Affichage des articles dont le libellé est USraël. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est USraël. Afficher tous les articles

02/02/2026

La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025

Traduit par Tlaxcala

Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.

Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».


Sereen Haddad. Photo : Olivia Cunningham

Haddad, qui est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la guerre d’Israël.

Elle faisait partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit. Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .

Mais la tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.

La guerre d’Israël à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international – avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et politiques les uns envers les autres.

Nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Cet effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.

Les implications de cet effondrement sont profondes pour la politique internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.

Beaucoup d’entre nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Le 29 avril 2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des keffiehs.

Il s’est avéré que les couvertures posaient problème.

Près de deux heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens, fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des règles.

Les règles à VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.

L’administrateur a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est ainsi que Haddad m’a décrit la zone.

L’organisation de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression, reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».

Plutôt que de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.

Plus d’une douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.

Mais la police a continué à changer les règles. D’abord, on a dit aux étudiants qu’ils devraient rouler les couvertures et partir. Quelques minutes plus tard, la police a dit qu’ils pouvaient rester si les couvertures étaient parties. Les étudiants ont enlevé les couvertures et, alors que les officiers partaient, les étudiants ont commencé à scander : « Free, free Palestine ! »  L’un d’eux a brandi une pancarte, faisant référence aux manifestants de l’année dernière gazés par la police, sur laquelle était écrit : « Vous allez encore nous gazer, bande de monstres ? » Il a été arrêté. Les autres sont devenus en colère et frustrés.

« Vous savez ce qui a transformé ça en manifestation ? » a crié un étudiant à la police. « Quand vous amenez des foutus policiers à un pique-nique ! C’est ce qui le transforme en foutue manifestation ! »

Huit jours plus tard, Haddad et un autre étudiant, identifiés par l’université comme des meneurs, ont reçu un avis de violation des règles en raison du rassemblement non autorisé. Leurs diplômes étaient retenus.


Photos extraites d’une vidéo montrant la police de la VCU réprimant un pique-nique étudiant marquant le premier anniversaire du démantèlement par l’université de leur campement propalestinien à Richmond, Virginie, le 29 avril 2025. Montage sjpvcu/Instagram

« Quand les étudiants exposent la violence de l’occupation et du génocide d’Israël, des institutions comme VCU, qui sont profondément liées à des fabricants d’armes et des donateurs capitalistes, deviennent craintives », a dit Haddad. « Alors ils tordent les règles, ils réécrivent les politiques, et ils essaient de nous réduire au silence... Mais tout est question de pouvoir. Nos demandes de justice sont une menace pour leur complicité ».

La réécriture stratégique des règles n’est pas unique à VCU. Elle a lieu dans tout le pays alors que les administrateurs universitaires répriment les protestations soutenant les droits palestiniens. Dans l’un des nombreux autres exemples, des dizaines de membres du corps enseignant et d’étudiants ont été temporairement suspendus de la bibliothèque de Harvard fin 2024 après s’être assis tranquillement en train de lire dans la bibliothèque avec des pancartes soutenant la liberté d’expression ou s’opposant à la guerre à Gaza, bien qu’une protestation similaire en décembre 2023 n’ait entraîné aucune sanction.

Si ces étudiants avaient protesté contre la guerre de la Russie en Ukraine, vous pouvez être sûr que ces administrations auraient répondu par de l’adulation. Les universités, après tout, se targuent d’être des terrains d’essai pour les valeurs collectives de la société. En tant que lieux de réflexion et d’exploration, elles fonctionnent comme des incubateurs pour les futurs dirigeants.

Mais quand il s’agit de la question de la Palestine, un schéma différent commence à émerger. Plutôt que d’écouter les étudiants qui veulent demander des comptes à Israël pour ses actes, ceux qui détiennent le pouvoir à l’université choisissent de changer les règles.

De tels changements de règles douteux ne concernent pas seulement nos étudiants. Dans un rapport accablant publié en janvier, ProPublica a disséqué les nombreuses façons dont l’administration Biden a continuellement déplacé les poteaux de but en faveur d’Israël après le 7 octobre 2023. Vous souvenez-vous des menaces de sanctions contre Israël pour avoir envahi Rafah ? (C’est une « ligne rouge », avait dit Biden.) Ou de l’ultimatum de 30 jours donné à Israël pour augmenter considérablement l’aide alimentaire ? Mais rien ne s’est passé. À part brièvement suspendre un envoi de bombes de 2000 livres (0,9 tonne), le matériel militaire n’a pas cessé d’arriver.


Des Gazaouis se frayent un chemin à travers les décombres de maisons à Rafah le 20 janvier 2025, un jour après l’entrée en vigueur d’un accord de cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas. Photo : AFP/Getty Images

La loi Leahy exige de restreindre l’assistance aux unités militaires de gouvernements étrangers se livrant à de graves violations des droits humains. Elle n’a jamais été appliquée à Israël. En avril 2024, il semblait que le secrétaire d’État Antony Blinken était sur le point de sanctionner Netzah Yehuda, un bataillon notoire de l’armée israélienne, en vertu de la loi Leahy. Finalement, il a botté en touche, et le bataillon non seulement a échappé aux sanctions usaméricaines, mais selon CNN, ses commandants ont même été affectés à l’entraînement des troupes au sol et à la conduite d’opérations à Gaza.

« Il est difficile d’éviter la conclusion que les lignes rouges n’ont été qu’un écran de fumée », a déclaré Stephen Walt, professeur de relations internationales à la Harvard Kennedy School, à ProPublica. « L’administration Biden a décidé d’être pleinement engagée et a seulement fait semblant d’essayer de faire quelque chose ».

Leahy n’est pas la seule loi usaméricaine que l’impunité israélienne pousse à un point de rupture. Fin avril 2024, les principales agences US d’aide humanitaire ont conclu qu’Israël bloquait délibérément l’entrée de nourriture et de médicaments à Gaza. La loi usaméricaine sur l’aide étrangère exige que le gouvernement suspende l’assistance militaire à tout pays qui « restreint, directement ou indirectement, le transport ou la livraison de l’aide humanitaire américaine ». Blinken a simplement ignoré les preuves fournies par son propre gouvernement. « Nous n’estimons pas actuellement que le gouvernement israélien interdit ou restreint autrement le transport ou la livraison de l’aide humanitaire américaine », a-t-il informé le Congrès.


Des Palestiniens tentant de recevoir de la nourriture d’un point de distribution caritative à Khan Younis, Gaza, le 5 juin 2025. Photo Anadolu/Getty Images

Les règles plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël, qui en mars 2025 a également rompu le cessez-le-feu que l’administration Trump avait aidé à négocier en janvier. Et maintenant nous assistons à un nouveau niveau de cruauté : l’utilisation de la famine comme arme de guerre. Pendant ce temps, des politiciens israéliens appellent ouvertement au nettoyage ethnique. Bezalel Smotrich, le ministre des Finances d’extrême droite, s’est vanté qu’Israël « détruit tout ce qui reste de la bande de Gaza » et que « l’armée ne laisse aucune pierre non retournée ». Il a ajouté : « Nous conquérons, nettoyons et restons à Gaza jusqu’à la destruction du Hamas ».  Et son idée du Hamas est large. : « Nous éliminons les ministres, les bureaucrates, les gestionnaires d’argent – tous ceux qui soutiennent le gouvernement civil du Hamas », a-t-il expliqué. Tuer des membres civils d’un gouvernement (car ils ne sont pas des combattants) est un crime de guerre.

Les USA et la communauté internationale, encore une fois, ne font rien.

Chaque jour, l’impensable n’est pas seulement prononcé à haute voix mais aussi mis en œuvre – précisément parce que cela suscite peu de réaction. Deux pilotes de l’armée de l’air israélienne à la retraite ont écrit dans l’édition hébraïque du journal israélien Haaretz qu’ « un membre de la Knesset s’est même vanté que l’une des réalisations du gouvernement [israélien] est la capacité de tuer 100 personnes par jour à Gaza sans que personne ne soit choqué » (un extrait de l’article de Haaretz a été cité par le chroniqueur Thomas Friedman dans le New York Times).


Un enfant palestinien souffrant de malnutrition est soigné par une infirmière à l’hôpital Nasser à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza le 10 juillet 2024. Photo Eyad Baba/AFP/Getty Images

Ce glissement continu de l’acceptable a abouti à des politiques et pratiques criminelles de déplacement forcé, de souffrance massive et de génocide, le tout mené sous l’acquiescement passif ou la complicité active de pays puissants. Même le CICR, normalement réticent, s’exprime avec horreur. « L’humanité échoue à Gaza », a déclaré Mirjana Spoljaric Egger, présidente du Comité international de la Croix-Rouge, à Jeremy Bowen de la BBC récemment. « Le fait que nous regardions un peuple se faire entièrement dépouiller de sa dignité humaine devrait vraiment choquer notre conscience collective », a-t-elle déploré.

Pourtant, l’indignation officielle est au mieux étouffée alors que tout ce qui était autrefois considéré comme institutionnellement solide se dissout dans l’air.

Qu’est-ce qu’Israël a qui lui permet de s’en tirer avec un meurtre ? Les USA ont longtemps protégé Israël des critiques internationales et l’ont soutenu militairement. Les raisons invoquées pour ce soutien vont généralement du lien « incassable » entre les deux pays au pouvoir de l’AIPAC à Washington. On pourrait raisonnablement affirmer que la seule chose différente dans cette guerre actuelle est l’échelle.

Mais ce n’est pas seulement Washington. Israël et la question de la Palestine créent des divisions incroyablement tendues dans une grande partie du monde occidental. Le Danemark a récemment interdit aux enfants se préparant à voter lors d’une élection scolaire de débattre de la souveraineté palestinienne. Pourquoi ?

Dans une conversation avec Ezra Klein du New York Times, la professeure de droit international des droits humains Aslı Bâli a offert une explication de ce qui est différent avec la Palestine. En 1948, note-t-elle, la Palestine était « le seul territoire qui avait été prévu pour être décolonisé à la création des Nations Unies ... qui [n’a toujours] pas été décolonisé ».

L’Afrique du Sud était autrefois dans cette catégorie. Pendant des décennies, la Palestine et l’Afrique du Sud étaient « comprises comme des exemples continus de décolonisation incomplète qui ont continué longtemps après que le reste du monde avait été [presque, NdT] entièrement décolonisé ». Aujourd’hui, la Palestine est [presque] la dernière exception à ce processus historique – un vestige clairement évident pour les peuples autrefois colonisés, mais que le monde occidental refuse de reconnaître comme une aberration.

En d’autres termes, pour beaucoup aux USA et dans une grande partie du monde occidental, la création de l’État d’Israël est comprise comme l’accomplissement des aspirations nationales juives. Pour le reste du monde, ce même accomplissement des aspirations nationales juives a rendu la décolonisation de la Palestine incomplète.

En 2003, l’historien Tony Judt écrivait que le « problème avec Israël [est] ... qu’il est arrivé trop tard. Il a importé un projet séparatiste caractéristique de la fin du XIXe siècle dans un monde qui a évolué, un monde de droits individuels, de frontières ouvertes et de droit international. L’idée même d’un ‘État juif’ – un État dans lequel les Juifs et la religion juive ont des privilèges exclusifs dont les citoyens non juifs sont à jamais exclus – est enracinée dans un autre temps et lieu. Israël, en bref, est un anachronisme ».

L’idée de Judt qu’Israël est une relique d’une autre époque nécessite de comprendre comment la poussée mondiale pour la décolonisation s’est considérablement accélérée après 1945. Le résultat a été un nouveau monde – mais un monde qui a abandonné les Palestiniens, les laissant dans des camps de réfugiés en 1948. Ce nouveau monde, émergeant des cendres de la Seconde Guerre mondiale, est devenu ce que nous appelons aujourd’hui « l’ordre international fondé sur des règles », dont le droit international est un élément clé.

Le droit international s’est aussi beaucoup plus codifié à cette époque. L’année 1948 n’était pas seulement la date de la Nakba palestinienne et de l’indépendance d’Israël. C’était aussi l’année où la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) a été adoptée. Avec la Charte des Nations Unies de 1945, la DUDH sert de base principale au droit international des droits humains.

Mais à quoi sert un « ordre international fondé sur des règles » si les règles ne cessent de changer ?

La vérité est que nous n’avons jamais vraiment vécu dans un « ordre international fondé sur des règles », ou du moins pas celui que la plupart des gens imaginent lorsqu’ils entendent cette phrase. L’idée que le droit international établit des limites aux actions des États n’a pas empêché le génocide rwandais. L’ « ordre international fondé sur des règles » n’a pas arrêté l’invasion illégale de l’Irak par les USA en 2003. Bien avant 2023, Israël violait régulièrement les résolutions du Conseil de sécurité. Cela n’a pas empêché le Hamas de commettre ses crimes de guerre le 7 octobre.

Le problème du droit international n’est pas seulement le manque d’un mécanisme d’application pour contraindre les États voyous à se conformer. Le problème du droit international est qu’ « il est plus susceptible de servir d’outil aux puissants qu’aux faibles », écrit le théoricien du droit Ian Hurd dans son livre de 2017, How to Do Things With International Law.

Nous avons tendance à penser la loi comme une limite convenue sur nos actions. Comme Dwight D. Eisenhower l’a dit de manière mémorable : « Le monde n’a plus le choix entre la force et la loi. Si la civilisation doit survivre, elle doit choisir l’État de droit ».

Mais si la loi était mieux comprise comme un système qui, oui, restreint le comportement mais, plus important, valide ce qui est possible ? Celui qui parvient à définir les limites définit ce qui est acceptable. En tant que tel, les puissants sont beaucoup plus susceptibles de déplacer le terrain de l’acceptable à leur avantage. Comme l’explique Hurd, le droit international « facilite l’empire au sens traditionnel parce que les États forts ... façonnent la signification des règles et obligations internationales par l’interprétation et la pratique ».

Bien que le droit international interdise généralement la guerre, il prévoit une exception pour la légitime défense, et les États puissants sont ceux qui peuvent déplacer la ligne sur ce qui constitue une légitime défense légitime. (Israël revendique largement la légitime défense pour son agression contre l’Iran, par exemple, tout comme la Russie revendique explicitement la légitime défense pour attaquer l’Ukraine.) Dans son livre, Hurd examine comment les USA ont justifié leur recours à la guerre par drones et même à la torture en invoquant le droit international. Le droit international, pour Hurd, n’est pas un système qui se situe au-dessus de la politique. C’est de la politique.

Le point que je retiens de Hurd n’est pas que le droit international n’existe pas ou qu’il n’a pas de valeur. Clairement, il y a un besoin de règles pour protéger les civils et prévenir la guerre. Le droit international humanitaire est aussi une chose vivante qui s’adapte et s’étend. Des protocoles additionnels aux Conventions de Genève ont été adoptés en 1977. Le Statut de Rome qui a établi la Cour pénale internationale a été adopté en 1998.

Mais le droit international est aussi constamment mis sous tension, régulièrement violé, et systématiquement mis au service des États forts. En tant que tel, le droit international dans la pratique est mieux compris comme une ligne constamment mouvante de comportement acceptable. Nous sommes peut-être en train d’atteindre le point où cette ligne s’est tellement éloignée des intentions fondatrices du droit international que le système lui-même est au bord de l’effondrement.

La campagne d’Israël à Gaza porte la possibilité terrifiante d’un déplacement si radical de la ligne de l’acceptable qu’elle fait du génocide une arme de guerre légale. Si vous pensez que j’exagère, considérez ce que Colin Jones a écrit dans le New Yorker plus tôt cette année. Jones a consulté des avocats clés de l’établissement militaire usaméricain sur leurs vues concernant la campagne d’Israël à Gaza. Ce qu’il a trouvé, c’est une armée usaméricaine profondément préoccupée d’être entravée par le droit international lorsqu’elle mènera une future guerre contre une puissance majeure comme la Chine – à tel point que les « restrictions assouplies sur les pertes civiles » commises par Israël déplacent utilement les poteaux de but pour les futurs agissements usaméricains.

Pour l’armée usaméricaine, écrit Jones : « Gaza ressemble non seulement à une répétition générale pour le type de combat auquel les soldats américains pourraient faire face. C’est un test de la tolérance du public américain pour les niveaux de mort et de destruction qu’entraînent de tels types de guerre ».

Dans quel enfer futur vivons-nous actuellement ?

Dans son livre, Hurd illustre aussi une différence fondamentale entre les régimes juridiques nationaux et internationaux. L’attente que nous avons du droit national, dit-il, est qu’il est « clair, stable et connu à l’avance », tandis que le droit international dépend du consentement des États.

Le mépris de Trump pour les institutions du droit international ne pouvait être plus clair. Il a imposé des sanctions aux juges et juristes de la Cour pénale internationale après que des mandats d’arrêt ont été émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. (Il avait émis des sanctions similaires en 2020.) Il a défié la Charte des Nations Unies en bombardant l’Iran, une nation souveraine ne présentant pas de risque imminent pour les USA. La réponse mondiale ? Un léger reproche du président français Emmanuel Macron et un soutien enthousiaste du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

Ce que Trump et les dirigeants comme lui cherchent n’est pas tant à détruire la loi qu’à la coloniser.

Son mépris pour les institutions juridiques nationales est tout aussi visible. Il a invoqué de fausses urgences pour revendiquer des « pouvoirs d’urgence » comme aucun président avant lui, lui permettant de contourner le Congrès et, essentiellement, de gouverner par décret. Il a déployé des troupes militaires en Californie, contre la volonté de son gouverneur, et une cour d’appel a même autorisé sa décision. Il marche sur la ligne de la défiance ouverte de diverses ordonnances judiciaires.


De gauche à droite, Jade Chan et Zoe O’Brien protestent contre Donald Trump le 17 février 2025 à Austin, Texas. Photo Brandon Bell/Getty Images

Que se passe-t-il ? Il est tentant de penser que nous vivons dans une nouvelle ère d’anarchie, mais cela ne parviendrait pas à saisir le changement qui nous fait face. Il ne s’agit pas d’un manque de loi. Il s’agit d’une refonte de la loi. Ce que Trump et les dirigeants comme lui cherchent n’est pas tant à détruire la loi qu’à la coloniser, à posséder la loi en déterminant ses paramètres pour servir leurs intérêts. Pour eux, la loi existe pour plier à leur volonté, pour détruire leurs adversaires, et pour fournir un alibi à des comportements qui, dans une meilleure version de notre monde, seraient punis comme criminels.

Peut-être n’est-il pas surprenant que quelque chose d’aussi vulnérable que le droit international puisse craquer sous les pressions actuelles. Ce qui peut être surprenant, c’est comment nous perdons aussi notre sentiment national de stabilité, paix et sécurité avec lui, et à quel point la lutte pour la Palestine est liée à ce démantèlement intérieur, surtout en ce qui concerne la liberté d’expression. Demandez simplement à Sereen Haddad ou à Mahmoud Khalil, l’activiste des droits palestiniens qui a passé 104 jours en détention pour son discours politique protégé par la Constitution et qui risque toujours l’expulsion.

La convention sur la prévention et la punition du crime de génocide a été, comme la DUDH, approuvée en l’année fatidique 1948. Son arrivée était urgente et nécessaire après l’Holocauste nazi du peuple juif, et le droit international moderne a été construit sur la compréhension qu’ensemble, nous dans la communauté internationale, travaillerions pour prévenir de futurs génocides. Bien que nous ayons échoué à tenir cette promesse par le passé, aujourd’hui ce sont les actes d’extermination et de génocide d’Israël contre les Palestiniens à Gaza, financés et permis à chaque tournant par un Occident complice, qui ont le plus contribué au déclin de l’ordre mondial fondé sur des règles. À ce qu’on voit aujourd’hui, le système n’atteindra pas 100 ans.

Et son effondrement peut être directement attribué à l’hypocrisie avec laquelle le monde a traité les Palestiniens. Aucun autre groupe n’a été soumis à un état de perte aussi prolongé dans l’ordre libéral post-1945. Les réfugiés palestiniens constituent « la situation de réfugiés prolongée la plus ancienne et la plus importante au monde » dans le monde moderne. Et les demandes placées sur les Palestiniens simplement pour survivre deviennent plus barbares d’heure en heure. À Gaza, des Palestiniens désespérés sont abattus par des snipers et des drones quotidiennement alors qu’ils attendent de la nourriture. Une sécheresse est imminente parce que les attaques d’Israël ont détruit la plupart des stations d’épuration des eaux usées, des systèmes d’égouts, des réservoirs et des conduites d’eau de la bande. Jusqu’à 98 % des terres agricoles de Gaza ont été détruites par Israël. C’est une forme de guerre totale que le monde moderne ne devrait jamais voir, encore moins cautionner.


Des personnes transportant des sacs de farine marchent dans l’ouest de Jabalia le 17 juin 2025, après que des camions d’aide humanitaire sont entrés dans le nord de la bande de Gaza par le passage frontalier de Zikim contrôlé par Israël. Photo  Bashar Taleb/AFP/Getty Images

Personne ne sait ce qui viendra remplacer le système international qui s’effondre actuellement autour de nous, mais tout système politique qui priorise la punition de ceux qui protestent contre un génocide plutôt que d’arrêter les tueries s’est clairement épuisé.

S’il y a une lueur d’espoir dans toute cette misère qui suscite la rage, elle peut être trouvée dans le nombre croissant de personnes à travers le monde qui refusent d’être intimidées et réduites au silence. Nous avons peut-être vu un petit exemple de ce courage à New York récemment, et je ne parle pas seulement de Zohran Mamdani remportant l’investiture du Parti démocrate pour la mairie. Le même jour, deux politiciennes progressistes de Brooklyn, Alexa Avilés et Shahana Hanif, se présentaient à la renomination. Toutes deux soutenaient la Palestine, toutes deux ont été attaquées sans relâche pour leurs positions sur Gaza, et toutes deux ont refusé de changer leurs vues. Des donateurs pro-Israël ont déversé de l’argent dans les campagnes de leurs adversaires. Pourtant, toutes deux ont facilement gagné leurs élections.

De multiples facteurs entrent en jeu dans la victoire de toute campagne politique, mais tout soutien exprimé pour la Palestine était autrefois un glas. Pourrions-nous être au seuil d’un changement ? Peut-être que la liberté palestinienne n’est plus un handicap mais est maintenant une position réellement gagnante en politique ?

La Palestine est peut-être l’expression la plus claire aujourd’hui, comme me l’a dit Haddad, de comment « le pouvoir se sent menacé par la vérité ». Elle a poursuivi : « S’ils ont si peur d’un·e étudiant·e avec une pancarte, un message à la craie ou une demande de justice, alors nous sommes plus forts qu’ils ne veulent nous le faire croire ». Elle ferait mieux d’avoir raison. Pour nous tous.

30/01/2026

Pourquoi les tactiques israéliennes de contre-terrorisme* apparaissent dans le Minnesota

Un partenariat de plusieurs décennies a inclus le partage de ressources et beaucoup d’entraînements conjoints pour l’ICE et la CBP** avec leurs homologues en Israël.

Connor Echols, Responsible Statecraft, 29/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Connor Echols est journaliste pour Responsible Statecraft, le site ouèbe du Quincy Institute, un laboratoire d’idées prônant la diplomatie et la retenue militaire pour la politique étrangère des USA. Il était auparavant rédacteur en chef adjoint à la Nonzero Foundation, où il co-rédigeait une newsletter hebdomadaire sur la politique étrangère. Il a récemment terminé un stage au Centre arabe d’études à l’étranger à Amman, en Jordanie, et il a obtenu sa licence à l’université Northwestern (Evanston, Illinois), où il a suivi un cursus de journalisme et d’études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. @connor_echols

 Ces dernières semaines, des milliers d’agents fédéraux des forces de l’ordre ont déferlé sur Minneapolis. Des vidéos montrent des agents de l’immigration sautant de fourgons banalisés, maîtrisant et aspergeant de gaz poivré des manifestants, et brisant des vitres pour traîner des gens hors de leurs voitures.

Des figures de proue de l’administration Trump ont défendu cette approche malgré une forte opposition locale. Par exemple, lorsque des agents fédéraux ont tué un manifestant nommé Alex Pretti samedi, la Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, l’a rapidement accusé de « terrorisme intérieur ».

Pour les observateurs du conflit israélo-palestinien, ces scènes peuvent sembler étrangement familières. Cette similitude n’est peut-être pas une coïncidence.

Au cours des deux dernières décennies, les responsables usaméricains de l’immigration ont maintenu une relation étroite avec le gouvernement israélien. Cette collaboration a inclus des voyages organisés pour des responsables usaméricains de haut niveau des forces de l’ordre en Israël, des formations conjointes pour les agents de l’immigration et des transferts de technologie qui ont mis des capacités de surveillance sophistiquées entre les mains de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le résultat a été une convergence croissante des mentalités entre les agences de sécurité israéliennes et usaméricaines.

L’objectif principal de cette collaboration est de prévenir les actes de terrorisme - un objectif nécessaire, bien que problématique. Mais, alors que l’administration Trump a de plus en plus repensé sa répression contre l’immigration clandestine comme une nouvelle sorte de guerre contre le terrorisme, elle a appliqué ces tactiques de contre-terrorisme à un nombre sans cesse croissant de personnes aux USA. Ce changement, qui a suscité des réactions malgré le large soutien public à la lutte contre l’immigration illégale, donne maintenant aux USAméricains un aperçu de la façon dont l’armée israélienne opère en Cisjordanie, selon Josh Paul, qui dirigeait auparavant le bureau des transferts d’armes au Département d’État.

« Il y a des parallèles frappants », dit Paul. « Vous avez des unités d’une force de sécurité qui sont imposées aux autorités locales, imposées à la police locale, qui s’engagent dans des points de contrôle, des détentions, y compris d’enfants [...] Et elles semblent opérer largement en toute impunité ».

Une relation de vingt ans

Lorsque Bill Ayub est revenu de son voyage en Israël, il était impressionné - mais un peu méfiant. Le logiciel de surveillance israélien est « un peu plus invasif que ce que vous verriez ici aux États-Unis », déclarait l’ancien shérif du comté de Ventura à Jewish Currents en 2022. Et l’usage de la force lors des arrestations était « choquant », a déclaré Ayub. « C’était genre “Ouaou, vous faites ça ?” [...] Nous irions en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici”

Ayub est l’un des centaines de hauts responsables usaméricains des forces de l’ordre qui, au cours des deux dernières décennies, ont visité Israël et rencontré des responsables israéliens des forces de l’ordre avec l’aide d’organisations à but non lucratif comme l’Anti-Defamation League (ADL) et le Jewish Institute for National Security of America (JINSA). Les informations publiques sur ces voyages, axés sur la lutte contre le terrorisme, sont limitées. Mais un itinéraire d’une délégation de l’ADL en 2016 montrait des réunions prévues avec des responsables israéliens dans une prison tristement célèbre et à Hébron, une ville ségréguée de Cisjordanie.

Des informations accessibles au public montrent que des responsables de l’ICE ont participé à huit voyages de l’ADL entre 2013 et 2016. Joseph Harhay, l’actuel chef adjoint de la Customs and Border Patrol (CBP), a participé à un voyage de JINSA en 2018.

Ces voyages financés par des fonds privés ne sont qu’une facette de la relation. L’administration Bush a créé l’ICE et la CBP en 2003, lors de la restructuration du gouvernement fédéral après les attentats du 11 septembre. Ces agences, toutes deux faisant partie du Département de la Sécurité intérieure (DHS), sont devenues partie intégrante d’un effort gouvernemental de lutte contre le terrorisme. « L’ICE a grandi avec la guerre mondiale contre la terreur », dit Anthony Aguilar, un officier de l’armée à la retraite et militant.

Le Congrès s’est rapidement tourné vers l’étranger pour obtenir de l’aide, créant un bureau du DHS principalement axé sur l’apprentissage auprès des responsables israéliens, selon les partisans de la législation. « Je pense que nous pouvons beaucoup apprendre d’autres pays, en particulier d’Israël, qui a malheureusement une longue histoire de préparation et de réponse aux attaques terroristes », a déclaré la sénatrice Susan Collins (Républicaine du Maine) à l’époque.

Les agents de l’ICE et de la CBP ont depuis développé une relation étroite avec leurs homologues en Israël, leur permettant d’échanger des notes sur les tactiques et la technologie. Le DHS a organisé des conférences avec des responsables de la sécurité israéliens, tenu des sessions de formation conjointes et même accordé des subventions à des officiers israéliens pour faire des recherches sur des domaines comme la lutte contre l’extrémisme violent, selon un ancien haut responsable du DHS.

Ce responsable, qui a déclaré que certaines des tactiques recommandées par les officiels israéliens équivalaient à du profilage racial et ethnique, se souvient d’un collègue senior se demandant : « Pourquoi donnons-nous des fonds à un gouvernement étranger pour ces choses ? Pourquoi le Département de la Sécurité intérieure fait-il ça ? »

Les officiers de l’ICE en particulier ont régulièrement participé à des entraînements aux côtés de la police israélienne, selon Aguilar, qui a déclaré avoir personnellement assisté à certaines de ces sessions au Centre national d’entraînement urbain d’Israël pendant son service dans l’armée. (L’ancien haut responsable du DHS a confirmé que les officiers de l’ICE s’entraînent souvent en Israël ; le DHS n’a pas répondu à une demande de commentaire.)

Le transfert de technologie a été un autre point important de collaboration. Cela est en partie dû aux liens étroits entre l’armée et les industries de la technologie de surveillance dans les deux pays. Par exemple, l’armée israélienne utilise des logiciels d’entreprises usaméricaines comme le géant de la surveillance Palantir, qui travaille également avec l’ICE.

L’ICE, pour sa part, a acheté une technologie sophistiquée de piratage téléphonique à des entreprises israéliennes controversées comme Cellebrite et Paragon. Ces outils ont aidé l’ICE à construire ce que les critiques appellent un « filet » de surveillance, collectant des données sur une grande partie du public usaméricain, y compris des citoyens.

Il n’est pas clair si le gouvernement usaméricain a facilité ces transferts de technologie de surveillance. Mais nous savons que les responsables US sont intéressés par la promotion de ce type de collaboration. Depuis 2015, le Programme binational de recherche et développement industriels (BIRD) réunit le DHS et le ministère israélien de la Sécurité nationale pour « développer des technologies avancées pour les besoins de la sécurité intérieure », selon le DHS. En 2022, l’administration Biden a lancé une autre initiative visant à promouvoir la collaboration entre le DHS et la Direction nationale de la cybersécurité israélienne.

D’autres similitudes peuvent simplement découler de la relation étroite que les responsables usaméricains et israéliens ont entretenue au fil des ans. Par exemple, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a rencontré l’année dernière le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un responsable controversé qui partage l’engagement de Noem en faveur d’un maintien de l’ordre intransigeant.


Mai 2025 : Kristi Noem visite le site du Monument de la Flèche Noire, commémorant les héroïques parachutistes israéliens, à 900 mètres de la frontière avec Gaza

Et certains parallèles n’ont rien à voir avec la relation usaméricano-israélienne en soi. Par exemple, l’armée israélienne a fait preuve d’un manque de discipline et de préparation au combat pendant la guerre à Gaza, que certains experts attribuent à un mauvais entraînement et à une expansion rapide des appels sous les drapeaux. L’ICE a fait face à des défis disciplinaires similaires lors de sa croissance vertigineuse sous l’administration Trump, qui a augmenté le budget annuel de l’agence d’environ 200 % et plus que doublé le nombre de ses officiers en moins d’un an pour dépasser les 20 000 agents. (3 000 officiers de l’ICE et de la CBP ont été envoyés dans le seul Minnesota)

« C’est un peu chacun pour soi. Ils n’opèrent manifestement pas sous des procédures opérationnelles standard », dit Aguilar, qui a observé des manifestations à Minneapolis cette semaine et travaillé comme sous-traitant militaire à Gaza pendant la guerre. « C’est exactement comme ça que les Forces de défense israéliennes opèrent à Gaza ».

Bien sûr, les scènes de Minneapolis ont déclenché une réaction que l’administration aura du mal à ignorer. En effet, le président Trump a déjà commencé à modifier son approche ces derniers jours, rétrogradant un commandant controversé de la CBP et envoyant son « tsar des frontières », Tom Homan, superviser les opérations dans un souci de désescalade. Trump a même changé de ton concernant le meurtre de deux citoyens usaméricains par l’ICE, qualifiant les deux incidents de « terribles ».

Mais, compte tenu de l’étendue de la collaboration sécuritaire usaméricano-israélienne et du désir de Trump d’agir rapidement sur les expulsions, le Minnesota pourrait ne pas être le dernier État à voir ce genre de tactiques - et de technologies - déployées dans ses rues. « Rien de tout cela ne me surprend », a déclaré l’ancien haut responsable du DHS, ajoutant qu’il espérait toujours qu’une pression interne pourrait encourager l’administration à changer de cap. « Je suis un peu choqué que les gens ne fassent ces comparaisons que maintenant ».

NdT

*Contre-terrorisme : désignation officielle de la contre-insurrection

** CBP : Customs and Border Protection, Service des douanes et de la protection des frontières, agence du département de la Sécurité intérieure (DHS), créée en 2003. Elle compte aujourd’hui 65 620 employés.

27/01/2026

Minneapolis, Palestine occupée

Ci-dessous, traduits par Tlaxcala, trois articles suscités par l’exécution, commise de sang-froid, d’Alex Peretti à Minneapolis. Une mort de trop, après celle de Renee Nicole Good et qui soulève une tempête d’indignation au-delà du Minnesota.

Là où le trottoir finit, les mensonges commencent : sur l’exécution d’Alex Pretti

Jeffrey St. Clair, CounterPunch, 26/1/2026

Jeffrey St. Clair est coéditeur de CounterPunch. Son dernier ouvrage s'intitule An Orgy of Thieves: Neoliberalism and Its Discontents (avec Alexander Cockburn). sitka[at]comcast[dot]net  ou @JeffreyStClair3.

Voici ce que j’ai vu après avoir visionné plusieurs vidéos de l’exécution d’Alex Pretti : L’infirmier de l’administration des anciens combattants Alex Pretti, que Gregory Bovino a dit vouloir causer des "dégâts maximum", essayait de protéger une femme qui se faisait asperger de gaz poivré, un acte d’humanité qui a mis en rage les agents de la CBP (Patrouille frontalière) qui se sont ensuite jetés sur lui en masse, lui aspergeant le visage de gaz poivré. Il tenait un téléphone portable à la main lorsque huit agents se sont rués sur lui et l’ont violemment projeté sur le bitume. Avec six agents de l’immigration sur lui, Alex Pretti aurait facilement pu être « chauviné »  [Derek Chauvin, le meurtrier de George Floyd, NdT] à mort... s’ils n’avaient pas décidé de lui tirer dessus. Il avait un pistolet dans un étui, pour lequel il avait un permis (et un droit divin, selon Trump et la NRA) de « port apparent ». Et cette arme lui a été prise par un agent qui s’est éloigné, puis ils lui ont tiré dessus à plusieurs reprises à seulement quelques centimètres, jusqu’à 10 coups en moins de cinq secondes.

La tentative de dissimulation a eu lieu immédiatement. Alors que la bande d’officiers se dispersait comme un atome fissuré du corps inerte de Pretti après les coups de feu, ils se sont tournés directement vers la foule qui avait filmé et hurlé d’horreur face à l’exécution qu’elle venait de voir. Sorti le gaz poivré. Sorties les matraques. Sorties les armes. Ils ont tenté de détenir les témoins et de voler leurs téléphones portables. L’homicide est un crime d’État. Mais le DHS (Sécurité intérieure), une fois de plus, comme dans le cas de Renee Good, a empêché la police d’État du Minnesota d’enquêter sur la mort d’un résident du Minnesota et citoyen usaméricain, et le FBI a mis fin à toute enquête interne sur les tirs. Ils ont refusé de révéler l’identité du tireur, l’ont retiré du Minnesota vers une autre juridiction et l’ont remis en liberté. C’est la preuve de la culpabilité. C’est aussi la preuve que les tactiques de « côté obscur » de Cheney [« Pour se protéger, les USA devront travailler du côté obscur », déclaration  après le 11 septembre, NdT] ne sont plus réservées aux sites noirs [prisons secrètes de  la CIA, NdT]. Elles sont rentrées au bercail pour sévir contre les USAméricains en plein jour...

Noem, Bovino et Trump ont été prêts à calomnier le cadavre d’un homme qui travaillait pour leur propre gouvernement, prodiguant des soins aux anciens combattants usaméricains. Un citoyen usaméricain, né de citoyens usaméricains. Un homme sans casier judiciaire, qui n’avait commis aucun acte criminel lorsqu’il a été abattu, si ce n’est essayer de se protéger et de protéger les autres des brutalités d’agents fédéraux masqués, lourdement armés. Ils l’ont souillé avant de savoir quoi que ce soit sur lui. Ils l’ont vilipendé avant même que son sang n’ait gelé sur le trottoir. Ils l’ont diffamé avant même d’avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont sali après avoir vu les vidéos de son meurtre. Ils l’ont blâmé parce qu’il était irréprochable. Ils l’ont diffamé pour cacher leur propre culpabilité. Une culpabilité qui court de ce trottoir de Minneapolis aux bureaux de la Patrouille frontalière, au QG du DHS, jusqu’à la Maison Blanche. Les mensonges, si outranciers, si transparents, sont la preuve de leur culpabilité.

Puis sont venus les mensonges. Il avait une arme à la main et était prêt à tirer. Il préparait un massacre. Il était chargé de munitions. C’était un terroriste intérieur. C’était un assassin. Il était armé quand ils lui ont tiré dessus. Tous des mensonges. Des mensonges proférés par certaines des personnes les plus haut placées du gouvernement. Des mensonges qui se sont ensuite déversés directement dans le conglomérat médiatique de droite. Des mensonges qui se sont propagés comme un virus dévoreur d’esprit à travers les 30 pour cent du pays avides de croire tout ce que Trump et son régime leur disent. Mentir est à peu près la seule production dont ce régime est capable.

Les mensonges ne sont même pas créatifs. Ils sont pro forma. Ils les disent pour dissimuler l’impunité accordée aux agents meurtriers de l’État, qui ont été libérés des entraves de la Constitution et ont reçu licence de piller et saccager, détenir et tuer à volonté. Mais combien de temps même les partisans les plus serviles de ce régime seront-ils prêts à avaler les mensonges sans être secoués par une nausée profonde ? Les pro-vie ? Les évangéliques ? La NRA ? Jusqu’où toléreront-ils ? Après tout, des agents fédéraux ont désarmé Alex Pretti, puis lui ont tiré dessus. On ne pourrait pas écrire une parabole plus déchirante pour les mises en garde de Charlton Heston sur le caractère sacré du droit aux armes face à la tyrannie toutes ces années. Cette exécution odieuse fera-t-elle enfin que la NRA se retourne contre Trump ? N’y comptez pas. Comme le Sierra Club, la NRA s’intéresse plus à l’argent et à l’accès au pouvoir qu’aux causes pour lesquelles elle collecte des fonds, et l’organisation est peu susceptible de compromettre sa relation avec Trump, même si elle est à sens unique. Ses membres, cependant, peuvent penser différemment.

Voici une façon dont les comparaisons entre l’Allemagne nazie et l’USAmérique MAGA échouent : la plupart des dirigeants nazis n’étaient pas aussi stupides que les gens dont Trump s’est entouré, comme Noem, Patel, Homan et Bondi. Il n’a pas embauché ces gens-là pour leur compétence mais pour leur loyauté aveugle. En fait, il préfère que ses subalternes soient amoraux et incompétents, manquant de connaissance et d’intérêt pour les lois et les organisations qu’ils sont censés superviser. Hitler a purgé la SA lors de la Nuit des Longs Couteaux pour une raison. (Comme Jim Bovard me l’a rappelé, « Après ce carnage, le Reichstag contrôlé par les nazis a adopté une ‘loi’ qui légalisait rétroactivement tous les meurtres de la purge. Tout comme la loi sur les commissions militaires de 2006 a légalisé rétroactivement la torture. ») Bien que ses malfrats aient été essentiels pour lui assurer le pouvoir, ils étaient un handicap pour l’y maintenir. Trump lui-même est trop vaniteux et trop peu sûr de lui pour réaliser le danger tapi dans le ventre de la bête et cela pourrait bien causer sa perte.

Mais les gens qui étaient dans la rue glaciale ce matin-là pour documenter savent exactement ce qui s’est passé. Ils l’ont entendu. Ils l’ont vu. Ils l’ont ressenti. Ils ont senti l’odeur de cordite des coups de feu. Ils ont vu le sang couler. Ils ont vu les agents se disperser après ce qu’ils avaient fait. Ils savaient qui avait commencé. Ils savaient qui avait mis fin à la vie d’une personne dont le métier était de sauver des vies. Imaginez leur colère et leur dégoût en entendant leur propre gouvernement raconter de viles fables sur ce qui s’était passé. S’ils mentent sur ça, sur quoi ne mentiront-ils pas ?



Un agent de la CBP est sorti avec l’arme sous licence d’Alex Pretti plusieurs secondes avant qu’il ne soit abattu. Image extraite d’une vidéo postée sur X.

Voici ce qui s’est passé, selon la déclaration sous serment signée par une personne qui se tenait à côté d’Alex Pretti et qui n’était qu’à quelques mètres de lui lorsqu’il a été plaqué au sol par une meute et abattu sur le trottoir.

Il était 8h50 du matin lorsqu’elle a entendu un sifflet avertissant que des agents de l’immigration étaient dans son quartier de Whittier à Minneapolis. Elle faisait partie d’un groupe communautaire qui observait et enregistrait les rafles de l’ICE et elle s’est rendue au carrefour voisin de l’avenue Nicolet et de la 26e  rue, où elle a vu un convoi de voitures de la CBP et de l’ICE et de nombreux agents rôdant dans la rue. Certains d’entre eux frappaient aux vitres et tentaient de tirer des gens de leurs voitures.

Alors qu’elle se garait, la témoin a vu un homme aider à faire circuler le trafic à travers le barrage routier tenté par les agents de l’immigration. Cet homme s’est révélé être Alex Pretti, un infirmier de la VA et intervenant rapide lors des rafles de l’ICE. Elle s’est garée et s’est approchée de Pretti et lui a dit : « Je vais filmer et utiliser mon sifflet ».

Ensemble, Pretti et la témoin ont vu un agent fédéral jeter quelqu’un au sol plus loin dans la rue. Pendant ce temps, de l’autre côté de la rue, des agents masqués harcelaient des manifestants, qui leur criaient dessus et sifflaient. Alex Pretti a commencé à filmer l’interaction avec son téléphone portable. Un agent s’est précipité vers eux et a aboyé qu’ils devaient reculer. La témoin a reculé lentement vers le trottoir. Mais Pretti est resté sur place et a continué à enregistrer la situation qui s’aggravait devant lui, où des agents avaient commencé à asperger de gaz poivré les deux observateurs. Alors que Pretti se déplaçait vers eux pour leur porter secours, un des agents a violemment poussé une femme sur la chaussée puis a commencé à asperger de gaz poivré les trois observateurs, y compris Pretti, qui, à ce moment-là, tenait ses deux mains au-dessus de sa tête et serrait toujours son téléphone portable - pas une arme, comme l’a prétendu le DHS.

L’agent a poussé Pretti, qui a trébuché, puis a retrouvé son équilibre et s’est penché pour aider la femme blessée. L’agent surexcité a aspergé les deux au visage de gaz poivré à bout portant. Il y avait tellement de gaz poivré dans l’air maintenant que la témoin sentait ses yeux brûler. Cinq autres agents masqués se sont précipités. Ils ont attrapé Pretti alors qu’il essayait d’aider la femme à se relever puis l’ont jeté sur la chaussée. Cinq ou six agents l’ont maintenu au sol. L’un des agents est sorti avec l’arme de Pretti, qui n’avait jamais quitté son étui, et a couru dans la rue en la tenant dans sa main, comme s’il s’agissait d’un trophée de guerre. Puis, la témoin a dit : « Ils ont juste commencé à tirer. Ils lui ont tiré dessus tellement de fois. Je ne sais pas pourquoi ils lui ont tiré dessus. Il ne faisait qu’aider. J’étais à cinq pieds et ils lui ont juste tiré dessus ».

Ceci est un récit précis et intime de la mort d’Alex Pretti. Il est corroboré par chaque vidéo du meurtre. Il expose les mensonges racontés par des personnes qui n’étaient pas là, mais qui ont toutes les raisons de mentir pour dissimuler leur propre complicité. Dans l’USAmérique MAGA, les mères, les prêtres, les poètes et les infirmiers sont désormais considérés comme des « terroristes intérieurs », et les hommes masqués qui les frappent, les gazent et leur tirent dessus sont des « forces de l’ordre ».


En 2014, JoAnn Wypijewski, Kevin Alexander Gray et moi avons édité un livre intitulé Killing Travyons: An Anthology of American Violence, qui était une chronique des abus de la police usaméricaine contre les minorités, en particulier les Noirs. On dirait que nous sommes tous des Trayvon maintenant. En l’espace de quelques jours, les stormtroopers (troupes de choc) de l’immigration de Trump ont abattu une poètesse et un infirmier. Qui sera le prochain ? Un aquarelliste ? Un enseignant de maternelle ? Une manucure ? Un entraîneur de T-ball ?

Nous vivons dans un pays où vous pouvez être accusé de résister à l’arrestation sans avoir commis de crime justifiant une arrestation. Nous vivons dans un pays où même les actes les plus passifs de défi et de résistance sont une excuse pour vous tuer. Les Noirs, les Hispaniques et les Autochtones ont connu cela depuis les premiers jours de la République. Maintenant, les USAméricains blancs ayant une conscience se retrouvent également dans le collimateur de leur propre gouvernement.

Nous vivons aussi dans un pays où les gens, des gens ordinaires, sont si révoltés par ce qui se passe qu’ils sont prêts à sortir tous les jours par des températures arctiques pour affronter et résister aux forces de style paramilitaire qui terrorisent leurs quartiers, sachant le genre de violence qui pourrait s’abattre sur eux.

Alex Pretti était l’un de ces USAméricains « ordinaires ». Il n’avait rien fait pour mériter d’être agressé, encore moins abattu. Il a fait ce pour quoi les infirmiers sont formés : aider quelqu’un qui a été blessé, une femme poussée au sol et aspergée de gaz poivré sans raison par un agent de la CBP, une femme qui n’avait rien fait non plus pour mériter ce traitement brutal. Alex Pretti n’était pas le « pire des pires ». Il était le meilleur du meilleur.

 


Bienvenue en Palestine, Minnesota : la vie sous occupation

M. Reza Behnam, Counterpunch, 27/01/2026

Le Dr. M. Reza Behnam est un politologue spécialisé dans la politique US et le Moyen-Orient.

 Israël est rentré au bercail au Minnesota. Les habitants de Minneapolis et de Saint-Paul sont devenus les Palestiniens du Minnesota. Les résidents des villes jumelles connaissent la perte de souveraineté et de droits civils que les Palestiniens subissent depuis plus de huit décennies.

L’État de l’Étoile du Nord a été assiégé par des milliers d’agents de l’ICE et de la Patrouille frontalière. Les villes jumelles sont désormais des communautés occupées, surveillées et attaquées par leur propre gouvernement.

Le militarisme, la violence et le terrorisme qu’Israël a répétés sur les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie occupées ont atteint le cœur de l’USAmérique et se sont infiltrés dans le système politique du pays.

Les similitudes tactiques et idéologiques entre l’ICE et les Forces d’occupation israéliennes sont facilement reconnaissables. Ces similitudes sont enracinées dans des décennies de programmes de formation conjoints, de technologie et de surveillance partagées. Des milliers d’agents fédéraux ont participé à des programmes israéliens de formation à la « sécurité ».

Simulant la réalité de l’occupation en Palestine, des agents fédéraux militarisés patrouillent dans les quartiers usaméricains, enlevant des résidents. Sans mandats, des hommes non identifiés armés de fusils d’assaut mènent des raids, tirent des gens de leurs maisons, les extraient de véhicules, les détiennent et même les tuent, comme en témoignent ce mois-ci les morts des citoyens usaméricains Renee Good et Alex Pretti. Les agents masqués traitent les manifestants comme des menaces, utilisant contre eux des armes chimiques et sublétales.

Des milliers de personnes ont été détenues de force et maintenues dans des centres de détention de l’ICE sans procédure légale. Depuis le début de 2026, six décès ont été enregistrés. Et en 2025, l’année la plus meurtrière de l’ICE en deux décennies, 32 personnes sont mortes.

En janvier 2026, plus de 9 350 Palestiniens sont détenus, la plupart sans inculpation, dans les prisons et centres de détention israéliens ; environ 350 sont des enfants. Et depuis le 7 octobre 2023, au moins 98 Palestiniens (le bilan étant probablement plus élevé) sont morts en détention israélienne.

Keith Ellison, procureur général du Minnesota, a parfaitement résumé la situation : « C’est de la tyrannie... Personne n’aurait jamais pensé que l’Amérique ressemblerait à ça. Nous n’avons plus besoin de spéculer sur ce à quoi ressemble le fascisme américain. Il est juste devant la porte ».

Notre USAmérique était destinée à ressembler à cela. Tout prétexte d’humanité a été abandonné lorsque le président Joe Biden, sioniste avoué, après le 7 octobre 2023, a donné son feu vert au massacre des Palestiniens et à la dévastation de Gaza, ce qu’il a continué à faire jusqu’à son départ le 20 janvier 2025.

En jetant le poids financier, militaire et politique de l’USAmérique derrière un génocide, et en ne respectant pas le droit international et humanitaire, l’administration Biden a préparé le terrain pour l’absence de loi interne et internationale de son successeur condamné. Une nation qui condamne le « crime des crimes », l’atrocité humaine ultime, favorise une culture de la violence qui finit inévitablement par se retourner vers l’intérieur.

Inéluctablement, l’idéologie sioniste de la violence et de la force a trouvé un foyer en USAmérique, où dans les communautés noires, brunes et autochtones, le maintien de l’ordre quasi-militaire a toujours été une réalité. La brutalité gagne maintenant du terrain dans des communautés majoritairement blanches, comme Minneapolis.

Gaza a réveillé la nation face à la réalité que tout ne va pas bien ; que l’USAmérique est un pays de lois, mais avec peu de justice, ce que les groupes minoritaires savent depuis longtemps. Une nation défendant les droits humains et la justice, comme les USA le proclament, aurait défendu et vigoureusement soutenu le peuple palestinien.

De la Palestine aux rues d’USAmérique, l’objectif semble être la soumission – terroriser les immigrants et ceux qui les protègent ; et réduire au silence les dissidents qui s’opposent à l’ « ordre mondial » envisagé par le complexe militaire, industriel, politique, médiatique et numérique (CMIPMN).

Les USA sont entrés dans le grave new world [allusion au « brave new world » d’Aldous Huxley, NdT] que le président Dwight D. Eisenhower avait prévu dans son discours d’adieu à la nation de janvier 1961.

Alors que l’administration Trump piétine la Constitution usaméricaine, la pertinence de l’avertissement d’Eisenhower contre « l’influence injustifiée » du « complexe militaro-industriel » et sa supplication de ne jamais le laisser « mettre en danger nos libertés ou processus démocratiques » ne peut être sous-estimée :

« Cette conjonction d’une immense institution militaire et d’une grande industrie de l’armement est nouvelle dans l’expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d’État, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société.

Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

La guerre a été centrale pour le CMIPMN, comme elle l’a été pour les USA et Israël. Elle a été fondamentale pour l’idéologie coloniale de peuplement d’Israël, l’expansion étant justifiée comme défense. Elle a également été cruciale dans la poursuite de la domination mondiale par l’USAmérique, l’hégémonie économique étant camouflée en défense de la démocratie et de la liberté.

En Israël, le projet sioniste de détruire une culture ancienne et d’éliminer son peuple est déguisé en « défense » de la nation. Et aux USA, le régime Trump utilise le leitmotiv de la « sécurisation du pays » contre les immigrants sans papiers pour justifier sa cruauté et l’étouffement des libertés et des droits. Il a également utilisé le matraquage habituel sur  « l’antisémitisme » pour détenir et expulser ceux qui s’opposent à la guerre génocidaire d’Israël et qui soutiennent une Palestine libre.

Le CMIPMN a également eu une puissante influence sur la formation et la manipulation de la pensée sociétale.

Le partenariat de Washington avec Israël a favorisé la dérive de l’USAmérique vers le proto-fascisme. La suprématie juive sioniste, la diabolisation des Palestiniens, l’unité nationale construite sur des récits de menace externe, et la fétichisation de la culture militaire ont trouvé un terrain fertile dans le paysage trumpien.

L’union des régimes usraéliens a engendré en USAmérique un environnement réceptif à la suprématie blanche et à la diabolisation et au bouc émissaire des immigrants, des minorités et des gauchistes. Bon nombre des mesures qu’Israël a utilisées pour terroriser les Palestiniens sont désormais employées par les agents fédéraux contre les USAméricains ; par exemple, la détention et l’emprisonnement sans procédure légale, les invasions de domicile, les enlèvements, la séparation des enfants de leurs familles, et l’utilisation d’enfants comme boucliers humains.

L’agenda de déportation massive de Trump est un outil de contrôle social ; une façon d’éroder les libertés civiles fondamentales et de terroriser les populations vulnérables. Comme leurs homologues palestiniens, cependant, les habitants du Minnesota sont restés inflexibles malgré le danger. En réaction à l’occupation militaire de leurs villes, ils ont défié en mobilisant une opposition efficace, donnant vie à des mouvements de résistance.

La rébellion de Gaza du 7 octobre 2023 a modifié la perception d’Israël et leur propre gouvernement par les USAméricains. En mettant les intérêts des Israéliens au-dessus du bien-être des USAméricains, les administrations US, particulièrement Biden et Trump, ont rompu le contrat social.

La Déclaration d’Indépendance de 1776, avec son message de droits inaliénables et de résistance à la tyrannie, fait écho à la lutte des USAméricains en 2026, et à la quête de longue date d’autodétermination des Palestiniens depuis huit décennies.

Les usurpations et abus au Minnesota et en Palestine occupée exigent que nous nous souvenions, avec les mots de Thomas Jefferson, que :

« Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future ». (Déclaration d'Indépendance, 4 juillet 1776)

 

Entre Tel Aviv et Minneapolis : quand l’État retourne sa violence contre les siens

Du déploiement d’agents fédéraux dans les villes usaméricaines à la « miliciasisation » de la police israélienne, le manuel est le même : utiliser la force de l’État pour réduire au silence la dissidence.

Yosef Yisrael, 25/1/2026

Correspondant étranger pour Channel 13 News, Israël  et doctorant en relations internationales et terrorisme

Les images de Minneapolis sont déchirantes. Alex Pretti, un infirmier de soins intensifs de 37 ans dans un hôpital pour anciens combattants – un homme qui a passé sa vie à soigner ceux qui ont servi – a été abattu par des agents fédéraux. Ce n’était pas un « terroriste intérieur », comme la rhétorique de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem pourrait le suggérer. C’était un citoyen qui, selon des témoins, est intervenu pour protéger une manifestante qui se faisait asperger de gaz poivré.

Le détail le plus terrifiant de la documentation disponible est que Pretti, propriétaire légal d’une arme, avait déjà été désarmé et était allongé au sol lorsque les coups fatals ont été tirés. Cette tragédie survient à peine deux semaines après la mort de Renee Good, une autre civile, dans une escalade elle aussi non provoquée. Encore plus glaçante que la violence elle-même : l’immunité automatique et totale accordée aux agents par Donald Trump et Kristi Noem. Au lieu de responsabilité, l’administration offre des mensonges et de la propagande pour justifier l’injustifiable.

Ces événements à Minneapolis ne sont pas seulement une tragédie usaméricaine ; ils sont un signe avant-coureur d’un changement mondial. Ils racontent l’histoire d’un régime utilisant son monopole de la violence pour instiller la terreur chez les citoyens qui s’y opposent. Ce qui était autrefois la marque des autocraties s’infiltre dans le monde démocratique lorsqu’il est dirigé par des leaders qui méprisent les valeurs démocratiques. Cela se passe aux USA sous Trump et Noem – et cela se passe en Israël sous Netanyahou et Ben Gvir.


Violences policières rigolardes contre des manifestants anti-Netanyahou à Tel Aviv, juillet 2023. Photo Itai Ron / Haaretz

En Israël, sous le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, la police israélienne est méthodiquement transformée en milice politique. Ben Gvir, un extrémiste d’extrême droite exempté du service militaire et ayant des condamnations pour incitation au racisme et soutien au terrorisme, est un adepte de la violence parrainée par l’État. Pour lui, la vue de manifestants en sang ou l’arrestation brutale de manifestants pacifiques n’est pas un échec policier : c’est l’objectif. Il prospère sur les images de la force utilisée contre ceux qui osent protester contre le gouvernement.

La nature du pouvoir est de s’enraciner par la force. Dans une démocratie saine, les « freins et contrepoids » – les tribunaux indépendants, la presse libre et l’État de droit – agissent comme le barrage qui empêche le pouvoir de l’État de devenir une arme contre le peuple. Mais Trump et Netanyahou partagent le même manuel : démanteler les garde-fous pour permettre une montée incontrôlée de la force exécutive.

À la fois à Minneapolis et à Tel Aviv, la distance entre « maintien de l’ordre » et « exécution politique » rétrécit. En Israël, la perspective de tirs à balles réelles contre des manifestants ne semble plus être une crainte dystopique – elle semble être une réalité imminente.