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03/03/2026

Manifeste pour les prisonniers politiques sahraouis

Hier marquait la cinquième année de nos rassemblements hebdomadaires devant le ministère des Affaires étrangères d’Espagne pour demander au ministre d'agir en faveur des prisonniers politiques sahraouis incarcérés dans les prisons marocaines. Des amis de la cause sahraouie étaient présents et nous avons lu le communiqué ci-dessous.



Mouvement pour les prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines, Madrid, 2 mars 2026

Traduit par Tlaxcala

MANIFESTE

Pour le cinquième anniversaire des rassemblements pour la libération des prisonniers politiques sahraouis devant le siège du ministère espagnol des Affaires étrangères, de l'Union européenne et de la Coopération (Plaza de la Provincia, Madrid)

Cela fait maintenant cinq ans que nous, membres du Mouvement pour les Prisonniers Politiques Sahraouis (MPPS) dans les prisons marocaines, et toutes les personnes solidaires qui le souhaitent, nous nous rassemblons ici, sur la Plaza de la Provincia, à Madrid, devant le siège du ministère des Affaires étrangères, tous les lundis, pour exiger que le gouvernement espagnol réclame la libération des prisonniers politiques sahraouis.

NOUS DÉNONÇONS, devant les autorités espagnoles et devant le monde entier, l'inqualifiable injustice cruellement perpétrée contre ces prisonniers politiques et, à travers ce qu'ils représentent, contre tout le peuple sahraoui depuis 50 ans. Ils sont emprisonnés pour le seul fait de réclamer la liberté de leur peuple et l'exercice de leur droit légitime à l'autodétermination, proclamé par la Résolution 1514 (XV) des Nations Unies.

Ils sont soumis à toutes sortes de vexations et de tortures pour leur arracher des aveux incriminants, les juger lors de procès bidon, et les condamner à de longues peines de prison, à une mort lente, en territoire marocain, à plus de 1 000 km de leurs familles, soumis à l'isolement et à de constants mauvais traitements et châtiments, dans des conditions carcérales inhumaines, source de toutes sortes de maux et de maladies, dont les autorités carcérales marocaines refusent de permettre le traitement médical, étant également arbitrairement privés de communication téléphonique, de facilités pour étudier, de visites familiales, absolument sans protection en raison de l'interdiction faite aux avocats et aux observateurs, etc., etc., etc.

Leur seul outil pour dénoncer cette situation et tenter de la rendre visible au monde est la grève de la faim, des grèves terribles qui détériorent encore plus, et dangereusement, la santé même des prisonniers, leur causant parfois des maladies irréversibles qui les rapprochent plus rapidement de la mort. Parfois, les autorités carcérales parviennent à briser ces grèves par des tromperies et des promesses qu'elles ne tiendront pas par la suite.

Les Procédures spéciales des Nations Unies répondent toujours positivement aux plaintes pour torture et détention arbitraire de ces prisonniers. Elles demandent leur libération et la réparation due pour la souffrance et les préjudices causés. Mais le Maroc ignore systématiquement les avis de ces instances des Nations Unies.

Nous connaissons l'existence des 31 prisonniers politiques sahraouis actuels. 19 d'entre eux appartiennent au nombreux « Groupe de Gdeim Izik » - l'immense camp de protestation qui a tenu pendant un mois face au Maroc -, qui cumule 8 peines de prison à perpétuité, sur les 9 imposées par le Maroc aux Sahraouis. Mais il y en a plus de 31. Beaucoup ne réclament pas, ne dénoncent pas, ne veulent pas que l'on parle d'eux par crainte des représailles, contre eux-mêmes et aussi contre leurs familles, misérablement. Et pour cela, ils purgent silencieusement leurs peines. Il faut rappeler, dans ce contexte de brutalité, la dernière victime mortelle en captivité, Omar Bahia Abdelmajid, qui a été arrêté un dimanche de novembre 2024 lors d'une manifestation et le mercredi suivant était mort au commissariat. Les données de l'autopsie n'ont pas été rendues accessibles, ce qui a révélé une fois de plus l'obscurantisme et l'impunité propres à l'occupant marocain.

La position du gouvernement espagnol concernant diverses causes est erratique : parfois, il est critique envers le génocide israélien du peuple palestinien, mais en réalité il est complice d'Israël dans de très nombreux cas. En revanche, il n'y a aucun doute dans le cas du peuple sahraoui : notre gouvernement est indéniablement allié du Maroc dans l'occupation du Sahara occidental et, par conséquent, complice des méfaits marocains. Et il fait preuve d'une passivité criante face aux mauvais traitements et à la terrible situation des prisonniers politiques sahraouis.

L'Espagne - le gouvernement espagnol – s’incline devant le Maroc. Comme lorsqu'il a livré de force au Maroc Hussein Bachir Amadour, membre du groupe « Compagnons d'El Ouali », qui demandait l'asile politique en Espagne parce que 15 membres de son groupe étaient déjà en prison, et qui purge maintenant 12 ans de prison au Maroc. Ou comme lorsqu'il n'émet pas la moindre triste note de protestation face aux nombreuses expulsions d'observateurs, auxquels le Maroc ne permet pas d'accéder aux territoires occupés. Ou comme il le fait depuis 2012, étant le premier à soutenir le Maroc face aux plaintes du Front Polisario concernant les Accords illégaux UE-Maroc qui spolient les ressources naturelles des territoires sahraouis occupés. Ou comme lorsque le président du gouvernement, Pedro Sánchez Castejón, a soutenu en 2022, et maintient aujourd'hui, la thèse de la présumée autonomie pour le Sahara occidental, qui, en fait, équivaudrait à une annexion.

L'occupation d'un territoire, en général, et de la majeure partie du territoire sahraoui, en particulier, génère beaucoup de souffrance et toutes sortes d'injustices. C'est la négation de l'être humain en tant que tel et elle entraîne les pires violations des droits. Les habitants originels - les Sahraouis - sont une gêne pour que l'occupant marocain puisse occuper l'espace et piller à loisir les ressources naturelles d'autrui. C'est pourquoi les territoires occupés du Sahara occidental sont une prison à ciel ouvert, sans droits ; et les Sahraouis, victimes des plus grands outrages.

Face aux attaques criminelles qui sont actuellement perpétrées dans le monde, l'occupation du Sahara occidental par le Maroc est le contexte qui implique le plus - et qui devrait le plus impliquer - l'Espagne, car l'Espagne a été pendant près d'un siècle la métropole coloniale, et actuellement elle reste la puissance administrante du Sahara occidental. L'Espagne n'a pas décolonisé, mais a honteusement éludé ses obligations internationales, et a vendu illégalement la population sahraouie qu'elle devait protéger. Et sa responsabilité de veiller sur les Sahraouis - y compris les prisonniers politiques - ne s'éteindra pas tant que le référendum d'autodétermination n'aura pas eu lieu et que les Sahraouis ne pourront pas choisir librement leur avenir.

Mais le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, élude le problème, un problème, qui le concerne avant tout autre. Il ne cherche pas de solutions. Il ignore le cri du peuple sahraoui. Il ne lève pas le petit doigt pour répondre aux réclamations que nous lui adressons tous les lundis aux portes de son ministère, sur la Plaza de la Provincia. Il n'utilise pas le pouvoir et les outils de la diplomatie pour libérer ces prisonniers ni pour adoucir leurs injustes conditions de captivité. Il le fait, en revanche, dans le cas d'autres pays avec lesquels il n'a pas les responsabilités et obligations qui lui incombent en tant que puissance légalement administrante du Sahara occidental.

C'est pourquoi nous continuerons à être là tous les lundis et tout le temps qu'il faudra, dénonçant le Maroc et le gouvernement espagnol, et EXIGEANT LA LIBÉRATION DE TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES SAHRAOUIS.

Nous avons besoin de votre soutien et de vos idées et initiatives, ainsi que d'une diffusion permanente pour briser le mur du silence et de l'impunité.

Le peuple sahraoui, et en particulier les prisonniers politiques et leurs familles, ont besoin de vous et vous en remercient infiniment.

VIVE LA LUTTE DU PEUPLE SAHRAOUI !

VIVE LE SAHARA LIBRE !

VIVENT LES PRISONNIERS POLITIQUES SAHRAOUIS !

29/10/2025

Navalmoral, Estrémadure, État espagnol : Communiqué contre le réarmement et la déshumanisation

Voici le communiqué publié par les manifestants du 25 octobre à Navalmoral, devant l’usine de mort de Rheinmetall

La Vera con Palestina et  Extremadura con Palestina , 29/10/2025
Traduit par Tlaxcala

En ces temps obscurs, les forces d’occupation israéliennes continuent d’être approvisionnées en bombes de fabrication européenne, qui s’abattent sur la Palestine en toute impunité. Cela se produit alors même que persiste la mascarade d’un processus de paix incapable d’arrêter – ni même de dissimuler – la machine de destruction, avec plus de soixante civils tués pendant le prétendu cessez-le-feu. La violation systématique de tout accord par Israël — hier comme aujourd’hui — n’est pas une anomalie, mais un schéma historique qui se répète avec une régularité inquiétante.

Nous assistons à un double processus profondément alarmant : d’une part, la déshumanisation de la guerre et du génocide, qui transforme l’horreur quotidienne en simple bruit de fond ; d’autre part, la normalisation du réarmement comme seule réponse acceptée par les institutions, les entreprises et les gouvernements. Le commerce de la guerre se renforce tandis que la valeur de la vie humaine se réduit à des chiffres froids et des euphémismes soigneusement calculés.

Le réarmement s’appuie sur la création d’une « narration belliciste fabriquée », c’est-à-dire une propagande artificielle visant à faire accepter publiquement la nécessité de s’armer, à travers une stratégie de manipulation médiatique et politique. Cette stratégie construit et diffuse un récit de menace imminente ou de conflit inévitable, afin de générer la peur collective et de justifier des politiques militaristes — telles que l’augmentation des dépenses de défense ou l’adoption de postures agressives fondées davantage sur des intérêts militaristes que sur la réalité géopolitique.

Le réarmement n’est pas gratuit : il provoquera une nouvelle période d’austérité et de coupes sociales (une hausse de 1 % du budget militaire équivaut à une réduction de 0,6 % dans la santé publique). Ces coupes ont déjà commencé, notamment une baisse de 20 % de la PAC pour les agriculteurs et éleveurs, ayant déjà entraîné la chute du gouvernement français et des mesures exceptionnelles en Allemagne.

Les démocraties néolibérales ont tombé le masque : le nouveau commerce consiste à fabriquer et vendre la mort, dans une fuite en avant pour éviter d’affronter les véritables problèmes. Pourtant, la manière dont nous faisons face aux multiples crises — climatique, énergétique, économique, sociale — se résume à un brutal « sauve-qui-peut », ce que la philosophe Naomi Klein a justement nommé « le fascisme de la fin du monde ».

Le commerce de la guerre

Nous dénonçons le fait que la perpétuation des guerres répond à une stratégie d’entreprise visant à extraire des bénéfices d’un monde en crise. La pire crise de toutes est la crise morale et la dégradation continue de la démocratie. Au lieu de promouvoir le cessez-le-feu, le dialogue ou l’aide humanitaire, les gouvernements renforcent leurs liens avec l’industrie de l’armement.

C’est le cas d’entreprises comme Rheinmetall, qui étend ses investissements dans la production d’armes. Des bombes made in Spain, destinées à perpétuer la violence, font partie de cet engrenage criminel. En Espagne, un exemple frappant est celui de l’Estrémadure, historiquement traitée comme une zone sacrifiable et réceptacle de tout ce qui est toxique. Aujourd’hui, elle est considérée comme une pièce clé du complexe productif de la Défense, intégrée à ce qu’on appelle l’Axe de la Route de la Plata, qui comptera treize usines d’armement et de nombreuses industries auxiliaires.

À l’échelle européenne, les mêmes fonds qui spéculaient autrefois sur le logement ou l’alimentation voient désormais dans l’armement un nouveau créneau de rentabilité, présenté comme une « ressource stratégique » pour masquer sa véritable nature : générer des profits à travers la douleur, la peur et la destruction.

 DANS UN GÉNOCIDE, IL N'Y PAS DE GENTILS ET DE MÉCHANTS, IL Y A LES MORTS ET LES MÉCHANTS
Riki Blanco

Complicité institutionnelle avec le génocide

Nous dénonçons la complicité active de l’industrie de l’armement et des gouvernements européens avec le génocide à Gaza et la perpétuation des conflits armés. Le gouvernement espagnol continue de fournir un soutien logistique et industriel à l’armée israélienne. Bien que le ministère de la Défense ait récemment annoncé une « déconnexion progressive » des relations militaires avec Israël, la réalité est que des entreprises israéliennes continuent de remporter d’importants contrats d’armement, de missiles et de véhicules destinés aux Forces armées espagnoles.

Nous refusons d’accepter que l’avenir se construise sur des ruines, du sang et de la mort, tandis que certains s’enrichissent obscènement.

Face à cette barbarie, une réponse éthique et mondiale émerge : la dignité de celles et ceux qui résistent, la voix de celles et ceux qui protestent, l’espérance de celles et ceux qui agissent. Les manifestations dans le monde entier, les campagnes de boycott, les déclarations de solidarité et les initiatives comme la Flottille mondiale Sumud en route vers Gaza prouvent que l’humanité ne s’est pas rendue.

Les futures manifestations, les actions collectives et les résistances populaires seront essentielles pour freiner cette narration de déshumanisation et de réarmement. Ensemble, nous construirons un récit alternatif, profondément humain, refusant la logique du génocide, de la guerre et du profit.

C’est pourquoi nous continuerons à exiger :

  • L’annulation des aides au développement accordées par la Junta d’Estrémadure aux usines d’armement.

  • La fin du génocide, du nettoyage ethnique et de l’apartheid contre le peuple palestinien.

  • Un véritable embargo sur les armes à destination d’Israël.

  • La rupture des relations avec l’État d’Israël.

  • Le jugement de tous les responsables israéliens et américains du génocide — NetanyahOu, Ben Gvir, Smotrich et le lobby sioniste usaméricain en tête.

  • L’abrogation de la politique de réarmement et le rejet des diktats des USA et de l’Union européenne.

  • Une réduction de la consommation.

24/07/2025

LUIS PORTILLO
Le Front Polisario et le cynisme des crétins du PSOE

Luis Portillo Pasqual del Riquelme, El Independiente, 7/6/2025
Traduit par Tafsut Aït Baâmrane

Dire que le Front Polisario (FP) est « une entité privée non reconnue »* est une absurdité absolue, indigne de ceux qui se prétendent à l’avant-garde du « progressisme » national et international. Ceux d’entre nous qui lisent ces stupidités n’en croient pas leurs yeux, tant le niveau de dégradation atteint par le parti PSOE est affligeant : je n’ose même plus dire « Parti socialiste ». Ils ne savent plus quoi dire ou faire pour nier l’évidence, enfonçant toujours davantage leur chute du mauvais côté – le côté obscur – de l’Histoire, aux côtés des forces les plus réactionnaires de la société.


Et ce n’est pas seulement que le PSOE « joue à désinformer », comme le disent les plus indulgents envers cette bande. « C’est bien plus grave que ça », affirment d’autres, « car ce sont des forces organisées qui excluent toute idée de progrès véritablement démocratique – surtout quand il s’agit de Moros ou de musulmans ». « Ces types-là n’ont aucune limite, soumission totale au Sultan ». « C’est répugnant ». « Ils y vont à fond, guerre totale à tous les niveaux »... Voilà les commentaires qui me parviennent, tandis que j’écris moi-même ces lignes comme je peux.

Dire que le Front Polisario est « une entité privée », comme s’il s’agissait d’une pharmacie, d’un concessionnaire automobile ou d’un club de football, ne rehausse en rien le prestige des ‘intellectuels’ (vraiment ?) organiques ni celui des commissaires politiques du parti autrefois socialiste, devenu repaire de filous, d’opportunistes et de sans-vergogne.

Après 50 ans de lutte héroïque et de résistance du peuple sahraoui, voilà que ces petits malins de troisième zone osent sortir de telles énormités.

Le Front Polisario a été créé en 1973. Et même à cette époque lointaine, il n’était en rien « une entité privée non reconnue ». Il a bel et bien été connu et reconnu ! Même le gouvernement de l’UCD, celui d’Adolfo Suárez, a négocié avec le FP les conditions de retrait des militaires espagnols ! À propos, l’armée espagnole était-elle aussi une « entité privée » ? Voilà le genre de stupidités auquel mène la ‘logique’ du PSOE.

Oui, l’Espagne était alors la puissance coloniale, la « mère patrie », la métropole, une « entité publique reconnue » qui a signé son arrêt de mort en tant que telle lors des honteux et sanglants événements de Zemla, avec le massacre de Sahraouis, la « disparition » et l’assassinat du dirigeant sahraoui Bassiri… pour lesquels, encore aujourd’hui, l’« entité publique reconnue » (aux glorieuses « valeurs patriotiques ») qu’est l’Espagne n’a fourni aucune explication, ni déclassifié les documents secrets (bel exemple d’« État transparent et de droit »), malgré son appartenance à l’ONU, à l’OTAN, à l’UE, au FMI et à toute cette panoplie de sigles d’« entités reconnues » censées conférer à ce pays passeport, prestige et « garanties de sérieux ».

Le FP, messieurs du PSOE, a été RECONNU par les Nations Unies comme représentant légitime du peuple sahraoui et maintient depuis un Représentant permanent à l’ONU à New York : notre regretté Ahmed Bujari jusqu’à son décès il y a quelques années, puis son successeur Sidi Omar depuis avril 2018. La représentation légale et reconnue du peuple sahraoui n’est pas, messieurs du PSOE, « une entité privée non reconnue », comme pourrait l’être une épicerie ou un club de football.

Le Front Polisario, en tant qu’avant-garde du peuple sahraoui, a livré trop de batailles, douloureuses et acharnées, sur les plans politique, diplomatique et militaire, pour qu’on vienne aujourd’hui le qualifier de « simple entité privée », à l’image de ce que ses ennemis du camp alaouite du PSOE, à coups de propagande et de désinformation, s’emploient à faire : tenter de le faire passer pour une « organisation terroriste » (reconnue ? privée ?).

Bien au contraire, le FP est l’avant-garde organisée du peuple sahraoui héroïque, expulsé de sa terre – à l’instar des Palestiniens –, abandonné par le gouvernement espagnol (tant franquiste que « socialiste »), livré à ses ennemis, et bombardé par ceux-là mêmes – ceux des « accolades fraternelles » et des propositions d’autonomie – à coups de napalm et de phosphore blanc, tous deux interdits – tout comme l’invasion et l’occupation – par le droit international, ce droit si scrupuleusement respecté par les Trump, Netanyahou et autres acolytes.

Le peuple sahraoui (une « entité privée non reconnue » ?) a proclamé, avec le FP à sa tête, son indépendance, sa Constitution et son propre État : la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), reconnue comme État par au moins 84 pays. Même si, par la suite, les manœuvres financières, pressions et chantages du Maroc ont entrepris le sale – que dis-je, le répugnant – travail de tenter d’effacer la RASD, le peuple sahraoui et les principes du droit international fondé sur des règles.

L’ONU a reconnu le Front Polisario. L’Union africaine (comptant 55 États) a reconnu la RASD. Le FP dispose d’ambassades dans de nombreux pays, même sans disposer du chéquier du Maroc, grossi par les largesses de l’Espagne, de l’UE et des pétromonarchies du Golfe – celles-là mêmes qui financent des Murs de la honte, tuent et font disparaître les Khashoggi en toute impunité, et abritent des monarques en fuite.

Durant plusieurs années, par une série de jugements successifs, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a donné raison au Front Polisario en tant que représentant légitime du peuple sahraoui – tout comme l’avaient déjà fait l’ONU et la CIJ en 1975 – et lui a reconnu sa capacité juridique. Le FP a gagné face au Maroc, à l’Espagne, à la Commission et au Conseil de l’UE. Face à tous.

Et voilà que les illuminés du PSOE débarquent en déclarant que le Front Polisario est « une entité privée ». Il ne manquait plus qu’ils ajoutent « à but non lucratif ». Comme un club de foot de troisième division, en somme. Ce qui montre bien que, dans ce parti, les diplômes sont superflus et que le cap est perdu. Ou quelque chose de bien pire, si tant est qu’ils en aient jamais eu : la conscience et l’éthique.

*Dans le débat parlementaire sur la proposition de loi du groupe Sumar d'accorder la nationalité espagnole aux personnes nées au Sahara "espagnol" avant le 26/2/1976, le PSOE a rejeté la clause incluant des documents administratifs espagnols validés par le POLISARIO, qualifié d'"entité privée non reconnue" (...par le Maroc).[NdlT]



02/05/2025

DANIEL LARA
Le gouvernement d’Espagne affirme que la panne électrique totale a excédé la capacité des pare-feux

Daniel Lara, InfoLibre, 30/4/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala


Daniel Lara (Móstoles, Madrid, 1997) est journaliste en charge de l’environnement et de l’énergie au site ouèbe espagnol Info Libre. X


 

Au moment du black-out, il y avait une capacité de perdre, sans préavis, l’équivalent de 60% de l’énergie du pays

La déconnexion en chaîne de dizaines de centrales électriques à travers le pays a eu raison des pare-feux et a mis le réseau hors service



Le ministère de la Transition écologique (MTÉ) a déclaré mercredi que les pare-feux censés empêcher une panne sur le réseau « ont fonctionné et ont été activés » normalement, et qu’ils auraient été capables de résister à une forte baisse de la production. Mais l’ampleur de la panne a été si rapide et si importante que les systèmes de protection du réseau n’ont pas pu y faire face. Plus précisément, le système espagnol avait la capacité, lundi, de couvrir une baisse imprévue de la production de 15 gigawatts (GW), soit l’équivalent de 15 réacteurs nucléaires, mais la panne imprévue a été encore plus importante.

Des sources ministérielles de haut niveau expliquent que la capacité de “délestage” du réseau était immense à l’époque, équivalant à 60 % de la demande d’électricité de l’Espagne. La production et la demande d’énergie devant toujours être en parfaite adéquation pour que le système fonctionne, le délestage permet de compenser une baisse surprise de la production - par exemple, le black-out d’une centrale nucléaire, qui se produit plusieurs fois par an - par une réduction de la consommation afin d’équilibrer la balance. Techniquement, il s’agit d’obliger les grandes industries à se déconnecter immédiatement.

Le réseau espagnol a pu dégrouper 10 GW d’électricité à l’approche du black-out, en plus d’arrêter l’exportation de 5 GW d’électricité vers la France, afin de couvrir un effondrement de la production. Tout cela a été activé, selon les techniciens, « mais l’effet de contagion [certaines centrales s’arrêtent et les autres suivent en chaîne] a été plus important et plus rapide », et tout le système s’est effondré. Les sources du ministère reconnaissent qu’elles ne savent toujours pas quelle était l’ampleur du trou de production, mais seulement qu’il était supérieur à 15 GW. Ils ne connaissent pas non plus l’emplacement exact, mais ils savent qu’il se situe dans le sud-ouest.

Tout cela s’est produit pendant les fameuses cinq secondes de l’incident. Comme Red Eléctrica l’a expliqué précédemment, tout allait bien jusqu’à ce qu’à 12 heures, 33 minutes et 16 secondes, une oscillation de la fréquence du réseau se produise, causée par ce qui semble être une baisse de production. Lorsqu’une grande centrale électrique est déconnectée du réseau de manière inattendue, ce décalage entre l’offre et la demande d’énergie provoque une variation de fréquence qui est rapidement corrigée et, si elle est faible, n’a pas de conséquences. Cet incident a été surmonté normalement.

Mais 1,5 seconde plus tard, un autre événement similaire s’est produit, avec une variation de fréquence beaucoup plus importante, qui a provoqué un arrêt de la production d’électricité dans le sud-ouest de la péninsule, probablement à partir de centrales solaires en Estrémadure. La fréquence du réseau électrique européen est de 50 Hz, mais en cas d’écart important, les centrales électriques sont automatiquement mises hors service pour des raisons de sécurité, conformément aux règles de l’opérateur, Red Eléctrica. D’après ce que l’on sait de ces moments, ce black-out localisé a “généré un effet de chaîne” qui a entraîné l’arrêt du reste des centrales électriques. Au même moment, la France s’est déconnectée de l’Espagne pour ne pas contaminer l’Europe.

Selon le MTÉ, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir ce qui a provoqué ces fortes oscillations de fréquence. Pour cela, ils doivent encore analyser des tonnes de données, milliseconde par milliseconde, qu’ils recevront de Red Eléctrica et des grandes entreprises dans les prochaines heures.

La possibilité qu’une cyberattaque en soit à l’origine n’a pas encore été exclue par le gouvernement, et des experts en cybersécurité du ministère de la Défense enquêtent actuellement au siège de Red Eléctrica et d’autres entreprises pour trouver une réponse. Cette faille aurait pu donner l’ordre à un grand nombre de centrales électriques de s’arrêter, déclenchant ainsi un black-out en chaîne.

José Luis Domínguez, expert en réseaux électriques à l’Institut de recherche énergétique de Catalogne (IREC), exclut toutefois ce scénario. « Je le considère comme irréalisable, car il faudrait une connaissance approfondie du réseau pour déconnecter autant de centrales en même temps ». Il rappelle que la Russie, pour fermer une seule centrale électrique en Ukraine en 2022, a piraté son système et a mis deux mois à comprendre comment elle pouvait la mettre hors service. 

Les énergies renouvelables ne sont pas à la traîne

Les fonctionnaires du MTÉ ont également affirmé qu’un excès d’énergies renouvelables n’était pas à l’origine de la panne, même s’ils ont reconnu que des changements réglementaires devront désormais être envisagés pour rendre cette énergie plus sûre. Peut-être en installant des systèmes d’inertie synthétique, une sorte de tampon pour réguler la fréquence du réseau, dans les centrales solaires et éoliennes d’Espagne.

Depuis la panne, on a beaucoup parlé de l’instabilité que les énergies renouvelables apportent au système électrique, une question qui est débattue par les experts et les gestionnaires de réseau depuis des années. La production d’énergie traditionnelle (nucléaire, cycle combiné au gaz, hydroélectricité, géothermie...) utilise des moteurs rotatifs qui confèrent au système une inertie qui aide à réguler les petits déséquilibres entre l’offre et la demande. Ces technologies sont dites synchrones et leurs moteurs tournent tous à la même vitesse, soit 50 rotations par seconde, ou 50 Hertz (Hz).

Si l’on considère le système électrique comme une baignoire, le robinet (production) et le drain (consommation) doivent transporter la même eau pour que le niveau de la baignoire reste stable. Ce niveau est la fréquence du réseau, qui ne peut varier afin d’éviter les dysfonctionnements. Si le robinet de la baignoire réduit sa pression, mais que le bouchon reste ouvert, le niveau de l’eau baisse. C’est ce qui s’est passé lundi sur le réseau électrique espagnol : la production a baissé, mais pas la demande, ce qui a fait chuter la fréquence et déclenché les protections de toutes les centrales.

À ce système, il faut ajouter un facteur supplémentaire : les moteurs rotatifs, comme ceux des centrales à cycle combiné. Si la fréquence du réseau baisse - les moteurs de ces centrales tournent plus lentement que 50 tours par seconde - leurs turbines libèrent l’énergie cinétique sous forme d’énergie électrique et l’injectent dans le système, compensant ainsi la perte d’approvisionnement et augmentant à nouveau la fréquence. Plus le poids de la production synchrone dans le mix électrique est important, plus la fréquence du réseau a du mal à baisser, et donc plus il a du mal à s’effondrer car il est autorégulé.

Le problème est que les centrales photovoltaïques n’ont pas de moteur rotatif et ne peuvent pas arrêter une baisse ou une hausse de la fréquence du réseau. Les éoliennes ont une rotation, mais elles ne sont pas connectées à la synchronisation du système. Au moment de la panne de lundi, ces deux technologies représentaient plus de 60 % du mix électrique et certains experts estiment que s’il y avait eu plus de sources synchrones, la puissance zéro aurait pu être évitée car les pics de fréquence auraient été mieux contrôlés.

Interrogés à ce sujet, les techniciens du ministère ont souligné qu’un jour sur sept de l’année, le mix de production en Espagne est similaire à celui de ce lundi et que cela ne s’était jamais produit auparavant, de sorte qu’il n’est pas logique de blâmer ces technologies. En fait, ils ont souligné que cet incident ne modifie pas le plan national pour l’énergie et le climat (PNIEC), la feuille de route pour l’installation d’énergies renouvelables d’ici à 2030. Cependant, ils estiment que des modifications réglementaires devront être proposées à l’avenir. Il existe différents systèmes sur le marché pour ajouter de la synchronisation au photovoltaïque et au solaire au moyen de batteries ou de logiciels, mais ils ne sont pas encore obligatoires en Espagne.

En fait, la seule technologie qui a posé problème est le nucléaire, qui a été arrêté pour des raisons de sécurité pendant la période d’absence d’énergie et qui n’a pas réussi à se remettre en marche avant mercredi. Les responsables ont souligné que non seulement cette technologie n’a pas fourni d’électricité lors du retour à la normale, mais qu’elle a également eu besoin d’une puissance supplémentaire pendant la panne pour éviter que le cœur des cinq centrales ne soit endommagé.

Ils ont également ajouté qu’une meilleure interconnexion avec la France aurait apporté de la « robustesse » au système avant la panne et constituera une autre tâche urgente. À l’heure actuelle, la France retarde l’extension de ce câble depuis deux décennies, car elle vise à devenir la centrale nucléaire de l’Europe et l’Espagne est un concurrent de par son abondante énergie renouvelable.





08/12/2024

Agir pour sauver Mohamed Lamine Haddi, prisonnier sahraoui depuis 14 ans

 Cristina Martínez, Mouvement pour les prisonniers politiques sahraouis (MPPS), 8/12/2024
Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala

Nous avons commencé les rassemblements pour les prisonniers politiques sahraouis le 1er mars 2021, alors que Mohamed Lamine Haddi   était en grève de la faim depuis 48 jours. Nous avions déjà vécu beaucoup d'angoisse avec une autre grève très longue, celle de Bachir Khadda. Voir les jours passer et sa situation se dégrader de plus en plus et ne rien faire, c'était multiplier l'impuissance. C'est pourquoi nous avons décidé de nous rassembler devant le ministère des Affaires étrangères à Madrid pour exiger une intervention de l'Espagne afin de lui sauver la vie.

Trois ans et neuf mois se sont écoulés. Nous sommes toujours là, essayant de faire connaître la situation de ces prisonniers politiques sahraouis qui souffrent tellement, sans défense, humiliés, torturés, en isolement pendant des années, dans des conditions carcérales indignes allant de la nourriture à l'hygiène, et enfin, privés de traitement médical.

Haddi est dans cette situation. Il est en isolement depuis plus de 7 ans - 7 ans d'isolement est une idée inacceptable -, dans une cellule souterraine sans fenêtre, la nourriture qu'on lui donne est dégoûtante et il doit l'acheter au magasin, de la nourriture froide, toujours ; enfin, il la commande parce qu'il ne peut pas bouger de sa cellule.



Sur la pancarte que nous lui avons dédiée, nous avons indiqué quelques-unes des maladies qu’on ne veut pas lui soigner : infection de l'oreille, fièvre, mal de dos, asthme, énurésie, il peut à peine voir.

Haddi se plaignait de son oreille. Elle est infectée depuis 7 ans. Il se plaint, se plaint et il n'y a rien à faire. Ils ne la soignent pas. Avant, il avait mal à la tête, bien sûr. Maintenant, les douleurs sont infernales, et la fièvre, et l'insomnie. C'est très grave. Et l'administration pénitentiaire ne permet pas le transfert à l'hôpital prescrit par le médecin – car enfin, un médecin l'a visité. Il est peut-être trop tard, mais ils doivent l'emmener à l'hôpital et essayer de le soigner.

Que peut-on faire ? Écrivez au plus grand nombre possible d'organisations et d'ONG. Faites passer le message. Faites-le savoir. Faites honte au Maroc. Faites pression sur le gouvernement espagnol au parlement. Il y a un hashtag #SaveHaddi.

Ce lundi, comme ce premier lundi d’il y a presque quatre ans, nous allons le dédier à Haddi, avec toute notre affection et notre admiration. Et le ministre nous verra par la fenêtre et peut-être se dira-t-il qu'il doit essayer de le sauver.

➤Lundi 9 décembre 2024, 12h30, Plaza de la Provincia, Madrid

LETTRE AU MINISTRE ALBARES
   
S.E. Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères,
Union européenne et coopération
    Plaza de la Provincia
    28012 - Madrid

    Madrid, le 6 décembre 2024

Objet : Haddi, très gravement malade et sans soins médicaux

Votre Excellence, Monsieur le Ministre,

Le médecin de la prison de Tifelt 2 (Maroc) est enfin descendu dans la cellule de Mohamed Lamine Haddi pour examiner son oreille, alerté par la forte fièvre et les terribles douleurs. Vous avez déjà été informé à plusieurs reprises de l'infection de l'oreille de Haddi. Il souffre de cette infection depuis 7 ans à cause des coups qu'il a reçus pendant les séances de torture. Pendant tout ce temps, il n'a reçu aucun soin médical. Vous ne semblez pas non plus vous être préoccupé de son état.
Le médecin a vérifié la gravité de l'infection, qui peut entraîner d'autres complications. En fait, son diagnostic est que Haddi souffre d'une septicémie et d'une tumeur grave, qu'il ne peut pas traiter. La vie de Haddi est en danger. Il doit être transporté à l'hôpital. Mais cette procédure ne relève pas automatiquement du médecin. C'est Haddi qui a dû s'adresser à l'administration pénitentiaire, qui a conditionné son transfert au port de l'uniforme attribué aux assassins. Haddi a refusé, comme d'autres prisonniers politiques sahraouis, pour la simple raison qu'il n'est pas un criminel, mais une victime.
L'administration pénitentiaire marocaine, bien que connaissant la gravité de l'état de santé de Haddi diagnostiqué par un médecin, s'acharne à l'humilier et à ne pas lui fournir les soins de santé urgents dont il a besoin.
Pour ajouter la barbarie à la barbarie, l'administration pénitentiaire a menacé Haddi de représailles - plus ? - s'il révélait à sa famille ou aux organisations de défense des droits humains que son transfert à l'hôpital lui était refusé.
Cela fait des années que le Maroc prolonge son agonie, juste pour le faire souffrir et pour se moquer de tout le monde. Et cela touche à sa fin. Il est affligeant de voir la vie d'un homme supprimée de sang-froid.
Monsieur le Ministre, pouvez-vous faire quelque chose pour tenter de lui sauver la vie ? Évitez cette nouvelle complicité.
Je n'ai pas besoin de vous rappeler pourquoi vous avez cette obligation.

Cristina Martínez Benítez de Lugo
Participante au Mouvement pour les prisonniers politiques sahraouis





08/05/2024

JOSE LUIS CARRETERO MIRAMAR
Neuf hypothèses sur Gaza, vue d’Occident

José Luis Carretero Miramar, Kaosenlared, 7/5/2024

Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le génocide en cours dans la bande de Gaza est le premier grand anéantissement d’un peuple à être entièrement télévisé. Depuis la rive opposée de la Méditerranée, nous pouvons voir les panaches de fumée qui s’élèvent des bombardements et nos smartphones sont remplis d’images atroces du massacre et de la mutilation des enfants de Gaza.

Si les philosophes de l’après-guerre, dans les années heureuses du modèle social européen, se demandaient ce qui poussait les citoyens allemands à assister passivement à l’émergence des stalags et des camps de concentration hitlériens, l’intelligentsia occidentale devrait aujourd’hui se demander pourquoi personne ne fait rien contre ce qui se passe à Gaza. Et nous disons bien agir, et non pas faire des déclarations ou promettre des mesures futures qui ne seront jamais mises en œuvre.

Je propose neuf hypothèses sur la manière dont l’Occident (et l’Espagne) considère Gaza et la Palestine. Sur l’aveuglement radical et l’immoralité génocidaire de notre génération et de notre époque.

Première hypothèse : Gaza est notre miroir

Gaza est l’image de l’Occident que l’Occident refuse de regarder. L’image la plus vraie de notre civilisation usée et orgueilleuse. Gaza est l’Occident, comme l’est la traite des esclaves africains qui a inondé l’Atlantique pendant les siècles de l’émergence des empires européens. Gaza, c’est l’Occident parce que c’est l’image la plus claire de ce qu’a été la relation de l’Occident avec le reste des peuples du monde depuis la conquête des Amériques et l’extension du colonialisme et de l’impérialisme. Gaza, c’est le massacre, le racisme, la dévastation sociale et culturelle. Le cadeau de l’Occident au monde. Mais mieux vaut ne pas le dire. Continuons à faire la fête.

Deuxième hypothèse : La solution n’est pas d’exiger le respect du droit international

Le droit international est un exemple paradigmatique de l’universalisme et du contenu prétendument humanitaire de la culture occidentale. Raison, droit, démocratie. Mais sans armes. La déesse Raison est le fondement du Droit, en tant qu’œuvre du pouvoir démocratique des peuples. Une belle légende.

Le droit international ne tend à être respecté que s’il confirme les intérêts pécuniaires et financiers des colonialistes et impérialistes occidentaux. Sinon, c’est de la poésie et rien d’autre. Le respect du droit suppose une force coercitive ayant le pouvoir de contraindre celui qui le viole. Et les organismes internationaux qui parrainent le droit international ont été intentionnellement conçus pour empêcher l’existence d’une telle force, si l’on veut contraindre l’Occident ou ses proches alliés à se conformer au droit. Arrêtons les mélodies abrutissantes et les légendes pastorales : il n’y a pas de droit international opérationnel pour défendre les faibles et les opprimés par l’Occident.

Troisième hypothèse : Delenda est democratia

La démocratie est morte. Dans certains pays européens, il est interdit de déployer un drapeau palestinien en public. Des militants pro-palestiniens ont été arrêtés et criminalisés dans la plupart des pays d’Europe et aux USA. Les juifs qui montrent leur horreur face au génocide de Gaza sont accusés d’antisémitisme. Les écrivaines palestiniennes sont exclues des manifestations culturelles et les congrès de solidarité avec le peuple gazaoui sont interdits. Dans les médias, tout représentant israélien est autorisé à s’exprimer, même s’il appartient à l’aile d’ultra-droite qui soutient Netanyahou, mais jamais quiconque a quelque chose à voir avec l’une ou l’autre des factions de la résistance palestinienne.

Parler des colonies a toujours été gênant en Occident. La plèbe occidentale, celle qui lutte pour joindre les deux bouts, a une tendance naturelle à se sentir proche des peuples non civilisés que nous avons dévastés et anéantis. Le peuple palestinien continuera d’attendre son père Las Casas. Personne ne se présentera devant les tribunaux pour défendre ces indigènes de la Méditerranée orientale. Et si quelqu’un le fait dans la rue, il risque d’être traité en ennemi de notre droit pénal et taxé d’antisémitisme par ceux qui identifient le judaïsme et le gouvernement de l’ultra-droite la plus radicale.

Quatrième hypothèse : Le racisme est consubstantiel à la domination occidentale

Le racisme est un produit de l’expansion mondiale de l’Occident, fondée sur la traite transatlantique des esclaves pendant des siècles. Dans les textes romains ou grecs classiques, la couleur de la peau n’est pas mentionnée comme marqueur du statut social. On ne parlait pas de “races”. La race est née avec l’esclavage et les colonies. Il fallait identifier les esclaves comme des sous-hommes, comme une “race” différente, pour pouvoir les soumettre sans complexe en parlant de christianisme, d’humanisme ou de libéralisme.

C’est le racisme qui explique que les Ukrainiens sont nos frères, pour lesquels nous serions prêts à succomber dans une guerre nucléaire, et que les Palestiniens sont des basanés qui suscitent chez nous la méfiance et une certaine peur. Le peuple palestinien est un peuple sémite (c’est drôle, non ?), plus foncé, musulman. L’Occident frémit devant les cris sur Youtube d’une jeune fille anglo-saxonne qui a perdu son chien dans un accident, mais ne bronche pas devant le massacre d’enfants à Gaza. Il y a une raison à cela. Et elle s’appelle le racisme.

Cinquième hypothèse : Le génocide est consubstantiel à la domination occidentale

Les Amérindiens, les habitants du Congo belge, les descendants de ceux qui vivaient à Tenochtitlán ou dans les Caraïbes à l’arrivée des Européens le savent. Le génocide est le grand cadeau de l’Occident au monde. Il est pratiqué avec passion et un dévouement inébranlable depuis plus de cinq cents ans.

La domination occidentale a été maintenue depuis lors par une somme variable de meurtres de masse, d’acculturation et de spoliation des survivants. Si le droit international avait un tant soit peu de réalité, sa première tâche serait de calculer les réparations dues pour l’esclavage et le génocide qui ont construit l’Amérique d’aujourd’hui et l’Afrique que nous connaissons. Nous pensions que cela appartenait au passé, jusqu’à ce que nous voyions les bombes à fragmentation commencer à tomber sur la population civile de Gaza.

Sixième hypothèse : Les Palestiniens sont les Juifs de notre génération

Nous, Occidentaux, aimons nous voir avec indulgence, comme des êtres éclairés et démocratiques, animés par l’humanisme de nos philosophes et de nos prêtres. Si vous nous posez la question, nous dirons que nous aurions défendu les Juifs, si nous avions vécu dans l’Allemagne nazie, que nous nous serions engagés contre l’esclavage et que nous aurions dénoncé, même au péril de notre vie, les fours crématoires d’Hitler.

Et pourtant, nous y sommes. Nous regardons l’extrême droite israélienne commettre un génocide sous notre nez éclairé et sophistiqué. Et nous permettons à ceux qui, même en tant que Juifs, s’opposent à l’horreur de ce grand camp de concentration appelé Gaza, d’être accusés d’antisémitisme. Le peuple palestinien a été abandonné par nos politiciens, nos diplomates, nos intellectuels, nos artistes. Seule une partie indispensable de la classe ouvrière et de la jeunesse s’obstine à descendre dans la rue, au risque d’être arrêtée, expulsée de l’université, taxée d’“antisémitisme”. Les nazis n’appelaient pas les juifs et les opposants des “dissidents”, ils les appelaient des “terroristes”, comme l’Occident appelle les Palestiniens qui ne se laissent pas tuer avec résignation.

Septième hypothèse : Ceux qui dirigent le monde sont les nazis de notre époque

La moitié des dirigeants occidentaux applaudissent le meurtre de masse de Netanyahou. L’autre moitié pleure de fausses larmes tout en continuant à faire des affaires avec les génocidaires. Les bébés de Gaza sont les dommages collatéraux de l’impérialisme. Pour ceux qui rédigent les communications publiques des dirigeants éclairés de nos gouvernements, le peuple palestinien est sacrifiable, une “race inférieure” inutile au processus d’accumulation du capital. Certains dirigeants nationaux-socialistes aimaient la musique classique. Il y a des politiciens, des journalistes et des hommes d’affaires européens et usaméricains qui lisent Kant et Zygmund Bauman avant de rencontrer les délégués de Netanyahou.

Huitième hypothèse : Nous devons faire quelque chose

Exiger le respect du droit international de ceux qui l’incarnent aujourd’hui n’est pas une proposition sérieuse. Faire appel à la bonne conscience de l’Occident et à la stature éthique de nos gouvernants n’est pas une proposition sérieuse. La seule proposition sérieuse est de faire quelque chose, comme ceux qui manifestent dans les rues, ceux qui occupent les universités ou ceux qui refusent d’acheminer dans les ports le matériel de guerre destiné à Gaza. Faire quelque chose, comme les Palestiniens qui résistent du mieux qu’ils peuvent, avec dignité et courage. Écrivez, criez, faites la grève. Et comme me l’a dit un militant palestinien il y a quelque temps, la meilleure chose que nous puissions faire pour eux est de pousser au changement ici, en Occident, dans nos pays, afin que le boucher Netanyahou ne trouve plus d’accolades solidaires lorsqu’il se rend en Europe ou aux USA.

Neuvième hypothèse : Cest le moment

Le moment de s’opposer à l’holocauste hitlérien était en 1940. Et de nombreux Espagnols l’ont fait, même les armes à la main, bien que nos gouvernements aient voulu nous le cacher pendant près d’un siècle. De nombreux Espagnols ont combattu dans la Résistance française, sont morts à Mauthausen, ont combattu en Afrique contre l’armée nazie. C’est maintenant qu’il faut s’opposer au génocide de Gaza. Par exemple, le samedi 11 mai. Ce jour-là, une manifestation de solidarité avec la lutte du peuple palestinien aura lieu à Madrid. Elle débutera à 11h30 sur la Plaza de Legazpi. Vous trouverez certainement de nombreuses autres manifestations et activités là où vous vivez ou travaillez.

Rencontrons-nous là-bas.

05/01/2023

JAVIER SANCHEZ SALCEDO
Tesh Sidi : “On ne peut pas romantiser la pauvreté”

Javier Sánchez Salcedo, Mundo Negro, 29-12-2022
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

Javier Sánchez Salcedo est un reporter, photographe et documentariste espagnol. Au cours des 20 années où il a travaillé pour la maison d'édition Mundo Negro des Missionnaires Comboniens, il a réalisé des documentaires dans différents pays d'Afrique et d'Amérique latine, ainsi que des reportages et des photographies pour d'autres reportages. Il est l'auteur du livre Irreversibles .

« Je suis née dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf (Algérie) en 1994. Je suis venue en Espagne quand j'avais sept ans. Je suis ingénieure informatique et je travaille dans le monde du big data dans le secteur bancaire. J'ai créé et coordonne la plateforme numérique SaharawisToday ».

Tesh Sidi, informaticienne et activiste

J'aimerais que tu me parles de ton  enfance.

Je suis née dans les années 1990, à une époque très difficile pour les réfugiés sahraouis qui venaient de s'installer définitivement dans les camps. Il n'y avait rien, pas de lait pour les enfants et pas d'eau à la maison. Les mères ont échangé leurs enfants pour pouvoir les allaiter. Quand mon frère jumeau et moi sommes nés, nous avons failli mourir. En fait, nous avons tous eu des problèmes de santé. Ma mère, qui était anémiée, n'avait aucune ressource. Nous étions plusieurs frères et sœurs et elle n'avait pas d'autre choix que de me laisser avec ma grand-mère. J'étais avec elle de l'âge de quatre à sept ans en Mauritanie.

Tu te souviens bien de ce que tu as vécu pendant ces années ?

Je dis toujours que nous, les Sahraouis, sommes nés plus vieux. En raison des circonstances, nous sommes amenés à résister et tu ne peux pas te plaindre. La société et le contexte vous obligent à mûrir et à grandir rapidement. Oui, j'ai des souvenirs de cette époque avec ma grand-mère. J'étais une bédouine qui ne savait qu'élever et traire des chèvres et je n'ai jamais été avec des enfants. Ces années-là, j'ai vécu avec des adultes et des animaux. Quand je n'avais que six ans, je savais comment faire les choses d'une femme plus âgée. À sept ans, je suis retourné dans les camps de Tindouf, en Algérie, avec mon frère jumeau, ma mère, mon père et six autres frères et sœurs. Ce fut un choc identitaire, j'ai dû apprendre à les aimer, car ces liens fraternels n'avaient pas été construits auparavant.

Cela n'a pas dû être facile.

En Mauritanie, je vivais en dehors des systèmes d'éducation et de santé. Je ne savais ni lire ni écrire. J'ai eu des pensées et j'ai fait le travail d'une adulte. Quand on m'a envoyée à l'école, j'ai dû me rendre compte que j'étais un enfant, que j'avais une famille et que je vivais en société. Je ne peux pas romancer mon histoire et dire que j'ai eu une enfance heureuse. C'est celle que j'ai eue, l'enfance de tout enfant en conflit. On ne peut pas romantiser la pauvreté. Je n'ai pas mangé de yaourt ni goûté de chocolat avant de venir en Espagne, et je n'avais pas non plus accès à quelque chose d'aussi élémentaire que la viande. Maintenant, je vois que mes neveux et nièces ont cela dans le camp, mais ils vont subir d'autres problèmes : problèmes d'identité, exil, conflits armés... Ils ne seront pas exempts de tout cela. La vie dans les camps ne peut pas être romantisée.

Tesh Sidi le jour de l'entretien. Photo : Javier Sánchez Salcedo

Pourquoi es-tu venue en Espagne ?

Je suis arrivée quand j'avais presque huit ans dans une famille d'accueil à Alicante. Si arriver dans les camps en Mauritanie était un changement de monde, venir ici était un changement de planète, de galaxie et de tout. J'avais peur des bâtiments car je ne comprenais pas qu'ils puissent être si hauts. Dans les camps, les petites maisons en adobe sont à ta ta taille, accessibles à ta taille ou à celle d'un adulte, mais je suis arrivée et j'ai trouvé des immeubles très hauts, des gens qui se pressent, du bruit, des feux de signalisation, tout pour « allez, allez »... et surtout, l'impression que tout le monde me reprochait quelque chose : « Assieds-toi correctement », « Mange comme ça »... Je n'étais pas habituée à tant de demandes sociales, à vivre dans un protocole permanent. Dans les camps, les parents ne vous dirigent pas tellement parce que vous “êtes” un adulte, et quand vous venez ici, vous avez déjà une façon de penser construite. Je suis venue pendant cinq étés et je suis restée dans ma famille d'accueil de l'âge de 12 à 18 ans. Ma mère espagnole avait l'idée de m'éduquer, mais je lui ai dit que j'étais déjà éduquée, et que ce n'était pas un acte de rébellion, mais une maturité précoce forcée par la situation. Ma famille espagnole a fait de son mieux avec moi, mais pas de la meilleure façon. J'ai eu une adolescence très difficile.

Tu as eu l'impression de ne pas t’ intégrer ?

Les personnes qui ont émigré souffrent d'une très grande crise d'identité, car elles ne sont ni d'ici ni de là-bas. Le besoin de s'intégrer dans les deux endroits peut vous jouer de très mauvais tours. J'ai passé dix ans à rejeter le fait d'être sahraouie et les malheurs qui m'étaient arrivés dans ma vie.

Tu l'as caché ?

Exactement. J'ai dit aux gens que j'étais d'Alicante et c'est tout. Mais quand j'ai commencé à lire de la littérature avec des références africaines, y compris sahraouies, je me suis rendue compte que j'avais hérité des pensées coloniales, et il est arrivé un moment, à l'âge de 18 ans, où j'ai compris que je n'étais pas à ma place. Dans mon foyer espagnol, j'ai ressenti de nombreuses exigences sociales et culturelles, et j'ai dû être constamment reconnaissante pour ce qui m'était donné, parce que je « venais d'un camp de réfugiés », ce qui m'a beaucoup affecté et a été ressenti comme un rabaissement. D'autre part, j'avais ma famille sahraouie, conservatrice, musulmane, l'une des rares à avoir laissé ses filles étudier en Occident dès leur plus jeune âge. J'étais consciente de la peur de ma mère que je ne sois pas musulmane, ni culturellement sahraouie, cette peur de ce que les gens diraient. J'ai ressenti des pressions ici et là, et j'ai décidé de me détacher, de commencer à travailler et à étudier par moi-même, pour retrouver ma dignité et ma liberté en tant que personne. J'ai rompu les relations avec ma famille biologique et ma famille d'accueil, mais j'étais libre de commencer à me construire une identité.

As-tu traversé ce processus seule ?

Jusqu'à ce que j'entre dans le militantisme, je n'avais aucun point de référence. J'ai commencé à travailler comme serveuse, dans des magasins... J'ai étudié l'ingénierie informatique au moment de la crise, et j'avais des amis qui m'ont aidé à payer l'université. J'ai fini mes études et je suis venue à Madrid. C'était le boom informatique et j'ai trouvé un emploi facilement. J'ai contracté un prêt pour faire un master en big data et intelligence artificielle. Pour moi, il n'y a pas de choses impossibles si vous faites un effort et travaillez dur. Les gens me disent que j'ai bien réussi, mais je mangeais du riz blanc à l'université, comme je mangeais dans le camp, car je n'avais souvent pas les moyens d'acheter de la viande ou du shampoing. 

Tesh Sidi le jour de l'entretien. Photo : Javier Sánchez Salcedo

 Comment es-tu entrée dans le militantisme ?

Lorsque j'ai terminé mon master et que j'ai trouvé un bon emploi, en avril 2020, la guerre au Sahara occidental a explosé. Je ne connaissais rien au conflit ni à ses causes, mais j'ai commencé à aller aux manifestations et un fort besoin est né en moi à la fois d'aider le peuple sahraoui et de retrouver mon identité. Et quand j'ai vu que la cause sahraouie stagnait en termes de communication, j'ai décidé d'aider grâce à mes connaissances en matière de big data et de traitement des données dans les réseaux sociaux. J'ai pris la présidence de l'association sahraouie à Madrid, nous avons fait beaucoup de choses et beaucoup de jeunes Sahraouis de la diaspora ont commencé à s'organiser. J'ai commencé à devenir une personne très exposée, à donner des conférences, des politiciens m'appelaient... Il me semblait que la cause était devenue quelque chose de très humanitaire mais pas très politique, et j'ai commencé à approcher des organisations politiques, les médias, j'ai commencé à emmener des journalistes et des politiciens dans les camps... Tout ce processus s'est matérialisé dans SaharawisToday, une plateforme de communication numérique que j'ai créée avec ma camarade Itziar.

Qu’est-ce qu’on peut trouver dans SaharawisToday ?

Nous avons fait une analyse de ce qui ne va pas avec la cause sahraouie et nous avons vu que nous-mêmes, les Sahraouis, devions être ceux qui communiquent, que ce ne soient pas les journalistes ou les anthropologues qui parlent toujours du peuple sahraoui. Dans SaharawisToday, nous parlons de la migration, de la lutte contre le racisme institutionnel dont nous souffrons, nous femmes sahraouies, qui sommes souvent réduites au silence, de la responsabilité de l'Espagne envers ses anciennes colonies ou de la responsabilité de la population de s'informer sur le passé de son pays. Nous contextualisons pour expliquer la relation du Sahara avec ce qui se passe à Ceuta et Melilla, avec les eaux des îles Canaries ou pourquoi le Maroc bloque et fait chanter l'Espagne... Nous sommes 11 personnes, des Sahraouis de là-bas, d'ici et de France. Nous publions en français, arabe, anglais et espagnol, et offrons un forum d'opinion pour le peuple sahraoui, dans toute sa diversité. Il y a de la place pour tout sauf pour le fascisme et le machisme. Nous avons toujours été un peuple de transmission orale, mais nous devons mettre notre histoire par écrit. On y trouve des articles, des vidéos, des reportages en direct, des résumés de politique internationale, des analyses... Nous rassemblons tous les événements de la cause sahraouie dans le monde et informons sur les moyens de se rendre dans les camps.

Pour conclure, tu crois qu'il y aura un référendum ?

Une forte pression politique est nécessaire. Je pense que le peuple sahraoui doit occuper des postes de pouvoir. De nombreuses personnes qui ont émigré ont tendance à étudier les sciences sociales et à se consacrer au domaine des ONG ou de la coopération internationale en raison de ce besoin de "sauver" que nous avons. Mais il n'y a rien de mal à être dans la banque ou la politique. Il faut être là où les décisions sont prises pour pouvoir changer les choses. Dans la banque où je travaille, ils savent que je suis une Sahraouie et un activiste. Les Sahraouis doivent essayer d'être des présidents de communauté dans leurs immeubles, des membres du parlement, et des référents partout où ils travaillent. Je pense que le référendum sera compliqué dans les années à venir. Tant que nous n'aurons pas un président de gouvernement sahraoui ou migrant, les choses ne changeront pas. Cela prendra du temps, mais nous ne devons pas être frustrés. Nous devons être optimistes.   

Une amie est allée au Sahara occidental, dans les territoires occupés par le Maroc, et m'a ramené du sable de là-bas. C'est choquant, et ça m’enchante de le voir dans toutes les générations de Sahraouis : nous sommes capables de nous battre pour quelque chose que nous n'avons jamais vu et où, probablement, parce que je suis une activiste, je ne pourrai jamais mettre les pieds.