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09/05/2026

Gaza : passé, présent, futur ? La vérité et la bataille pour la liberté de parole
Conférence de Norman Finkelstein à l’Université du Massachusetts – Amherst, 24 septembre 2025

 

Le génocide à Gaza a déclenché une bataille mondiale pour la liberté dexpression, dopinion et dorganisation, aussi bien au Nord quau Sud de la planète. La réponse des régimes dits démocratiques face aux mouvements de solidarité avec le peuple palestinien a été consternante, marquée par la répression la plus brutale des actes et des paroles, de Berlin à Tanger, de Londres à New York. Norman Finkelstein, universitaire juif et fils de survivants de la Shoah, a été ostracisé bien avant le 7 octobre 2023, pour avoir dénoncé ce quil appelait « lindustrie de lHolocauste ». Sa conférence à lUniversité du Massachusetts en septembre 2025 fut historique. Ce fut sa première apparition dans une université usaméricaine depuis le 7 octobre. Ses paroles méritent dêtre gravées dans le marbre de lHistoire. Les voici.

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20/03/2026

De partenaires de guerre à rivaux politiques : l’Iran pourrait-il mettre le feu au torchon entre Trump et Netanyahou ?

Quatre scénarios possibles d’un clash inéluctable entre le chien et sa queue (les avis divergent sur la question de savoir qui est le chien et qui est la queue)


Mostafa Ahmed, Centre de Recherche Al Habtoor, 18/3/2026

Original : من شركاء حرب إلي خصوم سياسة… هل تشعل إيران الخلاف بين ترامب ونتنياهو؟

English : From Wartime Partners to Political Rivals… Could Iran Ignite a Rift Between Trump and Netanyahu?

Traduit par Tlaxcala

Le partenariat stratégique entre les USA et Israël a longtemps démontré une capacité exceptionnelle à absorber et à gérer les divergences tactiques. Pourtant, les développements accompagnant le lancement de l’opération US « Epic Fury » menée parallèlement à l’opération israélienne « Silent Holy City » fin février 2026, ont soumis cette alliance à un test sans précédent dans le Moyen-Orient moderne. Bien que cette campagne coordonnée ait initialement remporté des succès opérationnels décisifs, notamment l’élimination du guide suprême iranien et le démantèlement de la structure de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), l’image d’alignement complet projetée par Trump et Netanyahou dissimule des divergences fondamentales de visions et d’objectifs.

Une lecture attentive de la trajectoire historique de cette relation, parallèlement à ses contraintes politiques actuelles, suggère qu’un conflit prolongé mettra en lumière la vive divergence des intérêts stratégiques des deux capitales. Alors que la confrontation passe de frappes rapides à une guerre d’usure régionale complexe dont les conséquences s’étendent au-delà de Washington et Tel-Aviv, ces différences évolueront probablement vers des fractures structurelles profondes. Cet article propose une analyse stratégique de cette dynamique émergente, soutenant que les différences fondamentales dans la capacité à absorber les répercussions économiques, à gérer les pertes humaines et à naviguer dans des calendriers électoraux rigides transformeront les désaccords tactiques feutrés en une rupture stratégique ouverte qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ou de nier.

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14/03/2026

Attaque contre l’Iran : dissensions dans l’armée US. Et maintenant ?



John Catalinotto, workers world, 13/3/2026

Traduit par Tlaxcala

La bataille qui a commencé le 28 février avec l’attaque non provoquée de la machine de mort usraélienne contre l’Iran s’est étendue, au cours de ses 11 premiers jours, à une conflagration régionale et se dirige à une vitesse indéterminée vers une guerre mondiale.

Les anciens combattants pour la paix (Veterans For Peace) proposent leur aide aux militaires dissidents

Aux USA, les militants anti-guerre et anti-impérialistes – dans le ventre du monstre – ont le devoir spécial de faire tout ce qu’ils peuvent pour arrêter cette guerre. Et il y a un domaine où ils sont les mieux placés pour agir : tendre la main aux membres de l’armée usaméricaine.

La première chose à clarifier en planifiant cette lutte est que la classe dirigeante hyper-riche des USA et les régimes réactionnaires racistes qui dirigent les États oppresseurs usaméricain et israélien sont les criminels responsables des horribles conséquences de la guerre. Le mouvement anti-guerre doit exposer ces crimes et viser à perturber la machine de guerre des criminels.

Soutien populaire minimal pour la guerre aux USA

Comparée aux six dernières longues guerres agressives usaméricaines (Corée, Vietnam, Irak 1991, Yougoslavie, Afghanistan et Irak 2003), cette potentielle « guerre sans fin » contre l’Iran rencontre le plus d’opposition dans le pays. La guerre contre l’Iran a débuté avec des bombes et roquettes usaméricaines tuant plus de 150 écolières dans la ville de Minab et l’assassinat par Israël du guide suprême politique et religieux de l’Iran, l’ayatollah Ali Hosseini Khamenei, le 28 février.

Avant de déchaîner la conflagration, le régime MAGA n’a fait aucun effort pour obtenir un soutien à l’agression, ni auprès du peuple, ni du Congrès, ni en ajoutant des alliés internationaux au-delà des criminels génocidaires dirigeant l’État colonial israélien. Le régime comptait sur les gros mensonges qui diabolisent l’Iran depuis des décennies.

Depuis le massacre initial de Minab, rappelant l’incendie du village de My Lai au Vietnam en 1968, chaque lèche-botte du cabinet MAGA et le président usaméricain impopulaire ont donné des explications contradictoires sur la façon dont la guerre a commencé, combien de temps elle durerait, s’ils déploieraient des troupes au sol et quel était son but. Leurs mensonges contradictoires n’ont fait que diminuer leur crédibilité.

Même avant que des pertes massives parmi les troupes usaméricaines ne soient signalées, même avant que le coût militaire quotidien d’un milliard de dollars de la « guerre choisie » usraélienne ne se fasse sentir (csis.org), même avant que la guerre ne déclenche une catastrophe économique mondiale, une majorité de la population usaméricaine s’oppose à la « guerre sans fin » déclenchée par l’administration.

Une population qui rejette la guerre peut être mobilisée pour lutter contre elle, tout comme le peuple de Minneapolis a rejeté le traitement brutal et les meurtres de migrants et les alliés des migrants ont rejeté la présence des brutes de l’ICE.

Si les civils s’opposent à la guerre, cela signifie que les troupes pourraient refuser d’obéir aux ordres illégaux. Les troupes de réserve et les soldats du rang en service actif sont des travailleurs en uniforme. Ils refléteront les attitudes de leurs pairs civils – mais avec leur vie et leur intégrité physique en jeu.

Les soldats usaméricains résisteront-ils à la guerre ?

Pendant l’invasion usaméricaine du Vietnam, la résistance des soldats à la guerre a contribué à la décision de 1969 de retirer progressivement les troupes usaméricaines du Vietnam et de compter sur les bombardements. Cela a également conduit à la fin de la conscription militaire au début de 1973 et à la décision du Pentagone de créer au cours des décennies suivantes une armée high-tech sans appelés.

Grève scolaire en Allemagne contre la conscription, 5 mars 2026. « La jeunesse riposte » et « Les riches veulent la guerre, la jeunesse veut un avenir » sur des pancartes artisanales.

Même au sein de l’armée de métier, certains soldats ont refusé de se battre en Irak et en Afghanistan, bien qu’en moins grand nombre que pendant la période du Vietnam. Après beaucoup de coûts, de tueries et de destructions, les troupes américaines ont été forcées de battre en retraite des « guerres sans fin ». (Guerre sans victoire)

Un livre de 2017 sur la résistance des soldats discute de la façon dont les USA ne peuvent pas déployer une armée de terre assez grande pour conquérir le Sud global sans susciter l’opposition dans le pays et la résistance parmi les troupes. Il donne des exemples de guerres d’agression usaméricaines qui pourraient mener à une rébellion de soldats : une que les USA déclencheraient contre « la Russie, la Chine, ou même l’Iran ou la [République populaire démocratique de Corée] », ou si « le président ordonne aux troupes fédérales de briser les grèves ouvrières ou de réprimer les rébellions dans les communautés de couleur à l’intérieur des USA ». (Turn the Guns Around: Mutinies, Soldier Revolts and Revolutions [Crosses en l’air : mutineries, révoltes de soldats et révolutions], dernier chapitre.)

Et c’est exactement le scénario d’aujourd’hui, de Téhéran à Minneapolis.

Si le régime MAGA ordonne à des troupes terrestres usaméricaines d’entrer en Iran, il y a peu de doute que les 93 millions d’Iraniens défendront leur civilisation de 5000 ans, une résistance historique que les dirigeants usaméricains sous-estiment. Concernant l’intervention militaire dans les villes usaméricaines, les habitants de Los Angeles, Chicago, Minneapolis et d’autres villes ont montré comment la solidarité de la classe ouvrière peut surprendre les chefs de guerre de Washington.

On peut difficilement imaginer la fureur populaire si le régime MAGA tentait de rétablir la conscription, le service militaire obligatoire tant haï. Les jeunes en Allemagne protestent actuellement contre des plans similaires de l’impérialisme allemand.

Il est déjà évident que le Pentagone a enregistré des pertes bien au-delà des sept soldats officiellement reconnus morts au combat. Le fait que le principal hôpital militaire américain à Landstuhl, en Allemagne, ait déjà annulé les soins de maternité (Military Times, 5 mars) montre que le Pentagone anticipe des pertes usaméricaines beaucoup plus lourdes.

Des organisations d’anciens combattants anti-guerre, comme Veterans For Peace et d’autres, ont tendu la main aux soldats en service actif pour offrir leur soutien aux objecteurs de conscience. Un responsable du Center on Conscience and War a déclaré que leurs téléphones n’arrêtent pas de sonner depuis le début de la guerre usraélienne contre l’Iran.

Une annonce faite il y a quelques mois par six démocrates du Congrès selon laquelle les troupes ont le devoir de désobéir aux ordres illégaux s’est déjà répandue dans les rangs des soldats. Quels que soient les motifs de ces représentants élus, qui sont tous des vétérans de l’armée ou de la CIA, personne ne peut remettre ce génie dans la bouteille.

Les va-t-en-guerre du MAGA pourraient découvrir que leur agression contre l’Iran n’a fait qu’accélérer le déclin de l’impérialisme usaméricain.

13/03/2026

L’objectif d’Israël en Iran n’est pas simplement un changement de régime, mais un effondrement total

Pour Israël, un État iranien en faillite, fracturé par une guerre civile, est préférable à tout autre résultat. Ils ne veulent pas seulement changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même.


Traduit par Tlaxcala

Kate McMahon est une journaliste indépendante vivant en Égypte

Après des décennies de guerres désastreuses au Moyen-Orient, les USA ont peut-être enfin retenu une leçon : les changements de régime sont extrêmement difficiles. Éliminer un chef d’État est la partie facile : ce qui vient après ne l’est pas. Si l’objectif sous-jacent est un changement de régime, on s’attend à ce que les USA cultivent une direction alternative supervisant un État plus ou moins fonctionnel. C’est là que les choses tournent mal – et c’est pourquoi peu de gens travaillent sérieusement à un changement de régime en Iran.

Les exemples de telles entreprises avortées sont nombreux. Les USA ont envahi l’Irak en 2003, ils ont tué Saddam Hussein en 2006. Vingt ans plus tard, ils sont toujours en Irak. Les déclarations prématurées de « mission accomplie » contredisaient les longues complications de la construction nationale qui restaient à venir. Aujourd’hui, l’Irak est profondément divisé avec un système politique alambiqué, fracturé selon des lignes ethniques –c’est un État quand même fonctionnel, mais il a fallu deux décennies et demie, des milliards de dollars, environ un million de morts et une vague de terreur dans toute la région pour y arriver. La stabilité que l’Irak a acquise est aussi plus due à l’adaptation politique irakienne qu’au plan usaméricain.

Pendant ce temps, en Afghanistan, les USA ont passé deux décennies à tenter de remplacer les talibans , pour finalement voir les talibans reprendre une nouvelle fois le pouvoir. Et en Syrie, Washington a armé des factions rivales cherchant à renverser Bachar al-Assad, attisant les tensions ethniques et plongeant le pays dans la guerre civile. À un moment donné, des milices armées par le Pentagone combattaient celles armées par la CIA.

Mais la Libye fournit un autre type de récit édifiant. En 2011, des frappes usaméricaines ont aidé à tuer Mouammar Kadhafi. Pourtant, les responsables de l’administration Obama ne se souciaient pas particulièrement d’installer un remplaçant ou de s’impliquer dans le travail compliqué de la construction nationale, laissant les Libyens seuls face aux conséquences et au vide de pouvoir qui a suivi. En 2010, la Libye était l’un des pays les plus riches d’Afrique et jouissait d’un niveau de vie élevé. Aujourd’hui, c’est un État en faillite principalement dirigé par des milices violentes et des trafiquants d’esclaves, marqué par des années de guerre civile.

Actuellement, les USA ont assassiné le guide suprême iranien Khamenei sous le prétexte d’apporter la démocratie en Iran, ou parce qu’ils auront bientôt l’arme nucléaire, une assertion fausse. Quelle est la suite ?

Bien que les responsables de Washington puissent feindre des efforts pour rétablir le Shah, cette tentative est au mieux superficielle. Le fils exilé du dictateur brutal de l’Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979, n’est pas sur le point de rentrer à Téhéran sur un cheval blanc pour remettre le pays en ordre avec le panache d’un monarque. Bien qu’il conserve une base de fans fidèles parmi la diaspora iranienne aux USA – en particulier ceux issus de familles riches qui ont prospéré sous la monarchie violente – il est profondément impopulaire en Iran. Peu de gens envisagent sérieusement de tels fantasmes selon lesquels rétablir un roi qui a vécu en USAmérique pendant quatre décennies se passerait sans accroc.

La restauration monarchiste étant largement écartée, l’attention s’est tournée vers la ligne de succession interne de la République islamique. En discutant d’un successeur potentiel à Khamenei la semaine dernière, Trump a dit à un journaliste : « L’attaque a été si réussie qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Ce ne sera aucun de ceux auxquels nous pensions parce qu’ils sont tous morts. La deuxième ou troisième place est morte ».  Une fois le second fils de Khamenei nommé guide suprême, les responsables israéliens ont promis de l’assassiner ainsi que tous les successeurs suivants.

Les frappes usaméricaines et israéliennes en Iran ont éliminé des chefs de l’opposition viables, y compris des critiques emprisonnés de la République islamique. Apparemment, les USA cibleraient également intentionnellement des activistes de gauche.

Parce qu’en fin de compte, remplacer la République islamique n’est pas l’objectif principal, ni même un objectif souhaitable. L’objectif en Iran est plutôt la balkanisation ethnique et un État en faillite. Ils ne veulent pas changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même. Le but des frappes militaires est de désintégrer les institutions de l’État, alimentant les tensions ethniques et les mouvements sécessionnistes, laissant l’Iran profondément divisé et marqué par la guerre civile et la violence sectaire – un parallèle avec la Syrie de 2015.

Un effondrement politique pourrait intensifier les pressions séparatistes parmi les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est et les Azéris au nord, en particulier si des puissances étrangères cherchaient à exploiter les griefs ethniques. Déjà, l’administration Trump a discuté d’armer des groupes séparatistes en Iran, ce qui refléterait la stratégie horrible utilisée en Syrie et en Afghanistan : donner du pouvoir à des milices brutales se battant entre elles. Mais dans ce cas, sans soldats usaméricains au sol.

Le ministère US de la Guerre n’est donc pas préoccupé par le syndrome irakien et afghan, car ils n’ont apparemment aucune intention de s’empêtrer dans un autre cycle de construction nationale et de guerre sans fin. Ils ont plutôt l’intention de déstabiliser l’Iran, de le laisser aux loups et de se retirer.

Cette trajectoire dystopique ouvre la voie à Israël pour éliminer toute opposition militaire significative dans la région. En Syrie, Israël a passé la dernière année à bombarder l’infrastructure militaire du pays et à anéantir ses capacités – malgré le fait que le nouveau gouvernement soit un allié occidental et n’ait émis aucune menace contre Israël. Il est clair qu’Israël ne tolérera personne dans la région ayant ne serait-ce que le potentiel de le défier.

La doctrine de sécurité d’Israël s’est longtemps concentrée sur le maintien d’un « avantage militaire qualitatif » – en assurant une supériorité technologique et opérationnelle écrasante sur tout rival régional. Codifié dans la loi usaméricaine, le principe est clair : aucun État voisin ne devrait être autorisé à développer la capacité de défier la domination militaire israélienne. Dans ce cadre, un État fragmenté poserait une menace à long terme bien moindre qu’une puissance régionale indépendante capable de reconstruire ses forces.

Il est évident que Netanyahou désire l’éradication de toutes les puissances régionales. Il vocifère depuis 1990 que l’Iran est au bord de la capacité nucléaire, passant trois décennies à chercher une excuse pour que les USA interviennent au nom d’Israël et frappent l’Iran. Bien qu’affaibli, l’Axe de la résistance reste un obstacle tenace à l’expansion des frontières d’Israël dans la poursuite du « Grand Israël », visant non seulement à s’emparer des territoires palestiniens restants, mais à s’étendre en Syrie et au Liban. Par conséquent, la résistance doit être éliminée, et le chemin vers ça passe par l’Iran.

Comme Danny Citrinowicz, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel Aviv, l’a dit au Financial Times cette semaine, résumant la position de son gouvernement sur l’Iran : « Si nous pouvons avoir un coup d’État, tant mieux. Si nous pouvons avoir des gens dans la rue, tant mieux. Si nous pouvons avoir une guerre civile, tant mieux. Israël se moque complètement de l’avenir [ou] de la stabilité de l’Iran ».

D’un point de vue israélien, un Iran fragmenté pris dans une guerre civile est préférable à un nouveau gouvernement, aussi inféodé aux intérêts occidentaux soit-il (voir : Syrie). Pendant ce temps, Trump peut nominalement préférer un changement de régime à un effondrement de l’État, mais il n’est pas disposé à fournir les ressources nécessaires pour y parvenir et finira par se désengager lorsque les coûts commenceront à s’accumuler.

Si le régime iranien tombe, pas seulement ses figures de proue mais l’appareil d’État lui-même, le résultat inévitable sera une déstabilisation massive et une Libye 2.0, voire pire. C’est voulu. Les USA ne se font certainement aucune illusion quant à la possibilité d’imposer la démocratie en Iran, ce qui pourrait potentiellement être réalisé via un soutien à l’opposition ou aux réformistes s’organisant dans le pays, au lieu de les bombarder. Mais Israël ne veut pas que l’Iran ait une démocratie souveraine, il veut le mettre en état d’incapacité, ce qui ouvrirait la voie à sa propre puissance de feu incontrôlée

L’appareil sécuritaire iranien est profondément ancré et ne risque guère de s’effondrer rapidement. Mais si des frappes soutenues réussissent à briser l’État plutôt qu’à simplement affaiblir sa direction, les conséquences seraient catastrophiques. Un pays de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants ne se fracture pas en silence. Des centaines de milliers de personnes mourront, et des millions d’autres seront déplacées. Parce que les bombes ne libèrent jamais, elles fragmentent : les corps, les pays, les sociétés.

04/03/2026

Iran : la première guerre usraélienne menée ouvertement en commun — planifiée, décidée et exécutée ensemble


Ameer Makhoul
, Progress Center for Policies, 3/3/2026

إيران: الحرب الأمريكيةالإسرائيلية المشتركة الأولى علناً تخطيطاً وقراراً وتنفيذاً

Iran: The First Open U.S.–Israeli Joint War in Planning, Decision-Making, and Execution

Traduit par Tlaxcala

Introduction
 
La guerre en cours contre l’Iran représente une transformation qualitative dans la nature de la relation usraélienne et dans les schémas de gestion des conflits au Moyen-Orient. Pour la première fois, elle constitue une guerre conjointe ouvertement reconnue en termes de planification, de prise de décision et d’exécution opérationnelle, et non plus seulement un soutien usaméricain traditionnel à Israël ou la fourniture d’une couverture politique et militaire comme lors des guerres précédentes.

Dans le discours sécuritaire israélien, ainsi que dans les analyses de niveau stratégique, le concept de « synchronisation » est fréquemment utilisé pour décrire l’action conjointe organisée entre les deux parties. Il s’agit de faire fonctionner un système militaro-politique unifié basé sur une coordination précise du calendrier, des objectifs et de la répartition des rôles.

Du point de vue israélien, cette guerre diffère fondamentalement du schéma traditionnel du soutien usaméricain. Elle reflète une division complète des rôles opérationnels entre les deux armées. L’armée usaméricaine a déployé environ la moitié de ses forces de combat dans la région, tandis qu’Israël a activé la totalité de son armée de l’air et de sa direction du renseignement militaire. De plus, Israël opère désormais comme une composante centrale et organique dans le cadre du Commandement central usaméricain (CENTCOM).

Le 16 février, le chef d’état-major israélien a confirmé à des officiers qu’Israël menait une guerre sur plusieurs fronts en 2026, soulignant que la campagne resterait de haute intensité et offensive. Il a réitéré ce concept le 2 mars, déclarant : « Nous avons commencé une guerre offensive contre le Hezbollah », suite à des tirs de roquettes du Liban vers Israël. Dans le même contexte, il a félicité les pilotes israéliens qui ont frappé Téhéran et d’autres endroits à l’intérieur de l’Iran, leur disant : « Vous êtes en train d’écrire l’histoire. »

Politiquement, Benyamin Netanyahou a souligné que le but ultime de la guerre est l’effondrement du régime iranien et le démantèlement de ses structures de gouvernement et de sécurité. Le président Trump a réaffirmé cet objectif après le début de la guerre, bien qu’il se soit auparavant abstenu de le déclarer explicitement.

Analyse
1. Transformation du récit : des valeurs partagées à l’interdépendance stratégique
Pendant des décennies, le récit israélien dominant attribuait la relation avec les USA à des « valeurs partagées ». Mais  la guerre actuelle révèle l’émergence d’un récit différent : l’alliance politico-militaire entre Israël et les USA repose principalement sur la force d’Israël et sa capacité à servir les intérêts mondiaux usaméricains, ou du moins sur la convergence des objectifs stratégiques des deux pays.

Cette dynamique est évidente dans la guerre usraélienne contre l’Iran. La situation a dépassé le simple soutien usaméricain à Israël pour devenir un partenariat opérationnel à part entière dans lequel les objectifs stratégiques s’alignent.

Simultanément, le récit usaméricain a subi un changement parallèle. L’administration Trump est passée de la rhétorique de « l’Amérique d’abord », largement destinée aux publics nationaux et aux courants isolationnistes au sein du Parti républicain, à une stratégie externe construite autour des concepts de « paix par la force » et de « négociations par la force ».

Ce concept a évolué, passant de l’évitement des guerres étrangères et de l’obligation pour d’autres États de supporter les coûts de leurs conflits, à une nouvelle approche : une « grande Amérique » capable d’intervenir dans les conflits – ou même de les façonner – tout en s’appuyant sur une supériorité militaire écrasante pour les résoudre sans s’enliser dans des guerres longues et coûteuses.

Parallèlement, la politique usaméricaine a de plus en plus cherché à affaiblir le rôle du Conseil de sécurité de l’ONU et des institutions internationales, proposant des cadres alternatifs comme le « Board of Peace ». De tels cadres ne se limiteraient pas à mettre fin à la guerre à Gaza mais s’étendraient à la gestion des conflits internationaux d’une manière alignée sur la domination usaméricaine, en particulier sous l’administration Trump.

2. L’alliance des forts et la reconfiguration des axes régionaux
Lors de la rencontre de Netanyahou avec le Premier ministre indien en Israël, le concept d’« alliance des forts » a été répété à plusieurs reprises. La visite a marqué l’aboutissement d’une relation bilatérale déjà avancée. Pour l’administration Trump, les relations avec l’Inde constituent un autre pilier dans le renforcement des alignements géopolitiques qui servent la compétition stratégique des USA avec la Chine.

Pour Israël, quant à lui, les alliances avec l’Inde à l’est et avec Chypre et la Grèce à l’ouest reflètent une stratégie plus large : construire un réseau d’alliances non arabes et non islamiques visant à encercler la région et à renforcer l’indépendance stratégique d’Israël.

3. Partenariat dans la technologie et les capacités militaires
La structure émergente des relations usraéliennes repose sur un partenariat avancé dans le développement des capacités militaires, en particulier dans les secteurs de la haute technologie et de l’intelligence artificielle.
Israël se présente comme l’un des États les plus avancés au monde dans ces domaines, commercialisant ses capacités cybernétiques et de renseignement auprès de l’administration Trump comme un atout stratégique dont les USA ont besoin.

Israël a démontré ces capacités lors d’opérations majeures, y compris les explosions des bipeurs du Hezbollah au Liban, qui ont effectivement mis fin à l’équilibre de dissuasion précédent. Cela a été suivi par l’assassinat de la direction militaire et politique du groupe, y compris son secrétaire général.

Ces capacités sont réapparues lors de la première frappe contre l’Iran le 27 février, au cours de laquelle des figures de proue de la direction ont été éliminées, aboutissant à l’assassinat du Guide suprême. Cela s’est appuyé sur les capacités conjointes usraéliennes après que l’administration Trump a été convaincue de leur efficacité et a élargi leur développement.

En conséquence, les objectifs de guerre usaméricains ont évolué vers l’élimination du régime iranien et le démantèlement des structures étatiques, s’alignant pleinement sur les objectifs israéliens. Les deux pays ont divisé les responsabilités opérationnelles en conséquence.


4. La « doctrine Sparte » et la transformation d’Israël

Dans un discours le 15 septembre 2025, Netanyahou a parlé d’une « doctrine Sparte » combinant des stratégies défensives et offensives. Cette doctrine inclut la militarisation de la sphère publique et une volonté de transformer Israël en un État capable de compter sur ses propres capacités face à un éventuel isolement international – même de la part des alliés occidentaux.
La vision cherche à construire un État avec les caractéristiques d’une grande puissance capable de répondre de manière indépendante aux défis sécuritaires, tandis que l’horizon politique est remplacé par des politiques de contrôle et des solutions basées sur la sécurité.

Cette perspective s’aligne sur la décision d’Israël d’élever sa relation avec les USA d’une aide militaire annuelle à un partenariat stratégique pluriannuel, englobant le développement conjoint d’armes et la gestion partagée des guerres – comme l’illustre le conflit actuel avec l’Iran.

5. La dimension internationale : l’Iran au centre de la compétition avec la Chine
Les évaluations journalistiques israéliennes suggèrent que la décision de faire la guerre n’est pas uniquement liée aux programmes nucléaire ou de missiles iraniens, car des accords auraient théoriquement pu être trouvés sur ces questions.
Au lieu de cela, l’administration usaméricaine a déclaré après le début de la guerre que l’objectif était de changer le régime et l’identité de l’État iranien pour les aligner sur les ambitions usaméricaines de contrôler les routes commerciales maritimes et terrestres mondiales, les minéraux critiques utilisés dans la fabrication électronique et les marchés mondiaux de l’énergie.

Les USA considèrent l’Iran comme un pilier stratégique du développement économique et technologique de la Chine, ainsi qu’un nœud géopolitique clé.

Renverser le régime iranien affaiblirait les corridors commerciaux chinois et réduirait l’influence de Pékin dans les économies émergentes qui bénéficient des partenariats chinois.

La Chine dépend fortement du pétrole iranien, l’achetant à des prix inférieurs d’ environ 30 %  aux taux du marché mondial en raison des sanctions, et bénéficie également des ressources minérales de l’Iran.

Dans cette perspective, contrôler l’Iran – même à un coût militaire et humain significatif – pourrait représenter un investissement stratégique si les objectifs sont atteints.

Les analyses israéliennes suggèrent que l’administration Trump croit également que réduire les ressources énergétiques de la Chine augmenterait ses coûts de production au-delà de ce que les tarifs douaniers traditionnels pourraient accomplir.

6. Risques d’une escalade incontrôlable
Le concept de synchronisation entre les capacités militaires avancées usraéliennes offre une efficacité opérationnelle élevée, maximisant l’impact de la force et accélérant l’atteinte des objectifs déclarés.
Cependant, ce niveau d’intégration militaire dans un environnement régional fragile comporte un risque significatif d’escalade incontrôlable.

Des frappes réciproques soutenues pourraient éroder les systèmes de dissuasion et ouvrir la porte à l’implication directe ou indirecte d’acteurs supplémentaires, élargissant le conflit au-delà de son théâtre initial.

Des perturbations sur les routes maritimes vitales, des attaques contre les infrastructures énergétiques ou une escalade de la guerre asymétrique pourraient rapidement affecter les marchés mondiaux de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement, plongeant l’économie internationale dans une grave incertitude.

Ainsi, une efficacité militaire maximale ne garantit pas nécessairement un contrôle total sur les trajectoires politiques et économiques de la guerre, augmentant la probabilité que le conflit s’étende à des crises régionales ou internationales plus larges.

Conclusions
La guerre usraélienne contre l’Iran marque le début d’une phase nouvelle et plus dangereuse dans les relations bilatérales, passant d’un modèle d’aide militaire à un modèle de « partenariat entre puissants » dans la gestion des guerres qui façonnent les structures de pouvoir mondiales et l’ordre économique international.

Les objectifs de la guerre s’étendent au-delà du « soutien au peuple iranien » ou du règlement des questions nucléaires et balistiques. Ils sont liés à la recomposition des équilibres de puissance internationaux basés sur le principe de la force, à l’affaiblissement des institutions internationales et potentiellement à leur remplacement par des cadres dirigés par les USA.

Si la guerre réussit à renverser le régime iranien et à démanteler sa structure, elle pourrait entraîner de profondes transformations dans les relations internationales et éventuellement encourager l’application d’un modèle similaire ailleurs.
Si elle échoue, les conséquences pourraient affaiblir la domination usaméricaine et affecter négativement la position politique intérieure de Trump et Netanyahou. Cela pourrait également conduire à une forme de stabilisation régionale à long terme, malgré les tensions persistantes entre l’Iran et les États du Golfe.

Dans tous les cas, les grandes guerres régionales ont tendance à reléguer la question palestinienne et ses revendications politiques à la marge de l’ordre du jour international.