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20/01/2026

« Pourquoi ne manifestent-ils pas pour l’Iran ? » : une question qui dénote la dépravation morale de ceux qui la posent, en Israël et aux USA

Dahlia Scheindlin, Haaretz, 16/01/2026
Traduit par Tlaxcala



Une femme israélienne lors d’un rassemblement de solidarité avec les manifestants iraniens, à Holon, une banlieue de Tel Aviv, mercredi. Photo Moti Milrod

Des Israéliens qui n’ont jamais rejoint de manifestations pour leurs concitoyens tués en nombre sans précédent dans une vague de violence criminelle et n’envisageraient pas de manifester pour les civils de Gaza, sont consternés par ce qu’ils perçoivent comme le silence de la gauche mondiale sur l’Iran.

Depuis que le massacre de ses citoyens par le régime iranien a commencé la semaine dernière, des Israéliens et des figures pro-israéliennes dénoncent l’hypocrisie mondiale. Ils voulaient savoir : où étaient les manifestants à travers le monde et sur les campus universitaires pour soutenir les droits humains en Iran et contre la dictature meurtrière ? Mercredi, même Piers Morgan s’est plaint que les manifestations propalestiniennes n’ont jamais vraiment été à propos de droits humains, mais une couverture pour la haine envers Israël et les Juifs.

Le message s’est répandu avec une efficacité stupéfiante. Vendredi dernier, un commentateur israélien populaire a dénoncé l’absence de manifestations de masse en Occident. Dès lundi, des voix palestiniennes parodiaient déjà le message. Une animatrice de télévision israélienne a posté avec indignation contre des célébrités américaines qui portaient des pins de protestation contre l’ICE et la mort de Renee Good dans le Minnesota la semaine dernière, plutôt que de soutenir l’Iran.

Le diffuseur public israélien Kan a diffusé un long segment mettant en vedette la directrice de l’organisation de droite Stand With Us et l’ancienne porte-parole du gouvernement israélien Eylon Levy – expliquant patiemment que « rien » ne se passe dans le monde pour soutenir les Iraniens, car l’activisme palestinien n’était qu’une campagne organisée contre Israël et les Juifs.

Exploiter les horreurs auxquelles l’Iran est confronté pour marquer un point pour la diplomatie publique israélienne – connue en hébreu sous le nom de hasbara – est avant tout une distraction grotesque des événements en Iran. Et ce n’est que le début de ce qui ne va pas dans cet argument.

Premièrement, absolument : Les peuples du monde devraient soutenir les Iraniens essayant de renverser un régime violent, fondamentaliste, oppressif et chauvin. Je souhaite qu’ils le fassent, de la même manière que je souhaite que plus de gens se mobilisent pour soutenir l’Ukraine et le Soudan.

Les Israéliens devraient également être dans les rues pour manifester. Ils devraient s’exprimer pour protéger la vie des citoyens arabo-palestiniens d’Israël, qui sont tués dans des attaques criminelles à un rythme de plus d’un par jour en 2026, tandis que les forces de l’ordre sont pratiquement indifférentes. Incompréhensiblement, presque aucun Israélien juif ne le fait. 99,9 % des Israéliens juifs n’envisageraient jamais non plus de manifester pour les civils palestiniens à Gaza. Alors oui, absolument, le monde est hypocrite et injuste, et les Israéliens n’ont pas la crédibilité pour s’en plaindre.

Mais l’accusation est aussi curieuse d’un point de vue factuel, étant donné qu’il y a eu des manifestations littéralement à travers le monde pour les Iraniens : Londres ; Manchester ; Paris ; Berlin ; Hambourg ; Munich ; Vienne ; Bruxelles ; Finlande ; Washington DC ; Los Angeles – où des gens ont été percutés par un camion ; Madrid ; Sydney, et dans au moins quatre villes canadiennes – Montréal, Toronto, Ottawa et Vancouver (« Ma vidéo ne capture pas combien de personnes sont là mais il y en a beaucoup », a écrit un ami à Vancouver). Des actes de provocation devant des ambassades et des remplacements de drapeaux du régime ont été signalés à Séoul, Prague, Stockholm et Ljubljana, Slovénie.


Des Iraniens résidant en Arménie tiennent une manifestation de solidarité avec les manifestants iraniens, devant l’ambassade d’Iran à Erevan jeudi. Photo Karen Minasyan / AFP

Personne ne suivant la ligne de la hasbara n’a mentionné cette mobilisation mondiale. C’est compréhensible – avec seulement Reuters, CBC, Euronews, la couverture des médias sociaux et des médias locaux, il faudrait un googlage intrépide pour découvrir les manifestations.

Ah, l’argument serait : mais ce ne sont que des Iraniens de la diaspora, pas d’autres. Où sont les citoyens occidentaux de gauche, progressistes ? De façon anecdotique, il y a une part de vérité là-dedans. Mais je devine que ces critiques n’ont pas examiné les images, inspecté les visages ou appelé des amis dans ces lieux lointains pour vérifier, quand une impression idéologiquement motivée suffit.

J’ai fait des appels. J’ai parlé à Sara Bazoobandi, une Iranienne de la diaspora qui est chercheuse à l’Institut pour la politique de sécurité de l’Université de Kiel en Allemagne. Elle a exprimé une certaine frustration qu’il n’y ait pas plus de libéraux occidentaux rejoignant la cause. Elle a aussi mentionné une belle histoire à propos d’une femme allemande juive âgée qui l’a abordée lors d’une manifestation à Hambourg, pour exprimer son soutien. Il est peu probable que cette femme ait été la seule supportrice non iranienne là-bas.

Mais ignorer les manifestations de la diaspora iranienne est un message en soi. Si les Iraniens manifestant à travers le monde ne comptent pas, cela ne voudrait-il pas dire que les manifestants palestino-usaméricains ne comptent pas non plus ?

Ensuite, les théoriciens de l’hypocrisie diront ah, mais il n’y a pas de manifestations sur les campus soutenant les droits humains en Iran. Le spécialiste des études juives Tomer Persico sait pourquoi : c’est parce que les étudiants universitaires occidentaux sont affligés par une dissonance cognitive. N’attendez pas de preuve – son opinion fermement ancrée devra suffire.


Des citoyens arabes d’Israël manifestent à Jérusalem l’année dernière, demandant à la police d’en faire plus pour stopper la criminalité dans leur communauté. Photo Olivier Fitoussi

Explications alternatives et logiques

Mais le fait demeure qu’il y a peu de manifestations de masse d’USAméricains ou d’Occidentaux au-delà des groupes de la diaspora iranienne, ou d’étudiants universitaires de diverses origines. Pourquoi ?

Une explication différente pourrait s’appuyer sur des différences empiriques entre l’Iran et Gaza. Les étudiants et les citoyens savent que leurs institutions ou pays soutiennent le côté qu’ils considèrent comme l’agresseur dans le conflit israélo-palestinien. Vous pouvez être d’accord ou pas, mais ce n’est pas une « dissonance cognitive » de le croire. Vous pouvez argumenter sur un deux poids-deux mesures, mais en Occident, tout le monde sait qu’Israël prétend être une démocratie tout en réprimant les Palestiniens depuis toute son histoire, vous rétorqueront-ils alors.

Les Occidentaux savent aussi que les actions d’Israël ne sont possibles qu’avec le soutien politique, économique et militaire énorme et à long terme de leurs pays à l’État juif.

Quand les gens manifestent, ils demandent généralement quelque chose. Même quelques centaines de personnes à Montréal ont manifesté à propos de l’Iran devant une station de nouvelles, pour exiger une couverture plus complète des atrocités du régime iranien.
Les manifestants aux USA pour les Palestiniens exigeaient une pression gouvernementale sur Israël pour qu’il cesse de permettre la guerre ; les étudiants exigeaient que les universités se désengagent, même sans savoir comment cela fonctionne. Personne n’aurait jamais dû ignorer le 7 octobre, et une tache d’immoralité et de malhonnêteté reste sur quiconque l’a fait.

Des tentes abritant des familles palestiniennes déplacées installées le long du rivage à Gaza Ville, cette semaine. Photo Omar Al-Qattaa / AFP

Exiger qu’Israël arrête une guerre qui implique un siège massif et des meurtres de civils à Gaza équivaut à demander aux USAméricains que les USA agissent contre l’agresseur en Iran tuant des civils. Sauf que le gouvernement usaméricain fait cela depuis des décennies.

L’Amérique a imposé des sanctions au régime à partir de 1979. Celles-ci sont devenues un vaste réseau de sanctions et de limitations au fil des ans, avec seulement une pause partielle et limitée sous le JCPOA, l’accord nucléaire iranien de 2015, puis réimposées en 2018 lorsque les USA se sont retirés. En septembre, le Conseil européen a également réinstauré ses sanctions, suite au « retour automatique » à la fin de l’accord de 2015. Et nul besoin de rappeler que les USA ont déjà agi militairement contre l’Iran, aux côtés d’Israël, en juin dernier.

Quelques jours après les rapports faisant état de tueries de manifestants par le régime, le président Trump a annoncé des droits de douane usaméricains de 25% sur les pays commerçant avec Téhéran. Et au moment où ces lignes sont écrites, le monde est en alerte maximale pour une autre frappe militaire usaméricaine possible contre l’Iran. Ceux qui détestent le régime iranien pourraient ne pas avoir d’autres demandes supplémentaires, pour l’instant. Il est difficile d’exiger que votre université se désengage lorsqu’elle n’est pas investie dans des entreprises iraniennes.

Maintenant, si vous êtes USAméricain et que vous vous opposez au régime israélien pour l’occupation et le siège extrême, les punitions collectives et les bombardements aveugles de Gaza en réponse au 7 octobre, vous exigerez que votre gouvernement fasse tout différemment : qu’il cesse de financer, d’armer et de fournir l’armure diplomatique impénétrable pour Israël qui a assuré que sa guerre à Gaza dure depuis deux années horribles, et n’est pas tout à fait terminée.

Des USAméricains juifs ont manifesté en novembre 2023 pour exiger la libération des otages. En fait, la plus grande partie de l’activisme juif usaméricain et pro-israélien s’est concentré sur les otages. Mais avec le gouvernement usaméricain sous Joe Biden puis Trump travaillant déjà à cet objectif, combien de manifestations de masse devaient-ils organiser ?

Toutes les manifestations propalestiniennes sont-elles pures de cœur et dépourvues d’arrière-pensées ou d’hypocrisie ? Non. Devrait-il y avoir une bien plus grande solidarité dans ce monde pour tous les peuples cruellement tués par leurs régimes misérables ? Absolument. Mais l’accusation pro-israélienne contre le faux « silence mondial » sur l’Iran, venant de personnes qui n’envisageraient jamais de manifester pour sauver les enfants de Gaza, reflète une dissonance cognitive, et morale.

28/12/2025

إسرائيل/أرض الصومال Somaliland/Israel Somalilandia



إسرائيل تعترف بأرض «أرض الصومال»: دبلوماسية الأمر الواقع وهندسة الأطراف

أيمن الحكيم،28/12 /2025

الاعتراف الرسمي بإسرائيل بأرض «أرض الصومال»، الذي أُعلن يوم الجمعة 26 ديسمبر 2025، لا يُمثل مجرد إعادة اصطفاف دبلوماسي. فهو جزء من استراتيجية إقليمية أوسع، حيث يصبح الاعتراف بالدولة أداة للإسقاط الأمني، وربما رافعة لهندسة ديموغرافية.

Israël reconnaît le Somaliland : la diplomatie du fait accompli et l’ingénierie des périphéries

Ayman El Hakim, 28/12/2025

La reconnaissance officielle du Somaliland par Israël, annoncée le vendredi 26 décembre 2025, ne relève pas d’un simple réalignement diplomatique. Elle s’inscrit dans une stratégie régionale plus large, où la reconnaissance étatique devient un instrument de projection sécuritaire, mais aussi, potentiellement, un levier d’ingénierie démographique.

Israel reconoce a Somalilandia: La diplomacia del hecho consumado y la ingeniería de las periferias

Ayman El Hakim, 28-12-2025

El reconocimiento oficial de Somalilandia por parte de Israel, anunciado el viernes 26 de diciembre de 2025, no responde a un simple realineamiento diplomático. Se inscribe en una estrategia regional más amplia, donde el reconocimiento estatal se convierte en un instrumento de proyección de seguridad y, potencialmente, en una palanca para la ingeniería demográfica.

Israel recognizes Somaliland: the diplomacy of accomplished facts and the engineering of peripheries

Ayman El Hakim, 28/12/2025

The official recognition of Somaliland by Israel, announced on Friday, December 26, 2025, is not merely a diplomatic realignment. It is part of a broader regional strategy, where state recognition becomes an instrument of security projection and, potentially, a lever for demographic engineering.

06/11/2025

Les misérables d’Israël méritent leur propre Mamdani

Gideon Levy, Haaretz, 6/11/2025
Traduit par Tlaxcala


Le sénateur Bernie Sanders et le maire de New York Zohran Mamdani à Brooklyn, New York, en septembre. Photo Eduardo Munoz / Reuters

Nous n’avons jamais rien vu de tel ici en Israël, et nous ne le verrons jamais.
Un candidat sorti de nulle part — ni général à la retraite, ni vedette de la télévision, ni prince privilégié de l’élite, ni même un habile magouilleur.
Un jeune homme, d’origine étrangère, immigré, inconnu jusqu’à récemment ; ses opinions sont inébranlables, radicales ; il n’a pas peur de dire ce qu’il pense et ne craint pas de penser ce qu’il dit.

Il se moque des sondeurs et ignore les conseils qui lui suggèrent d’adoucir ses positions. Il attaque avec sa propre vérité — et il gagne. Il bat l’establishment, l’autre candidat, l’héritier d’une dynastie.

Nous n’avons jamais connu ça ici ; nous n’aurons jamais de Zohran Mamdani.
Tant que la politique israélienne continuera à piétiner — non seulement Benjamin Netanyahou ne s’en ira pas, mais même ses rivaux, battus encore et encore, refusent de disparaître de nos vies — nous n’aurons jamais de Mamdani. Désespérant.

Pour comprendre la profondeur de la révolution que représente Mamdani, élu maire de la ville la plus importante du monde [n’exagérons pas, Gideon, NdT], imaginez un candidat arabe ou érythréen migrant remportant une élection ici, en Israël. Imaginez l’ancien député de Hadash Dov Khenin élu Premier ministre. Pensez aussi à un artiste de hip-hop comme Mr. Cardamom — l’un des pseudonymes musicaux de Mamdani — devenu du jour au lendemain un dirigeant. Peut-être le rappeur Tamer Nafar ?

En quelques mois à peine, Mamdani a électrisé la ville et captivé sa jeunesse, même ceux qui se fichaient éperdument de la politique.
Il a été élu dans la ville qui abrite la plus grande communauté juive du monde, bien qu’on ait tenté de manière malveillante de l’étiqueter comme antisémite.
Il a été élu dans l’une des villes les plus capitalistes du monde, sur une plateforme socialiste, sans aucune hésitation.

L’USAmérique a de nouveau prouvé qu’elle est la terre des possibilités illimitées. Mamdani la rendra peut-être à nouveau grande — bien plus que Donald Trump.


Des New-Yorkais célèbrent la victoire de Zohran Mamdani lors des élections municipales mardi soir. Photo Gili Getz

Il est aussi possible qu’il échoue lamentablement. L’ancien establishment fera tout pour l’éliminer, comme on l’a fait au Royaume-Uni avec Jeremy Corbyn du Parti travailliste — un autre grand espoir du changement — que l’on a abattu.

Il est également possible que les promesses de Mamdani se révèlent irréalisables, malgré le grand charme de sa volonté affirmée d’ instaurer la justice et l’égalité dans sa ville et au-delà. Il est même possible qu’il soit moins doué pour diriger et mettre en œuvre que pour promettre. Mais son élection seule a déjà provoqué un immense changement, insufflé l’espoir d’autre chose, apporté un vent nouveau, rafraîchissant, qui n’existe plus en Israël depuis longtemps : soyez jaloux des New-Yorkais.


Lors des dernières heures de la campagne


L’année prochaine, nous aurons des élections « les plus décisives » — et il n’y a personne pour qui s’enthousiasmer, aucun visage qu’on espère voir gagner, personne pour qui se mobiliser. Pas une seule personne digne de confiance, capable d’offrir un renouveau, une révolution. Rien que plus de la même chose : des éloges à Tsahal, « ce n’est pas le moment pour un État palestinien », et surtout : la suprématie juive perpétuelle.

Tout cela dans un pays désespérément en quête d’un redémarrage — peut-être plus que toute autre nation au monde, et plus encore aujourd’hui qu’à tout autre moment de son histoire. Ici, tout est pareil : le dirigeant suprême, les prétendants éreintés au trône, les slogans creux, la corruption, le vide et le désespoir.

Un Mamdani israélien est aujourd’hui aussi nécessaire qu’un respirateur pour quelqu’un qui suffoque. Quand personne n’ose proposer quelque chose de différent, un chemin encore inexploré, un point de vue inédit, et que le pays et la société s’enlisent, nous avons besoin d’un Mamdani.


Des manifestants mamdanophobes rassemblés devant la CBE (Congregation Beth Elohim, une synagogue réformée historique de Park Slope). La tension avait monté toute la semaine à mesure que la nouvelle de la visite de Mamdani se répandait. Photo Gili Getz

Peut-être est-ce pour cela que les machines d’appel à la haine et d’alarmisme se sont mises en marche contre lui en Israël ; presque tous les commentateurs des studios télévisés se sont dressés contre lui. Après tout, il a dit qu’Israël avait tué des enfants à Gaza — imaginez donc — et même commis un génocide. Cela suffit à prouver qu’il est un antisémite avéré. Il est aussi contre l’islamophobie, donc c’est forcément un islamiste, en un mot Daech à New York.

Si seulement il réussissait à tenir ne serait-ce qu’une partie de ses immenses promesses. S’il parvenait à briser la campagne mondiale contre le progrès. S’il pouvait seulement s’occuper des misérables de New York. Les misérables d’Israël, eux aussi, méritent un Mamdani.

15/07/2025

ZVI BAR’EL
Les conflits sectaires permettent à Israël de “cogérer” la Syrie

Selon l’interprétation syrienne des événements, Israël prévoit d’exploiter les conflits internes dans le pays, en particulier dans le district druze, afin de s’imposer comme une « force de police » capable d’empêcher le gouvernement d’établir son contrôle sur l’ensemble du pays.

Zvi Barel, Haaretz, 15/7/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala  

Alors qu’Israël examine attentivement les possibilités d’une normalisation – ou tout au moins d’un accord de sécurité, voire d’une simple entente – avec le nouveau gouvernement syrien, le pays du président Ahmed al-Charaa est en feu, au sens propre comme au figuré. La Syrie reste un État sans gouvernement, puisque son gouvernement central ne contrôle que 60 à 70 % de son territoire.


Al-Charaa, vu par Kamal Sharaf, Yémen

Les Israéliens ont déjà oublié le massacre des Alaouites dans le district de Lattaquié, en Syrie, en mars, qui a fait 1 700 morts. Il en va de même pour les violents affrontements qui ont opposé en avril les membres de la communauté druze et les forces gouvernementales ou les forces alliées au gouvernement. L’attaque du 22 juin contre l’église Mar Elias, qui a fait au moins 25 morts, n’a pas non plus beaucoup impressionné Israël.

Mais dimanche, une autre flambée de violence dangereuse s’est produite, qui pourrait dégénérer en un nouvel affrontement entre les Druzes et le gouvernement. Et dans ce conflit, Israël est déjà profondément impliqué.

En apparence, tout a commencé par un incident banal. Un jeune marchand de légumes druze a été victime d’un vol commis par un gang de Bédouins alors qu’il conduisait son camion de légumes sur la route principale entre Soueïda et Damas. Les vols ne sont pas rares dans le district sud de Soueïda et font depuis longtemps partie intégrante de l’« économie » de la région.

Mais cette fois-ci, le vol a dégénéré en affrontements généralisés. En réponse à cela, et après que des Bédouins ont enlevé plusieurs membres de la communauté druze, des Druzes armés ont capturé certains membres de la tribu bédouine qui vit dans la ville de Soueïda.

Les otages ont ensuite été libérés, mais les affrontements, qui ont donné lieu à des tirs de mortier, à l’utilisation de drones et de mitrailleuses, ont fait 40 morts et une centaine blessés. Depuis lors, le nombre de morts est passé à 90 et les affrontements se poursuivent au moment où nous écrivons ces lignes.

Le gouvernement syrien a rapidement annoncé lundi qu’il intervenait pour rétablir le calme et a commencé à déployer des forces de police et des chars vers le lieu des affrontements. À la suite d’informations faisant état de frappes israéliennes dans cette ville à majorité druze, le ministre syrien de la Défense a annoncé un cessez-le-feu, mettant officiellement fin à toute lutte intestine dans la région.

La réponse du régime syrien est celle que prendrait n’importe quel pays qui souhaite mettre fin aux affrontements armés et empêcher leur propagation à d’autres régions du pays. Mais à Soueïda, ville druze, la situation est pour le moins un peu plus compliquée.

Militialand

En mai, les dirigeants druzes de Soueïda ont signé un accord avec le gouvernement visant à apaiser les violences qui avaient éclaté précédemment. En vertu de cet accord, les milices druzes – qui sont plusieurs – sont censées remettre leurs armes à l’armée syrienne et, à une date ultérieure, être intégrées à celle-ci. Un accord similaire a été conclu avec les forces kurdes opérant sous l’égide des Forces démocratiques syriennes, qui contrôlent le nord du pays.

L’accord avec les Druzes stipule également que les forces de sécurité syriennes seront chargées d’assurer la sécurité sur la route principale entre Damas et Soueïda, celle-là même où le marchand de légumes a été agressé, déclenchant les derniers affrontements.

En vertu de cet accord, les forces de sécurité syriennes sont censées assurer la sécurité de l’ensemble du district. Mais ici, elles se heurtent à l’opposition de certaines milices druzes, dont les loyautés sont partagées entre les trois chefs spirituels de la communauté.

Certaines milices ont déclaré être disposées à coopérer avec l’armée. Mais l’une d’entre elles, fidèle au chef spirituel Hikmat al-Hijri, a déclaré qu’elle ne déposerait pas les armes tant qu’une armée nationale syrienne n’aurait pas été mise en place. Une autre a déclaré qu’elle ne faisait pas confiance à la promesse du gouvernement syrien de protéger les Druzes, ajoutant que si la milice finit par être intégrée à l’armée, cela ne se fera que si les forces druzes constituent une unité distincte chargée de protéger leur district d’origine.

En conséquence, l’armée et la police syriennes n’ont jusqu’à présent pas été en mesure d’entrer dans le district. Et selon les Druzes, elles n’ont pas non plus protégé la route principale entre Soueïda et Damas.

L’ironie, c’est que les milices, les dirigeants druzes et le gouvernement s’accordent tous à dire que le problème est dû à l’absence du gouvernement tant dans le district que sur la route principale. Le régime fait valoir, avec beaucoup de raison, que son échec est dû à l’opposition des Druzes à l’entrée de ses forces dans la région. Les Druzes, en revanche, affirment qu’il s’agit d’un échec délibéré visant à compromettre leur sécurité.

« Les causes de cette escalade sont claires et récurrentes », a déclaré dans un communiqué la milice des Hommes de la dignité, la plus importante des milices druzes, dirigée par Laith al-Balous. « Elles commencent par l’absence délibérée des forces de l’État sur l’artère vitale qui relie Damas à Soueïda et se poursuivent par les attaques répétées contre des civils sur cette route, que le gouvernement ignore depuis des mois. »

Comme lors des affrontements d’avril, les dirigeants druzes ont cette fois encore demandé à la communauté internationale d’intervenir pour « protéger la minorité druze de l’anéantissement ». Cela a ébranlé le gouvernement d’Al-Charaa, car cela le présente comme incapable de protéger ses citoyens et comme laissant les milices et les gangs sévir et attaquer les civils, parfois les Alaouites, parfois les Druzes.

Le gouvernement n’a même pas été en mesure d’empêcher l’attaque contre l’église Mar Elias, qui a été attribué à l’État islamique, mais qui pourrait avoir été perpétré par d’anciens membres mécontents de la milice d’Al-Charaa, Hayat Tahrir al-Cham. Tout cela se passe alors qu’Al-Charaa visite les capitales du monde entier, essayant de montrer qu’il contrôle totalement la situation et promettant qu’il peut protéger tous les Syriens afin de mobiliser les énormes investissements dont la Syrie aura besoin pour sa reconstruction.

Mais le problème ne s’arrête pas là. Israël s’est imposé comme un acteur clé dans le sud de la Syrie et sur le plateau du Golan syrien, non seulement en tant que partie contrôlant de vastes territoires sur lesquels il a construit des bases militaires, mais aussi en tant que garant de la sécurité de la communauté druze.

Par conséquent, lorsque les dirigeants druzes font appel à la communauté internationale, la Syrie interprète cela comme un appel à l’intervention israélienne. Et en effet, Israël est intervenu. Lundi, lorsque l’armée syrienne a tenté d’envoyer des chars dans le quartier en proie à des troubles, elle a été attaquée par des avions israéliens qui ont bloqué leur avancée.

L’explication officielle d’Israël est que l’attaque visait à empêcher les chars d’entrer dans le district. « La présence de tels véhicules dans le sud de la Syrie pourrait constituer une menace pour Israël. Les Forces de défense israéliennes ne permettront pas l’existence d’une menace militaire dans le sud de la Syrie et s’efforceront de l’empêcher. »

Selon cette explication, l’attaque de l’armée israélienne visait à empêcher la Syrie de violer la « ligne de contrôle » établie par Israël, qui fait désormais l’objet de négociations entre Israël et la Syrie.

Mais cette explication n’a pas vraiment convaincu le gouvernement syrien, qui considère cette attaque comme une violation de la souveraineté syrienne et une ingérence israélienne dans les affaires intérieures du pays. De plus, alors que les médias israéliens s’empressent de rapporter les accords et la coordination avec le gouvernement syrien ainsi que les progrès de la Syrie sur la voie de la normalisation avec Israël, l’intervention militaire israélienne montre qu’aucun accord de sécurité n’a encore été conclu.

Selon l’interprétation des événements par la Syrie, Israël prévoit d’exploiter les conflits internes dans le pays, en particulier dans le district druze, afin de s’imposer comme une « force de police » capable d’empêcher le gouvernement d’établir son contrôle sur l’ensemble du pays. Dans la pratique, le contrôle géographique du territoire syrien par Israël a ainsi fait de ce dernier un partenaire dans la gestion du pays.

La connexion turque

Cette évolution dangereuse se produit alors même que les USA s’efforcent d’aider le gouvernement d’Al-Charaa à stabiliser son pouvoir dans tout le pays.

Copains comme cochons: Ryad, 25 mai 2025

Depuis que le président Donald Trump a serré la main d’Al-Charaa. lors de sa visite en Arabie saoudite, où il a levé les sanctions contre la Syrie, ouvrant ainsi grand la porte à la coopération internationale avec le nouveau gouvernement syrien, l’ambassadeur usaméricain en Turquie et envoyé spécial en Syrie et au Liban, Tom Barrack, a exercé de fortes pressions sur les Kurdes pour qu’ils mettent en œuvre l’accord qu’ils ont signé avec Al-Charaa et rejoignent l’armée nationale.

On ne sait toujours pas comment Washington va gérer la question druze, l’implication d’Israël dans ce dossier et le territoire contrôlé par Israël. Il est toutefois important de rappeler que la Turquie est également impliquée dans toutes ces questions. Ankara est devenu le protecteur d’Al-Charaa, avec la bénédiction de Washington et de Riyad.

Al-Charaa reçu par Ilham Aliyev, Monsieur BOAI (Bons offices auprès d'Israël)

La Turquie et Israël ont mis en place un mécanisme de coordination grâce à la médiation de l’Azerbaïdjan. Samedi, Bakou a également accueilli Al-Charaa, et « en marge » de cette visite, de hauts responsables syriens, dont le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shibani, ont rencontré des responsables israéliens. Néanmoins, le mécanisme de coordination vise uniquement à prévenir les affrontements « involontaires » entre les Forces de défense israéliennes (FDI) et les forces turques, et non à traiter les activités des FDI dans le sud de la Syrie.

La Turquie estime qu’Israël doit se retirer de tout le territoire syrien et revenir aux lignes établies dans l’accord de séparation des forces de 1974. Elle tente actuellement de convaincre l’administration usaméricaine d’adopter cette position et de persuader Al-Charaa de subordonner tout accord avec Israël à cette condition.

 

 

03/05/2025

MICHELE GIORGIO
Les Druzes pris en tenaille entre l’“aide” d’Israël et la répression de Damas

 Michele Giorgio, il manifesto, 3/5/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Syrie - La communauté druze est prise en étau entre les violences sectaires internes et les manœuvres géopolitiques externes. Netanyahou, qui se proclame « protecteur » des Druzes, bombarde à quelques encablures du palais présidentiel syrien. 

Michele Giorgio est un journaliste italien, correspondant au Machrek du quotidien il manifesto et directeur de la revue en ligne Pagine Esteri. Auteurs de 3 livres. X

Maître dans l’art d’adapter les événements à une version politique commode, Benjamin Netanyahou s’est à nouveau déguisé en « protecteur des Druzes » après avoir ordonné à l’armée de l’air israélienne de frapper à une courte distance du palais du président syrien autoproclamé et chef du groupe alqaïdiste HTA, Ahmad Charaa. « C’est un message clair au régime syrien. Nous ne permettrons pas aux troupes syriennes de se déplacer au sud de Damas ou de constituer une menace pour la communauté druze », a déclaré le premier ministre israélien. Il se référait aux violences qui, au début de la semaine et jusqu’à jeudi, ont vu des miliciens sunnites liés au gouvernement prendre d’assaut Jaramana, Sahnaya et d’autres centres à majorité druze, après la diffusion d’un clip audio offensif contre le prophète Mohamed dans le sud de la Syrie.


Des miliciens du nouveau régime en faction à Sahnaya. Photo AP

La réaction de Damas au bombardement israélien a été lente. « Il s’agit d’une escalade dangereuse », a déclaré le nouveau régime syrien qui a remplacé celui de Bachar el-Assad. L’UE est intervenue et a exigé qu’Israël respecte la souveraineté syrienne et les termes de l’accord de désengagement de 1974 sur le Golan syrien. Bruxelles n’a pas compris, ou feint de ne pas comprendre, que Netanyahou n’a pas l’intention de renoncer à une occasion en or de prendre le contrôle de facto du sud de la Syrie.

Les Druzes israéliens (150 000), dont beaucoup servent dans les forces armées, l’aident à masquer des intérêts stratégiques par un prétendu engagement humanitaire. Ces derniers jours, des centaines de Druzes - réservistes de l’armée, activistes et simples citoyens - ont bloqué des routes dans le nord d’Israël, exigeant une intervention en faveur de leurs « frères menacés en Syrie ». Netanyahou a donc ordonné le bombardement à quelques mètres du palais de Charaa. Il a ensuite téléphoné au cheikh Muwafaq Tarif, chef spirituel des Druzes israéliens, qui, selon son bureau, « apprécierait l’action dissuasive contre Damas ».

Le principal allié de Netanyahou est l’instabilité syrienne, marquée par les vagues de « purification » menées par les milices djihadistes du HTS et de ses alliés contre les prétendus restes du régime Assad et contre les « apostats » : en mars les Alaouites, aujourd’hui les Druzes. « Nous sommes massacrés et le silence de la communauté internationale nous condamne deux fois », a protesté le cheikh Hikmat al-Hijri, autorité spirituelle de la communauté druze syrienne, en référence aux attaques subies ces derniers jours de la part des forces djihadistes près de Damas. Pour convaincre l’Occident de lever les sanctions contre son pays - décrétées après 2011 pour viser Bachar el-Assad - Ahmad Charaa a adopté un profil modéré et s’est à plusieurs reprises porté garant d’une Syrie « inclusive et respectueuse des minorités ». Mais si déradicalisation il y a eu, elle ne s’est produite qu’au sommet. Car à la base du nouveau régime, une pléthore de formations salafistes - qui incluent des combattants étrangers - ne partagent pas la ligne modérée et font pression pour que les musulmans « apostats » et les sectes hétérodoxes comprennent qui tient désormais le manche en Syrie.

Après les Alaouites de la côte, les plus extrémistes voudraient mettre en œuvre une « normalisation armée » également dans les régions du sud, qui sont restées en marge du nouveau pouvoir. Soueïda, la principale ville druze, a maintenu une autonomie de fait après 2011, résistant à la fois au pouvoir d’Assad et à la pénétration salafiste. Aujourd’hui, cette fragile indépendance est assiégée. Elle doit également se prémunir contre les manœuvres israéliennes. Al-Hijri continue de rejeter toute ingérence extérieure, réaffirmant « l’appartenance des Druzes à la patrie syrienne unie » et dénonçant les tentatives d’instrumentalisation par des acteurs étrangers. Lors d’une réunion entre les dirigeants druzes, les anciens et les groupes armés à Soueïda, la communauté a accepté d’être « une partie inséparable de la patrie syrienne unifiée ». « Nous rejetons la division, la séparation ou le désengagement », a ajouté un porte-parole. Certaines ONG syriennes, comme le Réseau syrien pour les droits humains, avertissent que « l’ingérence israélienne contribue à la polarisation sectaire et entrave toute tentative de médiation » entre Damas, les Druzes et d’autres minorités.

« La communauté druze se trouve prise au piège entre la violence sectaire interne et les manœuvres géopolitiques externes », explique au manifesto Giovanna Cavallo, militante des droits des Druzes syriens qui s’est récemment rendue à Soueïda avec une délégation italienne. « La question qui se pose aujourd’hui est inquiétante : le gouvernement syrien est-il tout simplement incapable de faire face à la vague de violence ou s’agit-il plutôt d’une ambiguïté délibérée, d’un calcul politique qui évite la confrontation avec les franges les plus radicales, aujourd’hui de plus en plus présentes dans les appareils du pouvoir ? » Dans ce contexte, ajoute-t-elle, « une action extérieure comme celle d’Israël apparaît encore plus dangereuse », car elle accentue « les divisions au sein même de la communauté druze, entre la majorité qui appelle à un accord avec le gouvernement central et une minorité qui voudrait choisir le moindre mal (Israël, ndlr) ». « Nous ne voulons ni de Damas ni de Tel-Aviv« , déclare pour sa part une femme d’al-Qurayya, « nous voulons vivre libres, sans que d’autres décident de notre sort par les armes ».

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08/02/2025

AYELETT SHANI
Comment Oded Twik a sauvé sa sœur et ses enfants des griffes de la secte de psychopathes juifs Lev Tahor

Sa sœur a grandi dans un foyer laïc en Israël, a servi comme officière dans l’armée et aimait faire la fête. Après que la secte ultra-orthodoxe Lev Tahor l’a embrigadée, Oded Twik a traversé l’océan pour la sauver, elle et sa famille maltraitée.

Ayelett Shani, Haaretz, 8/2/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala


Des membres de Lev Tahor protestent devant l’école de Ciudad de Guatemala où les autorités locales ont emmené leurs enfants, le 15 janvier 2025. Photo Johan Ordonez/AFP

 Veuillez vous présenter.

Je suis Oded Twik, j’ai exactement 50 ans. Je suis marié et j’ai deux filles adorables. J’ai un commerce de produits électriques et je dirige une quincaillerie de quartier à Rishon Letzion.

Le magasin dans lequel nous nous trouvons actuellement. Dites-moi, vos clients savent-ils que le gentil monsieur qui fait des doubles de clés a mené une opération de sauvetage des personnes des griffes de Lev Tahor – Cœur Pur -, une secte religieuse ?

C’est un magasin de quartier. Certains connaissent l’histoire.

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Le mois dernier, les autorités guatémaltèques ont ont exfiltré environ 200 femmes et enfants du site de la secte à Ciudad de Guatemala.. Ils étaient tous dans un état grave, mentalement et physiquement. Les responsables locaux de l’aide sociale et la police ont été consternés par la négligence, la violence et l’ampleur des abus. En 2015, dans une sorte d’opération individuelle, vous avez fait sortir du Guatemala votre sœur et sa famille, qui étaient membres de la secte. Comment s’est-elle retrouvée impliquée dans Lev Tahor ?

Nous avons grandi ici en Israël, dans une famille tout à fait normale. Ma sœur, qui a un an de plus que moi, a servi dans l’armée en tant qu’officière au ministère de la défense, à la Kirya [quartier général de la défense]. Elle aimait la vie à Tel Aviv, elle aimait s’amuser, sortir au Coliseum Club. Après son service, elle a décidé de faire un voyage aux USA. Elle a voyagé un peu, puis a travaillé comme fille au pair dans une famille haredi pour payer le reste du voyage. Au bout d’un certain temps, elle nous a soudain envoyé une photo d’un homme à la barbe immense, qui ressemblait à [Theodor] Herzl, avec la légende suivante : « Je me marie ». Nous avons été choqués.

Avez-vous assisté au mariage ?

Mes parents y sont allés [en 1987]. Mon père est revenu en état de choc. Il a dit que c’étaient des bêtes humaines, qu’ils lui avaient rasé la tête pour qu’elle soit chauve pour le mariage. Mais nous ne connaissions ni ne comprenions rien au monde ultra-orthodoxe, et encore moins aux sectes. Nous nous sommes dit que si c’était ce qui lui permettait de se sentir bien, c’était formidable. Plus tard, j’ai découvert que le fondateur de la secte, Shlomo Helbrans, qui venait de sortir de prison [né en Israël dans une famille laïque, il est devenu un extrémiste religieux et a été condamné aux USA pour enlèvement et libéré en 1996], a envoyé une entremetteuse à la famille pour laquelle elle travaillait et lui a dit : « Je veux cette fille, je veux la marier. Même lorsque j’ai compris ce qui se passait et que j’ai essayé de convaincre mes parents de réagir, ils ont continué à me dire : « Qu’est-ce que tu veux d’elle ? L’essentiel est qu’elle soit heureuse ».

Quand avez-vous réalisé que les choses n’allaient pas si bien ?

En 2011, nous avons rendu visite à la famille de ma femme, à Chicago. La secte était basée à Montréal à l’époque, et j’ai décidé de profiter du voyage pour rendre visite à ma sœur. Elle hésite et me dit : « On verra, on verra ce que mon mari dira ». « C’est absurde », lui ai-je dit. « Je viens. J’ai réservé une chambre d’hôtel ». Il ne m’est pas venu à l’esprit qu’elle ne voulait vraiment pas que je vienne. J’arrive et je vois qu’elle agit bizarrement.

De quelle manière, par exemple ?

15/12/2024

ZVI BAR’EL
La Syrie pourrait devenir un protectorat turc, ce qui limiterait la liberté d’action d’Israël

La Turquie, qui a un intérêt stratégique à faire de la Syrie un rempart contre les Kurdes, cherche à prendre la place de la Russie et de l’Iran, notamment en contrôlant l’espace aérien syrien.

Zvi Bar’el, Haaretz , 15/12/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 


Des membres de la communauté syrienne d’Istanbul célèbrent la chute du régime Assad, la semaine dernière. Photo Yasin Akgul/AFP
 

Un jour après qu’Israël a pris le contrôle du Mont Hermon syrien et des zones autour de Quneitra, le nouveau gouvernement syrien dirigé par Ahmed Hussein al-Chara (alias Abou Mohammed al-Joulani) a rapidement envoyé deux lettres au Conseil de sécurité et au secrétaire général de l’ONU, demandant à Israël de retirer ses forces du territoire syrien et de cesser ses attaques.

« La République arabe syrienne entame un nouveau chapitre de son histoire, son peuple aspirant à construire un État fondé sur la liberté, l’égalité, l’État de droit et la réalisation de ses espoirs de stabilité et de paix. Pourtant, en ce moment même, l’armée israélienne a envahi de nouvelles zones du territoire syrien dans les provinces de Jebel El Cheikh [nom arabe du Mont Hermon] et de Quneitra », peut-on lire dans la toute première lettre du gouvernement au Conseil de sécurité.

Lors de sa visite sur le plateau du Golan dimanche dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou n’a laissé aucune place au doute : « L’accord de 1974 qui établissait la séparation des forces entre Israël et la Syrie par le biais d’une zone tampon s’est effondré... Les soldats syriens ont abandonné leurs postes. Nous ne permettrons à aucune force hostile de s’établir le long de notre frontière ». Jeudi, Walla News a rapporté que Netanyahou avait informé le conseiller à la sécurité nationale des USA, Jake Sullivan, que les forces de défense israéliennes resteraient dans la zone tampon syrienne « jusqu’à ce qu’une force capable de faire respecter l’accord de séparation soit établie ».

Il s’agit du deuxième accord international régional violé par Israël, après sa prise de contrôle du corridor Philadelphie et le déploiement de forces à Gaza - des actions qui, selon l’Égypte, violent à la fois les accords de Camp David et l’accord de 2005 sur les déplacements et l’accès. Les situations sont toutefois différentes. Avec l’Égypte, Israël maintient des négociations en cours.
Par le passé, il a même permis aux forces égyptiennes de dépasser les limites de Camp David en renforçant leur présence militaire dans le Sinaï, y compris par l’utilisation de la puissance aérienne, pour combattre les organisations islamistes dans la péninsule. En revanche, Israël ne dialogue pas avec la Syrie et n’a pas l’intention de se retirer dans un avenir prévisible des territoires qu’il a récemment saisis.
La déclaration d’al-Chara, samedi, selon laquelle « dans l’état d’affaiblissement où se trouve la Syrie, elle n’a pas l’intention d’entrer dans une confrontation militaire... et nous n’avons aucun intérêt à entrer en conflit avec Israël » n’est pas de nature à rassurer Israël ou à modifier sa position concernant les territoires occupés.

Une course à la normalisation
Contrairement à la liberté d’action pratiquement illimitée d’Israël à Gaza - soutenue par la légitimation internationale et arabe pour agir avec force contre le Hamas, mais pas contre les civils -, sa position à l’égard de la Syrie est nettement différente. Bien qu’Al-Chara et son gouvernement n’aient pas été élus démocratiquement et qu’ils soient arrivés au pouvoir par la force militaire, craignant une guerre civile potentielle, ils ont déjà acquis une grande crédibilité arabe et internationale. Il continue à renforcer ce soutien par des déclarations diplomatiques stratégiques qui laissent entrevoir les politiques qu’il entend mener, et ces efforts portent déjà leurs fruits.

Après avoir reçu les félicitations de grands États arabes comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, des mesures concrètes ont été prises. La Turquie a rouvert son ambassade à Damas samedi, et le Qatar devrait faire de même dimanche. Les pays européens semblent également prêts à normaliser leurs relations avec la Syrie après une interruption de 13 ans, d’autant plus que certains d’entre eux avaient déjà envisagé de rétablir des liens avec le régime d’Assad.
Le soutien international croissant au nouveau gouvernement syrien pourrait bientôt se traduire par des pressions sur Israël pour qu’il se retire des territoires nouvellement occupés. Contrairement au Hamas, qui fait face à un large consensus international [disons : occidental, NdT] contre son rôle dans la future gouvernance de Gaza, le Ha’yat Tahrir al-Cham de Syrie est de plus en plus considéré comme une autorité légitime - bien qu’il soit toujours inscrit sur la liste des organisations terroristes et que son chef fasse l’objet d’une prime de 10 millions de dollars.
La Turquie, qui dispose de l’influence la plus importante, se positionne pour diriger les efforts visant à normaliser les relations internationales du nouveau régime syrien. Cette position s’explique par de multiples facteurs : Le soutien de longue date de la Turquie aux milices de Ha’yat Tahrir al-Cham, son contrôle sur l’Armée nationale syrienne (anciennement l’Armée syrienne libre) et sa maîtrise des postes-frontières cruciaux qui constituent la ligne de vie économique de la Syrie.
La Turquie entend désormais jouer le rôle de principal protecteur de la Syrie que tenaient auparavant l’Iran et la Russie. Cela va au-delà de simples relations de « bon voisinage » entre pays frontaliers. La Turquie a un intérêt stratégique primordial : transformer la Syrie en un rempart contre les forces kurdes, qu’elle combat depuis des décennies. Alors que la Turquie a condamné l’incursion d’Israël sur le territoire syrien, elle a elle-même occupé par la force certaines parties du nord-ouest de la Syrie. La semaine dernière, les milices qui lui sont alliées se sont emparées de la ville de Manbij à l’ouest de l’Euphrate, un bastion kurde, et la Turquie ne cache pas son intention d’étendre ses opérations à l’est de l’Euphrate.
La question kurde devrait dominer les prochaines discussions turco-syriennes, car sa résolution est cruciale pour la capacité d’Al-Chara à établir un État unifié. Un accord réussi permettrait d’éviter que les conflits internes ne dégénèrent en affrontements armés entre le régime et la minorité kurde, de faciliter le retrait des forces turques de Syrie et d’apaiser les tensions entre les autres minorités religieuses et ethniques du pays.

La situation des Kurdes
Le Conseil d’administration autonome kurde, qui gouverne les provinces kurdes du nord de la Syrie, supervise les Forces démocratiques syriennes (FDS) - un corps militaire composé de combattants kurdes et arabes que les USA ont établi comme une force efficace contre ISIS. La semaine dernière, le Conseil a annoncé que « les provinces du nord et de l’est de la Syrie sont une partie inséparable de la géographie syrienne » et a décidé de hisser le nouveau drapeau syrien des rebelles sur tous les bâtiments publics. Cela montre que les Kurdes ont l’intention de continuer à faire partie de la Syrie plutôt que d’établir une région indépendante, en acceptant l’autorité du nouveau gouvernement.

Toutefois, les Kurdes, qui contrôlent la plupart des champs pétroliers et les principales régions agricoles de la Syrie, posent des conditions à cette acceptation. Un document circulant sur les médias sociaux jeudi, censé présenter des projets de demandes de négociation entre les forces kurdes et Hayat Tahrir al-Cham sous la supervision des USA, détaillait plusieurs points clés. Les Kurdes se retireraient de Deir ez-Zor, Raqqa et Tabqa en échange du retour des résidents kurdes à Afrin, Tel Abyad et Ras al-Ayn, occupés par les Turcs, ainsi que du retrait des Turcs de ces zones.
Parmi les autres revendications figurent la reconnaissance d’une gouvernance autonome kurde, une aide au retour des Kurdes déplacés dans les villes occupées par la Turquie, une représentation militaire kurde dans le gouvernement qui sera formé après mars 2025 (date limite fixée par Al-Chara pour le mandat du gouvernement temporaire), l’engagement de retirer toutes les forces turques et la reconnaissance du kurde en tant que deuxième langue officielle.
Bien que cette liste reste préliminaire et sujette à des négociations, elle illustre clairement l’ampleur des défis auxquels le gouvernement syrien est confronté s’il cherche une solution diplomatique plutôt que militaire. Al-Chara, pris entre les pressions turques et les exigences kurdes, doit naviguer prudemment sur ce terrain miné, en équilibrant les aspirations turques et les intérêts kurdes, tout en maintenant de bonnes relations avec la Turquie sans fragmenter l’État.
L’évolution des relations turco-syriennes pourrait avoir un impact significatif sur les opérations d’Israël en Syrie. Au-delà des efforts internationaux visant à retirer les forces de Tsahal de la zone tampon, la Turquie pourrait déterminer la liberté opérationnelle aérienne d’Israël en Syrie. Alors qu’Israël bénéficiait auparavant d’un accès presque illimité, coordonné avec le commandement russe, à la base aérienne de Khmeimim, les forces russes ont commencé à se retirer. La plupart des avions russes ont quitté la Syrie et Moscou négocie actuellement le maintien de sa présence navale dans le port de Tartous.
En l’absence des forces aériennes syriennes et russes, la Turquie pourrait devenir le contrôleur de facto de l’espace aérien syrien et, en partenariat avec le gouvernement syrien, mettre fin à la liberté opérationnelle d’Israël. Bien que le besoin d’Israël pour une telle liberté puisse diminuer de manière significative avec le départ de la plupart des forces iraniennes et l’intention d’al-Chara d’empêcher les activités du Hezbollah en Syrie, Israël reste sceptique quant à la capacité du nouveau gouvernement syrien à bloquer les transferts d’armes de la Syrie vers le Liban. Par conséquent, Israël devra probablement conclure des accords avec la Turquie - des accords qui pourraient avoir un coût politique dans d’autres régions, y compris à Gaza.