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27/01/2026

Minneapolis, Palestine occupée

Ci-dessous, traduits Tlaxcala, par trois articles suscités par l’exécution, commise de sang-froid, d’Alex Peretti à Minneapolis. Une mort de trop, après celle de Renee Nicole Good et qui soulève une tempête d’indignation au-delà du Minnesota.

Là où le trottoir finit, les mensonges commencent : sur l’exécution d’Alex Pretti

Jeffrey St. Clair, CounterPunch, 26/1/2026

Jeffrey St. Clair est coéditeur de CounterPunch. Son dernier ouvrage s'intitule An Orgy of Thieves: Neoliberalism and Its Discontents (avec Alexander Cockburn). sitka[at]comcast[dot]net  ou @JeffreyStClair3.

Voici ce que j’ai vu après avoir visionné plusieurs vidéos de l’exécution d’Alex Pretti : L’infirmier de l’administration des anciens combattants Alex Pretti, que Gregory Bovino a dit vouloir causer des "dégâts maximum", essayait de protéger une femme qui se faisait asperger de gaz poivré, un acte d’humanité qui a mis en rage les agents de la CBP (Patrouille frontalière) qui se sont ensuite jetés sur lui en masse, lui aspergeant le visage de gaz poivré. Il tenait un téléphone portable à la main lorsque huit agents se sont rués sur lui et l’ont violemment projeté sur le bitume. Avec six agents de l’immigration sur lui, Alex Pretti aurait facilement pu être « chauviné »  [Derek Chauvin, le meurtrier de George Floyd, NdT] à mort... s’ils n’avaient pas décidé de lui tirer dessus. Il avait un pistolet dans un étui, pour lequel il avait un permis (et un droit divin, selon Trump et la NRA) de « port apparent ». Et cette arme lui a été prise par un agent qui s’est éloigné, puis ils lui ont tiré dessus à plusieurs reprises à seulement quelques centimètres, jusqu’à 10 coups en moins de cinq secondes.

La tentative de dissimulation a eu lieu immédiatement. Alors que la bande d’officiers se dispersait comme un atome fissuré du corps inerte de Pretti après les coups de feu, ils se sont tournés directement vers la foule qui avait filmé et hurlé d’horreur face à l’exécution qu’elle venait de voir. Sorti le gaz poivré. Sorties les matraques. Sorties les armes. Ils ont tenté de détenir les témoins et de voler leurs téléphones portables. L’homicide est un crime d’État. Mais le DHS (Sécurité intérieure), une fois de plus, comme dans le cas de Renee Good, a empêché la police d’État du Minnesota d’enquêter sur la mort d’un résident du Minnesota et citoyen usaméricain, et le FBI a mis fin à toute enquête interne sur les tirs. Ils ont refusé de révéler l’identité du tireur, l’ont retiré du Minnesota vers une autre juridiction et l’ont remis en liberté. C’est la preuve de la culpabilité. C’est aussi la preuve que les tactiques de « côté obscur » de Cheney [« Pour se protéger, les USA devront travailler du côté obscur », déclaration  après le 11 septembre, NdT] ne sont plus réservées aux sites noirs [prisons secrètes de  la CIA, NdT]. Elles sont rentrées au bercail pour sévir contre les USAméricains en plein jour...

Noem, Bovino et Trump ont été prêts à calomnier le cadavre d’un homme qui travaillait pour leur propre gouvernement, prodiguant des soins aux anciens combattants usaméricains. Un citoyen usaméricain, né de citoyens usaméricains. Un homme sans casier judiciaire, qui n’avait commis aucun acte criminel lorsqu’il a été abattu, si ce n’est essayer de se protéger et de protéger les autres des brutalités d’agents fédéraux masqués, lourdement armés. Ils l’ont souillé avant de savoir quoi que ce soit sur lui. Ils l’ont vilipendé avant même que son sang n’ait gelé sur le trottoir. Ils l’ont diffamé avant même d’avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont sali après avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont blâmé parce qu’il était irréprochable. Ils l’ont diffamé pour cacher leur propre culpabilité. Une culpabilité qui court de ce trottoir de Minneapolis aux bureaux de la Patrouille frontalière, au QG du DHS, jusqu’à la Maison Blanche. Les mensonges, si outranciers, si transparents, sont la preuve de leur culpabilité.

Puis sont venus les mensonges. Il avait une arme à la main et était prêt à tirer. Il préparait un massacre. Il était chargé de munitions. C’était un terroriste intérieur. C’était un assassin. Il était armé quand ils lui ont tiré dessus. Tous des mensonges. Des mensonges proférés par certaines des personnes les plus haut placées du gouvernement. Des mensonges qui se sont ensuite déversés directement dans le conglomérat médiatique de droite. Des mensonges qui se sont propagés comme un virus dévoreur d’esprit à travers les 30 pour cent du pays avides de croire tout ce que Trump et son régime leur disent. Mentir est à peu près la seule production dont ce régime est capable.

Les mensonges ne sont même pas créatifs. Ils sont pro forma. Ils les disent pour dissimuler l’impunité accordée aux agents meurtriers de l’État, qui ont été libérés des entraves de la Constitution et ont reçu licence de piller et saccager, détenir et tuer à volonté. Mais combien de temps même les partisans les plus serviles de ce régime seront-ils prêts à avaler les mensonges sans être secoués par une nausée profonde ? Les pro-vie ? Les évangéliques ? La NRA ? Jusqu’où toléreront-ils ? Après tout, des agents fédéraux ont désarmé Alex Pretti, puis lui ont tiré dessus. On ne pourrait pas écrire une parabole plus déchirante pour les mises en garde de Charlton Heston sur le caractère sacré du droit aux armes face à la tyrannie toutes ces années. Cette exécution odieuse fera-t-elle enfin que la NRA se retourne contre Trump ? N’y comptez pas. Comme le Sierra Club, la NRA s’intéresse plus à l’argent et à l’accès au pouvoir qu’aux causes pour lesquelles elle collecte des fonds, et l’organisation est peu susceptible de compromettre sa relation avec Trump, même si elle est à sens unique. Ses membres, cependant, peuvent penser différemment.

Voici une façon dont les comparaisons entre l’Allemagne nazie et l’USAmérique MAGA échouent : la plupart des dirigeants nazis n’étaient pas aussi stupides que les gens dont Trump s’est entouré, comme Noem, Patel, Homan et Bondi. Il n’a pas embauché ces gens-là pour leur compétence mais pour leur loyauté aveugle. En fait, il préfère que ses subalternes soient amoraux et incompétents, manquant de connaissance et d’intérêt pour les lois et les organisations qu’ils sont censés superviser. Hitler a purgé la SA lors de la Nuit des Longs Couteaux pour une raison. (Comme Jim Bovard me l’a rappelé, « Après ce carnage, le Reichstag contrôlé par les nazis a adopté une ‘loi’ qui légalisait rétroactivement tous les meurtres de la purge. Tout comme la loi sur les commissions militaires de 2006 a légalisé rétroactivement la torture. ») Bien que ses malfrats aient été essentiels pour lui assurer le pouvoir, ils étaient un handicap pour l’y maintenir. Trump lui-même est trop vaniteux et trop peu sûr de lui pour réaliser le danger tapi dans le ventre de la bête et cela pourrait bien causer sa perte.

Mais les gens qui étaient dans la rue glaciale ce matin-là pour documenter savent exactement ce qui s’est passé. Ils l’ont entendu. Ils l’ont vu. Ils l’ont ressenti. Ils ont senti l’odeur de cordite des coups de feu. Ils ont vu le sang couler. Ils ont vu les agents se disperser après ce qu’ils avaient fait. Ils savaient qui avait commencé. Ils savaient qui avait mis fin à la vie d’une personne dont le métier était de sauver des vies. Imaginez leur colère et leur dégoût en entendant leur propre gouvernement raconter de viles fables sur ce qui s’était passé. S’ils mentent sur ça, sur quoi ne mentiront-ils pas ?



Un agent de la CBP est sorti avec l’arme sous licence d’Alex Pretti plusieurs secondes avant qu’il ne soit abattu. Image extraite d’une vidéo postée sur X.

Voici ce qui s’est passé, selon la déclaration sous serment signée par une personne qui se tenait à côté d’Alex Pretti et qui n’était qu’à quelques mètres de lui lorsqu’il a été plaqué au sol par une meute et abattu sur le trottoir.

Il était 8h50 du matin lorsqu’elle a entendu un sifflet avertissant que des agents de l’immigration étaient dans son quartier de Whittier à Minneapolis. Elle faisait partie d’un groupe communautaire qui observait et enregistrait les rafles de l’ICE et elle s’est rendue au carrefour voisin de l’avenue Nicolet et de la 26e  rue, où elle a vu un convoi de voitures de la CBP et de l’ICE et de nombreux agents rôdant dans la rue. Certains d’entre eux frappaient aux vitres et tentaient de tirer des gens de leurs voitures.

Alors qu’elle se garait, la témoin a vu un homme aider à faire circuler le trafic à travers le barrage routier tenté par les agents de l’immigration. Cet homme s’est révélé être Alex Pretti, un infirmier de la VA et intervenant rapide lors des rafles de l’ICE. Elle s’est garée et s’est approchée de Pretti et lui a dit : « Je vais filmer et utiliser mon sifflet ».

Ensemble, Pretti et la témoin ont vu un agent fédéral jeter quelqu’un au sol plus loin dans la rue. Pendant ce temps, de l’autre côté de la rue, des agents masqués harcelaient des manifestants, qui leur criaient dessus et sifflaient. Alex Pretti a commencé à filmer l’interaction avec son téléphone portable. Un agent s’est précipité vers eux et a aboyé qu’ils devaient reculer. La témoin a reculé lentement vers le trottoir. Mais Pretti est resté sur place et a continué à enregistrer la situation qui s’aggravait devant lui, où des agents avaient commencé à asperger de gaz poivré les deux observateurs. Alors que Pretti se déplaçait vers eux pour leur porter secours, un des agents a violemment poussé une femme sur la chaussée puis a commencé à asperger de gaz poivré les trois observateurs, y compris Pretti, qui, à ce moment-là, tenait ses deux mains au-dessus de sa tête et serrait toujours son téléphone portable - pas une arme, comme l’a prétendu le DHS.

L’agent a poussé Pretti, qui a trébuché, puis a retrouvé son équilibre et s’est penché pour aider la femme blessée. L’agent surexcité a aspergé les deux au visage de gaz poivré à bout portant. Il y avait tellement de gaz poivré dans l’air maintenant que la témoin sentait ses yeux brûler. Cinq autres agents masqués se sont précipités. Ils ont attrapé Pretti alors qu’il essayait d’aider la femme à se relever puis l’ont jeté sur la chaussée. Cinq ou six agents l’ont maintenu au sol. L’un des agents est sorti avec l’arme de Pretti, qui n’avait jamais quitté son étui, et a couru dans la rue en la tenant dans sa main, comme s’il s’agissait d’un trophée de guerre. Puis, la témoin a dit : « Ils ont juste commencé à tirer. Ils lui ont tiré dessus tellement de fois. Je ne sais pas pourquoi ils lui ont tiré dessus. Il ne faisait qu’aider. J’étais à cinq pieds et ils lui ont juste tiré dessus ».

Ceci est un récit précis et intime de la mort d’Alex Pretti. Il est corroboré par chaque vidéo du meurtre. Il expose les mensonges racontés par des personnes qui n’étaient pas là, mais qui ont toutes les raisons de mentir pour dissimuler leur propre complicité. Dans l’USAmérique MAGA, les mères, les prêtres, les poètes et les infirmiers sont désormais considérés comme des « terroristes intérieurs », et les hommes masqués qui les frappent, les gazent et leur tirent dessus sont des « forces de l’ordre ».


En 2014, JoAnn Wypijewski, Kevin Alexander Gray et moi avons édité un livre intitulé
Killing Travyons: An Anthology of American Violence, qui était une chronique des abus de la police usaméricaine contre les minorités, en particulier les Noirs. On dirait que nous sommes tous des Trayvon maintenant. En l’espace de quelques jours, les stormtroopers (troupes de choc) de l’immigration de Trump ont abattu une poètesse et un infirmier. Qui sera le prochain ? Un aquarelliste ? Un enseignant de maternelle ? Une manucure ? Un entraîneur de T-ball ?

Nous vivons dans un pays où vous pouvez être accusé de résister à l’arrestation sans avoir commis de crime justifiant une arrestation. Nous vivons dans un pays où même les actes les plus passifs de défi et de résistance sont une excuse pour vous tuer. Les Noirs, les Hispaniques et les Autochtones ont connu cela depuis les premiers jours de la République. Maintenant, les USAméricains blancs ayant une conscience se retrouvent également dans le collimateur de leur propre gouvernement.

Nous vivons aussi dans un pays où les gens, des gens ordinaires, sont si révoltés par ce qui se passe qu’ils sont prêts à sortir tous les jours par des températures arctiques pour affronter et résister aux forces de style paramilitaire qui terrorisent leurs quartiers, sachant le genre de violence qui pourrait s’abattre sur eux.

Alex Pretti était l’un de ces USAméricains « ordinaires ». Il n’avait rien fait pour mériter d’être agressé, encore moins abattu. Il a fait ce pour quoi les infirmiers sont formés : aider quelqu’un qui a été blessé, une femme poussée au sol et aspergée de gaz poivré sans raison par un agent de la CBP, une femme qui n’avait rien fait non plus pour mériter ce traitement brutal. Alex Pretti n’était pas le « pire des pires ». Il était le meilleur du meilleur.

 


Bienvenue en Palestine, Minnesota : la vie sous occupation

M. Reza Behnam, Counterpunch, 27/01/2026

Le Dr. M. Reza Behnam est un politologue spécialisé dans la politique US et le Moyen-Orient.

 Israël est rentré au bercail au Minnesota. Les habitants de Minneapolis et de Saint-Paul sont devenus les Palestiniens du Minnesota. Les résidents des villes jumelles connaissent la perte de souveraineté et de droits civils que les Palestiniens subissent depuis plus de huit décennies.

L’État de l’Étoile du Nord a été assiégé par des milliers d’agents de l’ICE et de la Patrouille frontalière. Les villes jumelles sont désormais des communautés occupées, surveillées et attaquées par leur propre gouvernement.

Le militarisme, la violence et le terrorisme qu’Israël a répétés sur les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupées ont atteint le cœur de l’USAmérique et se sont infiltrés dans le système politique du pays.

Les similitudes tactiques et idéologiques entre l’ICE et les Forces d’occupation israéliennes sont facilement reconnaissables. Ces similitudes sont enracinées dans des décennies de programmes de formation conjoints, de technologie et de surveillance partagées. Des milliers d’agents fédéraux ont participé à des programmes israéliens de formation à la « sécurité ».

Simulant la réalité de l’occupation en Palestine, des agents fédéraux militarisés patrouillent dans les quartiers usaméricains, enlevant des résidents. Sans mandats, des hommes non identifiés armés de fusils d’assaut mènent des raids, tirent des gens de leurs maisons, les extraient de véhicules, les détiennent et même les tuent, comme en témoignent ce mois-ci les morts des citoyens usaméricains Renee Good et Alex Pretti. Les agents masqués traitent les manifestants comme des menaces, utilisant contre eux des armes chimiques et sublétales.

Des milliers de personnes ont été détenues de force et maintenues dans des centres de détention de l’ICE sans procédure légale. Depuis le début de 2026, six décès ont été enregistrés. Et en 2025, l’année la plus meurtrière de l’ICE en deux décennies, 32 personnes sont mortes.

En janvier 2026, plus de 9 350 Palestiniens sont détenus, la plupart sans inculpation, dans les prisons et centres de détention israéliens ; environ 350 sont des enfants. Et depuis le 7 octobre 2023, au moins 98 Palestiniens (le bilan étant probablement plus élevé) sont morts en détention israélienne.

Keith Ellison, procureur général du Minnesota, a parfaitement résumé la situation : « C’est de la tyrannie... Personne n’aurait jamais pensé que l’Amérique ressemblerait à ça. Nous n’avons plus besoin de spéculer sur ce à quoi ressemble le fascisme américain. Il est juste devant la porte ».

Notre USAmérique était destinée à ressembler à cela. Tout prétexte d’humanité a été abandonné lorsque le président Joe Biden, sioniste avoué, après le 7 octobre 2023, a donné son feu vert au massacre des Palestiniens et à la dévastation de Gaza, ce qu’il a continué à faire jusqu’à son départ le 20 janvier 2025.

En jetant le poids financier, militaire et politique de l’USAmérique derrière un génocide, et en ne respectant pas le droit international et humanitaire, l’administration Biden a préparé le terrain pour l’absence de loi interne et internationale de son successeur condamné. Une nation qui condamne le « crime des crimes », l’atrocité humaine ultime, favorise une culture de la violence qui finit inévitablement par se retourner vers l’intérieur.

Inéluctablement, l’idéologie sioniste de la violence et de la force a trouvé un foyer en USAmérique, où dans les communautés noires, brunes et autochtones, le maintien de l’ordre quasi-militaire a toujours été une réalité. La brutalité gagne maintenant du terrain dans des communautés majoritairement blanches, comme Minneapolis.

Gaza a réveillé la nation face à la réalité que tout ne va pas bien ; que l’USAmérique est un pays de lois, mais avec peu de justice, ce que les groupes minoritaires savent depuis longtemps. Une nation défendant les droits humains et la justice, comme les USA le proclament, aurait défendu et vigoureusement soutenu le peuple palestinien.

De la Palestine aux rues d’USAmérique, l’objectif semble être la soumission – terroriser les immigrants et ceux qui les protègent ; et réduire au silence les dissidents qui s’opposent à l’ « ordre mondial » envisagé par le complexe militaire, industriel, politique, médiatique et numérique (CMIPMN).

Les USA sont entrés dans le grave new world [allusion au « brave new world » d’Aldous Huxley, NdT] que le président Dwight D. Eisenhower avait prévu dans son discours d’adieu à la nation de janvier 1961.

Alors que l’administration Trump piétine la Constitution usaméricaine, la pertinence de l’avertissement d’Eisenhower contre « l’influence injustifiée » du « complexe militaro-industriel » et sa supplication de ne jamais le laisser « mettre en danger nos libertés ou processus démocratiques » ne peut être sous-estimée :

« Cette conjonction d’une immense institution militaire et d’une grande industrie de l’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d’État, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société.

Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

La guerre a été centrale pour le CMIPMN, comme elle l’a été pour les USA et Israël. Elle a été fondamentale pour l’idéologie coloniale de peuplement d’Israël, l’expansion étant justifiée comme défense. Elle a également été cruciale dans la poursuite de la domination mondiale par l’USAmérique, l’hégémonie économique étant camouflée en défense de la démocratie et de la liberté.

En Israël, le projet sioniste de détruire une culture ancienne et d’éliminer son peuple est déguisé en « défense » de la nation. Et aux USA, le régime Trump utilise le leitmotiv de la « sécurisation du pays » contre les immigrants sans papiers pour justifier sa cruauté et l’étouffement des libertés et des droits. Il a également utilisé le matraquage habituel sur  « l’antisémitisme » pour détenir et expulser ceux qui s’opposent à la guerre génocidaire d’Israël et qui soutiennent une Palestine libre.

Le CMIPMN a également eu une puissante influence sur la formation et la manipulation de la pensée sociétale.

Le partenariat de Washington avec Israël a favorisé la dérive de l’USAmérique vers le proto-fascisme. La suprématie juive sioniste, la diabolisation des Palestiniens, l’unité nationale construite sur des récits de menace externe, et la fétichisation de la culture militaire ont trouvé un terrain fertile dans le paysage trumpien.

L’union des régimes usraéliens a engendré en USAmérique un environnement réceptif à la suprématie blanche et à la diabolisation et au bouc émissaire des immigrants, des minorités et des gauchistes. Bon nombre des mesures qu’Israël a utilisées pour terroriser les Palestiniens sont désormais employées par les agents fédéraux contre les USAméricains ; par exemple, la détention et l’emprisonnement sans procédure légale, les invasions de domicile, les enlèvements, la séparation des enfants de leurs familles, et l’utilisation d’enfants comme boucliers humains.

L’agenda de déportation massive de Trump est un outil de contrôle social ; une façon d’éroder les libertés civiles fondamentales et de terroriser les populations vulnérables. Comme leurs homologues palestiniens, cependant, les habitants du Minnesota sont restés inflexibles malgré le danger. En réaction à l’occupation militaire de leurs villes, ils ont défié en mobilisant une opposition efficace, donnant vie à des mouvements de résistance.

La rébellion de Gaza du 7 octobre 2023 a modifié la perception d’Israël et leur propre gouvernement par les USAméricains. En mettant les intérêts des Israéliens au-dessus du bien-être des USAméricains, les administrations US, particulièrement Biden et Trump, ont rompu le contrat social.

La Déclaration d’Indépendance de 1776, avec son message de droits inaliénables et de résistance à la tyrannie, fait écho à la lutte des USAméricains en 2026, et à la quête de longue date d’autodétermination des Palestiniens depuis huit décennies.

Les usurpations et abus au Minnesota et en Palestine occupée exigent que nous nous souvenions, avec les mots de Thomas Jefferson, que :

« Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future ». (Déclaration d'Indépendance, 4 juillet 1776)

 

Entre Tel Aviv et Minneapolis : quand l’État retourne sa violence contre les siens

Du déploiement d’agents fédéraux dans les villes usaméricaines à la « miliciasisation » de la police israélienne, le manuel est le même : utiliser la force de l’État pour réduire au silence la dissidence.

Yosef Yisrael, 25/1/2026

Correspondant étranger pour Channel 13 News, Israël  et doctorant en relations internationales et terrorisme

Les images de Minneapolis sont déchirantes. Alex Pretti, un infirmier de soins intensifs de 37 ans dans un hôpital pour anciens combattants – un homme qui a passé sa vie à soigner ceux qui ont servi – a été abattu par des agents fédéraux. Ce n’était pas un « terroriste intérieur », comme la rhétorique de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem pourrait le suggérer. C’était un citoyen qui, selon des témoins, est intervenu pour protéger une manifestante qui se faisait asperger de gaz poivré.

Le détail le plus terrifiant de la documentation disponible est que Pretti, propriétaire légal d’une arme, avait déjà été désarmé et était allongé au sol lorsque les coups fatals ont été tirés. Cette tragédie survient à peine deux semaines après la mort de Renee Good, une autre civile, dans une escalade elle aussi non provoquée. Encore plus glaçante que la violence elle-même : l’immunité automatique et totale accordée aux agents par Donald Trump et Kristi Noem. Au lieu de responsabilité, l’administration offre des mensonges et de la propagande pour justifier l’injustifiable.

Ces événements à Minneapolis ne sont pas seulement une tragédie usaméricaine ; ils sont un signe avant-coureur d’un changement mondial. Ils racontent l’histoire d’un régime utilisant son monopole de la violence pour instiller la terreur chez les citoyens qui s’y opposent. Ce qui était autrefois la marque des autocraties s’infiltre dans le monde démocratique lorsqu’il est dirigé par des leaders qui méprisent les valeurs démocratiques. Cela se passe aux USA sous Trump et Noem – et cela se passe en Israël sous Netanyahou et Ben Gvir.


Violences policières rigolardes contre des manifestants anti-Netanyahou à Tel Aviv, juillet 2023. Photo Itai Ron / Haaretz

En Israël, sous le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, la police israélienne est méthodiquement transformée en milice politique. Ben Gvir, un extrémiste d’extrême droite exempté du service militaire et ayant des condamnations pour incitation au racisme et soutien au terrorisme, est un adepte de la violence parrainée par l’État. Pour lui, la vue de manifestants en sang ou l’arrestation brutale de manifestants pacifiques n’est pas un échec policier : c’est l’objectif. Il prospère sur les images de la force utilisée contre ceux qui osent protester contre le gouvernement.

La nature du pouvoir est de s’enraciner par la force. Dans une démocratie saine, les « freins et contrepoids » – les tribunaux indépendants, la presse libre et l’État de droit – agissent comme le barrage qui empêche le pouvoir de l’État de devenir une arme contre le peuple. Mais Trump et Netanyahou partagent le même manuel : démanteler les garde-fous pour permettre une montée incontrôlée de la force exécutive.

À la fois à Minneapolis et à Tel Aviv, la distance entre « maintien de l’ordre » et « exécution politique » rétrécit. En Israël, la perspective de tirs à balles réelles contre des manifestants ne semble plus être une crainte dystopique – elle semble être une réalité imminente.



10/01/2026

Cours, Renée, cours, ils vont te tuer !
L’assassinat d’une poétesse usaméricaine par Trump et sa bande

 

Reinaldo Spitaletta, 9 janvier 2026
Traduit par Tlaxcala

Renee Nicole Good, poétesse assassinée par la police de l’immigration (Photo RNZ News)

Ils ont assassiné la poétesse, à coups de feu, de sang-froid, comme si elle était un cafard, ou peut-être comme un morceau de porc qu’il faut frire dans de la graisse de policiers de l’immigration. Ils l’ont tuée pour rien, parce qu’il faut tuer des femmes, des femmes qui écrivent, des femmes qui élèvent la voix, qui parlent avec les étrangers exploités, avec les persécutés. Il faut la tuer. Et c’est ce qu’ont fait les agents automatiques, assassins par nature, entraînés à cette fin : tuer et rien de plus. Ah, et si la victime est une poétesse, c’est encore mieux. Nous ne voulons pas que qui que ce soit chante, ni dise des vérités, en vers ou en prose, au petit président qui ressemble de plus en plus à Hitler.

Ils ont assassiné par balle Renée Nicole Good, trente-sept ans. On dit qu’elle écrivait « comme quelqu’un qui ouvre une fenêtre dans une maison assiégée ». Elle savait sûrement, avant de recevoir cette rafale de balles dans un « pays baigné de sang », comme l’a décrit Paul Auster, qu’elle était destinée à être une victime de la répression trumpiste, du Corollaire du nouveau flibustier, de la Nouvelle Stratégie de Défense Nationale, du pédocriminel, réincarnation — c’est ce que croit le président bandit — de James Monroe, et qui représente aussi le Gourdin de Teddy Roosevelt. La poétesse savait qu’ils allaient la tuer.

Elle a été une autre victime du système qui bombarde depuis des années, parfois avec des bombes atomiques, parfois avec d’autres bombes — mortelles, ça oui —, des cibles civiles, des populations entières, qui assassine des gens comme ceux du village de My Lai, ou d’Irak, ou de Syrie, ou de Libye, aussi du Venezuela. Et il tue des poètes. Comme ça. Peut-être comme s’il imitait celui qui a assassiné à Grenade García Lorca, parce qu’il était pédé, ou poète, ou parce qu’il était contre l’oppression.

Ils lui ont tiré dessus, comme ça, à bout portant et avec assurance, une jeune fille, oui, c’était encore une jeune fille en fleur, qui écrivait des poèmes. Il fallait effacer ses vers, penait le flic, le serviteur du système, l’assassin patenté. Il fallait faire taire une voix, un crayon, des strophes, des lignes... Nous n’avons pas besoin de poètes, mais de tueurs, de bombardiers, de criminels. Telle est la vulgaire prose de l’impérialisme, de Trump et de ses complices, de ceux qui applaudissent non seulement les fanfaronnades du pirate sanguinaire, mais aussi ses actions criminelles dans tout l’univers.

Tuer une poétesse peut être insignifiant. En plus d’être facile, et plus que tout, ça peut rester impuni. Ce n’était qu’une femme, une jeune fille qui écrivait, qui saluait les immigrants, qui leur disait comment s’unir, comment s’embrasser, comment rester vigilants face à la répression. C’était ça, tellement sans valeur, tellement dénué de sens pour un individu comme le président. La Gestapo de Trump l’a assassinée.

Qu’est-ce qui peut arriver à un empire, ou à un criminel qui se protège en étant président d’une superpuissance (en déclin), pour le meurtre d’une femme qui écrivait, par exemple, « je veux récupérer mes fauteuils à bascule » et connaissait « les tercets des cigales » (comme la cigale, tant de fois ils m’ont tuée, tant de fois je suis morte, et pourtant je suis là, ressuscitée...), qui avait « donné des bibles à des magasins d’occasion », qui savait — c’était une poétesse — qu’entre son pancréas et son gros intestin, « se trouve l’insignifiant ruisseau de mon âme ».

Les sans-âme l’ont désanimée. Les assassins lui ont effacé les mots, l’envie de faire justice, les désirs irrépressibles de chanter contre l’injustice, de bénir la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde. Ils lui ont arraché l’âme à coups de feu.

Mais le truc, comme on dit, c’est qu’aucun policier, aucune balle, aucun fusil, ne vient à bout de la poésie. Elle continue de vivre au-delà du poète. La poésie de Renée vole maintenant plus haut, va de Minneapolis à Chicago, de Los Angeles au Texas, du pays des libertés mortes, de la démocratie détruite, vers l’au-delà de la planète bleue. C’était l’après-midi du sept janvier 2026, quand un policier du Service de l’Immigration et de Contrôle des Douanes des USA (ICE), a tiré avec férocité sur une jeune fille qui écrivait des vers et qui, depuis ce moment, vole, comme ce papillon qui, de ses battements d’ailes, est capable de provoquer un tremblement de terre à Pékin ou de faire jaillir une larme quelque part dans le monde où il y a des gens qui chantent.

Renée Nicole est maintenant feu. Elle n’est pas cendre. C’est une voix puissante qui réclame justice dans le monde et pour que l’utopie continue de vivre, ou, au moins, de mettre en marche beaucoup de gens.

La poétesse assassinée à Minneapolis

Minneapolis

14/09/2025

GIDEON LEVY
“Un père de 10 enfants qui a travaillé en Israël pendant plus de 30 ans : comment les soldats peuvent-ils le tuer si facilement ?”

Gideon Levy & Alex Levac (photos), Haaretz, 12/09/2025
Traduit par Tlaxcala

Exécution au poste de contrôle : Un éleveur de volailles palestinien quitte un mariage et se rend acheter des plateaux de carton pour ses œufs dans une ville voisine. Des soldats israéliens à un poste de contrôle lui tirent près de 20 balles à bout portant, alors qu’il était déjà blessé.


Des proches en deuil chez Ahmed Shahadeh, au village d’Urif, non loin de Naplouse

Un coup de feu, puis un autre, puis un troisième. À travers les fentes entre les blocs de béton, on distingue un homme s’effondrer, étendu sur le dos, bras écartés sur la route. Le tir continue, balle après balle.

Deux soldats israéliens se tiennent sous un toit de toile rouge à un poste de contrôle, visant leur victime de leurs fusils, alors qu’elle gît blessée. À ce moment-là, il est déjà certainement mort. En un clin d’œil, un père de dix enfants est abattu. Sa voiture est garée à proximité. La vidéo entière dure 22 secondes, y compris le moment où, pour une raison obscure, la caméra est tournée ailleurs.

C’est ce qui s’est passé vendredi dernier au crépuscule. Le poste de contrôle d’Al-Murabba’a, au sud-ouest de Naplouse, est l’un des rares points de passage restés ouverts pour entrer et sortir de la ville, après que le poste principal de Hawara a été fermé lorsque la guerre à Gaza a éclaté il y a presque deux ans.


Le corps d’Ahmed Shahadeh, entouré de soldats israéliens. Photo fournie par la famille

C’est une barrière de blocs de béton avec une installation de fortune pour les soldats, derrière laquelle se dresse une grille de fer jaune. Parfois les soldats contrôlent les voitures et leurs conducteurs, parfois non. Vendredi dernier, ils ont contrôlé la voiture de leur victime.

Que s’est-il passé durant les instants où l’éleveur de volailles, Ahmed Shahadeh – qui avait travaillé des décennies en Israël et parlait hébreu couramment – est sorti de son véhicule, apparemment sur ordre des soldats, avant d’être abattu par près de vingt balles tirées à bout portant ?

Peut-être ne le saura-t-on jamais. La vidéo – on ne sait pas qui l’a publiée – diffusée sur les réseaux sociaux montre peu et dissimule beaucoup. On n’y comprend pas pourquoi les soldats ont tiré sur leur victime avec une telle rage.

Il est douteux qu’Ahmed ait représenté un danger, même un instant. Mais alors qu’il gisait blessé sur la route, près du poste de contrôle, les soldats ont apparemment décidé de l’exécuter coûte que coûte. Qu’est-ce qui a bien pu provoquer un tel acte ?

Un appartement du village d’Urif, près de Naplouse. C’est le troisième jour de deuil de la famille. Au rez-de-chaussée, un petit poulailler, avec son odeur désagréable. Le défunt vivait à l’étage avec son épouse malade ; dans un autre appartement du même immeuble vivait l’un de ses fils avec sa famille. Depuis le 7 octobre 2023, deux attentats ont été perpétrés par des habitants d’Urif.

Ahmed Shahadeh avait travaillé en Israël durant des décennies, comme certains de ses enfants avant la guerre. Âgé de 57 ans, il avait travaillé dans une imprimerie à Holon, dans la banlieue de Tel-Aviv, puis 15 ans dans l’usine de plastiques Keter, dans la zone industrielle de Barkan, près de la colonie d’Ariel. Ses fils affirment qu’il avait des amis juifs.

Il y a un an, il a pris sa retraite. Ou peut-être a-t-il été licencié. Il a alors monté une petite activité à domicile pour rester occupé et gagner un peu d’argent. Il vendait les œufs de ses quelque 200 poules aux magasins d’Urif.

Vendredi après-midi, les Shahadeh ont assisté au mariage d’un proche, dans une salle du village. Le matin, Ahmed avait nettoyé le poulailler, nourri les poules, s’était bien habillé et était parti avec son épouse à l’événement. Aelia, 55 ans, souffre d’atrophie musculaire et a besoin d’aide pour se déplacer ; Ahmed s’occupait d’elle.


Une banderole commémorative d’Ahmed Shahadeh cette semaine à Urif.  “Un homme qui a 10 enfants et travaillé en Israël plus de 30 ans – comment les soldats peuvent-ils le tuer si facilement ?”, demande son frère.

Ses trois fils s’appellent Jihad (37 ans), Abdelfatteh (33 ans) et Mohammed (32 ans), ouvrier du bâtiment dans la colonie de Beit Arye, qui parle hébreu. Vendredi, Ahmed est resté environ une heure au mariage, puis a dit à ses fils qu’il partait pour le village de Tal, à 15 minutes en voiture, acheter des plateaux en carton pour les œufs récoltés. Il les a invités à l’accompagner mais ils ont préféré rester. Leur père leur a dit qu’au retour il ramasserait leur mère. Personne n’imaginait qu’il ne reviendrait jamais.

Vers 17h40, une demi-heure après son départ, ses fils ont vu un message sur le groupe WhatsApp local signalant un incident au poste de contrôle d’Al-Murabba’a, où un Palestinien avait été blessé. La photo jointe montrait une Ford Focus bleu métallisé, la voiture de leur père. Les fils ont quitté en hâte le mariage et se sont rendus au poste de contrôle.

À une centaine de mètres de la barrière, les soldats leur ont fait signe de s’arrêter et ont pointé leurs armes sur eux. « C’est mon père, c’est mon père ! », a crié Mohammed. Les soldats leur ont ordonné de sortir du véhicule, de relever leurs chemises et de lever les mains. Seul Jihad a été autorisé à avancer, très lentement. Cette semaine, il dit avoir aperçu une partie du corps encore découvert de son père, dépassant entre les blocs de béton.


Deux petites-filles d’Ahmed dans le poulailler

« Mon père est  vivant ou mort ? », a-t-il demandé avec agitation. L’un des soldats a répondu en arabe approximatif : « Ton père est mort. »

« Pourquoi vous avez tué mon père ? », a-t-il demandé. Le soldat a répondu qu’Ahmed avait lancé quelque chose vers eux. « Vous auriez pu lui tirer dans la jambe, s’il avait vraiment jeté quelque chose », a répliqué Jihad. Pas de réponse.

Quelques minutes plus tard, raconte Jihad, un autre soldat s’est approché, lui a serré la main et a dit : « Je suis désolé. » Jihad a demandé à voir le corps de son père. Le soldat a répondu qu’il le verrait lorsque les autorités israéliennes, via la COGAT (Coordination des activités gouvernementales dans les territoires), le transféreraient à l’hôpital.

Les trois fils sont rentrés à la maison, en deuil, pour annoncer la terrible nouvelle à leur mère. Vers 20h, ils ont reçu un appel de la COGAT : l’armée avait transféré le corps au camp de Hawara et il se trouvait désormais dans une ambulance palestinienne en route vers l’hôpital Rafidia de Naplouse.

Toute la famille s’y est rendue. Jihad dit avoir compté pas moins de 18 impacts de balles sur le corps de son père, la plupart dans le cou, la poitrine et l’abdomen.

Le corps est resté une nuit à Rafidia. Le lendemain, les fils l’ont enterré. Le seul témoin oculaire a rapporté avoir seulement vu les soldats ordonner à Ahmed de sortir de sa voiture, rien de plus.


Les frères d’Ahmed lors du deuil

Selon Salma al-Deb’i, chercheuse de terrain pour l’ONG israélienne B’Tselem, les soldats au poste de contrôle d’Al-Murabba’a se comportent souvent de façon très agressive, surtout lorsqu’ils voient un véhicule avec un seul conducteur. Parfois un soldat dit au conducteur d’avancer, un autre lui ordonne de s’arrêter : la situation est tendue.

Elle dit n’avoir trouvé aucun témoin capable d’éclairer ce qui s’est passé lors de ces instants fatidiques, ni pourquoi les soldats ont tué Ahmed Shahadeh. Elle ajoute que chaque poste de contrôle de Cisjordanie est équipé d’innombrables caméras de surveillance : l’armée sait donc exactement ce qui s’est passé.

Cette semaine, Haaretz a posé une question à l’armée, partant du fait que les fils de la victime avaient retrouvé la carte d’identité de leur père à la maison. Nous avons demandé si Ahmed avait été tué parce qu’il conduisait sans sa carte. Voici la réponse du porte-parole de l’armée :

« Le 5 septembre (vendredi), un suspect est arrivé à un poste de contrôle militaire près du village de Burin, dans le secteur de la brigade de Samarie de Tsahal. Lors de l’inspection, le suspect a contourné imprudemment les véhicules devant lui, est entré en collision avec une autre voiture, puis a poursuivi à pied vers les forces, tout en tenant à la main un objet identifié comme suspect.

Les soldats ont suivi la procédure d’arrestation d’un suspect, qui comprend des sommations et des tirs de sommation en l’air. Le suspect n’a pas obéi, a continué à avancer vers les forces et a lancé l’objet. En réponse, les forces ont tiré sur lui afin d’éliminer la menace, conformément aux règles d’engagement en vigueur. »

Le frère d’Ahmed arrive. Il demande que son nom ne soit pas mentionné. « Comment pouvez-vous être assis dans notre maison ? On peut venir  me dire : prends 10 millions de shekels [2,5 millions d’€] et tue-les, mais je ne le ferai jamais. Vous avez une maison, des enfants, une famille. Voilà ce qui est arrivé à mon grand frère. Un homme qui a 10 enfants et travaillé en Israël plus de 30 ans – comment les soldats peuvent-ils le tuer si facilement ? », demande-t-il, luttant pour ne pas éclater en sanglots.

Dans un coin du poulailler d’Ahmed, trois plateaux d’œufs en carton ; les poules caquettent sans cesse. Lundi, la rentrée scolaire a commencé avec retard en Cisjordanie, et la maison était pleine d’enfants dégustant des Krembos lorsque nous sommes venus en visite. Ce sont les petits-enfants d’Ahmed.

Un peu plus haut dans la rue, sur un terrain vague, la Ford Focus bleue est garée. Seule une balle parmi les nombreuses tirées a atteint le côté de la voiture : on distingue un impact et la vitre côté passager est brisée. Les baskets de la victime se trouvent encore dans le coffre.

14/07/2025

DAWN
Les USA doivent enquêter sur le meurtre du citoyen usaméricain Saif al-Din Musalat par des colons israéliens et traduire ses auteurs en justice

 DAWN, 12/7/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala 


Musalat, l’un des sept citoyens usaméricains assassinés par des Israéliens en Cisjordanie depuis 2022

Washington, DC, 12 juillet 2025 – Le gouvernement usaméricain devrait enquêter et garantir que les responsables du meurtre de Saif al-Din Musalat, un jeune homme de 20 ans originaire de Floride, battu à mort par des colons israéliens le 11 juillet 2025 dans le village de Sinjil, en Cisjordanie, dans les territoires palestiniens occupés, soient traduits en justice. Les USA n’ont pas mené d’enquête sérieuse ni traduit en justice les meurtriers israéliens d’au moins six autres citoyens usaméricains depuis 2022.

« Le moins que le président Trump puisse faire est d’exiger une enquête sur le meurtre sauvage de ce jeune Américain et d’insister pour que les colons extrémistes israéliens qui l’ont battu à mort soient tenus responsables », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de DAWN. « Si les Israéliens continuent de tuer des citoyens américains, c’est parce qu’ils savent qu’ils peuvent s’en tirer à bon compte, convaincus que le gouvernement américain ne leur demandera pas de rendre des comptes. »

Le 11 juillet 2025, des colons israéliens ont envahi le village de Sinjil, en Cisjordanie, où ils ont affronté Musalat et l’ont battu à mort. Musalat, qui rendait visite à sa famille pour l’été, protestait contre la construction d’un nouvel avant-poste israélien illégal sur les terres du village d’al-Mazra’a ash-Sharqiya lorsque des colons israéliens l’ont attaqué, selon sa famille. La famille de Musalat a rapporté que les colons ont empêché les secours d’accéder à Musalat pendant plus de trois heures ; il a été déclaré mort à son arrivée à l’hôpital. Les mêmes colons ont également tué Mohammed Rizq Hussein al-Shalabi, 23 ans, qui a aussi été laissé pour mort pendant des heures.

« L’ambassadeur Huckabee devrait faire son travail et exiger que le gouvernement israélien traduise en justice les responsables de ce crime odieux », a déclaré Charles Blaha, conseiller principal de DAWN et vétéran du département d’État usaméricain depuis 32 ans. « Il convient de rappeler que la protection des citoyens américains à l’étranger est le premier devoir de nos ambassades. »

L’armée israélienne a déclaré qu’elle examinait la question, confirmant que les colons se livraient à « des actes de vandalisme contre des biens palestiniens, à des incendies criminels et à des affrontements physiques ». Au 12 juillet 2025, la police israélienne avait arrêté six personnes en relation avec le meurtre de Musalat, mais aucune accusation n’avait été prononcée.

Le bilan d’Israël en matière d’enquêtes et de poursuites contre des soldats et des colons israéliens pour le meurtre de citoyens usaméricains, de Palestiniens-USAméricains, de journalistes et de Palestiniens n’est ni transparent, ni crédible, ni fiable. Les autorités israéliennes n’ont pris aucune mesure punitive sérieuse contre les auteurs des meurtres antérieurs de citoyens USaméricains, notamment Rachel Corrie, Orwah Hammad, Mahmoud Shaalan, Omar Asad, Shireen Abu-Akleh, Ayşenur Eygi et trois enfants usaméricains : Amer Rabee, un enfant palestino-usaméricain de 14 ans originaire du New Jersey ; Tawfic Abdel Jabbar, un enfant palestino-usaméricain de 17 ans originaire de Louisiane ; et Mohammad Alkhdour, un enfant palestino-usaméricain de 17 ans originaire de Floride.

Selon des données de l’organisation israélienne de défense des droits humains Yesh Din, « la probabilité qu’un soldat israélien soit poursuivi pour avoir tué un Palestinien n’est que de 0,4 % – soit une poursuite pour 219 décès signalés à l’armée ». En ce qui concerne les violences commises par les colons israéliens à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie, les chances que les responsables soient tenus pour responsables sont tout aussi minces. Entre 2005 et 2024, Yesh Din a constaté que « seulement 3 % des enquêtes sur les crimes à motivation idéologique commis contre des Palestiniens en Cisjordanie ont abouti à une condamnation totale ou partielle. Ce faible taux de condamnation indique, depuis au moins deux décennies, que les forces de l’ordre ne prennent pas au sérieux la violence des colons, ce qui renforce le sentiment d’impunité des auteurs et encourage la répétition de ces actes ».

Le gouvernement usaméricain peut prendre plusieurs mesures pour garantir qu’il soit fait justice pour les citoyens usaméricains tués à l’étranger, notamment exercer des pressions diplomatiques, mener ses propres enquêtes indépendantes, demander l’extradition et la poursuite des auteurs, et imposer des sanctions à leur encontre. Dans le cas présent, l’administration Trump devrait au minimum ouvrir une enquête du ministère de la Justice sur ce meurtre, exiger du gouvernement israélien qu’il autorise l’accès aux auteurs et aux témoins, poursuivre les meurtriers si Israël ne le fait pas, et leur imposer des sanctions usaméricaines.

« Le système judiciaire israélien s’est révélé totalement incapable de tenir ses propres citoyens responsables du meurtre de Palestiniens, y compris de citoyens usaméricains », a déclaré Raed Jarrar, directeur du plaidoyer de DAWN.

Alors que le gouvernement usaméricain a activement enquêté et sanctionné le meurtre d’Israéliens par des Palestiniens, il n’a pas protégé les USAméricains assassinés par des Israéliens. À la suite des attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre, au cours desquelles 40 citoyens usaméricains ont été tués, le ministère de la Justice a lancé une enquête approfondie et a engagé des poursuites pénales contre des responsables du Hamas pour meurtre et terrorisme.  En revanche, le gouvernement américain n’a jamais a annoncé les conclusions de l’enquête qu’il affirme avoir été lancée par le ministère de la Justice en 2022 sur le meurtre, le 11 mai 2022, de la journaliste usaméricano-palestinienne Shireen Abu-Akleh. Le ministère de la Justice n’a même pas tenté d’enquêter sur le meurtre de la militante usaméricano-turque Aysenur Eygi, abattue par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée le 6 septembre 2024.

Au lieu de cela, le gouvernement usaméricain a continué à récompenser Israël par un soutien militaire et politique, et à garantir l’impunité des criminels israéliens devant les instances internationales, y compris la Cour pénale internationale (CPI). L’administration Trump a également imposé des sanctions à la procureure de la CPI et à plusieurs juges, ainsi qu’à la rapporteure spéciale des Nations unies Francesca Albanese, pour leurs efforts visant à tenir les responsables israéliens responsables de leurs crimes.

Le 20 janvier 2025, lors de son premier jour au pouvoir, le président Trump a annulé le programme de sanctions mis en place par le président Biden pour punir les colons israéliens violents en Cisjordanie.

« Le meurtre du citoyen usaméricain Saif al-Din Musalat est une conséquence directe de la décision du président Trump, dès son premier jour au pouvoir, de lever les sanctions contre les colons israéliens violents », a déclaré Jarrar. « Lorsque vous supprimez les mesures visant à responsabiliser les colons extrémistes, vous leur donnez en fait le feu vert pour intensifier leurs violences contre les Palestiniens, y compris les citoyens usaméricains. »

USAméricains assassinés par les forces armées israéliennes ou les forces paramilitaires des colons soutenues par l’État depuis 2022

1.                  Saif al-Din Musalat, 11 juillet 2025

2.                 Amer Rabee, un enfant palestino-usaméricain de 14 ans originaire du New Jersey, a été mortellement abattu par des Israéliens dans la ville de Turmus Ayya, au nord de la ville de Ramallah, le 6 avril 2025.

3.                 Mohammad Alkhdour, un jeune Palestinien de 17 ans originaire de Floride, s’est fait tuer par un tir dans la tête le 10 février 2024 par les forces israéliennes à Biddu, en Cisjordanie, alors qu’il conduisait une voiture.

4.                Tawfic Abdel Jabbar,  un adolescent palestino-usaméricain de 17 ans originaire de Louisiane, a été abattu par les forces israéliennes près de Ramallah le 19 janvier 2024.

5.                 Ayşenur Eygi, militante turco-usaméricaine, a été abattue par les forces de défense israéliennes le 6 septembre 2024 alors qu’elle participait à une manifestation à Beita, en Cisjordanie.

6.                Shireen Abu-Akleh, journaliste palestino-usaméricaine, a été tuée le 11 mai 2022, par Alon Scoglia, membre de l’unité Duvdevan des Forces de défense israéliennes, dans ce qui semble être un assassinat ciblé.

7.                 Omar Assad, 78 ans, a été tué le 12 janvier 2022 à Jiljilya, en Cisjordanie, par la tristement célèbre brigade Netzah Yehuda, que le secrétaire d’État Blinken a refusé de sanctionner en application des lois Leahy usaméricaines.