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27/01/2026

Minneapolis, Palestine occupée

Ci-dessous, traduits Tlaxcala, par trois articles suscités par l’exécution, commise de sang-froid, d’Alex Peretti à Minneapolis. Une mort de trop, après celle de Renee Nicole Good et qui soulève une tempête d’indignation au-delà du Minnesota.

Là où le trottoir finit, les mensonges commencent : sur l’exécution d’Alex Pretti

Jeffrey St. Clair, CounterPunch, 26/1/2026

Jeffrey St. Clair est coéditeur de CounterPunch. Son dernier ouvrage s'intitule An Orgy of Thieves: Neoliberalism and Its Discontents (avec Alexander Cockburn). sitka[at]comcast[dot]net  ou @JeffreyStClair3.

Voici ce que j’ai vu après avoir visionné plusieurs vidéos de l’exécution d’Alex Pretti : L’infirmier de l’administration des anciens combattants Alex Pretti, que Gregory Bovino a dit vouloir causer des "dégâts maximum", essayait de protéger une femme qui se faisait asperger de gaz poivré, un acte d’humanité qui a mis en rage les agents de la CBP (Patrouille frontalière) qui se sont ensuite jetés sur lui en masse, lui aspergeant le visage de gaz poivré. Il tenait un téléphone portable à la main lorsque huit agents se sont rués sur lui et l’ont violemment projeté sur le bitume. Avec six agents de l’immigration sur lui, Alex Pretti aurait facilement pu être « chauviné »  [Derek Chauvin, le meurtrier de George Floyd, NdT] à mort... s’ils n’avaient pas décidé de lui tirer dessus. Il avait un pistolet dans un étui, pour lequel il avait un permis (et un droit divin, selon Trump et la NRA) de « port apparent ». Et cette arme lui a été prise par un agent qui s’est éloigné, puis ils lui ont tiré dessus à plusieurs reprises à seulement quelques centimètres, jusqu’à 10 coups en moins de cinq secondes.

La tentative de dissimulation a eu lieu immédiatement. Alors que la bande d’officiers se dispersait comme un atome fissuré du corps inerte de Pretti après les coups de feu, ils se sont tournés directement vers la foule qui avait filmé et hurlé d’horreur face à l’exécution qu’elle venait de voir. Sorti le gaz poivré. Sorties les matraques. Sorties les armes. Ils ont tenté de détenir les témoins et de voler leurs téléphones portables. L’homicide est un crime d’État. Mais le DHS (Sécurité intérieure), une fois de plus, comme dans le cas de Renee Good, a empêché la police d’État du Minnesota d’enquêter sur la mort d’un résident du Minnesota et citoyen usaméricain, et le FBI a mis fin à toute enquête interne sur les tirs. Ils ont refusé de révéler l’identité du tireur, l’ont retiré du Minnesota vers une autre juridiction et l’ont remis en liberté. C’est la preuve de la culpabilité. C’est aussi la preuve que les tactiques de « côté obscur » de Cheney [« Pour se protéger, les USA devront travailler du côté obscur », déclaration  après le 11 septembre, NdT] ne sont plus réservées aux sites noirs [prisons secrètes de  la CIA, NdT]. Elles sont rentrées au bercail pour sévir contre les USAméricains en plein jour...

Noem, Bovino et Trump ont été prêts à calomnier le cadavre d’un homme qui travaillait pour leur propre gouvernement, prodiguant des soins aux anciens combattants usaméricains. Un citoyen usaméricain, né de citoyens usaméricains. Un homme sans casier judiciaire, qui n’avait commis aucun acte criminel lorsqu’il a été abattu, si ce n’est essayer de se protéger et de protéger les autres des brutalités d’agents fédéraux masqués, lourdement armés. Ils l’ont souillé avant de savoir quoi que ce soit sur lui. Ils l’ont vilipendé avant même que son sang n’ait gelé sur le trottoir. Ils l’ont diffamé avant même d’avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont sali après avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont blâmé parce qu’il était irréprochable. Ils l’ont diffamé pour cacher leur propre culpabilité. Une culpabilité qui court de ce trottoir de Minneapolis aux bureaux de la Patrouille frontalière, au QG du DHS, jusqu’à la Maison Blanche. Les mensonges, si outranciers, si transparents, sont la preuve de leur culpabilité.

Puis sont venus les mensonges. Il avait une arme à la main et était prêt à tirer. Il préparait un massacre. Il était chargé de munitions. C’était un terroriste intérieur. C’était un assassin. Il était armé quand ils lui ont tiré dessus. Tous des mensonges. Des mensonges proférés par certaines des personnes les plus haut placées du gouvernement. Des mensonges qui se sont ensuite déversés directement dans le conglomérat médiatique de droite. Des mensonges qui se sont propagés comme un virus dévoreur d’esprit à travers les 30 pour cent du pays avides de croire tout ce que Trump et son régime leur disent. Mentir est à peu près la seule production dont ce régime est capable.

Les mensonges ne sont même pas créatifs. Ils sont pro forma. Ils les disent pour dissimuler l’impunité accordée aux agents meurtriers de l’État, qui ont été libérés des entraves de la Constitution et ont reçu licence de piller et saccager, détenir et tuer à volonté. Mais combien de temps même les partisans les plus serviles de ce régime seront-ils prêts à avaler les mensonges sans être secoués par une nausée profonde ? Les pro-vie ? Les évangéliques ? La NRA ? Jusqu’où toléreront-ils ? Après tout, des agents fédéraux ont désarmé Alex Pretti, puis lui ont tiré dessus. On ne pourrait pas écrire une parabole plus déchirante pour les mises en garde de Charlton Heston sur le caractère sacré du droit aux armes face à la tyrannie toutes ces années. Cette exécution odieuse fera-t-elle enfin que la NRA se retourne contre Trump ? N’y comptez pas. Comme le Sierra Club, la NRA s’intéresse plus à l’argent et à l’accès au pouvoir qu’aux causes pour lesquelles elle collecte des fonds, et l’organisation est peu susceptible de compromettre sa relation avec Trump, même si elle est à sens unique. Ses membres, cependant, peuvent penser différemment.

Voici une façon dont les comparaisons entre l’Allemagne nazie et l’USAmérique MAGA échouent : la plupart des dirigeants nazis n’étaient pas aussi stupides que les gens dont Trump s’est entouré, comme Noem, Patel, Homan et Bondi. Il n’a pas embauché ces gens-là pour leur compétence mais pour leur loyauté aveugle. En fait, il préfère que ses subalternes soient amoraux et incompétents, manquant de connaissance et d’intérêt pour les lois et les organisations qu’ils sont censés superviser. Hitler a purgé la SA lors de la Nuit des Longs Couteaux pour une raison. (Comme Jim Bovard me l’a rappelé, « Après ce carnage, le Reichstag contrôlé par les nazis a adopté une ‘loi’ qui légalisait rétroactivement tous les meurtres de la purge. Tout comme la loi sur les commissions militaires de 2006 a légalisé rétroactivement la torture. ») Bien que ses malfrats aient été essentiels pour lui assurer le pouvoir, ils étaient un handicap pour l’y maintenir. Trump lui-même est trop vaniteux et trop peu sûr de lui pour réaliser le danger tapi dans le ventre de la bête et cela pourrait bien causer sa perte.

Mais les gens qui étaient dans la rue glaciale ce matin-là pour documenter savent exactement ce qui s’est passé. Ils l’ont entendu. Ils l’ont vu. Ils l’ont ressenti. Ils ont senti l’odeur de cordite des coups de feu. Ils ont vu le sang couler. Ils ont vu les agents se disperser après ce qu’ils avaient fait. Ils savaient qui avait commencé. Ils savaient qui avait mis fin à la vie d’une personne dont le métier était de sauver des vies. Imaginez leur colère et leur dégoût en entendant leur propre gouvernement raconter de viles fables sur ce qui s’était passé. S’ils mentent sur ça, sur quoi ne mentiront-ils pas ?



Un agent de la CBP est sorti avec l’arme sous licence d’Alex Pretti plusieurs secondes avant qu’il ne soit abattu. Image extraite d’une vidéo postée sur X.

Voici ce qui s’est passé, selon la déclaration sous serment signée par une personne qui se tenait à côté d’Alex Pretti et qui n’était qu’à quelques mètres de lui lorsqu’il a été plaqué au sol par une meute et abattu sur le trottoir.

Il était 8h50 du matin lorsqu’elle a entendu un sifflet avertissant que des agents de l’immigration étaient dans son quartier de Whittier à Minneapolis. Elle faisait partie d’un groupe communautaire qui observait et enregistrait les rafles de l’ICE et elle s’est rendue au carrefour voisin de l’avenue Nicolet et de la 26e  rue, où elle a vu un convoi de voitures de la CBP et de l’ICE et de nombreux agents rôdant dans la rue. Certains d’entre eux frappaient aux vitres et tentaient de tirer des gens de leurs voitures.

Alors qu’elle se garait, la témoin a vu un homme aider à faire circuler le trafic à travers le barrage routier tenté par les agents de l’immigration. Cet homme s’est révélé être Alex Pretti, un infirmier de la VA et intervenant rapide lors des rafles de l’ICE. Elle s’est garée et s’est approchée de Pretti et lui a dit : « Je vais filmer et utiliser mon sifflet ».

Ensemble, Pretti et la témoin ont vu un agent fédéral jeter quelqu’un au sol plus loin dans la rue. Pendant ce temps, de l’autre côté de la rue, des agents masqués harcelaient des manifestants, qui leur criaient dessus et sifflaient. Alex Pretti a commencé à filmer l’interaction avec son téléphone portable. Un agent s’est précipité vers eux et a aboyé qu’ils devaient reculer. La témoin a reculé lentement vers le trottoir. Mais Pretti est resté sur place et a continué à enregistrer la situation qui s’aggravait devant lui, où des agents avaient commencé à asperger de gaz poivré les deux observateurs. Alors que Pretti se déplaçait vers eux pour leur porter secours, un des agents a violemment poussé une femme sur la chaussée puis a commencé à asperger de gaz poivré les trois observateurs, y compris Pretti, qui, à ce moment-là, tenait ses deux mains au-dessus de sa tête et serrait toujours son téléphone portable - pas une arme, comme l’a prétendu le DHS.

L’agent a poussé Pretti, qui a trébuché, puis a retrouvé son équilibre et s’est penché pour aider la femme blessée. L’agent surexcité a aspergé les deux au visage de gaz poivré à bout portant. Il y avait tellement de gaz poivré dans l’air maintenant que la témoin sentait ses yeux brûler. Cinq autres agents masqués se sont précipités. Ils ont attrapé Pretti alors qu’il essayait d’aider la femme à se relever puis l’ont jeté sur la chaussée. Cinq ou six agents l’ont maintenu au sol. L’un des agents est sorti avec l’arme de Pretti, qui n’avait jamais quitté son étui, et a couru dans la rue en la tenant dans sa main, comme s’il s’agissait d’un trophée de guerre. Puis, la témoin a dit : « Ils ont juste commencé à tirer. Ils lui ont tiré dessus tellement de fois. Je ne sais pas pourquoi ils lui ont tiré dessus. Il ne faisait qu’aider. J’étais à cinq pieds et ils lui ont juste tiré dessus ».

Ceci est un récit précis et intime de la mort d’Alex Pretti. Il est corroboré par chaque vidéo du meurtre. Il expose les mensonges racontés par des personnes qui n’étaient pas là, mais qui ont toutes les raisons de mentir pour dissimuler leur propre complicité. Dans l’USAmérique MAGA, les mères, les prêtres, les poètes et les infirmiers sont désormais considérés comme des « terroristes intérieurs », et les hommes masqués qui les frappent, les gazent et leur tirent dessus sont des « forces de l’ordre ».


En 2014, JoAnn Wypijewski, Kevin Alexander Gray et moi avons édité un livre intitulé
Killing Travyons: An Anthology of American Violence, qui était une chronique des abus de la police usaméricaine contre les minorités, en particulier les Noirs. On dirait que nous sommes tous des Trayvon maintenant. En l’espace de quelques jours, les stormtroopers (troupes de choc) de l’immigration de Trump ont abattu une poètesse et un infirmier. Qui sera le prochain ? Un aquarelliste ? Un enseignant de maternelle ? Une manucure ? Un entraîneur de T-ball ?

Nous vivons dans un pays où vous pouvez être accusé de résister à l’arrestation sans avoir commis de crime justifiant une arrestation. Nous vivons dans un pays où même les actes les plus passifs de défi et de résistance sont une excuse pour vous tuer. Les Noirs, les Hispaniques et les Autochtones ont connu cela depuis les premiers jours de la République. Maintenant, les USAméricains blancs ayant une conscience se retrouvent également dans le collimateur de leur propre gouvernement.

Nous vivons aussi dans un pays où les gens, des gens ordinaires, sont si révoltés par ce qui se passe qu’ils sont prêts à sortir tous les jours par des températures arctiques pour affronter et résister aux forces de style paramilitaire qui terrorisent leurs quartiers, sachant le genre de violence qui pourrait s’abattre sur eux.

Alex Pretti était l’un de ces USAméricains « ordinaires ». Il n’avait rien fait pour mériter d’être agressé, encore moins abattu. Il a fait ce pour quoi les infirmiers sont formés : aider quelqu’un qui a été blessé, une femme poussée au sol et aspergée de gaz poivré sans raison par un agent de la CBP, une femme qui n’avait rien fait non plus pour mériter ce traitement brutal. Alex Pretti n’était pas le « pire des pires ». Il était le meilleur du meilleur.

 


Bienvenue en Palestine, Minnesota : la vie sous occupation

M. Reza Behnam, Counterpunch, 27/01/2026

Le Dr. M. Reza Behnam est un politologue spécialisé dans la politique US et le Moyen-Orient.

 Israël est rentré au bercail au Minnesota. Les habitants de Minneapolis et de Saint-Paul sont devenus les Palestiniens du Minnesota. Les résidents des villes jumelles connaissent la perte de souveraineté et de droits civils que les Palestiniens subissent depuis plus de huit décennies.

L’État de l’Étoile du Nord a été assiégé par des milliers d’agents de l’ICE et de la Patrouille frontalière. Les villes jumelles sont désormais des communautés occupées, surveillées et attaquées par leur propre gouvernement.

Le militarisme, la violence et le terrorisme qu’Israël a répétés sur les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupées ont atteint le cœur de l’USAmérique et se sont infiltrés dans le système politique du pays.

Les similitudes tactiques et idéologiques entre l’ICE et les Forces d’occupation israéliennes sont facilement reconnaissables. Ces similitudes sont enracinées dans des décennies de programmes de formation conjoints, de technologie et de surveillance partagées. Des milliers d’agents fédéraux ont participé à des programmes israéliens de formation à la « sécurité ».

Simulant la réalité de l’occupation en Palestine, des agents fédéraux militarisés patrouillent dans les quartiers usaméricains, enlevant des résidents. Sans mandats, des hommes non identifiés armés de fusils d’assaut mènent des raids, tirent des gens de leurs maisons, les extraient de véhicules, les détiennent et même les tuent, comme en témoignent ce mois-ci les morts des citoyens usaméricains Renee Good et Alex Pretti. Les agents masqués traitent les manifestants comme des menaces, utilisant contre eux des armes chimiques et sublétales.

Des milliers de personnes ont été détenues de force et maintenues dans des centres de détention de l’ICE sans procédure légale. Depuis le début de 2026, six décès ont été enregistrés. Et en 2025, l’année la plus meurtrière de l’ICE en deux décennies, 32 personnes sont mortes.

En janvier 2026, plus de 9 350 Palestiniens sont détenus, la plupart sans inculpation, dans les prisons et centres de détention israéliens ; environ 350 sont des enfants. Et depuis le 7 octobre 2023, au moins 98 Palestiniens (le bilan étant probablement plus élevé) sont morts en détention israélienne.

Keith Ellison, procureur général du Minnesota, a parfaitement résumé la situation : « C’est de la tyrannie... Personne n’aurait jamais pensé que l’Amérique ressemblerait à ça. Nous n’avons plus besoin de spéculer sur ce à quoi ressemble le fascisme américain. Il est juste devant la porte ».

Notre USAmérique était destinée à ressembler à cela. Tout prétexte d’humanité a été abandonné lorsque le président Joe Biden, sioniste avoué, après le 7 octobre 2023, a donné son feu vert au massacre des Palestiniens et à la dévastation de Gaza, ce qu’il a continué à faire jusqu’à son départ le 20 janvier 2025.

En jetant le poids financier, militaire et politique de l’USAmérique derrière un génocide, et en ne respectant pas le droit international et humanitaire, l’administration Biden a préparé le terrain pour l’absence de loi interne et internationale de son successeur condamné. Une nation qui condamne le « crime des crimes », l’atrocité humaine ultime, favorise une culture de la violence qui finit inévitablement par se retourner vers l’intérieur.

Inéluctablement, l’idéologie sioniste de la violence et de la force a trouvé un foyer en USAmérique, où dans les communautés noires, brunes et autochtones, le maintien de l’ordre quasi-militaire a toujours été une réalité. La brutalité gagne maintenant du terrain dans des communautés majoritairement blanches, comme Minneapolis.

Gaza a réveillé la nation face à la réalité que tout ne va pas bien ; que l’USAmérique est un pays de lois, mais avec peu de justice, ce que les groupes minoritaires savent depuis longtemps. Une nation défendant les droits humains et la justice, comme les USA le proclament, aurait défendu et vigoureusement soutenu le peuple palestinien.

De la Palestine aux rues d’USAmérique, l’objectif semble être la soumission – terroriser les immigrants et ceux qui les protègent ; et réduire au silence les dissidents qui s’opposent à l’ « ordre mondial » envisagé par le complexe militaire, industriel, politique, médiatique et numérique (CMIPMN).

Les USA sont entrés dans le grave new world [allusion au « brave new world » d’Aldous Huxley, NdT] que le président Dwight D. Eisenhower avait prévu dans son discours d’adieu à la nation de janvier 1961.

Alors que l’administration Trump piétine la Constitution usaméricaine, la pertinence de l’avertissement d’Eisenhower contre « l’influence injustifiée » du « complexe militaro-industriel » et sa supplication de ne jamais le laisser « mettre en danger nos libertés ou processus démocratiques » ne peut être sous-estimée :

« Cette conjonction d’une immense institution militaire et d’une grande industrie de l’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d’État, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société.

Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

La guerre a été centrale pour le CMIPMN, comme elle l’a été pour les USA et Israël. Elle a été fondamentale pour l’idéologie coloniale de peuplement d’Israël, l’expansion étant justifiée comme défense. Elle a également été cruciale dans la poursuite de la domination mondiale par l’USAmérique, l’hégémonie économique étant camouflée en défense de la démocratie et de la liberté.

En Israël, le projet sioniste de détruire une culture ancienne et d’éliminer son peuple est déguisé en « défense » de la nation. Et aux USA, le régime Trump utilise le leitmotiv de la « sécurisation du pays » contre les immigrants sans papiers pour justifier sa cruauté et l’étouffement des libertés et des droits. Il a également utilisé le matraquage habituel sur  « l’antisémitisme » pour détenir et expulser ceux qui s’opposent à la guerre génocidaire d’Israël et qui soutiennent une Palestine libre.

Le CMIPMN a également eu une puissante influence sur la formation et la manipulation de la pensée sociétale.

Le partenariat de Washington avec Israël a favorisé la dérive de l’USAmérique vers le proto-fascisme. La suprématie juive sioniste, la diabolisation des Palestiniens, l’unité nationale construite sur des récits de menace externe, et la fétichisation de la culture militaire ont trouvé un terrain fertile dans le paysage trumpien.

L’union des régimes usraéliens a engendré en USAmérique un environnement réceptif à la suprématie blanche et à la diabolisation et au bouc émissaire des immigrants, des minorités et des gauchistes. Bon nombre des mesures qu’Israël a utilisées pour terroriser les Palestiniens sont désormais employées par les agents fédéraux contre les USAméricains ; par exemple, la détention et l’emprisonnement sans procédure légale, les invasions de domicile, les enlèvements, la séparation des enfants de leurs familles, et l’utilisation d’enfants comme boucliers humains.

L’agenda de déportation massive de Trump est un outil de contrôle social ; une façon d’éroder les libertés civiles fondamentales et de terroriser les populations vulnérables. Comme leurs homologues palestiniens, cependant, les habitants du Minnesota sont restés inflexibles malgré le danger. En réaction à l’occupation militaire de leurs villes, ils ont défié en mobilisant une opposition efficace, donnant vie à des mouvements de résistance.

La rébellion de Gaza du 7 octobre 2023 a modifié la perception d’Israël et leur propre gouvernement par les USAméricains. En mettant les intérêts des Israéliens au-dessus du bien-être des USAméricains, les administrations US, particulièrement Biden et Trump, ont rompu le contrat social.

La Déclaration d’Indépendance de 1776, avec son message de droits inaliénables et de résistance à la tyrannie, fait écho à la lutte des USAméricains en 2026, et à la quête de longue date d’autodétermination des Palestiniens depuis huit décennies.

Les usurpations et abus au Minnesota et en Palestine occupée exigent que nous nous souvenions, avec les mots de Thomas Jefferson, que :

« Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future ». (Déclaration d'Indépendance, 4 juillet 1776)

 

Entre Tel Aviv et Minneapolis : quand l’État retourne sa violence contre les siens

Du déploiement d’agents fédéraux dans les villes usaméricaines à la « miliciasisation » de la police israélienne, le manuel est le même : utiliser la force de l’État pour réduire au silence la dissidence.

Yosef Yisrael, 25/1/2026

Correspondant étranger pour Channel 13 News, Israël  et doctorant en relations internationales et terrorisme

Les images de Minneapolis sont déchirantes. Alex Pretti, un infirmier de soins intensifs de 37 ans dans un hôpital pour anciens combattants – un homme qui a passé sa vie à soigner ceux qui ont servi – a été abattu par des agents fédéraux. Ce n’était pas un « terroriste intérieur », comme la rhétorique de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem pourrait le suggérer. C’était un citoyen qui, selon des témoins, est intervenu pour protéger une manifestante qui se faisait asperger de gaz poivré.

Le détail le plus terrifiant de la documentation disponible est que Pretti, propriétaire légal d’une arme, avait déjà été désarmé et était allongé au sol lorsque les coups fatals ont été tirés. Cette tragédie survient à peine deux semaines après la mort de Renee Good, une autre civile, dans une escalade elle aussi non provoquée. Encore plus glaçante que la violence elle-même : l’immunité automatique et totale accordée aux agents par Donald Trump et Kristi Noem. Au lieu de responsabilité, l’administration offre des mensonges et de la propagande pour justifier l’injustifiable.

Ces événements à Minneapolis ne sont pas seulement une tragédie usaméricaine ; ils sont un signe avant-coureur d’un changement mondial. Ils racontent l’histoire d’un régime utilisant son monopole de la violence pour instiller la terreur chez les citoyens qui s’y opposent. Ce qui était autrefois la marque des autocraties s’infiltre dans le monde démocratique lorsqu’il est dirigé par des leaders qui méprisent les valeurs démocratiques. Cela se passe aux USA sous Trump et Noem – et cela se passe en Israël sous Netanyahou et Ben Gvir.


Violences policières rigolardes contre des manifestants anti-Netanyahou à Tel Aviv, juillet 2023. Photo Itai Ron / Haaretz

En Israël, sous le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, la police israélienne est méthodiquement transformée en milice politique. Ben Gvir, un extrémiste d’extrême droite exempté du service militaire et ayant des condamnations pour incitation au racisme et soutien au terrorisme, est un adepte de la violence parrainée par l’État. Pour lui, la vue de manifestants en sang ou l’arrestation brutale de manifestants pacifiques n’est pas un échec policier : c’est l’objectif. Il prospère sur les images de la force utilisée contre ceux qui osent protester contre le gouvernement.

La nature du pouvoir est de s’enraciner par la force. Dans une démocratie saine, les « freins et contrepoids » – les tribunaux indépendants, la presse libre et l’État de droit – agissent comme le barrage qui empêche le pouvoir de l’État de devenir une arme contre le peuple. Mais Trump et Netanyahou partagent le même manuel : démanteler les garde-fous pour permettre une montée incontrôlée de la force exécutive.

À la fois à Minneapolis et à Tel Aviv, la distance entre « maintien de l’ordre » et « exécution politique » rétrécit. En Israël, la perspective de tirs à balles réelles contre des manifestants ne semble plus être une crainte dystopique – elle semble être une réalité imminente.



26/01/2026

Le Sioniste idéal d’Israël est un stormtrooper*. Et sa plus grande menace est un député arabe

Ben-Gvir appellera la Liste unie** une « Alliance représentant la terreur », même si les députés arabes condamnent le terrorisme palestinien bien plus que lui, Ben-Gvir, ne condamnera jamais le terrorisme juif. La droite préfère un soldat qui commet des crimes de guerre à un député arabe, simplement parce qu’il est arabe.

Gideon Levy, Haaretz, 25/01/2026
Traduit par Tlaxcala




Marche dans la ville arabe de Sakhnin dans le nord d’Israël, samedi. Photo Rami Shllush

« C’est nous ou eux », a écrit Yehoda Vald, le PDG [sic] du parti de droite Sionisme Religieux, sur son compte X jeudi soir. Deux photographies, l’une au-dessus de l’autre, ont clairement indiqué qui, selon Vald, est « nous » et qui est « eux ».

L’image du haut, « nous », montre environ six soldats israéliens, armés et blindés de la tête aux pieds, photographiés de dos alors qu’ils marchent fièrement vers les ruines de Gaza. L’image du bas, « eux », montre les chefs des quatre partis israéliens à majorité arabe, leurs mains jointes et levées haut, annonçant jeudi soir le renouvellement de leur alliance électorale.

Une image du désespoir, au-dessus d’une image d’espoir. Une image de dévastation, au-dessus d’une image de reconstruction. Une image d’une guerre jamais rassasiée, au-dessus d’une image d’une possibilité de changement. Vald espérait que l’image de la Liste unie renouvelée terroriserait les Israéliens. S’il y avait une véritable opposition de gauche en Israël, cette politique de la peur se serait transformée en espoir.

Il y a quelque chose de dérangeant dans ces deux photographies. Toutes deux ne montrent que des hommes, et chacune est mono-nationale : seulement des Juifs dans l’une, seulement des Arabes dans l’autre. C’est le monde de Vald, un colon. Mais tous les Israéliens doivent se demander s’ils préfèrent vraiment les soldats armés marchant vers leur scène de crime, la destruction totale autour d’eux, au groupe de politiciens arabes, parmi les meilleurs de la Knesset, représentants de la seule opposition qu’Israël ait actuellement ?

Est-ce là la vision ? Est-ce là l’espoir ? L’épée de Vald dévorera-t-elle pour toujours — l’épée de ceux qui frissonnent de plaisir à la vue de ces « nous » armés et de l’effroyable destruction qu’ils ont semée et n’en veulent que davantage ? Devons-nous nous identifier au « nous » de Vald simplement parce qu’il nous montre des soldats juifs, même s’ils sont soupçonnés d’être des criminels de guerre ?


Soldats à Gaza. Photo AFP

Vald est un colon « modéré », du Gush Etzion « libéral », et il ne participe pas aux pogroms. Il représente la majorité des Israéliens aujourd’hui, surtout après le 7 octobre. Ils préfèrent un soldat d’occupation juif à un député arabe, qui par définition — c’est-à-dire, par sa participation à la Knesset — cherche à s’intégrer dans la société israélienne. L’idée qu’un soldat soupçonné de crimes de guerre soit préférable à un parlementaire arabe, simplement parce qu’il est arabe, est vraiment malsaine.

Itamar Ben-Gvir s’est empressé d’appeler le nouveau bloc électoral « l’Alliance représentant la terreur ». Les quatre dirigeants des partis qui le composent ont condamné le terrorisme palestinien bien plus souvent que Ben-Gvir n’a condamné le terrorisme juif. Il ne l’a pas condamné, et ne le condamnera jamais. Aucun d’entre eux n’a eu recours à la violence comme Ben-Gvir l’a fait, mais l’expert en terrorisme les déclare terroristes.

Qu’est-ce qui est israélien, selon Vald et ses semblables ? Un soldat d’occupation. Qu’est-ce que le Sioniste idéal à leurs yeux ? Un Stormtrooper*. Et qu’est-ce qui est effrayant et menaçant ? Un député arabe. Un concentré de la vision du monde de la plupart des Israéliens. La renaissance de la Liste unie est presque la seule chance d’un changement de gouvernement en Israël ; on s’attendrait à ce que quiconque le souhaite s’en réjouisse. Mais le simple fait qu’elle soit arabe est une menace pour la plupart des Israéliens. En revanche, ce que l’armée israélienne a fait et continue de faire à Gaza, dont l’étendue réelle n’est connue d’aucun Israélien, est une source de fierté et d’identification.

Il est difficile de comprendre ce qui, dans les images de la terrible destruction à Gaza, inspire de la fierté. De quoi êtes-vous exactement fier ? De la destruction, ou des meurtres ? Des bébés morts, ou des femmes tuées ? Et pourquoi voyez-vous ces soldats comme des héros ? N’avez-vous pas entendu ce qu’ils ont fait, n’avez-vous pas vu ?

Inversement, qu’est-ce qui vous effraie tant dans l’image des politiciens arabes ? Ont-ils jamais menacé l’État d’Israël ? Avez-vous vu comment eux et leur communauté se sont comportés depuis le 7 octobre ? Ils avalent leur humiliation et leur douleur terrible face à la mort de leurs compatriotes — et restent silencieux. Et condamnent le 7 octobre. Ils sont des héros bien plus grands que les soldats qui piétinent Gaza dans leurs bottes rouges de parachutiste.

Si le choix est entre ce « nous » et cet « eux », alors je suis avec « eux », sans hésitation.

NdT

*Stormtrooper : membre des troupes d’assaut, terme popularisé par Star Wars, emprunté à l’allemand Sturmtruppen, désignant les troupes de choc impériales durant la Première Guerre mondiale.

**Liste unie : al-Qa’imah al-Mushtarakah/HaReshima HaMeshutefet/Joint List, coalition électorale de quatre partis de Palestiniens de 1948, créée en 2015, dissoute en 2021 et reconstituée en vue des élections à la Knesset prévues cette année. Elle regroupe l’Assemblée nationale démocratique (Balad), le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash), le Mouvement arabe pour le changement (Ta’al) et la Liste arabe unifiée (Ra’am).

Des gauchistes queer soutenaient déjà les Palestiniens dans les années 70. À l'époque, ils détournaient des avions

Ofri Ilany, Haaretz, 23/1/2026
Traduit par Tlaxcala

 NDT : ci-dessous un article qui en dit long sur l’état de l’opinion israélienne et sur le bas  niveau de ceux qui, comme l’auteur, prétendent l’éclairer. Faut-il en rire ou bien pleurer?

Depuis le 7 octobre, de nombreux Israéliens sont choqués par les positions propalestiniennes qui prévalent en Occident. En réalité, cet étonnement vient de la mémoire courte des médias.


Des familles  ouest-allemandes manifestent à l’aéroport de Tempelhof à Berlin contre la guerre au Vietnam, avec Gudrun Ensslin au centre, juillet 1967. Sur les pancartes : « LBJ (Johnson), combien d’enfants as-tu tué aujourd’hui ? », « Pas de bombes sur les enfants vietnamiens », « Dites à vos enfants ce que vous avez appris : les armes ne sont pas des jouets ». Photo Dpa Picture Alliance/Alamy

À l’été 1970, le chaos éclata dans un camp d’entraînement du Fatah en Jordanie. L’un des volontaires s’entraînant au tir et au lancer de grenades insistait pour porter un pantalon de velours moulant pendant les exercices et refusait de le changer, même pendant les exercices de crapahutage. Ce volontaire rebelle n’était pas palestinien, mais allemand : Andreas Baader, leader du groupe clandestin de gauche connu sous le nom de Bande à Baader-Meinhof ou Fraction Armée Rouge. Il était arrivé au camp avec ses camarades Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin peu de temps auparavant, après s’être évadé de prison à Berlin. Ils avaient fui vers Berlin-Est et de là, pris l’avion pour le Moyen-Orient. Avant cela, ils avaient déjà établi le contact avec des activistes palestiniens à Berlin et convenu d’une coopération.

Baader était un personnage gâté et flamboyant. Bien qu’à la tête d’un groupe clandestin marxiste, la politique l’intéressait moins qu’un mode de vie ostentatoire. Il était méticuleux sur le port de vêtements de luxe et aimait se maquiller. Avant de se tourner vers les activités terroristes, il avait posé nu pour un magazine pornographique gay. Cela ne plaisait guère à Abou Hassan – le nom de guerre du membre du Fatah chargé du groupe. Son propre mode de vie était beaucoup plus conservateur. Il n’appréciait pas non plus la tendance de Baader à tirer avec la Kalachnikov qu’on lui avait donné de manière indiscriminée, gaspillant d’énormes quantités de munitions.

Cet épisode est décrit en détail dans le livre « The Revolutionists : The Story of the Extremists Who Hijacked the Seventies » du journaliste britannique Jason Burke. Publié il y a quelques mois, il traite du moment historique où la gauche radicale mondiale s’est mobilisée pour la lutte palestinienne et l’a vue comme le front de la révolution mondiale. Cela ne s’est pas produit en 2023, mais en 1970. C’était une époque turbulente de révolutions socialistes à travers le monde. En même temps, les organisations militantes inventaient de nouveaux modes d’opérer dangereux, au premier rang desquels les détournements d’avions. Il s’était avéré que détourner un avion était assez facile à faire. Le monde était naïf, et personne n’avait alors pensé à installer des détecteurs de métaux dans les aéroports.

Burke décrit d’autres situations comiques nées de la rencontre entre les jeunes révolutionnaires allemands et les rudes combattants du Fatah. Ulrike Meinhof, qui était journaliste et n’avait tenu un pistolet pour la première fois que récemment, fit un choc après avoir retiré la goupille d’une grenade et failli se faire sauter. En réponse, Baader la traita de « cochonne bourgeoise », et elle l’insulta en retour. Ensslin, quant à elle, insistait pour prendre des bains de soleil seins nus au camp. Les volontaires propalestiniens rappelaient un peu les volontaires européens affluant dans les kibboutzim à la même époque.

La plupart des volontaires internationaux en Jordanie ne parlaient pas un mot d’arabe, et certains refusaient de faire ce qu’on leur demandait : ils n’étaient pas venus jusqu’en Palestine pour creuser des fossés. En moins de deux mois, Ensslin décida qu’un des membres de sa cellule était un agent sioniste, après s’être imaginé l’entendre écouter une émission de radio en hébreu. Elle exigea qu’Abou Hassan l’exécute sur place. À ce stade, les hôtes en eurent assez et exigèrent que les jeunes radicaux allemands prennent un avion pour retourner en Europe.

Malgré les nettes différences culturelles entre les combattants palestiniens et les jeunes Européens qui les ont rejoints, il y avait aussi beaucoup de points communs entre les deux groupes. Burke souligne qu’ils admiraient tous les mêmes textes (les écrits de Marx ou Mao) et vénéraient les mêmes héros (Che Guevara et Frantz Fanon). À cette époque, la lutte palestinienne avait un caractère gauchiste-marxiste et faisait partie d’une série de soulèvements communistes dans le monde en développement, en Europe et aux USA. Même Timothy Leary, le célèbre prophète californien du LSD et de la psychédélie, envisageait de s’entraîner avec le Fatah. Les Palestiniens déclinèrent ses services.

Leila Khaled, membre du Front Populaire de Libération de la Palestine, emporta une biographie de Che Guevara lorsqu’elle détourna un vol TWA reliant Rome à Tel Aviv en août 1969. Elle déclara même que l’avion avait été détourné par le « Commando Che Guevara ». Après avoir fait atterrir l’avion à Damas, elle dit aux passagers effrayés : « Nous faisons partie du Tiers Monde et de la révolution mondiale ». Elle distribua même des bonbons et des cigarettes aux passagers et fut surprise qu’ils ne soient pas plus réceptifs.


Leila Khaled, qui a détourné un vol TWA de Rome à Tel Aviv en 1969. Elle a distribué des cigarettes et des bonbons aux passagers. Photo Bettmann/CORBIS

Des phénomènes excentriques

Depuis le 7 octobre, beaucoup en Israël sont choqués par le fait que des militants queer progressistes manifestent au nom des Gazaouis. Un sketch de « Eretz Nehederet » (l’émission satirique télévisée « Un pays merveilleux ») devenu viral dépeignait une personne queer non-binaire aux cheveux violets agitant un drapeau palestinien – comme si les opinions propalestiniennes étaient un caprice nouveau et intrigant du mouvement « woke ». En réalité, cet étonnement vient de la mémoire courte des médias israéliens.


« TA LIBERTÉ EST INSÉPARABLE DE LA MIENNE. LUTTE POUR LA PALESTINE, LUTTE POUR LA VIE DES PERSONNES TRANS » : affiche de @QUEERS.FOR.PALESTINE, Londres

Il n’y a rien de nouveau ni de surprenant à ce que des gauchistes expriment leur soutien aux Palestiniens – c’est le cas depuis plus de 50 ans. Si vous cherchez des phénomènes excentriques, l’aile gauche des années 1970 offrait des alliances bien plus étranges. De plus, à la différence des manifestants des campus usaméricains d’aujourd’hui, bon nombre de gauchistes de l’époque prenaient aussi les armes et détournaient des avions. Par exemple, Brigitte Kuhlmann, la jeune Allemande qui dirigea le détournement du vol Air France vers Entebbe. Elle aussi essaya d’engager les otages dans des conversations sur la révolution mondiale.

Pourtant, il y a une différence entre hier et aujourd’hui. L’idéologie des principales organisations palestiniennes dans les années 1970 était marxiste et laïque, et certains des leaders avaient grandi dans des foyers chrétiens – par exemple, George Habash et Nayef Hawatmeh. En revanche, l’idéologie du Hamas et du Jihad Islamique est l’islam fondamentaliste. Le livre de Burke raconte le glissement qui s’est produit dans les organisations terroristes [sic] tout au long des années 70 : les groupes voués à une révolution prolétarienne mondiale furent écartés au profit de ceux s’identifiant à la révolution islamique. Ce processus s’accéléra à la fin de la décennie, suite à la Révolution Islamique en Iran. Au début, les organisations laïques et islamiques s’entraînaient ensemble sous l’égide de l’OLP, mais avec le temps elles prirent des chemins différents.


Kozo Okamoto durant son procès en Israël. Condamné à la perpétuité, il est libéré en 1985 dans le cadre d’un échange de prisonniers. Emprisonné 3 ans au Liban pour avoir présenté de faux papiers, il a obtenu en 1999 l’asile au Liban, où il vit toujours

Burke soutient que le terrorisme islamique est bien plus meurtrier – les terroristes marxistes étaient plus sensibles à la vie humaine et essayaient de ne pas tuer. Cependant, pour les victimes de Kozo Okamoto, par exemple, cette sensibilité n’a probablement pas beaucoup aidé. L’étudiant japonais avait peut-être écrit dans son journal son amour pour les cerisiers en fleurs et son opposition aux pesticides, mais cela ne l’a pas empêché de tirer de manière indiscriminée sur la foule à l’aéroport de Lod en 1972.

Ulrike Meinhof et Andreas Baader se sont suicidés en prison il y a longtemps, mais entre-temps, d’autres choses se sont produites. Le terrorisme est devenu plus sophistiqué, et la lutte contre lui aussi. La sécurité aéroportuaire est devenue un cauchemar, et la guerre contre le terrorisme est devenue une idéologie qui alimente les guerres, justifie les dictatures et soutient les politiciens. L’un d’eux est Benjamin Netanyahou, qui a lancé sa carrière comme expert en lutte antiterroriste. La révolution est depuis longtemps partie, mais Netanyahou est toujours là.


Daniela Klette, 67 ans, faisait partie de la « troisième génération » de la Fraction Armée Rouge. Arrêtée en 2023 après 30 ans de clandestinité, elle est actuellement jugée à Verden pour une série de crimes et délits « de droit commun ».

23/01/2026

La “première communauté planifiée de Gaza” : un cauchemar dystopique usraélien

Le Centre de coordination civilo-militaire sous direction US propose une zone résidentielle à Gaza intégrant surveillance biométrique, checkpoints et programmes éducatifs promouvant la normalisation avec Israël.

NdT : ce projet est une adaptation “post-moderne” des stratégies contre-insurrectionnelles du XXème siècle :  des ghettos juifs établis par les nazis en Pologne aux “nouveaux villages” édifiés par les Britanniques en Malaisie, aux “hameaux stratégiques” créés par l'armée US au Vietnam et aux “nouveaux villages” construits par l'armée française en Algérie.

Sharif Abdel Kouddous, Drop Site News, 21/1/2026
Traduit par Tlaxcala
 


Des militaires usaméricains et israéliens et d’autres fonctionnaires  internationaux surveillent des écrans affichant des cartes et des images de la bande de Gaza lors d’une visite médiatique au Centre de coordination civilo-militaire (CMCC), le 20 novembre 2025, à Kiryat Gat, en Israël.



Le groupe dirigé par l’armée usaméricaine et chargé de soutenir les « efforts de stabilisation » à Gaza a présenté des plans pour un ensemble de logements destinés à des Palestiniens dans une zone de Gaza placée sous contrôle militaire total d’Israël. Selon des documents diffusés par le Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) et obtenus par Drop Site News, la « communauté planifiée », si elle était réalisée, viserait à contenir et contrôler ses habitants au moyen de la surveillance biométrique, de points de contrôle, du suivi des achats et de programmes éducatifs promouvant la normalisation avec Israël.

Le CMCC a été créé par le Commandement central des USA (CENTCOM) le 17 octobre, une semaine après que le Hamas et Israël ont convenu d’un échange de captifs et qu’un cessez-le-feu était censé entrer en vigueur. Le centre, installé dans un vaste bâtiment de type entrepôt à Kiryat Gat, dans le sud d’Israël, et impliquant des dizaines de pays et d’organisations, est censé « surveiller la mise en œuvre du cessez-le-feu » et « aider à faciliter le flux de l’aide humanitaire, logistique et sécuritaire provenant de partenaires internationaux vers Gaza », selon le CENTCOM.

Le CMCC est dirigé par le lieutenant-général de l’armée US Patrick D. Frank [alias « Lucky 6 » , vétéran  d’Irak, Afghanistan et Haïti, NdT] et comprend des responsables militaires usaméricains et israéliens, ainsi que du personnel provenant de dizaines de pays, dont la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Émirats arabes unis et l’Égypte. Le CMCC constituait un élément clé du plan de « cessez-le-feu » du président Trump, bien que l’on ignore précisément où il opérera au sein des nouvelles structures mises en place après l’annonce, la semaine dernière, de la phase deux du plan par Trump, notamment la création d’un soi-disant « Conseil de la paix » chargé de superviser Gaza, avec, sous lui, un Conseil exécutif fondateur, puis un Conseil exécutif de Gaza composé de technocrates palestiniens.

En novembre, des informations ont révélé pour la première fois que l’administration Trump prévoyait la construction de plusieurs complexes résidentiels, qualifiés de « communautés alternatives sûres », destinés à héberger des Palestiniens à Gaza à l’est de la « ligne jaune », une zone occupée et contrôlée par l’armée israélienne. Une analyse d’images satellites réalisée par Forensic Architecture [voir ici] suggère que la première de ces soi-disant communautés est en cours de préparation sur une parcelle d’un kilomètre carré à Rafah, dans le sud de Gaza, à l’intersection de deux corridors militaires.

« Les plans s’accélèrent rapidement pour ce que des responsables usaméricains ont cyniquement qualifié la semaine dernière de “première communauté planifiée de Gaza”, auparavant connue sous le nom de “communautés alternatives sûres” », commente Jonathan Whittall, haut responsable de l’ONU en Palestine entre 2022 et 2025 et directeur exécutif de l’initiative KEYS, une organisation de conseil stratégique et d’affaires politiques, après avoir examiné la transcription des documents obtenus par Drop Site. « Il s’agit de la prochaine étape dans l’instrumentalisation militarisée de l’aide. »

La semaine dernière, une présentation a été faite au siège du CMCC au sujet de la « première communauté planifiée de Gaza », conçue pour accueillir jusqu’à 25 000 Palestiniens.

Les Palestiniens devraient passer par un point de contrôle pour accéder à la zone. « Les résidents pourront entrer et sortir librement du quartier, sous réserve de contrôles de sécurité visant à empêcher l’introduction d’armes et d’éléments hostiles », indiquent les documents. « Tous les résidents entrant seront enregistrés au moyen de documents biométriques afin de permettre l’identification pour les déplacements et les services civils. »

« Le registre sera basé sur les numéros d’identité palestiniens délivrés par les autorités en coordination avec le COGAT », le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires — la branche de l’armée israélienne qui supervise les affaires civiles palestiniennes dans l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza — conférant ainsi à l’armée israélienne un contrôle de surveillance encore accru sur les Palestiniens hébergés dans la zone.

Le CENTCOM a renvoyé les questions de Drop Site concernant les plans du CMCC à la Maison-Blanche, qui a à son tour renvoyé les demandes au département d’État. Aucun n’a fourni de commentaire.

Extraits de la présentation du CMCC pour une « première communauté planifiée de Gaza », 14 janvier 2026.

La présentation ne précise pas qui sélectionnerait les Palestiniens appelés à vivre dans la zone, bien que tous les contrôles de sécurité imposés par le passé aux Palestiniens de Gaza (par exemple pour être autorisés à entrer ou sortir de l’enclave) aient en dernier ressort été effectués par le COGAT. Elle fournit toutefois une série de critères permettant de déterminer quels Palestiniens devraient être « invités » à y vivre :

La population devrait être composée de résidents palestiniens invités sur la base des critères suivants :

– La priorité est donnée aux habitants des zones de Shaboura et de Rafah avant la guerre.
– Les familles élargies intactes sont privilégiées afin de permettre l’entraide et de prévenir les frictions.
– Des professionnels essentiels sont requis : enseignants, personnel médical, secouristes, travailleurs communautaires, commerçants, personnel administratif et municipal, ainsi que professionnels de la banque et de la finance.
– Tous les individus feront l’objet d’un filtrage sécuritaire afin d’empêcher l’entrée d’armes ou d’éléments du Hamas.

Quant aux Palestiniens ayant pu y vivre ou disposant d’un droit légal sur les terres, la présentation indique qu’« un examen est nécessaire concernant les détenteurs potentiels de droits privés, y compris les mécanismes d’enregistrement et d’indemnisation ».

La promesse d’indemnisation des propriétaires privés est frappante au regard de la réalité à Gaza après plus de deux années de l’assaut génocidaire d’Israël, où la majorité des logements et des infrastructures civiles de l’enclave ont été réduits en ruines, où presque toute la population palestinienne a été déplacée de force de ses foyers, et où les troupes israéliennes occupent plus de la moitié du territoire.

L’écart entre les plans du CMCC et les actions d’Israël sur le terrain pousserait plusieurs pays européens à envisager de réduire leur présence au centre, voire de cesser complètement l’envoi de personnel, selon Reuters, citant des inquiétudes quant à l’échec du CMCC à accroître l’acheminement de l’aide vers Gaza.

La zone résidentielle proposée est désignée dans la présentation du CMCC comme le « complexe émirati ». S’il n’est pas clair pourquoi ce nom a été choisi, l’hôpital de campagne émirati, financé par les Émirats arabes unis, se trouve à proximité à Rafah. Les Émirats ont établi des relations formelles avec Israël en septembre 2020 dans le cadre des accords d’Abraham négociés par la première administration Trump, auxquels ont également participé Bahreïn et le Maroc. Depuis lors, les Émirats ont normalisé leurs relations avec Israël plus que tout autre pays arabe, avec une coopération soutenue dans les domaines du commerce, du tourisme et de la défense. Mardi, les Émirats ont accepté l’invitation de Trump à rejoindre le « Conseil de la paix » chargé de superviser Gaza, devenant l’un des premiers pays à le faire.

Une partie des propositions du CMCC concernant l’enseignement dans la zone résidentielle planifiée semble viser la promotion d’un programme de rééducation inspiré du modèle émirati. Il est indiqué que des « études d’urgence temporaires » peuvent accélérer l’élaboration d’un cadre curriculaire pour la reprise des classes. « Le programme ne sera pas basé sur le Hamas, mais suivra des principes de “culture de la paix”, par exemple inspirés des Émirats arabes unis. » Le texte de l’accord de normalisation entre les Émirats et Israël stipule que les deux pays « s’engagent à favoriser la compréhension mutuelle, le respect, la coexistence et une culture de la paix entre leurs sociétés ». L’ambassade des Émirats à Washington n’a pas répondu aux demandes de Drop Site.

La présentation du CMCC affirme également que « les programmes éducatifs peuvent empêcher la dérive d’une population non instruite et inoccupée vers des activités inappropriées ». Pourtant, malgré l’occupation brutale d’Israël, les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie affichaient l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés au monde, dépassant 97 % en 2020, avec des taux élevés de scolarisation dans le secondaire et le supérieur.

Le plan placerait également les transactions économiques sous surveillance israélienne, en remplaçant l’économie largement fondée sur l’argent liquide à Gaza par des « portefeuilles électroniques en shekels », destinés à devenir les « principaux modes de commerce car ils sont sécurisés et réduisent le détournement de biens et de fonds vers les circuits financiers du Hamas ».

Le CMCC propose en outre que « les résidents soient autorisés à importer des produits dans la bande de Gaza afin de faciliter et d’encourager le commerce et la croissance économique », tout en précisant que « les produits seraient soumis à des restrictions et à des contrôles de sécurité aux points de passage ». La présentation ne mentionne pas le fait qu’Israël, qui contrôle tous les points d’entrée à Gaza, restreint sévèrement l’entrée des marchandises depuis près de vingt ans.

« Cette communauté établie à Rafah constituera le modèle de la manière dont le contrôle israélien pourrait être approfondi et étendu « , dit  Whittall à Drop Site. « Après que Gaza a été rasée, affamée et délibérément soumise au blocus ces dernières années, ces “nouvelles” communautés construites sur les ruines des maisons des gens ne sont pas seulement des laboratoires de gouvernance pour tester un contrôle et une subjugation ultimes ; elles sont aussi la réincarnation des camps de réfugiés. Elles sont conçues pour contenir une nouvelle génération de Palestiniens dépossédés, effectivement filtrés et parqués dans des zones israéliennes de plus en plus réduites, en échange de la survie. Pendant ce temps, les soi-disant “zones rouges” restent sous attaque, de plus en plus coupées d’un système humanitaire qui est délibérément entravé. »

Pour faire appliquer la vision restrictive du CMCC — qui regrouperait des Palestiniens sélectionnés dans une zone où Israël et des forces extérieures exerceraient un contrôle économique, social et sécuritaire total — une force de police serait installée, opérant sous l’autorité d’une force de sécurité internationale. « La police civile opérera sur place pour maintenir l’ordre public, sous l’égide de l’ISF », indique la présentation (Force internationale de stabilisation, qui n’a pas encore été constituée mais sera dirigée par le major-général Jasper Jeffries, commandant du Commandement des opérations spéciales du CENTCOM). La présentation ajoute : « La réforme du secteur de la sécurité nécessite des lois actualisées sur la police et la protection civile, une supervision et une obligation de rendre des comptes solides, des approches de sécurité centrées sur la population et des mesures visant à prévenir la radicalisation. »

 

La zone prévue



Présentation faite au CMCC, Kiryat Gat, 14 janvier 2026

Municipalité

La population devrait être composée de résidents palestiniens invités sur la base des critères suivants :

  • La priorité est accordée aux habitants des zones de Shaboura et de Rafah avant la guerre.
  • Les familles élargies intactes sont privilégiées afin de permettre l’entraide mutuelle et de prévenir les frictions.
  • Des professionnels essentiels sont requis : enseignants, personnel médical, secouristes, travailleurs communautaires, commerçants, personnel administratif et municipal, ainsi que professionnels de la banque et de la finance.
  • Tous les individus feront l’objet d’un filtrage sécuritaire afin d’empêcher l’entrée d’armes ou d’éléments du Hamas.

Les résidents pourront entrer et sortir librement du quartier, sous réserve de contrôles de sécurité visant à empêcher l’introduction d’armes et d’éléments hostiles.

Dans un premier temps, un directorat communautaire provisoire devra être nommé parmi les résidents. Des élections pour un directorat de quartier devront être organisées ultérieurement, à mesure que le projet se développe.

Le directorat facilitera la coordination avec les autorités compétentes pour les services régionaux (grandes infrastructures) ainsi qu’avec les bailleurs de fonds pour les services municipaux.

Le directorat gérera les services municipaux de base tels que l’eau, l’assainissement, l’électricité, etc., bien que la question du paiement des services par les résidents nécessite des discussions supplémentaires.

Tous les résidents entrant seront enregistrés au moyen de documents biométriques afin de permettre l’identification pour les déplacements et les services civils.

Le registre sera basé sur les numéros d’identité palestiniens délivrés par les autorités en coordination avec le COGAT.

Les résidents ayant besoin de voyager à l’étranger pourront utiliser leurs passeports palestiniens. Ceux qui ont perdu leurs documents ou qui ont besoin de nouveaux documents pourront effectuer les démarches par l’intermédiaire de l’Autorité palestinienne (AP) via un bureau de poste local qui sera ouvert sur place.

Les résidents pourront déclarer les décès ou les naissances survenus pendant la guerre au registre de population de l’AP via le bureau de poste local.

Étant donné que le complexe émirati est destiné à être implanté sur des terres publiques, un examen est nécessaire concernant les détenteurs potentiels de droits privés, y compris les mécanismes d’enregistrement et d’indemnisation.

L’utilisation publique de terres comportant des droits privés nécessite des discussions approfondies avec les entités juridiques compétentes.

Les projets financés par des donateurs au sein de la communauté seront coordonnés par un mécanisme de supervision afin de garantir que les fonds soient directement affectés aux projets locaux, étant donné que le Fonds de développement et de prêt municipal de l’AP (MDLF) ne peut pas être utilisé.

Économie

Le shekel israélien restera une monnaie ayant cours légal, comme dans le reste de Gaza et de la Cisjordanie.

Les portefeuilles électroniques en shekels devraient constituer les principaux modes de commerce, car ils sont sécurisés et réduisent le détournement de biens et de fonds vers les circuits financiers du Hamas.

Une agence de la Banque de Palestine au sein de la communauté fournirait un cadre de commerce sécurisé et transparent.

Les commerces et marchés du secteur privé devraient être privilégiés afin de promouvoir des initiatives économiques productives.

Des efforts devront être déployés pour promouvoir l’emploi rémunéré du plus grand nombre possible de résidents. L’emploi sera basé sur les professions essentielles, les services publics et le travail non qualifié au service de l’intérêt général, et sera géré par l’intermédiaire d’un bureau de l’emploi établi.

L’agriculture intensive dans les zones périphériques de la communauté, afin de promouvoir des possibilités d’emploi en dehors du quartier (dans des zones non contrôlées par le Hamas), sera examinée, en donnant la priorité à l’agriculture à forte intensité de main-d’œuvre.

Les résidents devraient être autorisés à importer des produits dans la bande de Gaza afin de faciliter et d’encourager le commerce et la croissance économique. Les produits seront soumis à des restrictions et à des contrôles de sécurité aux points de passage.

Santé

Des centres médicaux communautaires doivent être établis afin de fournir des services de manière aussi autonome que possible.

Une analyse spécifique est nécessaire concernant l’étendue des services, les références pour les cas graves, les spécialités médicales, le personnel de soutien (infirmiers, paramédicaux) et les exigences en matière d’infrastructures (pharmacies).

Les services de santé doivent refléter les besoins de la population et être adaptés en conséquence.

Dans la mesure du possible, sans interrompre la couverture des besoins des populations existantes, les services médicaux locaux et le personnel des zones environnantes devraient être relocalisés, y compris les équipements médicaux durables et les fournitures, tels que ceux de l’hôpital émirati de Rafah.

Reconstruire les systèmes de vaccination et de chaîne du froid.

Étendre les programmes de nutrition et d’alimentation thérapeutique pour les mères et les enfants.

Renforcer les soins prénatals et postnatals communautaires.

Recommander l’exploration d’options pour les services médicaux critiques non disponibles dans la nouvelle communauté.

Éducation

Une évaluation précise est nécessaire afin de déterminer le nombre de salles de classe et de personnels requis, y compris les enseignants, le personnel de soutien (assistants, psychologues, éducation spécialisée) et l’administration.

Des « études d’urgence » temporaires peuvent accélérer l’élaboration d’un cadre curriculaire permettant la reprise des classes. Le programme ne sera pas basé sur le Hamas, mais suivra des principes de « culture de la paix », par exemple inspirés du modèle des Émirats arabes unis.

Les écoles pourraient servir d’environnements protégés fournissant nourriture, assainissement, services de santé et soutien en santé mentale.

L’éducation doit être traitée comme une priorité humanitaire vitale, au même titre que l’alimentation et la santé, afin d’éviter une génération perdue et de rétablir la stabilité sociale. Les programmes éducatifs peuvent empêcher la dérive d’une population non instruite et inoccupée vers des activités inappropriées.

Le cadre éducatif peut se concentrer sur trois priorités qui se chevauchent :

  • Mise en place (immédiat – 18 mois) : établissement d’espaces d’apprentissage temporaires sûrs et rétablissement de la routine.
  • Rattrapage (6 – 24 mois) : apprentissage accéléré pour restaurer les compétences de base (lecture, écriture, calcul) et réintégrer les élèves dans le système formel.
  • Parcours (12 mois et plus) : relance de l’enseignement formel, des examens et du développement de la main-d’œuvre à mesure que la gouvernance et la sécurité le permettent.

Justice : droit et ordre public

Le droit et l’ordre public seront régis conformément à la législation existant dans la zone avant 2007.

Le cadre décrit un système de justice post-conflit pour une nouvelle communauté dans la région de Rafah, en donnant la priorité au rétablissement rapide des fonctions judiciaires, de l’ordre juridique et de la confiance du public.

Le paysage juridique comprend des lois partagées de l’Autorité palestinienne, mais des codes pénaux divergents entre Gaza et la Cisjordanie, soulignant la nécessité d’une harmonisation législative à long terme.

La numérisation des services judiciaires est nécessaire afin de restaurer les archives, d’améliorer l’efficacité et d’élargir l’accès.

La police civile opérera sur place pour maintenir l’ordre public, sous l’autorité de la Force internationale de stabilisation (ISF).

Un renforcement immédiat des capacités est requis pour les juges, les procureurs et le personnel judiciaire, en mettant l’accent sur la gestion des affaires, l’administration des audiences, la rédaction juridique, le traitement des preuves, la supervision des enquêtes et les compétences numériques.

La formation doit tenir compte des réalités de l’après-guerre : infrastructures détruites, archives manquantes, traumatismes, déplacements et nécessité d’une justice réparatrice. Des partenaires européens peuvent soutenir une formation initiale pour 20 juges et 20 procureurs, avec une institutionnalisation à long terme par le biais d’un programme de diplôme judiciaire.

L’accès des femmes à la justice nécessite des procédures centrées sur les survivantes, compte tenu des risques accrus, des vulnérabilités et de la perte de documents.

La réforme du système pénitentiaire comprend la construction de centres de détention répondant aux normes internationales, ainsi que le filtrage et la formation du personnel. L’accent est mis sur la sécurité procédurale et dynamique, la réhabilitation, la classification et les alternatives à l’incarcération.

La réforme du secteur de la sécurité nécessite des lois actualisées sur la police et la protection civile, une supervision et une obligation de rendre des comptes solides, des approches de sécurité centrées sur la population et des mesures visant à prévenir la radicalisation.