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25/01/2026

Gaza: Past, Present, Future?
Truth and the Battle for Free Speech
Norman Finkelstein's Talk at University of Massachusetts – Amherst, Sept. 24, 2025


The genocide in Gaza has sparked a global battle for freedom of expression, opinion, and organization, both in the North and South of the planet. The response of so-called democratic regimes to movements of solidarity with the Palestinian people has been appalling, marked by the most brutal repression of actions and words, from Berlin to Tangier, from London to New York. Norman Finkelstein, a Jewish scholar and son of Holocaust survivors, was ostracized long before October 7, 2023, for his denunciation of what he called the Holocaust industry. His talk at the University of Massachusetts in September 2025 was historic. It was his first appearance at a US university since October 7. His words deserve to be engraved in the marble of history. Here they are.

The Glocal Workshop, January 2026
50 pages, A5
Dewey Decimal Classification: 956.94 – 323.119 – 323.44 – 378.121 – 378.744

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    20/01/2026

    « Pourquoi ne manifestent-ils pas pour l’Iran ? » : une question qui dénote la dépravation morale de ceux qui la posent, en Israël et aux USA

    Dahlia Scheindlin, Haaretz, 16/01/2026
    Traduit par Tlaxcala



    Une femme israélienne lors d’un rassemblement de solidarité avec les manifestants iraniens, à Holon, une banlieue de Tel Aviv, mercredi. Photo Moti Milrod

    Des Israéliens qui n’ont jamais rejoint de manifestations pour leurs concitoyens tués en nombre sans précédent dans une vague de violence criminelle et n’envisageraient pas de manifester pour les civils de Gaza, sont consternés par ce qu’ils perçoivent comme le silence de la gauche mondiale sur l’Iran.

    Depuis que le massacre de ses citoyens par le régime iranien a commencé la semaine dernière, des Israéliens et des figures pro-israéliennes dénoncent l’hypocrisie mondiale. Ils voulaient savoir : où étaient les manifestants à travers le monde et sur les campus universitaires pour soutenir les droits humains en Iran et contre la dictature meurtrière ? Mercredi, même Piers Morgan s’est plaint que les manifestations propalestiniennes n’ont jamais vraiment été à propos de droits humains, mais une couverture pour la haine envers Israël et les Juifs.

    Le message s’est répandu avec une efficacité stupéfiante. Vendredi dernier, un commentateur israélien populaire a dénoncé l’absence de manifestations de masse en Occident. Dès lundi, des voix palestiniennes parodiaient déjà le message. Une animatrice de télévision israélienne a posté avec indignation contre des célébrités américaines qui portaient des pins de protestation contre l’ICE et la mort de Renee Good dans le Minnesota la semaine dernière, plutôt que de soutenir l’Iran.

    Le diffuseur public israélien Kan a diffusé un long segment mettant en vedette la directrice de l’organisation de droite Stand With Us et l’ancienne porte-parole du gouvernement israélien Eylon Levy – expliquant patiemment que « rien » ne se passe dans le monde pour soutenir les Iraniens, car l’activisme palestinien n’était qu’une campagne organisée contre Israël et les Juifs.

    Exploiter les horreurs auxquelles l’Iran est confronté pour marquer un point pour la diplomatie publique israélienne – connue en hébreu sous le nom de hasbara – est avant tout une distraction grotesque des événements en Iran. Et ce n’est que le début de ce qui ne va pas dans cet argument.

    Premièrement, absolument : Les peuples du monde devraient soutenir les Iraniens essayant de renverser un régime violent, fondamentaliste, oppressif et chauvin. Je souhaite qu’ils le fassent, de la même manière que je souhaite que plus de gens se mobilisent pour soutenir l’Ukraine et le Soudan.

    Les Israéliens devraient également être dans les rues pour manifester. Ils devraient s’exprimer pour protéger la vie des citoyens arabo-palestiniens d’Israël, qui sont tués dans des attaques criminelles à un rythme de plus d’un par jour en 2026, tandis que les forces de l’ordre sont pratiquement indifférentes. Incompréhensiblement, presque aucun Israélien juif ne le fait. 99,9 % des Israéliens juifs n’envisageraient jamais non plus de manifester pour les civils palestiniens à Gaza. Alors oui, absolument, le monde est hypocrite et injuste, et les Israéliens n’ont pas la crédibilité pour s’en plaindre.

    Mais l’accusation est aussi curieuse d’un point de vue factuel, étant donné qu’il y a eu des manifestations littéralement à travers le monde pour les Iraniens : Londres ; Manchester ; Paris ; Berlin ; Hambourg ; Munich ; Vienne ; Bruxelles ; Finlande ; Washington DC ; Los Angeles – où des gens ont été percutés par un camion ; Madrid ; Sydney, et dans au moins quatre villes canadiennes – Montréal, Toronto, Ottawa et Vancouver (« Ma vidéo ne capture pas combien de personnes sont là mais il y en a beaucoup », a écrit un ami à Vancouver). Des actes de provocation devant des ambassades et des remplacements de drapeaux du régime ont été signalés à Séoul, Prague, Stockholm et Ljubljana, Slovénie.


    Des Iraniens résidant en Arménie tiennent une manifestation de solidarité avec les manifestants iraniens, devant l’ambassade d’Iran à Erevan jeudi. Photo Karen Minasyan / AFP

    Personne ne suivant la ligne de la hasbara n’a mentionné cette mobilisation mondiale. C’est compréhensible – avec seulement Reuters, CBC, Euronews, la couverture des médias sociaux et des médias locaux, il faudrait un googlage intrépide pour découvrir les manifestations.

    Ah, l’argument serait : mais ce ne sont que des Iraniens de la diaspora, pas d’autres. Où sont les citoyens occidentaux de gauche, progressistes ? De façon anecdotique, il y a une part de vérité là-dedans. Mais je devine que ces critiques n’ont pas examiné les images, inspecté les visages ou appelé des amis dans ces lieux lointains pour vérifier, quand une impression idéologiquement motivée suffit.

    J’ai fait des appels. J’ai parlé à Sara Bazoobandi, une Iranienne de la diaspora qui est chercheuse à l’Institut pour la politique de sécurité de l’Université de Kiel en Allemagne. Elle a exprimé une certaine frustration qu’il n’y ait pas plus de libéraux occidentaux rejoignant la cause. Elle a aussi mentionné une belle histoire à propos d’une femme allemande juive âgée qui l’a abordée lors d’une manifestation à Hambourg, pour exprimer son soutien. Il est peu probable que cette femme ait été la seule supportrice non iranienne là-bas.

    Mais ignorer les manifestations de la diaspora iranienne est un message en soi. Si les Iraniens manifestant à travers le monde ne comptent pas, cela ne voudrait-il pas dire que les manifestants palestino-usaméricains ne comptent pas non plus ?

    Ensuite, les théoriciens de l’hypocrisie diront ah, mais il n’y a pas de manifestations sur les campus soutenant les droits humains en Iran. Le spécialiste des études juives Tomer Persico sait pourquoi : c’est parce que les étudiants universitaires occidentaux sont affligés par une dissonance cognitive. N’attendez pas de preuve – son opinion fermement ancrée devra suffire.


    Des citoyens arabes d’Israël manifestent à Jérusalem l’année dernière, demandant à la police d’en faire plus pour stopper la criminalité dans leur communauté. Photo Olivier Fitoussi

    Explications alternatives et logiques

    Mais le fait demeure qu’il y a peu de manifestations de masse d’USAméricains ou d’Occidentaux au-delà des groupes de la diaspora iranienne, ou d’étudiants universitaires de diverses origines. Pourquoi ?

    Une explication différente pourrait s’appuyer sur des différences empiriques entre l’Iran et Gaza. Les étudiants et les citoyens savent que leurs institutions ou pays soutiennent le côté qu’ils considèrent comme l’agresseur dans le conflit israélo-palestinien. Vous pouvez être d’accord ou pas, mais ce n’est pas une « dissonance cognitive » de le croire. Vous pouvez argumenter sur un deux poids-deux mesures, mais en Occident, tout le monde sait qu’Israël prétend être une démocratie tout en réprimant les Palestiniens depuis toute son histoire, vous rétorqueront-ils alors.

    Les Occidentaux savent aussi que les actions d’Israël ne sont possibles qu’avec le soutien politique, économique et militaire énorme et à long terme de leurs pays à l’État juif.

    Quand les gens manifestent, ils demandent généralement quelque chose. Même quelques centaines de personnes à Montréal ont manifesté à propos de l’Iran devant une station de nouvelles, pour exiger une couverture plus complète des atrocités du régime iranien.
    Les manifestants aux USA pour les Palestiniens exigeaient une pression gouvernementale sur Israël pour qu’il cesse de permettre la guerre ; les étudiants exigeaient que les universités se désengagent, même sans savoir comment cela fonctionne. Personne n’aurait jamais dû ignorer le 7 octobre, et une tache d’immoralité et de malhonnêteté reste sur quiconque l’a fait.

    Des tentes abritant des familles palestiniennes déplacées installées le long du rivage à Gaza Ville, cette semaine. Photo Omar Al-Qattaa / AFP

    Exiger qu’Israël arrête une guerre qui implique un siège massif et des meurtres de civils à Gaza équivaut à demander aux USAméricains que les USA agissent contre l’agresseur en Iran tuant des civils. Sauf que le gouvernement usaméricain fait cela depuis des décennies.

    L’Amérique a imposé des sanctions au régime à partir de 1979. Celles-ci sont devenues un vaste réseau de sanctions et de limitations au fil des ans, avec seulement une pause partielle et limitée sous le JCPOA, l’accord nucléaire iranien de 2015, puis réimposées en 2018 lorsque les USA se sont retirés. En septembre, le Conseil européen a également réinstauré ses sanctions, suite au « retour automatique » à la fin de l’accord de 2015. Et nul besoin de rappeler que les USA ont déjà agi militairement contre l’Iran, aux côtés d’Israël, en juin dernier.

    Quelques jours après les rapports faisant état de tueries de manifestants par le régime, le président Trump a annoncé des droits de douane usaméricains de 25% sur les pays commerçant avec Téhéran. Et au moment où ces lignes sont écrites, le monde est en alerte maximale pour une autre frappe militaire usaméricaine possible contre l’Iran. Ceux qui détestent le régime iranien pourraient ne pas avoir d’autres demandes supplémentaires, pour l’instant. Il est difficile d’exiger que votre université se désengage lorsqu’elle n’est pas investie dans des entreprises iraniennes.

    Maintenant, si vous êtes USAméricain et que vous vous opposez au régime israélien pour l’occupation et le siège extrême, les punitions collectives et les bombardements aveugles de Gaza en réponse au 7 octobre, vous exigerez que votre gouvernement fasse tout différemment : qu’il cesse de financer, d’armer et de fournir l’armure diplomatique impénétrable pour Israël qui a assuré que sa guerre à Gaza dure depuis deux années horribles, et n’est pas tout à fait terminée.

    Des USAméricains juifs ont manifesté en novembre 2023 pour exiger la libération des otages. En fait, la plus grande partie de l’activisme juif usaméricain et pro-israélien s’est concentré sur les otages. Mais avec le gouvernement usaméricain sous Joe Biden puis Trump travaillant déjà à cet objectif, combien de manifestations de masse devaient-ils organiser ?

    Toutes les manifestations propalestiniennes sont-elles pures de cœur et dépourvues d’arrière-pensées ou d’hypocrisie ? Non. Devrait-il y avoir une bien plus grande solidarité dans ce monde pour tous les peuples cruellement tués par leurs régimes misérables ? Absolument. Mais l’accusation pro-israélienne contre le faux « silence mondial » sur l’Iran, venant de personnes qui n’envisageraient jamais de manifester pour sauver les enfants de Gaza, reflète une dissonance cognitive, et morale.

    Trump garde une option de frappe contre l’Iran sous la manche tandis que Washington fait une dernière tentative diplomatique

    Alors qu’Oman et l’Arabie saoudite poussent à des pourparlers usaméricano-iraniens, et que Steve Witkoff expose les conditions de négociation, l’hypothèse selon laquelle Trump serait irrémédiablement engagé sur une voie militaire doit être accueillie avec un scepticisme salutaire.

    Zvi Bar’el, Haaretz, 19/01/2026
    Traduit par Tlaxcala

    Résumé

    Les USA pèsent leurs options concernant l’Iran alors que les protestations s’apaisent dans la République islamique et que le bilan des morts reste incertain. Malgré les postures militaires, l’histoire des tentatives avortées de changement de régime plane en toile de fond, mettant en garde contre une action précipitée. Tandis que le régime iranien reste résilient, les canaux diplomatiques persistent malgré les pressions régionales et la possibilité de reprises des négociations nucléaires, en dépit de la répression violente de la dissidence.



    Des personnes allument leurs téléphones devant le consulat usaméricain lors d’un rassemblement en soutien aux manifestations en Iran, à Milan, Italie, mardi. Photo Claudia Greco/Reuters

    La plus grande vague de manifestations que l’Iran ait connue depuis la Révolution islamique de 1979 semble s’être dissipée, selon des rapports. Quelques manifestants se rassemblent encore dans quelques villes et des milliers de détenus sont retenus dans des centres de détention, en attente de jugement.

    Le nombre exact de morts est inconnu. Reuters a cité un officiel iranien qui a estimé qu’au moins 5 000 personnes, dont 500 membres des forces de sécurité, ont été tuées. Leurs familles ont commencé le processus de deuil, les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école, et tout le pays attend avec impatience de voir ce que le régime va faire maintenant.

    L’expérience suggère que ni les procès-spectacles ni les exécutions ne cesseront. Cependant, ces dernières seront vraisemblablement menées avec parcimonie, étalées dans le temps, afin de ne pas déclencher le retour des masses dans la rue, ou l’ « aide » usaméricaine promise et arrêtée au dernier moment.


    Une femme iranienne marche dans une rue de Téhéran, Iran, mardi. Photo  Majid Asgaripour/Reuters

    La décision usaméricaine de ne pas attaquer peut s’expliquer de plusieurs façons. La pression intense de certains États arabes, ainsi que les scénarios cauchemardesques présentés au président Trump et aux hautes figures de son administration par les dirigeants du Golfe, d’Égypte et de Turquie y ont largement contribué.

    Les interlocuteurs de Trump ont pointé un manque de préparation suffisante et de plan d’attaque efficace, ainsi que la possibilité d’une guerre civile éclatant en conséquence. S’ajoutait à cela une crainte réelle que des bombardements intensifs ne tuent et blessent de nombreux civils et ne changent le sentiment de l’opinion publique.

    L’argument final contre une attaque usaméricaine était l’absence d’une direction authentique et convenue à l’intérieur de l’Iran capable de gérer les affaires du pays, ainsi qu’un appel signalé d’Israël invoquant un manque de ressources et d’arrangements défensifs pour contrer une riposte iranienne.

    Dans un processus décisionnel ordonné, ces arguments auraient été présentés au président avant son assurance que l’USAmérique soutiendrait les manifestants – et avant qu’il ne déclare que l’armée usaméricaine était « en position et prête à tirer » [locked and loaded] pour une attaque. Ces arguments sont valables même alors qu’une attaque militaire semble inévitable.

    Ce n’est pas la première fois que les USA encouragent des manifestants à renverser un régime. En 1991, le président George H.W. Bush avait appelé les chiites en Irak à se soulever contre Saddam Hussein, promettant de leur porter secours. Saddam, contraint par un accord de cessez-le-feu qui lui interdisait d’utiliser des avions de chasse, a déployé sa flotte d’hélicoptères et son artillerie contre les rebelles chiites, massacrant des milliers de personnes et écrasant la révolte.

    En mars 2011, une coalition internationale dirigée par l’OTAN est intervenue contre le régime de Mouammar Kadhafi pour protéger les civils libyens. La Grande-Bretagne et la France ont dirigé la campagne de huit mois sous un commandement conjoint avec les USA. Des milliers de sorties aériennes et de bombardements ont été menés, accompagnés de forces spéciales au sol.

    En octobre 2011, Kadhafi était renversé et tué, et la Libye est devenue un pays divisé. Sans chef convenu, une guerre civile sanglante a éclaté, qui se poursuit à ce jour. L’opération militaire a été définie comme un échec complet, que des études et des rapports de renseignement ont principalement attribué au manque de planification pour le « jour d’après ».

    Les leçons de ces deux épisodes sont importantes à retenir alors que des forces usaméricaines se concentreraient dans la région et que le porte-avions USS Abraham Lincoln avance. Des mouvements qui alimentent les spéculations selon lesquelles les USA se préparent à renouveler leur campagne contre l’Iran pour porter un coup mortel au régime.

    La présence renforcée de l’armée usaméricaine et les préparatifs efficaces pour se défendre contre une réponse iranienne ne changent pas les conditions fondamentales caractérisant le contrôle du régime en Iran et l’incertitude quant aux conséquences politiques d’une action militaire.

    L’armée iranienne, les Gardiens de la révolution, la force entièrement volontaire des Bassidji et la police sont restés loyaux au régime, et il n’y a pas de rapports de désertions massives dans leurs rangs. Des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité continuent de patrouiller dans les rues des grandes villes, où une sorte de loi martiale a été imposée et des centaines de citoyens continuent d’être arrêtés quotidiennement.

    Le régime est structuré de telle sorte que l’ordre dirigeant continuera même si le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei est éliminé, et il ne manque pas de candidats pour le remplacer. Khamenei, 86 ans, a nommé un comité il y a environ un an pour trouver son successeur dans le cadre de son obligation constitutionnelle.


    Un homme tient une affiche du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei lors d’une cérémonie funéraire pour un groupe de forces de sécurité, tuées lors de manifestations anti-gouvernementales, à Téhéran, Iran, mercredi. Photo Vahid Salemi/AP

    Un démantèlement complet des mécanismes de pouvoir et de contrôle du régime pourrait nécessiter une contre-révolution complète et radicale d’une ampleur similaire à celle de la Révolution islamique. Mais les soldats, durant cette révolution, avaient refusé de tirer sur les manifestants, alors qu’aujourd’hui le régime a les Gardiens de la révolution et les Bassidji à sa disposition.

    En même temps, il est douteux que le public iranien, ayant subi des coups sans précédent, soit disposé ou capable de retourner dans la rue de sitôt simplement parce que Trump démontre une détermination à intervenir militairement.

    Il est important de noter que c’est le public qui a initié les manifestations, devenues les plus importantes depuis la Révolution islamique, et non une promesse d’aide usaméricaine. Les encouragements usaméricains ne sont venus qu’après le développement des manifestations, alimentant les craintes que le renversement du gouvernement ne devienne une « réalisation » usaméricaine, reproduisant le renversement en 1953 du gouvernement de Mohammad Mossadegh par les renseignements usaméricains et britanniques.

    Le jeu de devinettes entourant la possibilité que Trump entreprenne une action militaire a créé l’impression que c’est la seule voie pour résoudre la « question iranienne ». Mais la voie diplomatique n’est pas encore fermée. Trump lui-même a divulgué un message de Téhéran exprimant un désir de reprendre les négociations nucléaires, ajoutant qu’une rencontre était en préparation.

    La rencontre a été annulée lorsque l’ampleur du massacre des manifestants est devenue connue, remplacée par la menace d’une attaque, qui a été arrêtée « à la dernière minute » après que l’Iran a suspendu une série d’exécutions planifiées.

    L’activité diplomatique n’a pas cessé pendant les jours de troubles. Oman et l’Arabie saoudite, qui ont mis en garde Trump contre une action militaire en particulier, explorent la possibilité de reprogrammer la rencontre et de reprendre les négociations intensives en vue d’un accord.


    L’envoyé spécial usaméricain Steve Witkoff lors d’une conférence de presse lors du sommet dit de la « Coalition des volontaires » au palais de l’Élysée à Paris, France, janvier. Photo Ludovic Marin/Reuters

    En marge d’une conférence du Conseil israélo-usaméricain en Floride jeudi, l’envoyé de Trump Steve Witkoff n’a pas exclu la possibilité d’une résolution diplomatique et a même énuméré les questions que l’Iran devrait inclure dans un accord : la réduction de son stock de missiles, le retrait des quelque deux tonnes d’uranium enrichi à différents degrés en sa possession et les organisations proxy travaillant pour le compte de l’Iran. Les droits humains, la libération des détenus et la fin de la répression n’étaient pas dans la liste. Witkoff a dit croire que l’Iran serait disposé à faire des compromis en raison de sa situation économique désastreuse.

    Tout comme il serait imprudent d’attendre avec impatience une rencontre diplomatique irano-usaméricaine, nous devrions traiter la conclusion que Trump n’a d’autre choix que d’utiliser la force contre l’Iran et de renverser le régime avec une dose appropriée de scepticisme.

    08/12/2025

    Wie der Zionismus der Welt verkauft wurde
    Harriet Malinowitz über ihr Buch „Selling Israel: Zionism, Propaganda, and the Uses of Hasbara“

    Das neue Buch von Harriet Malinowitz, Selling Israel: Zionism, Propaganda, and the Uses of Hasbara [Israel verkaufen: Zionismus, Propaganda und der Einsatz von Hasbara], zeigt auf, wie israelische Propaganda und Öffentlichkeitsarbeit den Zionismus förderten und gleichzeitig die Unterdrückung und Enteignung der Palästinenser verschleierten.

    Eleanor J. Bader, Mondoweiss, 29.11.2025

    Übersetzt von Tlaxcala

    Eleanor J. Bader ist eine in Brooklyn, New York, ansässige freie Journalistin, die über soziale Fragen und innenpolitische Themen für Truthout, The Progressive, Lilith, In These Times, The Indypendent, Ms. Magazine und Mondoweiss schreibt.

    Im Zentrum des neu erschienenen Buches von Harriet Malinowitz stehen eine Reihe drängender Fragen. „Wie konnte eine anfänglich kleine Gruppe osteuropäischer jüdischer Denker und Aktivisten die Juden der Welt davon überzeugen, dass sie ein einziges ‘Volk’ seien, das einer gemeinsamen Bedrohung ausgesetzt sei, einen gemeinsamen Weg zur Rettung teile – und außerdem ein gemeinsames Gebot habe, diesen Weg zu verfolgen?“, fragt sie. „Wie konnten sie den Rest der Welt davon überzeugen, sie als Nation unter den Nationen aufzunehmen? Und wie konnten sie allen Beteiligten – einschließlich sich selbst – einreden, dass ihr Befreiungsprojekt ein wohltätiges, edles und legitimes Unterfangen sei, das keine Opfer und keinen Kollateralschaden verursache?“


    Die Antworten auf diese Fragen stehen im Mittelpunkt von Selling Israel. Das Buch untersucht sie nicht nur systematisch, sondern geht auch der Frage nach, wie Hasbara – eine weltweit praktizierte, aber vom israelischen Staat initiierte Propaganda- und PR-Strategie – dazu gedient hat, den Zionismus zu stärken, die Wahrnehmung der Unterdrückung der Palästinenser zu mindern und den Mythos zu verbreiten, der 78 Jahre alte Staat sei als „Land ohne Volk“ entstanden.

    Das umfassend recherchierte Werk wurde von Publisher’s Weekly als „eine beeindruckende und sorgfältige Herausforderung etablierter Narrative“ gelobt.

    Kurz nach der Veröffentlichung sprach Malinowitz mit der Journalistin Eleanor J. Bader über sich selbst, ihre Forschung und ihre Ergebnisse.

    Eleanor J. Bader: Sind Sie mit dem Glauben aufgewachsen, dass Israel für das Überleben der Juden notwendig sei?

    Harriet Malinowitz: Tatsächlich bekam ich anfangs nicht das übliche Verkaufsargument über Israel zu hören – dass das Land als sicherer Ort für Juden gegründet worden sei. Was ich stattdessen hörte, war, dass Israel wunderbar sei, weil alle dort Juden seien: die Busfahrer, die Müllmänner, die Lehrer, die Bankangestellten, die Polizisten. Einfach alle!

    Bader: Wann begannen Sie, dies in Frage zu stellen?

    Malinowitz: Es war ein allmählicher Prozess. Ich reiste 1976 zum ersten Mal mit meiner Mutter und meinem Bruder nach Israel, kehrte 1977 zurück und verbrachte mehrere Monate in einem Kibbuz. Ich besuchte das Land erneut 1982 und 1984.

    Als ich acht Jahre alt war, zog meine Tante dorthin. Sie lebte von 1962 bis 1969 in Israel, und wir schrieben uns regelmäßig Briefe. Ihre Briefe enthielten viele Schilderungen aus dem Alltag des Kibbuz.

    Mein Hebräischlehrer ließ mich ihre Briefe im Unterricht laut vorlesen und strahlte vor Stolz – bis einer der Briefe damit endete, dass Israel ein großartiges Land zum Besuchen, aber nicht zum Leben sei. Der Brief wurde mir sofort aus der Hand gerissen.

    Als meine Tante in die USA zurückkehrte, brachte sie ihren irakisch geborenen Ehemann mit, der zu Recht verbittert darüber war, wie Mizrahi-Juden in Israel von der aschkenasischen Elite behandelt wurden. Er war Ökonom und stieß dort beruflich an eine gläserne Decke. Er war froh, das Land verlassen zu können.

    Während meiner Zeit im Kibbuz arbeiteten palästinensische Männer auf den Feldern in der Nähe der Kibbuz-Mitglieder und der internationalen Freiwilligen; doch wenn wir für eine Pause in die sogenannte „Frühstückshütte“ gerufen wurden, sah ich, dass sie einfach weiterarbeiteten. Ich begegnete auch palästinensischen Händlern im Shuk [Hebr. Fürs arab. Suq], dem arabischen Markt in der Altstadt Jerusalems, und trank mit ihnen Tee. So wurde mir klar, dass das, was man mir erzählt hatte – dass alle Menschen in Israel Juden seien – nicht stimmte. Man erklärte mir, sie seien „israelische Araber“, allerdings ohne überzeugende Begründung. Das verwirrte mich völlig. Dennoch war ich überzeugt, dass ich etwas nicht verstanden hatte.

    Als ich 1984 in die USA zurückkehrte, engagierte ich mich in Solidaritätsarbeit für Zentralamerika, was mir ein neues Bewusstsein für internationale militärische Unterstützungsstrukturen und für die Propaganda vermittelte, die wir als US-Amerikaner*innen erhielten. Gleichzeitig las ich Lenni Brenners Buch Zionism in the Age of Dictators (1983), das von der Zusammenarbeit der Zionisten mit den Nazis berichtete. Das erschütterte mich tief.

    Ich wusste gerade genug, um von der ersten Intifada 1987 begeistert zu sein. Aber während der zweiten Intifada 2002 hatten die Menschen bereits Mobiltelefone, und über das Radio – Democracy Now! – konnte ich in Echtzeit Schüsse in Dschenin hören. Es gab nun Blogs und Mailinglisten, die auf neue Weise Informationen verbreiteten. Doch ich war noch immer naiv genug, um fassungslos zu sein, dass Israel einem UN-Ermittlungsteam den Zugang verweigerte. Das war ein entscheidender Wendepunkt für mich.

    Während ich 2004 in Australien war, las ich Ilan Pappés The History of Modern Palestine, um mich auf ein kleines Treffen von Journalistinnen, Akademikerinnen und Aktivistinnen in Sydney vorzubereiten, bei dem Pappé der Ehrengast war. Eine der wichtigsten Erkenntnisse dieses Abends war für mich, dass das entscheidende Jahr für das Verständnis der Situation tatsächlich 1948 ist und nicht 1967. Eine weitere Einsicht war, dass Veränderungen nicht von innerhalb Israels kommen würden, sondern von den Palästinenserinnen und ihren internationalen Verbündeten. Dieses Treffen hatte einen enormen Einfluss auf mich, und als ich in die USA zurückkehrte, vertiefte ich meine Forschung zur Geschichte Palästinas und des Zionismus und verknüpfte sie schließlich mit meiner bereits fortgeschrittenen Arbeit zur Propaganda. Bald wusste ich, dass ich ein Buch über Zionismus und Propaganda schreiben wollte – aber es dauerte zwanzig Jahre, bis ich das Projekt vollenden konnte.

    Bader: Die Vorstellung, dass Gott Israel den Juden versprochen habe, wird kaum infrage gestellt. Warum?

    Malinowitz: Ich denke, die Menschen haben Angst davor, die religiösen Überzeugungen anderer anzutasten, insbesondere wenn es um Gott geht. Außerdem glauben viele Menschen tatsächlich an diese Behauptung!

    Bader: Sie schreiben, dass Israelis den Holocaust vor den 1960er Jahren selten erwähnten, weil der Verlust von sechs Millionen Juden als Zeichen der Schwäche galt, als ob sie „wie Schafe zur Schlachtbank“ gegangen wären. Gleichzeitig erwähnen Sie, dass David Ben-Gurion den Genozid als eine „nützliche Katastrophe“ betrachtete. Können Sie das erläutern?

    Malinowitz: Ich war schockiert darüber, wie stark Holocaustüberlebende in den frühen Jahren des Staates verachtet wurden, als seien sie ein Makel auf der israelischen Männlichkeit, der beseitigt werden müsse. Später allerdings fand ein ideologischer Wandel statt: Das israelische Militär versicherte der Welt, stark, entschlossen und kampfbereit zu sein, doch gleichzeitig konnte der Holocaust angerufen werden, um Israels fortwährende Opferrolle zu betonen und sämtliche Aktionen im Namen der Verhinderung eines neuen Genozids zu rechtfertigen. Ebenso wurde der Holocaust strategisch genutzt, wenn es um internationale Spendensammlungen ging oder darum, Mitleid mit Israel als angeblich bedrängter Nation zu erzeugen.

    Bader: Der Zionismus wurde überwiegend von aschkenasischen Juden propagiert, die die Vorstellung eines einheitlichen jüdischen Volkes verbreiteten. Wie konnte sich diese Idee durchsetzen?

    Malinowitz: Der Zionismus entstand im ausgehenden 19. Jahrhundert unter jüdischen Gemeinschaften Osteuropas und Mitteleuropas als Reaktion auf ihre bedrohliche Lage. Es war viel von einem „jüdischen Volk“ die Rede, doch Juden außerhalb Europas wurden erst viel später wahrgenommen – nämlich dann, als man sie zur Bevölkerungsverstärkung benötigte. Für mich ist die Behauptung, Israel repräsentiere alle Juden, ein Trugschluss. Ich zum Beispiel wurde nie gefragt!

    Einige Menschen sprechen im Namen anderer – und nutzen sie letztlich. Der Anspruch einer Gruppe, für alle zu sprechen und ein homogenes jüdisches Volk zu verkörpern, ist Propaganda. Es erinnert mich an den weißen Feminismus der 1970er Jahre, als einige wenige Frauen behaupteten, „für alle Frauen“ zu sprechen. Wer hatte sie gewählt?

    Bader: Was ist aus dem sozialistischen Impuls geworden, der viele Zionisten Ende des 19. und Anfang des 20. Jahrhunderts antrieb?

    Malinowitz: Bis 1977, als Menachem Begin gewählt wurde und der Likud zur politischen Kraft aufstieg, wurden die Kibbuzim von Aschkenasen dominiert und erhielten erhebliche staatliche Subventionen der damals regierenden Arbeitspartei. Sie waren in Wirklichkeit nicht selbsttragend. In gewisser Weise war ihr „Sozialismus“ eher ideologisch und lebensstilorientiert als wirtschaftlich fundiert – mehr zionistisch als marxistisch. In den 1980er Jahren mussten die Kibbuzim ihre Struktur ändern, um zu überleben, und sich von der Landwirtschaft zur Industrie wenden: Tourismus, Produktion, Immobilienentwicklung, Technologie. Die utopisch-kollektivistische Stimmung war verschwunden.

    Bader: Wie hat die gezielt erzeugte Unsicherheit über Ereignisse wie die Nakba von 1948 Israels Propagandaapparat genutzt?

    Malinowitz: Zweifel kann eine mächtige Waffe sein. Es gibt ein von der Tabakindustrie entwickeltes Modell, das von Zionisten, Klima- und Holocaustleugnern, Leugnern des armenischen Genozids und anderen übernommen wurde. Das Prinzip lautet, dass es konkurrierende Narrative gebe, die gleichermaßen berücksichtigt werden müssten – anstatt, ihre Glaubwürdigkeit zu prüfen. Genau deshalb dauerte es so lange, die Öffentlichkeit davon zu überzeugen, dass Rauchen Krebs verursacht: Die Industrie stellte wissenschaftliche Erkenntnisse in Frage und präsentierte ihre eigenen „Forschungen“, sodass die Menschen dachten, das Urteil sei noch nicht gefällt, und sie könnten weiterrauchen, bis eine eindeutige Gefahr feststehe. Bei der Leugnung der Nakba funktioniert es genauso. Wenn Zionisten die Palästinenser 1948 nicht wirklich vertrieben haben, tragen sie auch keine Verantwortung für die Flüchtlinge – nicht wahr?


    „Arbeiter! Deine Zeitung ist die Folks-tsaytung!” Plakat in Polnisch und Jiddisch. Illustration von H. Cyna. Gedruckt von Blok, Warschau, 1936.


    Kinder im Sanatorium Medem versammeln sich um die Folks-tsaytung, die Tageszeitung des Bundes, Międzeszyn, Polen, 1930er Jahre.

    Bader: Die Idee, dass Israel für das Überleben der Juden unerlässlich sei, wurde lange als wahr betrachtet. Warum konnten alternative Konzepte zum Zionismus nicht Fuß fassen?

    Malinowitz: Assimilation ist eine Alternative, die viele gewählt haben, doch sie untergräbt das zionistische Projekt – und sie zu dämonisieren war daher eine zentrale Aufgabe der Zionisten. Der jüdische Bund in Europa vertrat die Ansicht, dass man gegen alle Formen der Diskriminierung kämpfen und die Arbeiterbewegung ebenso unterstützen müsse wie den Kampf gegen den Antisemitismus. Er lehnte die Gründung eines eigenständigen jüdischen Staates ab. Das hat für mich immer Sinn ergeben. Migration nach Nordamerika oder anderswohin wurde ebenfalls als sinnvolle Alternative angesehen. Es gab kulturelle Zionisten, die glaubten, Palästina könne ein sicherer Zufluchtsort ohne staatliche Souveränität sein.

    Der Bund wurde in den Vereinigten Staaten nie wirklich bekannt, und seine Grundsätze setzten sich nicht durch, während der Zionismus an Einfluss gewann. Stattdessen verbreiteten Zionisten die Idee, Israel sei die einzige Lösung für den Antisemitismus – der einzige Weg, wie Juden sicher sein könnten.

    Bader: Es gibt viele Mythen über Israel – von der Vorstellung, das Land sei leer gewesen, bis zur Behauptung, die Israelis hätten „die Wüste zum Blühen gebracht“. Wie konnten sich diese Ideen verbreiten?

    Malinowitz: Sowohl „ein Land ohne Volk für ein Volk ohne Land“ als auch „sie haben die Wüste zum Blühen gebracht“ sind Werbeslogans, um den Ausdruck des israelischen Exilanten und Antizionisten Moshe Machover zu verwenden. Doch obwohl es sich um groteske Lügen handelt, hielten sich diese Formeln hartnäckig. Es ist wie mit der Idee, Kolumbus habe Amerika „entdeckt“ – man glaubt es, bis man auf Beweise stößt und merkt, wie absurd das ist.

    Ich denke zudem, dass Formulierungen wie „die Wüste zum Blühen bringen“ auch deshalb attraktiv sind, weil sie den Israelis fast übernatürliche Fähigkeiten verleihen. Sie lassen sie wie Wundertäter erscheinen und erhöhen sie in der populären Vorstellung. Solange zionistische Anhänger innerhalb der logischen Blase von Organisationen wie dem Jüdischen Nationalfonds, dem Jüdischen Weltkongress, Hillel und Birthright bleiben, erhalten sie eine attraktive Belohnung: ein Gefühl von Gemeinschaft und Zugehörigkeit.

    Comment le sionisme a été vendu au monde
    Harriet Malinowitz parle de son livre Selling Israel: Zionism, Propaganda, and the Uses of Hasbara

    Le nouveau livre de Harriet Malinowitz, Selling Israel: Zionism, Propaganda, and the Uses of Hasbara, révèle comment la propagande et les relations publiques israéliennes ont promu le sionisme tout en dissimulant l’oppression et la dépossession des Palestiniens.

    Eleanor J. Bader, Mondoweiss, 29/11/2025
    Traduit par Tlaxcala

    Eleanor J. Bader est une journaliste indépendante vivant à Brooklyn, NY, qui écrit sur les questions sociales et politiques intérieures pour Truthout, The Progressive, Lilith, In These Times, The Indypendent, Ms. Magazine et Mondoweiss.

    Un certain nombre de questions urgentes se trouvent au cœur du nouveau livre de Harriet Malinowitz, Selling Israel: Zionism, Propaganda, and the Uses of Hasbara [Vendre Israël : sionisme, propagande et usages de la hasbara]. « Comment un groupe initialement restreint de penseurs et d’activistes juifs d’Europe de l’Est a-t-il pu convaincre les Juifs du monde entier qu’ils constituaient un seul “peuple”, confronté à une même menace, doté d’un même chemin vers le salut — et tenu par un impératif commun de le suivre ? », demande-t-elle. « Comment ont-ils pu convaincre le reste du monde de les inclure dans la famille des nations ? Et comment ont-ils pu convaincre toutes les parties impliquées — y compris eux-mêmes — que leur projet de libération était bienveillant, noble et légitime, et qu’il ne produisait ni victimes ni dommages collatéraux ? »

    Les réponses à ces questions sont au centre de Selling Israel. Le livre ne se contente pas de les examiner de manière systématique : il se penche aussi sur la manière dont la hasbara — une propagande et un effort de relations publiques mis en œuvre à l’échelle mondiale mais initiés par le gouvernement israélien — ont servi à promouvoir le sionisme, à diminuer la perception de l’oppression des Palestiniens et à diffuser le mythe selon lequel ce pays, âgé de 78 ans, serait né sur une terre sans peuple.

    L’ouvrage, fruit d’une recherche exhaustive, a été salué par Publisher’s Weekly comme « un défi impressionnant et méticuleux aux récits établis ».

    Malinowitz s’est entretenue avec la journaliste Eleanor J. Bader au sujet d’elle-même, de ses recherches et de ses conclusions peu après la publication du livre.

    Eleanor J. Bader : Avez-vous grandi en croyant qu’Israël était nécessaire à la survie juive ?

    Harriet Malinowitz : En réalité, on ne m’a pas présenté le discours habituel selon lequel Israël aurait été fondé pour offrir un refuge sûr aux Juifs. Ce qu’on me disait plutôt, c’est qu’Israël était merveilleux parce que tout le monde y était juif — les conducteurs de bus, les éboueurs, les enseignants, les banquiers, les policiers. Tout le monde !

    Bader : Quand avez-vous commencé à remettre ça en question ?

    Malinowitz : ça a été un processus graduel. Je suis allée en Israël pour la première fois en 1976 avec ma mère et mon frère, puis j’y suis retournée en 1977 et j’ai passé plusieurs mois dans un kibboutz. J’y suis retournée encore en 1982 et 1984.

    Quand j’avais huit ans, ma tante s’y est installée. Elle y a vécu de 1962 à 1969, et nous correspondions par lettres. Ses lettres regorgeaient de détails sur le kibboutz où elle vivait. Mon professeur d’hébreu me faisait les lire à haute voix en classe et rayonnait de fierté jusqu’au jour où l’une d’elles se terminait par : « Israël est un endroit formidable à visiter, mais pas pour y vivre ». La lettre m’a alors été arrachée des mains.

    Quand ma tante est revenue aux USA, elle a ramené son mari, né en Irak, qui nourrissait un ressentiment bien-fondé face à la manière dont les Juifs mizrahis étaient traités par l’élite ashkénaze en Israël. Il était économiste et se heurtait à un plafond de verre professionnel. Il était heureux d’être parti.

    Pendant mon séjour au kibboutz, des hommes palestiniens travaillaient dans les champs, non loin des membres du kibboutz et des volontaires internationaux ; mais lorsque nous étions tous appelés à faire une pause dans la “hutte du petit déjeuner”, j’ai constaté qu’eux continuaient simplement à travailler. J’ai aussi rencontré et bu du thé avec des commerçants palestiniens dans le shuk [version hébreue de l’arabe souk, NdT], le marché arabe de la Vieille Ville de Jérusalem, ce qui m’a fait comprendre que ce qu’on m’avait raconté — que tout le monde en Israël était juif — était faux. On m’a dit qu’ils étaient des “Arabes israéliens”, sans aucune explication cohérente. ça m’a laissée complètement perplexe. Malgré ça, j’étais persuadée que c’était moi qui ne comprenais pas quelque chose.

    Quand je suis rentrée aux USA en 1984, je me suis engagée dans le mouvement de solidarité avec l’Amérique centrale, ce qui m’a éveillée aux structures internationales de soutien militaire et à la propagande que nous recevions en tant qu’USAméricains. Entre-temps, j’ai lu le livre de Lenni Brenner, Zionism in the Age of Dictators (1983), qui évoquait la complicité sioniste avec les nazis. Ce fut un autre choc.

    J’en savais juste assez pour être enthousiaste lors de la première Intifada en 1987. Mais au moment de la seconde Intifada, en 2002, les gens avaient des téléphones portables, et je pouvais entendre les coups de feu à Jénine via Democracy Now! à la radio. Les blogs et les listes de diffusion permettaient désormais de transmettre l’information autrement. Pourtant, j’étais encore assez naïve pour être stupéfiée qu’Israël refuse l’entrée d’une mission d’enquête de l’ONU dans la zone. ça a vraiment été un tournant pour moi.

    Lorsque j’étais en Australie en 2004, j’ai lu The History of Modern Palestine d’Ilan Pappe, en préparation d’une petite rencontre de journalistes, universitaires et militants à Sydney, dont Pappe était l’invité d’honneur. L’une des principales leçons de cette soirée a été qu’en réalité, c’est 1948 — et non 1967 — qui est l’année clé pour comprendre la situation. Une autre a été que le changement ne viendrait pas de l’intérieur d’Israël, mais relèverait des Palestiniens et de leurs alliés dans le reste du monde. Cette discussion a eu un impact énorme sur moi, et lorsque je suis revenue aux USA , je me suis plongée dans la recherche sur l’histoire de la Palestine et du sionisme, que j’ai ensuite fusionnée avec ma recherche sur la propagande, déjà bien avancée. J’ai rapidement su que je voulais écrire un livre sur le sionisme et la propagande, mais il m’a fallu vingt ans pour mener le projet à terme !

    Bader : L’idée que Dieu aurait promis Israël aux Juifs est largement incontestée. Pourquoi ?

    Malinowitz : Je pense que les gens craignent de toucher aux croyances religieuses d’autrui, surtout quand Dieu est en jeu. Et puis beaucoup de gens croient réellement à cette affirmation !

    Bader : Vous écrivez que les Israéliens n’évoquaient guère la Shoah avant les années 1960, car la perte de six millions de Juifs était perçue comme un signe de faiblesse — comme s’ils étaient allés à la mort “comme des moutons à l’abattoir”. Pourtant, vous notez aussi que David Ben-Gourion considérait ce génocide comme un “désastre bénéfique”. Pouvez-vous développer ?

    Malinowitz : J’ai été choquée de voir à quel point les survivants de la Shoah étaient méprisés dans les premières années du pays, comme s’ils constituaient une tache sur la masculinité israélienne qu’il fallait effacer. Plus tard, cependant, il y a eu un tournant idéologique : l’armée israélienne rassurait le monde en se montrant forte, déterminée et capable de se défendre si elle était attaquée ; mais en même temps, la Shoah pouvait être invoquée pour rappeler leur victimisation perpétuelle, justifiant toutes leurs actions au nom de la prévention d’un nouveau génocide. De même, la Shoah a été utilisée stratégiquement lorsqu’il s’agissait de collecter des fonds à l’international ou de susciter l’empathie envers Israël en tant que nation prétendument assiégée.

    Bader : Le sionisme a été principalement promu par des Juifs ashkénazes qui affirmaient l’existence d’un peuple juif unifié. Comment cette idée s’est-elle diffusée ?

    Malinowitz : Le sionisme est né parmi des Juifs d’Europe de l’Est et d’Europe centrale à la fin du XIXe siècle, en réponse à leur propre situation critique. On parlait alors beaucoup du “peuple juif”, mais les Juifs hors d’Europe n’apparaissent véritablement sur leur radar que bien plus tard, lorsqu’ils sont devenus nécessaires pour accroître la population. À mes yeux, l’idée qu’Israël représente tous les Juifs est une imposture. Pour ma part, je n’ai jamais été consultée !

    Certaines personnes parlent au nom d’autres — et, en fin de compte, les utilisent. La prétention d’un groupe à représenter tout le monde et à incarner un unique peuple juif relève de la propagande. Cela me rappelle le féminisme blanc des années 1970, où quelques femmes prétendaient parler “au nom de toutes les femmes”. Qui les avait élues ?

    Bader : Qu’est-il advenu de l’élan socialiste qui animait tant de sionistes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ?

    Malinowitz : Jusqu’en 1977, lorsque Menahem Begin a été élu et que le Likoud est devenu une force politique, les kibboutzim étaient dominés par les Ashkénazes et recevaient d’importantes subventions du Parti travailliste au pouvoir. Ils n’étaient pas réellement autosuffisants. En un sens, leur “socialisme” était davantage idéologique et lié au mode de vie que véritablement économique — plus sioniste que marxiste. Dans les années 1980, les kibboutzim ont dû changer de cap pour survivre, passant de l’agriculture à l’industrie : tourisme, fabrication, immobilier, technologie. L’humeur collectiviste utopique avait disparu.

    Bader : Comment le doute fabriqué à propos de la Nakba de 1948 a-t-il servi la machine de propagande israélienne ?

    Malinowitz : Le doute peut être une arme puissante. Il existe un modèle élaboré par l’industrie du tabac, et utilisé depuis par les sionistes, les négationnistes du climat, de la Shoah, du génocide arménien et d’autres encore. L’idée consiste à dire qu’il existe des récits concurrents qui doivent être considérés comme également valides — au lieu d’en examiner la crédibilité. C’est pour cette raison qu’il a fallu tellement de temps pour convaincre le public que le tabac causait le cancer : l’industrie défiait les expertises scientifiques avec ses propres “recherches”, laissant les gens croire que le verdict n’était pas établi et qu’ils pouvaient continuer à fumer tant qu’un danger clair et manifeste n’était pas établi. Il en a été de même pour le déni de la Nakba. Si les sionistes n’ont pas réellement expulsé les Palestiniens en 1948, alors ils ne portent aucune responsabilité envers les réfugiés, n’est-ce pas ?


    « Travailleur ! Ton journal, c'est la Folks-tsaytung ! » Affiche en polonais et yiddish. Illustration de H. Cyna. Imprimée par Blok, Varsovie, 1936.


    Enfants au sanatorium Medem regroupés autour de la Folks-tsaytung, le quotidien du Bund, Międzeszyn, Pologne, années 1930.

    Bader : L’idée selon laquelle Israël serait essentiel à la survie juive a longtemps été acceptée comme une vérité. Pourquoi les alternatives au sionisme n’ont-elles pas réussi à s’imposer ?

    Malinowitz : L’assimilation est une alternative choisie par beaucoup, mais elle sape le projet sioniste, et la dénigrer a donc été une tâche majeure du mouvement sioniste. Le Bund européen soutenait qu’il fallait lutter contre toutes les formes de discrimination et soutenir les luttes ouvrières tout en combattant l’antisémitisme. Ses membres s’opposaient à la création d’un État juif distinct. Cela m’a toujours semblé logique. L’émigration vers l’Amérique du Nord ou ailleurs était également considérée comme une alternative souhaitable. Il existait des sionistes culturels qui pensaient que la Palestine pouvait être un refuge sûr sans devenir un État-nation.

    Le Bund n’a jamais été bien connu aux USA et son programme n’a jamais pris racine comme l’a fait le sionisme. Les sionistes ont plutôt imposé l’idée qu’Israël constituait la seule solution à l’antisémitisme, le seul moyen pour les Juifs d’être en sécurité.

    Bader : Il existe de nombreux mythes sur Israël, depuis l’idée que la terre était vide jusqu’à celle selon laquelle les Israéliens auraient “fait fleurir le désert”. Comment ces idées ont-elles été popularisées ?

    Malinowitz : “Une terre sans peuple pour un peuple sans terre” et “ils ont fait fleurir le désert” sont deux slogans publicitaires, pour reprendre le terme utilisé par l’Israélien expatrié et antisioniste Moshe Machover. Bien qu’il s’agisse de mensonges absurdes, ces expressions ont perduré. C’est comme l’idée que Christophe Colomb aurait “découvert” l’Amérique : on y croit jusqu’à ce que l’on rencontre des preuves et que l’on comprenne combien cela est absurde.

    Je pense également que des expressions comme “faire fleurir le désert” séduisent parce qu’elles confèrent aux Israéliens des capacités quasi surnaturelles. Elles leur donnent l’air de pouvoir accomplir des miracles et les élèvent dans l’imaginaire populaire. Tant que les partisans du sionisme restent confortablement enfermés dans la bulle logique d’organisations telles que le Fonds national juif, le Congrès juif mondial, Hillel ou Birthright, ils reçoivent une récompense considérable : un sentiment de camaraderie et d'appartenance.