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18/04/2026

Le meilleur alibi : le sionisme, un colonialisme travesti en mouvement de libération nationale

Luis E. Sabini Fernández, 18/04/2026
Traduit par Tlaxcala

Quel autre projet colonial, quel État a exercé le colonialisme le plus effréné, avec la plus grande impunité morale et psychique, que le sionisme ?

Il n’existe pas de cas identique, bien que certains s’en soient approchés. Tels la construction des USA, de l’Afrique du Sud – non pas la colonisation anglo-saxonne en plein pillage planétaire, mais les premiers établissements boers du XVIe siècle, contemporains des colonies nord-européens en Amérique du Nord. D’autres cas de colonialisme cherchant sa propre légitimation comme s’il n’était pas colonialiste, furent ceux des pieds-noirs en Algérie ou, passé le moment de la conquête, les pays du Río de la Plata. Mais aucun d’eux ne peut se comparer en termes de déni du caractère colonial au sionisme.

Le colonialisme sioniste est un cas unique avec un alibi exclusif ; celui que l’historien juif Norman Finkelstein a justement qualifié d’« industrie de l’Holocauste ». Cette assurance idéologique est ce qui permettra à la « lutte pour la libération nationale » sioniste de jouir de la meilleure conscience tranquille, depuis le socialisme, depuis la pensée critique, depuis l’irréalité, en mentionnant la « libération des peuples opprimés », et lui conférera par là une portée et une profondeur sans pareilles dans l’élaboration idéologique et programmatique.

La première et principale difficulté de tout colonialisme réside dans le fait qu’il est très difficile de VOIR les colonisés.

Le sionisme s’est doté d’une série d’armures et d’alibis d’une ingéniosité indéniable, au point qu’il a également conquis les âmes de ses représentants, qui ne se sentaient nullement colonialistes, spoliateurs de terres étrangères, comme les Anglais en Afrique ou les Espagnols en Amérique.

Au tournant du XIXe au XXe siècle, le socialisme était devenu la solution entrevue, juste, adéquate, désirée, face aux « excès » du capital privé et de ses représentants, avec une énorme validité virtuelle (du moins dans notre Occident).

Le socialisme répondait culturellement et psychiquement, aussi bien à un Citizen Kane qu’à un Kurtz, si l’on se réfère à l’expansion capitaliste. Et il était également une réponse aux formations de l’État absolu, aussi bien d’un Louis XVI que du roi belge Léopold II, le pédagogue des mutilations.

Et peut-être la première armure idéologique du sionisme a-t-elle été de s’identifier au socialisme (et aussi au nationalisme ; une autre idéologie, alors contemporaine et également libératrice. Il y eut deux sionismes au début du XXe siècle ; l’un s’identifiant (en paroles) à une certaine démocratie sociale ; l’autre, nationaliste, dit révisionniste, de type nazi-fasciste).

Mouvement de libération nationale ou d’oppression nationale ?

Au milieu du XXe siècle, mes amis juifs et moi-même nous sentions socialistes, universalistes. Assez pour avoir des amis et même des conjoints non juifs, bien que mes amis se sentissent suffisamment juifs pour embrasser la construction d’Israël, faire l’aliyah pour se trouver, alors oui, dans une vraie patrie.

Le socialisme les amenait à rejoindre des kibboutz, un socialisme à visage juif. Certes, un socialisme juif, c’est-à-dire non universaliste (donc, pas socialiste). Mais presque ; nous étions invités à participer par des visites et des contributions à cette édification. Pas exactement tous ; Uruguayens, Argentins, Italiens, Suédois... Arabes non. Curieux. Ils étaient plus proches, pour ainsi dire à côté.

Mes amis kibboutzniks ne mentionnaient jamais un Arabe, quoi que ce soit d’arabe. Et ils étaient parmi les « rebelles », appartenaient à des kibboutz de gauche. Ils connaissaient et sympathisaient, par exemple, avec les « panthères noires » israéliennes, qui étaient les exclus de là-bas par les juifs dominants, ashkénazes. Les Juifs mizrahim, d’origine arabe, généralement un peu plus foncés que les Ashkénazes d’origine européenne (avec ou sans passage par les pays américains).[1]

Il y avait alors un silence assourdissant concernant les Arabes, la population qui était peu à peu dépossédée. Résistant. Les accrochages de rue se succédaient et mes amis ne parlaient jamais des Arabes ; seulement que la police israélienne était honorable, qu’elle ne torturait pas parce que ses codes éthiques ne le permettaient pas (ni ne permettaient à la direction policière ou politique de l’employer...).

Ce « tant de pureté de conduite » contrastait avec les rapports journalistiques croissants qui disaient précisément le contraire (généralement de source palestinienne, qui n’était pas fiable pour mes amis).

Ni ceux qui étaient « mes amis », ni les autres n’eurent jamais un mot ni des yeux pour voir ce qu’un journaliste italien, Gennaro Carotenuto, vit en visitant Israël seulement quelques jours à l’aube du nouveau siècle : que les Israéliens gaspillaient l’eau dans des piscines et pour laver leurs voitures, alors qu’à quelques mètres, les Palestiniens manquaient d’eau ne serait-ce que pour donner à boire à leurs enfants[2] ; que les « difficultés » de rue entre Israéliens étaient traitées par des policiers, et avec les Palestiniens par des soldats de l’armée ; que les Israéliens avaient des maisons avec beaucoup de « confort » et les Palestiniens, en revanche, avaient des logements en mauvais état (bien que certains portent les traces d’une splendeur passée) et leurs habitants vivaient entassés (les règlements sur le logement refusaient aux Palestiniens le droit de construire ne serait-ce qu’une pièce, et par conséquent, ils devaient en permanence se réorganiser dans des espaces de plus en plus étroits, par exemple lors d’une naissance, ou en cas d’effondrement d’un bâtiment ou d’une confiscation publique pour étendre un service – israélien – de la ville. Les Palestiniens ne recevaient jamais plus de terre ni de permis de construire, quitte à « se débrouiller » avec ce qui leur restait... La politique de restriction, si caractéristique de l’étranglement à bas bruit du projet israélien.

Le dialogue avec mes vieilles connaissances s’est peu à peu rétréci jusqu’à cesser expressément.[3]

Se sentir socialiste, partisan de la fraternité universelle, quel bel alibi pour exercer une domination despotique !

Colonies du KKL dans le Naqab/Néguev occidental, encerclant la Bande de Gaza. Sopuligné en rouge, Ein Hashlosha, un kibboutz fondé en 1950 par des jeunes "pionniers" uruguayens et argentins

Une Palestine sioniste

L’implantation de juifs, désormais sionistes, sur les terres palestiniennes, a eu dès le début des caractéristiques très nettes. Et contrairement aux immigrants qui, par exemple en Amérique du Sud, ont lentement imprégné leurs propres cercles sociaux et linguistiques, et ont créé des sociétés mixtes, dans le cas des immigrants organisés par le sionisme pour s’établir en Palestine, les traits furent constitutionnellement différents : ils venaient avec un plan général et préalable, disposé par le Fonds national juif (Keren Kayemeth LeIsrael) qui incluait l’apprentissage de la langue juive, l’hébreu, qui était resté pendant des siècles uniquement comme rituel de lecture religieuse. « Redonnant vie » à la langue dans la vie quotidienne. Et avec la langue, un réseau culturel général spécifiquement juif, sans imprégner un atome de la présence réelle et quotidienne de la population palestinienne, de sa culture et de ses religions (majorité musulmane, minorité chrétienne et une minorité encore plus petite, juive). Au début de ce processus (aliyah) parmi les juifs, il y aura des conflits et des escarmouches entre le Vieux Yichouv [communauté juive] et le Nouveau Yichouv ; y compris des conflits sanglants.

Il s’agissait de deux judaïsmes différents ; le sionisme ne tolérera pas la moindre concession à ce qui est vraiment historique en Palestine : son projet sera purement idéologique.[4]

Avec le temps, l’implantation sioniste effacera peu à peu ses traits les plus humanistes (Buber, Chomsky, Borojov) et accentuera son racisme et son suprémacisme les plus débridés (Ben Gourion, Zeev Jabotinski, Golda Meir, Ehud Barak, Yitzhak Rabin, Menahem Begin, Ayelet Shaked, Naftali Bennett, Ariel Sharon, Benyamin Netanyahou).

Nous en sommes ainsi à ce que Salahj Eddin qualifia très justement en 2001 de « fascisme théocratique ».[5]

Temps du mépris biblique

Il est important de savoir que les traits colonialistes et leur brutalité intime et leur racisme ne sont pas des dérivations plus ou moins fortuites, comme le postulent tant de sionistes « de gauche ». Ben Gourion lui-même – interviewé comme modéré et opposé au « sionisme de droite » – soutenait déjà en 1948, année inaugurale, que « toute la nation est l’armée ».[6] Et il le corrobore lorsqu’il place (à quelques semaines de l’assassinat) parmi ses gardes du corps l’ignoble assassin de Folke Bernadotte, le premier médiateur de l’ONU, qui osa revendiquer des droits non seulement pour les juifs mais aussi pour les Palestiniens.

Pour comprendre la gravité du comportement israélien, il faut réaliser, comme le soutient Israel Shamir (juif converti au christianisme orthodoxe), que les atrocités que nous voyons quotidiennement commises par les Israéliens contre les Palestiniens, parfois en souriant, comme s’ils en jouissaient, ont des racines religieuses encore plus fortes que politiques : lorsqu’ils déclenchent des hostilités par surprise contre l’Iran un samedi et assassinent entre cent et deux cents fillettes, ils le font en pleine veille religieuse, agissant avec Dieu de leur côté, pensent-ils.

Face au poids, de plus en plus écrasant du sionisme dans le concert mondial, à sa domination sur l’État considéré comme le plus fort de la planète, nous pouvons revendiquer la présence de juifs, de nombreux juifs rompant leurs amarres avec un développement aussi monstrueux.

Martín Gak, lui-même juif engagé dans la dénonciation des crimes sionistes, a mené une formidable entretien avec Stephen Kapos (fév. 2026), un juif hongrois, à vrai dire un Transylvain né hongrois et après la Seconde Guerre mondiale avec le « redessinage » des frontières devenu roumain, né en 1937 et qui cette année, à 89 ans, se souvient lucidement de cette époque. Et il se souvient des « nazis » et des « juifs » d’alors.

Il brise tous les lieux communs et préjugés auxquels les médias d’incommunication de masse nous ont habitués. Lorsqu’il parle de l’armée nazie, qui occupait sa région natale, il dit : c’étaient « des gens normaux ». « J’ai trouvé la Wehrmacht assez humaine ». Des paroles « sacrilèges », pour La Voix de l’Amérique, par exemple.

Et il se souvient de sa visite à Haïfa, pour voir ses oncles qui avaient émigré en Israël après la Seconde Guerre mondiale. Il avait environ 20 ans et il voit [je suppose à la télévision] une manifestation de Palestiniens, pacifique, dans les rues (il ne précise pas si c’est à Haïfa ou dans une autre ville) et il voit soudain apparaître des hélicoptères armés qui déchargent leurs projectiles sur les manifestants. Il est horrifié, bien qu’il n’ait pas pu savoir si les Palestiniens étaient touchés par des projectiles (non) mortels ou par des balles réelles. Sa tante observe sa réaction et lui dit, étonnée, plutôt agacée : « Pourquoi tout ce chahut, tu ne vois pas que ce ne sont que des Arabes ? » Stephen a écarté l’idée de faire ou refaire sa vie en Israël.

Gilad Atzmon, un autre ex-juif, que nous pourrions appeler objecteur de conscience juif, nous rappelle : « les fréquentes mentions de violence et d’extermination des autres contenues dans la Bible hébraïque peuvent jeter quelque lumière sur l’abominable génocide que l’État juif pratique en ce moment à Gaza... sans montrer pour eux [pour les Palestiniens] la moindre once de miséricorde. » (« L’Ancien Testament et le génocide à Gaza », 8-1-2009)

Il nous est chaque jour plus clair, le titre formidable que Ron Unz, un autre juif lucide et audacieux, a donné à l’un de ses articles : « Israël sioniste comme nation assassine ».

Notes

[1] La compagne d’un de mes amis, basanée et avec des ancêtres amérindiens, avait des difficultés à se déplacer seule dans les rues israéliennes dans les années 60, elle subissait tout le temps des agressions verbales. Et elle, qui n’était ni panthère, ni mizrahi, ni même juive, avait même des difficultés linguistiques pour se défendre.

[2] L’approvisionnement en eau était et est administré par Mekorot, la compagnie publique régulatrice de l’eau, qui vend l’eau à des prix subventionnés aux juifs et à prix plus élevé aux Palestiniens appauvris.

[3] En réaction, il m’a fallu subir la réprobation de compatriotes, non juifs, frères et sœurs de conjoints non juifs de juifs « de retour » qui s’installaient en Israël incarnant un retour irréel, mythique, totalement étranger à leurs biographies corporelles ou ethniques. Ashkénazes, Mizrahim, Séfarades, Falashas ne sont pas tous le même peuple (de Dieu).

[4] Rarement j’ai vu le vieil apophtegme de l’admirable Francisco de Goya mieux vérifié : « Le sommeil de la raison engendre des monstres ».

[5] Palestina en lucha, Madrid, oct. 2001.

[6] Haim Bresheeth-Zabner, An Army Like No Other. How the Israel Defense Force Made a Nation, Verso, 2020

26/11/2025

La impunidad israelí

Luis E. Sabini Fernández, 26-11-2025

La violencia

En mi vida particular siempre fui escéptico de los golpes de mano guerrilleros que experimenté o de los que supe en el Cono Sur (aunque algunos simpatiquísimos y prácticamente todos con enorme apuesta personal, de “entrega a la causa”), porque me resultaban potencialmente autócratas, facilitando con demasiada velocidad el entronizamiento de otros dirigentes, siempre a costa del protagonismo de “la gente como uno”.

Tales mis vivencias respecto de la guerrilla latinoamericana, particularmente, dispuesta con mucho coraje y entrega, pero también ceguera. Así acordé con el testimonio de un exagente secreto cubano, hijo del famoso guerrillero argentino Ricardo Masetti, ungido por Guevara para crear un foco revolucionario en sus planes “continentales” para el sur americano, quien prácticamente apenas si pudo poner en pie dicho emprendimiento. El hijo, argentino pero criado en Cuba, Jorge Masetti, fue educado y capacitado como agente revolucionario. Fidel quería hacer con el hijo lo que no pudo con el padre. Y ya totalmente “a punto” renunció a ese camino, cuando vio la seguidilla de fracasos guerrilleros latinoamericanos (y una etapa subsiguiente, casi inevitable: delincuencia común y silvestre). Comentó entonces: “Qué suerte que no ganamos”.[1]


Sótanos de la Muerte 3, acrílico sobre lienzo, 2021

Palestina

Todo este preámbulo para reconocer que la violencia existente en Palestina es distinta, radicalmente distinta. La violencia de abajo, desde los palestinos, es apenas la respuesta, ante la maquinaria israelí que es apabullante.

La imagen del niño o los niños con piedras delante de un tanque es de una precisión extraordinaria para mostrar los quantum de cada lado. La autodefensa así, el contraataque civil, desesperado, como el de la jovencita amenazante que blandía en la calle una tijera de costura, porque no podía más y fue muerta a tiros sin mediaciones (y sin necesidad). Porque así reprime Israel, de un modo brutal, aniquilador, sin ley aunque con exceso de técnica.[2]

Estamos ante un tratamiento peculiar del enemigo. Lo ha dicho y reiterado Netanyahu y otros dirigentes: combaten a animales, no a humanos, o sí, son humanos, pero amalecitas. Y su dios les ha dado permiso, hace unos miles de años, para matarlos (véase Éxodo, de la Biblia).

Es un permiso de larga, larguísima duración. Porque según las “Escrituras” ese conflicto sobrevino en tiempos muy remotos. Y “goza” de excelente vigencia en pleno siglo 21.


Gaza Relief, acrílico y otros materiales sobre lienzo, 2015

¿Pero quién le dijo a Netanyahu que los palestinos son (los) amalecitas?

El comportamiento de la población israelí es llamativo. Veamos a los colonos en Cisjordania. Nunca autorizados por la ONU, pero asentándose de facto, en territorio internacionalmente reconocido como palestino, con la anuencia no expresa del gobierno israelí. Hace unos años, eran decenas de miles y en grupetes, amparados por el ejército ─israelí─ que acompañaba pasivamente las operaciones de hostigamiento, se acercaban a las aldeas palestinas y las apedreaban, dañaban los olivares, los limoneros. Hachas, cascotes, a veces producían heridas. Ahora, los colonos son cientos de miles ─siempre amparados por el ejército que acompaña a retaguardia─, se agrupan en bandas de decenas o centenares, armados ellos mismos, y arrasan una aldea palestina, dañando viviendas, instalaciones, cultivos, vehículos y a menudo los cuerpos de palestinos que encuentran a su paso. Tratando de generar terror.

Últimamente, el ejército tomó la iniciativa: so pretexto de buscar “terroristas” ha destruido barrios enteros, con población civil palestina, desarmada: destruye, en rigor, todos los elementos materiales de la vida social, viviendas, ropas, jardines, juguetes, libros, enseres. La gente queda con lo puesto y a menudo sin hogar. Luego, el ejército ha rematado sus operativos diezmando a los pobladores. Las familias, generalmente numerosas en Palestina, quedan así entrecortadas, rotos sus vínculos, en el mismo momento en que se han quedado sin vivienda, o sin muebles o sin sus medios de vida. Y a menudo sin familiares, asesinados en una infame dosis diaria, casi hasta ahora.

Es prácticamente la política de “tierra arrasada” que se atribuye a algunas invasiones como la de los hunos, “bárbaros” de los siglos 4 y 5 de la era cristiana.

Desde hace ya décadas, vamos viendo los efectos del Plan Yinon anunciado por Israel a principios de la década de los ’80. Oded Yinon, analista militar, diseñó un plan para descomponer a los estados circundantes a Israel en unidades políticas menores y así más manejables; entendía apropiado para los intereses israelíes, particionar al Líbano en dos o tres; a Egipto en cinco o seis; a Irak en otros tres y a Sudán en dos… y así sucesivamente.

Vemos que la acción israelí, abierta o mediante “coberturas” tipo DAESH, ha ido logrando escalonadamente, sus objetivos tanto en el Magreb norafricano como en Asia Occidental; Libia, Irak, Siria, Sudán, Líbano, Palestina han sido modificadas, deglutidas, despedazados por la política de agresión y desgaste israelí, siempre secundada, materialmente, por EE.UU. que ha funcionado como furgón de cola y abastecimiento de la maquinaria imparable israelí.

Ese apoyo incondicional de EE.UU. a la geopolítica israelí tiene varias explicaciones; hay un cierto paralelismo en los desarrollos históricos de EE.UU. e Israel, aunque en muy diferentes coyunturas históricas. Una base religiosa relativamente común, porque los protestantes son los cristianos que revalorizaron aspectos del Antiguo Testamento, que es el núcleo ideológico de la religión judía. Y son los colonizadores de América del Norte, exterminadores de la población autóctona. Con la Biblia en la mano.

Pero sobre todo, porque al fin de la 2GM, cuando EE.UU. corta vínculos con la obsoleta Sociedad de Naciones (fenecida por extinción en 1946)  y funda “su” ONU (octubre 1945), la élite WASP, fundadora de EE.UU., ya había sido parcialmente sustituida por la élite judía a través de una serie de artilugios: think tanks, la intelectualidad judía tiene cada vez mayor peso; la Reserva Federal (el capital financiero judío pasa a ser mayoritario entre los diez bancos fundadores, en 1913); Hollywood (de siete grandes empresas, seis serán en los ’30 de propiedad y dirección judía, así cada vez más las imágenes de EE.UU., serán producidas con ojos judíos; y sobre todo mediante la financiación dispendiosa al personal político estadounidense, para lo cual en 1954 se funda AIPAC.[3] Sin tales subsidios se le convertiría muy trabajosa la inserción social a la mayoría de tales legisladores.

Por eso una de las imágenes más simplonas y equivocadas de ciertos analistas de política internacional ha sido, y frecuentemente, invocar al ‘submarino de la Armada de EE.UU.’ para hablar de Israel en el Cercano Oriente. Más acertada parece la imagen (tail wagging the dog), muy conocida dentro del pensamiento crítico estadounidense, de que la cola mueve al perro.

Dos hechos recientes, en la órbita de la ONU, el viejo instrumento que EE.UU. se arrogó al final de la 2GM para ordenar y/o administrar el mundo, nos muestra hasta qué punto Israel lleva la voz cantante, cambiando incluso las modalidades de dominio.


Sin título, 2020

Hasta hace poco, muy poco, el poder solía ocultar sus rostros, o fauces, y solía encubrir sus acciones mediante “voluntad de paz”, “búsqueda de fines democráticos”, “conciliación”, allanamiento de dificultades”. Al fin y al cabo, el resultado de la 2GM, en 1945, fue la victoria contra todo tipo de dictaduras (quedaba allí, “tras la cortina”, una diz que proletaria, y por lo mismo totalmente distinta a las conocidas hasta entonces; también quedaba la de Franco en España, pero esta última ─como tantas otras de América “Latina”─  formaba parte de aquella política pragmática yanqui de cuidar al hijo de puta si es “nuestro”).

Es decir, la defensa de lo democrático tenía su dificultad, pero se invocaba.

1. El 11 de noviembre de 2025 el Consejo de Seguridad de la ONU ha tomado una resolución “sobre el conflicto en Gaza” que exonera de todo cargo a Israel. Aceptando tácitamente el papel de víctima del “terrorismo de Hamás” que Israel se ha autoasignado, eludiendo todo el infame tratamiento, extorsivo, constrictivo, abusivo que Israel aplicara por décadas a la Franja de Gaza ─y que están en la base del comportamiento de Hamás del 7 oct. 2023. Israel no sufre así ni un rasguño político (ni económico) con la resolución.

Ni siquiera tendrán que dar cuenta de los asesinatos colectivos y sus monstruosas “equivalencias” en vidas humanas,[4] ni indemnizar por el brutal daño ocasionado a un territorio que parece triturado y machacado como pocas veces se ha visto. Ni afrontar los gastos que demandarán la recuperación de suelo, viviendas, redes de comunicación y sanitarias, ni por el restablecimiento de hospitales, sin mencionar los miles de seres humanos destrozados por el solo hecho de vivir en el círculo del infierno diseñado por Israel.

El presidente de EE.UU. con aspiraciones a mantener la hegemonía que recayó en 1945 sobre elos, se atribuye ahora una virtual presidencia o gobernación de la Franja de Gaza, para ─proclama─ su reconstrucción, buscando siempre, la prosperidad (lo único bueno en este proceder sería quitarle a Israel las tenazas sobre ese territorio, pero lo pongo en condicional, porque no es precisamente Trump quien decide).

El Plan estima dos años para la recuperación urbanística y edilicia. Dado el daño a la vista, su extensión y alcance, parece exiguo el plazo.

Algún aspecto positivo tiene: se abandona la idea del exilio forzoso de los gazatíes, tan promovida por el gobierno israelí. Al contrario, al menos en la letra, la resolución declara voluntad expresa de que permanezcan sus habitantes históricos en la Franja.

De todos modos, el plan no esconde sus búsquedas de negocios: traer muchos capitales para crear zonas de confort, no para los gazatíes precisamente, sino para los milmillonarios que Jared Kushner tanto se afanara por atraer al futuro resort de Gaza.

No podemos olvidar que prospecciones han verificado la presencia de al menos gas en el Mediterráneo a la altura de la Franja de Gaza. Y que la regencia transnacional e imperial que procuran encarnar Trump y Blair ─nada menos─ tienen marcada preferencia por la prosperidad… propia.

ONU no le exige cuentas a Israel. Siempre absuelto de todo. Por derecho de nacimiento, tenemos que suponer. Pero además, de hecho, ONU restablece el colonialismo puro y duro: un poder imperial, ─EE.UU.─ designa “rey y virrey” de esos dominios, Trump y Blair, para restablecer el ámbito colonial.  Solo que no es el colonialismo israelí, sino el estadounidense.

La tarea que se asignan los jefes colonizadores es ardua: se proponen “cambiar las mentalidades y los relatos palestinos”, para persuadir, por lo visto, a estos salvajes “de los beneficios que puede reportar la paz.” (¡sic!)

Si estos maestros pedagogos ─Blair y Trump─ quisieran proclamar las virtudes de la paz, tendrían que dirigirse con urgencia a la formación política sionista, que ha hecho a lo largo de cien años siempre un camino de violencia, no de paz, un camino de guerra y conquista, invadiendo tierras ya ocupadas milenariamente, mediante dudosa documentación bíblica. Confundiendo deliberadamente religión y leyenda con historia documental.

La resolución del 11 nov. 2025 correspondió al Consejo de Seguridad de ONU ampliado; no ya los 5 originarios (EE.UU. R.U., Francia, Rusia, China) sino además los actuales miembros: Argentina, Italia, España, México, Colombia, Pakistán, Corea del Sur, Turquía, Indonesia y Alemania.

Apenas dos abstenciones (con magra fundamentación) de Rusia y China. Nadie preguntó, ninguna de las 15 representaciones nacionales, por qué a Israel su comportamiento violento, racista y genocida, le sale gratis.


Detenido, 2024

Lúcidos, y valientes, designados o funcionarios de la mismísima ONU, a lo largo de tiempo, como Francesca Albanese, Susan Akram o Richard Falk en tiempos recientes e incluso Folke Bernadotte en los mismos inicios de la ONU, y tantos otros, no alcanzan para contrabalancear el papel imperial, luego neoimperial que, aun con retaceos y recortes, cumple, sigue cumpliendo la ONU.

2. El 21 de noviembre. de 2025, la Asamblea General de la ONU emitió un dictamen contra el uso de la tortura. El plenario contaba con 176 delegaciones nacionales y fue aprobado por abrumadora mayoría (hubo 4 abstenciones; todo un interrogante, entre ellos las de Nicaragua y Rusia), pero sobre todo, contó con la oposición encendida de tres representaciones nacionales: EE.UU., Israel y Argentina. Que defendieron, entonces, eso precisamente; el uso de la tortura.

Nubarrones oscuros campean en nuestro presente: ya no sólo se usa la tortura; hay quienes la postulan, al mejor estilo de dictaduras como las famosas “latinoamericanas” de Trujillo o Pinochet, o la del sha iraní y, sobre todo hoy día, como las muy perfeccionadas de Israel y su racionalísimo sistema de dominio que incluye tantos tipos de tortura.


Sin fecha, Dibujo al carboncillo y pastel

Si estará dada vuelta nuestra trama cultural que una militar israelí, Yifat Tomer-Yerushalmi, fiscal que, aun ignorando tantos atropellos y torturas anteriores, optó por criminalizar recientemente a cinco soldados del “ejército más moral del mundo” por haberle introducido caños metálicos en el ano a un preso palestino y (obviamente) dañarlo. La info-de-todo-el-mundo habla de la detención de la fiscal pero no de la salud (o la muerte) del palestino; la fiscal ha sido, ella misma, encarcelada.

Netanyahu condenó la difusión hecha por Tomer porque, claro, “daña la imagen”.

Daña la imagen que es lo que le importa a Netanyahu, no la realidad (seriamente dañada).

Lo acontecido con Tomer es un claro ejemplo del comportamiento emprendido y defendido por los gobiernos de EE.UU., Israel y Argentina.

De lo vergonzante, siquiera como pose, hemos ido al “a mucha honra”. Torturan los “legítimos” y no sólo no se deshonran, deshonrándonos a todos; ahora hasta se enorgullecen.

Ilustraciones: obras del pintor palestino Mohamed Saleh Jalil, Ramala

Notas


[1]  Escribió un libro, El furor y el delirio, Tusquets, Barcelona, 1999.

[2]  El ejército israelí elude responsabilidades personales mediante el ardid tecnológico de organizar los raids de todo tipo, con drones, aviones o mera artillería, a través de dispositivos tecnológicos. Quitar la decisión a humanos permite, además, incrementar la intensidad del daño mediante la velocidad que los dispositivos tecnológicos multiplican por encima de toda escala manual.  Doble ventaja: aumenta el daño y decrece la responsabilidad por sus consecuencias, porque, claro, a los asesinados los cosechó el dron, o el programa, no un yo.

[3]  AIPAC (American Israel Public Affairs Committee – Comité de Asuntos Públicos Estados Unidos – Israel). Se estima que hoy las tres cuartas partes de los representantes y senadores del Poder Legislativo de EE.UU. reciben suculentas donaciones de organizaciones como AIPAC. Como quien dice, las votaciones están ganadas de antemano.

[4]  Los militares israelíes han establecido tablas compensatorias de víctimas: para ubicar y ultimar a un guerrillero de poca monta, se permiten matar hasta quince pobladores desarmados a menudo ajenos; si se trata de un jefe guerrillero ─definido por ellos─ se permiten matar hasta cien ajenos al objetivo en sí.

12/11/2025

Le colonialisme n’est pas mort et une troisième guerre mondiale bat son plein
Quelques dates-clé

 

Luis E. Sabini Fernández, 12/11/2025

Traduit par Tlaxcala

Un vieil aphorisme chinois mordant nous rappelle que lorsque le doigt montre la lune, l’idiot regarde le doigt.

Et nous en sommes là, de plus en plus, dans notre société du spectacle.

Nous parlons de Hamas, pas du sionisme.
Nous parlons de bipeurs et d’interphones, pas de ceux qui les ont construits. Et pourquoi.
Nous parlons de l’armée israélienne pulvérisant des villes entières avec leur population, mais pas de ce qui a permis aux militaires sionistes de fabriquer en toute impunité des décombres de maçonnerie avec corps humains inclus : un mortier dont on peut à peine formuler la nature, tant il nous paraît atroce et étranger à tout sentiment humain.


Nous parlons des embarcations explosées en haute mer, dans les Caraïbes ou dans le Pacifique, et non du dieu de la guerre si étroitement lié à la manière american de vivre-dans-le-monde.

Tout cela indique une montée de la brutalité politique, un déchaînement d’incontinence et d’arrogance. Depuis les sommets du pouvoir planétaire, car dans les plaines, les marécages, les côtes, les banlieues, ce qui augmente, ce sont l’exclusion et les victimes.

Sommes-nous dans la troisième guerre mondiale, tant de fois annoncée ? Il semble bien que oui — sans que l’immense majorité d’entre nous le sache, ni qu’on puisse dire depuis quand.

Plusieurs dates peuvent être On peut marquer plusieurs dates pour cette commémoration pathétique et tragique.

14 mai 1948

Ce jour-là est « fondé » l’État d’Israël. Et avec lui se réactualise le colonialisme débridé qui marqua le début de la modernité occidentale aux XVe et XVIe siècles.

Le cycle colonial semblait clos avec l’épanouissement de la démocratie « universelle » en 1945. Très vite, on vit que le colonialisme n’avait pas disparu, loin de là : il avait changé d’habits, rebaptisé désormais néocolonialisme. La différence fondamentale était que l’ancien colonialisme — celui du British Empire, par exemple — arborait fièrement, sur toutes les mers, son drapeau britannique[1]. Le colonialisme rajeuni d’après 1945 inaugura au contraire de nouveaux drapeaux pour les colonies, désormais « ex-colonies ». Des drapeaux propres : une affirmation de soi purement symbolique.

Ainsi, publiquement, et à grand renfort de discours sur « l’émancipation et la souveraineté nationale », on déclara clos le cycle colonial, avec ses abus honteux, ses vols et ses génocides. On entrait dans une ère de « paix sans violence ». Démocratie pour tous, ou plutôt for everybody. Mais on verra bien vite que tous n’étaient pas tous, et que ce tous se réduisait à une minorité.

Mais, ô merveilles des politiques impériales !, tandis que le colonialisme se poursuivait avec un élan technologique renouvelé sous des formes plus insidieuses dans le « Tiers Monde », en changeant même de nom et en inaugurant, tambour battant, des États « nouveaux, modernes et démocratiques », on créait aussi, en 1948, des États dans le vieux style : Israël fut érigé avec une population étrangère au territoire (à 95–98 %, bien qu’introduite graduellement sur des décennies), tout en vidant plus de la moitié de la population historique du lieu. Et un autre État du vieux style, en 1948, changeait simplement de chemise : la République d’Afrique du Sud devenait l’Union sud-africaine et établissait, en toute légalité, la politique d’apartheid[2].

Tout n’était pas néocolonial : il y eut aussi des États comme le Nigeria, la Tunisie ou la Birmanie.

Dans l’Union sud-africaine, on reconnaissait aux colons européens des droits sur les terres arrachées aux peuples africains — zoulou, kongo, luba et autres. Les Européens qui avaient bâti l’Union sud-africaine étaient britanniques, arrivés au XIXe siècle, mais des Hollandais s’y étaient installés dès le XVIIe, et, plus à l’intérieur des terres, prétendaient être plus « originaires » que les Britanniques. En réalité, c’étaient des colonialistes exterminateurs plus anciens : ils réglèrent leurs différends par une guerre entre Blancs, où les Anglais n’hésitèrent pas à exterminer les Boers au tournant du XIXe et du XXe siècle. Comprendre cela coûta à l’ONU quelques décennies… et à Nelson Mandela, vingt-sept ans de prison.


L’assaut sioniste contre la Palestine, en tant qu’« action de guerre de conquête », peut bien être considéré comme une date ou une annonce de « troisième guerre mondiale ». Pourtant, la proximité historique avec la guerre tout juste achevée, celle de 1939–1945, rendait peu imaginable que l’humanité se retrouvât si tôt plongée dans un autre conflit mondial.

La possibilité d’une « troisième guerre mondiale » reprit vigueur avec la disparition de « l’équilibre des deux superpuissances » (de 1945 à 1991).

Alors, les USA et leurs élites de pouvoir sentirent — une fois encore — que leur heure avait sonné : ils rêvaient de faire du XXIe siècle « le nouveau siècle américain », mais cette fois-ci de manière exclusive.[3]

 


11 septembre 2001

Presque aussitôt, le monde fut bouleversé par l’effondrement des tours de New York, l’implosion du bâtiment 7 et l’explosion — ou le tir de missile — contre un flanc du Pentagone. Cela paraît trop considérable pour avoir été accompli uniquement par des cellules terroristes d’origine arabe (bien que, sans doute, des Arabes aient été impliqués : on retrouva sur les lieux des passeports ou documents d’identité d’origine arabe, miraculeusement intacts).

Le 11 septembre 2001 entraîna l’arrestation immédiate et sommaire à New York d’autant de Juifs et d’Israéliens que d’Arabes — des centaines. À noter. Sans nul doute, par la violence déployée, cet attentat nous rapprocha beaucoup d’une troisième guerre mondiale aux protagonistes brouillés. La violence et l’ignorance croissent de concert. Ce qui gagne, c’est l’hétéronomie. Le mystère du 11 septembre 2001 demeure.

 

27 février 2014 ou 24 février 2022

Avec l’expansion de l’OTAN, les néoconservateurs, suprémacistes, reprirent du vent dans les voiles, et, soutenus par une cranothèque fondamentalement sioniste, poursuivirent leur expansion aux dépens de nombreux États ex-communistes.

Ainsi, des près de dix-huit États qui formaient, avec la Russie, l’URSS, la majorité des sociétés post-soviétiques, avides de se débarrasser du bâillon soviétique, firent défection. La Russie ne parvint à maintenir des relations supposément fraternelles qu’avec une demi-douzaine d’États voisins : Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie, Tadjikistan et Kazakhstan.

La Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, la Finlande, l’Ouzbékistan, la Pologne, la Slovaquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Tchéquie quittèrent l’influence russe et rejoignirent le « camp occidental » via l’intégration à l’Union européenne.

Un grand pays européen — l’Ukraine —, environ 700 000 km² et 45 millions d’habitants, en remettant les armes nucléaires héritées de l’URSS, resta en terra nullius, “terre de personne”. La Russie exigea sa neutralisation, comme convenu lors de l’effondrement soviétique. Mais les ambitions hégémoniques des USA — ou de leurs forces internes, le « deep state » — modifièrent la donne.

L’Ukraine, composante majeure de l’ex-URSS, fut considérée par la cranothèque usaméricaine —Victoria Nuland à sa tête — comme un fruit mûr pour la récolte occidentale. Par la persuasion ou la contrainte. Une présidence favorable à la Russie fut renversée ; des mobilisations violentes, faisant des dizaines de morts, installèrent un gouvernement pro-occidental.

Le tournant devint de plus en plus antirusse : suppression de textes et de cours en russe malgré une forte population russophone, harcèlement — y compris violent — des « Russes », probablement en règlement de vieilles rancunes. Une contre-résistance russophone, aussitôt soutenue par Moscou, s’organisa. Certaines régions désobéirent au gouvernement ukrainien (Donetsk, Lougansk, la Crimée). Finalement, pour empêcher l’intégration de l’Ukraine à l’UE, la Russie, sous Vladimir Poutine, malgré des avertissements répétés, envahit le pays à la manière classique — une réaction militaire après huit ans d’attente.

Un autre scénario possible de début de troisième guerre mondiale, même si l’on perçoit aussi des efforts pour conjurer un tel dénouement.


Calligraphie "Toufan Al Aqsa" (Déluge d'Al Aqsa   )

7 octobre 2023

Comme si nous n’avions pas assez de casus belli, le 7 octobre 2023 surgit une situation qui, une fois de plus, nous plaça — et nous place encore — aux portes de la très rebattue troisième guerre mondiale. Comme si certains tenaient à la déclencher : l’indéfinition trouble et inquiète.

Ce qui survient — et est en train de survenir — n’est rien moins qu’un génocide répondant à tous les critères établis par Raphael Lemkin, le créateur du terme : un génocide de manuel, signé fièrement par le sionisme et ses dirigeants.

Bien que les médias d’incommunication de masse se soient empressés de peindre la situation comme l’attaque perfide de combattants musulmans irréguliers — le Hamas —, la vérité est toute autre.

Nous n’étions pas dans le meilleur des mondes lorsque le Hamas déclencha son raid meurtrier. Bien au contraire. Edward Said décrivait la situation de Gaza en 2002 (il mourut en 2003, avant de voir l’aggravation brutale de ce qu’il avait décrit). En 2006, Israël enferma Gaza par air, mer et terre, rendant encore plus insoutenable la description de Said :

« Gaza est entourée d’une clôture électrifiée sur trois côtés ; emprisonnés comme des animaux, les Gazaouis sont empêchés de se déplacer, de travailler, de vendre leurs légumes ou leurs fruits, d’aller à l’école. Exposés toute la journée aux avions et aux hélicoptères, abattus comme des dindons de basse-cour, depuis les airs et depuis le sol. Appauvris et affamés, Gaza est une sorte de cauchemar […] avec des milliers de soldats voués à l’humiliation, au châtiment et à l’affaiblissement de chaque Palestinien, quel que soit son âge, son sexe ou son état de santé. Les soins médicaux ne pénètrent pas le territoire ; les ambulances sont prises pour cibles ou bloquées. Des centaines de maisons sont démolies et des centaines de milliers d’arbres fruitiers détruits, ainsi que les terres arables : punitions collectives contre une population civile et désarmée […] »

Vingt ans plus tard, le garrot n’a pas desserré d’un pouce ; tout s’est détérioré et aggravé. Il n’y a plus de fruits ni de légumes dans l’agriculture autrefois florissante de Gaza, sabotée de mille façons.

Israël s’est senti maltraité par les Palestiniens, par le Hamas, en 2023. Il s’est senti attaqué. Il a été attaqué. Il trouva horrible ce que les irréguliers avaient fait en pénétrant avec des bicyclettes, des parapentes, des pelleteuses et des motos. Un déferlement de violence s’était abattu sur lui.

Mais que croyaient-ils ? Comme l’explique Enzo Traverso :

« Le discours dominant sur le 7 octobre fut comme l’éruption d’une épiphanie négative, l’apparition soudaine du Mal qui déclencha une guerre de réparation. Le 7 octobre, Israël remit le compteur à zéro, comme si les événements de ce jour étaient la seule cause de la tragédie. »

Comme si tout ce qu’Israël infligeait à la Palestine — et à Gaza en particulier — n’existait pas. Israël, et tout l’appareil médiatique sous son influence, assigna à chacun son rôle : au Hamas, celui de bourreau ; et, ô surprise, à Israël, celui de victime. Une inversion pathétique de la vérité historique : l’offenseur se sent offensé ; le tortionnaire, torturé ; celui qui dispose des vies et des biens d’autrui, victime.

Mais la réalité est têtue. Et la fluidité médiatique actuelle retire au pouvoir constitué le monopole de presque toutes les cartes.

Nous avons vu la réaction d’une grande partie des Juifs, surtout jeunes, rompant avec les « vérités consacrées » ; refusant de croire qu’Israël est la victime universelle.

Le rôle d’Israël dans le monde est si bouleversant, si terrifiant, que nous voyons, en Europe, en Asie, mais surtout aux USA, la contestation des « vérités officielles » prendre corps.

Un journaliste de droite, trumpiste, mais avide de vérité plutôt que d’illusions — Tucker Carlson — s’efforce de remuer les ordures médiatiques qui nous submergent chaque jour. Il est, par exemple, à la tête d’un mouvement visant à réexaminer les assassinats des Kennedy, plus d’un demi-siècle après (et, inévitablement, viendra le besoin de vérité sur les événements de 2001… plus de trois mille morts attendent encore).

L’« astuce » israélienne se voit, par exemple, dans la GHF, institution créée pour « nourrir » les Gazaouis : elle distribue dans quatre points, obligeant à marcher 5 ou 10 km pour recevoir… des balles, des pâtes, du riz. Littéralement. Et sans eau : un détail de sadisme exemplaire, sous un climat sec.

Sur Gaza, et sur toute la Palestine, règne une impunité obscène, comme celle de ces officières israéliennes se maquillant devant des immeubles pulvérisés par les bombes. Que d’abjection.

Notes

[1] La Couronne a souvent alterné l'utilisation de ce drapeau avec ceux de divers pirates. Elle a utilisé la légalité et la discrétion en dehors de la loi, à sa convenance.

[2]    De manière significative, ces deux « nouveaux » États, Israël et l'Union sud-africaine, vont nouer une alliance bicontinentale étroite à tous les niveaux imaginables, en particulier dans les domaines commercial et militaire. Mais lorsque, dans les années 90, le déclin irréversible du racisme meurtrier sud-africain s'amorcera, Israël retirera rapidement tout son soutien, donnant ainsi une véritable leçon d'opportunisme (Abdelwahab Elmessiri et Richard Stevens, The Progression of a Relationship, New World Press, N.Y., 1976).

[3] Voir A Report of The New Project for the New American Century, septembre 2000. Il est frappant de constater que ce document aspire à, annonce, un événement fortuit d'une violence inhabituelle qui permettrait aux USA de reprendre leur leadership mondial, après avoir expliqué le déclin militaire qu'ils ont subi après l'effondrement de l'Union soviétique. Les stratèges de la Maison Blanche insistent : « Une stratégie de transformation qui se concentrerait exclusivement sur les capacités de projection de force depuis les USA, [...], créerait des problèmes entre les alliés des USA. De plus, le processus de transformation [...], sera probablement long, à moins qu'un événement catastrophique et catalyseur ne se produise, comme un nouveau Pearl Harbor. » Le lecteur remarquera que cela a été écrit en août 2000 : un certain Pearl Harbor se produit en septembre 2001.