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27/05/2026
India|Inde|Indien: Cockroach Janta Party|Kakerlaken-Volkspartei|Partito popolare degli Scarafaggi|Partido popular de las Cucarachas|Parti populaire des Cafards
02/03/2026
« Nous ne nous sommes jamais opposés à l'Inde ; nous nous sommes seulement opposés au gouvernement indien de l'époque. Le gouvernement Modi est notre véritable ami ! » : Tilvin Silva, secrétaire général du JVP du Sri Lanka
Tilvin Silva affirme que le JVP n'a jamais été un parti anti-indien et qu'il s'est uniquement opposé aux actions des gouvernements de Rajiv Gandhi et de J.R. Jayewardene, qui ont imposé un accord indo-srilankais au Sri Lanka dans les années 1980.Tilvin Silva a fait cette déclaration lors d'un entretien avec Meera Srinivasan du journal The Hindu, suite à une visite effectuée en Inde du 5 au 12 février. Nous avons traduit cet entretien à partir de sa version cinghalaise, établie par Niromi Subramaniam.-SM/FG, Tlaxcala
NdT
Tilvin Silva rejoint le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP, Front de Libération du Peuple) à la fin des années 1970, à la suite d’une rencontre avec le fondateur du parti, Rohana Wijeweera. Titulaire d’un diplôme en sciences politiques, il gravit progressivement les échelons du JVP jusqu’à devenir membre de son comité central.
À la suite d’une attaque échouée contre une base militaire importante à Vadduwa, il est arrêté et condamné à dix ans de prison. Les autorités n’ignoraient ni sa place ni son rôle au sein du JVP. Il passe son temps en prison à lire et relire les œuvres choisies de Lénine.
Il est l’un des rares dirigeants survivants de la grande répression gouvernementale de 1987-1989, au cours de laquelle le fondateur ainsi que les membres du bureau politique et du comité central furent assassinés.
Un autre survivant du bureau politique, Somawansa Amarasinghe, alors en exil à Paris et devenu plus tard chef du parti, reprend contact avec Tilvin Silva vers 1991. En 1994, à sa sortie de prison, celui-ci devient secrétaire du parti et participe activement à sa reconstruction. Théoricien ardent du marxisme-léninisme, il s’impose comme une figure historique du mouvement. Il refuse toutefois d’occuper des postes de député ou de ministre, estimant qu’il ne fallait pas suivre le modèle soviétique, qu’il considérait comme ayant conduit à la dictature du chef et à la bureaucratisation du parti, l’une des causes de son effondrement en 1990.
Q : Pourquoi
avez-vous décidé d'aller en Inde ?
R : Je n'ai pas
décidé d'y aller. J'ai reçu une invitation du Haut-Commissariat indien pour
participer au Programme des visiteurs de marque (DVP) du Conseil indien des
relations culturelles (ICCR). C'était mon premier voyage en Inde.
Q : Le
programme était-il organisé par le Haut-Commissariat ou avez-vous choisi les
lieux à visiter ?
R : Le programme
était organisé par le Haut-Commissariat, mais on m'a demandé si j'avais des
préférences particulières. J'ai dit que je souhaitais me rendre au Kerala, car
je trouvais cette région très similaire au Sri Lanka.
Q : Vous avez
visité la coopérative Amul [1].
Votre visite a-t-elle influencé la décision du gouvernement du Congrès national
du peuple d'annuler l'accord signé par le gouvernement précédent avec Amul pour
la gestion de Milko[2] et
du Conseil national de développement de l'élevage (NLDB) [3]
?
R : Cette visite
visait à présenter le développement de l'Inde, notamment l'utilisation des
technologies dans de nombreux domaines. Amul est un exemple d'entreprise où la
technologie a été mise au service des éleveurs laitiers, ce qui a permis
d'améliorer considérablement leurs conditions de vie. Nous avons clairement
indiqué au gouvernement indien que l'industrie laitière sri-lankaise est sous
contrôle étatique. Cependant, nous sommes disposés à solliciter une aide pour
développer ce secteur, en particulier pour l'introduction de nouvelles
technologies. l'inde a accepté notre position.
Q : On a
souvent dit que votre parti était anti-indien, puisqu'il a complètement changé
d'attitude et choisi de se rapprocher de l'Inde, n'est-ce pas ?
R : Nous n'avons
jamais été contre l'Inde ni contre sa population. Nous nous sommes opposés au
gouvernement indien de Rajiv Gandhi et au gouvernement sri-lankais de J.R.
Jayewardene, ainsi qu'à leurs politiques. C’est pourquoi nous avons combattu
leurs décisions dans le contexte du pacte indo-sri-lankais[4].
Aujourd’hui encore, nous affirmons que cela n’aurait pas dû se produire. C’était
il y a 38 ans ; le monde a changé. L’Inde a changé, et nous aussi. Le passé ne
doit pas entraver les relations futures. Si nous suivions cette logique, nous
serions incapables de traiter avec la Grande-Bretagne. Ils nous ont colonisés ;
ils ont réprimé les rébellions de 1815 et de 1848, etc., mais nous avons su
nous relever. L’histoire est l’histoire , elle ne peut pas être un mur pour
l'avenir. Nous en avons tous tiré des leçons. Nous devons agir en fonction du
présent. Il est erroné de vivre dans le passé.
Q : La
position anti-indienne de votre parti, en particulier entre 1988 et 1990, a
causé de nombreuses destructions et sabotages ; de nombreuses vies auraient pu
être sauvées et des biens publics préservés, n’est-ce pas ?
R : M. J.R.
Jayewardene aurait pu empêcher ces destructions. Cette situation ne se serait
pas produite s’il n’avait pas signé cet accord sans même en informer son
cabinet et en tenant le public dans l’ignorance. Gamani Jayasuriya, l’un de ses
ministres, a démissionné en signe de protestation. Les manifestations, d’abord
pacifiques, ont dégénéré en violences lorsque le gouvernement de J.R.
Jayewardene a brutalement réprimé les manifestants, faisant plus de 144 morts
par balles réelles en une journée. De ce fait, il ne restait d’autre choix que
de mener une lutte armée contre la dictature.
Q : Regrettez-vous,
vous et votre parti, la manière dont vous avez réagi aux agissements du
gouvernement ?
R : Isaac Newton
lui-même disait que « à toute action correspond une réaction égale et opposée
». Nous n’avons pas agi ; nous avons seulement réagi. Si notre parti n’avait
pas été interdit sur la base de fausses accusations d’implication dans les
émeutes de 1983, nous n’aurions pas été contraints de faire de la politique
dans la clandestinité. Sans cette interdiction, nous aurions pu agir librement
et légalement. Nous aurions pu manifester ouvertement, comme nous l’avons fait
ces dernières années depuis 1994, mais nous avons perdu ce droit d'existence
dans le paysage politique sri lankais. C’est à eux de regretter ce qui s’est
passé, pas à nous. S’ils ne montrent aucun remords, pourquoi le ferions-nous ?
Nous pensons que ce qui s’est passé n’aurait pas dû se produire, mais c’est
pourtant arrivé. Nous l’avons dit à maintes reprises : la responsabilité incombe
au gouvernement de l’UNP alors au pouvoir, et non à nous. Le gouvernement de
J.R. Jayewardene n’a laissé aucun de ses opposants faire de la politique
librement. Nous avons réagi comme nous le pouvions. Si certaines choses se sont
produites qui n’auraient pas dû se produire, nous le regrettons. Mais aucun
membre du Parti national uni (UNP) n’a jamais exprimé de regrets quant aux
événements de cette époque.
Q : Le JVP
a-t-il été impliqué, de quelque manière que ce soit, dans les violences
anti-tamoules de 1983 ?
R : Si nous avions
été impliqués, nous aurions dû faire l’objet d’au moins une poursuite
judiciaire. Il est clair que l’UNP a orchestré ce massacre. Ils s’en sont
servis pour interdire le JVP, ainsi que le Parti communiste du Sri Lanka et le
Nouveau Parti Sama Samaja (NSSP).
Q : Comment
le JVP gère-t-il les relations avec l’Inde et la Chine ?
R : Notre politique
étrangère est claire. Nous ne trompons aucun pays, nous ne mentons pas ; nous
sommes honnêtes dans nos relations. L’Inde est notre voisine et nous
entretenons avec elle des relations étroites. La Chine est également un
partenaire important. Le Pakistan et le Bangladesh sont aussi nos amis. Le
succès du match de cricket Pakistan–Inde, qui s’est tenu récemment à Colombo
grâce à l’intervention du président (Anura Kumara Dissanayake), démontre
l’efficacité de notre politique étrangère et prouve qu’aucun pays ne trahira
l’autre. C’est la politique étrangère la plus adaptée à notre époque.
14/07/2025
ANIL K SOOD
La détresse des paysans indiens est une réalité
Cette série en deux parties examine la réalité des conditions agricoles afin d’identifier une approche possible de la politique agricole, une approche qui pourrait contribuer à trouver une solution à long terme.
Anil K Sood, The New Indian Express, 21/2/2024
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Nos agriculteurs en savent-ils
plus sur leur situation économique que nos analystes politiques et nos
intellectuels ? Ces derniers affirmeraient le contraire.
Prenons l’exemple de Bharat
Ramaswami. Dans son rapport à la XVe
Commission des finances, Ramaswami se réfère à un article de Chand, Saxena et
Rana pour suggérer que l’agriculture est une activité rentable.
« Chand, Saxena et Rana (2015)
montrent que le revenu agricole était supérieur de 70 % au coût de tous les
intrants variables (y compris la main-d’œuvre salariée) en 2011/12. Bien que
cette rentabilité ait été exceptionnelle en raison des prix agricoles
inhabituellement élevés cette année-là, le taux de rentabilité se situait entre
40 et 50 % dans les années 1990 et au milieu des années 2000 », affirme-t-il.
Un autre discours populaire,
soutenu par des analystes politiques influents et des personnalités des médias,
suggère que les agriculteurs sont riches car ils achètent des voitures de luxe.
Cette série en deux parties tente
d’aller au-delà de ces discours simplistes et examine la réalité des conditions
agricoles afin d’identifier une approche possible de la politique agricole, une
approche qui puisse contribuer à trouver une solution à long terme.
Commençons par une affirmation
simple : l’agriculture n’est pas une activité rentable et ne peut enrichir les
agriculteurs, compte tenu de notre politique de prix et du mécanisme de prix
minimum de soutien (MSP) qui nous aide à mettre en œuvre cette politique.
Lire la suite
SUDHIR SURYAWANSHI
767 agriculteurs se sont suicidés en seulement trois mois dans l’État indien du Maharashtra
Les députés du Congrès ont accusé le gouvernement de l’État de ne pas avoir apporté immédiatement une aide financière aux agriculteurs, privant ainsi bon nombre d’entre eux de l’aide à laquelle ils avaient droit.
Sudhir Suryawanshi, The New Indian Express, 1/7/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Sudhir Suryawanshi est un journaliste indien originaire du Maharashtra qui écrit sur la politique de cet État depuis quinze ans. Il a notamment travaillé pour DNA, Mumbai Mirror et Free Press Journal. Il est actuellement rédacteur en chef adjoint du New Indian Express. Il est l’auteur du livre Checkmate: How the BJP Won and Lost Maharashtra (Viking, 2020). @ss_suryawanshi
MUMBAI - Le gouvernement du Maharashtra a révélé mardi, lors de l’assemblée législative de l’État, qu’entre janvier et mars 2025, 767 suicides d’agriculteurs avaient été signalés dans l’État, la majorité d’entre eux dans la région de Vidarbha.
Les députés du Congrès ont posé une question écrite au parti au pouvoir sur l’augmentation du nombre de suicides d’agriculteurs dans le Maharashtra, en particulier dans la région de Vidarbha, et ont demandé des détails sur la manière dont le gouvernement de l’État apporte son aide aux familles des agriculteurs décédés. Les députés du Congrès ont également demandé une augmentation de l’aide financière, qui s’élève actuellement à 1 lakh de roupies [=1000 €].
Dans une réponse écrite, Makrand
Patil, ministre de la Réhabilitation et député du NCP
[Parti du Congrès Nationaliste], a présenté la réponse écrite à l’Assemblée
et a assuré que le gouvernement du Maharashtra apporterait toute l’aide
possible aux agriculteurs.
Le gouvernement du Maharashtra
accorde une aide financière de 1 lakh de roupies à la famille de l’agriculteur
qui s’est suicidé.
Selon ce rapport, en trois mois,
de janvier à mars 2025, 767 agriculteurs se sont suicidés, dont 376 étaient
éligibles à une indemnisation du gouvernement, tandis que 200 n’ont pas reçu d’aide
car ils ne répondaient pas aux critères fixés par le gouvernement.
Makrand Patil a en outre révélé
que dans l’ouest du Vidarbha – Yawatmal, Amarawati, Akola, Buldhana et Wasim –,
entre janvier et mars 2025, 257 agriculteurs se sont suicidés, parmi lesquels
76 familles ont reçu une aide financière du gouvernement de l’État, tandis que
74 demandes ont été rejetées.
Dans le district de Hingoli, dans
le Marathwada, 24 suicides d’agriculteurs ont été signalés au cours des trois
mois compris entre janvier et mars 2025.
Les députés du Congrès ont
affirmé que le gouvernement de l’État n’avait pas accordé immédiatement l’aide
financière aux agriculteurs et que de nombreux agriculteurs éligibles avaient
même été privés de l’aide à laquelle ils avaient droit pour des raisons
fallacieuses. En outre, le gouvernement de l’État a précisé qu’il n’y avait
aucune proposition d’augmentation de l’aide financière aux familles des
agriculteurs décédés.
Toutefois, le gouvernement de l’État a déclaré avoir pris diverses mesures pour mettre fin aux suicides des agriculteurs.
« Le gouvernement de l’État accorde une indemnisation aux agriculteurs dont les récoltes ont été endommagées par des pluies hors saison et des catastrophes naturelles. En outre, dans le cadre du programme PM Kisan Samman Nidhi [Fonds du Premier ministre d’allocation aux agriculteurs], le gouvernement central verse 6 000 roupies [= 71€], tandis que le gouvernement de l’État contribue également à hauteur de 6 000 roupies par an aux agriculteurs pauvres et dans le besoin », indique la note.
Celle-ci précise également que le
gouvernement de l’État organise des séances de soutien psychologique pour les
agriculteurs déprimés et en détresse, afin de les dissuader de se suicider, et
qu’il augmente même le prix minimum de soutien des récoltes des agriculteurs.
« En outre, le gouvernement de l’État
s’efforce de mettre en irrigation autant d’hectares de terres que possible et
de mettre en place des programmes d’aide sociale pour les agriculteurs. »
Champs de désespoir : pourquoi les agriculteurs du Maharashtra paient le prix suprême
Sudhir Suryawanshi, The New Indian Express, 12/7/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Entre le 1er janvier
et le 31 mars de cette année, toutes les trois heures, un agriculteur du
Maharashtra a mis fin à ses jours, avec 767 suicides enregistrés en seulement
90 jours, selon les données présentées à l’assemblée législative de l’État le 1er
juillet. Ce taux alarmant, qui représente en moyenne huit décès par jour, n’est
pas un cas isolé. L’année dernière, le gouvernement a admis devant l’assemblée
que le taux de suicide chez les agriculteurs était similaire depuis 56 mois.
Cela reflète une crise agraire qui s’aggrave et qui défie toute solution dans
le Maharashtra, en particulier dans les régions de Vidarbha et Marathwada,
depuis plus de deux décennies. Malgré les promesses politiques ambitieuses,
notamment celle du BJP [le parti suprémaciste hindou au pouvoir fédéral, NdT]
en 2014 d’éradiquer les suicides d’agriculteurs, la tendance persiste,
alimentée par un mélange toxique de difficultés économiques, de défis
environnementaux et d’échecs politiques.
Le cas de Kailash Arjun Nagare,
lauréat du prix Young Farmer Award 2020, qui s’est donné la mort en mars 2025,
invoquant l’inaction du gouvernement face aux demandes en matière d’irrigation,
est un indicateur du désespoir croissant qui règne dans la communauté agricole.
Pourquoi rien ne change-t-il alors que les suicides d’agriculteurs ne montrent
aucun signe de ralentissement dans le Vidarbha et le Marathwada ?
Ampleur de la crise
Au cours des 24 dernières années,
la division fiscale d’Amravati, dans le seul district de Vidarbha, a enregistré
21 219 suicides d’agriculteurs, dont 5 395 dans le district d’Amravati, 6 211
dans celui de Yavatmal, 4 442 dans celui de Buldhana, 3 123 dans celui d’Akola
et 2 048 dans celui de Washim. En janvier de cette année, 80 suicides ont été
signalés dans ces districts, Yavatmal enregistrant le nombre le plus élevé avec
34. Dans le district de Hingoli, dans le Marathwada, 24 suicides ont eu lieu au
cours de la même période de trois mois.
Vidarbha est représentée par des
poids lourds du BJP à l’Assemblée législative de l’État et au Parlement : le
ministre en chef Devendra Fadnavis et le ministre de l’Union Nitin Gadkari. Ils
ont obtenu des résultats remarquables dans divers domaines, mais n’ont
malheureusement pas réussi à faire avancer le dossier de la crise agraire.
Les données historiques du Bureau
national des statistiques criminelles (NCRB) et d’autres rapports font état de
37 142 suicides d’agriculteurs dans le Maharashtra entre 2015 et 2024 : 4 291
en 2015, 3 058 en 2016, 3 701 en 2017, 3 594 en 2018, 3 927 en 2019, 4 006 en
2020, 4 064 en 2021, 4 268 en 2022, 2 851 en 2023 et 2 635 en 2024.
Les données du NCRB pour 2022
montrent que 11 290 personnes dans le secteur agricole (5 207
agriculteurs/cultivateurs et 6 083 ouvriers agricoles) à travers le pays se
sont suicidées, ce qui représente 6,6 % du total des suicides (170 924) en
Inde. Les hommes ont été plus nombreux que les femmes à choisir cette solution
extrême. Sur les 5 207 suicides d’agriculteurs/cultivateurs, 4 999 étaient des
hommes et 208 des femmes. Et sur les 6 083 ouvriers agricoles qui se sont donné
la mort, 5 472 étaient des hommes et 611 des femmes. Les États et les
territoires de l’Union qui n’ont signalé aucun suicide dans le secteur agricole
sont le Bengale occidental, le Bihar, l’Odisha, l’Uttarakhand, Goa, le Mizoram,
le Tripura, Chandigarh, Delhi, Lakshadweep et Pondichéry.
Quant au Maharashtra, 2 708
agriculteurs/cultivateurs – 2 448 propriétaires fonciers et 260 cultivateurs de
terres louées – se sont suicidés en 2022. Cela représente plus de 50 % du
chiffre national de 5 207 dans la même catégorie. Et plus d’un quart du nombre
total de suicides d’ouvriers agricoles (1 560) provenait du Maharashtra. Ces
chiffres sont stupéfiants, quelle que soit la comparaison.
Comme l’a déclaré le leader du
Congrès Rahul Gandhi en commentant l’article de ce journal : «
Réfléchissez-y... en seulement trois mois, 767 agriculteurs se sont suicidés
dans le Maharashtra. S’agit-il seulement d’une statistique ? Non. Ce sont 767
foyers détruits. 767 familles qui ne pourront jamais s’en remettre. »
Il a ensuite marqué des points
politiques en affirmant que le gouvernement annulait facilement les prêts des
riches mais pas ceux des pauvres, ce qui lui a valu une réplique cinglante du
BJP, qui lui a rappelé les « péchés commis par le gouvernement NCP-Congrès
pendant son mandat dans le Maharashtra ».
Au milieu de toutes ces querelles
politiques, la question clé reste sans réponse : pourquoi la série de mesures
sociales prises par les gouvernements central et régional, y compris l’octroi d’aides
financières, n’ont-elles pas réussi à redonner aux agriculteurs la confiance
nécessaire pour faire face aux aléas de la vie ?
Les causes profondes : un
enchevêtrement complexe
La crise des suicides d’agriculteurs
résulte d’une combinaison de difficultés économiques, de défis environnementaux
et de pressions sociales, aggravées par des lacunes politiques.
Difficultés économiques et
endettement : le poids écrasant de la dette est le principal
facteur, alimenté par la hausse des coûts des intrants et l’insuffisance des
prix des récoltes. Vijay Jawandhia, leader paysan et expert, a déclaré à ce
journal que le coût des intrants (semences, engrais, pesticides et diesel) a
fortement augmenté, tandis que les récoltes sont vendues à un prix inférieur au
prix minimum de soutien (MSP). Par exemple, en 2024, le soja s’est vendu entre
3 800 et 4 000 roupies le quintal, contre un MSP de 4 892 roupies, le coton
entre 5 000 et 6 000 roupies, contre 7 550 roupies, et le tur dal [pois d’Angole] entre 6 000 et 6
500 roupies, contre 7 500 roupies. Un rapport estime que les producteurs de
soja du Maharashtra ont perdu 85 milliards de roupies [=850 millions €]
en 2024 en raison de ventes inférieures au MSP. La taxe sur les produits
agricoles (GST) de 18 % érode encore davantage les marges. Rahul Gandhi a
souligné dans une critique que, bien que les deux gouvernements accordent au
total 12 000 roupies par an (6 000 roupies provenant du gouvernement central et
6 000 roupies provenant du gouvernement de l’État dans le cadre du PM Kisan
Samman Nidhi) aux agriculteurs, les taxes sur les intrants agricoles absorbent
plus que ces aides.
Défis environnementaux :
Vidarbha et Marathwada, où le coton, le soja et les légumineuses dominent, ne
disposent que d’un taux d’irrigation de 10 à 12 %, contre 60 % dans la ceinture
sucrière de l’ouest du Maharashtra. Les agriculteurs dépendent de moussons
irrégulières, aggravées par des phénomènes climatiques extrêmes tels que
sécheresses, pluies hors saison et tempêtes de grêle. L’épuisement des nappes
phréatiques oblige les agriculteurs à forer des puits jusqu’à 300 mètres de
profondeur, ce qui fait grimper les coûts. En 2015, des réservoirs comme celui
de Manjara n’avaient plus aucune réserve d’eau. Des pénuries similaires
persistent ailleurs. Le suicide de Kailash Arjun Nagare en mars 2025, après une
grève de la faim de 10 jours pour obtenir de l’eau d’irrigation provenant du
réservoir de Khadakpurna, met en évidence le désespoir causé par la pénurie d’eau.
Baisse des rendements et
volatilité des marchés : les rendements agricoles ont chuté, en
particulier pour le coton. Sanjay Patil, un agriculteur de Dhule, a déclaré à
ce journal que les rendements du coton sont passés de 10-12 quintaux par acre à
2-3 quintaux, les prix chutant de 10 000-12 000 roupies à 5 000-6 000 roupies
par quintal.
Pressions sociales et
psychologiques : L’augmentation des coûts de l’éducation, des
soins de santé et des besoins quotidiens dépasse les revenus stagnants des
agriculteurs, créant un écart flagrant entre les revenus et les dépenses.
Jawandhia note que contrairement aux fonctionnaires, qui bénéficient d’indemnités
de cherté liées à l’inflation et d’augmentations de salaire, les agriculteurs
ne bénéficient d’aucune protection de ce type. Les difficultés financières,
associées à un accès limité aux services de santé mentale, alimentent la
dépression. Le suicide de Sachin et Jyoti Jadhav, un couple d’agriculteurs de
Parbhani, en avril 2025, qui a laissé deux filles orphelines, montre qu’il est
urgent de s’attaquer aux problèmes de santé mentale de toute urgence.
Réponse du gouvernement
Dans l’ordre constitutionnel, l’agriculture
relève de la compétence des États, mais de nombreuses décisions importantes
dans ce secteur sont prises par le gouvernement central, a déclaré Jawandhia. «
J’ai soulevé cette question devant M. Swaminathan lorsqu’il était président de
la Commission nationale des agriculteurs. Il a ri et a accepté de recommander
au gouvernement central d’inscrire l’agriculture sur la liste des compétences
concurrentes. Cependant, cette proposition n’a pas encore été acceptée au
niveau politique », a-t-il ajouté.
Quoi qu’il en soit, les
gouvernements ont une réponse toute faite aux questions troublantes sur les
suicides d’agriculteurs. En voici un exemple tiré du Rajya Sabha [Conseil des
États, chambre haute du parlement fédéral], en réponse à une question simple
posée le 4 mai dernier : « L’agriculture étant une compétence des États, ce
sont les gouvernements des États qui fournissent l’aide. Cependant, le
gouvernement indien soutient les efforts des États par des mesures politiques
appropriées, des allocations budgétaires et divers programmes. Les différents
programmes du gouvernement indien visent à améliorer le bien-être des agriculteurs
en augmentant la production, les revenus et le soutien au revenu des
agriculteurs. Le gouvernement a considérablement augmenté les crédits
budgétaires alloués au ministère de l’Agriculture et du Bien-être des
agriculteurs (DA&FW), qui sont passés de 219,335 milliards de roupies en
2013-2014 à 1 225,287 milliards de roupies en 2024-2025. » Le ministre énumère
ensuite 28 grands programmes visant à améliorer le revenu global des
agriculteurs. De leur côté, les États publient des données sur l’aide accordée
aux proches des victimes éligibles. Mais il est difficile de trouver des
preuves empiriques que ces mesures ont inversé la tendance au suicide.
Mesures sociales et problèmes
Indemnisation : 1 lakh
de roupies pour les familles des agriculteurs décédés, mais seuls 376 des 767
cas de suicide entre janvier et mars 2025 ont été approuvés, avec 295 lakhs de
roupies demandés par huit districts et seulement 18 lakhs versés.
MSP : les
achats limités effectués par 562 centres ne permettent pas d’empêcher les
ventes en dessous du MSP.
Aide financière : une
aide annuelle de 12 000 roupies (6 000 roupies provenant du gouvernement
central et 6 000 roupies provenant du gouvernement de l’État dans le cadre du
programme PM Kisan Samman Nidhi) compensée par la GST et la hausse des coûts
des intrants
Accompagnement psychologique : les
séances de soutien psychologique visent à dissuader les suicides, mais leur
ampleur est insuffisante
Priorité à la canne à sucre : le
vice-ministre en chef Ajit Pawar a proposé une loi pour protéger les
producteurs de canne à sucre. Les producteurs de coton, majoritaires dans le
Vidarbha, se sentent négligés en raison de l’influence politique des
coopératives de canne à sucre. Jawandhia critique l’accent mis sur la canne à
sucre, soulignant que les producteurs de coton sont traités comme des «
orphelins » dans le Vidarbha.
Voix sur le terrain
Les agriculteurs et les militants
soulignent la négligence systémique qui a conduit à la crise. Sanjay Patil est
passé du coton aux vergers de citronniers en raison de pertes insurmontables.
Ajit Nawale, de Kisan Sabha, a comparé les politiques indiennes aux subventions
usaméricaines et européennes, accusant le gouvernement de favoriser les
négociants. Il a déclaré que le gouvernement fédéral accordait 6 000 roupies
aux agriculteurs pauvres et dans le besoin dans le cadre du programme Kisan
Samman, mais que sous le couvert d’une taxe sur les produits chimiques, les
engrais et les pesticides de 18 %, il soutirait aux agriculteurs plus d’argent
que les subventions qu’il leur accordait. « J’appelle les agriculteurs à s’unir
et à lutter contre le gouvernement et ses politiques », a-t-il suggéré.
Quant à Jawandhia, il a déclaré :
« Les cousins Thackeray se sont unis sur la question de la langue marathi et se
sont opposés à l’imposition de l’hindi dans le Maharashtra, mais pourquoi aucun
politicien ne se mobilise pour la cause des agriculteurs de l’État ? »
Aller de l’avant
Pour faire face à la crise des
suicides dans le secteur agricole, des réformes structurelles sont nécessaires
:
Régime du prix minimum de soutien
(MSP) : selon Jawandia, l’application du MSP en tant que droit
légal pourrait garantir des prix équitables. En outre, aucune récolte ne
devrait être vendue en dessous du MSP.
Infrastructures d’irrigation : il est
essentiel de développer l’irrigation dans le Vidarbha et le Marathwada,
éventuellement grâce à des projets tels que le barrage de Khadakpurna. Le
manque d’installations d’irrigation a coûté la vie à de nombreux agriculteurs,
dont Nagare.
Soutien en santé mentale : le
renforcement des services de conseil pourrait aider à soulager la détresse
psychologique.
La lettre de suicide de Nagare
exigeait des mesures ; les décès des Jadhav ont laissé leurs filles orphelines.
Tant que les problèmes de dette, de pénurie d’eau et de volatilité des marchés
ne seront pas résolus, les fermes du Maharashtra resteront un cimetière pour
leurs agriculteurs.
Illustrations : Sourav Roy
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Partha Chatterjee, Studies in Humanities and Social Sciences, Vol. II, No.2, 1996, pp. 153-169
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
« La nôtre est la modernité des anciens colonisés. Le même processus historique qui nous a enseigné la valeur de la modernité a également fait de nous les victimes de la modernité. Notre attitude à l’égard de la modernité ne peut donc qu’être profondément ambiguë. Cela se reflète dans la manière dont nous avons décrit nos expériences de la modernité au cours du dernier siècle et demi […]. Mais cette ambiguïté ne provient pas d’une quelconque incertitude quant à savoir s’il faut être pour ou contre la modernité. L’incertitude vient plutôt du fait que nous savons que pour façonner les formes de notre propre modernité, nous devons parfois avoir le courage de rejeter les modernités établies par d’autres. À l’époque du nationalisme, il y a eu de nombreux efforts de ce type qui reflétaient à la fois le courage et l’inventivité. Tous n’ont bien sûr pas connu le même succès. Aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, le temps est peut-être venu de mobiliser à nouveau ce courage. Peut-être devons-nous réfléchir à “ces jours-là” et “ces jours-ci” de notre modernité. »
17/02/2025
SIDDHARTYA ROY
Le projet nationaliste hindou de Modi au Jammu-et-Cachemire est devenu un cauchemar pour les Hindous
Siddharthya Roy, Drop Site News, 16/2/2025
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Siddharthya Roy est un
journaliste indien indépendant qui se concentre sur les conflits politiques et
les insurrections en Asie du Sud. Avec une formation d'ingénieur et des années
passées à coder, il s'est tourné vers le journalisme professionnel en 2011.
Après avoir obtenu une maîtrise en politique et affaires internationales à
l'université de Columbia en 2018, il a obtenu la bourse du Pulitzer Center for
Crisis Reporting pour ses reportages sur les groupes néo-djihadistes en Asie du
Sud, enquêtant sur la traite des êtres humains et le trafic de drogue dans les
camps rohingyas. Il a lancé le premier programme de journalisme de données et
informatique en Inde au Symbiosis Institute Of Media and Communication. Il
partage son temps entre le nomadisme numérique et le rêve de devenir un nomade
analogique. Auteur de The Company of Violent Men:
Stories from the Bloody Fault Lines of the Subcontinent, Ebury Press, 2024
Comme l'ont montré le président Donald Trump et le premier ministre indien Narendra Modi lors de leur rencontre à Washington cette semaine, les deux dirigeants ont beaucoup en commun : une préférence pour le nationalisme musclé et un désir de rendre leurs pays respectifs à nouveau “grands” en poussant vers le haut l'homme de la rue, du moins en théorie.
Mais on a peu évoqué la façon dont Modi et son parti, le Bharatiya Janata Party, s'efforcent de transformer l'Inde d'une république laïque en un État nationaliste hindou, et cela nulle part de manière plus frappante qu'au Jammu-et-Cachemire.
Avant la partition de 1947, le Cachemire était un royaume à majorité musulmane dirigé par un roi hindou qui cherchait à obtenir son indépendance à la fois de l'Inde et du Pakistan. Mais le Pakistan, revendiquant le Cachemire pour son identité musulmane, a lancé une offensive armée. En octobre 1947, le roi, incapable de résister, s'est tourné vers l'Inde pour obtenir de l'aide, ce qui a conduit à l'absorption du Cachemire en tant qu'État fédéral doté d'une autonomie exceptionnelle : sa propre constitution, son drapeau et des droits fonciers exclusifs pour les Cachemiris.
Cette paix fragile s'est effondrée. Le militantisme soutenu par le Pakistan et les répressions brutales de l'armée indienne ont transformé le Cachemire en une zone de conflit fortement militarisée. Dans ce chaos, les deux parties ont joué à des jeux démographiques dangereux. Dans les années 1990, les militants islamistes ont violemment expulsé les Pandits du Cachemire, la communauté hindoue indigène de la région, afin d'affirmer la domination musulmane. Parallèlement, les nationalistes hindous considèrent la majorité musulmane du Cachemire comme une cicatrice dans leur vision d'une Inde à dominante hindoue.
En août 2019, Modi a supprimé l'autonomie du Cachemire et dissous son assemblée législative, une décision qui répondait à un objectif nationaliste hindou, mais qui a créé une série de nouveaux défis sécuritaires que l'État indien n'est pas en mesure de relever.
Comme le rapporte Siddharthya Roy ci-dessous, l'abrogation de l'autonomie par la force des armes a rendu le gouvernement aveugle aux réalités du terrain, lui a coupé les yeux et les oreilles, et a attisé la confusion et les tensions entre l'armée, la police, les bureaucrates et les politiciens. Et, pour la première fois depuis les années 1990, elle a placé les civils hindous directement dans la ligne de mire des militants soutenus par le Pakistan.- La rédaction de Drop Site News
Un soldat paramilitaire indien monte la
garde sous le regard d'un garçon du Cachemire pendant que les électeurs
attendent de voter lors des élections dans le district de Kupwara au nord du
Cachemire. Photo Faisal Bashir/SOPA Images/LightRocket via Getty Images
Dans la soirée du 29 mai 2024,
Kupwara, un district niché dans les vallées accidentées du Jammu-et-Cachemire,
est devenu le théâtre d'une confrontation violente, dramatique et
embarrassante. Tout a commencé par un raid de la police du Jammu-et-Cachemire sur
un trafic de stupéfiants présumé. Les officiers ont agi rapidement, sur la base
de renseignements glanés dans des communications interceptées qui, selon eux,
les conduiraient à un personnage clé lié à la fois au trafic de drogue et au
militantisme transfrontalier. Pour les officiers, il s'agissait d'une opération
classique, dont ils ne pensaient pas qu'elle déboucherait sur une confrontation
armée. Mais lorsqu'ils sont arrivés à la maison du suspect, ils ont fait une
découverte stupéfiante : Il s'agissait d'un soldat de l'armée territoriale, une
composante de réserve de l'armée indienne chargée de soutenir la sécurité
intérieure.
La situation s'est rapidement
aggravée. Vers 21 h 40, 30 à 40 soldats armés de l'armée territoriale, dirigés
par trois lieutenants-colonels, ont pris d'assaut le poste de police de Kupwara
après avoir appris le raid. Les soldats ont agressé les policiers à coups de
crosse et à coups de poing, laissant quatre policiers hospitalisés, selon des
témoins oculaires et les caméras de vidéosurveillance. Au
milieu du chaos, les soldats se seraient emparés des téléphones portables des
blessés et auraient enlevé l'agent principal. L'incident a bouleversé ce qui,
jusqu'alors, avait été une longue histoire de coordination entre la police
locale et les autorités fédérales.
Le lendemain, la police de l'État
de Jammu-et-Cachemire a engagé des poursuites pénales à l'encontre de 16
membres de l'armée. Mais les autorités militaires ont semblé indifférentes,
qualifiant l'épisode de “malentendu mineur” résolu pacifiquement, malgré les
preuves vidéo et les témoignages montrant le contraire. Un porte-parole de la
défense basé à Srinagar est allé plus loin en qualifiant les rapports sur
l'altercation de “mal fondés et incorrects”. Dans la majeure partie de l'Inde,
un épisode aussi choquant donnerait lieu à des poursuites judiciaires rapides -
dans le cas présent, aucune mesure de ce type n'a été prise. Mais le Cachemire,
ligne de fracture dans le conflit intense qui oppose depuis des décennies
l'Inde et le Pakistan, a toujours été un cas unique.
En août 2019, Narendra Modi, le
Premier ministre indien, a privé le Jammu-et-Cachemire de son statut spécial,
en le divisant en deux territoires sous le contrôle direct de New Delhi et en
dissolvant l’assemblée parlementaire de l'État. Ce faisant, il a mis à bas un
compromis vieux de sept décennies visant à sauvegarder l'identité unique de la
seule région à majorité musulmane de l'Inde. Pour mener à bien sa prise
de pouvoir, Modi a révoqué deux dispositions constitutionnelles : l'article
370, qui accordait au Jammu-et-Cachemire le droit à sa propre constitution
ainsi qu'un contrôle important sur les questions internes, et l'article 35A,
qui donnait à la législature de l'État le pouvoir d'empêcher les non-résidents
de s'y installer ou d'y acquérir des terres. Les représentants du gouvernement
indien ont fait des gestes pour restaurer le statut d'État du
Jammu-et-Cachemire en s'engageant à organiser des élections au niveau de
l'État.
Les critiques ont considéré que
ces mesures prises par Modi s'inscrivaient dans le cadre d'un effort concerté
visant à ouvrir la voie à des changements démographiques et à poursuivre la
mission du BJP, qui consiste à transformer l'Inde d'une nation laïque en un
État nationaliste hindou. La suppression des protections contre la propriété
foncière des non-Kashmiris a suscité des craintes de colonialisme, déclenchant
une résistance locale et une condamnation internationale, en particulier de la
part du Pakistan et des organisations de défense des droits humains, qui ont
qualifié l'abrogation des articles 370 et 35A d'érosion de l'autonomie
historique et de l'identité culturelle du Cachemire.
Pour Modi et le BJP, le statut
unique du Jammu-et-Cachemire a longtemps été un obstacle à leur vision d'une
nation unifiée. « Les articles 370 et 35A n'ont apporté que séparatisme,
népotisme et corruption au peuple du Jammu-et-Cachemire », a déclaré
Modi dans un discours national le 8 août 2019. Le Pakistan, rival historique de
l'Inde, a utilisé l'article 370 « comme un outil pour répandre le
terrorisme » qui a fait 42 000 victimes depuis le début de l'insurrection
en 1989, a-t-il ajouté. » Je suis convaincu que les habitants du
Jammu-et-Cachemire vaincront le séparatisme avec une nouvelle énergie et un
nouvel espoir ».
La fin du statut spécial du
Jammu-et-Cachemire a créé un dangereux vide de normes
constitutionnelles. La dissolution de l'assemblée de l'État et l'imposition du
pouvoir central ont fortement réduit la capacité des représentants élus locaux
à répondre aux griefs ou à demander des comptes aux forces de sécurité. La
neutralisation des institutions locales a, en fait, transféré une plus grande
autorité au gouvernement central indien. Et comme l'abrogation a coupé des
sources locales fiables de renseignements sur les activités des milices et les
menaces émergentes, New Delhi s'est effectivement aveuglé sur les
développements sur le terrain.
Pour compenser, le personnel de
sécurité indien a commencé à inonder le Jammu-et-Cachemire à partir du 5 août
2019. Leur présence accrue dans la région a toutefois eu pour effet d'augmenter
la probabilité d'affrontements entre les civils et les forces armées. Grâce à
l'affaiblissement de l'autorité locale, de multiples forces de sécurité opèrent
désormais sous des autorités concurrentes et sous une surveillance minimale.
L'ensemble de ces facteurs a créé un environnement instable et confus qui,
paradoxalement, est devenu de plus en plus dangereux pour les Hindous de la
région.
Depuis 2023 et jusqu'à la fin de
l'année dernière, une série d'incidents choquants, dont la mêlée de Kupwara,
ont révélé les conséquences inattendues du pari du BJP au Jammu-et-Cachemire : Au
lieu de stabiliser la région, il semble avoir semé les graines d'une agitation
plus importante.
Un État sécuritaire
La menace de violences
communautaires entre Hindous et Musulmans a toujours plané sur le
Jammu-et-Cachemire. Dirigé par un maharaja hindou, ce territoire à majorité
musulmane a cherché à obtenir son indépendance et a reçu le soutien d'une
milice pakistanaise qui l'a envahi en octobre 1947. Le soulèvement qui s'ensuivit
obligea le maharaja à demander le soutien militaire de New Delhi, ce qui
conduisit à l'adhésion du Jammu-et-Cachemire à l'Inde et, deux ans plus tard, à
l'adoption de l'article 370.
Pendant des décennies, l'article
370 a contribué à maintenir un équilibre précaire entre l'autonomie du
Jammu-et-Cachemire, la souveraineté de l'Inde et les liens de la région avec le
Pakistan. Mais au fil des décennies, le militantisme soutenu par le Pakistan
a progressivement transformé le Jammu-et-Cachemire d'un État ordinaire de
l'Union indienne en un État de sécurité, où la responsabilité démocratique et
les droits civils ont été relégués au second plan.
La tension a atteint son
paroxysme à la suite des élections législatives contestées
de 1987, lorsque les jeunes Cachemiris qui avaient participé au processus
démocratique ont constaté que leurs votes étaient devenus pratiquement sans
valeur en raison des fraudes généralisées orchestrées par le parti du Congrès,
qui contrôlait alors le gouvernement central. Nombre de ces jeunes désabusés
ont traversé la frontière pour se rendre au Cachemire sous administration
pakistanaise, avant de revenir plus tard en tant que militants aguerris.
En 1989, l'agitation s'est
transformée en une violente insurrection alimentée par des sentiments
séparatistes et le soutien du Pakistan, ce qui a eu pour effet de militariser
davantage la région et d'accentuer les divisions. L'insurrection des années
1990 qui a suivi a marqué l'ère la plus sanglante du Cachemire, marquée par des
assassinats ciblés d'Hindous cachemiris, qui ont conduit à leur exode massif,
et par le meurtre de centaines de musulmans lors d'opérations contre-insurrectionnelles.
Pendant un certain temps, les
groupes anti-indiens, qu'il s'agisse d'organisations armées comme Lashkar-e
Taiba, le plus grand groupe militant du Cachemire, ou d'organisations non
armées comme la Hurriyat Conference, ont trouvé une place dans la
politique cachemirie, tant qu'ils adhéraient à une règle non écrite :
une règle qui excluait de la liste des cibles toute personne n'appartenant pas
aux forces armées, au gouvernement et aux forces de l'ordre. Mais les
événements de ces deux dernières années semblent indiquer que ce n'est plus le
cas.
MURTAZA HUSSAIN
Alors que Modi se rend à Washington, des USAméricains sikhs affirment que la surveillance et les menaces se poursuivent
La campagne transnationale présumée d’assassinats et d’intimidation visant les dissidents sikhs est loin d’être finie
Murtaza
Hussain, Drop Site News,
14/2/2025
Traduit par Fausto
Giudice, Tlaxcala
Murtaza Hussain est un journaliste d’origine pakistanaise qui a grandi à Toronto et vit aujourd’hui à New York. Après avoir travaillé au site ouèbe The Intercept, il contribue au nouveau site créé par Jeremy Scahill et Ryan Grim, Drop Site News. @MazMHussain
Dans l’après-midi
du 22 décembre 2024, un véhicule blanc s’est arrêté devant les portes de la
maison de l’activiste politique Pritpal Singh à Fremont, en Californie. Les
images de sécurité fournies à Drop Site montrent un homme se garant devant la
propriété, située dans un cul de sac tranquille de la banlieue, sortant de son
véhicule, prenant plusieurs photos de la maison de Singh et des environs, avant
de s’éloigner après avoir été remarqué par des voisins sortant de chez eux.
M. Singh est
un organisateur usaméricain d’origine sikh qui avait déjà précédemment été averti par le FBI que
sa vie était en danger. Ces avertissements ont été émis après une série d’assassinats
et de tentatives d’assassinat d’autres militants sikhs en Amérique du Nord en
2023, qui, selon les USA et le Canada, auraient été orchestrés par des agents
des services de renseignement indiens et dirigés par de hauts responsables du
gouvernement Modi.
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Alors que le
président Donald Trump fait la cour au premier ministre indien Narendra Modi à
Washington cette semaine, des agents des forces de l’ordre enquêtent pour
savoir si des personnes travaillant pour le gouvernement indien continuent de
cibler les USAméricains sikhs dans le cadre d’une série de fusillades, de
menaces et d’incidents d’intimidation non élucidés dans plusieurs pays.
Ces
incidents feraient partie d’une campagne mondiale orchestrée par le
gouvernement indien pour cibler les dissidents à l’étranger, notamment aux USA,
au Royaume-Uni et au Canada. L’Inde est actuellement dirigée par un
gouvernement nationaliste religieux qui a adopté une ligne dure à l’égard du
séparatisme et des mouvements politiques basés sur les minorités dans le pays.
Singh, qui milite
pour les droits des Sikhs et l’indépendance politique, a reçu plusieurs
notifications du FBI concernant des menaces de mort. Le FBI et d’autres agences
de renseignement usaméricaines appliquent une politique connue sous le nom de « devoir
d’avertissement », qui les oblige à fournir des informations sur une
menace imminente pour la vie d’un individu. À peu près à la même époque, M.
Singh a fait état de plusieurs cas où des personnes se sont rendues à son
domicile.
« Nous
avons cinq cas de surveillance suspecte à mon domicile, dont trois au cours des
dernières semaines. D’après ce que nous avons appris grâce à l’alerte du FBI,
nous pensons que cette surveillance est liée au gang de Modi », a déclaré
M. Singh. « Il est stupéfiant d’apprendre du FBI que l’on est la cible d’un
gouvernement étranger alors que l’on pensait être en sécurité chez soi en tant
que citoyen usaméricain ».
Les
militants sikhs en Occident affirment depuis des années qu’ils sont la cible d’attaques
de la part du gouvernement indien, y compris de meurtres présumés. Les
militants visés sont pour la plupart des partisans de la création d’un État
sikh séparatiste en Inde, une cause qui a déclenché une insurrection militante
à l’intérieur de l’Inde dans les années 1980, mais qui est restée largement en
sommeil depuis, vivant principalement comme un thème d’activisme politique de
la diaspora.
L’année
dernière, le gouvernement canadien a publié une série de déclarations publiques
sans précédent, accusant l’Inde d’avoir mené pendant des années une campagne de
meurtres, d’incendies criminels, d’extorsions, de violations de domicile et de
harcèlement politique à l’encontre des militants sikhs dans ce pays. Selon le
gouvernement canadien, cette campagne comprenait les meurtres d’au moins deux
hommes, Hardeep Singh Nijjar et Sukhdool Singh Gill, tous deux tués par balles
lors d’assassinats perpétrés par des gangs qui, selon le Canada, auraient été
dirigés par de hauts responsables du gouvernement indien.

Cette
campagne de violence s’est étendue au territoire usaméricain, selon un acte d’accusation
usaméricain.
En 2024, le ministère usaméricain de la justice a inculpé Vikash Yadav, un agent de renseignement indien accusé d’avoir orchestré un projet d’assassinat visant un citoyen usaméricain à New York la même année. Selon le ministère de la justice, le complot visant à tuer Gurpatwant Singh Pannun, conseiller général de l’organisation séparatiste sikh Sikhs For Justice, n’a été déjoué que lorsque le tueur à gages chargé de l’exécuter s’est avéré être un agent infiltré de la DEA. Un autre homme, Nikhil Gupta, attend actuellement d’être jugé aux USA pour son implication dans cette tentative d’assassinat ratée. L’acte d’accusation contre Gupta laisse entendre que de nombreux autres assassinats ont pu être planifiés après celui de Pannun, Gupta ayant déclaré à l’agent infiltré : “Nous avons tellement de cibles”.
















