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09/05/2026
24/04/2026
07/04/2026
20/03/2026
De partenaires de guerre à rivaux politiques : l’Iran pourrait-il mettre le feu au torchon entre Trump et Netanyahou ?
Quatre scénarios possibles d’un clash inéluctable entre le chien et sa queue (les avis divergent sur la question de savoir qui est le chien et qui est la queue)
Mostafa Ahmed, Centre de Recherche Al Habtoor, 18/3/2026
Original : من شركاء حرب إلي خصوم سياسة… هل تشعل إيران الخلاف بين ترامب ونتنياهو؟
English : From Wartime Partners to Political Rivals… Could Iran Ignite a Rift Between Trump and Netanyahu?
Traduit par Tlaxcala
Le partenariat stratégique entre les USA et Israël a longtemps démontré une capacité exceptionnelle à absorber et à gérer les divergences tactiques. Pourtant, les développements accompagnant le lancement de l’opération US « Epic Fury » menée parallèlement à l’opération israélienne « Silent Holy City » fin février 2026, ont soumis cette alliance à un test sans précédent dans le Moyen-Orient moderne. Bien que cette campagne coordonnée ait initialement remporté des succès opérationnels décisifs, notamment l’élimination du guide suprême iranien et le démantèlement de la structure de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), l’image d’alignement complet projetée par Trump et Netanyahou dissimule des divergences fondamentales de visions et d’objectifs.
Une lecture attentive de la trajectoire historique de cette relation, parallèlement à ses contraintes politiques actuelles, suggère qu’un conflit prolongé mettra en lumière la vive divergence des intérêts stratégiques des deux capitales. Alors que la confrontation passe de frappes rapides à une guerre d’usure régionale complexe dont les conséquences s’étendent au-delà de Washington et Tel-Aviv, ces différences évolueront probablement vers des fractures structurelles profondes. Cet article propose une analyse stratégique de cette dynamique émergente, soutenant que les différences fondamentales dans la capacité à absorber les répercussions économiques, à gérer les pertes humaines et à naviguer dans des calendriers électoraux rigides transformeront les désaccords tactiques feutrés en une rupture stratégique ouverte qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ou de nier.
14/03/2026
Attaque contre l’Iran : dissensions dans l’armée US. Et maintenant ?
John Catalinotto, workers world,
13/3/2026
Traduit
par Tlaxcala
La
bataille qui a commencé le 28 février avec l’attaque non provoquée de la
machine de mort usraélienne contre l’Iran s’est étendue, au cours de ses 11
premiers jours, à une conflagration régionale et se dirige à une vitesse
indéterminée vers une guerre mondiale.
Les
anciens combattants pour la paix (Veterans For Peace) proposent leur aide aux
militaires dissidents
Aux USA,
les militants anti-guerre et anti-impérialistes – dans le ventre du monstre –
ont le devoir spécial de faire tout ce qu’ils peuvent pour arrêter cette
guerre. Et il y a un domaine où ils sont les mieux placés pour agir : tendre la
main aux membres de l’armée usaméricaine.
La
première chose à clarifier en planifiant cette lutte est que la classe
dirigeante hyper-riche des USA et les régimes réactionnaires racistes qui
dirigent les États oppresseurs usaméricain et israélien sont les criminels
responsables des horribles conséquences de la guerre. Le mouvement anti-guerre
doit exposer ces crimes et viser à perturber la machine de guerre des
criminels.
Soutien
populaire minimal pour la guerre aux USA
Comparée
aux six dernières longues guerres agressives usaméricaines (Corée, Vietnam,
Irak 1991, Yougoslavie, Afghanistan et Irak 2003), cette potentielle « guerre
sans fin » contre l’Iran rencontre le plus d’opposition dans le pays. La guerre
contre l’Iran a débuté avec des bombes et roquettes usaméricaines tuant plus de
150 écolières dans la ville de Minab et l’assassinat par Israël du guide
suprême politique et religieux de l’Iran, l’ayatollah Ali Hosseini Khamenei, le
28 février.
Avant
de déchaîner la conflagration, le régime MAGA n’a fait aucun effort pour
obtenir un soutien à l’agression, ni auprès du peuple, ni du Congrès, ni en
ajoutant des alliés internationaux au-delà des criminels génocidaires dirigeant
l’État colonial israélien. Le régime comptait sur les gros mensonges qui
diabolisent l’Iran depuis des décennies.
Depuis
le massacre initial de Minab, rappelant l’incendie du village de My Lai au
Vietnam en 1968, chaque lèche-botte du cabinet MAGA et le président usaméricain
impopulaire ont donné des explications contradictoires sur la façon dont la
guerre a commencé, combien de temps elle durerait, s’ils déploieraient des
troupes au sol et quel était son but. Leurs mensonges contradictoires n’ont
fait que diminuer leur crédibilité.
Même
avant que des pertes massives parmi les troupes usaméricaines ne soient
signalées, même avant que le coût militaire quotidien d’un milliard de dollars
de la « guerre choisie » usraélienne ne se fasse sentir (csis.org),
même avant que la guerre ne déclenche une catastrophe économique mondiale, une
majorité de la population usaméricaine s’oppose à la « guerre sans fin »
déclenchée par l’administration.
Une
population qui rejette la guerre peut être mobilisée pour lutter contre elle,
tout comme le peuple de Minneapolis a rejeté le traitement brutal et les
meurtres de migrants et les alliés des migrants ont rejeté la présence des
brutes de l’ICE.
Si
les civils s’opposent à la guerre, cela signifie que les troupes pourraient
refuser d’obéir aux ordres illégaux. Les troupes de réserve et les soldats du
rang en service actif sont des travailleurs en uniforme. Ils refléteront les
attitudes de leurs pairs civils – mais avec leur vie et leur intégrité physique
en jeu.
Les
soldats usaméricains résisteront-ils à la guerre ?
Pendant
l’invasion usaméricaine du Vietnam, la résistance des soldats à la guerre a
contribué à la décision de 1969 de retirer progressivement les troupes usaméricaines
du Vietnam et de compter sur les bombardements. Cela a également conduit à la
fin de la conscription militaire au début de 1973 et à la décision du Pentagone
de créer au cours des décennies suivantes une armée high-tech sans appelés.
Grève
scolaire en Allemagne contre la conscription, 5 mars 2026. « La jeunesse
riposte » et « Les riches veulent la guerre, la jeunesse veut un avenir » sur
des pancartes artisanales.
Même
au sein de l’armée de métier, certains soldats ont refusé de se battre en Irak
et en Afghanistan, bien qu’en moins grand nombre que pendant la période du
Vietnam. Après beaucoup de coûts, de tueries et de destructions, les troupes
américaines ont été forcées de battre en retraite des « guerres sans fin ». (Guerre sans victoire)
Un
livre de 2017 sur la résistance des soldats discute de la façon dont les USA ne
peuvent pas déployer une armée de terre assez grande pour conquérir le Sud
global sans susciter l’opposition dans le pays et la résistance parmi les
troupes. Il donne des exemples de guerres d’agression usaméricaines qui
pourraient mener à une rébellion de soldats : une que les USA déclencheraient contre
« la Russie, la Chine, ou même l’Iran ou la [République populaire démocratique
de Corée] », ou si « le président ordonne aux troupes fédérales de briser les
grèves ouvrières ou de réprimer les rébellions dans les communautés de couleur
à l’intérieur des USA ». (Turn the Guns Around: Mutinies, Soldier
Revolts and Revolutions [Crosses en l’air : mutineries, révoltes de
soldats et révolutions], dernier chapitre.)
Et c’est
exactement le scénario d’aujourd’hui, de Téhéran à Minneapolis.
Si le
régime MAGA ordonne à des troupes terrestres usaméricaines d’entrer en Iran, il
y a peu de doute que les 93 millions d’Iraniens défendront leur civilisation de
5000 ans, une résistance historique que les dirigeants usaméricains
sous-estiment. Concernant l’intervention militaire dans les villes usaméricaines,
les habitants de Los Angeles, Chicago, Minneapolis et d’autres villes ont
montré comment la solidarité de la classe ouvrière peut surprendre les chefs de
guerre de Washington.
On
peut difficilement imaginer la fureur populaire si le régime MAGA tentait de
rétablir la conscription, le service militaire obligatoire tant haï. Les jeunes
en Allemagne protestent actuellement contre des plans similaires de l’impérialisme
allemand.
Il
est déjà évident que le Pentagone a enregistré des pertes bien au-delà des sept
soldats officiellement reconnus morts au combat. Le fait que le principal
hôpital militaire américain à Landstuhl, en Allemagne, ait déjà annulé les
soins de maternité (Military Times, 5 mars) montre que
le Pentagone anticipe des pertes usaméricaines beaucoup plus lourdes.
Des
organisations d’anciens combattants anti-guerre, comme Veterans For Peace et d’autres,
ont tendu la main aux soldats en service actif pour offrir leur soutien aux
objecteurs de conscience. Un responsable du Center on Conscience and War a
déclaré que leurs téléphones n’arrêtent pas de sonner depuis le début de la
guerre usraélienne contre l’Iran.
Une
annonce faite il y a quelques mois par six démocrates du Congrès selon laquelle
les troupes ont le devoir de désobéir aux ordres illégaux s’est déjà répandue
dans les rangs des soldats. Quels que soient les motifs de ces représentants
élus, qui sont tous des vétérans de l’armée ou de la CIA, personne ne peut
remettre ce génie dans la bouteille.
Les
va-t-en-guerre du MAGA pourraient découvrir que leur agression contre l’Iran n’a
fait qu’accélérer le déclin de l’impérialisme usaméricain.
13/03/2026
L’objectif d’Israël en Iran n’est pas simplement un changement de régime, mais un effondrement total
Pour Israël, un État iranien en faillite, fracturé par une guerre civile, est préférable à tout autre résultat. Ils ne veulent pas seulement changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même.
Traduit
par Tlaxcala
Kate McMahon est une journaliste indépendante vivant en Égypte
Après
des décennies de guerres désastreuses au Moyen-Orient, les USA ont peut-être
enfin retenu une leçon : les changements de régime sont extrêmement difficiles.
Éliminer un chef d’État est la partie facile : ce qui vient après ne l’est
pas. Si l’objectif sous-jacent est un changement de régime, on s’attend à ce
que les USA cultivent une direction alternative supervisant un État plus ou
moins fonctionnel. C’est là que les choses tournent mal – et c’est pourquoi peu
de gens travaillent sérieusement à un changement de régime en Iran.
Les
exemples de telles entreprises avortées sont nombreux. Les USA ont envahi l’Irak
en 2003, ils ont tué Saddam Hussein en 2006. Vingt ans plus tard, ils sont
toujours en Irak. Les déclarations prématurées de « mission accomplie »
contredisaient les longues complications de la construction nationale qui
restaient à venir. Aujourd’hui, l’Irak est profondément divisé avec un système
politique alambiqué, fracturé selon des lignes ethniques –c’est un État quand
même fonctionnel, mais il a fallu deux décennies et demie, des milliards de
dollars, environ un million de morts et une vague de terreur dans toute la
région pour y arriver. La stabilité que l’Irak a acquise est aussi plus due à l’adaptation
politique irakienne qu’au plan usaméricain.
Pendant
ce temps, en Afghanistan, les USA ont passé deux décennies à tenter de
remplacer les talibans , pour finalement voir les talibans reprendre une nouvelle
fois le pouvoir. Et en Syrie, Washington a armé des factions rivales cherchant
à renverser Bachar al-Assad, attisant les tensions ethniques et plongeant le
pays dans la guerre civile. À un moment donné, des milices armées par le
Pentagone combattaient
celles armées par la CIA.
Mais
la Libye fournit un autre type de récit édifiant. En 2011, des frappes usaméricaines
ont aidé à tuer Mouammar Kadhafi. Pourtant, les responsables de l’administration
Obama ne se souciaient pas particulièrement d’installer un remplaçant ou de s’impliquer
dans le travail compliqué de la construction nationale, laissant les Libyens
seuls face aux conséquences et au vide de pouvoir qui a suivi. En 2010, la
Libye était l’un des pays les plus riches d’Afrique et jouissait d’un niveau de
vie élevé. Aujourd’hui, c’est un État en faillite principalement dirigé par des
milices violentes et des trafiquants d’esclaves, marqué par des années de
guerre civile.
Actuellement,
les USA ont assassiné le guide suprême iranien Khamenei sous le prétexte d’apporter
la démocratie en Iran, ou parce qu’ils auront bientôt l’arme nucléaire, une assertion fausse. Quelle est la
suite ?
Bien
que les responsables de Washington puissent feindre des efforts pour rétablir
le Shah, cette tentative est au mieux superficielle. Le fils exilé du dictateur
brutal de l’Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979, n’est pas
sur le point de rentrer à Téhéran sur un cheval blanc pour remettre le pays en
ordre avec le panache d’un monarque. Bien qu’il conserve une base de fans
fidèles parmi la diaspora iranienne aux USA – en particulier ceux issus de
familles riches qui ont prospéré sous la monarchie violente – il est
profondément impopulaire en Iran. Peu de gens envisagent sérieusement de tels
fantasmes selon lesquels rétablir un roi qui a vécu en USAmérique pendant
quatre décennies se passerait sans accroc.
La
restauration monarchiste étant largement écartée, l’attention s’est tournée
vers la ligne de succession interne de la République islamique. En discutant d’un
successeur potentiel à Khamenei la semaine dernière, Trump a dit à un journaliste : « L’attaque
a été si réussie qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Ce ne sera aucun
de ceux auxquels nous pensions parce qu’ils sont tous morts. La deuxième ou
troisième place est morte ». Une
fois le second fils de Khamenei
nommé guide suprême, les responsables israéliens ont promis de l’assassiner
ainsi que tous les successeurs suivants.
Les
frappes usaméricaines et israéliennes en Iran ont éliminé des chefs de l’opposition
viables, y compris des critiques emprisonnés
de la République islamique. Apparemment, les USA cibleraient également intentionnellement
des activistes de gauche.
Parce
qu’en fin de compte, remplacer la République islamique n’est pas l’objectif
principal, ni même un objectif souhaitable. L’objectif en Iran est plutôt la
balkanisation ethnique et un État en faillite. Ils ne veulent pas changer le
régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même. Le but des
frappes militaires est de désintégrer les institutions de l’État, alimentant
les tensions ethniques et les mouvements sécessionnistes, laissant l’Iran
profondément divisé et marqué par la guerre civile et la violence sectaire – un
parallèle avec la Syrie de 2015.
Un
effondrement politique pourrait intensifier les pressions séparatistes parmi
les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est et les Azéris au nord, en
particulier si des puissances étrangères cherchaient à exploiter les griefs
ethniques. Déjà, l’administration Trump a discuté d’armer des groupes
séparatistes en Iran, ce qui refléterait la stratégie horrible utilisée
en Syrie et en Afghanistan : donner du pouvoir à des milices brutales se
battant entre elles. Mais dans ce cas, sans soldats usaméricains au sol.
Le
ministère US de la Guerre n’est donc pas préoccupé par le syndrome irakien et
afghan, car ils n’ont apparemment aucune intention de s’empêtrer dans un autre
cycle de construction nationale et de guerre sans fin. Ils ont plutôt l’intention
de déstabiliser l’Iran, de le laisser aux loups et de se retirer.
Cette
trajectoire dystopique ouvre la voie à Israël pour éliminer toute opposition
militaire significative dans la région. En Syrie, Israël a passé la dernière
année à bombarder l’infrastructure militaire du pays et à anéantir ses
capacités – malgré le fait que le nouveau gouvernement soit un allié occidental
et n’ait émis aucune menace contre Israël. Il est clair qu’Israël ne tolérera
personne dans la région ayant ne serait-ce que le potentiel de le
défier.
La
doctrine de sécurité d’Israël s’est longtemps concentrée sur le maintien d’un « avantage
militaire qualitatif » – en assurant une supériorité technologique et
opérationnelle écrasante sur tout rival régional. Codifié dans la loi usaméricaine,
le principe est clair : aucun État voisin ne devrait être autorisé à développer
la capacité de défier la domination militaire israélienne. Dans ce cadre, un
État fragmenté poserait une menace à long terme bien moindre qu’une puissance
régionale indépendante capable de reconstruire ses forces.
Il
est évident que Netanyahou désire l’éradication de toutes les puissances
régionales. Il vocifère depuis 1990 que l’Iran est au bord de la capacité
nucléaire, passant trois décennies à chercher une excuse pour que les USA
interviennent au nom d’Israël et frappent l’Iran. Bien qu’affaibli, l’Axe de la
résistance reste un obstacle tenace à l’expansion des frontières d’Israël dans
la poursuite du « Grand Israël », visant non seulement à s’emparer
des territoires palestiniens restants, mais à s’étendre en Syrie et au Liban.
Par conséquent, la résistance doit être éliminée, et le chemin vers ça passe
par l’Iran.
Comme
Danny Citrinowicz, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité
nationale de Tel Aviv, l’a dit au Financial Times
cette semaine, résumant la position de son gouvernement sur l’Iran : « Si
nous pouvons avoir un coup d’État, tant mieux. Si nous pouvons avoir des gens
dans la rue, tant mieux. Si nous pouvons avoir une guerre civile, tant mieux.
Israël se moque complètement de l’avenir [ou] de la stabilité de l’Iran ».
D’un
point de vue israélien, un Iran fragmenté pris dans une guerre civile est
préférable à un nouveau gouvernement, aussi inféodé aux intérêts occidentaux
soit-il (voir : Syrie). Pendant ce temps, Trump peut nominalement préférer un
changement de régime à un effondrement de l’État, mais il n’est pas disposé à
fournir les ressources nécessaires pour y parvenir et finira par se désengager
lorsque les coûts commenceront à s’accumuler.
Si
le régime iranien tombe, pas seulement ses figures de proue mais l’appareil d’État
lui-même, le résultat inévitable sera une déstabilisation massive et une Libye
2.0, voire pire. C’est voulu. Les USA ne se font certainement aucune illusion
quant à la possibilité d’imposer la démocratie en Iran, ce qui pourrait
potentiellement être réalisé via un soutien à l’opposition ou aux réformistes s’organisant
dans le pays, au lieu de les bombarder. Mais Israël ne veut pas que l’Iran ait
une démocratie souveraine, il veut le mettre en état d’incapacité, ce qui
ouvrirait la voie à sa propre puissance de feu incontrôlée
L’appareil
sécuritaire iranien est profondément ancré et ne risque guère de s’effondrer
rapidement. Mais si des frappes soutenues réussissent à briser l’État plutôt qu’à
simplement affaiblir sa direction, les conséquences seraient catastrophiques.
Un pays de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants ne se fracture pas en
silence. Des centaines de milliers de personnes mourront, et des millions d’autres
seront déplacées. Parce que les bombes ne libèrent jamais, elles fragmentent :
les corps, les pays, les sociétés.
04/03/2026
Iran : la première guerre usraélienne menée ouvertement en commun — planifiée, décidée et exécutée ensemble
Ameer Makhoul, Progress Center for Policies, 3/3/2026
إيران: الحرب الأمريكية – الإسرائيلية المشتركة الأولى علناً تخطيطاً وقراراً وتنفيذاً
Iran: The First Open U.S.–Israeli Joint War
in Planning, Decision-Making, and Execution
Traduit
par Tlaxcala
Introduction
La
guerre en cours contre l’Iran représente une transformation qualitative dans la
nature de la relation usraélienne et dans les schémas de gestion des conflits
au Moyen-Orient. Pour la première fois, elle constitue une guerre conjointe
ouvertement reconnue en termes de planification, de prise de décision et d’exécution
opérationnelle, et non plus seulement un soutien usaméricain traditionnel à
Israël ou la fourniture d’une couverture politique et militaire comme lors des
guerres précédentes.
Dans le discours sécuritaire israélien, ainsi que dans les analyses de niveau
stratégique, le concept de « synchronisation » est fréquemment utilisé pour
décrire l’action conjointe organisée entre les deux parties. Il s’agit de faire
fonctionner un système militaro-politique unifié basé sur une coordination
précise du calendrier, des objectifs et de la répartition des rôles.
Du
point de vue israélien, cette guerre diffère fondamentalement du schéma
traditionnel du soutien usaméricain. Elle reflète une division complète des
rôles opérationnels entre les deux armées. L’armée usaméricaine a déployé
environ la moitié de ses forces de combat dans la région, tandis qu’Israël a
activé la totalité de son armée de l’air et de sa direction du renseignement
militaire. De plus, Israël opère désormais comme une composante centrale et
organique dans le cadre du Commandement central usaméricain (CENTCOM).
Le 16
février, le chef d’état-major israélien a confirmé à des officiers qu’Israël
menait une guerre sur plusieurs fronts en 2026, soulignant que la campagne
resterait de haute intensité et offensive. Il a réitéré ce concept le 2 mars,
déclarant : « Nous avons commencé une guerre offensive contre le Hezbollah »,
suite à des tirs de roquettes du Liban vers Israël. Dans le même contexte, il a
félicité les pilotes israéliens qui ont frappé Téhéran et d’autres endroits à l’intérieur
de l’Iran, leur disant : « Vous êtes en train d’écrire l’histoire. »
Politiquement,
Benyamin Netanyahou a souligné que le but ultime de la guerre est l’effondrement
du régime iranien et le démantèlement de ses structures de gouvernement et de
sécurité. Le président Trump a réaffirmé cet objectif après le début de la
guerre, bien qu’il se soit auparavant abstenu de le déclarer explicitement.
Analyse
1. Transformation du récit : des valeurs partagées à l’interdépendance
stratégique
Pendant des décennies, le récit israélien dominant attribuait la relation avec
les USA à des « valeurs partagées ». Mais la guerre actuelle révèle l’émergence d’un
récit différent : l’alliance politico-militaire entre Israël et les USA repose
principalement sur la force d’Israël et sa capacité à servir les intérêts
mondiaux usaméricains, ou du moins sur la convergence des objectifs
stratégiques des deux pays.
Cette
dynamique est évidente dans la guerre usraélienne contre l’Iran. La situation a
dépassé le simple soutien usaméricain à Israël pour devenir un partenariat
opérationnel à part entière dans lequel les objectifs stratégiques s’alignent.
Simultanément,
le récit usaméricain a subi un changement parallèle. L’administration Trump est
passée de la rhétorique de « l’Amérique d’abord », largement destinée aux
publics nationaux et aux courants isolationnistes au sein du Parti républicain,
à une stratégie externe construite autour des concepts de « paix par la force »
et de « négociations par la force ».
Ce
concept a évolué, passant de l’évitement des guerres étrangères et de l’obligation
pour d’autres États de supporter les coûts de leurs conflits, à une nouvelle
approche : une « grande Amérique » capable d’intervenir dans les conflits – ou
même de les façonner – tout en s’appuyant sur une supériorité militaire
écrasante pour les résoudre sans s’enliser dans des guerres longues et
coûteuses.
Parallèlement,
la politique usaméricaine a de plus en plus cherché à affaiblir le rôle du
Conseil de sécurité de l’ONU et des institutions internationales, proposant des
cadres alternatifs comme le « Board of Peace ». De tels cadres ne se
limiteraient pas à mettre fin à la guerre à Gaza mais s’étendraient à la
gestion des conflits internationaux d’une manière alignée sur la domination usaméricaine,
en particulier sous l’administration Trump.
2.
L’alliance des forts et la reconfiguration des axes régionaux
Lors de la rencontre de Netanyahou avec le Premier ministre indien en Israël,
le concept d’« alliance des forts » a été répété à plusieurs reprises. La
visite a marqué l’aboutissement d’une relation bilatérale déjà avancée. Pour l’administration
Trump, les relations avec l’Inde constituent un autre pilier dans le
renforcement des alignements géopolitiques qui servent la compétition
stratégique des USA avec la Chine.
Pour
Israël, quant à lui, les alliances avec l’Inde à l’est et avec Chypre et la
Grèce à l’ouest reflètent une stratégie plus large : construire un réseau d’alliances
non arabes et non islamiques visant à encercler la région et à renforcer l’indépendance
stratégique d’Israël.
3.
Partenariat dans la technologie et les capacités militaires
La structure émergente des relations usraéliennes repose sur un partenariat
avancé dans le développement des capacités militaires, en particulier dans les
secteurs de la haute technologie et de l’intelligence artificielle.
Israël se présente comme l’un des États les plus avancés au monde dans ces
domaines, commercialisant ses capacités cybernétiques et de renseignement
auprès de l’administration Trump comme un atout stratégique dont les USA ont
besoin.
Israël
a démontré ces capacités lors d’opérations majeures, y compris les explosions
des bipeurs du Hezbollah au Liban, qui ont effectivement mis fin à l’équilibre
de dissuasion précédent. Cela a été suivi par l’assassinat de la direction
militaire et politique du groupe, y compris son secrétaire général.
Ces
capacités sont réapparues lors de la première frappe contre l’Iran le 27
février, au cours de laquelle des figures de proue de la direction ont été
éliminées, aboutissant à l’assassinat du Guide suprême. Cela s’est appuyé sur
les capacités conjointes usraéliennes après que l’administration Trump a été
convaincue de leur efficacité et a élargi leur développement.
En
conséquence, les objectifs de guerre usaméricains ont évolué vers l’élimination
du régime iranien et le démantèlement des structures étatiques, s’alignant
pleinement sur les objectifs israéliens. Les deux pays ont divisé les
responsabilités opérationnelles en conséquence.
4. La « doctrine Sparte » et la transformation d’Israël
Dans un discours le 15 septembre 2025, Netanyahou a parlé d’une « doctrine
Sparte » combinant des stratégies défensives et offensives. Cette doctrine
inclut la militarisation de la sphère publique et une volonté de transformer
Israël en un État capable de compter sur ses propres capacités face à un
éventuel isolement international – même de la part des alliés occidentaux.
La vision cherche à construire un État avec les caractéristiques d’une grande
puissance capable de répondre de manière indépendante aux défis sécuritaires,
tandis que l’horizon politique est remplacé par des politiques de contrôle et
des solutions basées sur la sécurité.
Cette
perspective s’aligne sur la décision d’Israël d’élever sa relation avec les USA
d’une aide militaire annuelle à un partenariat stratégique pluriannuel,
englobant le développement conjoint d’armes et la gestion partagée des guerres
– comme l’illustre le conflit actuel avec l’Iran.
5.
La dimension internationale : l’Iran au centre de la compétition avec la Chine
Les évaluations journalistiques israéliennes suggèrent que la décision de faire
la guerre n’est pas uniquement liée aux programmes nucléaire ou de missiles
iraniens, car des accords auraient théoriquement pu être trouvés sur ces
questions.
Au lieu de cela, l’administration usaméricaine a déclaré après le début de la
guerre que l’objectif était de changer le régime et l’identité de l’État
iranien pour les aligner sur les ambitions usaméricaines de contrôler les
routes commerciales maritimes et terrestres mondiales, les minéraux critiques
utilisés dans la fabrication électronique et les marchés mondiaux de l’énergie.
Les USA
considèrent l’Iran comme un pilier stratégique du développement économique et
technologique de la Chine, ainsi qu’un nœud géopolitique clé.
Renverser
le régime iranien affaiblirait les corridors commerciaux chinois et réduirait l’influence
de Pékin dans les économies émergentes qui bénéficient des partenariats
chinois.
La
Chine dépend fortement du pétrole iranien, l’achetant à des prix inférieurs d’ environ
30 % aux taux du marché mondial en
raison des sanctions, et bénéficie également des ressources minérales de l’Iran.
Dans
cette perspective, contrôler l’Iran – même à un coût militaire et humain
significatif – pourrait représenter un investissement stratégique si les
objectifs sont atteints.
Les analyses
israéliennes suggèrent que l’administration Trump croit également que réduire
les ressources énergétiques de la Chine augmenterait ses coûts de production
au-delà de ce que les tarifs douaniers traditionnels pourraient accomplir.
6.
Risques d’une escalade incontrôlable
Le concept de synchronisation entre les capacités militaires avancées usraéliennes
offre une efficacité opérationnelle élevée, maximisant l’impact de la force et
accélérant l’atteinte des objectifs déclarés.
Cependant, ce niveau d’intégration militaire dans un environnement régional
fragile comporte un risque significatif d’escalade incontrôlable.
Des
frappes réciproques soutenues pourraient éroder les systèmes de dissuasion et
ouvrir la porte à l’implication directe ou indirecte d’acteurs supplémentaires,
élargissant le conflit au-delà de son théâtre initial.
Des
perturbations sur les routes maritimes vitales, des attaques contre les
infrastructures énergétiques ou une escalade de la guerre asymétrique
pourraient rapidement affecter les marchés mondiaux de l’énergie et les chaînes
d’approvisionnement, plongeant l’économie internationale dans une grave
incertitude.
Ainsi,
une efficacité militaire maximale ne garantit pas nécessairement un contrôle
total sur les trajectoires politiques et économiques de la guerre, augmentant
la probabilité que le conflit s’étende à des crises régionales ou
internationales plus larges.
Conclusions
La guerre usraélienne contre l’Iran marque le début d’une phase nouvelle et
plus dangereuse dans les relations bilatérales, passant d’un modèle d’aide
militaire à un modèle de « partenariat entre puissants » dans la gestion des
guerres qui façonnent les structures de pouvoir mondiales et l’ordre économique
international.
Les
objectifs de la guerre s’étendent au-delà du « soutien au peuple iranien »
ou du règlement des questions nucléaires et balistiques. Ils sont liés à la
recomposition des équilibres de puissance internationaux basés sur le principe
de la force, à l’affaiblissement des institutions internationales et
potentiellement à leur remplacement par des cadres dirigés par les USA.
Si la
guerre réussit à renverser le régime iranien et à démanteler sa structure, elle
pourrait entraîner de profondes transformations dans les relations
internationales et éventuellement encourager l’application d’un modèle
similaire ailleurs.
Si elle échoue, les conséquences pourraient affaiblir la domination usaméricaine
et affecter négativement la position politique intérieure de Trump et
Netanyahou. Cela pourrait également conduire à une forme de stabilisation
régionale à long terme, malgré les tensions persistantes entre l’Iran et les
États du Golfe.
Dans
tous les cas, les grandes guerres régionales ont tendance à reléguer la
question palestinienne et ses revendications politiques à la marge de l’ordre du
jour international.











