne autour d’eux fait que les politiciens israéliens pensent que les élections européennes nous concernaient également, alors qu’en réalité, Israël, Gaza et cette guerre sont si loin dans l’agenda européen qu’ils n’en font même pas partie. Il en va de même, dans une large mesure, pour les prochaines élections en Grande-Bretagne et aux USA. Malgré l’attention incroyablement disproportionnée accordée par les médias aux campements électoralement insignifiants sur les campus et les tentatives des rabatteurs d’utiliser Gaza comme un sujet de discorde pour déplacer les électeurs musulmans mécontents, toute enquête fiable montre qu’il ne s’agit pas de questions majeures pour les électeurs.

Lors des élections générales en Grande-Bretagne, le parti travailliste est sur le point de remporter une victoire écrasante, qui ne sera pas affectée même s’il perd un ou deux sièges en raison du soutien discret du futur premier ministre Keir Starmer à Israël et de son refus de se laisser entraîner dans la controverse sur une guerre sur laquelle la Grande-Bretagne n’a aucune influence. Il a gagné beaucoup plus de sièges en désintoxiquant [sic] son parti de l’antisémitisme [resic] de l’ancien leader “propalestinien” [reresic], Jeremy Corbyn, qu’il ne pourrait jamais en gagner en faisant de la guerre un thème majeur de sa campagne.

De même, les démocrates, si Joe Biden perd effectivement en novembre, auront une longue liste de raisons électorales et sociétales, et surtout l’affrontement bizarre entre deux candidats physiquement et mentalement inaptes, pour expliquer leur défaite. Le valeureux [sic] de Joe Biden à Israël depuis le 7 octobre et ses efforts inlassables pour obtenir un cessez-le-feu seront les moindres de ces raisons.


Capture d’écran d’un post X du ministre israélien des Affaires étrangères, Israel Katz

Mais il n’y a pas que les populistes israéliens comme Katz qui voient les politiciens étrangers dans un cadre binaire “pro-Israël” ou “pro-Hamas”. Dans les bulles médiatiques où nous vivons - et oui, si vous lisez cette chronique dans l’édition anglaise de Haaretz, vous êtes également dans l’une de ces bulles où le conflit israélo-palestinien occupe un espace démesuré - beaucoup, des deux côtés, sont affligés de la même manière. C’est l’une des caractéristiques les moins attrayantes de la politique populiste de notre époque, qu’elle soit de droite ou de gauche, que de forcer des personnalités publiques qui n’ont manifestement aucune idée des faits sur le terrain à entrer dans ces cases “sionistes” et “antisémites”, “pour” ou “contre” les Palestiniens et les Israéliens.

Il est si répandu que ces derniers jours, les politiciens et les experts de New York ont dû faire précéder leur condamnation des attaques ciblées contre des Juifs à Brooklyn de la mise en garde suivante : ils peuvent à la fois dénoncer l’antisémitisme et critiquer Israël. Pourquoi l’un nécessite-t-il de mentionner l’autre ?


La représentante Rashida Tlaib (Démocrate du Michigan), la seule USAméricaine d’origine palestinienne au Congrès, prend la parole lors d’une manifestation pour appeler à un cessez-le-feu dans les hostilités menées par Israël à Gaza, au Capitole à Washington au début de l’année. Photo : J. Scott Applewhite /AP

Un membre du Congrès ou un grand journaliste peut certainement défendre ses électeurs et ses voisins sans avoir à vérifier ses positions sur un conflit qui se déroule à 10 000 kilomètres de là. Mais ils sont obligés de le faire, parce qu’ils sont aussi dans cette bulle médiatique où tout le monde doit être rangé dans l’un des camps.

Des élections réelles, où des millions de personnes réelles avec des vies réelles qui ne vivent pas dans ces bulles prouvent encore et encore que ce conflit, que nous ressentons comme consumant tout notre être, ne concerne qu’une petite minorité et que la plupart des électeurs apprécient les candidats qui consacrent leur campagne à des questions qui leur tiennent réellement à cœur. Mais dans ces bulles que nous occupons, la contrainte de diviser tout le monde comme des supporters de football étouffe les tentatives d’exprimer une quelconque position raisonnable et nuancée.

Beaucoup d’entre nous, en particulier ceux qui sont directement touchés par cette guerre, défendent ces positions et pensent qu’Israël a été contraint de s’embarquer dans une guerre justifiée à Gaza, mais qu’en raison de la corruption de ses dirigeants et de la folie de ses généraux, il a poursuivi cette guerre de manière criminelle. Ou que les Palestiniens sont privés de leurs droits depuis bien trop longtemps, mais que le Hamas n’a fait qu’apporter davantage de destruction et, très probablement, des décennies supplémentaires d’apatridie. [sic final]

GIDEON LEVY
Pourquoi Israël a-t-il dissimulé la mort de centaines de Gazaouis lors d’une opération “parfaite” de libération d’otages ?
Parce qu’il a opéré une “consciencectomie”

Gideon Levy, Haaretz, 12/6/2024
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Dans la nuit du 7 octobre, au milieu des atrocités de la journée, Israël a pris une décision : nous en avons fini avec la conscience. Désormais, il n’y a que nous et que la force.

Un garçon palestinien regarde une mare de sang dans une école de l’ONU hébergeant des personnes déplacées qui a été touchée lors d’un bombardement israélien à Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 6 juin 2024.Photo : AFP

Une société peut-elle exister sans conscience ? Un État peut-il continuer à fonctionner après la suppression de celle-ci ? La conscience est-elle un organe vital, comme le cœur ou le cerveau, ou, comme la rate ou la vésicule biliaire, peut-on s’en passer ?

Peut-être est-ce comme la thyroïde : on peut vivre sans, à condition de prendre un substitut de l’hormone ? Ces questions, chaque Israélien·ne devrait se les poser aujourd’hui, après que le pays a subi une “consciencectomie” totale le 7 octobre 2023. Depuis, Israël est sans conscience. Pour l’instant, il semble être toujours en vie.

Le processus qu’Israël a connu au cours des derniers mois ne peut être décrit que comme une séparation d’avec sa conscience. Il était malade depuis des années, il est maintenant mort. Il y a une myriade d’explications et de justifications, mais la question demeure, dans toute sa force : comment une société peut-elle perdurer dans le temps sans conscience ?

Dans la nuit du 7 octobre, après toutes les atrocités de la journée, Israël s’est dit : « Nous en avons fini avec la conscience. Désormais, il n'y a que nous, il n'y a personne d'autre. Désormais, il n'y a que la force, rien d'autre. Pour nous, il n'y a pas d'enfants morts par milliers, ni de mères mortes ; pas de destruction totale ou de famine, pas d'expulsion de personnes démunies ou d’imposition d'une terreur totale ».

Rien d’autre n’intéresse plus Israël que son sacrifice, le châtiment qu’il a subi, sa souffrance et son courage. Les derniers jours en ont apporté la preuve définitive. Dès lors, il n’y a plus lieu de s’interroger sur son sens moral. Il n’existe plus.

13/06/2024

DAHLIA SCHEINDLIN
Une véritable opposition va-t-elle se lever ? Y aura-t-il quelqu’un pour essayer de sauver* Israël de Netanyahou, de la guerre sans fin et de l’isolement ?

 Dahlia Scheindlin, Haaretz, 10/6/2024
Traduit par Layân Benhamed, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le départ sans surprise de Benny Gantz du gouvernement Netanyahou ne renforcera pas l’opposition, car Israël en possède à peine une digne de ce nom. C’est une mauvaise nouvelle pour qui veut mettre fin à la guerre à Gaza et au conflit israélo-palestinien


L’ancien ministre israélien Benny Gantz après avoir annoncé sa décision de quitter le cabinet de guerre du Premier ministre Benjamin Netanyahou, dimanche à Ramat Gan. Photo : Nir Elias/Reuters

Benny Gantz a fait les dernières unes politiques en Israël en annonçant dimanche soir son départ de la coalition d’urgence de guerre, sans surprendre personne.

Le pays est encore sous le choc – cette fois de bonheur – après le sauvetage de quatre otages de Gaza samedi. Les médias israéliens sont occupés à rendre compte du sauvetage triomphal tout en se contorsionnant pour éviter de mentionner que les forces israéliennes ont tué des centaines de Palestiniens lors du raid , dont de nombreux civils. Lundi, l’actualité s’est déplacée vers le projet de loi sur le service militaire pour les Haredim [orthodoxes religieux] et Gantz est devenu un thème de une parmi d’autres,  , distrayant Israël des plus grands dilemmes d’aujourd’hui et de demain.

Gantz voulait rendre les élections inévitables, surtout avant le vote clé sur le projet Haredi de lundi. Il a tenté de déclencher une dynamique politique en appelant le ministre de la Défense Yoav Gallant à se joindre à lui et à se rebeller contre le Premier ministre Netanyahou au sein du Likoud, car le départ de Gantz ne peut à lui seul provoquer des élections anticipées.

Mais même si les factions se rapprochent, cela aura-t-il une quelconque importance ? Si Gantz est l’espoir, il n’y a pas de véritable opposition en Israël aujourd’hui : pas de compétition sur les idées ou les voies pour l’avenir, ni sur les principes du type de pays qu’Israël devrait être.

Gantz s’est présenté lors de cinq scrutins, mais n’a réussi à rien promettre concernant le plus grand problème du pays : l’occupation [des territoires palestiniens depuis 1967] et le conflit israélo-palestinien. Honte à quiconque estime que cela aurait été une erreur stratégique de la part de Gantz de clarifier ses positions au cours de ses cinq années dans la politique israélienne. Personne n’aurait dû avoir besoin de la guerre actuelle pour savoir à quel point c’était une erreur mortelle et impardonnable de « gérer le conflit » et de mettre la question de côté pendant toutes ces années.


Morad Kotkot, Palestine, 2022

Quel est aujourd’hui l’attrait électoral de Gantz auprès du public ? Dimanche, il a déclaré qu’il quittait le gouvernement parce que Netanyahou a donné la priorité à sa survie politique avant le bien du pays et n’a donc pas réussi à prendre les bonnes décisions – ou aucune des décisions fondamentales – en conséquence.

QASSAM MUADDI
¿Qué viene después de la dimisión de Benny Gantz?

Qassam Muaddi, Mondoweiss, 12/6/2024
Traducido por Fausto Giudice, Tlaxcala

Qassam Muaddi (Nariño, 1988) es un periodista palestino residente en Ramala, de padre palestino procedente del pueblo cristiano de Taybeh y madre colombiana. Licenciado por el Centre Universitaire d'Enseignement du Journalisme de Estrasburgo y la Universidad de Birzeit, trabaja para varios medios. Con Falk Van Gaver, es autor de Terre sainte, guerre sainte? (Éditions de La Nef, 2011) y Taybeh, dernier village chrétien de Palestine (Éditions de l'Œuvre, 2012, Éditions du Rocher, 2015). @QassaMMuaddi  qassammuaddi  


 Ahora hay dos visiones diferentes en la política israelí sobre cómo debe progresar la guerra. Netanyahu querría que la guerra continuara sin fin, mientras que Gantz aceptaría un alto el fuego pero encontraría un pretexto para reanudar los combates una vez liberados los cautivos.

 

Hassan Bleibel, Libano, 2020

Transcurridos ocho meses de la guerra genocida de Israel contra el pueblo de Gaza, el gabinete de guerra israelí está empezando a desmoronarse. La dimisión del líder de la oposición Benny Gantz del gabinete el pasado domingo se produjo tras semanas de anticipación.

Gantz anunció su dimisión tras haber dado un ultimátum al primer ministro Netanyahu, para que presentara un plan de posguerra a mediados de mayo. En una declaración televisada, acusó a Netanyahu de impedir que Israel obtuviera una “victoria rea”" en la guerra contra Gaza obstruyendo decisiones importantes para su propio beneficio político.

Gantz expresó su apoyo a la propuesta usamericana de alto el fuego e intercambio de prisioneros y pidió elecciones anticipadas. También pidió a otros políticos que se retiraran del gabinete.

Hassan Bleibel, 2024

Otro de los miembros que también abandonó el gabinete fue Gadi Eisenkot, otra figura centrista del estamento militar israelí autor de la infame Doctrina Dahiya tras la guerra del Líbano de 2006. La presencia de Eisenkot y Gantz en el gabinete de guerra desde el comienzo de la guerra pretendía reflejar la unidad nacional al servicio del esfuerzo bélico. Ahora esa unidad parece estar deshaciéndose.

El mayor impacto de la dimisión de Gantz es que ahora hay dos visiones diferentes dentro de la política israelí sobre cómo debe terminar la guerra. La primera haría que la guerra continuara indefinidamente, con el objetivo inalcanzable de “destruir a Hamás” y rechazando cualquier interrupción, aunque fuera temporal, de los combates. Esta opción está representada por Netanyahu, con el apoyo entusiasta y estridente de ministros de la línea dura como Bezalel Smotrich e Itamar Ben-Gvir, que amenazan con retirarse y hundir el gobierno de coalición de derechas si termina la guerra.