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15/04/2026
20/03/2026
De partenaires de guerre à rivaux politiques : l’Iran pourrait-il mettre le feu au torchon entre Trump et Netanyahou ?
Quatre scénarios possibles d’un clash inéluctable entre le chien et sa queue (les avis divergent sur la question de savoir qui est le chien et qui est la queue)
Mostafa Ahmed, Centre de Recherche Al Habtoor, 18/3/2026
Original : من شركاء حرب إلي خصوم سياسة… هل تشعل إيران الخلاف بين ترامب ونتنياهو؟
English : From Wartime Partners to Political Rivals… Could Iran Ignite a Rift Between Trump and Netanyahu?
Traduit par Tlaxcala
Le partenariat stratégique entre les USA et Israël a longtemps démontré une capacité exceptionnelle à absorber et à gérer les divergences tactiques. Pourtant, les développements accompagnant le lancement de l’opération US « Epic Fury » menée parallèlement à l’opération israélienne « Silent Holy City » fin février 2026, ont soumis cette alliance à un test sans précédent dans le Moyen-Orient moderne. Bien que cette campagne coordonnée ait initialement remporté des succès opérationnels décisifs, notamment l’élimination du guide suprême iranien et le démantèlement de la structure de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), l’image d’alignement complet projetée par Trump et Netanyahou dissimule des divergences fondamentales de visions et d’objectifs.
Une lecture attentive de la trajectoire historique de cette relation, parallèlement à ses contraintes politiques actuelles, suggère qu’un conflit prolongé mettra en lumière la vive divergence des intérêts stratégiques des deux capitales. Alors que la confrontation passe de frappes rapides à une guerre d’usure régionale complexe dont les conséquences s’étendent au-delà de Washington et Tel-Aviv, ces différences évolueront probablement vers des fractures structurelles profondes. Cet article propose une analyse stratégique de cette dynamique émergente, soutenant que les différences fondamentales dans la capacité à absorber les répercussions économiques, à gérer les pertes humaines et à naviguer dans des calendriers électoraux rigides transformeront les désaccords tactiques feutrés en une rupture stratégique ouverte qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ou de nier.
02/03/2026
Lion rugissant ? Chat qui miaule, plutôt
Lyna Al Tabal, Rai
Al Youm, 2/3/2026
Traduit par Tlaxcala
Hier matin, Israël s'est réveillé inquiet. Il a fait le même cauchemar qui le hante chaque nuit. Il s'est vu sans contrôle. Il a ouvert les yeux rapidement, s'est assis dans son lit, a palpé son corps et a inspecté soigneusement les murs de son existence. Il fallait que les choses restent à leur place, le monde devait être sous son emprise.
Dans le rêve, il perdait le
contrôle, ce qui est impardonnable. Il s'est donc levé hier et a décidé que le Machrek
avait besoin d'une nouvelle vague de terreur et d'intimidation sadique.
Il a commencé à halluciner sur
l'expression « élimination de la menace existentielle ». La menace est toujours
existentielle, l'existence est toujours en danger, et l'occupation est toujours
innocente. Elle peut sentir la mort,
elle peut faire évaporer notre sang. Mais elle est innocente.
Mais la question à laquelle
l'entité ne permet pas de répondre est la suivante : Israël est-il prêt pour
une longue guerre ? Cette société, qui vit dans une phobie permanente, a-t-elle
le courage de mener une longue guerre ? Et son peuple, qui n'a pas encore fini
de compter ses fenêtres brisées et ses portes arrachées lors des guerres
précédentes. Des milliers d'Israéliens
vivent dans un transit permanent, ils ont été chassés de leurs quartiers et n'y
sont pas retournés.
Quelle misère pour cette entité
qui se nourrit de cadavres, pour découvrir finalement qu'elle se dévore
elle-même.
La guerre chez eux ressemble aux
soldes saisonniers : elle revient tous les quelques mois, avec de nouvelles
affiches et des couleurs plus criardes, mais la marchandise est la même : du
fascisme en conserve, périmé et écœurant au point d'en avoir la nausée.
Puis Donald Trump apparaît, avec
son visage qui ressemble à une tomate jaune mûrie à l'excès sous les lampes du
solarium, et parle de paix. Trump n'aime
pas les guerres longues. Il préfère les guerres courtes, l'image d'une arme
américaine qui bombarde, puis écrit par-dessus un tweet sur la grandeur.
Trump est un poète qui aspire à
un Machrek « éviscéré ». pardon,
désarmé.
Sans armes pour le Hamas,
ni pour le Hezbollah,
ni pour l'Iran.
Ni pour l'Irak. Ni pour le Yémen.
Sans personne qui ait le droit de tirer, sauf Israël.
Le seul pays à qui tout est permis : l'extermination,
les armes,
les avions,
la dissuasion,
et le droit à la frappe préemptive permanente.
Comment appeler ce modèle qui
demande à tout le monde de déposer les armes alors qu'il conserve tous les
moyens de puissance ?
Supposons, à titre purement
hypothétique, que le miracle se soit produit :
Hamas rend ses armes lors d'un
défilé festif sous les flashs des appareils photo et avec les Toyota blanches immaculées ;
le Hezbollah scelle ses entrepôts
avec de la cire rouge et jette les clés dans la Méditerranée ;
et l'Iran annonce la fin de ses
rêves nucléaires et transforme ses réacteurs en usines de barbe à papa.
Croyez-vous vraiment que le
gouvernement israélien se réveillera le lendemain matin, se frottera les yeux
et dira : « La paix est venue, asseyons-nous maintenant pour discuter de la fin
de l'occupation » ?
Quelle naïveté ! Pensez-vous que
les crocs qui ont l'habitude de déchirer la terre et de sucer le sang se
transformeront soudainement en sourire hollywoodien ? Se retirera-t-il des
terres qu'il a occupées ? Les colonies qui ont poussé comme des champignons
seront-elles démantelées ? La solution à deux États deviendra-t-elle
soudainement un projet national qu'ils enseigneront à leurs enfants ? Un État
qui a pratiqué le génocide à Gaza va-t-il nous sourire ?
Bien sûr que non. Selon la doctrine de prédation qu'ils
pratiquent, dès que notre puissance disparaîtra, Netanyahu ou son remplaçant,
peu importe, viendra nous dire : « Nous sommes maintenant inquiets de vos
intentions. Nous avons besoin d'une
nouvelle condition ».
Il y a toujours une nouvelle
condition. Ils exigeront que nous
retirions les idées de nos têtes, que nous retirions la nostalgie de nos cœurs,
que nous retirions l'histoire.
Ils veulent que nous nous
rendions, que nous laissions tout derrière nous et que nous disparaissions.
Croyez-moi. Si nous leur remettons les clés de nos maisons
et de nos villes, ils exigeront de nous des excuses officielles pour les avoir
fatigués pendant qu’ils nous expulsaient !
Quant à vous, qui faites la queue
pour manifester votre solidarité avec Israël et avec la tomate jaune, que
ferez-vous demain sur Facebook ? Et comment parfumerez-vous vos tweets sur X ?
Savez-vous vraiment ce que vous
faites ?
Laissez-moi vous dire la vérité :
personne ne pose la question la plus effrayante. De combien de guerres cette entité israélienne
a-t-elle besoin pour se sentir ne serait-ce qu'une seconde en sécurité ?
Combien d’hectolitres de notre sang faut-il verser, et combien de victoires
factices cet édifice fragile a-t-il besoin pour se maintenir au pouvoir ?
La vérité est que nous sommes
face à un cas de boulimie pathologique de meurtre. Israël ne cherche pas des
frontières, il cherche des victimes pour compenser un manque dans son identité.
C'est ainsi que les choses
commencent… et c'est ainsi qu'elles finissent. Non pas par un rugissement comme
ils le prétendent, mais par une personne pâle, effrayée… terrifiée… hantée par
la phobie. Une personne qui a besoin chaque matin de tuer, de détruire, de
brûler, juste pour se prouver à elle-même qu'elle n'a pas peur.
Ils construisent des murs plus
hauts, ils inventent des missiles plus intelligents, mais ils ne peuvent
construire une seule once de réconfort dans le cœur d'un colon.
Malheur à cette entité… Elle
croit qu'empiler les cadavres lui fera une patrie, alors que la vérité est que
chaque goutte de notre sang est un clou de plus dans le cercueil de son mirage.
Khameneitashn et “sacrifices de Pourim ” : le gouvernement israélien et les complotistes de tous bords mélangent Pourim et la guerre contre l’Iran
La proximité des frappes usraéliennes sur l’Iran avec la fête juive de Pourim - qui célèbre le triomphe du peuple juif dans l’ancienne Perse - a fourni une abondance de matière à déclarations pour les responsables israéliens, les créateurs de mèmes et les complotistes antisémites.
Une famille juive ultra-orthodoxe, avec un enfant déguisé pour Pourim, debout devant un abri après avoir entendu une alerte annonçant l’arrivée de missiles iraniens, à Haïfa, dans le nord d’Israël, dimanche. Photo Shir Torem / Reuters
Linda Dayan , Haaretz, 1/3/2026
Original anglais: Khamenei-taschen and ‘Purim Sacrifices’- Israeli Government and Far-right Conspiracy Theorists
Point to Purim Parallels in Iran War
Traduit par Tlaxcala
La frappe usraélienne contre l’Iran était en préparation depuis des mois. Le New York Times a rapporté dimanche que la CIA suivait les déplacements du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, depuis des mois. Lorsqu’ils ont appris qu’il assisterait à une réunion de hauts responsables iraniens samedi matin, ils ont saisi l’occasion. Les USA ont transmis l’information à Israël, qui a mené des frappes contre les figures de proue du régime.
Mais ce timing a une autre importance en Israël et pour les
Juifs du monde entier : la guerre a été déclenchée quelques jours seulement avant la
fête de Pourim, qui commence lundi soir. Depuis plus de 2 000 ans, les Juifs célèbrent cette fête -- l’une des rares dans le judaïsme fondée sur la joie. Son texte, le Livre d’Esther, est centré sur la communauté juive de Perse pendant l’exil babylonien. Ses rebondissements hauts en couleur et les subversions de son propre récit en font une lecture divertissante deux millénaires plus tard.
Le roi Assuérus, décadent et influençable, après s’être débarrassé
de sa femme désobéissante Vashti, cherche une jeune épouse. Au même moment, son grand vizir -- un homme méchant et hautain nommé Haman -- constate qu’un Juif nommé Mardochée refuse de se prosterner devant lui, ne s’agenouillant que devant Dieu. Haman prend cela très personnellement et décide que tout le peuple juif doit payer.
Il dit à son roi : « Il y a dans toutes les provinces de ton
royaume des gens dispersés et séparés parmi le peuple, dont les lois sont
différentes de celles de tous les peuples et qui n’observent point les lois du roi ». Il demande la permission de les massacrer, et Assuérus acquiesce. Il tire au sort (pour, dans le texte hébreu) pour décider de la date du massacre,
et Haman fait ériger une potence pour y pendre personnellement Mardochée.
Des hommes lisent le Livre d’Esther tandis
que des enfants déguisés regardent, à Jérusalem pendant Pourim 2024. Photo Olivier Fitoussi
Ce qu’il ignore, cependant, c’est que la fiancée que le roi volage
a choisie est Esther -- la nièce de Mardochée, et une Juive. Mardochée rappelle à Esther que sa nouvelle vie au palais ne la sauvera pas du génocide imminent de son peuple, et la convainc de faire sa part pour sauver la nation. Banquets et péripéties bouleversantes s’ensuivent, et la reine juive révèle son identité et les machinations cruelles d’Haman à Assuérus. Haman est pendu à la potence qu’il avait construite pour Mardochée, les Juifs se réjouissent et le reste de l’histoire, qui comprend la vengeance des Juifs contre les milliers de personnes de l’ancienne Perse qui leur avaient fait du tort, est plus ou moins passé sous silence.
La fête est marquée par la lecture à voix haute du Livre d’Esther, en faisant le plus de bruit possible lorsque le nom d’Haman est lu, par l’envoi de paniers de friandises aux amis et à la famille, par le déguisement et en se saoulant copieusement. Parmi une série de fêtes lugubres, elle est la
préférée de la foule, ce qui peut se comprendre.
La frappe a été menée pendant Shabbat Zachor, le samedi qui
précède Pourim. À cette occasion, des extraits des livres du Deutéronome et de Samuel sont lus dans les synagogues, dans lesquels les Israélites reçoivent l’ordre de se souvenir des mauvaises actions de la nation d’Amalek, qui les a attaqués sans provocation pendant l’exode d’Égypte, et de les exterminer. De nos jours, Amalek est rarement considéré comme un groupe ethnique ou un peuple, mais comme un archétype de la méchanceté et du désir d’anéantir le peuple juif -- parfois appliqué par les nationalistes religieux aux ennemis d’Israël.
Des manifestants protestent contre l’assassinat
du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei devant le consulat israélien à Istanbul dimanche. Photo Khalil Hamra/AP
De l’ancienne Perse à Téhéran aujourd’hui
Au moment où les tensions entre Washington et Téhéran se sont
intensifiées, des mèmes opportuns sur Pourim circulaient déjà. Le rabbin Zalmy Fogelman de la Village Synagogue de New York a posté une photo du président Trump
rencontrant le commentateur de droite et complotiste de plus en plus antisémite Tucker Carlson à la Maison Blanche. Il l’a légendée : « Il y a dans toutes les provinces de ton royaume des gens dispersés et séparés parmi le peuple », présentant Carlson comme le Haman antisémite et Trump comme le roi capricieux.
Un panneau d’affichage à Tel Aviv, en octobre
2025, comparant Trump à l’ancien roi perse Cyrus. Photo Moti Milrod
16/02/2026
Pour honorer la mémoire des personnes massacrées le 7 octobre, les Israéliens doivent reconnaître leurs actions à Gaza
Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traduit par Tlaxcala
L’indignation récente suscitée par le rejet par un ministre
israélien du mot « massacre » à propos du 7 octobre a révélé qu’en Israël, le
mot est réservé à un seul camp. Ceux qui luttent pour sa préservation doivent l’appliquer
à ce qui s’est passé à Gaza.
Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre, j’utilisais
constamment le terme massacre pour décrire ce qui s’était passé. Ce que j’ai vu
de mes propres yeux en errant dans la zone frontalière sud avec le photographe
Alex Levac ne pouvait être défini que comme tel.
À Sderot, Ofakim, sur le parking de Re’im, sur l’autoroute 232
jonchée de morts, à Be’eri et Nir Oz, nous avons vu d’innombrables témoignages
silencieux d’un massacre. Les traînées de sang coagulé dans les chambres des
membres du kibboutz, les vies fauchées en un instant, les exemplaires du Haaretz
du week-end, avec des lecteurs massacrés alors qu’ils les parcouraient, les
corps de leurs chiens gisant dans leurs cours, les voitures écrasées et
déchiquetées avec leurs restes silencieux du festival de musique Nova, les
cartes d’identité et les effets personnels dans les ruines du poste de police
de Sderot, et bien sûr, les témoins survivants - tout racontait l’histoire d’un
massacre horrible. Un massacre - comment aurait-on pu appeler ça autrement ?
Un an plus tard, je ne pouvais plus utiliser ce terme. C’était
après que le mot massacre en était venu à être utilisé dans le discours
israélien uniquement pour décrire ce qui nous avait été fait. Le seul massacre
était le massacre d’Israéliens dans le sud, et aucun autre. Presque personne n’utilisait
le mot massacre pour décrire ce qui se passait de l’autre
côté de la frontière, à Gaza, de notre fait.
Quand un Israélien disait « massacre », il entendait le
massacre d’Israéliens, comme s’il affirmait qu’il n’y en avait pas d’autre. Le
mot massacre est devenu un mot chargé, tendancieux, servant la propagande et
donc disqualifié à mon sens, en raison de sa signification unilatérale.
Pendant ce temps, le second massacre se déroulait à plein régime, et personne ne l’appelait par son nom. Il n’annulait pas le premier massacre, mais son ampleur, en termes de chiffres et de dévastation, le dépassait de loin. Le fait qu’il ait été perpétré principalement par les airs n’en diminuait en rien la nature.
Bâtiments
détruits à Gaza, vus du côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza
plus tôt cette semaine. Photo Amir Cohen/Reuters
La dispute furieuse qui a éclaté ces derniers jours au sujet
de la tentative insensée du gouvernement d’effacer des mémoires le massacre que
nous avons subi ne peut que susciter un sourire amer.
Rien ne pourrait être plus ironique : après plus de deux ans
pendant lesquels le discours public s’est abstenu d’utiliser le mot « massacre
» ou ses synonymes pour décrire ce que l’armée israélienne faisait aux Gazaouis
; après plus de deux ans pendant lesquels Israël a essayé de se dire, et de
dire au monde, que le seul massacre qui avait eu lieu était celui des
Israéliens ; plus de deux ans à jouer les victimes, pendant lesquels Israël a
exposé, pour lui-même et pour le monde, uniquement ses propres blessures de
guerre ; plus de deux ans pendant lesquels il a interdit toute expression de
compassion, d’humanité et de solidarité avec les victimes de l’autre massacre ;
après plus de deux ans pendant lesquels les médias israéliens ont caché, ignoré
ou occulté l’autre massacre, voilà que le gouvernement tente d’effacer aussi
des esprits israéliens le premier massacre, comme s’il n’avait jamais eu lieu.

Le
ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, lors de la première cérémonie
de remise des prix du cinéma financée par le gouvernement à Jérusalem le mois
dernier. Photo Naama Grynbaum
Le ministre de la Culture, Miki Zohar, s’est en effet opposé à
l’adoption d’une posture de victimisation, dans laquelle Israël s’était complu,
tant que cela servait
ses objectifs. [Zohar a proposé d’enlever
le mot « massacre » du titre de la proposition de loi en discussion pour
instaurer une autorité de commémoration du 7
octobre, NdT]
Néanmoins, il y a eu un massacre en Israël, ainsi qu’un
génocide à Gaza. Il faut le reconnaître. La puissance des mots est grande. Le
fait que si peu d’Israéliens soient préoccupés par ce que leur pays a fait dans
la bande de Gaza prouve l’immense pouvoir des mots. Le fait que chaque fois que
le mot « massacre » était ou est encore utilisé en Israël, les gens ne pensent
qu’au meurtre de 1 200 Israéliens, jamais à la mort de 70 000
Gazaouis, prouve combien il est facile de manipuler les gens et de
façonner leur état d’esprit.
Par conséquent, la bataille actuelle autour de ce terme est
importante. Les personnes qui luttent à juste titre pour préserver ce terme
concernant les événements du 7 octobre devraient au moins l’adopter aussi pour
décrire ce qu’Israël a fait dans le cadre de ses représailles aveugles à Gaza.
On ne peut pas dire « le massacre du 7 octobre » sans dire un mot sur le
massacre punitif et vengeur qui a suivi.
Le sang des Israéliens massacrés le long de la frontière de
Gaza crie, mais pas moins que le sang des milliers de bébés qui ont été
massacrés dans la bande de Gaza. Les deux groupes ont été victimes d’un
comportement barbare et criminel. Les deux groupes méritent la définition
correcte, pas une propagande mensongère. Il y a eu un massacre en Israël. À
Gaza, il y a eu un génocide.
30/01/2026
Pourquoi les tactiques israéliennes de contre-terrorisme* apparaissent dans le Minnesota
Un partenariat de plusieurs décennies a inclus le partage de ressources et beaucoup d’entraînements conjoints pour l’ICE et la CBP** avec leurs homologues en Israël.
Connor Echols, Responsible Statecraft,
29/1/2026
Traduit
par Tlaxcala
Connor Echols est journaliste pour Responsible Statecraft, le site ouèbe du Quincy Institute, un laboratoire d’idées prônant la diplomatie et la retenue militaire pour la politique étrangère des USA. Il était auparavant rédacteur en chef adjoint à la Nonzero Foundation, où il co-rédigeait une newsletter hebdomadaire sur la politique étrangère. Il a récemment terminé un stage au Centre arabe d’études à l’étranger à Amman, en Jordanie, et il a obtenu sa licence à l’université Northwestern (Evanston, Illinois), où il a suivi un cursus de journalisme et d’études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. @connor_echols
Ces dernières semaines, des milliers d’agents fédéraux des forces de l’ordre ont déferlé sur Minneapolis. Des vidéos montrent des agents de l’immigration sautant de fourgons banalisés, maîtrisant et aspergeant de gaz poivré des manifestants, et brisant des vitres pour traîner des gens hors de leurs voitures.
Des
figures de proue de l’administration Trump ont défendu cette approche malgré
une forte opposition locale. Par exemple, lorsque des agents fédéraux ont tué
un manifestant nommé Alex Pretti samedi, la Secrétaire à la Sécurité
intérieure, Kristi Noem, l’a rapidement accusé de « terrorisme intérieur ».
Pour les
observateurs du conflit israélo-palestinien, ces scènes peuvent sembler
étrangement familières. Cette similitude n’est peut-être pas une coïncidence.
L’objectif
principal de cette collaboration est de prévenir les actes de terrorisme - un
objectif nécessaire, bien que problématique. Mais, alors que l’administration
Trump a de plus en plus repensé sa répression contre l’immigration clandestine
comme une nouvelle sorte de guerre contre le terrorisme, elle a appliqué ces
tactiques de contre-terrorisme à un nombre sans cesse croissant de personnes
aux USA. Ce changement, qui a suscité des réactions malgré le large soutien
public à la lutte contre l’immigration illégale, donne maintenant aux USAméricains
un aperçu de la façon dont l’armée israélienne opère en Cisjordanie, selon Josh
Paul, qui dirigeait auparavant le bureau des transferts d’armes au Département
d’État.
« Il
y a des parallèles frappants », dit Paul. « Vous avez des unités
d’une force de sécurité qui sont imposées aux autorités locales, imposées à la
police locale, qui s’engagent dans des points de contrôle, des détentions, y
compris d’enfants [...] Et elles semblent opérer largement en toute impunité ».
Une
relation de vingt ans
Lorsque
Bill Ayub est revenu de son voyage en Israël, il était impressionné - mais un
peu méfiant. Le logiciel de surveillance israélien est « un peu plus
invasif que ce que vous verriez ici aux États-Unis », déclarait l’ancien
shérif du comté de Ventura à Jewish Currents en 2022.
Et l’usage de la force lors des arrestations était « choquant », a
déclaré Ayub. « C’était genre “Ouaou, vous faites ça ?” [...] Nous irions
en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici”
Ayub est
l’un des centaines de hauts responsables usaméricains des forces de l’ordre
qui, au cours des deux dernières décennies, ont visité Israël et rencontré des
responsables israéliens des forces de l’ordre avec l’aide d’organisations à but
non lucratif comme l’Anti-Defamation League (ADL) et le Jewish Institute for
National Security of America (JINSA). Les informations publiques sur ces
voyages, axés sur la lutte contre le terrorisme, sont limitées. Mais un
itinéraire d’une délégation de l’ADL en 2016 montrait des réunions prévues avec
des responsables israéliens dans une prison tristement célèbre et à Hébron, une
ville ségréguée de Cisjordanie.
Des
informations accessibles au public montrent que des responsables de l’ICE ont
participé à huit voyages de l’ADL entre 2013 et 2016. Joseph Harhay, l’actuel
chef adjoint de la Customs and Border Patrol (CBP), a participé à un voyage de
JINSA en 2018.
Ces
voyages financés par des fonds privés ne sont qu’une facette de la relation.
L’administration Bush a créé l’ICE et la CBP en 2003, lors de la
restructuration du gouvernement fédéral après les attentats du 11 septembre.
Ces agences, toutes deux faisant partie du Département de la Sécurité
intérieure (DHS), sont devenues partie intégrante d’un effort gouvernemental de
lutte contre le terrorisme. « L’ICE a grandi avec la guerre mondiale
contre la terreur », dit Anthony Aguilar, un officier de l’armée à la retraite
et militant.
Le
Congrès s’est rapidement tourné vers l’étranger pour obtenir de l’aide, créant
un bureau du DHS principalement axé sur l’apprentissage auprès des responsables
israéliens, selon les partisans de la législation. « Je pense que nous
pouvons beaucoup apprendre d’autres pays, en particulier d’Israël, qui a
malheureusement une longue histoire de préparation et de réponse aux attaques
terroristes », a déclaré la sénatrice Susan Collins (Républicaine du Maine)
à l’époque.
Les
agents de l’ICE et de la CBP ont depuis développé une relation étroite avec
leurs homologues en Israël, leur permettant d’échanger des notes sur les
tactiques et la technologie. Le DHS a organisé des conférences avec des
responsables de la sécurité israéliens, tenu des sessions de formation
conjointes et même accordé des subventions à des officiers israéliens pour
faire des recherches sur des domaines comme la lutte contre l’extrémisme
violent, selon un ancien haut responsable du DHS.
Ce
responsable, qui a déclaré que certaines des tactiques recommandées par les
officiels israéliens équivalaient à du profilage racial et ethnique, se
souvient d’un collègue senior se demandant : « Pourquoi donnons-nous des
fonds à un gouvernement étranger pour ces choses ? Pourquoi le Département de
la Sécurité intérieure fait-il ça ? »
Les
officiers de l’ICE en particulier ont régulièrement participé à des
entraînements aux côtés de la police israélienne, selon Aguilar, qui a déclaré
avoir personnellement assisté à certaines de ces sessions au Centre national
d’entraînement urbain d’Israël pendant son service dans l’armée. (L’ancien haut
responsable du DHS a confirmé que les officiers de l’ICE s’entraînent souvent
en Israël ; le DHS n’a pas répondu à une demande de commentaire.)
Le
transfert de technologie a été un autre point important de collaboration. Cela
est en partie dû aux liens étroits entre l’armée et les industries de la
technologie de surveillance dans les deux pays. Par exemple, l’armée
israélienne utilise des logiciels d’entreprises usaméricaines comme le géant de
la surveillance Palantir, qui travaille également avec l’ICE.
L’ICE,
pour sa part, a acheté une technologie sophistiquée de piratage téléphonique à
des entreprises israéliennes controversées comme Cellebrite et Paragon. Ces
outils ont aidé l’ICE à construire ce que les critiques appellent un « filet »
de surveillance, collectant des données sur une grande partie du public usaméricain,
y compris des citoyens.
Il n’est
pas clair si le gouvernement usaméricain a facilité ces transferts de
technologie de surveillance. Mais nous savons que les responsables US sont
intéressés par la promotion de ce type de collaboration. Depuis 2015, le
Programme binational de recherche et développement industriels (BIRD) réunit le
DHS et le ministère israélien de la Sécurité nationale pour « développer
des technologies avancées pour les besoins de la sécurité intérieure »,
selon le DHS. En 2022, l’administration Biden a lancé une autre initiative
visant à promouvoir la collaboration entre le DHS et la Direction nationale de
la cybersécurité israélienne.
D’autres
similitudes peuvent simplement découler de la relation étroite que les
responsables usaméricains et israéliens ont entretenue au fil des ans. Par
exemple, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a rencontré l’année dernière le
ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un responsable
controversé qui partage l’engagement de Noem en faveur d’un maintien de l’ordre
intransigeant.
Et
certains parallèles n’ont rien à voir avec la relation usaméricano-israélienne
en soi. Par exemple, l’armée israélienne a fait preuve d’un manque de
discipline et de préparation au combat pendant la guerre à Gaza, que certains
experts attribuent à un mauvais entraînement et à une expansion rapide des
appels sous les drapeaux. L’ICE a fait face à des défis disciplinaires
similaires lors de sa croissance vertigineuse sous l’administration Trump, qui
a augmenté le budget annuel de l’agence d’environ 200 % et plus que doublé le
nombre de ses officiers en moins d’un an pour dépasser les 20 000 agents. (3
000 officiers de l’ICE et de la CBP ont été envoyés dans le seul Minnesota)
« C’est
un peu chacun pour soi. Ils n’opèrent manifestement pas sous des procédures
opérationnelles standard », dit Aguilar, qui a observé des manifestations
à Minneapolis cette semaine et travaillé comme sous-traitant militaire à Gaza
pendant la guerre. « C’est exactement comme ça que les Forces de défense
israéliennes opèrent à Gaza ».
Bien sûr,
les scènes de Minneapolis ont déclenché une réaction que l’administration aura
du mal à ignorer. En effet, le président Trump a déjà commencé à modifier son
approche ces derniers jours, rétrogradant un commandant controversé de la CBP
et envoyant son « tsar des frontières », Tom Homan, superviser les
opérations dans un souci de désescalade. Trump a même changé de ton concernant le
meurtre de deux citoyens usaméricains par l’ICE, qualifiant les deux incidents
de « terribles ».
Mais,
compte tenu de l’étendue de la collaboration sécuritaire usaméricano-israélienne
et du désir de Trump d’agir rapidement sur les expulsions, le Minnesota
pourrait ne pas être le dernier État à voir ce genre de tactiques - et de
technologies - déployées dans ses rues. « Rien de tout cela ne me surprend »,
a déclaré l’ancien haut responsable du DHS, ajoutant qu’il espérait toujours
qu’une pression interne pourrait encourager l’administration à changer de cap. « Je
suis un peu choqué que les gens ne fassent ces comparaisons que maintenant ».
NdT
*Contre-terrorisme :
désignation officielle de la contre-insurrection
** CBP
: Customs and Border Protection, Service des douanes et de la protection des
frontières, agence du département de la Sécurité intérieure (DHS), créée en
2003. Elle compte aujourd’hui 65 620 employés.
26/01/2026
Le Sioniste idéal d’Israël est un stormtrooper*. Et sa plus grande menace est un député arabe
Ben-Gvir appellera la Liste unie** une « Alliance représentant la terreur », même si les députés arabes condamnent le terrorisme palestinien bien plus que lui, Ben-Gvir, ne condamnera jamais le terrorisme juif. La droite préfère un soldat qui commet des crimes de guerre à un député arabe, simplement parce qu’il est arabe.
Gideon
Levy, Haaretz,
25/01/2026
Traduit
par Tlaxcala
« C’est nous
ou eux », a écrit Yehoda Vald, le PDG [sic] du parti de droite Sionisme
Religieux, sur son compte X jeudi soir. Deux photographies, l’une au-dessus de
l’autre, ont clairement indiqué qui, selon Vald, est « nous » et qui est « eux
».
L’image du
haut, « nous », montre environ six soldats israéliens, armés et blindés de la
tête aux pieds, photographiés de dos alors qu’ils marchent fièrement vers les
ruines de Gaza. L’image du bas, « eux », montre les chefs des quatre partis
israéliens à majorité arabe, leurs mains jointes et levées haut, annonçant
jeudi soir le renouvellement de leur alliance électorale.
Il y a
quelque chose de dérangeant dans ces deux photographies. Toutes deux ne
montrent que des hommes, et chacune est mono-nationale : seulement des Juifs
dans l’une, seulement des Arabes dans l’autre. C’est le monde de Vald, un
colon. Mais tous les Israéliens doivent se demander s’ils préfèrent vraiment
les soldats armés marchant vers leur scène de crime, la destruction totale
autour d’eux, au groupe de politiciens arabes, parmi les meilleurs de la
Knesset, représentants de la seule opposition qu’Israël ait actuellement ?
Est-ce là la
vision ? Est-ce là l’espoir ? L’épée de Vald dévorera-t-elle pour toujours — l’épée
de ceux qui frissonnent de plaisir à la vue de ces « nous » armés et de l’effroyable
destruction qu’ils ont semée et n’en veulent que davantage ? Devons-nous nous
identifier au « nous » de Vald simplement parce qu’il nous montre des soldats
juifs, même s’ils sont soupçonnés d’être des criminels de guerre ?
Vald est un
colon « modéré », du Gush Etzion « libéral », et il ne participe pas aux
pogroms. Il représente la majorité des Israéliens aujourd’hui, surtout après le
7 octobre. Ils préfèrent un soldat d’occupation juif à un député arabe, qui par
définition — c’est-à-dire, par sa participation à la Knesset — cherche à s’intégrer
dans la société israélienne. L’idée qu’un soldat soupçonné de crimes de guerre
soit préférable à un parlementaire arabe, simplement parce qu’il est arabe, est
vraiment malsaine.
Itamar
Ben-Gvir s’est empressé d’appeler le nouveau bloc électoral « l’Alliance
représentant la terreur ». Les quatre dirigeants des partis qui le composent
ont condamné le terrorisme palestinien bien plus souvent que Ben-Gvir n’a
condamné le terrorisme juif. Il ne l’a pas condamné, et ne le condamnera
jamais. Aucun d’entre eux n’a eu recours à la violence comme Ben-Gvir l’a fait,
mais l’expert en terrorisme les déclare terroristes.
Qu’est-ce
qui est israélien, selon Vald et ses semblables ? Un soldat d’occupation. Qu’est-ce
que le Sioniste idéal à leurs yeux ? Un Stormtrooper*. Et qu’est-ce qui est
effrayant et menaçant ? Un député arabe. Un concentré de la vision du monde
de la plupart des Israéliens. La renaissance de la Liste unie est presque la
seule chance d’un changement de gouvernement en Israël ; on s’attendrait à ce
que quiconque le souhaite s’en réjouisse. Mais le simple fait qu’elle soit
arabe est une menace pour la plupart des Israéliens. En revanche, ce que l’armée
israélienne a fait et continue de faire à Gaza, dont l’étendue réelle n’est
connue d’aucun Israélien, est une source de fierté et d’identification.
Il est
difficile de comprendre ce qui, dans les images de la terrible destruction à Gaza, inspire de la fierté.
De quoi êtes-vous exactement fier ? De la destruction, ou des meurtres ? Des
bébés morts, ou des femmes tuées ? Et pourquoi voyez-vous ces soldats comme des
héros ? N’avez-vous pas entendu ce qu’ils ont fait, n’avez-vous pas vu ?
Inversement,
qu’est-ce qui vous effraie tant dans l’image des politiciens arabes ? Ont-ils
jamais menacé l’État d’Israël ? Avez-vous vu comment eux et leur communauté se
sont comportés depuis le 7 octobre ? Ils avalent leur humiliation et leur
douleur terrible face à la mort de leurs compatriotes — et restent silencieux.
Et condamnent le 7 octobre. Ils sont des héros bien plus grands que les soldats
qui piétinent Gaza dans leurs bottes rouges de parachutiste.
Si le choix
est entre ce « nous » et cet « eux », alors je suis avec « eux », sans
hésitation.
NdT
*Stormtrooper : membre des troupes d’assaut, terme popularisé par Star Wars, emprunté à l’allemand Sturmtruppen, désignant les troupes de choc impériales durant la Première Guerre mondiale.
**Liste unie : al-Qa’imah al-Mushtarakah/HaReshima HaMeshutefet/Joint List, coalition électorale de quatre partis de Palestiniens de 1948, créée en 2015, dissoute en 2021 et reconstituée en vue des élections à la Knesset prévues cette année. Elle regroupe l’Assemblée nationale démocratique (Balad), le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash), le Mouvement arabe pour le changement (Ta’al) et la Liste arabe unifiée (Ra’am).
20/01/2026
Trump garde une option de frappe contre l’Iran sous la manche tandis que Washington fait une dernière tentative diplomatique
Alors qu’Oman et l’Arabie saoudite poussent à des pourparlers usaméricano-iraniens, et que Steve Witkoff expose les conditions de négociation, l’hypothèse selon laquelle Trump serait irrémédiablement engagé sur une voie militaire doit être accueillie avec un scepticisme salutaire.
Zvi Bar’el, Haaretz, 19/01/2026
Traduit
par Tlaxcala
Résumé
Les USA pèsent leurs options concernant l’Iran alors que les protestations s’apaisent dans la République islamique et que le bilan des morts reste incertain. Malgré les postures militaires, l’histoire des tentatives avortées de changement de régime plane en toile de fond, mettant en garde contre une action précipitée. Tandis que le régime iranien reste résilient, les canaux diplomatiques persistent malgré les pressions régionales et la possibilité de reprises des négociations nucléaires, en dépit de la répression violente de la dissidence.
Des personnes allument leurs téléphones devant le consulat usaméricain lors d’un rassemblement en soutien aux manifestations en Iran, à Milan, Italie, mardi. Photo Claudia Greco/Reuters
La plus
grande vague de manifestations que l’Iran ait connue depuis la Révolution
islamique de 1979 semble s’être dissipée, selon des rapports. Quelques
manifestants se rassemblent encore dans quelques villes et des milliers de
détenus sont retenus dans des centres de détention, en attente de jugement.
Le nombre
exact de morts est inconnu. Reuters a cité un officiel iranien qui a estimé qu’au
moins 5 000 personnes, dont 500 membres des forces de sécurité, ont été tuées.
Leurs familles ont commencé le processus de deuil, les parents ont peur d’envoyer
leurs enfants à l’école, et tout le pays attend avec impatience de voir ce que
le régime va faire maintenant.
L’expérience
suggère que ni les procès-spectacles ni les exécutions ne cesseront. Cependant,
ces dernières seront vraisemblablement menées avec parcimonie, étalées dans le
temps, afin de ne pas déclencher le retour des masses dans la rue, ou l’ « aide »
usaméricaine promise et arrêtée au dernier moment.

Une
femme iranienne marche dans une rue de Téhéran, Iran, mardi. Photo Majid Asgaripour/Reuters
La décision usaméricaine
de ne pas attaquer peut s’expliquer de plusieurs façons. La pression intense de
certains États arabes, ainsi que les scénarios cauchemardesques présentés au
président Trump et aux hautes figures de son administration par les dirigeants
du Golfe, d’Égypte et de Turquie y ont largement contribué.
Les
interlocuteurs de Trump ont pointé un manque de préparation suffisante et de
plan d’attaque efficace, ainsi que la possibilité d’une guerre civile éclatant
en conséquence. S’ajoutait à cela une crainte réelle que des bombardements
intensifs ne tuent et blessent de nombreux civils et ne changent le sentiment
de l’opinion publique.
L’argument
final contre une attaque usaméricaine était l’absence d’une direction
authentique et convenue à l’intérieur de l’Iran capable de gérer les affaires
du pays, ainsi qu’un appel signalé d’Israël invoquant un manque de ressources et d’arrangements défensifs pour contrer
une riposte iranienne.
Dans un
processus décisionnel ordonné, ces arguments auraient été présentés au
président avant son assurance que l’USAmérique soutiendrait les manifestants –
et avant qu’il ne déclare que l’armée usaméricaine était « en position et
prête à tirer » [locked and loaded] pour une attaque. Ces arguments
sont valables même alors qu’une attaque militaire semble inévitable.
Ce n’est pas
la première fois que les USA encouragent des manifestants à renverser un
régime. En 1991, le président George H.W. Bush avait appelé les chiites en Irak
à se soulever contre Saddam Hussein, promettant de leur porter secours. Saddam,
contraint par un accord de cessez-le-feu qui lui interdisait d’utiliser des
avions de chasse, a déployé sa flotte d’hélicoptères et son artillerie contre
les rebelles chiites, massacrant des milliers de personnes et écrasant la
révolte.
En mars
2011, une coalition internationale dirigée par l’OTAN est intervenue contre le
régime de Mouammar Kadhafi pour protéger les civils libyens. La Grande-Bretagne
et la France ont dirigé la campagne de huit mois sous un commandement conjoint
avec les USA. Des milliers de sorties aériennes et de bombardements ont été
menés, accompagnés de forces spéciales au sol.
En octobre
2011, Kadhafi était renversé et tué, et la Libye est devenue un pays divisé.
Sans chef convenu, une guerre civile sanglante a éclaté, qui se poursuit à ce
jour. L’opération militaire a été définie comme un échec complet, que des
études et des rapports de renseignement ont principalement attribué au manque
de planification pour le « jour d’après ».
Les leçons
de ces deux épisodes sont importantes à retenir alors que des forces usaméricaines
se concentreraient dans la région et que le porte-avions USS Abraham Lincoln
avance. Des mouvements qui alimentent les spéculations selon lesquelles les USA
se préparent à renouveler leur campagne contre l’Iran pour porter un coup
mortel au régime.
La présence
renforcée de l’armée usaméricaine et les préparatifs efficaces pour se défendre
contre une réponse iranienne ne changent pas les conditions fondamentales
caractérisant le contrôle du régime en Iran et l’incertitude quant aux
conséquences politiques d’une action militaire.
L’armée
iranienne, les Gardiens de la révolution, la force entièrement volontaire des
Bassidji et la police sont restés loyaux au régime, et
il n’y a pas de rapports de désertions massives dans leurs rangs. Des dizaines
de milliers de membres des forces de sécurité continuent de patrouiller dans
les rues des grandes villes, où une sorte de loi martiale a été imposée et des
centaines de citoyens continuent d’être arrêtés quotidiennement.
Le régime
est structuré de telle sorte que l’ordre dirigeant continuera même si le guide
suprême l’ayatollah Ali Khamenei est éliminé, et il ne manque pas de candidats
pour le remplacer. Khamenei, 86 ans, a nommé un comité il y a environ un an
pour trouver son successeur dans le cadre de son obligation constitutionnelle.

Un
homme tient une affiche du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei lors
d’une cérémonie funéraire pour un groupe de forces de sécurité, tuées lors de
manifestations anti-gouvernementales, à Téhéran, Iran, mercredi. Photo Vahid
Salemi/AP
Un
démantèlement complet des mécanismes de pouvoir et de contrôle du régime
pourrait nécessiter une contre-révolution complète et radicale d’une ampleur
similaire à celle de la Révolution islamique. Mais les soldats, durant cette
révolution, avaient refusé de tirer sur les manifestants, alors qu’aujourd’hui
le régime a les Gardiens de la révolution et les Bassidji à sa disposition.
En même
temps, il est douteux que le public iranien, ayant subi des coups sans
précédent, soit disposé ou capable de retourner dans la rue de sitôt simplement
parce que Trump démontre une détermination à intervenir militairement.
Il est
important de noter que c’est le public qui a initié les manifestations,
devenues les plus importantes depuis la Révolution islamique, et non une
promesse d’aide usaméricaine. Les encouragements usaméricains ne sont venus qu’après
le développement des manifestations, alimentant les craintes que le
renversement du gouvernement ne devienne une « réalisation » usaméricaine,
reproduisant le renversement en 1953 du gouvernement de Mohammad Mossadegh par
les renseignements usaméricains et britanniques.
Le jeu de
devinettes entourant la possibilité que Trump entreprenne une action militaire
a créé l’impression que c’est la seule voie pour résoudre la « question
iranienne ». Mais la voie diplomatique n’est pas encore fermée. Trump
lui-même a divulgué un message de Téhéran exprimant un désir de reprendre les
négociations nucléaires, ajoutant qu’une rencontre était en préparation.
La rencontre
a été annulée lorsque l’ampleur du massacre des manifestants est devenue
connue, remplacée par la menace d’une attaque, qui a été arrêtée « à la
dernière minute » après que l’Iran a suspendu une série d’exécutions
planifiées.
L’activité
diplomatique n’a pas cessé pendant les jours de troubles. Oman et l’Arabie
saoudite, qui ont mis en garde Trump contre une action militaire en
particulier, explorent la possibilité de reprogrammer la rencontre et de
reprendre les négociations intensives en vue d’un accord.

L’envoyé
spécial usaméricain Steve Witkoff lors d’une conférence de presse lors du
sommet dit de la « Coalition des volontaires » au palais de l’Élysée
à Paris, France, janvier. Photo Ludovic Marin/Reuters
En marge d’une
conférence du Conseil israélo-usaméricain en Floride jeudi, l’envoyé de Trump
Steve Witkoff n’a pas exclu la possibilité d’une résolution
diplomatique et a même énuméré les questions que l’Iran devrait inclure dans un
accord : la réduction de son stock de missiles, le retrait des quelque deux
tonnes d’uranium enrichi à différents degrés en sa possession et les
organisations proxy travaillant pour le compte de l’Iran. Les droits humains,
la libération des détenus et la fin de la répression n’étaient pas dans la
liste. Witkoff a dit croire que l’Iran serait disposé à faire des compromis en
raison de sa situation économique désastreuse.
Tout comme
il serait imprudent d’attendre avec impatience une rencontre diplomatique
irano-usaméricaine, nous devrions traiter la conclusion que Trump n’a d’autre
choix que d’utiliser la force contre l’Iran et de renverser le régime avec une
dose appropriée de scepticisme.



















