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26/01/2026

Le Sioniste idéal d’Israël est un stormtrooper*. Et sa plus grande menace est un député arabe

Ben-Gvir appellera la Liste unie** une « Alliance représentant la terreur », même si les députés arabes condamnent le terrorisme palestinien bien plus que lui, Ben-Gvir, ne condamnera jamais le terrorisme juif. La droite préfère un soldat qui commet des crimes de guerre à un député arabe, simplement parce qu’il est arabe.

Gideon Levy, Haaretz, 25/01/2026
Traduit par Tlaxcala




Marche dans la ville arabe de Sakhnin dans le nord d’Israël, samedi. Photo Rami Shllush

« C’est nous ou eux », a écrit Yehoda Vald, le PDG [sic] du parti de droite Sionisme Religieux, sur son compte X jeudi soir. Deux photographies, l’une au-dessus de l’autre, ont clairement indiqué qui, selon Vald, est « nous » et qui est « eux ».

L’image du haut, « nous », montre environ six soldats israéliens, armés et blindés de la tête aux pieds, photographiés de dos alors qu’ils marchent fièrement vers les ruines de Gaza. L’image du bas, « eux », montre les chefs des quatre partis israéliens à majorité arabe, leurs mains jointes et levées haut, annonçant jeudi soir le renouvellement de leur alliance électorale.

Une image du désespoir, au-dessus d’une image d’espoir. Une image de dévastation, au-dessus d’une image de reconstruction. Une image d’une guerre jamais rassasiée, au-dessus d’une image d’une possibilité de changement. Vald espérait que l’image de la Liste unie renouvelée terroriserait les Israéliens. S’il y avait une véritable opposition de gauche en Israël, cette politique de la peur se serait transformée en espoir.

Il y a quelque chose de dérangeant dans ces deux photographies. Toutes deux ne montrent que des hommes, et chacune est mono-nationale : seulement des Juifs dans l’une, seulement des Arabes dans l’autre. C’est le monde de Vald, un colon. Mais tous les Israéliens doivent se demander s’ils préfèrent vraiment les soldats armés marchant vers leur scène de crime, la destruction totale autour d’eux, au groupe de politiciens arabes, parmi les meilleurs de la Knesset, représentants de la seule opposition qu’Israël ait actuellement ?

Est-ce là la vision ? Est-ce là l’espoir ? L’épée de Vald dévorera-t-elle pour toujours — l’épée de ceux qui frissonnent de plaisir à la vue de ces « nous » armés et de l’effroyable destruction qu’ils ont semée et n’en veulent que davantage ? Devons-nous nous identifier au « nous » de Vald simplement parce qu’il nous montre des soldats juifs, même s’ils sont soupçonnés d’être des criminels de guerre ?


Soldats à Gaza. Photo AFP

Vald est un colon « modéré », du Gush Etzion « libéral », et il ne participe pas aux pogroms. Il représente la majorité des Israéliens aujourd’hui, surtout après le 7 octobre. Ils préfèrent un soldat d’occupation juif à un député arabe, qui par définition — c’est-à-dire, par sa participation à la Knesset — cherche à s’intégrer dans la société israélienne. L’idée qu’un soldat soupçonné de crimes de guerre soit préférable à un parlementaire arabe, simplement parce qu’il est arabe, est vraiment malsaine.

Itamar Ben-Gvir s’est empressé d’appeler le nouveau bloc électoral « l’Alliance représentant la terreur ». Les quatre dirigeants des partis qui le composent ont condamné le terrorisme palestinien bien plus souvent que Ben-Gvir n’a condamné le terrorisme juif. Il ne l’a pas condamné, et ne le condamnera jamais. Aucun d’entre eux n’a eu recours à la violence comme Ben-Gvir l’a fait, mais l’expert en terrorisme les déclare terroristes.

Qu’est-ce qui est israélien, selon Vald et ses semblables ? Un soldat d’occupation. Qu’est-ce que le Sioniste idéal à leurs yeux ? Un Stormtrooper*. Et qu’est-ce qui est effrayant et menaçant ? Un député arabe. Un concentré de la vision du monde de la plupart des Israéliens. La renaissance de la Liste unie est presque la seule chance d’un changement de gouvernement en Israël ; on s’attendrait à ce que quiconque le souhaite s’en réjouisse. Mais le simple fait qu’elle soit arabe est une menace pour la plupart des Israéliens. En revanche, ce que l’armée israélienne a fait et continue de faire à Gaza, dont l’étendue réelle n’est connue d’aucun Israélien, est une source de fierté et d’identification.

Il est difficile de comprendre ce qui, dans les images de la terrible destruction à Gaza, inspire de la fierté. De quoi êtes-vous exactement fier ? De la destruction, ou des meurtres ? Des bébés morts, ou des femmes tuées ? Et pourquoi voyez-vous ces soldats comme des héros ? N’avez-vous pas entendu ce qu’ils ont fait, n’avez-vous pas vu ?

Inversement, qu’est-ce qui vous effraie tant dans l’image des politiciens arabes ? Ont-ils jamais menacé l’État d’Israël ? Avez-vous vu comment eux et leur communauté se sont comportés depuis le 7 octobre ? Ils avalent leur humiliation et leur douleur terrible face à la mort de leurs compatriotes — et restent silencieux. Et condamnent le 7 octobre. Ils sont des héros bien plus grands que les soldats qui piétinent Gaza dans leurs bottes rouges de parachutiste.

Si le choix est entre ce « nous » et cet « eux », alors je suis avec « eux », sans hésitation.

NdT

*Stormtrooper : membre des troupes d’assaut, terme popularisé par Star Wars, emprunté à l’allemand Sturmtruppen, désignant les troupes de choc impériales durant la Première Guerre mondiale.

**Liste unie : al-Qa’imah al-Mushtarakah/HaReshima HaMeshutefet/Joint List, coalition électorale de quatre partis de Palestiniens de 1948, créée en 2015, dissoute en 2021 et reconstituée en vue des élections à la Knesset prévues cette année. Elle regroupe l’Assemblée nationale démocratique (Balad), le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash), le Mouvement arabe pour le changement (Ta’al) et la Liste arabe unifiée (Ra’am).

18/01/2026

Un alto el fuego para los israelíes y una guerra para los palestinos

¿Por qué debería importar Gaza a alguien cuando no matan israelíes? Cuando el estruendo de las sirenas se apaga en Israel, eso se considera un alto el fuego

Gideon Levy, Haaretz, 18/01/2026
Traducido por
Tlaxcala


Mikail Çiftçi, Türkiye

 

Cuando no matan israelíes hay un alto el fuego. Cuando no matan israelíes, pero sí a más de 400 en Gaza, incluidos 100 niños, a eso también se le llama alto el fuego. Cuando Israel demuele 2.500 casas en Gaza en medio de un alto el fuego, y el ministro de Defensa Israel Katz elogia a los soldados de Tzáhal por sus operaciones, eso aún se llama alto el fuego.

Cuando cientos de miles de gazatíes se mueren de frío y se revuelcan en el barro, eso entra en la definición de alto el fuego.

Cuando miles de enfermos graves mueren porque Israel les niega atención médica que salva vidas o la posibilidad de salir de sus jaulas e ir a otro lugar para recibir tratamiento, eso es un alto el fuego. Cuando una mujer israelí educada pregunta durante una comida de shabat si todavía hay soldados israelíes en Gaza en un momento en que más de la mitad del enclave está ocupado por Tzáhal, eso es un indicador por excelencia de la existencia de un alto el fuego, al menos como lo definen los israelíes.

Cuando la vida en Israel vuelve a la normalidad, con concursos de cocina y canto en pleno apogeo, y con discusiones en profundidad sobre el tema crucial de la filtración al periódico Bild en Alemania, eso es el no va más de los altos el fuego. Solo cuando un escuadrón de Hamas sale de su agujero e intenta plantar un artefacto explosivo improvisado entre los escombros de Gaza, eso es una infracción grave del alto el fuego.

Cuando no matan israelíes, todo lo demás no interesa. ¿Por qué debería importar Gaza a alguien cuando no matan israelíes? Cuando el estruendo de las sirenas se apaga en Israel, eso es un alto el fuego. El hecho de que Gaza siga siendo bombardeada, pero carezca de sirenas, es irrelevante. El mundo también ya muestra signos de cansancio con respecto a Gaza, a pesar de las noticias de este fin de semana sobre el establecimiento de una “Junta de Paz”, que no salvará a una sola persona desposeída en Gaza de su amargo destino.

Cuando no matan israelíes, se declara un regreso a la rutina, lo que significa que la guerra ha terminado y que se puede volver a la postura de víctima del 7 de octubre, al relato interminable de las historias de los rehenes, a estancarse en el dolor de ayer, quedarse estupefacto cada vez que hay un intento desesperado desde Gaza por recordar su existencia. Cuando no matan israelíes, Gaza no existe, ni tampoco todo el problema palestino.

Cuando no matan israelíes, todo está bien. Cuando no los matan, se puede reanudar la negación y el olvido de Gaza. Cuando no matan israelíes en Cisjordania, la vida es aún más maravillosa. El hecho de que docenas de palestinos hayan sido asesinados en Cisjordania desde que entró en vigor el alto el fuego es incluso menos interesante que los cientos de gazatíes asesinados en el mismo período.

La noticia de la existencia de un alto el fuego en Gaza no ha llegado a Cisjordania ni al Mando Central de Tzáhal. Todas las draconianas restricciones impuestas en Cisjordania al comienzo de la guerra en Gaza permanecen vigentes, ni una sola ha sido derogada o suavizada.

Si esas restricciones se impusieron debido a la guerra, ¿por qué no se levantaron cuando terminó la guerra? ¿Novecientos bloqueos de carreteras establecidos durante la guerra? Novecientos bloqueos de carreteras permanecen después de que entrara en vigor el alto el fuego. ¿Puertas de hierro en cada comunidad palestina, abriéndose y cerrándose intermitentemente desde que comenzó la guerra? Lo mismo continúa después de que terminó la guerra. ¿Pogromos durante la guerra? Aún más después de que terminó. Cuando no matan israelíes, no hay problema.

La decisión de imponer a Israel la firma de un acuerdo de alto el fuego resultó ser el negocio del año. Este es el primer alto el fuego unilateral de la historia. A Israel se le permite todo mientras al otro lado no se le permite respirar. Todos los rehenes fueron devueltos excepto un cadáver, y la promesa de evacuar Gaza una vez que se devolvieran los rehenes se evaporó al instante, olvidada como si nunca se hubiera hecho. ¿Recuerdan? Los rehenes fueron devueltos, e Israel está en Gaza, desde entonces y para siempre.

El alto el fuego también calmó las protestas mundiales contra Israel. Algunos en el mundo esperaban una oportunidad para volver y abrazar a Israel, y un alto el fuego unilateral es esa oportunidad. El mundo ha pasado a Venezuela e Irán.

Trump puede continuar difundiendo su idea de la paz inventada que trajo al Medio Oriente, y los israelíes pueden continuar diciéndose a sí mismos que la guerra en Gaza estaba justificada y logró todos sus objetivos. Ahora se acabó. Hay un alto el fuego. Lo principal es que no maten israelíes en Gaza. Todo lo demás no interesa.

A Cease-fire for Israelis and a War for Palestinians

Why should Gaza interest anyone when Israelis aren’t being killed? When the blare of sirens dies down in Israel, that’s considered a cease-fire

Gideon Levy, Haaretz, 18/1/2026


Mikail Çiftçi, Türkiye

 When Israelis aren’t being killed there’s a cease-fire. When Israelis aren’t being killed but over 400 in Gaza are, including 100 children, that too is called a cease-fire. When Israel demolishes 2,500 houses in Gaza in the middle of a cease-fire, and Defense Minister Israel Katz praises IDF soldiers for their operations, that is still called a cease-fire.

When hundreds of thousands of Gazans are freezing to death and wallowing in mud, that comes under the definition of a cease-fire.

When thousands of seriously ill people are dying because Israel denies them life-saving medical attention or the possibility of leaving their cages and going elsewhere for treatment, this a cease-fire. When an educated Israeli woman asks during a Sabbath meal whether there are still Israeli soldiers in Gaza at a time when over one half of the enclave is occupied by the IDF, that is a quintessential indicator of the existence of a cease-fire, at least as Israelis define it.

When life in Israel returns to normal, with cooking and song contests in full swing, and with in- depth discussions of the fateful issue of the leak to Bild magazine in Germany, that is the be-all and end-all of cease-fires. Only when a Hamas squad emerges from its hole and tries to plant an improvised explosive device in the rubble of Gaza, that is a grievous infraction of the cease-fire.

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When Israelis aren’t being killed, all the rest is of no interest. Why should Gaza interest anyone when Israelis aren’t being killed? When the blare of sirens dies down in Israel, that is a cease-fire. The fact that Gaza is still being bombed, but lacks sirens, is irrelevant. The world too is already showing signs of weariness with regard to Gaza, despite this weekend’s news of the establishment of a "Board of Peace," which will not save a single dispossessed person in Gaza from their bitter fate.

When Israelis are not being killed, a return to routine is declared, meaning that the war is over and that one can return to the victimhood stance of October 7, to the endless retelling of the stories of the hostages, to getting mired down in yesterday’s grief, being stunned every time there is a desperate attempt from Gaza to remind people of its existence. When Israelis aren’t being killed, Gaza doesn’t exist, nor does the entire Palestinian problem.

When Israelis aren’t being killed, everything is good. When they aren’t being killed one can resume denying and forgetting Gaza. When Israelis aren’t getting killed in the West Bank, life is even more wonderful. The fact that dozens of Palestinians have been killed in the West Bank since the cease-fire took effect is even less interesting than the hundreds of Gazans killed in the same period.

News of the existence of a cease-fire in Gaza has not reached the West Bank or the IDF’s Central Command. All the draconian restrictions imposed in the West Bank at the beginning of the war in Gaza remain in place, not one of them having been rescinded or eased.

If those restrictions were imposed because of the war, why weren’t they lifted when the war ended? Nine hundred roadblocks set up during the war? Nine hundred roadblocks remain after the cease-fire took effect. Iron gates at every Palestinian community, opening and closing intermittently since the war began? The same thing continues after the war ended. Pogroms during the war? Even more so after it ended. When Israelis are not being killed, there’s no problem.

The decision to impose on Israel the signing of a cease-fire agreement turned out to be the deal of the year. This is the first one-sided cease-fire in history. Israel is permitted anything while the other side is not allowed to breathe. All the hostages were returned except for one body, and the promise to evacuate Gaza once the hostages were returned evaporated instantly, forgotten as if it were never made. Remember? The hostages were returned, and Israel is in Gaza, since then and forever.

The cease-fire also subdued the world outcry against Israel. Some in the world waited for an opportunity to return and embrace Israel, and a unilateral cease-fire is that opportunity. The world has moved on to Venezuela and Iran.

Trump can continue disseminating his idea of the invented peace he brought to the Middle East, and Israelis can continue telling themselves that the war in Gaza was justified and achieved all its objectives. Now it’s over. There is a cease-fire. The main thing is that Israelis are not getting killed in Gaza. All the rest is of no interest.

07/01/2026

Dans l’histoire à dormir debout racontée par Netanyahou, seuls 70 jeunes hommes sont responsables de tous les pogroms en Cisjordanie

 Gideon Levy, Haaretz, 04/01/2026
Traduit par Tlaxcala

L’État d’Israël est derrière les pogroms. Il en est responsable – ils servent les intérêts du gouvernement. Ses soldats sont toujours présents, mais pas un seul commandant de l’armée n’a accompli ce que le droit international exige : protéger les résidents palestiniens.


Un homme palestinien utilise un téléphone portable pour filmer un camion en flammes après une attaque de colons israéliens dans un village à l’est de Tulkarem, en Cisjordanie, en novembre. Photo Jaafar Ashtiyeh/AFP

Voici deux contes populaires : au paradis, 72 vierges attendent les chahids, ou martyrs ; en Cisjordanie, 70 jeunes hommes issus de foyers brisés sont à l’origine de toutes les émeutes. Il est difficile de savoir lequel des deux contes est le plus farfelu.

Le second est un produit de l’imagination du premier ministre : Benjamin Netanyahou a même déclaré à Fox News que ces jeunes « ne viennent pas de Cisjordanie ».

Laissons de côté les polémiques suscitées par son utilisation du terme interdit « Cisjordanie », et demandons-nous : existe-t-il réellement des colons de Cisjordanie ? Ils y ont tous emménagé au cours des dernières décennies. Aucun n’y appartient, des invités non invités sur une terre étrangère dont on espère que le temps y sera court, et qu’ils finiront  comme les croisés, inchallah.

Néanmoins, la préoccupation de Netanyahu pour la santé mentale de cette poignée de jeunes est touchante – et convient à un homme dirigeant un gouvernement qui a toujours priorisé la santé mentale. Les activistes colons se sont empressés de leur proposer un traitement – les foyers et centres de réhabilitation sont déjà en cours de création. Mais nous ne parlons pas de 70 personnes, ni de 700, ni de 7 000.

Le chiffre le plus précis est de 70 000, voire en réalité de sept millions. La tentative de Netanyahu de minimiser le phénomène et de l’attribuer à une poignée d’émeutiers est un mensonge total, tout comme les 72 vierges qui n’attendent personne. Il est douteux que même Fox News ait avalé ça.

L’État est derrière les pogroms. Il en est responsable, il veut qu’ils se produisent – ils servent les intérêts du gouvernement et satisfont les souhaits de ses résidents. Il suffit de voir qu’ils continuent, sans opposition.

Le blâme est partagé par l’armée, les colons et les forces de l’ordre. Tous les colons y participent, activement ou passivement, et la méchanceté et le sadisme des émeutes – des coups sans pitié portés aux personnes âgées à l’abattage des moutons – déplaisent à de nombreux Israéliens, mais font partie d’une toile de violence bien plus large que tout le monde accepte en silence.

Des colons égorgent des agneaux dans les collines du sud d’Hébron, des soldats parachutistes d’élite perpètrent un pogrom à Deir Dibwan qui rendrait fiers les jeunes émeutiers. Écraser un Palestinien qui avait posé un tapis de prière au bord de la route n’est pas un acte plus grave que des soldats tirant sur des enfants qui jettent des pierres. Le second est juste plus létal, mais personne n’est horrifié.

Derrière chaque pogrom – j’en ai vu les résultats dévastateurs pour beaucoup d’entre eux – se tient l’armée israélienne.

Ses soldats sont toujours présents. Parfois ils arrivent en retard, parfois à l’heure, mais ils n’accomplissent jamais leur devoir de protéger les victimes sans défense. Il n’est encore venu à l’esprit d’aucun commandant de l’armée d’accomplir ce que le droit international exige : protéger les résidents.

Les pogroms pourraient être contenus en quelques jours bien plus facilement que le terrorisme palestinien, mais Israël ne veut pas contenir le terrorisme juif. Il satisfait tous les colons et la plupart des Israéliens, même secrètement, car il fait avancer l’objectif ultime : nettoyer la terre de ses habitants palestiniens.

Des colons armés sont-ils jamais sortis défendre leurs voisins contre le terrorisme ? Ne les faites pas rire.

Ils voient les flammes s’élever de leurs champs et entendent les bêlements des moutons abattus dans leurs enclos. Ils voient les oliviers déracinés au bord de la route et entendent les véhicules tout-terrain que la députée Orit Strock leur a offerts, précisément pour qu’ils commettent ces pogroms.

Pourquoi ont-ils besoin de ces véhicules, sinon pour piétiner les champs et écraser des vieillards ? Depuis quand le gouvernement équipe-t-il les agriculteurs avec des VTT gratuits ? Un agriculteur du moshav Avivim y aurait-il droit ? Non, car il ne commet pas de pogroms contre les Arabes.

Un autre pogrom perpétré par une cinquantaine d’émeutiers a été signalé samedi soir, cette fois à Kafr Farkha. Selon Netanyahou, ils constituent la quasi-totalité des émeutiers existants en Cisjordanie. La plupart des Israéliens l’ont probablement cru. Comme c’est pratique et réconfortant.



En el cuento inverosímil contado por Netanyahu, solo 70 jóvenes son responsables de todos los pogromos en Cisjordania

 


Gideon Levy, Haaretz, 04/01/2026
Traducido por Tlaxcala

El Estado de Israel está detrás de los pogromos. Es responsable de ellos: sirven a los intereses del gobierno. Sus soldados siempre están presentes, pero ni un solo comandante del ejército ha llevado a cabo lo que exige el derecho internacional: proteger a los residentes palestinos.


Un hombre palestino usa un teléfono móvil para grabar un camión en llamas después de un ataque de colonos israelíes en una aldea al este de Tulkarem, en Cisjordania, en noviembre. Foto Jaafar Ashtiyeh/AFP

Estas son dos leyendas populares: en el cielo, 72 vírgenes esperan a los shahids, o mártires; en Cisjordania, 70 jóvenes de hogares desestructurados están detrás de todos los disturbios. Es difícil saber cuál de las dos leyendas es más descabellada.

La segunda es un producto de la imaginación del primer ministro: Benjamín Netanyahu incluso le dijo a Fox News que los jóvenes “no son de Cisjordania”.

Dejemos a un lado las discusiones que surgieron por su uso del término prohibido “Cisjordania”, y preguntemos: ¿realmente hay colonos de Cisjordania? Todos se mudaron allí en las últimas décadas. Ninguno pertenece allí, invitados no deseados en una tierra extranjera de la que se espera que su tiempo sea corto, y su fin será como el de los cruzados, ojalá.

Sin embargo, la preocupación de Netanyahu por la salud mental de ese puñado de jóvenes es conmovedora, y apropiada para un hombre que lidera un gobierno que siempre ha priorizado la salud mental. Los activistas colonos se apresuraron a ofrecerles tratamiento: ya se están estableciendo los albergues y centros de rehabilitación. Pero no estamos hablando de 70 personas, ni 700, ni 7.000.

La cifra más precisa es 70.000, o de hecho, siete millones. El intento de Netanyahu de minimizar el fenómeno y atribuirlo a un puñado de alborotadores es una mentira total, al igual que las 72 vírgenes que no esperan a nadie. Es dudoso que incluso Fox News se lo haya creído.

El estado está detrás de los pogromos. Es responsable de ellos, quiere que ocurran: sirven a los intereses del gobierno y satisfacen los deseos de sus residentes. Basta con ver que continúan, sin oposición.

La culpa es compartida por el ejército, los colonos y las fuerzas del orden. Todos los colonos participan, ya sea activa o pasivamente, y la maldad y el sadismo de los disturbios, desde golpear sin piedad a ancianos hasta masacrar ovejas, desagradan a muchos israelíes, pero forman parte de una red de violencia mucho más amplia que todos aceptan en silencio.

Los colonos degüellan corderos en las colinas del sur de Hebrón, soldados paracaidistas de élite llevan a cabo un pogromo en Deir Dibwan que haría sentir orgullosos a los jóvenes alborotadores. Atropellar a un palestino que había puesto una alfombra de oración al lado de la carretera no es un acto más grave que soldados disparando a niños que tiran piedras. El segundo es solo más letal, pero a nadie le horroriza.

Detrás de cada pogromo, he visto los resultados devastadores de muchos de ellos, están las Fuerzas de Defensa de Israel.

Sus soldados siempre están presentes. A veces llegan tarde, a veces a tiempo, pero nunca cumplen con su deber de proteger a las víctimas indefensas. Aún no se le ha ocurrido a ningún comandante del ejército llevar a cabo lo que exige el derecho internacional: proteger a los residentes.

Los pogromos podrían contenerse en unos días mucho más fácilmente que el terrorismo palestino, pero Israel no quiere contener el terrorismo judío. Complace a todos los colonos y a la mayoría de los israelíes, aunque sea en secreto, porque avanza el objetivo final: limpiar la tierra de sus habitantes palestinos.

¿Alguna vez han salido colonos armados a defender a sus vecinos contra el terrorismo? No los hagas reír.

Ven las llamas elevándose desde sus campos y oyen los balidos de las ovejas masacradas en sus corrales. Ven los olivos arrancados al lado de la carretera y oyen los vehículos todoterreno que la diputada Orit Strock les regaló, precisamente para que cometieran estos pogromos.

¿Para qué necesitan los vehículos, si no es para pisotear campos y atropellar ancianos? ¿Desde cuándo el gobierno equipa a los agricultores con vehículos todoterreno gratis? ¿Tendría derecho un agricultor del moshav Avivim a uno? No, porque él no comete pogromos contra árabes.

Se reportó otro pogromo por unos 50 alborotadores el sábado por la noche, esta vez en Kafr Farkha. Según Netanyahu, son casi todos los alborotadores existentes en Cisjordania. La mayoría de los israelíes probablemente lo creyeron. Qué conveniente y reconfortante.



In Netanyahu’s Folktale, Only 70 Young Men Are Responsible for All the West Bank Pogroms

Gideon Levy, Haaretz, 4/1/2026

The state is behind the pogroms. It is responsible for them – they serve the government’s interests. Its soldiers are always present, but not a single IDF commander has carried out what international law requires – protecting Palestinian residents

 
A Palestinian man uses a mobile phone to record a burning truck after an Israeli settler attack in a village east of Tulkarm in the West Bank in November. Photo Jaafar Ashtiyeh/AFP

These are two common folktales: In heaven, 72 virgins await shahids, or martyrs; in the West Bank, 70 young men from broken homes are behind all riots. It’s hard to know which of the two folktales is more far-fetched.

The second is a figment of the prime minister’s imagination: Benjamin Netanyahu even told Fox News that the youths "are not from the West Bank."

Let’s put aside the arguments that broke out over his use of the forbidden term "West Bank," and ask: Are there actually any settlers from the West Bank? They all moved there in recent decades. None of them belong there, uninvited guests in a foreign land whose time there, one hopes, will be short, and their end will be like that of crusaders, inshallah.

Nonetheless, Netanyahu’s concern for the handful of youths’ mental health is touching – and fitting for a man leading a government that has always prioritized mental health. Settler activists were quick to offer them treatment – the hostels and rehab centers are already being set up. But we’re not talking about 70 people, 700 or 7,000.

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The more accurate figure is 70,000, or in fact, seven million. Netanyahu’s attempt to minimize the phenomenon and attribute it to a handful of rioters is a total lie, just like the 72 virgins who are waiting for no one. It’s doubtful that even Fox News bought it.

The state is behind the pogroms. It is responsible for them, it wants them to happen – they serve the government’s interests and satisfy its residents’ wishes. Just look at the fact that they continue, unopposed.

The blame is shared by the army, the settlers and law enforcement. All settlers take part, whether actively or passively, and the riots’ evil and sadism – from mercilessly beating up the elderly to slaughtering sheep – are unpleasant to many Israelis, but make up a much broader web of violence which everyone quietly accepts.

Settlers slit the throats of lambs in the southern Hebron Hills, elite paratrooper soldiers carry out a pogrom in Deir Dibwan that would make the rioting youths proud. Running over a Palestinian who lay a prayer carpet by the side of the road is no more serious an act than soldiers shooting children throwing stones. The second is just more lethal, but no one is horrified.

Behind every pogrom – I have seen the devastating results of many of them – stand the Israel Defense Forces.

Its soldiers are always present. Sometimes they arrive late, sometimes on time, but they never perform their duty to protect the helpless victims. It has not yet occurred to a single commander in the IDF to carry out what international law requires – protecting residents.

The pogroms could be contained within a few days far more easily than Palestinian terrorism, but Israel doesn’t want to contain Jewish terrorism. It pleases all settlers and most Israelis, even if secretly, because it advances the ultimate goal – cleansing the land of its Palestinian inhabitants.

Have armed settlers ever gone out to defend their neighbors against the terrorism? Don’t make them laugh.

They see the flames rising from their fields and hear the bleating sheep slaughtered in their pens. They see the uprooted olive trees on the side of the road and hear the off-road vehicles that MK Orit Strock gifted them, precisely so that they would commit these pogroms.

Why do they need the vehicles, if not to trample fields and run over old men? Since when has the government equipped farmers with free ORVs? Would a farmer in the moshav of Avivim be entitled to one? No, because he does not commit pogroms against Arabs.

Another pogrom by around 50 rioters was reported on Saturday night, this time in Kafr Farkha. According to Netanyahu, they are almost all the existing rioters in the West Bank. Most Israelis probably believed that. How convenient and comforting.



28/12/2025

Israel aplastó a Mohammad Bakri por atreverse a expresar el dolor palestino tal como es, por Gideon Levy

 Israel le dio la espalda mientras la sociedad palestina israelí lloraba la muerte de Mohammad Bakri, una de sus figuras más célebres: un actor, director e ícono cultural, un patriota palestino y un hombre de alma noble

Mohammad Bakri fuera de su casa en el norte de Israel, 2012. Foto Hagai Frid

Gideon Levy, Haaretz, 28-12-2025
Traducido por Tlaxcala

El salón adyacente a la mezquita en la aldea galilea de Bi’ina estaba abarrotado el viernes. Miles de personas con rostros sombríos vinieron a presentar sus respetos y se fueron; yo era el único judío entre ellas.

La sociedad palestina israelí llora la muerte de uno de sus más grandes miembros, un actor, director y héroe cultural, un patriota palestino y un hombre de alma noble — Mohammad Bakri — e Israel, en la muerte como en la vida, le dio la espalda. Solo una cadena de televisión dedicó una noticia a su fallecimiento. Seguramente algunos judíos vinieron a consolar a su familia, pero el viernes por la tarde, no se veía ninguno.

Bakri fue enterrado el miércoles — tarde en la noche, a petición de la familia — sin dejar lugar en Israel para elogiarlo, para agradecerle por su trabajo, para inclinar nuestras cabezas ante él en agradecimiento y para pedirle perdón.

Mohammad Bakri en 2017.Foto Moti Milrod

Se merecía todo eso. Bakri era un artista y un luchador por la libertad, del tipo del que se escribe en los libros de historia y por quien se nombran calles. No había lugar para él en la Israel ultranacionalista, ni siquiera después de su muerte.

Israel lo aplastó, solo porque se atrevió a expresar el dolor palestino tal como es. Mucho antes de los oscuros días de Benjamin Netanyahu e Itamar Ben-Gvir, 20 años antes del 7 de octubre y la guerra en Gaza, Israel lo trató con un fascismo que no habría avergonzado a los ministros del Likud Yoav Kisch y Shlomo Karhi.

Su célebre aparato judiciario se unió como uno solo para condenar su trabajo. Un juez del Tribunal de Distrito de Lod prohibió la proyección de su película “Yenín, Yenín”, el fiscal general de la época se unió a la guerra y la ilustrada Corte Suprema dictaminó que la película fue hecha con “motivos impropios” — este era el nivel de los argumentos presentados por el faro de la justicia.

Y todo por un puñado de reservistas que se sintieron “heridos” por su película y buscaron saldar cuentas. No fueron los residentes del campo de refugiados de Yenín los heridos, sino el soldado Nissim Magnaji. Su solicitud fue concedida y Bakri fue destruido. Todo esto fue mucho antes de la Edad Oscura.

Pocos acudieron en su ayuda. Los artistas guardaron silencio y la hermosa estrella de “Más allá de los muros” fue echada a los perros. Nunca se recuperó.

Una vez pensé que “Yenín, Yenín” algún día se mostraría en todas las escuelas del país, pero hoy está claro que esto no sucederá, no en la Israel de hoy y presumiblemente tampoco en el futuro.

Pero el Bakri que conocí no se enojaba ni odiaba. Nunca lo escuché expresar una sola palabra de odio hacia quienes lo ostracizaron, hacia quienes hirieron a él y a su pueblo. Su hijo Saleh dijo una vez: “[Israel] destruyó mi vida, la vida de mi padre, mi familia, la vida de mi nación”. Es dudoso que su padre se hubiera expresado así.

El viernes, este impresionante hijo se mantuvo erguido, con una kufiya sobre sus hombros, y él y sus hermanos, de los que su padre estaba tan orgulloso, recibieron a quienes vinieron a darles el pésame por la muerte de su padre.

Lo amaba tanto. En una noche lluviosa de invierno en el campus del Monte Scopus de la Universidad Hebrea de Jerusalén, cuando la gente nos gritó “traidores” después de la proyección de “Yenín, Yenín”, y en el Festival del Centro de Cine Israelí en el Marlene Meyerson JCC Manhattan de la ciudad de Nueva York, al que era invitado cada año, y donde también gritaban los manifestantes. En el antiguo Café Tamar de Tel Aviv, que solía visitar ocasionalmente los viernes, y en los dolorosos ensayos que publicó en Haaretz. Libre de cinismo, inocente como un niño y lleno de esperanza tal como era.

Su última y muy corta película, “Le Monde”, escrita por su hija Yafa, transcurre en una fiesta de cumpleaños en un hotel lujoso. Una niña repartía rosas a los invitados, un violinista tocaba “Cumpleaños feliz”, Gaza bombardeada estaba en la televisión y Bakri se levantó con la ayuda de una joven que estaba sentada con él y se fue. Estaba ciego.

Hace tres semanas, me escribió para decirme que planeaba venir al área de Tel Aviv para el funeral de un hombre querido, como él dijo, el director Ram Loevy, y le respondí que estaba enfermo y que no podríamos encontrarnos. Hasta donde sé, tampoco fue al funeral al final.

“Que te vaya bien y cuídate”, me escribió el hombre que nunca se cuidó a sí mismo.

Bakri está muerto, el campamento de Yenín está destruido y todos sus residentes han sido expulsados, sin hogar una vez más en otro crimen de guerra. Y la esperanza aún latía en el corazón de Bakri, hasta su muerte; en eso no estábamos de acuerdo.

Israël a broyé Mohammad Bakri pour avoir osé exprimer la douleur palestinienne telle qu’elle est, par Gideon Levy

 

Israël a tourné le dos alors que la société palestinienne israélienne pleurait la mort de Mohammad Bakri, l’une de ses figures les plus célèbres : un acteur et réalisateur, une icône culturelle, un patriote palestinien et un homme à l’âme noble

Mohammad Bakri devant sa maison dans le nord d’Israël, 2012. Photo Hagai Frid

Gideon Levy, Haaretz, 28/12/2025
Traduit par Tlaxcala

La salle adjacente à la mosquée du village galiléen de Bi’ina était bondée vendredi. Des milliers de personnes au visage sombre sont venues lui rendre hommage et sont reparties ; j’étais le seul Juif parmi elles.

La société palestinienne israélienne pleure la mort de l’un de ses plus grands membres, un acteur, réalisateur et héros culturel, un patriote palestinien et un homme à l’âme noble — Mohammad Bakri — et Israël, dans la mort comme dans la vie, lui a tourné le dos. Une seule chaîne de télévision a consacré un sujet d’actualité à son décès. Quelques Juifs sont sûrement venus consoler sa famille, mais vendredi après-midi, on n’en voyait aucun.

Bakri a été enterré mercredi — tard dans la nuit, à la demande de la famille — ne laissant aucun lieu en Israël pour prononcer son éloge funèbre, pour le remercier pour son œuvre, pour nous incliner devant lui en signe d’appréciation et pour lui demander pardon.

Mohammad Bakri en 2017.Photo Moti Milrod

Il méritait tout cela. Bakri était un artiste et un combattant de la liberté, le genre dont on parle dans les livres d’histoire et dont on donne le nom à des rues. Il n’y avait pas de place pour lui dans l’Israël ultranationaliste, pas même après sa mort.

Israël l’a broyé, simplement parce qu’il a osé exprimer la douleur palestinienne telle qu’elle est. Bien avant les sombres jours de Benjamin Netanyahou et d’Itamar Ben-Gvir, 20 ans avant le 7 octobre et la guerre à Gaza, Israël l’a traité avec un fascisme qui n’aurait pas fait honte aux ministres du Likoud Yoav Kisch et Shlomo Karhi.

Son fameux appareil judiciaire s’est mobilisé comme un seul homme pour condamner son œuvre. Un juge du tribunal de district de Lod a interdit la diffusion de son film « Jénine, Jénine», le procureur général de l’époque a rejoint la guerre et l’éclairée Cour suprême a statué que le film avait été réalisé avec des « motivations inappropriées » — tel était le niveau des arguments avancés par le phare de la justice.

Et tout cela à cause d’une poignée de réservistes qui se sont sentis « blessés » par son film et ont cherché à régler leurs comptes. Ce ne sont pas les résidents du camp de réfugiés de Jénine qui ont été blessés, mais le soldat Nissim Magnaji. Sa demande a été acceptée et Bakri a été détruit. Tout cela bien avant l’âge des ténèbres.

Peu de gens sont venus à son aide. Les artistes sont restés silencieux et la belle star de « Au--delà des murs » a été jetée en pâture. Il ne s’en est jamais remis.

J’ai un jour pensé que « Jénine, Jénine» serait un jour projeté dans toutes les écoles du pays, mais aujourd’hui, il est clair que cela n’arrivera pas, pas dans l’Israël d’aujourd’hui et probablement pas dans le futur non plus.

Mais le Bakri que je connaissais ne se mettait pas en colère ni ne haïssait. Je ne l’ai jamais entendu exprimer un seul mot de haine envers ceux qui l’ont ostracisé, envers ceux qui l’ont blessé, lui et son peuple. Son fils Saleh a un jour déclaré : « [Israël] a détruit ma vie, la vie de mon père, ma famille, la vie de ma nation. » Il est douteux que son père se serait exprimé ainsi.

Vendredi, ce fils impressionnant se tenait droit, un keffieh drapé sur ses épaules, et lui et ses frères et sœurs, dont leur père était si fier, ont accueilli ceux qui sont venus leur présenter leurs condoléances pour la mort de leur père.

Je l’aimais tellement. Par une nuit d’hiver pluvieuse sur le campus du Mont Scopus de l’Université hébraïque de Jérusalem, lorsque des gens nous ont crié « traîtres » après la projection de Jénine, Jénine », et au Festival du centre du film israélien au Marlene Meyerson JCC Manhattan de New York, auquel il était invité chaque année, et où des manifestants criaient aussi. À l’ancien Café Tamar de Tel Aviv, qu’il visitait occasionnellement les vendredis, et dans les essais douloureux qu’il a publiés dans Haaretz. Sans cynisme, innocent comme un enfant et rempli d’espoir comme il l’était.

Son dernier film, très court, « Le Monde », écrit par sa fille Yafa, se déroule lors d’une fête d’anniversaire dans un hôtel luxueux. Une fille distribuait des roses aux invités, un violoniste jouait « Joyeux anniversaire », Gaza bombardée était à la télé et Bakri s’est levé avec l’aide d’une jeune femme assise avec lui et est parti. Il était aveugle.

Il y a trois semaines, il m’a écrit pour me dire qu’il prévoyait de venir dans la région de Tel Aviv pour les funérailles d’un homme cher, comme il l’a dit, le réalisateur Ram Loevy, et j’ai répondu que j’étais malade et que nous ne pourrions pas nous rencontrer. À ma connaissance, il n’est finalement pas allé aux funérailles non plus.

« Porte-toi bien et prends soin de toi », m’a écrit l’homme qui ne prenait jamais soin de lui.

Bakri est mort, le camp de Jénine est détruit et tous ses résidents ont été expulsés, sans abri une fois de plus après un nouveau crime de guerre. Et l’espoir battait encore dans le cœur de Bakri, jusqu’à sa mort ; nous n’étions pas d’accord là-dessus.