RILEY SINGH
RILEY SINGH
English version after the French original
Ce dimanche 30 novembre 2025, le Rotterdam Philharmonic Orchestra donnera un concert à la Philarmonie de Paris (Cité de la Musique) sous la direction de son directeur musical Lahav Shani, qui est aussi directeur musical de l’Orchestre philarmonique d’Israël et sera celui de l’Orchestre philarmonique de Munich à partir de septembre 2026. Un précédent concert donné le 6 novembre au même endroit par l’Orchestre symphonique d’Israël sous la même direction avait été le théâtre d’incidents, à la suite desquels 4 manifestants propalestiniens ont été mis en examen et ont déposé à leur tour diverses plaintes pour agressions et violation du secret de l’enquête. Plusieurs organisation viennent d’adresser la lettre ci-dessous au directeur de la Philarmonie.-Tlaxcala
Jeudi
27 novembre 2025
Monsieur le Directeur,
Depuis le début du génocide à
Gaza, on atteste de près de 70 000 personnes assassiné.e.s, hommes, femmes et
enfants compris. Toujours à Gaza, ce sont 345 personnes qui ont été assassinées
et 889 blessées par l’armée israélienne, depuis l’entrée en vigueur du
« cessez-le-feu », le 11 octobre dernier, cessez-le-feu violé plus de
500 fois. En deux ans, c’est 6 fois la bombe d’Hiroshima qui s’est écrasée sur
un territoire d’à peine 150 kilomètres carrés. L’aide humanitaire et médicale
reste bloquée alors qu’avec l’hiver les épidémies s’apprêtent à emboîter le pas
à la famine. Tous les jours les cadavres s’amoncèlent lorsqu’ils ont la
« chance » d’être retrouvés. Lundi 24 novembre, c’est en armes que
les milices israéliennes ont chassé les enfants du Théâtre national palestinien
(El-Hakawati Theatre) de Jérusalem occupée. Ces armes feront certainement moins
parler d’elles que de pauvres fumigènes brandis face aux ambassadeurs culturels
de l'État d’Israël.
Le génocide, tel qu’il a été
caractérisé par les instances de droit international compétentes, se poursuit
sous nos yeux. Et vous, que faites-vous ?
Vous avez menti à vos salarié.e.s
lors d’une assemblée générale extraordinaire en qualifiant de violent.e.s des
militant.e.s pacifistes, en passant sous silence la violence des insultes
racistes et homophobes d’une partie du public, en affirmant que vous ne saviez
pas que l’orchestre allait jouer l’hymne israélien alors qu’il l’interprète
régulièrement lors de ces tournées. Car oui, cet hymne n’a pas été joué en
réaction à l’action de nos camarades, c’était déjà un acte prémédité.
Vous avez été cordialement
invité, au regard des appels palestiniens et dans le cadre du droit
international, à annuler les venues de Lahav Shani, de l’IPO et du Jerusalem
Quartet pour le rôle institutionnel qu’ils occupent dans la politique
d’effacement par la culture du crime de génocide commis par Israël. À ces
appels, là encore, vous avez répondu par le mensonge et par
l’instrumentalisation outrancière des artistes palestinien.ne.s programmé.e.s
dans votre institution pour justifier votre collaboration avec les institutions
culturelles de l’état génocidaire. Ce mardi 25 novembre, vous avez décidé
d’assumer cet agenda politique et d’entraîner toute votre institution dans le
discours de propagande en répondant positivement à la demande de Lahav Shani de
s’expliquer auprès de vos salarié.e.s. Un discours d'explication qui n’est autre
qu'un redoublement de condamnation qualifiant la protestation pacifiste d’
« attaque armée » à l’encontre de l’identité israélienne. Or, chacun
des appels à boycott que vous avez reçus était très clair sur la nature de
l’action : « nous n’appelons pas à boycotter des artistes du fait de leur
nationalité israélienne mais du fait de leur participation institutionnelle à
la politique d’effacement des vies palestiniennes orchestrée par l’État
israélien. »
Vous imposez à vos salarié.e.s le
discours de propagande par l’explication - hasbara - alors que vous refusez le
dialogue avec celles et ceux qui vous alertent depuis le début sur cette
complicité avec le pire. C’est votre manière de passer sous silence les voix
palestiniennes.
Cacher vos décisions derrière le
supposé apolitisme de la musique classique relevait déjà de l’outrage face aux
souffrances endurées par les Palestinien.ne.s depuis plus de deux ans et à
l’égard du droit international. Devions-nous espérer, après un tel acharnement
à maintenir la collaboration avec les ambassadeurs du génocide notamment par le
recours démesuré à la force policière et judiciaire, que vous reveniez à la
raison ? Vous êtes aujourd’hui prêt à excuser un tel affront à la dignité
humaine et au droit international - comme l’a été l’hymne de l'État génocidaire
qui a retenti dans vos murs. Et tout cela pourquoi ? Pour ne pas prendre le
risque d’annuler un concert avec Martha Argerich parce que cela ferait mauvais
genre auprès de vos confrères ? Ou pour ne pas froisser l’extrême droite
politique et médiatique qui, depuis le 6 novembre, vous soutient
inconditionnellement comme elle a soutenu la politique génocidaire ?
Renoncez donc à vos valeurs
humanistes de pacotille et assumez l’agenda réactionnaire que vous avez décidé
d’endosser en ouvrant les portes de votre institution à celles et ceux qui
nient la valeur des vies palestiniennes et le droit international. Vos mensonges
se poursuivent car non, cette institution n’est plus la nôtre. Vous l’avez
livrée au fascisme qui ronge le monde, vous en avez fait l’étendard de la
déshumanisation, la normalisation des heures les plus sombres de notre présent.
Vous n’avez jamais souhaité nous écouter lorsque nous vous avons alerté. Vous
faites la sourde oreille au bruit des bombes lorsqu’elles explosent sur Gaza en
tuant par milliers hommes, femmes et enfants, mais vous ouvrez votre scène à
celles et ceux qui les lancent là-bas, mais aussi au Qatar, en Iran, au Yémen,
au Liban et en Syrie.
À quoi s’attendre pour les
concerts des 30 novembre et 16 janvier prochains ? À une Philharmonie aux
allures de bunker, nouveau fief des forces de l’ordre et de la répression dans
le 19e arrondissement de Paris ? À une réunion au sommet des institutions et
associations négationnistes du génocide en cours et qui, par le pire travers
antisémite qui consiste à associer toustes les Juif.ve.s du monde à l’état
d’Israël, instrumentalisent l’histoire et la culture juive à des fins
guerrières ? Si vous n’entendez pas les souffrances des Palestinien.ne.s
avez vous au moins compris celles de vos salarié.e.s et des mélomanes que vous
traînez dans votre complicité outrageante ?
Au nom de la musique que nous
défendons, au nom de l’humanité que nous incarnons et puisqu’il s’agirait
encore selon vous de notre institution, nous vous exhortons à cesser
toute collaboration avec les institutions culturelles et académiques
israéliennes qui lavent les mains des génocidaires. Après vous avoir invité
cordialement à envisager l’annulation des venues de Lahav Shani et du Jerusalem
Quartet, nous vous l’exigeons. Et malgré vos habitudes policières prises le 6
novembre dernier, nos revendications et surtout les voix palestiniennes dont
nous nous faisons le relais ne souffriront aucune de vos répressions. Enfin,
dans le doute que tout cela soit entendu il nous faudra constater que vous
n’avez pas été à la hauteur de vos fonctions d’un point de vue politique et
moral et qu’il nous semblera justifié d’exiger votre démission au nom de la
dignité des victimes d’un génocide que vous avez décidé de normaliser.
L’histoire finira par juger les auteur.ice.s du génocide et leurs complices. À
ce jour, vous êtes sur le banc des accusés.
Tahia Falestine !
Artistes pour la Palestine -
France
Palestine Action
Union Juive Française pour la Paix
Tsedek
Culture en luttes
On Sunday, November 30, 2025, the Rotterdam Philharmonic Orchestra will give a concert at the Philharmonie de Paris (Cité de la Musique) under the baton of its music director Lahav Shani, who is also music director of the Israel Philharmonic Orchestra and will be music director of the Munich Philharmonic Orchestra from September 2026. A previous concert given on November 6 at the same venue by the Israel Symphony Orchestra under the same conductor was the scene of incidents, following which four pro-Palestinian protesters were charged and in turn filed various complaints for assault and violation of the secrecy of the investigation. Several organizations have just sent the letter below to the director of the Philharmonic. -Tlaxcala
Thursday, 27 November 2025
Sir,
Since the beginning of the genocide in Gaza, nearly 70,000 people have been killed—men, women, and children included. Still in Gaza, 345 people have been killed and 889 injured by the Israeli army since the so-called “ceasefire” came into effect on October 11, a ceasefire that has been violated more than 500 times. In two years, the equivalent of six Hiroshima bombs has been dropped on a territory barely 150 square kilometers in size. Humanitarian and medical aid remains blocked while, with winter approaching, epidemics are preparing to follow in the footsteps of famine. Every day, bodies pile up—when they have the “luck” of being found. On Monday, November 24, armed Israeli militias forced children out of the Palestinian National Theatre (El-Hakawati Theatre) in occupied Jerusalem. These weapons will certainly attract less attention than a few harmless smoke flares raised in front of the cultural ambassadors of the State of Israel.
The genocide—characterized as such by the relevant international legal bodies—continues before our eyes. And you, what are you doing?
Cast aside your sham humanist values and assume the reactionary agenda you have chosen to adopt by opening your institution’s doors to those who deny the value of Palestinian lives and international law. Your lies continue, because no—this institution is no longer ours. You have handed it over to the fascism eating away at the world; you have made it a banner of dehumanization and the normalization of the darkest hours of our present. You never wished to hear us when we warned you. You turn a deaf ear to the sound of bombs exploding over Gaza, killing thousands of men, women, and children, but you open your stage to those who drop them there—and in Qatar, Iran, Yemen, Lebanon, and Syria as well.
Tahia Falestine!
Un navire-citerne appartenant à l’armateur néerlandais Chemship BV, battant pavillon de complaisance maltais et affrété par ICL, entreprise israélienne accusée d’extraire des minéraux de territoires occupés et de complicité avec le génocide et l’occupation, déchargera le 7 novembre 1 500 tonnes d’acide phosphorique dans le port de Carthagène.
Martín Cúneo, El Salto, 5/11/2025
Traduit par
Tlaxcala
Les
mesures approuvées par le gouvernement en septembre et ratifiées le 8 octobre
par le Congrès ne remplissent pas leur objectif : stopper le flux de biens et
services qui rendent possible le génocide et l’occupation de territoires
palestiniens. Selon le mouvement Boycott, Sanctions et Désinvestissement (BDS) de Murcie, un nouveau navire affrété par l’entreprise israélienne ICL, en
provenance d’Ashdod (Israël), déchargera dans le port de Carthagène le vendredi
7 novembre. Le navire fait une escale préalable à Barcelone le 5 novembre.
Cette
entreprise est depuis longtemps dénoncée par le mouvement BDS pour l’extraction
de minéraux dans le bassin de la mer Morte situé en Cisjordanie occupée, pour
son soutien public au génocide à travers le programme « Parrainer un soldat »,
et pour la vente et le transport d’armes utilisées contre la population
palestinienne.
Ce
nouveau navire d’ICL s’appelle Chemical Master, bat pavillon maltais et
prévoit de décharger 1 500 tonnes d’acide phosphorique au quai E0003 “Príncipe
Felipe” du port d’Escombreras, à Carthagène. Ce composant chimique est utilisé
dans l’industrie des engrais et de l’alimentation — raison invoquée par le
gouvernement espagnol pour autoriser l’accostage et le déchargement du navire Trans Tind [armateur norvégien Seatrans, pavillon
des Bahamas] de la même compagnie, en septembre dernier. [voir article
de septembre, ci-dessous]
Avec le Chemical
Master, ce sont déjà onze navires affrétés par cette entreprise qui, depuis
le début de l’année, ont accosté dans des ports espagnols avec des cargaisons
de milliers de tonnes de nitrate de potasse, de chlorure potassique et d’acide
phosphorique.
Depuis
des années, la campagne Boicot ICL
dénonce les activités de cette entreprise dont la filiale Dead Sea Works Ltd.
(DSW), détenue à 100 % par le groupe ICL, extrait des minéraux de la mer Morte,
y compris dans le bassin nord situé en Cisjordanie occupée. Selon le centre de
recherche Who Profits,
l’entreprise détient une concession pour exploiter les ressources de la mer
Morte jusqu’en 2030, y compris le sel, la potasse et le bromure, avec des
stations de pompage et un canal d’alimentation situés en Cisjordanie occupée.
En juin
2019, ce centre a documenté des produits fabriqués par la filiale ICL Haifa
dans plusieurs colonies agricoles de la vallée du Jourdain, notamment Naama,
Mehola et Na’aran.
Le décret-loi royal (RDL) d’embargo du gouvernement espagnol prévoit d’interdire l’importation de produits fabriqués dans des colonies illégales, bien qu'il n'ait pas encore commencé à être appliqué : pour ce faire, le ministère des Finances doit d'abord définir les codes postaux des colonies israéliennes interdites, ce qu'il n'a toujours pas fait deux mois plus tard. Le décret ne précise pas non plus ce qu'il advient de l'importation de matières premières provenant des territoires occupés, comme c'est le cas pour ICL, mais qui n'appartiennent pas à une colonie spécifique.
“Aucun
port pour le génocide” : Appel à
rassemblements dans les ports pour demander l’embargo intégral sur les armes et
les carburants
Un nouveau navire d’ICL, entreprise israélienne qui extrait des minéraux de territoires occupés, accoste à Carthagène
Martín
Cúneo, El Salto, 12/9/2025
Malgré les annonces du gouvernement espagnol, les affaires de la société israélienne ICL, qui extrait des minéraux des territoires palestiniens occupés, contribue au génocide et vend des engrais en Espagne, se poursuivent.
Parmi les
mesures annoncées par le gouvernement le 9 septembre figure l’interdiction
d’importer des produits provenant des territoires occupés. Quelques jours plus
tard, cette disposition connaît déjà sa première épreuve, alors que son
application reste floue. Selon le mouvement BDS Murcie, un navire de
l’entreprise israélienne ICL devait décharger 2 500 tonnes d’acide phosphorique
le 14 septembre dans le port de Carthagène. La plateforme Vessel Finder
confirme que le navire Trans Tind vient directement d’Israël vers le
port murcien.
Il s’agit
du dixième navire arrivé cette année à Carthagène avec des produits d’ICL, l’un
des plus grands producteurs d’engrais au monde.
Selon
l’Observatori de Drets Humans i Empreses a la Mediterrània (ODHE), cette
société est fortement implantée en Catalogne, Murcie, Valence et Majorque sous
les noms ICL-Iberia ou Iberpotash. Elle exploite notamment les mines de Súria
et Sallent (comarque du Bages) depuis 1998, causant de graves impacts
environnementaux. L’ODHE l’accuse d’avoir vendu pendant des années du phosphore
blanc pour des projectiles aux USA, fournisseurs de l’armée israélienne,
devenant ainsi « complice de l’usage de ce type de projectiles contre les zones
densément peuplées de Gaza ».
Pour BDS
Murcie, l’accostage du Trans Tind révèle les limites des mesures
gouvernementales. « Malgré les annonces du gouvernement concernant l’arrêt du
commerce avec les territoires occupés, l’arrivée de navires comme le Trans
Tind montre qu’il n’existe pour l’instant aucun contrôle sur le commerce
qui alimente la machine de guerre israélienne, ni sur les entreprises qui
profitent de l’occupation et du génocide en cours dans la bande de Gaza »,
déclare le mouvement.
Toda mi vida sentí una fuerte afinidad con las personas judías, pero ahora que mi empleador, la Universidad de Columbia, ha adoptado la definición de antisemitismo de la IHRA*, de repente me encuentro calificado de “antisemita” porque me opongo a la opresión de los palestinos.
G. Thomas
Couser, Mondoweiss, 31-8-2025
Traducido por Tlaxcala
G. Thomas Couser tiene un doctorado en estudios americanos de la Universidad Brown. Enseñó en el Connecticut College de 1976 a 1982, y luego en la Universidad Hofstra, donde fundó el programa de estudios sobre la discapacidad, hasta su jubilación en 2011. Se incorporó a la facultad del programa de medicina narrativa de Columbia en 2021 e introdujo un curso sobre estudios de la discapacidad en el plan de estudios en 2022. Entre sus obras académicas se encuentran Recovering Bodies: Illness, Disability, and Life Writing (Wisconsin, 1997), Vulnerable Subjects: Ethics and Life Writing (Cornell, 2004), Signifying Bodies: Disability in Contemporary Life Writing (Michigan, 2009) y Memoir: An Introduction (Oxford, 2012). También publicó ensayos personales y Letter to My Father: A Memoir (Hamilton, 2017).
En El Sol también sale de Ernest Hemingway, se le
pregunta a Mike Campbell cómo se arruinó. Él responde: “De dos maneras.
Gradualmente y luego de repente”. Podría decir lo mismo sobre mi antisemitismo.
La manera gradual implicó la evolución de mi pensamiento sobre Israel. La
manera repentina implicó la adopción de una definición controvertida del
antisemitismo por parte de la Universidad de Columbia, donde soy profesor
adjunto.
Toda mi vida me consideré filosemita, en la medida en que
era algo. Crecí en Melrose, un suburbio blanco de clase media de Boston, y no
tuve amigos o conocidos judíos en mi juventud. (Melrose no era una ciudad
exclusivamente WASP –blanca, anglosajona y protestante–: había muchos italousamericanos
e irlandousmericanos, pero en mi clase de secundaria de 400 estudiantes solo
había uno o dos judíos). Eso cambió en el verano de 1963, después de mi primer
año de secundaria, cuando participé en una sesión de verano en la Academia
Mount Hermon. Mi compañero de cuarto era judío, al igual que varios de mis
compañeros de clase. Nos llevábamos bien, y supongo que encontraba sus
intereses y valores más intelectuales y maduros que los de mis compañeros en
casa.
En Dartmouth, esa tendencia continuó. Mi compañero de
cuarto era judío; mi fraternidad incluía a varios judíos (entre ellos Robert
Reich). Apreciaba su humor irreverente, sus ocasionales expresiones en ídish y
su escepticismo laico. Cuando mis amigos judíos me decían que podía pasar por
judío, lo tomaba como un cumplido.
Pese a mis amigos judíos, Israel era un desconocido para
mí. Conocía, por supuesto, su historia. Mi generación creció leyendo el Diario
de Ana Frank o viendo la obra teatral basada en él, un clásico del teatro
escolar (incluso, o especialmente, en suburbios sin judíos como el mío). El
Holocausto era una historia sagrada. Pero no tenía un interés particular en el
Estado de Israel, ni ninguna idea sobre él. No lo necesitaba.
Con la conscripción militar acechándonos, muchos de mi
generación estaban contra la guerra; mis amigos y yo ciertamente lo estábamos.
Por eso me sorprendió que, durante la Guerra de los Seis Días de 1967, algunos
de mis amigos judíos se entusiasmaran con la guerra, jactándose incluso de que
servirían con gusto en el ejército israelí. Evidentemente, tenían un interés en
el destino de Israel que yo no compartía, lo cual era un poco misterioso para
mí. Pero suponía que su juicio estaba bien fundado; la guerra era justificada,
a diferencia de lo que hoy considero un acaparamiento de tierras. En todo caso,
esa guerra terminó rápidamente.
Poco después de graduarme, un amigo cercano de Dartmouth
(judío) y su esposa judía, a quien conocía desde Mount Hermon, me presentaron a
una de sus compañeras de clase en Brandeis. Salimos juntos, nos enamoramos y
nos casamos. Claro que no fue tan sencillo. En ese entonces, no era fácil
encontrar un rabino que aceptara celebrar el matrimonio de un protestante y una
judía laica. Después de varias entrevistas infructuosas, contratamos a un
rabino que era capellán en Columbia. Nos divorciamos unos cinco años después,
pero el fracaso de nuestro matrimonio no tuvo nada que ver con diferencias
religiosas, y seguimos siendo amigos.
En las décadas siguientes obtuve un doctorado en estudios
americanos y enseñé literatura americana en el Connecticut College y luego en
Hofstra. Como profesor, tuve muchos estudiantes y colegas judíos (especialmente
en Hofstra) y me llevé bien con ellos.
Pero Israel siempre estaba en segundo plano.
Deliberadamente evitaba reflexionar críticamente sobre él. Recuerdo haberle
dicho a un amigo judío (cuya hija vivía en Jerusalén) que no me “interesaba”
Israel. Sentía que era demasiado “complicado”. No solo eso, sino que también
era fuente de divisiones y polémicas, y no quería tomar partido. Otras
cuestiones políticas me parecían más importantes.
Por supuesto, estaba al tanto del movimiento de boicot a
Israel, que había atraído a muchos académicos, incluidos algunos a quienes
quería y admiraba. Aunque apoyaba el desinversión en Sudáfrica, desconfiaba del
boicot a Israel. Si me hubieras preguntado alrededor del 2000, habría
respondido: “¿Por qué centrarse en Israel?”. Eso implicaba que, aunque el país
podía ser problemático, había otros regímenes opresivos en el mundo.
Pues bien, basta decir que mi pregunta encontró su
respuesta en la reacción desproporcionada de Israel al ataque de Hamás del 7 de
octubre. No necesito repasar los acontecimientos de los últimos dos años. Las
imágenes incesantes de la ofensiva genocida contra los gazatíes transformaron
gradualmente mi actitud hacia Israel: de la indiferencia benevolente de mi
juventud y la cautela prudente de la madurez a una hostilidad y una ira
crecientes. Esta hostilidad se aplica, por supuesto, no solo al régimen israelí,
sino también al apoyo usamericano que recibe. Siento que nuestra complicidad en
este horror inflige una herida moral constante a quienes se oponen, sobre todo
porque nos sentimos impotentes para detenerlo.
Me persiguen las palabras de Aaron Bushnell, que se
inmoló en protesta: “A muchos de nosotros nos gusta preguntarnos: ‘¿Qué habría
hecho yo si hubiera vivido en la época de la esclavitud? ¿O del Jim Crow en el
Sur? ¿O del apartheid? ¿Qué haría si mi país cometiera un genocidio?’ La
respuesta es: lo estás haciendo. Ahora mismo”. Tras permanecer mucho tiempo
inactivo, me uní a Jewish Voice for Peace y contribuyo al BDS, gestos menores
que alivian un poco mi conciencia.
Mi actitud hacia Israel ha evolucionado a lo largo de las
décadas, y esa evolución se ha acelerado en los últimos años. Creo que
represento a innumerables personas más. Fuera de Europa Occidental, Israel es
cada vez más visto como una nación paria. Y en USA, su aliado y financiador más
fiel, las encuestas muestran un declive en el apoyo a Israel.
Al mismo tiempo, la definición de antisemitismo según la
Alianza internacional para el recuerdo del Holocausto se ha ampliado de tal
forma que ahora se aplica no solo al odio hacia las personas judías, sino
también a críticas al Estado israelí que me parecen obvias, justas, legítimas y
moralmente necesarias. Después de todo, varias instituciones internacionales y
académicas con autoridad para emitir tales juicios han concluido que Israel es
un Estado de apartheid que comete genocidio.
Como profesor adjunto de medicina narrativa en Columbia,
me consternó la reciente aceptación por parte de la universidad de esta
definición ampliada de antisemitismo, en respuesta a la presión ejercida por la
administración Trump, que busca castigar a la institución por su supuesta
tolerancia hacia las protestas.
A los administradores universitarios les gusta declarar
que “El antisemitismo no tiene cabida” en sus instituciones. Pero saben que un
gran número de profesores y estudiantes son antisemitas según la definición que
han adoptado. ¿Qué significa para mí, y para otros profesores como yo, críticos
de Israel, enseñar en una institución que implícitamente nos califica de
antisemitas? Quizá no se nos despida, pero sin duda se nos desanima de hablar.
Esa definición parece lamentable en varios sentidos. Ante
todo, me parece lógicamente errónea, porque confunde las actitudes hacia un
Estado étnico con las actitudes hacia la etnia privilegiada por ese Estado. Esa
distinción puede ser difícil de hacer en la práctica, pero es bastante clara
conceptualmente. Como le gusta señalar a Caitlin Johnstone, si los palestinos
odian a los judíos, no es por su religión o etnicidad, sino porque el Estado
judío es su opresor.
Confundir la crítica a Israel con el odio a los judíos
puede ser un medio manifiestamente práctico de descartar las críticas difamando
a los opositores, y ello alimenta el discurso sobre el aumento del
antisemitismo. Pero eso ignora el papel del genocidio cometido por Israel en
esta aparente tendencia. Además de los actos verdaderamente antisemitas,
ciertas actividades antiisraelíes o antisionistas han sido consideradas
antisemitas. Si el antisemitismo ha aumentado, no es en un vacío histórico.
En cualquier caso, esta definición ampliada podría
resultar contraproducente. Borrar la distinción entre el Estado de Israel y las
personas judías corre el riesgo de extender el odio hacia Israel a toda la
comunidad judía. Además, la definición de la IHRA corre el riesgo de debilitar
o incluso suprimir el estigma del antisemitismo. Si oponerse a la empresa
genocida de Israel me convierte a mí (y a tantas personas que admiro) en
antisemita, ¿dónde está el problema? Cuando era más joven, me habría
horrorizado ser acusado de antisemitismo. Hoy, puedo encogerme de hombros.
Finalmente, como miembro de larga data de la ACLU, me preocupa
mucho lo que esta definición implica para la libertad de expresión y la
libertad académica. En circunstancias normales, el tema de Israel no estaría en
mis pensamientos ni en la agenda de mis clases en Columbia. Pero ahora será, de
alguna manera, el elefante en la habitación, ¿verdad? Seré hiperconsciente de
la posibilidad de que cualquier alusión a Gaza pueda señalarse como una amenaza
para los estudiantes judíos. Lamentablemente, si yo mismo y otros críticos de
Israel (muchos de ellos judíos) somos ahora antisemitas, es porque Israel y la
IHRA nos han hecho así.
NdT
*Véase Definición del Antisemitismo de la Alianza Internacional para el Recuerdo del Holocausto
Toute ma vie, j’ai ressenti une forte affinité avec les personnes juives, mais maintenant que mon employeur, l’université Columbia, a adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA*, je me retrouve soudainement qualifié d’« antisémite » parce que je m’oppose à l’oppression des Palestiniens.
G. Thomas Couser, Mondoweiss,
31/8/2025
Traduit par Tlaxcala
G. Thomas Couser est titulaire d’un doctorat en études américaines de l’université Brown. Il a enseigné au Connecticut College de 1976 à 1982, puis à l’université Hofstra, où il a fondé le programme d’études sur le handicap, jusqu’à sa retraite en 2011. Il a rejoint la faculté du programme de médecine narrative de Columbia en 2021 et a introduit un cours sur les études du handicap dans le programme d’études en 2022. Parmi ses ouvrages universitaires, citons Recovering Bodies: Illness, Disability, and Life Writing (Wisconsin, 1997), Vulnerable Subjects: Ethics and Life Writing (Cornell, 2004), Signifying Bodies: Disability in Contemporary Life Writing (Michigan, 2009) et Memoir: An Introduction (Oxford, 2012). Il a également publié des essais personnels et Letter to My Father: A Memoir (Hamilton, 2017).
Dans Le
soleil se lève aussi d’Ernest Hemingway, on demande à Mike Campbell
comment il a fait faillite. Il répond : « De deux façons. Progressivement, puis
soudainement. » Je pourrais dire la même chose à propos de mon antisémitisme.
La façon progressive a impliqué l’évolution de ma pensée sur Israël. La façon
soudaine a impliqué l’adoption d’une définition controversée de l’antisémitisme
par l’université Columbia, où je suis professeur adjoint.
Toute ma
vie, je me suis considéré comme philosémite, si tant est que je sois quelque
chose. Ayant grandi à Melrose, une banlieue blanche de classe moyenne de
Boston, je n’avais aucun ami ou connaissance juif dans ma jeunesse. (Melrose n’était
pas une ville exclusivement WASP (blanche, anglosaxonne et protestante :
il y avait beaucoup d’Italiens et d’Irlandais usaméricains, mais dans ma classe
de lycée de 400 élèves, il n’y avait qu’un ou deux Juifs.) Cela a changé à l’été
1963, après ma première année de lycée, lorsque j’ai participé à une session d’été
à la Mount Hermon Academy. Mon camarade de chambre était juif, tout comme
plusieurs élèves de ma classe. Nous nous entendions bien, et je suppose que je
trouvais leurs intérêts et leurs valeurs plus intellectuels et plus mûrs que
ceux de mes camarades de classe chez moi.
À Dartmouth,
cette tendance s’est poursuivie. Mon colocataire était juif ; ma fraternité
comptait plusieurs Juifs (dont Robert Reich). J’appréciais leur humour
irrévérencieux, leurs expressions yiddish occasionnelles et leur scepticisme
laïc. Lorsque mes amis juifs me disaient que je pouvais passer pour un Juif, je
le prenais comme un compliment.
Malgré mes
amis juifs, Israël était une inconnue pour moi. Je connaissais bien sûr son
histoire. Ma génération a grandi en lisant le Journal d’Anne Frank ou en
voyant la pièce de théâtre qui en a été tirée, un incontournable du théâtre
lycéen (même, ou surtout, dans les banlieues sans Juifs comme la mienne). L’Holocauste
était une histoire sacrée. Mais je n’avais aucun intérêt particulier pour l’État
d’Israël, ni aucune idée à son sujet. Je n’en avais pas besoin.
Avec la
conscription militaire qui nous guettait, beaucoup de gens de ma génération
étaient contre la guerre ; mes amis et moi l’étions certainement. J’ai donc été
surpris lorsque, pendant la guerre des Six Jours de 1967, certains de mes amis
juifs se sont enthousiasmés pour la guerre, se vantant même de servir
volontiers dans l’armée israélienne. De toute évidence, ils avaient un intérêt pour
le sort d’Israël qui me manquait, ce qui était un peu mystérieux pour moi. Mais
je supposais que leur jugement était fondé ; la guerre était justifiée,
contrairement à ce que je considère aujourd’hui comme accaparement de terres. De
toute façon, cette guerre a rapidement pris fin.
Peu après
avoir obtenu mon diplôme, un ami proche de Dartmouth (juif) et sa femme juive,
que je connaissais depuis Mount Hermon, m’ont présenté une de ses camarades de
classe à Brandeis. Nous sommes sortis ensemble, sommes tombés amoureux et nous
sommes mariés. Bien sûr, ça n’a pas été si simple que ça. À l’époque, il n’était
pas facile de trouver un rabbin qui accepterait de célébrer le mariage d’un
protestant et d’une juive laïque. Après plusieurs entretiens infructueux, nous
avons engagé un rabbin qui était aumônier à Columbia. Nous avons divorcé
environ cinq ans plus tard, mais l’échec de notre mariage n’avait rien à voir
avec des divergences religieuses, et nous sommes toujours amis.
Au cours des
décennies suivantes, j’ai obtenu un doctorat en études américaines et j’ai
enseigné la littérature américaine au Connecticut College, puis à l’université
Hofstra. En tant que professeur, j’avais de nombreux étudiants et collègues
juifs (en particulier à Hofstra) et je m’entendais bien avec eux.
Mais Israël
était toujours présent en arrière-plan. J’évitais délibérément d’y réfléchir de
manière critique. Je me souviens avoir dit à un ami juif (dont la fille vit à
Jérusalem) que je ne « m’intéressais pas » à Israël. J’avais le sentiment que c’était
trop « compliqué ». Pas seulement ça, mais aussi source de divisions et de
controverses, et je ne voulais pas prendre parti. D’autres questions politiques
étaient plus importantes à mes yeux.
Bien sûr, j’étais
au courant du mouvement de boycott d’Israël, qui avait rallié de nombreux
universitaires, y compris des personnes que j’aimais et admirais. Même si je
soutenais le désinvestissement en Afrique du Sud, je me méfiais du boycott d’Israël.
Si vous m’aviez posé la question vers 2000, j’aurais répondu : « Pourquoi s’en
prendre à Israël ? » Cela sous-entendait que même si le pays pouvait poser
problème, il existait d’autres régimes oppressifs dans le monde.
Eh bien, il suffit de dire que ma question a trouvé sa réponse dans la réaction disproportionnée d’Israël à l’attaque du Hamas le 7 octobre. Je n’ai pas besoin de revenir sur les événements des deux dernières années. Les images incessantes de l’assaut génocidaire contre les Gazaouis ont progressivement fait évoluer mon attitude envers Israël, passant de l’indifférence bienveillante de ma jeunesse et de la méfiance prudente de l’âge mûr à une hostilité et une colère croissantes. Cette hostilité s’applique bien sûr non seulement au régime israélien, mais aussi au soutien usaméricain dont il bénéficie. J’ai le sentiment que notre complicité dans cette horreur inflige une blessure morale constante à ceux qui s’y opposent, d’autant plus que nous nous sentons impuissants à y mettre fin.
Je suis
hanté par les paroles d’Aaron Bushnell, qui s’est immolé par le feu en signe de
protestation : « Beaucoup d’entre nous aiment se demander : « Que ferais-je si
j’avais vécu à l’époque de l’esclavage
? Ou du Jim Crow dans
le Sud ? Ou de l’apartheid
? Que ferais-je si mon pays commettait un génocide ? » La réponse est : vous le
faites. En ce moment même. » Après être resté longtemps inactif, j’ai rejoint
Jewish Voice for Peace et je contribue au BDS, des gestes mineurs qui apaisent
un peu ma conscience.
Mon attitude
envers Israël a donc évolué au fil des décennies, et cette évolution s’est
accélérée ces dernières années. Je pense être représentatif d’innombrables
autres personnes. En dehors de l’Europe occidentale, Israël est de plus en plus
considéré comme une nation paria. Et aux USA, son allié et bailleur de fonds le
plus fidèle, les sondages d’opinion montrent un déclin du soutien à Israël.
Dans le même
temps, la définition de l’antisémitisme, selon l’Alliance internationale
pour la mémoire de l’Holocauste, a été élargie de sorte qu’elle s’applique
désormais non seulement à la haine du peuple juif, mais aussi aux critiques de
la nation israélienne qui me semblent évidentes, justes, légitimes et
moralement nécessaires. Après tout, diverses institutions internationales et
universitaires habilitées à porter de tels jugements ont conclu qu’Israël est
un État d’apartheid qui commet un génocide.
En tant que
professeur adjoint en médecine narrative à Columbia, j’ai été consterné par l’acceptation
récente par l’université de cette définition élargie de l’antisémitisme, en
réponse à la pression exercée par l’administration Trump, qui cherche à punir l’institution
pour sa prétendue tolérance à l’égard des manifestations.
Les
administrateurs universitaires aiment faire des déclarations telles que « L’antisémitisme
n’a pas sa place » dans leurs institutions. Mais ils savent qu’un grand nombre
de professeurs et d’étudiants sont antisémites selon la définition qu’ils ont
adoptée. Que signifie pour moi, et pour d’autres professeurs comme moi, qui
sommes critiques à l’égard d’Israël, d’enseigner dans une institution qui nous
qualifie implicitement d’antisémites ? Nous ne serons peut-être pas licenciés,
mais nous sommes certainement découragés de nous exprimer.
Cette
définition semble regrettable à plusieurs égards. Tout d’abord, elle me semble
logiquement erronée, car elle confond les attitudes envers un État ethnique
avec les attitudes envers l’ethnie privilégiée par cet État. Cette distinction
peut être difficile à faire dans la pratique, mais elle est assez claire sur le
plan conceptuel. Comme Caitlin Johnstone aime à le souligner, si les
Palestiniens haïssent les Juifs, ce n’est pas à cause de leur religion ou de
leur ethnicité, mais parce que l’État juif est leur oppresseur.
Confondre le
reproche fait à Israël avec la haine des Juifs peut être un moyen manifestement
pratique d’écarter les critiques en diffamant ses adversaires, et cela soutient
le discours sur la montée de l’antisémitisme. Mais cela ignore le rôle du
génocide commis par Israël dans cette tendance apparente. Outre les actes
véritablement antisémites, certaines activités anti-israéliennes ou
antisionistes ont été considérées comme antisémites. Si l’antisémitisme a
augmenté, ce n’est pas dans un vide historique.
Quoi qu’il
en soit, cette définition élargie pourrait finalement s’avérer
contre-productive. Effacer la distinction entre l’État d’Israël et les personnes
juives risque d’inviter à étendre la haine d’Israël à l’ensemble de la
communauté juive. En outre, la définition de l’IHRA risque d’affaiblir ou de
supprimer la stigmatisation de l’antisémitisme. Si l’opposition à l’entreprise
génocidaire d’Israël fait de moi (et de tant de personnes que j’admire) un
antisémite, où est le problème ? Quand j’étais plus jeune, j’aurais été
horrifié d’être accusé d’antisémitisme. Aujourd’hui, je peux hausser les
épaules.
Enfin, en
tant que membre de longue date de l’ACLU, je suis
très préoccupé par les implications de cette définition pour la liberté d’expression
et la liberté académique. Dans le cours normal des choses, le sujet d’Israël ne
serait pas dans mes pensées ni à l’ordre du jour dans ma classe à Columbia.
Mais ce sera en quelque sorte l’éléphant dans la pièce, n’est-ce pas ? Je serai
hyper conscient de la possibilité que toute allusion à Gaza puisse être
signalée comme une menace pour les étudiants juifs. Malheureusement, si
moi-même et d’autres critiques d’Israël (dont beaucoup sont eux-mêmes juifs)
sommes désormais antisémites, c’est parce qu’Israël et l’IHRA nous ont rendus
tels.
NdT
Nate Bear, Do Not Panic!, 2/7/2025
Traduit par Tlaxcala
Nate/Nathan a travaillé comme journaliste, responsable des relations publiques et de la communication pour des entreprises, des fonds monétaires, des ONG, des organisations climatiques et des groupes de défense de la faune sauvage. Il a vécu et étudié en Angleterre, aux USA et en Espagne. Sa vie d'adulte a été marquée par un processus de radicalisation. Il est passé d'un libéral modéré à quelqu'un dont les convictions et la compréhension du monde se rapprochent davantage de celles d'un révolutionnaire.
Les développeurs à l’origine de centaines d’applications Android et iPhone téléchargées des milliards de fois sont d’anciens espions israéliens dont les applications génèrent des revenus importants pour l’économie de guerre génocidaire d’Israël.
Les applications que j’ai identifiées vont des applications inoffensives d’édition d’images et de vidéos aux jeux occasionnels, et la plupart des utilisateurs ne se rendent pas compte qu’ils installent des produits israéliens sur leurs téléphones. Beaucoup de ces développeurs d’applications opèrent dans l’ombre, leurs structures de propriété sont opaques et l’identité de leurs propriétaires n’est généralement pas connue.
L’identification de ces applications devrait ajouter une nouvelle dimension au mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions, car elle offre aux citoyens ordinaires un moyen simple d’éviter les produits israéliens qui contribuent à l’apartheid, au génocide et au nettoyage ethnique.
La prolifération de ces applications sur l’App Store d’Apple et le Google Play Store soulève également des questions sur la confidentialité et la collecte de données personnelles, compte tenu de la réputation de la technologie israélienne et des scandales passés impliquant des logiciels espions introduits clandestinement dans des appareils par des applications fabriquées en Israël.
L’une des plus importantes sociétés holding et développeurs d’applications israéliennes est ZipoApps, dont le modèle consiste à racheter et à monétiser des applications à grande échelle. Les applications détenues par Zipo (également connue sous le nom de Rounds.com) comprennent une suite d’applications d’édition de photos et de vidéos qui ont été téléchargées des centaines de millions de fois. Parmi les applications individuelles, on trouve Collage Maker Photo Editor et Instasquare Photo Editor : Neon, qui ont toutes deux été téléchargées plus de 50 millions de fois sur le Google Play Store. Parmi les autres produits de ZipoApps, on trouve des outils d’édition et de retouche de photos de bébés. En 2022, le fondateur et PDG de Zipo, Gal Avidor, a déclaré lors d’une interview (sa seule interview à ce jour) que tous les fondateurs de la société sont d’anciens membres des services de renseignement israéliens de l’unité 8200. Sur Reddit, les utilisateurs se sont plaints de l’approche de ZipoApps en matière de confidentialité et d’exploration de données. Un groupe d’outils populaire connu sous le nom de Simple Gallery est passé d’un produit gratuit et open source à un produit payant avec des publicités et des traceurs seulement une semaine après son acquisition par ZipoApps.
Une autre application de retouche photo israélienne disponible sur le Play Store est Bazaart, qui utilise l’intelligence artificielle. Elle a été fondée par Dror Yaffe et Stas Goferman, deux anciens officiers du renseignement de l’armée israélienne. Goferman a largement dépassé la durée de son service obligatoire, passant une décennie dans l’armée israélienne jusqu’en 2011.
Facetune, développée par Lightricks et disponible sur Android et iPhone, est une autre application israélienne de retouche photo qui compte plus de 50 millions d’installations. Les utilisateurs de l’Apple Store ont qualifié Facetune, qui exige l’accès à des identifiants uniques et à votre emplacement, d’arnaque. Le cofondateur de Lightricks, Yaron Inger, a passé cinq ans dans l’unité 8200.
Si vous aimez les jeux mobiles ou si vous créez des jeux mobiles pour les vendre, vous avez certainement déjà rencontré la société israélienne Supersonic de Unity, sans le savoir. Avec des milliards de téléchargements ces dernières années, Supersonic est l’un des plus grands éditeurs de jeux mobiles au monde, avec un chiffre d’affaires estimé à environ 23 millions de dollars par an. Au début de l’année, la société a annoncé qu’elle détenait trois des dix jeux mobiles les plus téléchargés au monde par les joueurs occasionnels : Build a Queen, Going Balls et Bridge Race. Trash Tycoon est un autre titre populaire. La société propose également un jeu appelé « Conquer Countries », qui a été téléchargé des millions de fois et dont la publicité met en scène une version caricaturale de Donald Trump. Le fondateur de Supersonic, Nadav Ashkenazy, a passé sept ans et demi dans l’armée israélienne, où il a gravi les échelons jusqu’à devenir chef des opérations de l’armée de l’air israélienne, dirigeant près de la moitié du personnel à temps plein. Vous pouvez voir tous les jeux de Supersonic ici.
Playtika est un autre développeur israélien d’applications de jeux mobiles plus connu, dont nous n’avons pas besoin d’estimer les revenus. Cotée au NASDAQ, Playtika génère plus de 2,5 milliards de dollars de revenus, ce qui représente des recettes fiscales importantes pour la machine de guerre israélienne. Playtika, qui développe des applications de jeux d’argent, est étroitement liée à la machine de guerre génocidaire israélienne. La société a été fondée par Uri Shahak, fils de l’ancien chef de l’armée israélienne, Amnon Lipkin-Shahak, et son rapport annuel de l’année dernière a révélé que 14 % de son personnel avait été appelé en tant que réservistes pour participer au génocide à Gaza. L’actuel PDG, Robert Antokol, affirme que la société a une « responsabilité » envers Israël et que les impôts payés par son personnel sont « merveilleux pour l’économie israélienne ».
Une autre
entreprise israélienne dont les applications ont été téléchargées des milliards
de fois est Crazy Labs. Avec une valeur estimée à environ 1 milliard de dollars
et un chiffre d’affaires estimé à 200 millions de dollars, Crazy Labs est un
autre fabricant d’applications qui fait partie intégrante de l’économie
israélienne. Ses titres les plus vendus sont Phone Case DIY, Miraculous Ladybug
& Cat Noir et Sculpt People. Vous pouvez consulter la liste complète des
applications Crazy Lab sur le Google Play Store. Les fondateurs
de Crazy Labs sont tous d’anciens membres de l’armée israélienne, y compris
Sagi Schliesser, qui a largement dépassé la durée de son service obligatoire en
restant dans l’armée et en contribuant à la mise en place de l’architecture
numérique de l’apartheid pendant huit ans.
Moovit est
une application dont vous avez peut-être entendu parler, mais dont vous ne
saviez pas qu’elle était israélienne. Cette application de transport urbain a
été fondée par plusieurs anciens membres de l’armée israélienne, dont Nir Erez,
qui a passé plusieurs années au centre informatique spécialisé de l’armée
israélienne, connu sous le nom de Mamram, qui, selon la propagande israélienne, forme
des « cyber-guerriers ». En tant qu’unité chargée de gérer l’intranet de l’armée,
Mamram joue un rôle central dans le génocide perpétré par Israël à Gaza.
Moovit, qui compte près d’un milliard d’utilisateurs et génère des revenus
importants pour Israël, est un partenaire officiel des Jeux olympiques, des championnats d’Europe de
football et partenaire de Microsoft.
Avec des
centaines de millions d’installations, Call App, qui filtre les appels
téléphoniques indésirables, est un autre produit de l’économie militaire
israélienne. Le fondateur et PDG de Call App, Amit On, a passé trois ans dans l’unité
8200 dans les années 2000. L’application compte plus de 100 millions d’utilisateurs.
Dans le
domaine des services de transport à la demande, Gett, qui se concentre sur les
passagers d’affaires et est particulièrement populaire à Londres pour commander
des taxis noirs, a été fondée par les anciens membres de l’unité 8200 Roi More
et Shahar Waiser. Il convient également de mentionner l’application de
navigation GPS Waze, probablement l’application israélienne la plus célèbre de
la dernière décennie, rachetée par Google en 2013 pour 1,3 milliard de dollars
et également fondée par d’anciens espions de l’unité 8200.
Une autre
application israélienne à croissance rapide qui a été présentée dans l’émission
d’Oprah, dans le New York Times et sur CNN est Fooducate, dont le fondateur,
Hemi Weingarten, a participé à des missions de bombardement pour l’armée de l’air
israélienne.
Parmi les
autres vétérans de l’armée de l’air israélienne à l’origine d’applications
populaires, on trouve le couple Gilad et Liat Mordechay Hertanu, qui gèrent l’application
d’assistant personnel et de synchronisation de calendrier 24me. Liat était
officier dans l’armée de l’air israélienne, tandis que Gilad était pilote et a
participé à des missions de bombardement.
Cette
révélation, qui fait suite à mes enquêtes sur l’ancienne unité 8200 développant
l’IA pour les géants de la technologie et sur les anciens soldats de l’armée
israélienne travaillant chez Meta et Google, confirme encore davantage à quel
point Israël est profondément et insidieusement ancré dans nos vies numériques.
Ces enquêtes
révèlent également à quel point Israël dépend fondamentalement de sa domination
permanente sur les Palestiniens, car la seule chose de valeur que produit le
pays sont les entreprises technologiques fondées par d’anciens membres de l’armée
israélienne. Sans la possibilité de former ses citoyens à devenir des espions
et des soldats, et de massacrer les Palestiniens à volonté, l’économie
israélienne s’effondrerait.
Pourtant, la
plupart des personnes qui utilisent ces applications les ont téléchargées de
bonne foi, sans se douter qu’elles contribuent à l’économie d’occupation, d’apartheid
et de génocide d’Israël.
De plus, ces applications collectent des
informations et des données, y compris de grandes quantités d’images
personnelles, et les transmettent aux partisans d’Israël qui s’engagent à maintenir
le pays en tant qu’État d’apartheid.
Vérifiez
donc votre téléphone et faites passer le mot.