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16/02/2026

Pour honorer la mémoire des personnes massacrées le 7 octobre, les Israéliens doivent reconnaître leurs actions à Gaza


Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traduit par Tlaxcala


De la fumée s’élève après une explosion, dans la zone de la « ligne jaune », contrôlée par Israël, à Khan Younès, dans le sud du pays, plus tôt cette semaine. Photo HASEEB ALWAZEE/Reuters

L’indignation récente suscitée par le rejet par un ministre israélien du mot « massacre » à propos du 7 octobre a révélé qu’en Israël, le mot est réservé à un seul camp. Ceux qui luttent pour sa préservation doivent l’appliquer à ce qui s’est passé à Gaza.

Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre, j’utilisais constamment le terme massacre pour décrire ce qui s’était passé. Ce que j’ai vu de mes propres yeux en errant dans la zone frontalière sud avec le photographe Alex Levac ne pouvait être défini que comme tel.

À Sderot, Ofakim, sur le parking de Re’im, sur l’autoroute 232 jonchée de morts, à Be’eri et Nir Oz, nous avons vu d’innombrables témoignages silencieux d’un massacre. Les traînées de sang coagulé dans les chambres des membres du kibboutz, les vies fauchées en un instant, les exemplaires du Haaretz du week-end, avec des lecteurs massacrés alors qu’ils les parcouraient, les corps de leurs chiens gisant dans leurs cours, les voitures écrasées et déchiquetées avec leurs restes silencieux du festival de musique Nova, les cartes d’identité et les effets personnels dans les ruines du poste de police de Sderot, et bien sûr, les témoins survivants - tout racontait l’histoire d’un massacre horrible. Un massacre - comment aurait-on pu appeler ça autrement ?

Le mémorial temporaire pour les victimes installé sur le parking de Re’im dans les premiers mois après la fête de Nova, en janvier 2024. Photo Hadas Parush

Un an plus tard, je ne pouvais plus utiliser ce terme. C’était après que le mot massacre en était venu à être utilisé dans le discours israélien uniquement pour décrire ce qui nous avait été fait. Le seul massacre était le massacre d’Israéliens dans le sud, et aucun autre. Presque personne n’utilisait le mot massacre pour décrire ce qui se passait de l’autre côté de la frontière, à Gaza, de notre fait.

Quand un Israélien disait « massacre », il entendait le massacre d’Israéliens, comme s’il affirmait qu’il n’y en avait pas d’autre. Le mot massacre est devenu un mot chargé, tendancieux, servant la propagande et donc disqualifié à mon sens, en raison de sa signification unilatérale.

Pendant ce temps, le second massacre se déroulait à plein régime, et personne ne l’appelait par son nom. Il n’annulait pas le premier massacre, mais son ampleur, en termes de chiffres et de dévastation, le dépassait de loin. Le fait qu’il ait été perpétré principalement par les airs n’en diminuait en rien la nature.

Bâtiments détruits à Gaza, vus du côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza plus tôt cette semaine. Photo Amir Cohen/Reuters

La dispute furieuse qui a éclaté ces derniers jours au sujet de la tentative insensée du gouvernement d’effacer des mémoires le massacre que nous avons subi ne peut que susciter un sourire amer.

Rien ne pourrait être plus ironique : après plus de deux ans pendant lesquels le discours public s’est abstenu d’utiliser le mot « massacre » ou ses synonymes pour décrire ce que l’armée israélienne faisait aux Gazaouis ; après plus de deux ans pendant lesquels Israël a essayé de se dire, et de dire au monde, que le seul massacre qui avait eu lieu était celui des Israéliens ; plus de deux ans à jouer les victimes, pendant lesquels Israël a exposé, pour lui-même et pour le monde, uniquement ses propres blessures de guerre ; plus de deux ans pendant lesquels il a interdit toute expression de compassion, d’humanité et de solidarité avec les victimes de l’autre massacre ; après plus de deux ans pendant lesquels les médias israéliens ont caché, ignoré ou occulté l’autre massacre, voilà que le gouvernement tente d’effacer aussi des esprits israéliens le premier massacre, comme s’il n’avait jamais eu lieu.


Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, lors de la première cérémonie de remise des prix du cinéma financée par le gouvernement à Jérusalem le mois dernier. Photo Naama Grynbaum

Le ministre de la Culture, Miki Zohar, s’est en effet opposé à l’adoption d’une posture de victimisation, dans laquelle Israël s’était complu, tant que cela servait ses objectifs. [Zohar a proposé d’enlever le mot « massacre » du titre de la proposition de loi en discussion pour instaurer une autorité de commémoration du 7  octobre, NdT]

Néanmoins, il y a eu un massacre en Israël, ainsi qu’un génocide à Gaza. Il faut le reconnaître. La puissance des mots est grande. Le fait que si peu d’Israéliens soient préoccupés par ce que leur pays a fait dans la bande de Gaza prouve l’immense pouvoir des mots. Le fait que chaque fois que le mot « massacre » était ou est encore utilisé en Israël, les gens ne pensent qu’au meurtre de 1 200 Israéliens, jamais à la mort de 70 000 Gazaouis, prouve combien il est facile de manipuler les gens et de façonner leur état d’esprit.

Par conséquent, la bataille actuelle autour de ce terme est importante. Les personnes qui luttent à juste titre pour préserver ce terme concernant les événements du 7 octobre devraient au moins l’adopter aussi pour décrire ce qu’Israël a fait dans le cadre de ses représailles aveugles à Gaza. On ne peut pas dire « le massacre du 7 octobre » sans dire un mot sur le massacre punitif et vengeur qui a suivi.

Le sang des Israéliens massacrés le long de la frontière de Gaza crie, mais pas moins que le sang des milliers de bébés qui ont été massacrés dans la bande de Gaza. Les deux groupes ont été victimes d’un comportement barbare et criminel. Les deux groupes méritent la définition correcte, pas une propagande mensongère. Il y a eu un massacre en Israël. À Gaza, il y a eu un génocide.

30/01/2026

Pourquoi les tactiques israéliennes de contre-terrorisme* apparaissent dans le Minnesota

Un partenariat de plusieurs décennies a inclus le partage de ressources et beaucoup d’entraînements conjoints pour l’ICE et la CBP** avec leurs homologues en Israël.

Connor Echols, Responsible Statecraft, 29/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Connor Echols est journaliste pour Responsible Statecraft, le site ouèbe du Quincy Institute, un laboratoire d’idées prônant la diplomatie et la retenue militaire pour la politique étrangère des USA. Il était auparavant rédacteur en chef adjoint à la Nonzero Foundation, où il co-rédigeait une newsletter hebdomadaire sur la politique étrangère. Il a récemment terminé un stage au Centre arabe d’études à l’étranger à Amman, en Jordanie, et il a obtenu sa licence à l’université Northwestern (Evanston, Illinois), où il a suivi un cursus de journalisme et d’études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. @connor_echols

 Ces dernières semaines, des milliers d’agents fédéraux des forces de l’ordre ont déferlé sur Minneapolis. Des vidéos montrent des agents de l’immigration sautant de fourgons banalisés, maîtrisant et aspergeant de gaz poivré des manifestants, et brisant des vitres pour traîner des gens hors de leurs voitures.

Des figures de proue de l’administration Trump ont défendu cette approche malgré une forte opposition locale. Par exemple, lorsque des agents fédéraux ont tué un manifestant nommé Alex Pretti samedi, la Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, l’a rapidement accusé de « terrorisme intérieur ».

Pour les observateurs du conflit israélo-palestinien, ces scènes peuvent sembler étrangement familières. Cette similitude n’est peut-être pas une coïncidence.

Au cours des deux dernières décennies, les responsables usaméricains de l’immigration ont maintenu une relation étroite avec le gouvernement israélien. Cette collaboration a inclus des voyages organisés pour des responsables usaméricains de haut niveau des forces de l’ordre en Israël, des formations conjointes pour les agents de l’immigration et des transferts de technologie qui ont mis des capacités de surveillance sophistiquées entre les mains de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le résultat a été une convergence croissante des mentalités entre les agences de sécurité israéliennes et usaméricaines.

L’objectif principal de cette collaboration est de prévenir les actes de terrorisme - un objectif nécessaire, bien que problématique. Mais, alors que l’administration Trump a de plus en plus repensé sa répression contre l’immigration clandestine comme une nouvelle sorte de guerre contre le terrorisme, elle a appliqué ces tactiques de contre-terrorisme à un nombre sans cesse croissant de personnes aux USA. Ce changement, qui a suscité des réactions malgré le large soutien public à la lutte contre l’immigration illégale, donne maintenant aux USAméricains un aperçu de la façon dont l’armée israélienne opère en Cisjordanie, selon Josh Paul, qui dirigeait auparavant le bureau des transferts d’armes au Département d’État.

« Il y a des parallèles frappants », dit Paul. « Vous avez des unités d’une force de sécurité qui sont imposées aux autorités locales, imposées à la police locale, qui s’engagent dans des points de contrôle, des détentions, y compris d’enfants [...] Et elles semblent opérer largement en toute impunité ».

Une relation de vingt ans

Lorsque Bill Ayub est revenu de son voyage en Israël, il était impressionné - mais un peu méfiant. Le logiciel de surveillance israélien est « un peu plus invasif que ce que vous verriez ici aux États-Unis », déclarait l’ancien shérif du comté de Ventura à Jewish Currents en 2022. Et l’usage de la force lors des arrestations était « choquant », a déclaré Ayub. « C’était genre “Ouaou, vous faites ça ?” [...] Nous irions en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici”

Ayub est l’un des centaines de hauts responsables usaméricains des forces de l’ordre qui, au cours des deux dernières décennies, ont visité Israël et rencontré des responsables israéliens des forces de l’ordre avec l’aide d’organisations à but non lucratif comme l’Anti-Defamation League (ADL) et le Jewish Institute for National Security of America (JINSA). Les informations publiques sur ces voyages, axés sur la lutte contre le terrorisme, sont limitées. Mais un itinéraire d’une délégation de l’ADL en 2016 montrait des réunions prévues avec des responsables israéliens dans une prison tristement célèbre et à Hébron, une ville ségréguée de Cisjordanie.

Des informations accessibles au public montrent que des responsables de l’ICE ont participé à huit voyages de l’ADL entre 2013 et 2016. Joseph Harhay, l’actuel chef adjoint de la Customs and Border Patrol (CBP), a participé à un voyage de JINSA en 2018.

Ces voyages financés par des fonds privés ne sont qu’une facette de la relation. L’administration Bush a créé l’ICE et la CBP en 2003, lors de la restructuration du gouvernement fédéral après les attentats du 11 septembre. Ces agences, toutes deux faisant partie du Département de la Sécurité intérieure (DHS), sont devenues partie intégrante d’un effort gouvernemental de lutte contre le terrorisme. « L’ICE a grandi avec la guerre mondiale contre la terreur », dit Anthony Aguilar, un officier de l’armée à la retraite et militant.

Le Congrès s’est rapidement tourné vers l’étranger pour obtenir de l’aide, créant un bureau du DHS principalement axé sur l’apprentissage auprès des responsables israéliens, selon les partisans de la législation. « Je pense que nous pouvons beaucoup apprendre d’autres pays, en particulier d’Israël, qui a malheureusement une longue histoire de préparation et de réponse aux attaques terroristes », a déclaré la sénatrice Susan Collins (Républicaine du Maine) à l’époque.

Les agents de l’ICE et de la CBP ont depuis développé une relation étroite avec leurs homologues en Israël, leur permettant d’échanger des notes sur les tactiques et la technologie. Le DHS a organisé des conférences avec des responsables de la sécurité israéliens, tenu des sessions de formation conjointes et même accordé des subventions à des officiers israéliens pour faire des recherches sur des domaines comme la lutte contre l’extrémisme violent, selon un ancien haut responsable du DHS.

Ce responsable, qui a déclaré que certaines des tactiques recommandées par les officiels israéliens équivalaient à du profilage racial et ethnique, se souvient d’un collègue senior se demandant : « Pourquoi donnons-nous des fonds à un gouvernement étranger pour ces choses ? Pourquoi le Département de la Sécurité intérieure fait-il ça ? »

Les officiers de l’ICE en particulier ont régulièrement participé à des entraînements aux côtés de la police israélienne, selon Aguilar, qui a déclaré avoir personnellement assisté à certaines de ces sessions au Centre national d’entraînement urbain d’Israël pendant son service dans l’armée. (L’ancien haut responsable du DHS a confirmé que les officiers de l’ICE s’entraînent souvent en Israël ; le DHS n’a pas répondu à une demande de commentaire.)

Le transfert de technologie a été un autre point important de collaboration. Cela est en partie dû aux liens étroits entre l’armée et les industries de la technologie de surveillance dans les deux pays. Par exemple, l’armée israélienne utilise des logiciels d’entreprises usaméricaines comme le géant de la surveillance Palantir, qui travaille également avec l’ICE.

L’ICE, pour sa part, a acheté une technologie sophistiquée de piratage téléphonique à des entreprises israéliennes controversées comme Cellebrite et Paragon. Ces outils ont aidé l’ICE à construire ce que les critiques appellent un « filet » de surveillance, collectant des données sur une grande partie du public usaméricain, y compris des citoyens.

Il n’est pas clair si le gouvernement usaméricain a facilité ces transferts de technologie de surveillance. Mais nous savons que les responsables US sont intéressés par la promotion de ce type de collaboration. Depuis 2015, le Programme binational de recherche et développement industriels (BIRD) réunit le DHS et le ministère israélien de la Sécurité nationale pour « développer des technologies avancées pour les besoins de la sécurité intérieure », selon le DHS. En 2022, l’administration Biden a lancé une autre initiative visant à promouvoir la collaboration entre le DHS et la Direction nationale de la cybersécurité israélienne.

D’autres similitudes peuvent simplement découler de la relation étroite que les responsables usaméricains et israéliens ont entretenue au fil des ans. Par exemple, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a rencontré l’année dernière le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un responsable controversé qui partage l’engagement de Noem en faveur d’un maintien de l’ordre intransigeant.


Mai 2025 : Kristi Noem visite le site du Monument de la Flèche Noire, commémorant les héroïques parachutistes israéliens, à 900 mètres de la frontière avec Gaza

Et certains parallèles n’ont rien à voir avec la relation usaméricano-israélienne en soi. Par exemple, l’armée israélienne a fait preuve d’un manque de discipline et de préparation au combat pendant la guerre à Gaza, que certains experts attribuent à un mauvais entraînement et à une expansion rapide des appels sous les drapeaux. L’ICE a fait face à des défis disciplinaires similaires lors de sa croissance vertigineuse sous l’administration Trump, qui a augmenté le budget annuel de l’agence d’environ 200 % et plus que doublé le nombre de ses officiers en moins d’un an pour dépasser les 20 000 agents. (3 000 officiers de l’ICE et de la CBP ont été envoyés dans le seul Minnesota)

« C’est un peu chacun pour soi. Ils n’opèrent manifestement pas sous des procédures opérationnelles standard », dit Aguilar, qui a observé des manifestations à Minneapolis cette semaine et travaillé comme sous-traitant militaire à Gaza pendant la guerre. « C’est exactement comme ça que les Forces de défense israéliennes opèrent à Gaza ».

Bien sûr, les scènes de Minneapolis ont déclenché une réaction que l’administration aura du mal à ignorer. En effet, le président Trump a déjà commencé à modifier son approche ces derniers jours, rétrogradant un commandant controversé de la CBP et envoyant son « tsar des frontières », Tom Homan, superviser les opérations dans un souci de désescalade. Trump a même changé de ton concernant le meurtre de deux citoyens usaméricains par l’ICE, qualifiant les deux incidents de « terribles ».

Mais, compte tenu de l’étendue de la collaboration sécuritaire usaméricano-israélienne et du désir de Trump d’agir rapidement sur les expulsions, le Minnesota pourrait ne pas être le dernier État à voir ce genre de tactiques - et de technologies - déployées dans ses rues. « Rien de tout cela ne me surprend », a déclaré l’ancien haut responsable du DHS, ajoutant qu’il espérait toujours qu’une pression interne pourrait encourager l’administration à changer de cap. « Je suis un peu choqué que les gens ne fassent ces comparaisons que maintenant ».

NdT

*Contre-terrorisme : désignation officielle de la contre-insurrection

** CBP : Customs and Border Protection, Service des douanes et de la protection des frontières, agence du département de la Sécurité intérieure (DHS), créée en 2003. Elle compte aujourd’hui 65 620 employés.

26/01/2026

Le Sioniste idéal d’Israël est un stormtrooper*. Et sa plus grande menace est un député arabe

Ben-Gvir appellera la Liste unie** une « Alliance représentant la terreur », même si les députés arabes condamnent le terrorisme palestinien bien plus que lui, Ben-Gvir, ne condamnera jamais le terrorisme juif. La droite préfère un soldat qui commet des crimes de guerre à un député arabe, simplement parce qu’il est arabe.

Gideon Levy, Haaretz, 25/01/2026
Traduit par Tlaxcala




Marche dans la ville arabe de Sakhnin dans le nord d’Israël, samedi. Photo Rami Shllush

« C’est nous ou eux », a écrit Yehoda Vald, le PDG [sic] du parti de droite Sionisme Religieux, sur son compte X jeudi soir. Deux photographies, l’une au-dessus de l’autre, ont clairement indiqué qui, selon Vald, est « nous » et qui est « eux ».

L’image du haut, « nous », montre environ six soldats israéliens, armés et blindés de la tête aux pieds, photographiés de dos alors qu’ils marchent fièrement vers les ruines de Gaza. L’image du bas, « eux », montre les chefs des quatre partis israéliens à majorité arabe, leurs mains jointes et levées haut, annonçant jeudi soir le renouvellement de leur alliance électorale.

Une image du désespoir, au-dessus d’une image d’espoir. Une image de dévastation, au-dessus d’une image de reconstruction. Une image d’une guerre jamais rassasiée, au-dessus d’une image d’une possibilité de changement. Vald espérait que l’image de la Liste unie renouvelée terroriserait les Israéliens. S’il y avait une véritable opposition de gauche en Israël, cette politique de la peur se serait transformée en espoir.

Il y a quelque chose de dérangeant dans ces deux photographies. Toutes deux ne montrent que des hommes, et chacune est mono-nationale : seulement des Juifs dans l’une, seulement des Arabes dans l’autre. C’est le monde de Vald, un colon. Mais tous les Israéliens doivent se demander s’ils préfèrent vraiment les soldats armés marchant vers leur scène de crime, la destruction totale autour d’eux, au groupe de politiciens arabes, parmi les meilleurs de la Knesset, représentants de la seule opposition qu’Israël ait actuellement ?

Est-ce là la vision ? Est-ce là l’espoir ? L’épée de Vald dévorera-t-elle pour toujours — l’épée de ceux qui frissonnent de plaisir à la vue de ces « nous » armés et de l’effroyable destruction qu’ils ont semée et n’en veulent que davantage ? Devons-nous nous identifier au « nous » de Vald simplement parce qu’il nous montre des soldats juifs, même s’ils sont soupçonnés d’être des criminels de guerre ?


Soldats à Gaza. Photo AFP

Vald est un colon « modéré », du Gush Etzion « libéral », et il ne participe pas aux pogroms. Il représente la majorité des Israéliens aujourd’hui, surtout après le 7 octobre. Ils préfèrent un soldat d’occupation juif à un député arabe, qui par définition — c’est-à-dire, par sa participation à la Knesset — cherche à s’intégrer dans la société israélienne. L’idée qu’un soldat soupçonné de crimes de guerre soit préférable à un parlementaire arabe, simplement parce qu’il est arabe, est vraiment malsaine.

Itamar Ben-Gvir s’est empressé d’appeler le nouveau bloc électoral « l’Alliance représentant la terreur ». Les quatre dirigeants des partis qui le composent ont condamné le terrorisme palestinien bien plus souvent que Ben-Gvir n’a condamné le terrorisme juif. Il ne l’a pas condamné, et ne le condamnera jamais. Aucun d’entre eux n’a eu recours à la violence comme Ben-Gvir l’a fait, mais l’expert en terrorisme les déclare terroristes.

Qu’est-ce qui est israélien, selon Vald et ses semblables ? Un soldat d’occupation. Qu’est-ce que le Sioniste idéal à leurs yeux ? Un Stormtrooper*. Et qu’est-ce qui est effrayant et menaçant ? Un député arabe. Un concentré de la vision du monde de la plupart des Israéliens. La renaissance de la Liste unie est presque la seule chance d’un changement de gouvernement en Israël ; on s’attendrait à ce que quiconque le souhaite s’en réjouisse. Mais le simple fait qu’elle soit arabe est une menace pour la plupart des Israéliens. En revanche, ce que l’armée israélienne a fait et continue de faire à Gaza, dont l’étendue réelle n’est connue d’aucun Israélien, est une source de fierté et d’identification.

Il est difficile de comprendre ce qui, dans les images de la terrible destruction à Gaza, inspire de la fierté. De quoi êtes-vous exactement fier ? De la destruction, ou des meurtres ? Des bébés morts, ou des femmes tuées ? Et pourquoi voyez-vous ces soldats comme des héros ? N’avez-vous pas entendu ce qu’ils ont fait, n’avez-vous pas vu ?

Inversement, qu’est-ce qui vous effraie tant dans l’image des politiciens arabes ? Ont-ils jamais menacé l’État d’Israël ? Avez-vous vu comment eux et leur communauté se sont comportés depuis le 7 octobre ? Ils avalent leur humiliation et leur douleur terrible face à la mort de leurs compatriotes — et restent silencieux. Et condamnent le 7 octobre. Ils sont des héros bien plus grands que les soldats qui piétinent Gaza dans leurs bottes rouges de parachutiste.

Si le choix est entre ce « nous » et cet « eux », alors je suis avec « eux », sans hésitation.

NdT

*Stormtrooper : membre des troupes d’assaut, terme popularisé par Star Wars, emprunté à l’allemand Sturmtruppen, désignant les troupes de choc impériales durant la Première Guerre mondiale.

**Liste unie : al-Qa’imah al-Mushtarakah/HaReshima HaMeshutefet/Joint List, coalition électorale de quatre partis de Palestiniens de 1948, créée en 2015, dissoute en 2021 et reconstituée en vue des élections à la Knesset prévues cette année. Elle regroupe l’Assemblée nationale démocratique (Balad), le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash), le Mouvement arabe pour le changement (Ta’al) et la Liste arabe unifiée (Ra’am).

20/01/2026

Trump garde une option de frappe contre l’Iran sous la manche tandis que Washington fait une dernière tentative diplomatique

Alors qu’Oman et l’Arabie saoudite poussent à des pourparlers usaméricano-iraniens, et que Steve Witkoff expose les conditions de négociation, l’hypothèse selon laquelle Trump serait irrémédiablement engagé sur une voie militaire doit être accueillie avec un scepticisme salutaire.

Zvi Bar’el, Haaretz, 19/01/2026
Traduit par Tlaxcala

Résumé

Les USA pèsent leurs options concernant l’Iran alors que les protestations s’apaisent dans la République islamique et que le bilan des morts reste incertain. Malgré les postures militaires, l’histoire des tentatives avortées de changement de régime plane en toile de fond, mettant en garde contre une action précipitée. Tandis que le régime iranien reste résilient, les canaux diplomatiques persistent malgré les pressions régionales et la possibilité de reprises des négociations nucléaires, en dépit de la répression violente de la dissidence.



Des personnes allument leurs téléphones devant le consulat usaméricain lors d’un rassemblement en soutien aux manifestations en Iran, à Milan, Italie, mardi. Photo Claudia Greco/Reuters

La plus grande vague de manifestations que l’Iran ait connue depuis la Révolution islamique de 1979 semble s’être dissipée, selon des rapports. Quelques manifestants se rassemblent encore dans quelques villes et des milliers de détenus sont retenus dans des centres de détention, en attente de jugement.

Le nombre exact de morts est inconnu. Reuters a cité un officiel iranien qui a estimé qu’au moins 5 000 personnes, dont 500 membres des forces de sécurité, ont été tuées. Leurs familles ont commencé le processus de deuil, les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école, et tout le pays attend avec impatience de voir ce que le régime va faire maintenant.

L’expérience suggère que ni les procès-spectacles ni les exécutions ne cesseront. Cependant, ces dernières seront vraisemblablement menées avec parcimonie, étalées dans le temps, afin de ne pas déclencher le retour des masses dans la rue, ou l’ « aide » usaméricaine promise et arrêtée au dernier moment.


Une femme iranienne marche dans une rue de Téhéran, Iran, mardi. Photo  Majid Asgaripour/Reuters

La décision usaméricaine de ne pas attaquer peut s’expliquer de plusieurs façons. La pression intense de certains États arabes, ainsi que les scénarios cauchemardesques présentés au président Trump et aux hautes figures de son administration par les dirigeants du Golfe, d’Égypte et de Turquie y ont largement contribué.

Les interlocuteurs de Trump ont pointé un manque de préparation suffisante et de plan d’attaque efficace, ainsi que la possibilité d’une guerre civile éclatant en conséquence. S’ajoutait à cela une crainte réelle que des bombardements intensifs ne tuent et blessent de nombreux civils et ne changent le sentiment de l’opinion publique.

L’argument final contre une attaque usaméricaine était l’absence d’une direction authentique et convenue à l’intérieur de l’Iran capable de gérer les affaires du pays, ainsi qu’un appel signalé d’Israël invoquant un manque de ressources et d’arrangements défensifs pour contrer une riposte iranienne.

Dans un processus décisionnel ordonné, ces arguments auraient été présentés au président avant son assurance que l’USAmérique soutiendrait les manifestants – et avant qu’il ne déclare que l’armée usaméricaine était « en position et prête à tirer » [locked and loaded] pour une attaque. Ces arguments sont valables même alors qu’une attaque militaire semble inévitable.

Ce n’est pas la première fois que les USA encouragent des manifestants à renverser un régime. En 1991, le président George H.W. Bush avait appelé les chiites en Irak à se soulever contre Saddam Hussein, promettant de leur porter secours. Saddam, contraint par un accord de cessez-le-feu qui lui interdisait d’utiliser des avions de chasse, a déployé sa flotte d’hélicoptères et son artillerie contre les rebelles chiites, massacrant des milliers de personnes et écrasant la révolte.

En mars 2011, une coalition internationale dirigée par l’OTAN est intervenue contre le régime de Mouammar Kadhafi pour protéger les civils libyens. La Grande-Bretagne et la France ont dirigé la campagne de huit mois sous un commandement conjoint avec les USA. Des milliers de sorties aériennes et de bombardements ont été menés, accompagnés de forces spéciales au sol.

En octobre 2011, Kadhafi était renversé et tué, et la Libye est devenue un pays divisé. Sans chef convenu, une guerre civile sanglante a éclaté, qui se poursuit à ce jour. L’opération militaire a été définie comme un échec complet, que des études et des rapports de renseignement ont principalement attribué au manque de planification pour le « jour d’après ».

Les leçons de ces deux épisodes sont importantes à retenir alors que des forces usaméricaines se concentreraient dans la région et que le porte-avions USS Abraham Lincoln avance. Des mouvements qui alimentent les spéculations selon lesquelles les USA se préparent à renouveler leur campagne contre l’Iran pour porter un coup mortel au régime.

La présence renforcée de l’armée usaméricaine et les préparatifs efficaces pour se défendre contre une réponse iranienne ne changent pas les conditions fondamentales caractérisant le contrôle du régime en Iran et l’incertitude quant aux conséquences politiques d’une action militaire.

L’armée iranienne, les Gardiens de la révolution, la force entièrement volontaire des Bassidji et la police sont restés loyaux au régime, et il n’y a pas de rapports de désertions massives dans leurs rangs. Des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité continuent de patrouiller dans les rues des grandes villes, où une sorte de loi martiale a été imposée et des centaines de citoyens continuent d’être arrêtés quotidiennement.

Le régime est structuré de telle sorte que l’ordre dirigeant continuera même si le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei est éliminé, et il ne manque pas de candidats pour le remplacer. Khamenei, 86 ans, a nommé un comité il y a environ un an pour trouver son successeur dans le cadre de son obligation constitutionnelle.


Un homme tient une affiche du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei lors d’une cérémonie funéraire pour un groupe de forces de sécurité, tuées lors de manifestations anti-gouvernementales, à Téhéran, Iran, mercredi. Photo Vahid Salemi/AP

Un démantèlement complet des mécanismes de pouvoir et de contrôle du régime pourrait nécessiter une contre-révolution complète et radicale d’une ampleur similaire à celle de la Révolution islamique. Mais les soldats, durant cette révolution, avaient refusé de tirer sur les manifestants, alors qu’aujourd’hui le régime a les Gardiens de la révolution et les Bassidji à sa disposition.

En même temps, il est douteux que le public iranien, ayant subi des coups sans précédent, soit disposé ou capable de retourner dans la rue de sitôt simplement parce que Trump démontre une détermination à intervenir militairement.

Il est important de noter que c’est le public qui a initié les manifestations, devenues les plus importantes depuis la Révolution islamique, et non une promesse d’aide usaméricaine. Les encouragements usaméricains ne sont venus qu’après le développement des manifestations, alimentant les craintes que le renversement du gouvernement ne devienne une « réalisation » usaméricaine, reproduisant le renversement en 1953 du gouvernement de Mohammad Mossadegh par les renseignements usaméricains et britanniques.

Le jeu de devinettes entourant la possibilité que Trump entreprenne une action militaire a créé l’impression que c’est la seule voie pour résoudre la « question iranienne ». Mais la voie diplomatique n’est pas encore fermée. Trump lui-même a divulgué un message de Téhéran exprimant un désir de reprendre les négociations nucléaires, ajoutant qu’une rencontre était en préparation.

La rencontre a été annulée lorsque l’ampleur du massacre des manifestants est devenue connue, remplacée par la menace d’une attaque, qui a été arrêtée « à la dernière minute » après que l’Iran a suspendu une série d’exécutions planifiées.

L’activité diplomatique n’a pas cessé pendant les jours de troubles. Oman et l’Arabie saoudite, qui ont mis en garde Trump contre une action militaire en particulier, explorent la possibilité de reprogrammer la rencontre et de reprendre les négociations intensives en vue d’un accord.


L’envoyé spécial usaméricain Steve Witkoff lors d’une conférence de presse lors du sommet dit de la « Coalition des volontaires » au palais de l’Élysée à Paris, France, janvier. Photo Ludovic Marin/Reuters

En marge d’une conférence du Conseil israélo-usaméricain en Floride jeudi, l’envoyé de Trump Steve Witkoff n’a pas exclu la possibilité d’une résolution diplomatique et a même énuméré les questions que l’Iran devrait inclure dans un accord : la réduction de son stock de missiles, le retrait des quelque deux tonnes d’uranium enrichi à différents degrés en sa possession et les organisations proxy travaillant pour le compte de l’Iran. Les droits humains, la libération des détenus et la fin de la répression n’étaient pas dans la liste. Witkoff a dit croire que l’Iran serait disposé à faire des compromis en raison de sa situation économique désastreuse.

Tout comme il serait imprudent d’attendre avec impatience une rencontre diplomatique irano-usaméricaine, nous devrions traiter la conclusion que Trump n’a d’autre choix que d’utiliser la force contre l’Iran et de renverser le régime avec une dose appropriée de scepticisme.

18/01/2026

Un cessez-le-feu pour les Israéliens et une guerre pour les Palestiniens

Pourquoi Gaza devrait-il intéresser qui que ce soit lorsque des Israéliens ne sont pas tués ? Quand les sirènes d’alertes se taisent en Israël, on considère ça comme un cessez-le-feu.

Gideon Levy, Haaretz, 18/01/2026
Traduit par Tlaxcala



Mikail Çiftçi, Türkiye


Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, il y a un cessez-le-feu. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués mais que plus de 400 personnes le sont à Gaza, dont 100 enfants, ça s’appelle aussi un cessez-le-feu. Lorsqu’Israël démolit 2 500 maisons à Gaza en plein cessez-le-feu, et que le ministre de la Défense Israel Katz félicite les soldats de Tsahal pour leurs opérations, on appelle toujours cela un cessez-le-feu.
Lorsque des centaines de milliers de Gazaouis meurent de froid et pataugent dans la boue, ça entre dans la définition d’un cessez-le-feu.
Lorsque des milliers de personnes gravement malades meurent parce qu’Israël leur refuse des soins médicaux vitaux ou la possibilité de sortir de leur cage et d’aller se faire soigner ailleurs, c’est un cessez-le-feu. Lorsqu’une Israélienne éduquée demande pendant un repas du shabbat s’il y a encore des soldats israéliens à Gaza à un moment où plus de la moitié de l’enclave est occupée par Tsahal, c’est un indicateur par excellence de l’existence d’un cessez-le-feu, du moins tel que les Israéliens le définissent.
Lorsque la vie en Israël revient à la normale, avec des concours de cuisine et de chanson en plein essor, et avec des discussions approfondies sur la question cruciale des fuites vers le journal Bild en Allemagne, c’est le nec plus ultra des cessez-le-feu. C’est seulement quand un commando du Hamas sort de son trou et tente de planter un engin explosif improvisé dans les décombres de Gaza, que ça constitue une infraction grave au cessez-le-feu.
Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, tout le reste n’intéresse personne. Pourquoi Gaza devrait-il intéresser qui que ce soit lorsque des Israéliens ne sont pas tués ? Quand la sirène des alertes se tait en Israël, c’est un cessez-le-feu. Le fait que Gaza soit toujours bombardée, mais qu’elle n’ait pas de sirènes, est sans importance. Le monde montre déjà des signes de lassitude à l’égard de Gaza, malgré les nouvelles de ce week-end concernant la création d’un « Conseil de la Paix », qui ne sauvera pas une seule personne dépossédée à Gaza de son sort amer.
Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, on déclare un retour à la routine, ce qui signifie que la guerre est terminée et que l’on peut revenir à la posture de victime du 7 octobre, au récit sans fin des histoires d’otages, à s’enliser dans le chagrin d’hier, être stupéfait à chaque tentative désespérée de Gaza de rappeler son existence. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, Gaza n’existe pas, pas plus que l’ensemble du problème palestinien.
Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, tout va bien. Quand ils ne sont pas tués, on peut reprendre le déni et l’oubli de Gaza. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués en Cisjordanie, la vie est encore plus merveilleuse. Le fait que des dizaines de Palestiniens aient été tués en Cisjordanie depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu est encore moins intéressant que les centaines de Gazaouis tués pendant la même période.
La nouvelle de l’existence d’un cessez-le-feu à Gaza n’est pas parvenue en Cisjordanie ou au Commandement central de Tsahal. Toutes les restrictions draconiennes imposées en Cisjordanie au début de la guerre à Gaza restent en place, pas une seule n’ayant été abrogée ou assouplie.
Si ces restrictions ont été imposées à cause de la guerre, pourquoi n’ont-elles pas été levées quand la guerre s’est terminée ? Neuf cents barrages routiers installés pendant la guerre ? Neuf cents barrages routiers restent en place après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Des portails de fer à chaque communauté palestinienne, s’ouvrant et se fermant par intermittence depuis le début de la guerre ? La même chose continue après la fin de la guerre. Des pogroms pendant la guerre ? Encore plus après sa fin. Lorsque des Israéliens ne sont pas tués, il n’y a pas de problème.
La décision d’imposer à Israël la signature d’un accord de cessez-le-feu s’est révélée être l’affaire de l’année. C’est le premier cessez-le-feu unilatéral de l’histoire. Tout est permis à Israël tandis que l’autre camp n’a pas le droit de respirer. Tous les otages ont été rendus sauf un corps, et la promesse d’évacuer Gaza une fois les otages rendus s’est évaporée instantanément, oubliée comme si elle n’avait jamais été faite. Vous vous souvenez ? Les otages ont été rendus, et Israël est à Gaza, depuis lors et pour toujours.
Le cessez-le-feu a aussi calmé les protestations mondiales contre Israël. Certains dans le monde attendaient une opportunité de revenir et d’étreindre Israël, et un cessez-le-feu unilatéral est cette opportunité. Le monde est passé au Venezuela et à l’Iran.
Trump peut continuer à diffuser son idée de la paix inventée qu’il a apportée au Moyen-Orient, et les Israéliens peuvent continuer à se dire que la guerre à Gaza était justifiée et a atteint tous ses objectifs. Maintenant c’est fini. Il y a un cessez-le-feu. L’essentiel est que des Israéliens ne se fassent pas tuer à Gaza. Tout le reste est sans intérêt.

07/01/2026

Dans l’histoire à dormir debout racontée par Netanyahou, seuls 70 jeunes hommes sont responsables de tous les pogroms en Cisjordanie

 Gideon Levy, Haaretz, 04/01/2026
Traduit par Tlaxcala

L’État d’Israël est derrière les pogroms. Il en est responsable – ils servent les intérêts du gouvernement. Ses soldats sont toujours présents, mais pas un seul commandant de l’armée n’a accompli ce que le droit international exige : protéger les résidents palestiniens.


Un homme palestinien utilise un téléphone portable pour filmer un camion en flammes après une attaque de colons israéliens dans un village à l’est de Tulkarem, en Cisjordanie, en novembre. Photo Jaafar Ashtiyeh/AFP

Voici deux contes populaires : au paradis, 72 vierges attendent les chahids, ou martyrs ; en Cisjordanie, 70 jeunes hommes issus de foyers brisés sont à l’origine de toutes les émeutes. Il est difficile de savoir lequel des deux contes est le plus farfelu.

Le second est un produit de l’imagination du premier ministre : Benjamin Netanyahou a même déclaré à Fox News que ces jeunes « ne viennent pas de Cisjordanie ».

Laissons de côté les polémiques suscitées par son utilisation du terme interdit « Cisjordanie », et demandons-nous : existe-t-il réellement des colons de Cisjordanie ? Ils y ont tous emménagé au cours des dernières décennies. Aucun n’y appartient, des invités non invités sur une terre étrangère dont on espère que le temps y sera court, et qu’ils finiront  comme les croisés, inchallah.

Néanmoins, la préoccupation de Netanyahu pour la santé mentale de cette poignée de jeunes est touchante – et convient à un homme dirigeant un gouvernement qui a toujours priorisé la santé mentale. Les activistes colons se sont empressés de leur proposer un traitement – les foyers et centres de réhabilitation sont déjà en cours de création. Mais nous ne parlons pas de 70 personnes, ni de 700, ni de 7 000.

Le chiffre le plus précis est de 70 000, voire en réalité de sept millions. La tentative de Netanyahu de minimiser le phénomène et de l’attribuer à une poignée d’émeutiers est un mensonge total, tout comme les 72 vierges qui n’attendent personne. Il est douteux que même Fox News ait avalé ça.

L’État est derrière les pogroms. Il en est responsable, il veut qu’ils se produisent – ils servent les intérêts du gouvernement et satisfont les souhaits de ses résidents. Il suffit de voir qu’ils continuent, sans opposition.

Le blâme est partagé par l’armée, les colons et les forces de l’ordre. Tous les colons y participent, activement ou passivement, et la méchanceté et le sadisme des émeutes – des coups sans pitié portés aux personnes âgées à l’abattage des moutons – déplaisent à de nombreux Israéliens, mais font partie d’une toile de violence bien plus large que tout le monde accepte en silence.

Des colons égorgent des agneaux dans les collines du sud d’Hébron, des soldats parachutistes d’élite perpètrent un pogrom à Deir Dibwan qui rendrait fiers les jeunes émeutiers. Écraser un Palestinien qui avait posé un tapis de prière au bord de la route n’est pas un acte plus grave que des soldats tirant sur des enfants qui jettent des pierres. Le second est juste plus létal, mais personne n’est horrifié.

Derrière chaque pogrom – j’en ai vu les résultats dévastateurs pour beaucoup d’entre eux – se tient l’armée israélienne.

Ses soldats sont toujours présents. Parfois ils arrivent en retard, parfois à l’heure, mais ils n’accomplissent jamais leur devoir de protéger les victimes sans défense. Il n’est encore venu à l’esprit d’aucun commandant de l’armée d’accomplir ce que le droit international exige : protéger les résidents.

Les pogroms pourraient être contenus en quelques jours bien plus facilement que le terrorisme palestinien, mais Israël ne veut pas contenir le terrorisme juif. Il satisfait tous les colons et la plupart des Israéliens, même secrètement, car il fait avancer l’objectif ultime : nettoyer la terre de ses habitants palestiniens.

Des colons armés sont-ils jamais sortis défendre leurs voisins contre le terrorisme ? Ne les faites pas rire.

Ils voient les flammes s’élever de leurs champs et entendent les bêlements des moutons abattus dans leurs enclos. Ils voient les oliviers déracinés au bord de la route et entendent les véhicules tout-terrain que la députée Orit Strock leur a offerts, précisément pour qu’ils commettent ces pogroms.

Pourquoi ont-ils besoin de ces véhicules, sinon pour piétiner les champs et écraser des vieillards ? Depuis quand le gouvernement équipe-t-il les agriculteurs avec des VTT gratuits ? Un agriculteur du moshav Avivim y aurait-il droit ? Non, car il ne commet pas de pogroms contre les Arabes.

Un autre pogrom perpétré par une cinquantaine d’émeutiers a été signalé samedi soir, cette fois à Kafr Farkha. Selon Netanyahou, ils constituent la quasi-totalité des émeutiers existants en Cisjordanie. La plupart des Israéliens l’ont probablement cru. Comme c’est pratique et réconfortant.



15/12/2025

Pour Israël, une agence d’aide de l’ONU est un groupe terroriste

Gideon Levy, Haaretz, 14/12/2025
Traduit par Tlaxcala

La campagne de diffamation insensée d’Israël contre l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui a atteint son paroxysme la semaine dernière avec le raid inconsidéré sur son siège à Jérusalem et le hissage du drapeau israélien, découle d’une raison profonde qu’Israël n’admettrait jamais : l’UNRWA est la principale agence qui aide les réfugiés palestiniens depuis 1948. C’est là son véritable péché ; le reste n’est que prétextes et propagande. L’UNRWA a sauvé les réfugiés, donc l’UNRWA est l’ennemi.


Des soldats israéliens opèrent près du siège de l’UNRWA à Gaza City en février 2024. Photo Dylan Martinez / Reuters

Pendant de nombreuses années, l’UNRWA a servi d’idiot utile à Israël, finançant l’occupation et assumant les fonctions qui, selon le droit international, relèvent de la responsabilité de la puissance occupante. À l’époque où Israël se souciait encore un peu de la population, principalement pour qu’elle reste tranquille, et où les décisions étaient prises sur la base de la raison et non uniquement par haine, l’UNRWA avait sa place.


Un véhicule de la police israélienne à l’entrée du siège de l’UNRWA à Sheikh Jarrah pendant le raid cette semaine. Photo Silwanic

Puis est arrivé le 7 octobre, et Israël a aussi mordu la main qui nourrissait ses victimes. Il a perdu tout intérêt pour la situation des Palestiniens et a cessé de les considérer comme des êtres humains. Pour Israël, l’UNRWA est devenu une organisation terroriste, et l’administration Trump s’est empressée d’être d’accord.

Le premier prétexte sorti par la machine de propagande israélienne était que des employés de l’UNRWA étaient impliqués dans les événements du 7 octobre. Ce n’était pas le Hamas qui a attaqué Israël, c’était l’UNRWA. Israël a affirmé que 12 des travailleurs de l’agence avaient participé au massacre : 12 sur les 13 000 employés de l’UNRWA à Gaza. Les médias israéliens et les chœurs de propagande ont répandu le poison : l’UNRWA, c’est Noukhba, la force d’élite du Hamas qui a mené le massacre.

L’agence a licencié ceux qui auraient pu être impliqués, mais elle n’avait aucune chance. Personne n’a jamais demandé combien d’employés de Bank Leumi ont bombardé des enfants à Gaza, combien d’employés de l’Université hébraïque de Jérusalem ont pilonné des hôpitaux dans la bande de Gaza ou combien de membres du personnel du ministère de l’Éducation ont tué des personnes attendant de l’aide. Le sort de l’UNRWA était scellé. Les histoires, jamais prouvées, de « centres de commandement » du Hamas dans les abris anti-bombes de l’UNRWA, seul refuge de centaines de milliers de personnes, ont également attisé l’injure.

Des personnes marchent devant le siège endommagé de l’UNRWA à Gaza City en février 2024. Photo AFP

Puis les vieux comptes ont été rouverts : l’UNRWA perpétue le statut de réfugié des Palestiniens. Sans l’UNRWA, il n’y aurait plus de réfugiés palestiniens. Le réfugiéisme est la dernière preuve de la Nakba, c’est pourquoi Israël n’aime pas ça. Après avoir effacé plus de 400 villages, les camps de réfugiés sont restés le seul rappel sanglant de 1948. C’est le crime de l’UNRWA, soutient aussi le documentaire de Duki Dror diffusé sur la télévision publique Kan. Les Européens sont naïfs, affirme Dror, comme le disent toujours les Israéliens à propos des agences d’aide. Ils sont naïfs, seuls nous, Israéliens, sommes lucides.

L’UNRWA n’a pas perpétué le statut de réfugié des Palestiniens. L’occupation l’a fait. Si les Palestiniens avaient un État, il assumerait la responsabilité à leur égard. Le sommet de l’absurdité propagandiste est survenu lorsque Dror a déclaré dans une interview : « À l’ONU, la Palestine est considérée comme un “État observateur non membre”, et on ne peut pas être réfugié quand on a un État. Décidez, soit vous êtes un État, soit vous êtes des territoires occupés. »

C’est vraiment pas gentil de votre part, réfugiés palestiniens, de ne pas avoir encore pris votre décision. Mais Israël a décidé pour vous il y a longtemps. En 1967, il a décidé de l’occupation, et depuis, il n’a pas changé d’un iota sa décision. Maintenant, il dit qu’il n’y aura jamais d’État. Et c’est l’UNRWA qui a perpétué leur statut de réfugié. Et, bien sûr, il y a le programme scolaire de l’UNRWA, entièrement constitué d’ « appels à la haine » contre Israël. Comme s’il fallait l’UNRWA pour que les enfants palestiniens haïssent Israël. Il leur suffit, pour haïr quiconque leur a fait tout cela, d’ouvrir leur fenêtre, s’ils en ont encore une. L’UNRWA aurait dû leur apprendre à aimer Israël.

Un remplaçant a été trouvé pour l’UNRWA : la Fondation humanitaire pour Gaza. Cette agence usaméricaine a été fermée, heureusement, après qu’environ 1 000 personnes ont été tuées. Les attaques contre l’UNRWA continuent, et il n’y a pas de substitut.

Vendredi dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, à une large majorité, une résolution appelant Israël à coopérer avec l’UNRWA, après que la Cour internationale de justice a également jugé infondées les accusations contre l’agence. L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, s’est empressé de répondre : l’UNRWA est une organisation terroriste. Cachez donc ces réfugiés que nous ne saurions voir.