05/03/2026

 Risque systémique d’une fermeture du Détroit d’Ormuz entraînant l’arrêt complet du flux pétrolier, par Craig Tindale
Une analyse en cascade sur 12 niveaux, de l’immédiateté à un horizon de cinq ans et plus

Version originale : Systemic Risk: A 12-Order Cascading Analysis of a Zero-Flow Strait of Hormuz Closure, 4 mars 2026

Pourim au Maboulistan

Ci-dessous 2 articles traduits par Tlaxcala qui en disent long sur la folie régnant dans l'unique démocratie nucléaire du Moyen-Orient

Dans ce pays (Israël), tout le monde est devenu fou

Gideon Levy, Haaretz, 5/3/2026

Pas une seule voix de la raison à trouver parmi les commentateurs, les politiciens et le grand public, qui courent tous aux abris toutes les heures mais sourient en en sortant, louant la guerre contre l’Iran et les bénédictions qu’elle apporte. Ça donne presque la nostalgie de 1967.


Des Israéliens religieux célèbrent Pourim dans un parking souterrain qui sert d’abri anti-bombes pendant la guerre contre l’Iran, lundi. Photo Itay Ron

Où a-t-il été décrété que le temps de guerre est aussi un temps pour la bêtise ? Qui a écrit que quand les canons tonnent, les muses ne sont pas seulement silencieuses mais devraient avoir honte ? Cela couvait depuis longtemps, mais ce qui est arrivé cette semaine à la conversation publique en Israël bat tous les records.

Il est déjà impossible de ne pas regretter les albums de la victoire et les chants de gloire de 1967. « Nasser attend Rabin, aïe, aïe, aïe » est subtil comparé aux ordures d’aujourd’hui. Et qui aurait cru qu’on regretterait « Ô Charm el-Cheikh, nous y sommes revenus ». Aujourd’hui c’est : « Enfin nous pourrons vivre libres, enfin nous pourrons respirer, Israël est libre, l’Iran est libre, tout le monde entend le lion rugissant, Alléluia, pour l’armée de l’air, Alléluia pour l’armée... Tu es notre grande fierté » (paroles de Pnina Rosenblum).

Une de Haaretz après la victoire d’Israël dans la guerre de 1967 annonçant que « 200 000 personnes ont visité le mur des Lamentations » et donnant des détails sur la victoire de Tsahal contre les forces jordaniennes. Photo Haaretz

Sauf qu’on ne parle pas seulement de chansons, mais du discours public et médiatique. Ultra-nationaliste, on y est habitué ; militariste, c’est normal aussi. Tout est aligné à droite, il n’y a pas de place pour le doute, pour l’opposition, pour les points d’interrogation ou quoi que ce soit de moins que le respect et les éloges pour l’armée israélienne -- c’est aussi une caractéristique du temps de guerre. Silence, on tire. Seulement du patriotisme dans les studios de télé et de radio et sur les réseaux sociaux. Ce qui est différent cette fois, c’est le niveau du discours ou, disons-le, son niveau incroyablement bas -- jamais auparavant il n’avait été aussi creux, cliché et abrutissant.

Un ancien footballeur est considéré comme la voix de la sagesse, un officier de police militaire la voix de la moralité. Chaque Juif persan est un commentateur. Aux marionnettes que sont les correspondants militaires et leurs collègues couvrant les affaires étrangères, qui ont aussi rejoint le chœur, s’est ajouté un nouveau groupe d’analystes, un type qui n’avait jamais envahi les ondes et les réseaux sociaux avec une telle densité et une telle exclusivité ; des salves de matraquage mental comme on n’en a jamais vu ici. C’est ainsi après deux ans et demi sans vrai journalisme, sans même une couverture minimale de la guerre à Gaza.

Essayez de trouver ne serait-ce qu’une voix de la raison, quelqu’un qui ait quelque chose à dire, qui sache vraiment quelque chose. Pas une seule. Pour Pourim, la personnalité médiatique Avri Gilad est un pilote de l’armée de l’air, l’animateur pour enfants Yuval Shem Tov chante en farsi. Tout le monde est si joyeux : pourquoi ? Ou peut-être que tout cela finira en larmes. Il est inacceptable même d’envisager cette possibilité. L’orgie d’assassinats bat son plein, chaque frappe est une raison de célébrer.


Avri Gilad déguisé en pilote de l’armée de l’air lors d’un journal télévisé de la chaîne 12 sur la guerre contre l’Iran. Capture d’écran de la chaîne 12

Dans le studio de la journaliste Sharon Gal, la fête bat son plein : les ventes d’armes israéliennes vont atteindre de nouveaux sommets, et tout le monde bourdonne de plaisir. « Chaînes de montage dans toute l’Inde... On a conquis l’Inde... On a besoin d’1,4 milliard d’Indiens pour fabriquer pour nous ». Quel monde nouveau et prometteur cette guerre va nous ouvrir. Maintenant, il ne s’agit pas seulement de la rédemption de la terre mais d’argent, de beaucoup d’argent.

L’appel au meurtre ne connaît pas de limites. Un manifestant qui dépasse un journaliste de télévision à toute allure est un scandale national qui nécessite une punition sévère. Un colon qui tue deux agriculteurs ne suscite qu’un bâillement. Un minuscule don européen à une organisation de défense des droits humains est présenté comme une ingérence étrangère dans les affaires de l’État. Une tentative de renverser un régime dans un pays étranger en le bombardant est un geste démocratique légitime. Jusqu’où irons-nous ?

Toute tentative désespérée d’entendre ne serait-ce qu’une voix intelligente est vouée à l’échec. Alors que des discussions intelligentes sur la guerre ont lieu sur les chaînes étrangères, ici seules la stupidité et l’ignorance parlent. Alors que là-bas ils racontent ce qui se passe vraiment en Iran et au Liban, ici ils font un reportage depuis un mariage dans un parking - le non-sens infini est le principal sujet, sans discussion substantielle. C’est ainsi que la stupidité des masses se répand comme un nuage radioactif, détruisant tout sur son passage.

Ça pourrait empirer. Regardez le « conseiller spirituel » du président Donald Trump, qui a été nommé à la tête de son « Bureau de la foi de la Maison Blanche ». Une évangéliste pour la guerre sainte : « J’entends le son de la victoire. J’entends le son des cris et des chants. J’entends un son de victoire. Le Seigneur dit que c’est fait. J’entends la victoire ! Victoire ! Victoire ! “, crie-t-elle en extase. Bientôt, ce sera ici.

Pour Pourim cette semaine, Israël s’est déguisé en Iran

Uri Misgav, Haaretz, 5/3/2026


Des hommes juifs ultra-orthodoxes célèbrent mercredi la fête de Pourim à Jérusalem, en pleine guerre contre l’Iran. Photo Ohad Zwigenberg/AP

Des dirigeants appelant à une guerre totale pour anéantir leurs ennemis ? Oui. Des dirigeants gouvernementaux collaborant avec des fanatiques religieux ? Oui. Des forces de police œuvrant pour réprimer toute dissidence politique ? Oui.

Mardi, Benjamin Netanyahou a été photographié sur la base aérienne de Palmachim en train d’appuyer sur un bouton qui ferait larguer une bombe par un drone sur l’Iran. La scène venait tout droit de Corée du Nord, avec le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, et le secrétaire militaire de Netanyahou, le général Roman Gofman, présents pour les relations publiques.

L’étape suivante du premier ministre fut la version jérusalémite de Téhéran, la yechiva sioniste-religieuse Mercaz Harav, pour une lecture de la megilla de Pourim. Entouré de mollahs barbus et d’étudiants de yechiva échappant à la conscription chantant à partir du Livre d’Esther « les Juifs eurent autorité sur ceux qui les haïssaient », Netanyahu battant la mesure avec eux, en tapant sur la table.

Derrière lui se tenaient ses gardes du corps du Shin Bet, masqués de noir, et son fils aîné, Yaïr (on suppose que son apparition publique a été rendue nécessaire par la tempête déclenchée par un post sur X de Guy Sudri, directeur de contenu de Channel 12 News, insinuant que des membres de la famille de Netanyahou avaient été exfiltrés à l’étranger peu avant l’attaque contre l’Iran).


Netanyahu encadré par ses gardes du corps, la semaine dernière. Photo Yonathan Zindel/Flash90

C’est là, de tous les lieux, au cœur idéologique du racisme juif, de la misogynie et de l’homophobie, que le premier ministre a choisi d’aller avec son fils pendant ce qui ressemble à une guerre de religion moderne. Ce n’était pas un hasard. Israël s’est déguisé en Iran pour Pourim cette semaine. Je ne me souviens pas d’une autre ironie historique qui se soit développée aussi rapidement et vertigineusement.

Il y a des décennies, le journaliste du New York Times Thomas Friedman avait forgé le bon mot appelant Israël « Yad Vashem avec une armée de l’air ». Depuis le début de l’attaque contre l’Iran, du moins selon le gouvernement du Bibistan et les studios de télévision, Israël est « la Yechiva Mercaz Harav avec une armée de l’air ». Le gros du travail de la guerre est fait par les protestataires anti-gouvernementaux de l’armée de l’air et du renseignement militaire tant vilipendés, sa fondation idéologique étant formulée par un large éventail du spectre politique, public et médiatique.


Des Israéliennes célèbrent Pourim dans un parking servant d’abri anti-bombes à Tel Aviv lundi. Photo Itay Ron

Ça commence avec la députée Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit), qui s’est fait photographier costumée en Mangemort au service de l’État : en combinaison du Service pénitentiaire israélien, une corde dans une main et une seringue de poison dans l’autre. À côté d’elle, en chemise blanche, son mari, portant un fusil automatique (un hommage au meurtrier de masse Baruch Goldstein ?) et arborant des pancartes « expulsion », « conquête » et « colonisation ».

Leurs frères judéo-fondamentalistes ont célébré toute la semaine par des pogroms contre les Palestiniens en Cisjordanie et leur poignée d’amis juifs. Dans l’un d’eux, deux frères d’un village près de Naplouse ont été abattus par un colon portant son uniforme de réserviste. ça a continué avec la personnalité médiatique Avri Gilad qui, dans son excitation face à la fenêtre d’opportunité pour un miracle historique, a lancé un appel depuis son domicile du nord de Tel Aviv en faveur de l’occupation, du nettoyage ethnique et de la colonisation juive au Liban, au sud du fleuve Litani.


 
شبكة قدس الإخبارية

 @qudsn

جيش الاحتلال يؤمن هجوم مليشيات المستوطنين ويواصل اقتحام قرية قريوت جنوب نابلس.

L'armée d'occupation sécurise l'attaque des milices de colons et continue de prendre d'assaut le village de Qaryut, au sud de Naplouse.

1:07 PM · 2 mars 2026

Il n’y a pas de limite à leur manque de conscience. Ce n’est pas seulement Netanyahou qui est arrogant et déconnecté, exhortant les Iraniens à descendre dans la rue et à renverser leur horrible régime tyrannique (il s’avère qu’à Téhéran, il est permis et même souhaitable de renverser un mollah au pouvoir). C’est tous ceux qui répètent le slogan « il faut remplacer le régime en Iran » alors même qu’ils soutiennent (ou du moins ignorent) les efforts de ce gouvernement d’extrême droite, religieux, kahaniste, pour établir ici une version juive des Gardiens de la révolution.

Pour plus de détails, voir le jeune homme de 19 ans qui a osé se joindre à une minuscule veillée de protestation contre la guerre sur une place de Tel Aviv. Il a été brutalement arrêté (pour « rassemblement illégal ») et fouillé à nu, bien qu’il ne représente aucun danger, dans le but clair de le harceler et de l’humilier. Quelle est exactement la différence entre cela et la façon dont la milice Bassidj en Iran maltraite les manifestants anti-gouvernementaux là-bas ?

Toute cette folie – l’arrogance, l’euphorie et la joie saisonnière de la guerre (moins d’un an après que Netanyahou, ses collaborateurs et porte-parole nous aavaient dit que la menace nucléaire et balistique iranienne et la menace du Hezbollah étaient éliminées pour des générations) – se déroule dans un emballage messianique-religieux étouffant, inspiré par l’histoire biblique vieille de plusieurs millénaires qui a donné naissance à la fête de Pourim.

Maintenant, le gouvernement et l’armée nous assurent déjà qu’ils s’efforceront de continuer cette merveilleuse guerre au moins jusqu’à Pessa’h, qui est dans un mois (et si c’est le cas, pourquoi ne pas continuer jusqu’au Jour de la Shoah et au Jour du Souvenir ?). Je ne me suis jamais senti aussi triste, étranger et aliéné dans ce pays que j’ai tant aimé autrefois. Israël est en train de disjoncter.

04/03/2026

Iran : la première guerre usraélienne menée ouvertement en commun — planifiée, décidée et exécutée ensemble


Ameer Makhoul
, Progress Center for Policies, 3/3/2026

إيران: الحرب الأمريكيةالإسرائيلية المشتركة الأولى علناً تخطيطاً وقراراً وتنفيذاً

Iran: The First Open U.S.–Israeli Joint War in Planning, Decision-Making, and Execution

Traduit par Tlaxcala

Introduction
 
La guerre en cours contre l’Iran représente une transformation qualitative dans la nature de la relation usraélienne et dans les schémas de gestion des conflits au Moyen-Orient. Pour la première fois, elle constitue une guerre conjointe ouvertement reconnue en termes de planification, de prise de décision et d’exécution opérationnelle, et non plus seulement un soutien usaméricain traditionnel à Israël ou la fourniture d’une couverture politique et militaire comme lors des guerres précédentes.

Dans le discours sécuritaire israélien, ainsi que dans les analyses de niveau stratégique, le concept de « synchronisation » est fréquemment utilisé pour décrire l’action conjointe organisée entre les deux parties. Il s’agit de faire fonctionner un système militaro-politique unifié basé sur une coordination précise du calendrier, des objectifs et de la répartition des rôles.

Du point de vue israélien, cette guerre diffère fondamentalement du schéma traditionnel du soutien usaméricain. Elle reflète une division complète des rôles opérationnels entre les deux armées. L’armée usaméricaine a déployé environ la moitié de ses forces de combat dans la région, tandis qu’Israël a activé la totalité de son armée de l’air et de sa direction du renseignement militaire. De plus, Israël opère désormais comme une composante centrale et organique dans le cadre du Commandement central usaméricain (CENTCOM).

Le 16 février, le chef d’état-major israélien a confirmé à des officiers qu’Israël menait une guerre sur plusieurs fronts en 2026, soulignant que la campagne resterait de haute intensité et offensive. Il a réitéré ce concept le 2 mars, déclarant : « Nous avons commencé une guerre offensive contre le Hezbollah », suite à des tirs de roquettes du Liban vers Israël. Dans le même contexte, il a félicité les pilotes israéliens qui ont frappé Téhéran et d’autres endroits à l’intérieur de l’Iran, leur disant : « Vous êtes en train d’écrire l’histoire. »

Politiquement, Benyamin Netanyahou a souligné que le but ultime de la guerre est l’effondrement du régime iranien et le démantèlement de ses structures de gouvernement et de sécurité. Le président Trump a réaffirmé cet objectif après le début de la guerre, bien qu’il se soit auparavant abstenu de le déclarer explicitement.

Analyse
1. Transformation du récit : des valeurs partagées à l’interdépendance stratégique
Pendant des décennies, le récit israélien dominant attribuait la relation avec les USA à des « valeurs partagées ». Mais  la guerre actuelle révèle l’émergence d’un récit différent : l’alliance politico-militaire entre Israël et les USA repose principalement sur la force d’Israël et sa capacité à servir les intérêts mondiaux usaméricains, ou du moins sur la convergence des objectifs stratégiques des deux pays.

Cette dynamique est évidente dans la guerre usraélienne contre l’Iran. La situation a dépassé le simple soutien usaméricain à Israël pour devenir un partenariat opérationnel à part entière dans lequel les objectifs stratégiques s’alignent.

Simultanément, le récit usaméricain a subi un changement parallèle. L’administration Trump est passée de la rhétorique de « l’Amérique d’abord », largement destinée aux publics nationaux et aux courants isolationnistes au sein du Parti républicain, à une stratégie externe construite autour des concepts de « paix par la force » et de « négociations par la force ».

Ce concept a évolué, passant de l’évitement des guerres étrangères et de l’obligation pour d’autres États de supporter les coûts de leurs conflits, à une nouvelle approche : une « grande Amérique » capable d’intervenir dans les conflits – ou même de les façonner – tout en s’appuyant sur une supériorité militaire écrasante pour les résoudre sans s’enliser dans des guerres longues et coûteuses.

Parallèlement, la politique usaméricaine a de plus en plus cherché à affaiblir le rôle du Conseil de sécurité de l’ONU et des institutions internationales, proposant des cadres alternatifs comme le « Board of Peace ». De tels cadres ne se limiteraient pas à mettre fin à la guerre à Gaza mais s’étendraient à la gestion des conflits internationaux d’une manière alignée sur la domination usaméricaine, en particulier sous l’administration Trump.

2. L’alliance des forts et la reconfiguration des axes régionaux
Lors de la rencontre de Netanyahou avec le Premier ministre indien en Israël, le concept d’« alliance des forts » a été répété à plusieurs reprises. La visite a marqué l’aboutissement d’une relation bilatérale déjà avancée. Pour l’administration Trump, les relations avec l’Inde constituent un autre pilier dans le renforcement des alignements géopolitiques qui servent la compétition stratégique des USA avec la Chine.

Pour Israël, quant à lui, les alliances avec l’Inde à l’est et avec Chypre et la Grèce à l’ouest reflètent une stratégie plus large : construire un réseau d’alliances non arabes et non islamiques visant à encercler la région et à renforcer l’indépendance stratégique d’Israël.

3. Partenariat dans la technologie et les capacités militaires
La structure émergente des relations usraéliennes repose sur un partenariat avancé dans le développement des capacités militaires, en particulier dans les secteurs de la haute technologie et de l’intelligence artificielle.
Israël se présente comme l’un des États les plus avancés au monde dans ces domaines, commercialisant ses capacités cybernétiques et de renseignement auprès de l’administration Trump comme un atout stratégique dont les USA ont besoin.

Israël a démontré ces capacités lors d’opérations majeures, y compris les explosions des bipeurs du Hezbollah au Liban, qui ont effectivement mis fin à l’équilibre de dissuasion précédent. Cela a été suivi par l’assassinat de la direction militaire et politique du groupe, y compris son secrétaire général.

Ces capacités sont réapparues lors de la première frappe contre l’Iran le 27 février, au cours de laquelle des figures de proue de la direction ont été éliminées, aboutissant à l’assassinat du Guide suprême. Cela s’est appuyé sur les capacités conjointes usraéliennes après que l’administration Trump a été convaincue de leur efficacité et a élargi leur développement.

En conséquence, les objectifs de guerre usaméricains ont évolué vers l’élimination du régime iranien et le démantèlement des structures étatiques, s’alignant pleinement sur les objectifs israéliens. Les deux pays ont divisé les responsabilités opérationnelles en conséquence.


4. La « doctrine Sparte » et la transformation d’Israël

Dans un discours le 15 septembre 2025, Netanyahou a parlé d’une « doctrine Sparte » combinant des stratégies défensives et offensives. Cette doctrine inclut la militarisation de la sphère publique et une volonté de transformer Israël en un État capable de compter sur ses propres capacités face à un éventuel isolement international – même de la part des alliés occidentaux.
La vision cherche à construire un État avec les caractéristiques d’une grande puissance capable de répondre de manière indépendante aux défis sécuritaires, tandis que l’horizon politique est remplacé par des politiques de contrôle et des solutions basées sur la sécurité.

Cette perspective s’aligne sur la décision d’Israël d’élever sa relation avec les USA d’une aide militaire annuelle à un partenariat stratégique pluriannuel, englobant le développement conjoint d’armes et la gestion partagée des guerres – comme l’illustre le conflit actuel avec l’Iran.

5. La dimension internationale : l’Iran au centre de la compétition avec la Chine
Les évaluations journalistiques israéliennes suggèrent que la décision de faire la guerre n’est pas uniquement liée aux programmes nucléaire ou de missiles iraniens, car des accords auraient théoriquement pu être trouvés sur ces questions.
Au lieu de cela, l’administration usaméricaine a déclaré après le début de la guerre que l’objectif était de changer le régime et l’identité de l’État iranien pour les aligner sur les ambitions usaméricaines de contrôler les routes commerciales maritimes et terrestres mondiales, les minéraux critiques utilisés dans la fabrication électronique et les marchés mondiaux de l’énergie.

Les USA considèrent l’Iran comme un pilier stratégique du développement économique et technologique de la Chine, ainsi qu’un nœud géopolitique clé.

Renverser le régime iranien affaiblirait les corridors commerciaux chinois et réduirait l’influence de Pékin dans les économies émergentes qui bénéficient des partenariats chinois.

La Chine dépend fortement du pétrole iranien, l’achetant à des prix inférieurs d’ environ 30 %  aux taux du marché mondial en raison des sanctions, et bénéficie également des ressources minérales de l’Iran.

Dans cette perspective, contrôler l’Iran – même à un coût militaire et humain significatif – pourrait représenter un investissement stratégique si les objectifs sont atteints.

Les analyses israéliennes suggèrent que l’administration Trump croit également que réduire les ressources énergétiques de la Chine augmenterait ses coûts de production au-delà de ce que les tarifs douaniers traditionnels pourraient accomplir.

6. Risques d’une escalade incontrôlable
Le concept de synchronisation entre les capacités militaires avancées usraéliennes offre une efficacité opérationnelle élevée, maximisant l’impact de la force et accélérant l’atteinte des objectifs déclarés.
Cependant, ce niveau d’intégration militaire dans un environnement régional fragile comporte un risque significatif d’escalade incontrôlable.

Des frappes réciproques soutenues pourraient éroder les systèmes de dissuasion et ouvrir la porte à l’implication directe ou indirecte d’acteurs supplémentaires, élargissant le conflit au-delà de son théâtre initial.

Des perturbations sur les routes maritimes vitales, des attaques contre les infrastructures énergétiques ou une escalade de la guerre asymétrique pourraient rapidement affecter les marchés mondiaux de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement, plongeant l’économie internationale dans une grave incertitude.

Ainsi, une efficacité militaire maximale ne garantit pas nécessairement un contrôle total sur les trajectoires politiques et économiques de la guerre, augmentant la probabilité que le conflit s’étende à des crises régionales ou internationales plus larges.

Conclusions
La guerre usraélienne contre l’Iran marque le début d’une phase nouvelle et plus dangereuse dans les relations bilatérales, passant d’un modèle d’aide militaire à un modèle de « partenariat entre puissants » dans la gestion des guerres qui façonnent les structures de pouvoir mondiales et l’ordre économique international.

Les objectifs de la guerre s’étendent au-delà du « soutien au peuple iranien » ou du règlement des questions nucléaires et balistiques. Ils sont liés à la recomposition des équilibres de puissance internationaux basés sur le principe de la force, à l’affaiblissement des institutions internationales et potentiellement à leur remplacement par des cadres dirigés par les USA.

Si la guerre réussit à renverser le régime iranien et à démanteler sa structure, elle pourrait entraîner de profondes transformations dans les relations internationales et éventuellement encourager l’application d’un modèle similaire ailleurs.
Si elle échoue, les conséquences pourraient affaiblir la domination usaméricaine et affecter négativement la position politique intérieure de Trump et Netanyahou. Cela pourrait également conduire à une forme de stabilisation régionale à long terme, malgré les tensions persistantes entre l’Iran et les États du Golfe.

Dans tous les cas, les grandes guerres régionales ont tendance à reléguer la question palestinienne et ses revendications politiques à la marge de l’ordre du jour international.

03/03/2026

Réponse à mes détracteurs, par Francesca Albanese
Anatomie d’une diffamation

Le ministre des Affaires étrangères français, M. Jean-Noël Barrot, persiste, signe et s’enferre : la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation dans les territoires palestiniens occupés doit démissionner… pour des propos qu’elle n’a pas tenus. Mme Francesca Albanese répond dans nos colonnes à la vaste campagne de dénigrement dont elle est victime.

Francesca Albanese, Le Monde Diplomatique, mars 2026

Images: AFKStreetArt, Bergen, Norvège

Depuis plus de deux ans, mon mandat fait l’objet de polémiques soigneusement orchestrées, et d’une virulence croissante. Le 8 février, une députée française a attaqué ma personne sur la base de déclarations tronquées me faisant dire qu’Israël « est l’ennemi commun de l’humanité », alors que mon discours visait les pays qui ont armé Israël, ainsi que les médias et les algorithmes des réseaux sociaux qui ont amplifié le discours génocidaire (1). Sans prendre soin de vérifier la teneur exacte de mes dires ni examiner les faits, le ministre des affaires étrangères français Jean-Noël Barrot s’est aussitôt fait l’écho de ces attaques à l’échelle internationale, condamnant comme «  ; outranciers et coupables » des propos que je n’ai jamais tenus et annonçant que la France saisirait le Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour appeler à ma démission. Ses homologues italien, allemand et tchèque lui ont emboîté le pas, sans davantage procéder aux vérifications élémentaires qu’exige leur charge. Le 19 février, le premier ministre français Sébastien Lecornu a publiquement repris la même demande.

Si la critique est inhérente à toute fonction publique, plus encore quand elle touche aux droits humains, cette affaire révèle un aspect troublant : l’acharnement avec lequel certains États préfèrent s’en prendre à la messagère plutôt que d’essayer de réfuter le message.

Le caractère inédit et corrosif de cette attaque contre une experte indépendante désignée par les Nations unies ne tient pas seulement à la violence des accusations et à la fabrication délibérée de mensonges. Mais aussi et surtout au fait que le sommet de l’État dirige et assume la manœuvre. Il ne s’agit plus dès lors d’une controverse, mais du symptôme de la faillite d’un système, fait de promesses solennelles et de traités internationaux que l’on invoque en temps de paix, mais que l’on enterre dès que leur application dérange.

Nommée par le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), je suis rapporteuse spéciale depuis le 1er mai 2022, et jusqu’en 2028. Huitième titulaire de ce mandat — et première femme à ce poste —, j’ai assumé cet engagement bénévole après une carrière consacrée à la défense des droits humains, principalement auprès des Nations unies — notamment au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à Jérusalem —, et à la recherche universitaire sur la Palestine.

L’attention portée à Israël ne relève ni d’un choix personnel ni d’un parti pris : elle découle de la résolution 1993/2A du Conseil des droits de l’homme, adoptée le 19 février 1993 en réponse à près de trente ans d’occupation de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. M’accuser de « manquer de neutralité » revient à déformer sciemment ce mandat. Aucun des quatorze autres rapporteurs des Nations unies investis d’un mandat-pays ne fait l’objet de telles attaques ; nul n’accuse les titulaires chargés de l’Afghanistan, de la Russie ou de l’Iran d’« obsession » dans l’exercice de leur mission. Mais, dès lors qu’Israël est concerné, l’accomplissement ordinaire d’un mandat devient aux yeux de certains, au sein même des gouvernements, une faute à justifier plutôt qu’un devoir à remplir.

Mon travail consiste à établir et qualifier juridiquement des faits dans les territoires occupés, où règne un dualisme juridique institutionnalisé : le droit civil s’applique aux colons israéliens et le droit militaire aux Palestiniens, y compris aux enfants. En effet, Israël est le seul pays au monde où des enfants sont systématiquement poursuivis devant des tribunaux militaires. Décrire ce système comme un apartheid exercé contre les Palestiniens sous forme de dictature militaire relève non pas de la provocation mais de la qualification juridique. Mes premiers rapports remis à l’ONU en 2022-2023 ont documenté l’entrave systématique au droit à l’autodétermination du peuple palestinien, la privation arbitraire et systématique de liberté, et l’impact structurel de l’occupation sur l’enfance (2).

Un panoptique à ciel ouvert

Droit de vivre libre en tant que peuple, de décider de sa voix politique, de gérer ses ressources, de tracer son propre avenir, l’autodétermination conditionne l’exercice de tous les autres droits. Sa négation se trouve au cœur de tout projet colonial de peuplement. Depuis des décennies, la fragmentation territoriale, l’expansion des colonies, les restrictions aux déplacements, au travail, à l’éducation et à l’accès à la justice, la confiscation des terres, la démolition de dizaines de milliers de maisons, l’enfermement de Gaza, et les près de 6 000 morts, dont environ 1 200 enfants, causés par les attaques israéliennes entre 2008 et 2022 ont rendu improbable toute perspective de vie libre et indépendante.

Dans l’ensemble du territoire palestinien occupé, Israël a instauré un régime carcéral — à l’intensité et aux méthodes variables — qui contraint toutes les dimensions de la vie quotidienne. Constamment surveillés, entravés dans leurs déplacements par des points de contrôle, des murs et un maillage bureaucratique oppressant, perpétuellement exposés aux arrestations et à la détention arbitraire, la torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, les Palestiniens vivent dans ce qui s’apparente à un panoptique (3) à ciel ouvert.

Achevé juste avant et présenté juste après les attaques du 7 octobre 2023, mon rapport sur l’enfance est à la fois le plus accablant et le moins commenté. Il évoque le processus de « désenfantisation » (« unchilding »), un terme emprunté à l’universitaire israélo-palestinienne Nadera Shalhoub-Kevorkian (4), pour décrire le quotidien d’enfants privés de protection et d’innocence, grandissant dans la violence omniprésente : tués, mutilés, orphelins, témoins de la mort ou de l’humiliation perpétuelle de leurs proches et de la destruction de leur foyer. Ignorer leur désespoir, c’est renoncer à une part de notre humanité et violer l’obligation la plus sacrée au monde et du droit international : protéger l’enfance.

Mon rapport de mars 2024 s’inscrit dans cette même approche ; il porte lui aussi sur les victimes d’un système structuré. Intitulé « Anatomie d’un génocide (5) », il documente les cinq premiers mois d’attaques israéliennes sur Gaza après les massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 : meurtres, atteintes physiques et mentales graves, soumission à des conditions de vie visant la destruction du groupe, sur fond de rhétorique déshumanisante émanant de responsables étatiques. Pendant cette période, Israël a maquillé son action d’un « camouflage humanitaire », libellé dans un langage apaisant — « conflit », « dommages collatéraux », « safe zones », « ordres d’évacuation » — pour justifier l’effacement progressif de Gaza et de son identité, la suppression de la capacité des Palestiniens à exister comme communauté, à habiter leur terre, à transmettre leur mémoire. Dans le rapport suivant, « L’effacement colonial par le génocide (6) », j’ai montré comment ce génocide s’étend en Cisjordanie et à Jérusalem-Est par le biais d’un nettoyage ethnique, l’ensemble formant l’aboutissement logique d’une entreprise de colonisation de peuplement : effacer pour remplacer, détruire pour s’approprier.

Je ne suis pas la seule à avoir abouti à de telles conclusions. Dès janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a estimé qu’il existait un risque plausible de violation de la convention sur le génocide et ordonné des mesures conservatoires. En juillet 2024, cette juridiction a également conclu à l’illégalité de la présence d’Israël dans le territoire palestinien occupé et demandé qu’elle cesse immédiatement et sans condition. La Cour a enfin constaté l’existence d’une discrimination systémique, de violations de l’interdiction de la ségrégation raciale et de l’apartheid, ainsi que de politiques d’annexion. On ne compte plus les institutions et organisations qui concluent qu’Israël commet un génocide contre le peuple palestinien dans le peu de territoire qui reste de la Palestine. L’hi storien israélien Raz Segal a sonné l’alarme en octobre 2023. En 2024, des historiens israéliens spécialistes de la Shoah, comme Amos Goldberg et Omer Bartov, estimaient eux aussi que leur pays commettait un génocide (7). Quelques mois plus tard, Amnesty International en arrivait à la même conclusion, et, en juillet 2025 (8), l’organisation israélienne B’Tselem publiait un rapport en ce sens sous un titre accablant, plus saisissant encore lorsqu’on l’imagine en hébreu : « Notre génocide » (9). Enfin, et parmi beaucoup d’autres, en septembre 2025, la commission d’enquête internationale indépendante mandatée par l’ONU affirmait également qu’un génocide était en cours à Gaza (10). Malgré une documentation minutieuse des crimes commis, ces rapports n’ont reçu qu’une attention limitée ou nulle de la part des médias et des gouvernements occidentaux. À défaut d’une décision judiciaire formelle, la commission d’enquête constitue ce qui se rapproche le plus d’une conclusion quasi juridictionnelle fondée sur l’établissement des faits et l’analyse du droit. En tout état de cause, l’obligation de prévenir le génocide naît dès qu’un risque sérieux est identifié. En janvier 2024, lorsque la CIJ a reconnu un risque plausible à Gaza, les États devaient agir — en commençant par suspendre les transferts d’armes.

Mon analyse de la complicité de certaines entreprises, publiée en juillet 2025, a suscité les réactions les plus virulentes. J’y décris l’« économie de génocide (11) » : un réseau d’acteurs privés qui, par leurs investissements, leurs technologies, leurs services et leurs chaînes d’approvisionnement soutiennent matériellement la réalité décrite dans les rapports précédents. Une telle implication engage leur responsabilité. Mettre fin au génocide implique aussi de démanteler les structures économiques qui le rendent possible — et profitable. Ce rapport a conduit les États-Unis à m’imposer des sanctions draconiennes dès août 2025 — une pratique déjà appliquée à des juges de la Cour pénale internationale (CPI) et à plusieurs organisations palestiniennes. Je suis coupée financièrement du monde. Quiconque entretient des liens avec moi, y compris les membres de ma famille (je suis mère d’une fille ayant la citoyenneté américaine), est menacé d’amendes de 1 million de dollars et de vingt ans de prison. Ma capacité à exercer mon mandat et, tout simplement, à conduire ma vie s’en trouve gravement entravée.

Bien que ces attaques soient appuyées par mon propre pays, l’Italie, et en l’absence de soutien concret de la part d’autres États, j’ai poursuivi ma mission. Mon rapport le plus récent qualifie le génocide à Gaza de « crime collectif (12) », car rendu possible et financé par le soutien politique et militaire indéfectible de plusieurs États, parmi lesquels figurent ceux qui aujourd’hui m’attaquent avec le plus de vigueur.

Les États-Unis restent de loin le premier fournisseur d’armes à Israël, tandis que plusieurs États membres de l’Union européenne continuent d’alimenter ces transferts ; l’Union demeure d’ailleurs le premier partenaire commercial de Tel-Aviv. À quelques exceptions près, comme l’Espagne ou la Slovénie, les États du Vieux Continent ont choisi l’inaction ou la complicité. La France, par exemple, a autorisé plusieurs fois le survol de son espace aérien par M. Benyamin Netanyahou malgré le mandat d’arrêt émis par la CPI à son encontre. Paris a poursuivi le commerce d’équipements militaires, facilité des transits via ses ports et aéroports, et maintenu des échanges commerciaux intenses avec Israël. De grandes banques françaises financent des entreprises liées à l’industrie militaire israélienne et aux colonies, tandis que plusieurs milliers de Franco-Israéliens servent dans l’armée israélienne.

Criminaliser la solidarité

Parallèlement, la répression des mobilisations s’intensifie : manifestations interdites, conférences académiques censurées, militants et journalistes accusés d’« apologie du terrorisme », interventions policières violentes. L’Allemagne, l’Italie, la France et le Royaume-Uni occupent les avant-postes dans ce domaine, sous couvert de lutte légitime contre l’antisémitisme. Des projets de loi proposent d’amalgamer le combat indispensable contre la judéophobie et toutes les formes de racisme avec la prohibition de toute critique d’Israël en tant qu’État. Présentée comme une évidence, cette confusion qui assimile nos frères et sœurs juifs à la politique israélienne participe d’une offensive politique : instrumentaliser le combat contre l’antisémitisme pour criminaliser l’expression de solidarité avec le peuple palestinien et justifier des campagnes de diffamation. Parce qu’ils critiquent la politique de Tel-Aviv, des ressortissants israéliens et des personnes juives subissent dans le monde entier les mêmes campagnes de dénigrement. Leurs voix sont étouffées, et leur loyauté est mise en cause.

L’antisémitisme, horrible et odieux, est la haine des Juifs : il n’a rien à voir avec le travail de celles et ceux qui défendent les droits humains, lequel porte sur l’analyse des actes d’un État. L’ensemble du système du droit international repose sur le principe de la responsabilité de l’État. Ce sont les États qui assument et portent des obligations juridiques, et ce sont eux qui doivent répondre, en premier lieu, de leurs violations. Israël ne fait pas exception : les critiques envers l’État d’Israël ne visent pas ce que l’État d’Israël est ni la religion qu’il professe, mais ce qu’il fait, en particulier au regard du droit international, qu’il viole, de manière grave, répétée et dans une impunité persistante.

La question soulevée n’est pas d’ordre idéologique mais juridique : la France respecte-t-elle ses obligations internationales en menant de telles actions ? Mon mandat de rapporteuse spéciale m’a appris une chose essentielle : lorsque le pouvoir est mis en cause, il ne débat pas, il frappe. Salir pour disqualifier, intimider pour réduire au silence ; la violence trahit la fébrilité plutôt que la force.

Mon travail s’inscrit dans la continuité de celui de mes prédécesseurs : MM. John Dugard, Richard Falk et Michael Lynk. Eux aussi furent accusés d’antisémitisme ou de complaisance envers le terrorisme. Contre eux aussi fut déployé le procédé consistant à substituer la polémique aux faits documentés, l’attaque ad hominem à l’analyse juridique. La mécanique est désormais rodée. Des groupes pro-israéliens — avec, comme chef de file, depuis Genève, l’organisation UN Watch — produisent, depuis des années, des rapports diffamatoires contre quiconque, surtout au sein des Nations unies, documente les infractions au droit international commises par Tel-Aviv. Au prétexte de contrebalancer un « traitement disproportionné d’Israël », ces acteurs isolent et fragmentent des propos pour en altérer le sens, puis amplifient et répètent leur désinformation jusqu’à lui donner l’apparence de la vérité.

À y regarder de près, les « rapports » de ces groupes sonnent creux. Au sein des Nations unies, leur caractère mensonger et diffamatoire est connu de longue date. Les accusations selon lesquelles j’aurais justifié les atrocités du 7 octobre 2023, nié des violences sexuelles ou minimisé la souffrance des otages procèdent de cette fabrique, alors même que j’ai condamné sans ambiguïté et sans relâche les attaques contre les civils israéliens le 7 octobre et les crimes du Hamas en général.

Je les ai condamnés sans hésitation comme des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, dont les auteurs doivent être poursuivis en justice dans le cadre de procédures internationales. J’ai condamné les violences sexuelles commises contre des victimes israéliennes, telles que documentées par la commission d’enquête des Nations unies (13), et, conformément au droit international, je considère le viol utilisé dans un contexte d’hostilité comme une arme de guerre pouvant constituer un crime de guerre et, selon les circonstances, un crime contre l’humanité. La justice internationale ne fonctionne ni par indignation sélective ni par instrumentalisation politique. Elle repose sur la qualification juridique des faits, l’établissement des responsabilités individuelles et le respect du due process (procédure régulière), pour tous et toutes, sans exception.

Si ma condamnation des massacres et d’autres crimes contre les civils israéliens a été sans équivoque, j’ai contesté l’affirmation largement répandue, surtout en France pour quelque raison qui m’échappe, selon laquelle ils auraient été principalement motivés par l’antisémitisme (14) : comme l’ont rappelé d’éminents spécialistes de la Shoah et de l’antisémitisme, cette lecture est à la fois erronée et dangereuse, car elle occulte les causes structurelles de la violence et en fausse l’analyse (15). Si l’antisémitisme a pu jouer un rôle à titre individuel pour certains assaillants, ces massacres, comme le déclara le secrétaire général des Nations unies, M. António Guterres, se sont produits dans le contexte de cinquante-six années d’occupation étouffante (16). Aucun crime ne justifie un autre crime. Mais ignorer le contexte, c’est entretenir une lecture déformée qui risque d’alimenter le cycle de violence au lieu de le résoudre, mettant en danger autant les Palestiniens que les Israéliens.

Il faut nommer ce que cette campagne révèle : l’énergie déployée pour me calomnier contraste avec le silence face aux crimes en cours à Gaza et l’inaction vis-à-vis de ceux qui font l’objet de mandats d’arrêt internationaux devant la CPI. Sous prétexte de « responsabiliser l’ONU », il s’agit en réalité de redéfinir la défense des droits humains comme une prise de position partisane.

L’ironie est cinglante. En septembre 2025, la France a reconnu l’État de Palestine, un geste salué comme un signal fort, un tournant symbolique. Mais reconnaître un État dont on soutient activement l’occupant, sans exercer de pression pour que celui-ci respecte le droit international et procède au retrait inconditionnel des territoires occupés qu’exige la CIJ, relève davantage de la posture diplomatique que de l’engagement juridique et politique. La reconnaissance d’un État sans territoire, sans souveraineté, sans cessation de l’occupation, n’est qu’un propos creux, surtout lorsque l’on s’emploie parallèlement à intimider les experts mandatés pour documenter précisément les violations qui rendent impossible la création concrète de cet État. On ne peut pas reconnaître la Palestine le lundi et chercher à museler ses défenseurs le reste de la semaine.

Les dirigeants qui se prêtent à ce jeu ne ciblent pas seulement ma personne. Ils sacrifient l’ordre juridique international lui-même, et accélèrent le démantèlement du droit international humanitaire et des institutions qui en sont garantes, au moment précis où leur survie est en jeu.

On peut fuir la vérité, plus difficilement la cacher. Ce n’est qu’une question de temps : la justice frappera à la porte des auteurs de crimes à Gaza et de leurs complices. La destruction de Gaza a réveillé des consciences que l’on croyait anesthésiées et a rendu visible ce que beaucoup refusaient de voir : non seulement la brutalité de l’occupation, mais la complicité active de nos démocraties occidentales dans sa perpétuation. Car Israël n’est pas une anomalie dans l’ordre mondial ; il en est, à bien des égards, le miroir, dans lequel on découvre des logiques d’exception, des hiérarchies coloniales entre vies dignes de deuil et vies sacrifiables, une rhétorique de la sécurité qui garantit l’impunité. La plupart des gouvernements occidentaux ne se confrontent pas à Israël, parce qu’en le faisant ils se remettraient en cause eux-mêmes.

Patrie des droits humains ?

C’est pourquoi il est à la fois instructif et attristant que la France, patrie déclarée des droits humains, se retrouve en première ligne, non pour défendre un principe, mais pour protéger un statu quo ; non pour promouvoir le droit international, mais pour neutraliser ses gardiens.

Pourtant, quelque chose a changé. Un mouvement est né — sur les campus, les réseaux sociaux, dans les rues, dans les prétoires —, qui réclame une justice sociale réelle, le respect effectif des droits humains, un multilatéralisme décolonial et l’universalité sans exception de ses principes. Une universalité qui n’admet pas l’apartheid, fût-il pratiqué par un État allié des capitales occidentales. Ce mouvement ne se laissera pas réduire au silence par des campagnes de diffamation. Il ne sera pas découragé par ses sanctions, ses répressions. Il grandit et se renforce à mesure que les mensonges et les distorsions qui cherchent à le disqualifier se révèlent.

Notes

(1Cf. l’intégralité de ma déclaration au forum d’Al-Jazira (AJ Forum), X (ex-Twitter), 9 février 2026.

(2Cf. « Situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 » (A/77/356), « Privation arbitraire de liberté dans le territoire palestinien occupé : l’expérience des Palestiniens derrière les barreaux et au-dehors » (A/HRC/53/59) et « Situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 » (A/78/545), rapports de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Nations unies, respectivement le 21 septembre 2022, le 28 août 2023 et le 20 octobre 2023.

(3Cf. Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Gallimard, Paris, 1975.

(4) Nadera Shalhoub-Kevorkian, Incarcerated Childhood and the Politics of Unchilding, Cambridge University Press, 2019.

(5) « Anatomie d’un génocide » (A/HRC/55/73), rapport de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Nations unies, 1er juillet 2004.

(6) « L’effacement colonial par le génocide » (A/79/384), rapport de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Nations unies, 1er octobre 2024.

(7Cf. Raz Segal, « A textbook case of genocide », JewishCurrents, 13 octobre 2023 ; Amos Goldberg, « Ce qui se passe à Gaza est un génocide, car Gaza n’existe plus », Le Monde, 29 octobre 2024 ; Omer Bartov, « Un historien du génocide face à Israël », Orient XXI, 5 septembre 2024.

(8) « Israël et territoire palestinien occupé. Une enquête d’Amnesty International conclut qu’Israël commet un génocide contre les Palestiniens et Palestiniennes à Gaza », Amnesty International, 5 décembre 2024.

(9) « Our genocide », B’Tselem, juillet 2025. Notre génocide (version française de Tlaxcala)

(10Cf. Bulletin d’ONU Info, 16 septembre 2025.

(11) « D’une économie d’occupation à une économie de génocide » (A/HRC/59/23), rapport de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Nations unies, 2 juillet 2025.

(12) « Gaza genocide : a collective crime » (PDF), rapport de la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Nations unies, 20 octobre 2025, www.ohchr.org

(13Cf. « Detailed findings on attacks carried out on and after 7 October 2023 in Israel » (PDF), Nations unies, 10 juin 2024.

(14Cf. « Israel’s symbolic “ban” must not distract from atrocity crimes in Gaza : UN expert », United Nations Human Rights, 15 février 2024.

(15Cf. Omer Bartov, Christopher R. Browning, Jane Caplan, Debórah Dwork, David Feldman et al., « An open letter on the misuse of Holocaust memory », The New York Review of Books, 20 novembre 2023.

(16Cf. « Secretary-General’s remarks to the Security Council — on the Middle East », 24 octobre 2023.

 

 

Infantino cretino, sei il secondo della lista*

 ACTUALISATION DU 2 MARS 2026

Selon le nouveau rapport daté du 2 mars 2026 de la Fédération palestinienne de football (PFA), les données actualisées concernant la communauté sportive à Gaza sont les suivantes :

• Pertes totales : Entre le 7 octobre 2023 et le 12 février 2026, 1 007 personnes (962 hommes et 45 femmes) issues de la communauté sportive de Gaza ont été tuées lors d'attaques israéliennes.
 

• Part du football : les pertes les plus lourdes ont été enregistrées dans la communauté du football ; 565 des personnes tuées étaient des footballeurs, des entraîneurs, des arbitres ou des membres du personnel de la fédération. • Autres disciplines : 317 personnes issues de sports affiliés aux fédérations olympiques et 125 personnes issues du mouvement scout ont perdu la vie. • Destruction des installations : Au total, 265 installations sportives et stades sont devenus inutilisables, dont 184 complètement et 81 partiellement.

FG, 22/2/2026

Tout le monde a remarqué, dans la réunion de jeudi dernier du BorrdofPiss à Washington, la présence d’un homme chauve et hilare, assis devant Milei et Orban. Un ministre ? Un président ? Oui, et pas vraiment d’un État. Il s’agissait de ni plusse ni moinsse que de Gianni Infantino, le président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), grand challenger au titre de CLPSP ( Clown le plus sinistre de la planète). Et voilà ce que notre Enfantin a annoncé : un partenariat avec le BorrdofPiss pour créer un « système de football intégré » à Gaza, dans le but de « promouvoir la paix, la dignité et l’espoir ».

Selon notre fifacho en chef, ce projet comprend la construction de 50 mini-terrains FIFA Arena au coût de 50 000 dollars par terrain, de cinq terrains de taille normale au coût d’un million de dollars par terrain, d’une académie de la FIFA (15 millions de dollars) et d’un stade national au coût estimé à 50 millions de dollars. Gianni Infantino a souligné que ces investissements permettraient de créer un système de football intégré visant à soutenir la population et les générations futures, incarnant ainsi l’engagement commun du BorrdofPiss et de la FIFA à établir la paix. Le président de la FIFA a déclaré que “le football est un langage universel. Il est parlé par plus de six milliards de personnes (…) il est synonyme d’espoir, de joie, de bonheur, de solidarité et d’unité mondiale”. Il a déclaré que la FIFA espère contribuer aux efforts visant à soutenir la paix “parce que nous ne devons pas nous limiter à reconstruire les maisons, les écoles, les hôpitaux et les routes (…) mais nous devons également reconstruire et consolider les émotions, l’espoir et la confiance des gens”, ajoutant que “c’est ce que le football incarne”. Selon lui, la création d’un système de football à Gaza soutiendra la création de ligues au niveau régional et au sein des amateurs, ce qui renforcera l’engagement collectif, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Selon lui elle offrira “diverses opportunités professionnelles, soutenant le développement des talents locaux, non seulement sur le terrain, mais dans tous les domaines qui contribuent au développement du football”.

Non, vous ne rêvez pas. Il a vraiment raconté tout ça. Il se fout de qui ? Des plus de 800 sportifs palestiniens, dont plus de 430 footballeurs, assassinés par Israël à Gaza depuis 868 jours, soit en moyenne 1 sportif par jour et 1 footballeur tous les 2 jours ?

Allez, Infantino, vaffanculo, tu e la tua banda

*= « tu es le second de la liste » (le premier étant évidemment DJT, le POTUS himself). “Sei il primo della lista” était un slogan répandu dans les années 1970-1980, aussi bien chez les supporters de foot (“Bastardo milanista, sei il primo della lista”) que chez les gauchistes (“Fanfani fascista, sei il primo” etc.). Pour les besoins de la rime, il faudrait crier :  "Infantino cretino, sei il primo nel mirino" (Infantino crétin, tu es le premier dans le viseur")...