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25/03/2026

“Torture et génocide”, un nouveau rapport de Francesca Albanese

 Le 23 mars 2026, un nouveau rapport de la rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese, destiné au Conseil des droits de l’homme, a été publié sous le titre « Torture et génocide ». En voici un bref résumé. Le rapport, traduit par Tlaxcala, peut être téléchargé ci-dessous en cliquant sur l’image.

Torture et génocide en Palestine : une politique systémique

Le rapport de la Rapporteuse spéciale de l’ONU met en lumière une réalité accablante : la torture infligée aux Palestiniens n’est ni accidentelle ni marginale. Elle constitue un pilier central d’un système de domination coloniale et d’un processus génocidaire en cours.

Depuis des décennies, Israël a intégré la violence coercitive dans son appareil de contrôle. Mais depuis octobre 2023, une escalade sans précédent révèle une transformation qualitative : la torture est désormais massive, assumée et dirigée contre l’ensemble du peuple palestinien. Elle ne vise plus seulement des individus, mais une population « en tant que telle ».

Dans les prisons et les camps de détention, les témoignages décrivent un régime de brutalité extrême : passages à tabac, privation de sommeil, famine organisée, violences sexuelles, humiliations systématiques. Des enfants, des médecins, des journalistes, des humanitaires sont arrêtés, torturés, parfois jusqu’à la mort. Les corps sont mutilés, les esprits brisés, les vies détruites. Cette violence n’est pas une dérive : elle est coordonnée, institutionnalisée et revendiquée.

Mais la torture ne se limite pas aux lieux de détention. Le rapport montre que l’ensemble du territoire palestinien est transformé en un “environnement torturant”. À Gaza, le siège, la famine, les bombardements massifs, la destruction des hôpitaux, des écoles et des habitations créent une souffrance collective permanente. La population entière est enfermée dans un espace où la mort, la peur et la privation sont omniprésentes.

En Cisjordanie, la surveillance généralisée, la violence des colons, les déplacements forcés et la destruction des moyens de subsistance prolongent cette logique. La vie quotidienne elle-même devient une forme de torture : une existence marquée par l’insécurité, l’humiliation et la menace constante.

Le droit international est clair : la torture est absolument interdite. Mais le rapport va plus loin. Il démontre que l’usage systématique de la torture contre un groupe constitue un indicateur clé de l’intention génocidaire. En infligeant des souffrances physiques et psychologiques à grande échelle, en détruisant les conditions de vie et en ciblant les structures sociales, Israël met en œuvre une stratégie visant à affaiblir, fragmenter et finalement effacer le peuple palestinien.

Ce système ne repose pas seulement sur l’armée ou les services de sécurité. Il est soutenu par des lois, validé par les tribunaux, légitimé par des discours politiques, relayé par des médias et banalisé dans une partie de la société. La torture devient ainsi une entreprise collective, normalisée et justifiée.

La conclusion du rapport est sans ambiguïté : le génocide en cours se manifeste aussi comme une torture continue, collective et générationnelle. Il ne s’agit pas d’actes isolés, mais d’une architecture cohérente de destruction.

Face à cela, l’inaction internationale n’est plus tenable. Les États ont l’obligation de prévenir, d’enquêter et de poursuivre ces crimes. Mettre fin à la torture signifie aussi mettre fin au système qui la produit : l’occupation, l’apartheid et la colonisation.




20/03/2026

De partenaires de guerre à rivaux politiques : l’Iran pourrait-il mettre le feu au torchon entre Trump et Netanyahou ?

Quatre scénarios possibles d’un clash inéluctable entre le chien et sa queue (les avis divergent sur la question de savoir qui est le chien et qui est la queue)


Mostafa Ahmed, Centre de Recherche Al Habtoor, 18/3/2026

Original : من شركاء حرب إلي خصوم سياسة… هل تشعل إيران الخلاف بين ترامب ونتنياهو؟

English : From Wartime Partners to Political Rivals… Could Iran Ignite a Rift Between Trump and Netanyahu?

Traduit par Tlaxcala

Le partenariat stratégique entre les USA et Israël a longtemps démontré une capacité exceptionnelle à absorber et à gérer les divergences tactiques. Pourtant, les développements accompagnant le lancement de l’opération US « Epic Fury » menée parallèlement à l’opération israélienne « Silent Holy City » fin février 2026, ont soumis cette alliance à un test sans précédent dans le Moyen-Orient moderne. Bien que cette campagne coordonnée ait initialement remporté des succès opérationnels décisifs, notamment l’élimination du guide suprême iranien et le démantèlement de la structure de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), l’image d’alignement complet projetée par Trump et Netanyahou dissimule des divergences fondamentales de visions et d’objectifs.

Une lecture attentive de la trajectoire historique de cette relation, parallèlement à ses contraintes politiques actuelles, suggère qu’un conflit prolongé mettra en lumière la vive divergence des intérêts stratégiques des deux capitales. Alors que la confrontation passe de frappes rapides à une guerre d’usure régionale complexe dont les conséquences s’étendent au-delà de Washington et Tel-Aviv, ces différences évolueront probablement vers des fractures structurelles profondes. Cet article propose une analyse stratégique de cette dynamique émergente, soutenant que les différences fondamentales dans la capacité à absorber les répercussions économiques, à gérer les pertes humaines et à naviguer dans des calendriers électoraux rigides transformeront les désaccords tactiques feutrés en une rupture stratégique ouverte qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ou de nier.

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18/03/2026

Jürgen Habermas : en guise de nécrologie

Il avait dans dans les premiers deux ou  trois quarts de sa vie appartenu à cette Allemagne que nous aimions, celle des « Dichter und Denker » (poètes et penseurs) pour finir sa longue existence (96 ans) du côté des « Richter und Henker » (Juges et bourreaux). Jürgen Habermas a disparu le 14 mars. Il n’a plus eu le temps ou la force de déclarer son soutien à l’opération Furie épique/Ville sainte silencieuse [sic et resic] déclenchée par le duo de bourreaux bien connus contre la terre qui vit fleurir Ibn Sina (Avicenne), Omar Khayyam, Rûmi, Al Ghazali, Sohravardî, Al-Razi, Al-Fârâbî, Molla Sadra et…Ali Shariati. Devenu une vache sacrée de l’Allemagne bien-pensante et mal-agissante, Habermas avait, peu après le 7 octobre 2023, commis un écrit infâme de soutien inconditionnel aux tueurs sionistes. Cette ultime perversion de son « agir communicationnel » lui avait valu une réponse cinglante d’un sociologue iranien, professeur à l’University of Illinois Urbana-Champaign, Asef Bayat, auteur de travaux extrêmement créatifs sur les mouvements sociaux au Machrek et au Maghreb . 

Nous la reproduisons ci-dessous en guise de nécrologie. D’abord parue en anglais dans New Lines Magazine, sa lettre a été traduite en français par la revue Conditions.-FG, Tlaxcala

Jürgen Habermas se contredit lorsqu’il s’agit de Gaza

Lettre à Habermas

Asef Bayat8 décembre 2023


Jürgen Habermas et Asef Bayat. Photo Louisa Gouliamaki/AFP via Getty Images

Cher professeur Habermas,

Vous ne vous souviendrez peut-être pas de moi, mais nous nous sommes rencontrés en Égypte en mars 1998. Vous êtes venu à l’Université américaine du Caire en tant qu’éminent professeur invité pour interagir avec le corps professoral, les étudiants et le public plus généralement. Tout le monde était enthousiaste de vous entendre. Vos idées sur la sphère publique, le dialogue rationnel et la vie démocratique étaient comme un souffle d’air frais à une époque où les islamistes et les autocrates au Moyen-Orient étouffaient la libre expression sous prétexte de « protéger l’islam ». Je me souviens d’une conversation agréable que nous avons eue sur l’Iran et la politique religieuse lors d’un dîner chez un collègue. J’ai essayé de vous transmettre l’émergence d’une société « post-islamiste » en Iran, dont vous avez ensuite semblé faire l’expérience lors de votre voyage à Téhéran en 2002, avant d’évoquer une société « post-séculière » en Europe. Au Caire, nous voyions dans vos concepts fondamentaux un grand potentiel pour promouvoir une sphère publique transnationale et des conversations interculturelles. Nous avons pris à cœur le noyau de votre philosophie communicative sur la façon dont la vérité-consensus peut être atteinte grâce à un débat libre.

Maintenant, quelque 25 ans plus tard, à Berlin, j’ai lu avec plus qu’un peu d’inquiétude et de consternation votre déclaration coécrite sur le principe de solidarité avec Israël concernant la guerre de Gaza. L’esprit de la déclaration réprimande largement ceux en Allemagne qui expriment, par des prises de position ou des manifestations, leur opposition au bombardement incessant de Gaza par Israël en réponse aux attaques épouvantables du 7 octobre du Hamas. Cela sous-entend que ces critiques envers l’État d’Israël sont intolérables parce que le soutien à celui-ci est une partie fondamentale de la culture politique allemande, « pour laquelle la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux méritant une protection spéciale ». Le principe de « protection spéciale » trouve sa source dans l’histoire de l’Allemagne, laquelle est rendue singulière par les « crimes de masse de l’époque nazie ».

Il est louable que vous et la classe politique et intellectuelle de votre pays soyez déterminés à entretenir la mémoire de cette horreur historique afin que jamais des horreurs similaires ne s’abattent sur les Juifs (et je suppose et espère sur d’autres peuples). Mais votre formulation et votre fixation sur l’exceptionnalisme allemand ne laissent aucune marge à la discussion sur la politique d’Israël et les droits des Palestiniens. Lorsque vous confondez les critiques des actions de l’État d’Israël avec des « réactions antisémites », vous encouragez le silence et étouffez le débat.

En tant qu’universitaire, je suis stupéfait d’apprendre qu’en Allemagne, même dans les salles de classe qui devraient être des espaces libres de discussion et d’interrogation, tout le monde demeure silencieux lorsque le sujet de la Palestine est abordé. Les journaux, la radio et la télévision sont à peu près entièrement dépourvus de débat ouvert et significatif sur le sujet. De nombreuses personnes ayant appelé à un cessez-le-feu, y compris juives, ont été licenciées de leurs postes, ont vu leurs événements et leurs récompenses annulés et ont été accusées d’antisémitisme. Comment les gens sont-ils censés délibérer sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas s’ils ne sont pas autorisés à parler librement ? Qu’advient-il de vos fameuses notions de sphère publique, de dialogue rationnel et de démocratie délibérative ?

14/03/2026

Traumatisme normalisé, normalité traumatisée : l’exposition pour la Palestine Kalanlar Filistin à Istanbul

Le 30 mars 2026, l’exposition solidaire « KalanlarFilistin » [Ce qui reste de la Palestine] ferme ses portes après trois mois dans le quartier Harbiye à Istanbul. Milena Rampoldi de ProMosaik a visité cette exposition pour nous et nous fait part de ses impressions. 


Milena Rampoldi, 14/3/2026

À première vue, cette exposition, organisée par l’association culturelle turque Kalyon Kültür, pourrait être vue comme le récit de la destruction sioniste de la vie palestinienne (famille, école, enfance, culture) et donc comme une présentation matérielle du génocide sioniste. Mais ce qui compte vraiment ici, si vous êtes au milieu de l’exposition et que vous en faites l’expérience, ce n’est pas la destruction brutale que vous percevez à la surface, mais ce qui reste et vit après la destruction.


Il s’agit de tout ce que le sionisme ne peut pas atteindre, à savoir l’âme, la résistance et l’humanité. En effet, le titre de cette exposition novatrice, qui bouleverse en quelque sorte la pédagogie muséale classique et ses paradigmes dialectiques, pourrait être traduit en français « Ce qui reste de la Palestine ».

Ce qui reste et se maintient après les bombardements et les frappes aériennes de l’armée israélienne, symbole et essence du néocolonialisme au Moyen-Orient, ce sont la dignité humaine, l’esprit de résistance et l’humanité palestinienne d’un peuple opprimé, mais qui n’est en aucun cas la victime de cette destruction. 

Le visiteur entre dans un dialogue empathique avec la réalité de la guerre en Palestine, qui est « recréée » dans les locaux de l’exposition. Le visiteur perd toute distance. Son empathie est le résultat de l’abolition de toute dialectique entre son existence sûre et stable dans le quartier Harbiye d’Istanbul et le génocide à Gaza. Cependant, le visiteur n’est pas là pour percevoir la Palestine comme un objet au sens d’Edward Said et pour la plaindre comme un bienfaiteur, mais pour apparaître comme un témoin de la Palestine et quitter l’exposition comme un témoin.

Comme le témoignage dans le Coran, le témoignage d’un événement historique n’est pas un droit, mais une obligation. Et cet engagement conduit à une responsabilité éthique. Le visiteur interagit avec la destruction et ne sort pas de sa responsabilité. Puisque l’obligation de défendre la Palestine n’est pas le choix d’une journée ensoleillée à Harbiye, mais l’obligation éthique d’une vie en tant que personne qui pense, témoigne et agit de manière éthique. Comme il est si bien dit sur le site de l’exposition : « Cette exposition n’est pas une visite, c’est une attitude. »

Ce qui reste après la destruction sioniste, c’est le « reste » ontologique, le reste qui s’oppose à toute brutalité ontologique.

« La destruction n’est pas un moment ici, mais une structure qui a gagné en continuité ; le traumatisme est la nouvelle forme de la vie quotidienne. »

Le traumatisme se normalise en Palestine. La vie palestinienne à Gaza est le vestige de cette normalité traumatisée. Cependant, le traumatisme est maintenant aussi un aspect quotidien du visiteur, qui est devenu un confident/témoin responsable pour la vie.

« Les visiteurs ne sont pas invités à un soulagement émotionnel, mais à un débat éthique. Ici, ce n’est pas de la compassion, mais un témoignage qui est attendu. Parce que le témoignage entraîne la responsabilité. »

Il ne s’agit pas de la catharsis du visiteur, comme c’est le cas dans une tragédie grecque, mais de la connaissance gênante du génocide sioniste à Gaza.

Ce qui reste, ce sont des personnes silencieuses et des objets silencieux qui restent immuablement à leur place en tant que témoins de la destruction. Cela peut être vu en particulier dans les pièces où la cuisine, la classe d’école et la maison palestinienne sont montrées après les bombardements israéliens. Le matériel qui reste, un morceau de mur, un pot vide, un pupitre d’école, un tableau noir…, et ces objets sont silencieux. 


Les premières victimes sont toujours les enfants. Car le génocide sioniste est avant tout un génocide d’enfants. Par conséquent, la figure de Handala est également au centre de cette exposition.

Handala est le célèbre personnage de bande dessinée de l’artiste palestinien Naji al-Ali de 1969, qui a des traits autobiographiques très forts. Les enfants assassinés de Gaza et les enfants qui, comme le dessinateur lui-même, sont devenus des réfugiés survivants sont le symbole d’un témoignage qui reste et défie la destruction brutale.

« Ce que l’on peut voir ici n’est pas une perte, mais un temps irrécupérable. »

« Le fil de fer barbelé au centre de l’installation transforme la frontière d’une ligne géographique en une expérience permanente imprimée dans le corps ainsi que dans la mémoire. Cette installation n’est pas conçue comme une composition esthétique ; elle veut que le visiteur ressente immédiatement l’interruption entre aujourd’hui et hier et sa signification éthique. Le travail appelle à l’observation, pas à la pitié. »

Le traumatisme est, comme mentionné, la normalité. La guerre est une continuité et le labyrinthe de l’exposition est une réalité constante. Le visiteur entre dans le labyrinthe. Il y reste volontairement et vit l’obscurité de l’emprisonnement acoustiquement comme une expérience permanente. Les enfants enseignent au visiteur ce qu’est la guerre, acoustiquement et visuellement. Les cris des enfants sont imprimés dans l’esprit et dans l’âme du spectateur témoin. Dans le même temps, la visite guidée de l’exposition éclaire les différents mouvements sur les murs gris du labyrinthe. La violence et la brutalité font partie de la vie quotidienne et ne font pas exception. Vous n’échappez pas à ce labyrinthe, vous restez, écoutez et apprenez péniblement la résistance, qui reste alors comme un écho après votre sortie de l’exposition. 

Lorsque les bombes sont endormies, nous aussi pouvons dormir

Y a-t-il du chocolat au paradis ?

Allah est avec nous

« Ce qui se passe ici n’est pas une déviation, mais l’ordre lui-même. »

Le visiteur ne peut pas sortir de la situation. Ce n’est pas une salle d’évasion, c’est son témoignage de la Palestine, la colonie sioniste du Moyen-Orient d’enfants comme Handala.



L’autre salle, où sont lus les noms des martyrs, remplit la même fonction. Ici aussi, le témoin ne fuit pas, mais reste. La dialectique entre témoignage et témoin est abolie. Nous sommes dans l’espace post-dialectique de la réponse des Palestiniens à l’État sioniste et sa dialectique dépassée.

13/03/2026

L’objectif d’Israël en Iran n’est pas simplement un changement de régime, mais un effondrement total

Pour Israël, un État iranien en faillite, fracturé par une guerre civile, est préférable à tout autre résultat. Ils ne veulent pas seulement changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même.


Traduit par Tlaxcala

Kate McMahon est une journaliste indépendante vivant en Égypte

Après des décennies de guerres désastreuses au Moyen-Orient, les USA ont peut-être enfin retenu une leçon : les changements de régime sont extrêmement difficiles. Éliminer un chef d’État est la partie facile : ce qui vient après ne l’est pas. Si l’objectif sous-jacent est un changement de régime, on s’attend à ce que les USA cultivent une direction alternative supervisant un État plus ou moins fonctionnel. C’est là que les choses tournent mal – et c’est pourquoi peu de gens travaillent sérieusement à un changement de régime en Iran.

Les exemples de telles entreprises avortées sont nombreux. Les USA ont envahi l’Irak en 2003, ils ont tué Saddam Hussein en 2006. Vingt ans plus tard, ils sont toujours en Irak. Les déclarations prématurées de « mission accomplie » contredisaient les longues complications de la construction nationale qui restaient à venir. Aujourd’hui, l’Irak est profondément divisé avec un système politique alambiqué, fracturé selon des lignes ethniques –c’est un État quand même fonctionnel, mais il a fallu deux décennies et demie, des milliards de dollars, environ un million de morts et une vague de terreur dans toute la région pour y arriver. La stabilité que l’Irak a acquise est aussi plus due à l’adaptation politique irakienne qu’au plan usaméricain.

Pendant ce temps, en Afghanistan, les USA ont passé deux décennies à tenter de remplacer les talibans , pour finalement voir les talibans reprendre une nouvelle fois le pouvoir. Et en Syrie, Washington a armé des factions rivales cherchant à renverser Bachar al-Assad, attisant les tensions ethniques et plongeant le pays dans la guerre civile. À un moment donné, des milices armées par le Pentagone combattaient celles armées par la CIA.

Mais la Libye fournit un autre type de récit édifiant. En 2011, des frappes usaméricaines ont aidé à tuer Mouammar Kadhafi. Pourtant, les responsables de l’administration Obama ne se souciaient pas particulièrement d’installer un remplaçant ou de s’impliquer dans le travail compliqué de la construction nationale, laissant les Libyens seuls face aux conséquences et au vide de pouvoir qui a suivi. En 2010, la Libye était l’un des pays les plus riches d’Afrique et jouissait d’un niveau de vie élevé. Aujourd’hui, c’est un État en faillite principalement dirigé par des milices violentes et des trafiquants d’esclaves, marqué par des années de guerre civile.

Actuellement, les USA ont assassiné le guide suprême iranien Khamenei sous le prétexte d’apporter la démocratie en Iran, ou parce qu’ils auront bientôt l’arme nucléaire, une assertion fausse. Quelle est la suite ?

Bien que les responsables de Washington puissent feindre des efforts pour rétablir le Shah, cette tentative est au mieux superficielle. Le fils exilé du dictateur brutal de l’Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979, n’est pas sur le point de rentrer à Téhéran sur un cheval blanc pour remettre le pays en ordre avec le panache d’un monarque. Bien qu’il conserve une base de fans fidèles parmi la diaspora iranienne aux USA – en particulier ceux issus de familles riches qui ont prospéré sous la monarchie violente – il est profondément impopulaire en Iran. Peu de gens envisagent sérieusement de tels fantasmes selon lesquels rétablir un roi qui a vécu en USAmérique pendant quatre décennies se passerait sans accroc.

La restauration monarchiste étant largement écartée, l’attention s’est tournée vers la ligne de succession interne de la République islamique. En discutant d’un successeur potentiel à Khamenei la semaine dernière, Trump a dit à un journaliste : « L’attaque a été si réussie qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Ce ne sera aucun de ceux auxquels nous pensions parce qu’ils sont tous morts. La deuxième ou troisième place est morte ».  Une fois le second fils de Khamenei nommé guide suprême, les responsables israéliens ont promis de l’assassiner ainsi que tous les successeurs suivants.

Les frappes usaméricaines et israéliennes en Iran ont éliminé des chefs de l’opposition viables, y compris des critiques emprisonnés de la République islamique. Apparemment, les USA cibleraient également intentionnellement des activistes de gauche.

Parce qu’en fin de compte, remplacer la République islamique n’est pas l’objectif principal, ni même un objectif souhaitable. L’objectif en Iran est plutôt la balkanisation ethnique et un État en faillite. Ils ne veulent pas changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même. Le but des frappes militaires est de désintégrer les institutions de l’État, alimentant les tensions ethniques et les mouvements sécessionnistes, laissant l’Iran profondément divisé et marqué par la guerre civile et la violence sectaire – un parallèle avec la Syrie de 2015.

Un effondrement politique pourrait intensifier les pressions séparatistes parmi les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est et les Azéris au nord, en particulier si des puissances étrangères cherchaient à exploiter les griefs ethniques. Déjà, l’administration Trump a discuté d’armer des groupes séparatistes en Iran, ce qui refléterait la stratégie horrible utilisée en Syrie et en Afghanistan : donner du pouvoir à des milices brutales se battant entre elles. Mais dans ce cas, sans soldats usaméricains au sol.

Le ministère US de la Guerre n’est donc pas préoccupé par le syndrome irakien et afghan, car ils n’ont apparemment aucune intention de s’empêtrer dans un autre cycle de construction nationale et de guerre sans fin. Ils ont plutôt l’intention de déstabiliser l’Iran, de le laisser aux loups et de se retirer.

Cette trajectoire dystopique ouvre la voie à Israël pour éliminer toute opposition militaire significative dans la région. En Syrie, Israël a passé la dernière année à bombarder l’infrastructure militaire du pays et à anéantir ses capacités – malgré le fait que le nouveau gouvernement soit un allié occidental et n’ait émis aucune menace contre Israël. Il est clair qu’Israël ne tolérera personne dans la région ayant ne serait-ce que le potentiel de le défier.

La doctrine de sécurité d’Israël s’est longtemps concentrée sur le maintien d’un « avantage militaire qualitatif » – en assurant une supériorité technologique et opérationnelle écrasante sur tout rival régional. Codifié dans la loi usaméricaine, le principe est clair : aucun État voisin ne devrait être autorisé à développer la capacité de défier la domination militaire israélienne. Dans ce cadre, un État fragmenté poserait une menace à long terme bien moindre qu’une puissance régionale indépendante capable de reconstruire ses forces.

Il est évident que Netanyahou désire l’éradication de toutes les puissances régionales. Il vocifère depuis 1990 que l’Iran est au bord de la capacité nucléaire, passant trois décennies à chercher une excuse pour que les USA interviennent au nom d’Israël et frappent l’Iran. Bien qu’affaibli, l’Axe de la résistance reste un obstacle tenace à l’expansion des frontières d’Israël dans la poursuite du « Grand Israël », visant non seulement à s’emparer des territoires palestiniens restants, mais à s’étendre en Syrie et au Liban. Par conséquent, la résistance doit être éliminée, et le chemin vers ça passe par l’Iran.

Comme Danny Citrinowicz, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel Aviv, l’a dit au Financial Times cette semaine, résumant la position de son gouvernement sur l’Iran : « Si nous pouvons avoir un coup d’État, tant mieux. Si nous pouvons avoir des gens dans la rue, tant mieux. Si nous pouvons avoir une guerre civile, tant mieux. Israël se moque complètement de l’avenir [ou] de la stabilité de l’Iran ».

D’un point de vue israélien, un Iran fragmenté pris dans une guerre civile est préférable à un nouveau gouvernement, aussi inféodé aux intérêts occidentaux soit-il (voir : Syrie). Pendant ce temps, Trump peut nominalement préférer un changement de régime à un effondrement de l’État, mais il n’est pas disposé à fournir les ressources nécessaires pour y parvenir et finira par se désengager lorsque les coûts commenceront à s’accumuler.

Si le régime iranien tombe, pas seulement ses figures de proue mais l’appareil d’État lui-même, le résultat inévitable sera une déstabilisation massive et une Libye 2.0, voire pire. C’est voulu. Les USA ne se font certainement aucune illusion quant à la possibilité d’imposer la démocratie en Iran, ce qui pourrait potentiellement être réalisé via un soutien à l’opposition ou aux réformistes s’organisant dans le pays, au lieu de les bombarder. Mais Israël ne veut pas que l’Iran ait une démocratie souveraine, il veut le mettre en état d’incapacité, ce qui ouvrirait la voie à sa propre puissance de feu incontrôlée

L’appareil sécuritaire iranien est profondément ancré et ne risque guère de s’effondrer rapidement. Mais si des frappes soutenues réussissent à briser l’État plutôt qu’à simplement affaiblir sa direction, les conséquences seraient catastrophiques. Un pays de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants ne se fracture pas en silence. Des centaines de milliers de personnes mourront, et des millions d’autres seront déplacées. Parce que les bombes ne libèrent jamais, elles fragmentent : les corps, les pays, les sociétés.

05/03/2026

Pourim au Maboulistan

Ci-dessous 2 articles traduits par Tlaxcala qui en disent long sur la folie régnant dans l'unique démocratie nucléaire du Moyen-Orient

Dans ce pays (Israël), tout le monde est devenu fou

Gideon Levy, Haaretz, 5/3/2026

Pas une seule voix de la raison à trouver parmi les commentateurs, les politiciens et le grand public, qui courent tous aux abris toutes les heures mais sourient en en sortant, louant la guerre contre l’Iran et les bénédictions qu’elle apporte. Ça donne presque la nostalgie de 1967.


Des Israéliens religieux célèbrent Pourim dans un parking souterrain qui sert d’abri anti-bombes pendant la guerre contre l’Iran, lundi. Photo Itay Ron

Où a-t-il été décrété que le temps de guerre est aussi un temps pour la bêtise ? Qui a écrit que quand les canons tonnent, les muses ne sont pas seulement silencieuses mais devraient avoir honte ? Cela couvait depuis longtemps, mais ce qui est arrivé cette semaine à la conversation publique en Israël bat tous les records.

Il est déjà impossible de ne pas regretter les albums de la victoire et les chants de gloire de 1967. « Nasser attend Rabin, aïe, aïe, aïe » est subtil comparé aux ordures d’aujourd’hui. Et qui aurait cru qu’on regretterait « Ô Charm el-Cheikh, nous y sommes revenus ». Aujourd’hui c’est : « Enfin nous pourrons vivre libres, enfin nous pourrons respirer, Israël est libre, l’Iran est libre, tout le monde entend le lion rugissant, Alléluia, pour l’armée de l’air, Alléluia pour l’armée... Tu es notre grande fierté » (paroles de Pnina Rosenblum).

Une de Haaretz après la victoire d’Israël dans la guerre de 1967 annonçant que « 200 000 personnes ont visité le mur des Lamentations » et donnant des détails sur la victoire de Tsahal contre les forces jordaniennes. Photo Haaretz

Sauf qu’on ne parle pas seulement de chansons, mais du discours public et médiatique. Ultra-nationaliste, on y est habitué ; militariste, c’est normal aussi. Tout est aligné à droite, il n’y a pas de place pour le doute, pour l’opposition, pour les points d’interrogation ou quoi que ce soit de moins que le respect et les éloges pour l’armée israélienne -- c’est aussi une caractéristique du temps de guerre. Silence, on tire. Seulement du patriotisme dans les studios de télé et de radio et sur les réseaux sociaux. Ce qui est différent cette fois, c’est le niveau du discours ou, disons-le, son niveau incroyablement bas -- jamais auparavant il n’avait été aussi creux, cliché et abrutissant.

Un ancien footballeur est considéré comme la voix de la sagesse, un officier de police militaire la voix de la moralité. Chaque Juif persan est un commentateur. Aux marionnettes que sont les correspondants militaires et leurs collègues couvrant les affaires étrangères, qui ont aussi rejoint le chœur, s’est ajouté un nouveau groupe d’analystes, un type qui n’avait jamais envahi les ondes et les réseaux sociaux avec une telle densité et une telle exclusivité ; des salves de matraquage mental comme on n’en a jamais vu ici. C’est ainsi après deux ans et demi sans vrai journalisme, sans même une couverture minimale de la guerre à Gaza.

Essayez de trouver ne serait-ce qu’une voix de la raison, quelqu’un qui ait quelque chose à dire, qui sache vraiment quelque chose. Pas une seule. Pour Pourim, la personnalité médiatique Avri Gilad est un pilote de l’armée de l’air, l’animateur pour enfants Yuval Shem Tov chante en farsi. Tout le monde est si joyeux : pourquoi ? Ou peut-être que tout cela finira en larmes. Il est inacceptable même d’envisager cette possibilité. L’orgie d’assassinats bat son plein, chaque frappe est une raison de célébrer.


Avri Gilad déguisé en pilote de l’armée de l’air lors d’un journal télévisé de la chaîne 12 sur la guerre contre l’Iran. Capture d’écran de la chaîne 12

Dans le studio de la journaliste Sharon Gal, la fête bat son plein : les ventes d’armes israéliennes vont atteindre de nouveaux sommets, et tout le monde bourdonne de plaisir. « Chaînes de montage dans toute l’Inde... On a conquis l’Inde... On a besoin d’1,4 milliard d’Indiens pour fabriquer pour nous ». Quel monde nouveau et prometteur cette guerre va nous ouvrir. Maintenant, il ne s’agit pas seulement de la rédemption de la terre mais d’argent, de beaucoup d’argent.

L’appel au meurtre ne connaît pas de limites. Un manifestant qui dépasse un journaliste de télévision à toute allure est un scandale national qui nécessite une punition sévère. Un colon qui tue deux agriculteurs ne suscite qu’un bâillement. Un minuscule don européen à une organisation de défense des droits humains est présenté comme une ingérence étrangère dans les affaires de l’État. Une tentative de renverser un régime dans un pays étranger en le bombardant est un geste démocratique légitime. Jusqu’où irons-nous ?

Toute tentative désespérée d’entendre ne serait-ce qu’une voix intelligente est vouée à l’échec. Alors que des discussions intelligentes sur la guerre ont lieu sur les chaînes étrangères, ici seules la stupidité et l’ignorance parlent. Alors que là-bas ils racontent ce qui se passe vraiment en Iran et au Liban, ici ils font un reportage depuis un mariage dans un parking - le non-sens infini est le principal sujet, sans discussion substantielle. C’est ainsi que la stupidité des masses se répand comme un nuage radioactif, détruisant tout sur son passage.

Ça pourrait empirer. Regardez le « conseiller spirituel » du président Donald Trump, qui a été nommé à la tête de son « Bureau de la foi de la Maison Blanche ». Une évangéliste pour la guerre sainte : « J’entends le son de la victoire. J’entends le son des cris et des chants. J’entends un son de victoire. Le Seigneur dit que c’est fait. J’entends la victoire ! Victoire ! Victoire ! “, crie-t-elle en extase. Bientôt, ce sera ici.

Pour Pourim cette semaine, Israël s’est déguisé en Iran

Uri Misgav, Haaretz, 5/3/2026


Des hommes juifs ultra-orthodoxes célèbrent mercredi la fête de Pourim à Jérusalem, en pleine guerre contre l’Iran. Photo Ohad Zwigenberg/AP

Des dirigeants appelant à une guerre totale pour anéantir leurs ennemis ? Oui. Des dirigeants gouvernementaux collaborant avec des fanatiques religieux ? Oui. Des forces de police œuvrant pour réprimer toute dissidence politique ? Oui.

Mardi, Benjamin Netanyahou a été photographié sur la base aérienne de Palmachim en train d’appuyer sur un bouton qui ferait larguer une bombe par un drone sur l’Iran. La scène venait tout droit de Corée du Nord, avec le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, et le secrétaire militaire de Netanyahou, le général Roman Gofman, présents pour les relations publiques.

L’étape suivante du premier ministre fut la version jérusalémite de Téhéran, la yechiva sioniste-religieuse Mercaz Harav, pour une lecture de la megilla de Pourim. Entouré de mollahs barbus et d’étudiants de yechiva échappant à la conscription chantant à partir du Livre d’Esther « les Juifs eurent autorité sur ceux qui les haïssaient », Netanyahu battant la mesure avec eux, en tapant sur la table.

Derrière lui se tenaient ses gardes du corps du Shin Bet, masqués de noir, et son fils aîné, Yaïr (on suppose que son apparition publique a été rendue nécessaire par la tempête déclenchée par un post sur X de Guy Sudri, directeur de contenu de Channel 12 News, insinuant que des membres de la famille de Netanyahou avaient été exfiltrés à l’étranger peu avant l’attaque contre l’Iran).


Netanyahu encadré par ses gardes du corps, la semaine dernière. Photo Yonathan Zindel/Flash90

C’est là, de tous les lieux, au cœur idéologique du racisme juif, de la misogynie et de l’homophobie, que le premier ministre a choisi d’aller avec son fils pendant ce qui ressemble à une guerre de religion moderne. Ce n’était pas un hasard. Israël s’est déguisé en Iran pour Pourim cette semaine. Je ne me souviens pas d’une autre ironie historique qui se soit développée aussi rapidement et vertigineusement.

Il y a des décennies, le journaliste du New York Times Thomas Friedman avait forgé le bon mot appelant Israël « Yad Vashem avec une armée de l’air ». Depuis le début de l’attaque contre l’Iran, du moins selon le gouvernement du Bibistan et les studios de télévision, Israël est « la Yechiva Mercaz Harav avec une armée de l’air ». Le gros du travail de la guerre est fait par les protestataires anti-gouvernementaux de l’armée de l’air et du renseignement militaire tant vilipendés, sa fondation idéologique étant formulée par un large éventail du spectre politique, public et médiatique.


Des Israéliennes célèbrent Pourim dans un parking servant d’abri anti-bombes à Tel Aviv lundi. Photo Itay Ron

Ça commence avec la députée Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit), qui s’est fait photographier costumée en Mangemort au service de l’État : en combinaison du Service pénitentiaire israélien, une corde dans une main et une seringue de poison dans l’autre. À côté d’elle, en chemise blanche, son mari, portant un fusil automatique (un hommage au meurtrier de masse Baruch Goldstein ?) et arborant des pancartes « expulsion », « conquête » et « colonisation ».

Leurs frères judéo-fondamentalistes ont célébré toute la semaine par des pogroms contre les Palestiniens en Cisjordanie et leur poignée d’amis juifs. Dans l’un d’eux, deux frères d’un village près de Naplouse ont été abattus par un colon portant son uniforme de réserviste. ça a continué avec la personnalité médiatique Avri Gilad qui, dans son excitation face à la fenêtre d’opportunité pour un miracle historique, a lancé un appel depuis son domicile du nord de Tel Aviv en faveur de l’occupation, du nettoyage ethnique et de la colonisation juive au Liban, au sud du fleuve Litani.


 
شبكة قدس الإخبارية

 @qudsn

جيش الاحتلال يؤمن هجوم مليشيات المستوطنين ويواصل اقتحام قرية قريوت جنوب نابلس.

L'armée d'occupation sécurise l'attaque des milices de colons et continue de prendre d'assaut le village de Qaryut, au sud de Naplouse.

1:07 PM · 2 mars 2026

Il n’y a pas de limite à leur manque de conscience. Ce n’est pas seulement Netanyahou qui est arrogant et déconnecté, exhortant les Iraniens à descendre dans la rue et à renverser leur horrible régime tyrannique (il s’avère qu’à Téhéran, il est permis et même souhaitable de renverser un mollah au pouvoir). C’est tous ceux qui répètent le slogan « il faut remplacer le régime en Iran » alors même qu’ils soutiennent (ou du moins ignorent) les efforts de ce gouvernement d’extrême droite, religieux, kahaniste, pour établir ici une version juive des Gardiens de la révolution.

Pour plus de détails, voir le jeune homme de 19 ans qui a osé se joindre à une minuscule veillée de protestation contre la guerre sur une place de Tel Aviv. Il a été brutalement arrêté (pour « rassemblement illégal ») et fouillé à nu, bien qu’il ne représente aucun danger, dans le but clair de le harceler et de l’humilier. Quelle est exactement la différence entre cela et la façon dont la milice Bassidj en Iran maltraite les manifestants anti-gouvernementaux là-bas ?

Toute cette folie – l’arrogance, l’euphorie et la joie saisonnière de la guerre (moins d’un an après que Netanyahou, ses collaborateurs et porte-parole nous aavaient dit que la menace nucléaire et balistique iranienne et la menace du Hezbollah étaient éliminées pour des générations) – se déroule dans un emballage messianique-religieux étouffant, inspiré par l’histoire biblique vieille de plusieurs millénaires qui a donné naissance à la fête de Pourim.

Maintenant, le gouvernement et l’armée nous assurent déjà qu’ils s’efforceront de continuer cette merveilleuse guerre au moins jusqu’à Pessa’h, qui est dans un mois (et si c’est le cas, pourquoi ne pas continuer jusqu’au Jour de la Shoah et au Jour du Souvenir ?). Je ne me suis jamais senti aussi triste, étranger et aliéné dans ce pays que j’ai tant aimé autrefois. Israël est en train de disjoncter.

02/03/2026

Lion rugissant ? Chat qui miaule, plutôt

Lyna Al Tabal, Rai Al Youm, 2/3/2026
Traduit par Tlaxcala

Hier matin, Israël s'est réveillé inquiet.  Il a fait le même cauchemar qui le hante chaque nuit.  Il s'est vu sans contrôle. Il a ouvert les yeux rapidement, s'est assis dans son lit, a palpé son corps et a inspecté soigneusement les murs de son existence.  Il fallait que les choses restent à leur place, le monde devait être sous son emprise.

Dans le rêve, il perdait le contrôle, ce qui est impardonnable. Il s'est donc levé hier et a décidé que le Machrek avait besoin d'une nouvelle vague de terreur et d'intimidation sadique.

Il a commencé à halluciner sur l'expression « élimination de la menace existentielle ». La menace est toujours existentielle, l'existence est toujours en danger, et l'occupation est toujours innocente.  Elle peut sentir la mort, elle peut faire évaporer notre sang.  Mais elle est innocente.

Mais la question à laquelle l'entité ne permet pas de répondre est la suivante : Israël est-il prêt pour une longue guerre ? Cette société, qui vit dans une phobie permanente, a-t-elle le courage de mener une longue guerre ? Et son peuple, qui n'a pas encore fini de compter ses fenêtres brisées et ses portes arrachées lors des guerres précédentes.  Des milliers d'Israéliens vivent dans un transit permanent, ils ont été chassés de leurs quartiers et n'y sont pas retournés.

Quelle misère pour cette entité qui se nourrit de cadavres, pour découvrir finalement qu'elle se dévore elle-même.

La guerre chez eux ressemble aux soldes saisonniers : elle revient tous les quelques mois, avec de nouvelles affiches et des couleurs plus criardes, mais la marchandise est la même : du fascisme en conserve, périmé et écœurant au point d'en avoir la nausée.

Puis Donald Trump apparaît, avec son visage qui ressemble à une tomate jaune mûrie à l'excès sous les lampes du solarium, et parle de paix.  Trump n'aime pas les guerres longues. Il préfère les guerres courtes, l'image d'une arme américaine qui bombarde, puis écrit par-dessus un tweet sur la grandeur.

Trump est un poète qui aspire à un Machrek « éviscéré ».  pardon, désarmé.

Sans armes pour le Hamas,
ni pour le Hezbollah,
ni pour l'Iran.
 Ni pour l'Irak.  Ni pour le Yémen.

Sans personne qui ait le droit de tirer, sauf Israël.
Le seul pays à qui tout est permis : l'extermination,
les armes,
les avions,
la dissuasion,
et le droit à la frappe préemptive permanente.

Comment appeler ce modèle qui demande à tout le monde de déposer les armes alors qu'il conserve tous les moyens de puissance ?

Supposons, à titre purement hypothétique, que le miracle se soit produit :

Hamas rend ses armes lors d'un défilé festif sous les flashs des appareils photo et avec les Toyota blanches immaculées ;

le Hezbollah scelle ses entrepôts avec de la cire rouge et jette les clés dans la Méditerranée ;

et l'Iran annonce la fin de ses rêves nucléaires et transforme ses réacteurs en usines de barbe à papa.

Croyez-vous vraiment que le gouvernement israélien se réveillera le lendemain matin, se frottera les yeux et dira : « La paix est venue, asseyons-nous maintenant pour discuter de la fin de l'occupation » ?

Quelle naïveté ! Pensez-vous que les crocs qui ont l'habitude de déchirer la terre et de sucer le sang se transformeront soudainement en sourire hollywoodien ? Se retirera-t-il des terres qu'il a occupées ? Les colonies qui ont poussé comme des champignons seront-elles démantelées ? La solution à deux États deviendra-t-elle soudainement un projet national qu'ils enseigneront à leurs enfants ? Un État qui a pratiqué le génocide à Gaza va-t-il nous sourire ?

Bien sûr que non.  Selon la doctrine de prédation qu'ils pratiquent, dès que notre puissance disparaîtra, Netanyahu ou son remplaçant, peu importe, viendra nous dire : « Nous sommes maintenant inquiets de vos intentions.  Nous avons besoin d'une nouvelle condition ».

Il y a toujours une nouvelle condition.  Ils exigeront que nous retirions les idées de nos têtes, que nous retirions la nostalgie de nos cœurs, que nous retirions l'histoire.

Ils veulent que nous nous rendions, que nous laissions tout derrière nous et que nous disparaissions.

Croyez-moi.  Si nous leur remettons les clés de nos maisons et de nos villes, ils exigeront de nous des excuses officielles pour les avoir fatigués pendant qu’ils nous expulsaient !

Quant à vous, qui faites la queue pour manifester votre solidarité avec Israël et avec la tomate jaune, que ferez-vous demain sur Facebook ? Et comment parfumerez-vous vos tweets sur X ?

Savez-vous vraiment ce que vous faites ?

Laissez-moi vous dire la vérité : personne ne pose la question la plus effrayante.  De combien de guerres cette entité israélienne a-t-elle besoin pour se sentir ne serait-ce qu'une seconde en sécurité ? Combien d’hectolitres de notre sang faut-il verser, et combien de victoires factices cet édifice fragile a-t-il besoin pour se maintenir au pouvoir ?

La vérité est que nous sommes face à un cas de boulimie pathologique de meurtre. Israël ne cherche pas des frontières, il cherche des victimes pour compenser un manque dans son identité.

C'est ainsi que les choses commencent… et c'est ainsi qu'elles finissent. Non pas par un rugissement comme ils le prétendent, mais par une personne pâle, effrayée… terrifiée… hantée par la phobie. Une personne qui a besoin chaque matin de tuer, de détruire, de brûler, juste pour se prouver à elle-même qu'elle n'a pas peur.

Ils construisent des murs plus hauts, ils inventent des missiles plus intelligents, mais ils ne peuvent construire une seule once de réconfort dans le cœur d'un colon.

Malheur à cette entité… Elle croit qu'empiler les cadavres lui fera une patrie, alors que la vérité est que chaque goutte de notre sang est un clou de plus dans le cercueil de son mirage.

 

Khameneitashn et “sacrifices de Pourim ” : le gouvernement israélien et les complotistes de tous bords mélangent Pourim et la guerre contre l’Iran


La proximité des frappes usraéliennes sur l’Iran avec la fête juive de Pourim - qui célèbre le triomphe du peuple juif dans l’ancienne Perse - a fourni une abondance de matière à déclarations pour les responsables israéliens, les créateurs de mèmes et les complotistes antisémites.

Une famille juive ultra-orthodoxe, avec un enfant déguisé pour Pourim, debout devant un abri après avoir entendu une alerte annonçant l’arrivée de missiles iraniens, à Haïfa, dans le nord d’Israël, dimanche. Photo  Shir Torem / Reuters

Linda Dayan , Haaretz, 1/3/2026

Original anglais: 
Khamenei-taschen and ‘Purim Sacrifices’- Israeli Government and Far-right Conspiracy Theorists Point to Purim Parallels in Iran War

Traduit par Tlaxcala

La frappe usraélienne contre l’Iran était en préparation depuis des mois. Le New York Times a rapporté dimanche que la CIA suivait les déplacements du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, depuis des mois. Lorsqu’ils ont appris qu’il assisterait à une réunion de hauts responsables iraniens samedi matin, ils ont saisi l’occasion. Les USA ont transmis l’information à Israël, qui a mené des frappes contre les figures de proue du régime.

Mais ce timing a une autre importance en Israël et pour les Juifs du monde entier : la guerre a été déclenchée quelques jours seulement avant la fête de Pourim, qui commence lundi soir. Depuis plus de 2 000 ans, les Juifs célèbrent cette fête -- l’une des rares dans le judaïsme fondée sur la joie. Son texte, le Livre d’Esther, est centré sur la communauté juive de Perse pendant l’exil babylonien. Ses rebondissements hauts en couleur et les subversions de son propre récit en font une lecture divertissante deux millénaires plus tard.

Le roi Assuérus, décadent et influençable, après s’être débarrassé de sa femme désobéissante Vashti, cherche une jeune épouse. Au même moment, son grand vizir -- un homme méchant et hautain nommé Haman -- constate qu’un Juif nommé Mardochée refuse de se prosterner devant lui, ne s’agenouillant que devant Dieu. Haman prend cela très personnellement et décide que tout le peuple juif doit payer.

Il dit à son roi : « Il y a dans toutes les provinces de ton royaume des gens dispersés et séparés parmi le peuple, dont les lois sont différentes de celles de tous les peuples et qui n’observent point les lois du roi ». Il demande la permission de les massacrer, et Assuérus acquiesce. Il tire au sort (pour, dans le texte hébreu) pour décider de la date du massacre, et Haman fait ériger une potence pour y pendre personnellement Mardochée.

Des hommes lisent le Livre d’Esther tandis que des enfants déguisés regardent, à Jérusalem pendant Pourim 2024. Photo  Olivier Fitoussi

Ce qu’il ignore, cependant, c’est que la fiancée que le roi volage a choisie est Esther -- la nièce de Mardochée, et une Juive. Mardochée rappelle à Esther que sa nouvelle vie au palais ne la sauvera pas du génocide imminent de son peuple, et la convainc de faire sa part pour sauver la nation. Banquets et péripéties bouleversantes s’ensuivent, et la reine juive révèle son identité et les machinations cruelles d’Haman à Assuérus. Haman est pendu à la potence qu’il avait construite pour Mardochée, les Juifs se réjouissent et le reste de l’histoire, qui comprend la vengeance des Juifs contre les milliers de personnes de l’ancienne Perse qui leur avaient fait du tort, est plus ou moins passé sous silence.

La fête est marquée par la lecture à voix haute du Livre d’Esther, en faisant le plus de bruit possible lorsque le nom d’Haman est lu, par l’envoi de paniers de friandises aux amis et à la famille, par le déguisement et en se saoulant copieusement. Parmi une série de fêtes lugubres, elle est la préférée de la foule, ce qui peut se comprendre.

La frappe a été menée pendant Shabbat Zachor, le samedi qui précède Pourim. À cette occasion, des extraits des livres du Deutéronome et de Samuel sont lus dans les synagogues, dans lesquels les Israélites reçoivent l’ordre de se souvenir des mauvaises actions de la nation d’Amalek, qui les a attaqués sans provocation pendant l’exode d’Égypte, et de les exterminer. De nos jours, Amalek est rarement considéré comme un groupe ethnique ou un peuple, mais comme un archétype de la méchanceté et du désir d’anéantir le peuple juif -- parfois appliqué par les nationalistes religieux aux ennemis d’Israël.

Des manifestants protestent contre l’assassinat du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei devant le consulat israélien à Istanbul dimanche. Photo Khalil Hamra/AP

De l’ancienne Perse à Téhéran aujourd’hui

Au moment où les tensions entre Washington et Téhéran se sont intensifiées, des mèmes opportuns sur Pourim circulaient déjà. Le rabbin Zalmy Fogelman de la Village Synagogue de New York a posté une photo du président Trump rencontrant le commentateur de droite et complotiste de plus en plus antisémite Tucker Carlson à la Maison Blanche. Il l’a légendée : « Il y a dans toutes les provinces de ton royaume des gens dispersés et séparés parmi le peuple », présentant Carlson comme le Haman antisémite et Trump comme le roi capricieux.


Après le début de l’opération militaire contre l’Iran samedi, de plus en plus de personnes discutent des parallèles. L’idée d’une tentative de personnages perses d’exterminer le peuple juif, pour ensuite être victimes de ceux dont ils voulaient faire leurs victimes, semble troublante. Le fait que l’opération ait été initiée par les puissants USA, dirigés par un roi potentiel aimant le luxe et d’humeur changeante, n’a fait que renforcer la comparaison.

Un panneau d’affichage à Tel Aviv, en octobre 2025, comparant Trump à l’ancien roi perse Cyrus. Photo Moti Milrod