Piero
Fassino, il
manifesto, 17/7/2022
Traduit par Fausto
Giudice, Tlaxcala
Le
13 juillet, il manifesto intitulait l'article de Francesca Albanese «
Parler de la Palestine aujourd'hui est impossible, même au Parlement ». Au
Parlement, en revanche, on en parle, à tel point que l'audition de l'avocate Albanese
- rapporteur du Conseil des droits de l'homme des Nations unies dans les
territoires palestiniens - sera suivie d'auditions des ambassadeurs de
Palestine et d'Israël et des organisations de la société civile palestinienne
et israélienne. Et à la fin, la Commission examinera les résolutions présentées
par les différents groupes sur le conflit israélo-palestinien. Lors de son
audition, l'avocate Albanese a fait un rapport large et détaillé, qui a été
suivi d'un débat au cours duquel j'ai également exprimé mes considérations dans
une confrontation où il est légitime d'exprimer des opinions différentes. Si la
polémique que nous avons eue a suscité un malaise chez l'avocate Albanese, je
le regrette car j'ai du respect et une pleine considération pour son rôle et
son dévouement. De cette diversité d'opinions a cependant émergé une
représentation de mes positions que je souhaite réfuter. Je m’occupe du
Moyen-Orient depuis plus de 40 ans, cultivant au fil des ans des relations
amicales et positives avec tous les principaux protagonistes - d'Arafat et Abou
Mazen à Shimon Peres en passant par Yossi Beilin - poursuivant toujours un
objectif : une solution de paix et coexistence avec un État palestinien
indépendant aux côtés d'un État sûr d'Israël reconnu par ses voisins, comme
convenu à Oslo et Washington entre Rabin et Arafat.
C'est
pourquoi je n'ai jamais manqué de dénoncer l'illégitimité des actes posés par
les autorités israéliennes, tels que les implantations de colons en
Cisjordanie, le projet d'annexion de la vallée du Jourdain, la violation des
droits des citoyens palestiniens à Jérusalem-Est, la négation de la double
identité de Jérusalem et les mesures restrictives imposées à la population
palestinienne.
Mais
précisément parce que je me bats pour une paix juste, je ne partage pas un
portrait diabolisant d'Israël. C'est une chose de critiquer et de s'opposer à
ceux qui, en Israël, empêchent toute solution de paix. C'est tout autre chose
de combattre Israël en tant que tel. Herzog, Lapid, Gantz, Peretz ne peuvent
être associés à Nethanyahou, tant ils sont sur des fronts politiques opposés.
La majorité actuelle du gouvernement israélien comprend également la gauche,
qui a toujours été en faveur de la solution 2 peuples/2 États. Et s'il y a un
représentant d'un parti arabe dans la coalition gouvernementale actuelle, il
est difficile d'accepter la définition d'Israël comme un État raciste.
Israël est
une société complexe avec un melting-pot d'identités d'origine diverses. Un
pays démocratique - il n'y en a pas beaucoup dans la région - qui fait
l'expérience de la dialectique physiologique de la démocratie, avec une droite
et une gauche, avec des fondamentalismes religieux et des secteurs laïques
solides, avec des secteurs favorables à la naissance d'un État palestinien et
d'autres méfiants ou opposés. Une société qui compte parmi ses intellectuels
les plus prestigieux Amos Oz, Abraham Yeshoua [sic : c’est Yehoshua,
NdT] et David Grossman, qui ont constamment prôné la paix et la coexistence
entre Juifs et Palestiniens.
En outre,
une nation qui a longtemps été niée par ses voisins et qui n'a obtenu la
reconnaissance de ses adversaires qu'avec la conférence de Madrid d'abord et
les accords d'Oslo ensuite. Je ne crois vraiment pas que ce soit une lecture
correcte et utile de faire porter toute la responsabilité à Israël - sans
aucune distinction - comme s'il n'y avait pas dans le camp palestinien ceux qui
- parlerons-nous du Hamas ou du FPLP ? - manifestent un rejet idéologique du
droit à l'existence d'Israël.
Lorsque
je dis que les institutions internationales doivent avoir un profil d’impartialité,
je ne propose ni la neutralité ni l'agnosticisme politique. Au contraire, je
plaide en faveur d'une "impartialité active" qui - en utilisant les
instruments du droit et de la politique - promeut et encourage le dialogue, la
reconnaissance mutuelle, le partage et le respect des accords, car cela me
semble être la seule voie - que je sais malaisée et difficile - pour sortir
d'une impasse qui se prolonge depuis des décennies avec des souffrances et des
tragédies. Et il ne peut y avoir de paix que si elle est fondée sur la
reconnaissance mutuelle de deux droits qui sont tous deux légitimes : parce que
l'aspiration des Palestiniens à avoir une patrie indépendante est un droit
légitime, et que la demande d'Israël de vivre en sécurité et d'être reconnu par
ses voisins est un droit légitime. Privilégier l'un des deux droits et nier
l'autre ne permet pas la paix. Simul stabunt et simul cadent [On tiendra ensemble ou bien on tombera ensemble.]
Et pour cette solution, je continuerai, avec beaucoup d'autres, à me battre.

Piero Fassino est l'un des fondateurs de "Sinistra per Israele" (Gauche pour Israël)