Affichage des articles dont le libellé est Français. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Français. Afficher tous les articles

05/01/2026

Ils ont les marteaux, nous sommes les clous : la “politique de défense” européenne ignore la sécurité humaine

 Ben Cramer, 5/1/2026

En se familiarisant avec la sociologie de la Défense à l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales, Ben Cramer s’initie à la polémologie, pour rejoindre à Bradford le Department of Peace Studies avant de faire ses premières classes au sein de Greenpeace dans les campagnes pour le désarmement. Chercheur au CIRPES, il planche sur l'armée de milice suisse –pour le compte de la Fondation pour les Études de Défense Nationale. Journaliste, ex-producteur de l'émission ‘Fréquence Terre’ sur RFI, il co-anime dès 2008 le premier débat au Parlement Européen sur le thème de ‘Sécurité Collective et Environnement’ ; après avoir sévi dans un groupe de réflexion sur la prolifération nucléaire au sein du Centre d'Etudes et de Recherches de l'Enseignement Militaire, le CEREM. Chercheur associé au GRIP à Bruxelles, (sur l’empreinte des activités militaires et le dérèglement climatique), il s'évertue à populariser le concept de ‘sécurité écologique’ et souligner les passerelles entre sécurité, environnement et désarme­ment. Son site ouèbe : https://athena21.org/

Il nous faut déconstruire la logique du marteau et du clou. Ce constat devrait susciter des vocations mais, dans l’intervalle, alors que la pensée stratégique est en panne, la notion de sécurité ne s‘est pas libérée du carcan militaire. Et tant que la priorité est accordée aux armes, à leur maniement, à leur sophistication, toute destruction y compris ‘l’infanticide différé’ qu’évoquait le père de la polémologie Gaston Bouthoul, se soldera par l’accaparement et le viol des ressources planétaires. À ces tactiques de destruction viendront s’additionner, dans le cadre de guerres hybrides, des opérations visant à dissuader les civils de jouer le rôle qui leur incombe dans la définition de ce que la société est censée défendre et comment.


En guise d’explication, il apparaît judicieux de capter combien les élites qui nous gouvernent sont piégées par la technologie dont elles se sont dotées. Celle-ci détermine leurs options ou, plus exactement, limitent leur marge de manœuvre, comme l’illustre la commande du successeur d’un porte-avions Charles de Gaulle qui représente 42.000 tonnes de …gesticulation diplomatique. L’annonce de ce chantier mégalo (et même pas européen !) confirme le déni dans lequel plongent ceux qui refusent de réaliser que la modernisation au long cours de la force de frappe constitue l’un des éléments les plus emblématiques pour faire de l’État souverain un agent d’insécurité suprême.

Mais voilà, comme l’écrivait le psychologue américain Abraham Maslow : « Si le seul outil à la disposition du pouvoir est un marteau, il est tentant de tout traiter comme si c’était un clou ». (The Psychology of Science, 1966, une phrase souvent attribuée à Mark Twain). Ainsi, puisque ceux qui nous gouvernent ne disposent que de marteaux à portée de main, toute situation (symbolisée par un clou) doit être traitée par la « manière forte » ; tout perturbateur est forcément un ennemi destiné à être anéanti. La formule peut paraître « has been » ou caduque dans la mesure où le but des guerres à venir consiste à contrôler et non pas à faire mourir.  L’ennemi n’est pas toujours celui qu’on brandit.

Pour assurer une plus grande sécurité, encore faut-il désigner les menaces crédibles et savoir fixer les priorités. Eh oui, pour paraphraser un slogan de la SNCF, une menace peut en cacher une autre. Dans un monde qui a perdu toute rationalité, dans lequel la plupart des États dépensent davantage pour la sécurité nationale que pour l'enseignement de leurs enfants, les indicateurs sont inopérants. Hélas, défendre la thèse selon laquelle l’analphabétisme et/ou la dyscalculie constituent une plus grande menace pour l’humanité que le terrorisme n’est pas rentable politiquement. C’est pourquoi certains font de la surenchère en omettant de dire que les victimes du terrorisme sont six fois moins nombreuses que le nombre de morts aux passages à niveau en France (chiffres de 2020).

La distorsion entre perception et réalité est un moyen de détecter l’instrumentalisation de la menace. À titre d’exemple, la campagne médiatique menée par Donald Trump, pour insinuer que le coronavirus était une tactique préméditée par Pékin, n’a pas permis de soustraire des centaines de milliers de citoyens américains à la mort. En tout cas, aux « fake » menaces viennent se greffer de fausses alertes et donc, des ripostes inappropriées. Ce phénomène n’est pas réservé à un seul pays, fût-il le plus impérial. Alors, que faire ?

À nos risques et périls

Se libérer de la peur, c’est neutraliser le bouc émissaire et dédiaboliser l’ennemi ou les ennemis de substitution. Or, il n’est pas exclu de croire que nos dirigeants, à Bruxelles ou ailleurs, ont leurs raisons pour brandir le spectre d’ « ennemis » Que ce soit pour justifier les frais que va occasionner la militarisation de l’espace extra-atmosphérique, le « cosmos », comme disent les Russes ; ou valoriser des métaux (minerais) contenus dans les grands fonds marins au nom des « 7 ambitions pour l’innovation » listées dans le rapport « Innovation 2030 » patronné par Anne Lauvergeon dès avril 2013 .

Mieux encore : se dédouaner de n’avoir pas anticipé les retombées dramatiques des soubresauts d’un Empire aux abois. Enfin, comme l’expose l'historien Emmanuel Todd, la dramatisation des enjeux géopolitiques est une façon d'oublier et faire oublier les défis concrets auxquels est confronté le pays : « La hausse de la mortalité infantile, sans équivalent dans les autres pays, témoigne de l'ampleur de ces défis et du déclassement de la France... »  Il n’empêche : monopoliser des montants extravagants pour militariser la France au nom de nos intérêts vitaux (merci pour le futur porte-avions !) semble indiquer que la guerre qui se concocte n’est pas vraiment l’affaire de tous. Même si le citoyen désemparé est impliqué par le biais de l’impôt. Certains vont considérer que toute rallonge du budget militaire est une escroquerie, que la combine relève du détournement de fonds. Ils n’ont pas forcément tort : les récents sondages nous éclairent au sujet du fossé entre les priorités des gouvernants et les perceptions des peuples concernés. Une majorité d'Européens ne veut pas prendre part à une confrontation entre les USA et la Russie ou la Chine. Seuls 22 % seraient favorables à une participation des USA à une guerre contre la Chine, 23 % à une guerre contre la Russie.

Mais la vox populi est capricieuse : ceux et celles qui plaident pour un plafonnement des émissions carbone sont curieusement les mêmes qui refusent mordicus tout plafonnement des dépenses militaires. Au nom des bienfaits supposés d’une « écologie de guerre « (sic). Tandis que le Fonds Vert pour le Climat préconisé par l’ONU au Sommet de Copenhague (COP 15) parie sur de généreux donateurs pour remplir une cagnotte plutôt vide, rares sont les voix qui se prononcent en faveur d’une réorientation des budgets militaires vers l’adaptation climatique, quand bien même cette mesure pourrait freiner l’accélération de la militarisation en cours. Parmi les ONG, seule WWF-France a fait cette recommandation dans un rapport datant de 2017.

D’autres voix qualifieront la manœuvre d’autosabotage. Mais l’intention de priver des millions de citoyens d’une sécurité fondamentale…humaine, ne frise-t-elle pas la non-assistance à peuples en danger ?

Certains observateurs seraient tentés de conclure que la menace qui est privilégiée n’est pas celle qui est la plus probable, ni celle qui est la plus redoutable, mais celle qui permet à ceux qui nous gouvernent d’asseoir leur pouvoir et de s’y agripper. « Quel qu’en soit le prix ». Un exemple ? Le commun des mortels ne se sent pas directement concerné par la tentative d'acquisition d'armes de destruction massive (nucléaires) par tel ou tel bricoleur de bombe A ou H. Pas de quoi représenter une « menace existentielle ».  D’ailleurs, depuis les années 70, une douzaine d’États (Suisse, Suède, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Ukraine, Biélorussie, Kazakhstan) a renoncé à l’option nucléaire militaire sans y être contraint par la force (contrairement à l’Irak ou la Libye). Mais le ‘proliférateur’ demeure encore l’ennemi de prédilection et pas seulement à Ryad ou Abou Dhabi.

Poursuivons l’argumentaire. Dans la rubrique  « il n’est jamais trop tôt pour prévenir des conflits et des menaces », selon le vocabulaire convenu dans « Stratégie Européenne de Sécurité, Une Europe sûre dans un monde meilleur » (Bruxelles, 2009), il a suffi de braquer nos projecteurs sur l’Iran et ses mollahs. L’affichage des séquences de cette aventure nucléaire tient en haleine l’Internationale des paranoïaques avec Benyamin Netanyahou en tête. Depuis quatre décennies ! Et sans remonter aux démarches entreprises par la visite du Shah en 1974. Dès le mois d’avril 1984, les services de renseignement allemands prédisaient que l'Iran pourrait accéder à la bombe d'ici deux ans …grâce à l'uranium hautement enrichi (UHE) en provenance du Pakistan…comme l’exposait alors la prestigieuse revue Jane's Defence Weekly.

Cette psychose a fait taire les pacifistes par rapport à l’aventurisme israélien lors de l’opération «  Midnight Hammer » (encore une histoire de marteaux ! ) ciblant plusieurs sites nucléaires iraniens dans la nuit du 21 au 22 juin 2025. L’opération a aussi coincé une certaine gauche française …qui ne s’est toujours pas réconciliée avec les enjeux de sécurité et flirte avec le degré zéro de la géopolitique. Elle ferait bien de compléter ou réviser son credo en relisant le fameux ouvrage satirique « La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres » de John Kenneth Galbraith et Leonard C. Lewin (éd. fr. chez Calmann-Lévy en 1984). Les auteurs le résument en ces termes : « L’existence d’une menace extérieure à laquelle il est ajouté foi (sic) est essentielle à la cohésion sociale aussi bien qu’à l’acception d’une autorité politique ». (…) ‘En l’absence de conflit, il faut trouver une menace suffisamment importante pour amener les sociétés à accepter leur sujétion à leur gouvernement’ ». À bon entendeur….

La « sécurité humaine », combien de campagnes d’affichage ?

L'expression “sécurité humaine” fut conceptualisée ou du moins popularisée au sein de la communauté internationale via le rapport sur le Développement Humain du PNUD de 1994. Les auteurs avaient alors pour ambition de présenter un agenda à l’occasion du 50e anniversaire de l'ONU, un an plus tard. Mais qui allait se charger d’en faire la promotion ? Il sera toujours plus facile aux nantis d’éprouver le besoin de s'armer – et, le cas échéant, de le faire savoir. En revanche, il est toujours moins facile aux laissés-pour-compte de la sécurité d’exposer la validité de leurs revendications. Dans le cas qui nous intéresse, l’art de la « comm » relayé par la DICoD [Délégation à l'information et à la communication de la Défense]  et l’ECPAD [Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense]  n’a pas bénéficié à cette sécurité-là et le « capitalisme militarisé » (comme dirait la juriste Monique Chemillier-Gendreau) s’en est accommodé. À la décharge de cette ex-Grande Muette, reconnaissons qu’un défilé de pompiers, de lanceurs d’alerte, d’agents du SAMU Social sans fanfare ni trompette, de moniteurs du SSA [Sécurité Sociale de l’Alimentation] qui affichent leur métier sans trop savoir marcher au pas…peut difficilement rivaliser avec le spectacle « son et lumière » de parachutistes, de missiliers entraînés par des pilotes de bombardiers Rafale ou F-35, ou encore par des drones quasi silencieux, capables d’illuminer le ciel. Un spectacle qui séduit aussi et surtout des dictateurs, de Delhi à Pyongyang en passant par Moscou et bientôt Washington.

La sécurité humaine, une signature européenne

Seuls certains milieux académiques ont fait en sorte que la sécurité humaine soit reconnue en tant que discipline, mais plutôt à la marge. Dans les partis politiques, et auprès des représentants de la société civile (ONG), le mot de « sécurité » fait plutôt figure de repoussoir ; dans la mouvance écologiste par exemple, où se concentrent celles et ceux qui minimisent les bienfaits de la sécurité sociale, alors que celle-ci correspond à l’une des 7 dimensions de la sécurité humaine.

Les ONG, exclues des officines onusiennes telles que la Conférence du Désarmement à Genève, se sentent orphelines d’une diplomatie citoyenne. Elles vont devoir ramer pour échafauder des passerelles entre les partisans de cette sécurité et l’autre sécurité, qui alimente le fonds de commerce d’institutions reconnues. Motif ? Associer les enjeux géopolitiques à la crise sociale est politiquement incorrect ! C’est pourquoi évoquer les questions de violence urbaine (par exemple) ne figure pas au programme du G7 ou du G20, ni du Forum annuel de Munich (Wehrkunde), le Davos de la défense, ni dans sa version light, le Forum (macroniste) de Paris sur la paix.

L’accouchement d’une doctrine

Ironie de l’histoire, ce sont les promoteurs de la sécurité humaine qui, dans un rapport de 35 pages (non traduit en français), ont eu le mérite de mettre les pieds dans le plat. Ils ont insisté sur ‘le fossé entre les capacités sécuritaires reposant principalement sur les forces armées et les vrais besoins de sécurité de tout un chacun’. Ce rapport dit de Barcelone et intitulé « Une doctrine de sécurité humaine en Europ» est paru en septembre 2004, soit 10 ans après celui du PNUD. Les auteurs ont conclu : « le rôle le plus approprié pour l'Europe au XXIe siècle serait de promouvoir la sécurité humaine » L’instigateur de cette démarche n’est autre que Javier Solana, qui a longtemps milité pour la sortie de l’Espagne de l’OTAN, publié le pamphlet « 50 raisons de dire non à l'OTAN » ; et de ce fait, listé comme « personne subversive » par les autorités à Washington. Aussi étrange que cela puisse paraitre, il s’est recyclé pour occuper le poste de Secrétaire général de l'OTAN (1995–1999), puis celui de chef de la diplomatie européenne…

La majorité des députés européens n’ont pas accordé la moindre importance à ce document, exceptés les représentants du Groupe pour la gauche unitaire européenne (GUE). Ils ont commandité un rapport sur l’empreinte carbone des militaires intitulé « Sous les radars ». Dans ce texte paru en février 2021 on peut lire : « Au-delà de l’écoblanchiment de la politique militaire, nous devons repenser la politique de défense de l'Union européenne en matière de contrôle des armements et de désarmement, en plaçant la sécurité humaine au centre’ »

La sécurité n’est humaine que si elle est démocratique

Contrairement aux idées reçues, humaniser la politique de défense relève d’un sacré pari. Pour la simple et bonne raison que les chances de vivre à l’abri du besoin (freedom from want) et de la peur (freedom from fear) ne sont pas les mêmes pour tous. Ceux qui vivent à l’abri du besoin et de la peur ont une fâcheuse tendance à prétendre que leur statut privilégié est  « normal ». Ils ne sont donc pas disposés à faciliter les initiatives des civils, ceux-là même qui veulent, au nom de la sécurité humaine, démocratiser la sécurité afin de mieux sécuriser la démocratie.

Pierre Naville avait de bonnes raisons d’écrire en 1977 : « Quel que soit le destin de l’humanité, aucun projet social ne peut se déployer s’il n’inclut pas une étude sans préjugés des fonctions de la guerre ».

 

04/01/2026

Les Iranien·nes et l’Euromanie comme pathologie collective
Une analyse critique de la situation par Mostafa Ghahremani


Le Dr Mostafa Ghahremani est arrivé en Allemagne après la révolution iranienne de 1979 et a étudié la médecine et la dentisterie à Francfort. Il exerce aujourd'hui comme chirurgien plasticien et esthétique dans une clinique privée. Militant social, il suit de près l'évolution politique en Iran depuis de nombreuses années. Il est l'auteur d'une monographie sur Sadegh Ghotbzadeh, figure clé mais méconnue de la révolution iranienne, éphémère ministre des Affaires étrangères, condamné à mort et exécuté en 1982.

 

La manière dont nous, Iranien·nes, abordons la culture et la civilisation occidentales présente des traits clairement morbides, voire pathologiques. Il s’agit d’une rencontre qui ne repose pas sur une connaissance critique et historique, mais sur une forme de fascination, de passivité et d’acceptation immédiate et non filtrée. Pour cette raison, je préfère — contrairement à l’écrivain et critique culturel Jalal Al-e Ahmad, qui a qualifié cet état au début des années 1960 d’« Occidentose » (gharbzadegi غرب‌زدگی) — le terme d’Euromanie. Ce terme provient de la littérature spécialisée en psychiatrie et renvoie plus précisément à un attachement excessif ainsi qu’à un trouble du jugement.


Selon moi, l’Euromanie dans la société iranienne peut être caractérisée par trois traits principaux :

  • un attachement excessif,
  • une admiration non critique,
  • un état quasi compulsif

qui rend toute distanciation épistémique impossible.

Plus de deux siècles se sont écoulés depuis nos premières rencontres avec l’Occident, mais ces rencontres n’ont jamais conduit à une compréhension profonde de la logique interne, des mécanismes de pouvoir et des fondements épistémologiques de la civilisation occidentale. L’Occident n’a pas été perçu comme une totalité historique multiforme et contradictoire, mais principalement comme un ensemble de réalisations achevées, d’institutions et de modèles consommables. Dans ce cadre, le lien interne entre savoir, pouvoir, institution et sujet dans la modernité occidentale est notamment resté ignoré. En conséquence, notre connaissance de l’Occident s’est largement limitée à ses manifestations et à ses mécanismes fonctionnels externes, et est restée aveugle à une analyse historique de la production de la « vérité », de la « rationalité » et de la « normativité » au sein de cette civilisation. L’Occident est apparu dans notre pensée davantage comme un modèle neutre et universel que comme un projet historique spécifique, né d’une intrication étroite avec les rapports de domination, les processus de discipline et la reproduction du pouvoir.

Même d’importants intellectuels iraniens contemporains, ainsi que des penseurs religieux et laïques réformateurs, n’ont pas été épargnés par cette limitation épistémologique. Leurs séjours généralement assez courts en Occident, souvent sans accès profond à ses traditions philosophiques, historiques et critiques, n’ont pas permis une compréhension structurelle et fondamentale de la modernité occidentale. Ainsi, une part essentielle de leur rapport à l’Occident reposait moins sur une critique immanente de la tradition moderne que sur des perceptions sélectives et partiellement idéalisées.

Malheureusement, ces interprétations, en raison du rôle avant-gardiste de ces penseurs dans le champ intellectuel iranien, sont elles-mêmes devenues un facteur déterminant dans la propagation de l’Euromanie au sein des classes moyennes urbaines. Ces couches sociales ont progressivement cessé de considérer l’Occident comme un objet de connaissance critique, pour en faire l’étalon ultime de la rationalité, du progrès et même de la vertu. Le résultat de cette attitude a été la persistance d’un état dans lequel la société iranienne, dans les domaines politique, économique et culturel, est restée exposée à une forme d’hégémonie occidentale tant douce que dure.

Cette domination destructrice s’est manifestée d’une part dans la soumission des structures étatiques et dans la facilitation de l’exploitation des ressources naturelles et économiques du pays ; d’autre part, elle a conduit, par le recrutement et l’intégration des élites intellectuelles et scientifiques iraniennes dans les institutions occidentales — dans le contexte de la migration et de la fuite des cerveaux — à la reproduction de l’inégalité épistémique.

En outre, l’imposition des modes de vie et des schémas de pensée occidentaux comme seules formes d’existence légitimes et rationnelles a entraîné une aliénation des élites vis-à-vis de leurs propres contextes sociaux et historiques et a renforcé une auto-aliénation structurelle.

La conséquence de ce processus a été l’incapacité des élites à apporter des réponses efficaces aux problèmes réels de la société, ainsi que l’échec répété des projets de réforme, de développement et d’émancipation ; car ces projets étaient généralement conçus sur la base d’une rationalité et d’une moralité qui ne découlaient pas du contexte historique et culturel de la société iranienne.

Du point de vue du soussigné — qui a vécu, étudié et travaillé à des niveaux professionnels très élevés dans l’une des sociétés occidentales les plus centrales pendant plus de quatre décennies — la voie pour libérer l’Iran de son état de dépendance et d’hégémonie généralisées ne réside aujourd’hui ni dans un rejet simplificateur de l’Occident ni dans son adoption non critique, mais dans le dépassement conscient et critique du phénomène de l’Euromanie.

Dans ce contexte, l’établissement et le développement des études occidentales (occidentalisme) en tant que discipline critique et historique du savoir — en tension mais aussi en correspondance avec l’orientalisme — apparaît comme une nécessité absolue. Une telle recherche sur l’Occident peut rendre visibles les fondements philosophiques et épistémologiques ainsi que les mécanismes internes de la civilisation moderne, son rapport au pouvoir, à l’éthique, à la rationalité et à la tradition, et empêcher que l’Occident ne soit réduit à un modèle universel et sans alternative. Conçu correctement, ce savoir peut contribuer à retrouver la confiance épistémique, à renouveler la certitude collective et à former une rationalité critique et autochtone.

L’ascension de l’Iran sur la voie de la liberté, de l’indépendance, de l’autodétermination stratégique et du développement durable ne sera pas possible sans surmonter cette pathologie collective qu’est l’Euromanie.

03/01/2026

République bolivarienne du Venezuela : Communiqué





La République Bolivarienne du Venezuela rejette, répudie et dénonce devant la communauté internationale la très grave agression militaire perpétrée par le gouvernement actuel des États-Unis d’Amérique contre le territoire et la population vénézuéliens dans des localités civiles et militaires de la ville de Caracas, capitale de la République, ainsi que dans les États de Miranda, Aragua et La Guaira. Cet acte constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies, en particulier de ses articles 1 et 2, qui consacrent le respect de la souveraineté, l’égalité juridique des États et l’interdiction du recours à la force. Une telle agression menace la paix et la stabilité internationales, concrètement celles de l’Amérique Latine et des Caraïbes, et met gravement en danger la vie de millions de personnes.

L’objectif de cette attaque n’est autre que de s’approprier les ressources stratégiques du Venezuela, en particulier son pétrole et ses minerais, en tentant de briser par la force l’indépendance politique de la Nation. Ils n’y parviendront pas. Après plus de deux cents ans d’indépendance, le peuple et son gouvernement légitime demeurent fermes dans la défense de la souveraineté et du droit inaliénable de décider de leur destin. La tentative d’imposer une guerre coloniale pour détruire la forme républicaine de gouvernement et forcer un "changement de régime", en alliance avec l’oligarchie fasciste, échouera comme toutes les tentatives précédentes.

Depuis 1811, le Venezuela a affronté et vaincu des empires. Lorsque, en 1902, des puissances étrangères ont bombardé nos côtes, le Président Cipriano Castro a proclamé : "Le pied insolent de l’étranger a profané le sol sacré de la Patrie." Aujourd’hui, avec la morale de Bolívar, Miranda et de nos libérateurs, le peuple vénézuélien se dresse à nouveau pour défendre son indépendance face à l’agression impériale.

Peuple dans la rue

Le Gouvernement Bolivarien appelle toutes les forces sociales et politiques du pays à activer les plans de mobilisation et à répudier cette attaque impérialiste. Le peuple du Venezuela et sa Force Armée Nationale Bolivarienne, en parfaite fusion populaire-militaire-policière, sont déployés pour garantir la souveraineté et la paix. Simultanément, la Diplomatie Bolivarienne de Paix portera les dénonciations correspondantes devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le Secrétaire Général de cette organisation, la CELAC et le MNOAL, en exigeant la condamnation et l’obligation de rendre des comptes du gouvernement des États-Unis.

Le Président Nicolás Maduro a ordonné l’activation de tous les plans de défense nationale à mettre en œuvre au moment et dans les circonstances appropriées, dans le strict respect des dispositions de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela, de la Loi organique sur les états d’exception et de la Loi organique de sécurité de la Nation.

À cet égard, le Président Nicolás Maduro a signé et ordonné la mise en œuvre du Décret déclarant l’état de Commotion extérieure sur l’ensemble du territoire national, afin de protéger les droits de la population, le plein fonctionnement des institutions républicaines et de passer immédiatement à la lutte armée. Tout le pays doit s’activer pour vaincre cette agression impérialiste.

De même, il a ordonné le déploiement immédiat du Commandement pour la Défense Intégrale de la Nation et des Organes de Direction pour la défense intégrale dans tous les États et municipalités du pays.

Dans le strict respect de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, le Venezuela se réserve le droit d’exercer la légitime défense pour protéger son peuple, son territoire et son indépendance. Nous appelons les peuples et les gouvernements d’Amérique Latine, des Caraïbes et du monde à se mobiliser en solidarité active face à cette agression impériale.

Comme l’a souligné le Commandant suprême Hugo Chávez Frías : "face à toute circonstance de nouvelles difficultés, quelle qu’en soit l’ampleur, la réponse de tous et de toutes les patriotes… est unité, lutte, bataille et victoire".


02/01/2026

How to Survive Artificial intelligence (Comment survivre à l’intelligence artificielle), par Giorgio Griziotti


Intelligence artificielle, technofascisme et guerre

Giorgio Griziotti
Traduit de l’italien par Fausto Giudice

Là où la méta-automatisation introduite avec l’intelligence artificielle générative tend à enfermer l’indéterminé dans la prévision calculable, la métatechnique humaine — située, relationnelle, historique — ouvre des brèches dans l’inconnaissable. Il n’existe aucun apprentissage profond capable d’émuler cette ouverture radicale, car elle n’est pas fonction, mais seuil.

ChatGPT

Eux avaient l’algorithme, nous l’anomalie. Eux l’entraînement, nous l’invention.

Le Boomernaute

Le terme « intelligence artificielle » (IA) couvre différents domaines et dénominations. Dans cet essai, quand je parle d’IA, au singulier ou au pluriel — entendant dans ce second cas les diverses implémentations actuelles comme ChatGPT, Deepseek ou Claude — je me réfère, sauf indication contraire, à l’intelligence artificielle générative appliquée spécifiquement au langage : la famille de techniques qui, en appliquant des modèles de machine learning à d’énormes datasets, produit de grands modèles de langage (LLM), c’est-à-dire des modèles linguistiques capables de créer de nouveaux contenus. Pour clarifier métaphoriquement la relation entre ces éléments :

1. Le Dataset est la bibliothèque universelle de textes, la matière première.

2. Le Machine Learning est la méthode d’étude qui permet d’apprendre de cette bibliothèque.

3. Le LLM est le résultat de ce processus : un « esprit » expert qui a intériorisé les règles du langage.

4. L’IA Générative est la capacité de cet esprit d’agir de manière créative, en générant des textes originaux.

5. Le Chatbot est l’interface conversationnelle avec l’IA, qui utilise le langage naturel.

Pour des définitions plus détaillées, voir le Glossaire à la fin de l’essai.(p.27)

Table des matières

How to Survive Artificial intelligence

PRÉAMBULE

APPROCHE : SORTIR DES SCHÉMAS NEWTONIENS

SITUER L’IA DANS LE CONTEXTE

Neurocapitalisme et IA

Tambours de guerre

L’IA COMME RÉALITÉ RELATIONNELLE

Métatechnique et méta-automation

Tout est hallucination

Hardware auto-organisateur

Un Grand Frère prédictif et confortable

Limites onto/techno-logiques et capacités performatives

Jouer avec le feu

ÉPILOGUE

Glossaire

Télécharger PDF

01/01/2026

Trump/Bibi ترامب/نتنياهو

 

Trump Gave Israel and Netanyahu Immunity When It Comes to Gaza. That’s Not What Best Friends Do, by Gideon Levy

Affaire Mohammad Hannoun en Italie : quand la justice se transforme en propagande, par Tahar Lamri

 La police antiterroriste italienne a arrêté le 27 décembre dernier 9 Palestiniens résidant en Italie, qui ont été mis en détention préventive. Parmi eux Mohammad Hannoun, un architecte de 63 ans résidant en Italie depuis plus de 40 ans, président de l’Association des Palestiniens en Italie. Quelques jours avant l’opération, Mahmoud Abbas, le président à vie de l’(In)autorité palestinienne, avait fait un one man show au Festival Atreju de Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni. Tahar Lamri décortique ci-dessous l’ordonnance surréaliste émise par les services du Procureur de Gênes pour justifier cette opération, un document de plus de 300 pages basé sur des « informations » fournies par l’armée et les services de renseignement israéliens. [NdT]

Mohammad Hannoun

L’ordonnance de placement en détention provisoire visant Mohammad Hannoun est un cas d’école de thèse préconçue reposant sur un axiome : « musulman = terroriste ».

Tahar Lamri, Kritica, 30/12/2025
Traduit par Tlaxcala

Écrivain et journaliste, né à Alger (1958), arrivé en Italie en 1986, Tahar Lamri vit à Ravenne. Il a collaboré avec il manifesto et Internazionale, écrit des nouvelles et des pièces de théâtre. Il a rassemblé certains de ses textes dans le livre I sessanta nomi dell’amore, Fara Editore, 2006.

L’ordonnance du parquet de Gênes ordonnant des mesures conservatoires contre Mohammad Hannoun et d’autres membres de l’Association caritative de solidarité avec le peuple palestinien (ABSPP) est un document monumental : plus de 300 pages d’accusations, de preuves, de reconstructions historiques et d’analyses juridiques. Elle devrait constituer un exemple de la manière dont la justice italienne aborde avec rigueur et objectivité un dossier complexe et délicat.

Or, ce qui ressort d’une analyse attentive des soixante premières pages – seulement les soixante premières, soit un cinquième du total – est tout autre et profondément inquiétant : une entreprise systématique de falsification historique, de manipulation des faits, d’omission de preuves contraires et d’adoption acritique du récit d’une partie directement impliquée – Israël – afin de construire une mise en accusation qui ne se contente pas de viser des individus, mais criminalise l’ensemble de l’univers du soutien humanitaire et politique à la cause palestinienne.

Dans cet article, nous documentons les falsifications les plus graves relevées dans ces soixante premières pages. Il ne s’agit pas d’un catalogue technique, mais du récit de la manière dont la justice peut se transformer en propagande lorsqu’elle accepte de devenir l’instrument d’un agenda politique.

Lire la suite

« La libération de la Palestine est indissociable de la lutte contre le capitalisme fossile global »
“La liberazione della Palestina è inseparabile dalla lotta contro il capitalismo fossile globale ”
„Die Befreiung Palästinas ist untrennbar vom Kampf gegen den globalen fossilen Kapitalismus“

 María Landi &Francisco Claramunt, Brecha, 10/10/2025
Original español
English version
Traduit par/Tradotto da/Übersetzt von Tlaxcala

« La libération de la Palestine est indissociable de la lutte contre le capitalisme fossile global »

Entretien avec Hamza Hamouchene, chercheur et militant algérien

Coordinateur du programme Afrique du Nord à l’Institut Transnational et auteur de nombreux articles et livres, Hamouchene s’est rendu à Montevideo pour participer à une réunion internationale et a discuté avec Brecha de la cause palestinienne et de ses liens avec la justice climatique et environnementale.

“La liberazione della Palestina è inseparabile dalla lotta contro il capitalismo fossile globale ” 
Intervista a Hamza Hamouchene, ricercatore e attivista algerino

Coordinatore del Programma Nord Africa presso il Transnational Institute e autore di numerosi articoli e libri, Hamouchene ha visitato Montevideo per partecipare a una riunione internazionale e ha conversato con Brecha sulla causa palestinese e i suoi legami con la giustizia climatica e ambientale

„Die Befreiung Palästinas ist untrennbar vom Kampf gegen den globalen fossilen Kapitalismus“
Hamza Hamouchene, algerischer Forscher und Aktivist, im Gespräch

Koordinator des Nordafrika-Programms am Transnational Institute und Autor zahlreicher Artikel und Bücher besuchte Hamouchene Montevideo für ein internationales Treffen und sprach mit Brecha über die palästinensische Sache und ihre Verbindungen zu Klima- und Umweltgerechtigkeit.



28/12/2025

Israël a broyé Mohammad Bakri pour avoir osé exprimer la douleur palestinienne telle qu’elle est, par Gideon Levy

 

Israël a tourné le dos alors que la société palestinienne israélienne pleurait la mort de Mohammad Bakri, l’une de ses figures les plus célèbres : un acteur et réalisateur, une icône culturelle, un patriote palestinien et un homme à l’âme noble

Mohammad Bakri devant sa maison dans le nord d’Israël, 2012. Photo Hagai Frid

Gideon Levy, Haaretz, 28/12/2025
Traduit par Tlaxcala

La salle adjacente à la mosquée du village galiléen de Bi’ina était bondée vendredi. Des milliers de personnes au visage sombre sont venues lui rendre hommage et sont reparties ; j’étais le seul Juif parmi elles.

La société palestinienne israélienne pleure la mort de l’un de ses plus grands membres, un acteur, réalisateur et héros culturel, un patriote palestinien et un homme à l’âme noble — Mohammad Bakri — et Israël, dans la mort comme dans la vie, lui a tourné le dos. Une seule chaîne de télévision a consacré un sujet d’actualité à son décès. Quelques Juifs sont sûrement venus consoler sa famille, mais vendredi après-midi, on n’en voyait aucun.

Bakri a été enterré mercredi — tard dans la nuit, à la demande de la famille — ne laissant aucun lieu en Israël pour prononcer son éloge funèbre, pour le remercier pour son œuvre, pour nous incliner devant lui en signe d’appréciation et pour lui demander pardon.

Mohammad Bakri en 2017.Photo Moti Milrod

Il méritait tout cela. Bakri était un artiste et un combattant de la liberté, le genre dont on parle dans les livres d’histoire et dont on donne le nom à des rues. Il n’y avait pas de place pour lui dans l’Israël ultranationaliste, pas même après sa mort.

Israël l’a broyé, simplement parce qu’il a osé exprimer la douleur palestinienne telle qu’elle est. Bien avant les sombres jours de Benjamin Netanyahou et d’Itamar Ben-Gvir, 20 ans avant le 7 octobre et la guerre à Gaza, Israël l’a traité avec un fascisme qui n’aurait pas fait honte aux ministres du Likoud Yoav Kisch et Shlomo Karhi.

Son fameux appareil judiciaire s’est mobilisé comme un seul homme pour condamner son œuvre. Un juge du tribunal de district de Lod a interdit la diffusion de son film « Jénine, Jénine», le procureur général de l’époque a rejoint la guerre et l’éclairée Cour suprême a statué que le film avait été réalisé avec des « motivations inappropriées » — tel était le niveau des arguments avancés par le phare de la justice.

Et tout cela à cause d’une poignée de réservistes qui se sont sentis « blessés » par son film et ont cherché à régler leurs comptes. Ce ne sont pas les résidents du camp de réfugiés de Jénine qui ont été blessés, mais le soldat Nissim Magnaji. Sa demande a été acceptée et Bakri a été détruit. Tout cela bien avant l’âge des ténèbres.

Peu de gens sont venus à son aide. Les artistes sont restés silencieux et la belle star de « Au--delà des murs » a été jetée en pâture. Il ne s’en est jamais remis.

J’ai un jour pensé que « Jénine, Jénine» serait un jour projeté dans toutes les écoles du pays, mais aujourd’hui, il est clair que cela n’arrivera pas, pas dans l’Israël d’aujourd’hui et probablement pas dans le futur non plus.

Mais le Bakri que je connaissais ne se mettait pas en colère ni ne haïssait. Je ne l’ai jamais entendu exprimer un seul mot de haine envers ceux qui l’ont ostracisé, envers ceux qui l’ont blessé, lui et son peuple. Son fils Saleh a un jour déclaré : « [Israël] a détruit ma vie, la vie de mon père, ma famille, la vie de ma nation. » Il est douteux que son père se serait exprimé ainsi.

Vendredi, ce fils impressionnant se tenait droit, un keffieh drapé sur ses épaules, et lui et ses frères et sœurs, dont leur père était si fier, ont accueilli ceux qui sont venus leur présenter leurs condoléances pour la mort de leur père.

Je l’aimais tellement. Par une nuit d’hiver pluvieuse sur le campus du Mont Scopus de l’Université hébraïque de Jérusalem, lorsque des gens nous ont crié « traîtres » après la projection de Jénine, Jénine », et au Festival du centre du film israélien au Marlene Meyerson JCC Manhattan de New York, auquel il était invité chaque année, et où des manifestants criaient aussi. À l’ancien Café Tamar de Tel Aviv, qu’il visitait occasionnellement les vendredis, et dans les essais douloureux qu’il a publiés dans Haaretz. Sans cynisme, innocent comme un enfant et rempli d’espoir comme il l’était.

Son dernier film, très court, « Le Monde », écrit par sa fille Yafa, se déroule lors d’une fête d’anniversaire dans un hôtel luxueux. Une fille distribuait des roses aux invités, un violoniste jouait « Joyeux anniversaire », Gaza bombardée était à la télé et Bakri s’est levé avec l’aide d’une jeune femme assise avec lui et est parti. Il était aveugle.

Il y a trois semaines, il m’a écrit pour me dire qu’il prévoyait de venir dans la région de Tel Aviv pour les funérailles d’un homme cher, comme il l’a dit, le réalisateur Ram Loevy, et j’ai répondu que j’étais malade et que nous ne pourrions pas nous rencontrer. À ma connaissance, il n’est finalement pas allé aux funérailles non plus.

« Porte-toi bien et prends soin de toi », m’a écrit l’homme qui ne prenait jamais soin de lui.

Bakri est mort, le camp de Jénine est détruit et tous ses résidents ont été expulsés, sans abri une fois de plus après un nouveau crime de guerre. Et l’espoir battait encore dans le cœur de Bakri, jusqu’à sa mort ; nous n’étions pas d’accord là-dessus.

إسرائيل/أرض الصومال Somaliland/Israel Somalilandia



إسرائيل تعترف بأرض «أرض الصومال»: دبلوماسية الأمر الواقع وهندسة الأطراف

أيمن الحكيم،28/12 /2025

الاعتراف الرسمي بإسرائيل بأرض «أرض الصومال»، الذي أُعلن يوم الجمعة 26 ديسمبر 2025، لا يُمثل مجرد إعادة اصطفاف دبلوماسي. فهو جزء من استراتيجية إقليمية أوسع، حيث يصبح الاعتراف بالدولة أداة للإسقاط الأمني، وربما رافعة لهندسة ديموغرافية.

Israël reconnaît le Somaliland : la diplomatie du fait accompli et l’ingénierie des périphéries

Ayman El Hakim, 28/12/2025

La reconnaissance officielle du Somaliland par Israël, annoncée le vendredi 26 décembre 2025, ne relève pas d’un simple réalignement diplomatique. Elle s’inscrit dans une stratégie régionale plus large, où la reconnaissance étatique devient un instrument de projection sécuritaire, mais aussi, potentiellement, un levier d’ingénierie démographique.

Israel reconoce a Somalilandia: La diplomacia del hecho consumado y la ingeniería de las periferias

Ayman El Hakim, 28-12-2025

El reconocimiento oficial de Somalilandia por parte de Israel, anunciado el viernes 26 de diciembre de 2025, no responde a un simple realineamiento diplomático. Se inscribe en una estrategia regional más amplia, donde el reconocimiento estatal se convierte en un instrumento de proyección de seguridad y, potencialmente, en una palanca para la ingeniería demográfica.

Israel recognizes Somaliland: the diplomacy of accomplished facts and the engineering of peripheries

Ayman El Hakim, 28/12/2025

The official recognition of Somaliland by Israel, announced on Friday, December 26, 2025, is not merely a diplomatic realignment. It is part of a broader regional strategy, where state recognition becomes an instrument of security projection and, potentially, a lever for demographic engineering.