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15/04/2026
25/03/2026
“Torture et génocide”, un nouveau rapport de Francesca Albanese
Le 23 mars 2026, un nouveau rapport de la rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese, destiné au Conseil des droits de l’homme, a été publié sous le titre « Torture et génocide ». En voici un bref résumé. Le rapport, traduit par Tlaxcala, peut être téléchargé ci-dessous en cliquant sur l’image.
Torture et génocide en Palestine : une politique
systémique
Le
rapport de la Rapporteuse spéciale de l’ONU met en lumière une réalité
accablante : la torture infligée aux Palestiniens n’est ni accidentelle ni
marginale. Elle constitue un pilier central d’un système de domination
coloniale et d’un processus génocidaire en cours.
Depuis
des décennies, Israël a intégré la violence coercitive dans son appareil de
contrôle. Mais depuis octobre 2023, une escalade sans précédent révèle une
transformation qualitative : la torture est désormais massive, assumée et
dirigée contre l’ensemble du peuple palestinien. Elle ne vise plus seulement
des individus, mais une population « en tant que telle ».
Dans
les prisons et les camps de détention, les témoignages décrivent un régime de
brutalité extrême : passages à tabac, privation de sommeil, famine organisée,
violences sexuelles, humiliations systématiques. Des enfants, des médecins, des
journalistes, des humanitaires sont arrêtés, torturés, parfois jusqu’à la mort.
Les corps sont mutilés, les esprits brisés, les vies détruites. Cette violence
n’est pas une dérive : elle est coordonnée, institutionnalisée et revendiquée.
Mais
la torture ne se limite pas aux lieux de détention. Le rapport montre que l’ensemble
du territoire palestinien est transformé en un “environnement torturant”. À
Gaza, le siège, la famine, les bombardements massifs, la destruction des
hôpitaux, des écoles et des habitations créent une souffrance collective
permanente. La population entière est enfermée dans un espace où la mort, la
peur et la privation sont omniprésentes.
En
Cisjordanie, la surveillance généralisée, la violence des colons, les
déplacements forcés et la destruction des moyens de subsistance prolongent
cette logique. La vie quotidienne elle-même devient une forme de torture : une
existence marquée par l’insécurité, l’humiliation et la menace constante.
Le
droit international est clair : la torture est absolument interdite. Mais le
rapport va plus loin. Il démontre que l’usage systématique de la torture contre
un groupe constitue un indicateur clé de l’intention génocidaire. En infligeant
des souffrances physiques et psychologiques à grande échelle, en détruisant les
conditions de vie et en ciblant les structures sociales, Israël met en œuvre
une stratégie visant à affaiblir, fragmenter et finalement effacer le peuple
palestinien.
Ce
système ne repose pas seulement sur l’armée ou les services de sécurité. Il est
soutenu par des lois, validé par les tribunaux, légitimé par des discours
politiques, relayé par des médias et banalisé dans une partie de la société. La
torture devient ainsi une entreprise collective, normalisée et justifiée.
La
conclusion du rapport est sans ambiguïté : le génocide en cours se manifeste
aussi comme une torture continue, collective et générationnelle. Il ne s’agit
pas d’actes isolés, mais d’une architecture cohérente de destruction.
Face
à cela, l’inaction internationale n’est plus tenable. Les États ont l’obligation
de prévenir, d’enquêter et de poursuivre ces crimes. Mettre fin à la torture
signifie aussi mettre fin au système qui la produit : l’occupation, l’apartheid
et la colonisation.
20/03/2026
De partenaires de guerre à rivaux politiques : l’Iran pourrait-il mettre le feu au torchon entre Trump et Netanyahou ?
Quatre scénarios possibles d’un clash inéluctable entre le chien et sa queue (les avis divergent sur la question de savoir qui est le chien et qui est la queue)
Mostafa Ahmed, Centre de Recherche Al Habtoor, 18/3/2026
Original : من شركاء حرب إلي خصوم سياسة… هل تشعل إيران الخلاف بين ترامب ونتنياهو؟
English : From Wartime Partners to Political Rivals… Could Iran Ignite a Rift Between Trump and Netanyahu?
Traduit par Tlaxcala
Le partenariat stratégique entre les USA et Israël a longtemps démontré une capacité exceptionnelle à absorber et à gérer les divergences tactiques. Pourtant, les développements accompagnant le lancement de l’opération US « Epic Fury » menée parallèlement à l’opération israélienne « Silent Holy City » fin février 2026, ont soumis cette alliance à un test sans précédent dans le Moyen-Orient moderne. Bien que cette campagne coordonnée ait initialement remporté des succès opérationnels décisifs, notamment l’élimination du guide suprême iranien et le démantèlement de la structure de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), l’image d’alignement complet projetée par Trump et Netanyahou dissimule des divergences fondamentales de visions et d’objectifs.
Une lecture attentive de la trajectoire historique de cette relation, parallèlement à ses contraintes politiques actuelles, suggère qu’un conflit prolongé mettra en lumière la vive divergence des intérêts stratégiques des deux capitales. Alors que la confrontation passe de frappes rapides à une guerre d’usure régionale complexe dont les conséquences s’étendent au-delà de Washington et Tel-Aviv, ces différences évolueront probablement vers des fractures structurelles profondes. Cet article propose une analyse stratégique de cette dynamique émergente, soutenant que les différences fondamentales dans la capacité à absorber les répercussions économiques, à gérer les pertes humaines et à naviguer dans des calendriers électoraux rigides transformeront les désaccords tactiques feutrés en une rupture stratégique ouverte qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ou de nier.
18/03/2026
Jürgen Habermas : en guise de nécrologie
Il avait dans dans les premiers deux ou trois quarts de sa vie appartenu à cette Allemagne que nous aimions, celle des « Dichter und Denker » (poètes et penseurs) pour finir sa longue existence (96 ans) du côté des « Richter und Henker » (Juges et bourreaux). Jürgen Habermas a disparu le 14 mars. Il n’a plus eu le temps ou la force de déclarer son soutien à l’opération Furie épique/Ville sainte silencieuse [sic et resic] déclenchée par le duo de bourreaux bien connus contre la terre qui vit fleurir Ibn Sina (Avicenne), Omar Khayyam, Rûmi, Al Ghazali, Sohravardî, Al-Razi, Al-Fârâbî, Molla Sadra et…Ali Shariati. Devenu une vache sacrée de l’Allemagne bien-pensante et mal-agissante, Habermas avait, peu après le 7 octobre 2023, commis un écrit infâme de soutien inconditionnel aux tueurs sionistes. Cette ultime perversion de son « agir communicationnel » lui avait valu une réponse cinglante d’un sociologue iranien, professeur à l’University of Illinois Urbana-Champaign, Asef Bayat, auteur de travaux extrêmement créatifs sur les mouvements sociaux au Machrek et au Maghreb .
Nous la reproduisons ci-dessous en guise de nécrologie. D’abord parue en anglais dans New Lines Magazine, sa lettre a été traduite en français par la revue Conditions.-FG, Tlaxcala
Jürgen Habermas se contredit lorsqu’il
s’agit de Gaza
Lettre à Habermas
Asef Bayat, 8 décembre 2023
Cher professeur Habermas,
Vous ne vous souviendrez peut-être pas de moi, mais nous nous sommes rencontrés en Égypte en mars 1998. Vous êtes venu à l’Université américaine du Caire en tant qu’éminent professeur invité pour interagir avec le corps professoral, les étudiants et le public plus généralement. Tout le monde était enthousiaste de vous entendre. Vos idées sur la sphère publique, le dialogue rationnel et la vie démocratique étaient comme un souffle d’air frais à une époque où les islamistes et les autocrates au Moyen-Orient étouffaient la libre expression sous prétexte de « protéger l’islam ». Je me souviens d’une conversation agréable que nous avons eue sur l’Iran et la politique religieuse lors d’un dîner chez un collègue. J’ai essayé de vous transmettre l’émergence d’une société « post-islamiste » en Iran, dont vous avez ensuite semblé faire l’expérience lors de votre voyage à Téhéran en 2002, avant d’évoquer une société « post-séculière » en Europe. Au Caire, nous voyions dans vos concepts fondamentaux un grand potentiel pour promouvoir une sphère publique transnationale et des conversations interculturelles. Nous avons pris à cœur le noyau de votre philosophie communicative sur la façon dont la vérité-consensus peut être atteinte grâce à un débat libre.
Maintenant, quelque 25 ans plus tard, à Berlin, j’ai lu avec plus qu’un peu d’inquiétude et de consternation votre déclaration coécrite sur le principe de solidarité avec Israël concernant la guerre de Gaza. L’esprit de la déclaration réprimande largement ceux en Allemagne qui expriment, par des prises de position ou des manifestations, leur opposition au bombardement incessant de Gaza par Israël en réponse aux attaques épouvantables du 7 octobre du Hamas. Cela sous-entend que ces critiques envers l’État d’Israël sont intolérables parce que le soutien à celui-ci est une partie fondamentale de la culture politique allemande, « pour laquelle la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux méritant une protection spéciale ». Le principe de « protection spéciale » trouve sa source dans l’histoire de l’Allemagne, laquelle est rendue singulière par les « crimes de masse de l’époque nazie ».
Il est louable que vous et la classe politique et intellectuelle de votre pays soyez déterminés à entretenir la mémoire de cette horreur historique afin que jamais des horreurs similaires ne s’abattent sur les Juifs (et je suppose et espère sur d’autres peuples). Mais votre formulation et votre fixation sur l’exceptionnalisme allemand ne laissent aucune marge à la discussion sur la politique d’Israël et les droits des Palestiniens. Lorsque vous confondez les critiques des actions de l’État d’Israël avec des « réactions antisémites », vous encouragez le silence et étouffez le débat.
En tant qu’universitaire, je suis stupéfait d’apprendre qu’en Allemagne, même dans les salles de classe qui devraient être des espaces libres de discussion et d’interrogation, tout le monde demeure silencieux lorsque le sujet de la Palestine est abordé. Les journaux, la radio et la télévision sont à peu près entièrement dépourvus de débat ouvert et significatif sur le sujet. De nombreuses personnes ayant appelé à un cessez-le-feu, y compris juives, ont été licenciées de leurs postes, ont vu leurs événements et leurs récompenses annulés et ont été accusées d’antisémitisme. Comment les gens sont-ils censés délibérer sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas s’ils ne sont pas autorisés à parler librement ? Qu’advient-il de vos fameuses notions de sphère publique, de dialogue rationnel et de démocratie délibérative ?
14/03/2026
Traumatisme normalisé, normalité traumatisée : l’exposition pour la Palestine Kalanlar Filistin à Istanbul
Le 30 mars 2026, l’exposition solidaire « KalanlarFilistin » [Ce qui reste de la Palestine] ferme ses portes après trois mois dans le quartier Harbiye à Istanbul. Milena Rampoldi de ProMosaik a visité cette exposition pour nous et nous fait part de ses impressions.
Milena Rampoldi, 14/3/2026
À première vue, cette
exposition, organisée par l’association culturelle turque Kalyon Kültür, pourrait être vue comme le récit de la
destruction sioniste de la vie palestinienne (famille, école, enfance, culture)
et donc comme une présentation matérielle du génocide sioniste. Mais ce qui
compte vraiment ici, si vous êtes au milieu de l’exposition et que vous en
faites l’expérience, ce n’est pas la destruction brutale que vous percevez à la
surface, mais ce qui reste et vit après la destruction.
Il s’agit de tout ce que le sionisme ne peut pas atteindre,
à savoir l’âme, la résistance et l’humanité. En effet, le titre de cette
exposition novatrice, qui bouleverse en quelque sorte la pédagogie muséale
classique et ses paradigmes dialectiques, pourrait être traduit en français « Ce
qui reste de la Palestine ».
Ce qui reste et se maintient après les
bombardements et les frappes aériennes de l’armée israélienne, symbole et
essence du néocolonialisme au Moyen-Orient, ce sont la dignité humaine, l’esprit
de résistance et l’humanité palestinienne d’un peuple opprimé, mais qui n’est
en aucun cas la victime de cette destruction.
Le visiteur entre dans un dialogue empathique avec
la réalité de la guerre en Palestine, qui est « recréée » dans les
locaux de l’exposition. Le visiteur perd toute distance. Son empathie est le
résultat de l’abolition de toute dialectique entre son existence sûre et stable
dans le quartier Harbiye d’Istanbul et le génocide à Gaza. Cependant, le
visiteur n’est pas là pour percevoir la Palestine comme un objet au sens d’Edward
Said et pour la plaindre comme un bienfaiteur, mais pour apparaître comme un
témoin de la Palestine et quitter l’exposition comme un témoin.
Comme le témoignage dans le Coran, le témoignage d’un
événement historique n’est pas un droit, mais une obligation. Et cet engagement
conduit à une responsabilité éthique. Le visiteur interagit avec la destruction
et ne sort pas de sa responsabilité. Puisque l’obligation de défendre la
Palestine n’est pas le choix d’une journée ensoleillée à Harbiye, mais l’obligation
éthique d’une vie en tant que personne qui pense, témoigne et agit de manière
éthique. Comme il est si bien dit sur le site de l’exposition : « Cette
exposition n’est pas une visite, c’est une attitude. »
Ce qui reste après la destruction sioniste, c’est
le « reste » ontologique, le reste qui s’oppose à toute brutalité
ontologique.
« La destruction n’est pas un moment ici,
mais une structure qui a gagné en continuité ; le traumatisme est la
nouvelle forme de la vie quotidienne. »
Le traumatisme se normalise en Palestine. La vie
palestinienne à Gaza est le vestige de cette normalité traumatisée. Cependant,
le traumatisme est maintenant aussi un aspect quotidien du visiteur, qui est
devenu un confident/témoin responsable pour la vie.
« Les visiteurs ne sont pas invités à un
soulagement émotionnel, mais à un débat éthique. Ici, ce n’est pas de la
compassion, mais un témoignage qui est attendu. Parce que le témoignage
entraîne la responsabilité. »
Il ne s’agit pas de la catharsis du visiteur,
comme c’est le cas dans une tragédie grecque, mais de la connaissance gênante
du génocide sioniste à Gaza.
Ce qui reste, ce sont des personnes silencieuses
et des objets silencieux qui restent immuablement à leur place en tant que
témoins de la destruction. Cela peut être vu en particulier dans les pièces où
la cuisine, la classe d’école et la maison palestinienne sont montrées après
les bombardements israéliens. Le matériel qui reste, un morceau de mur, un pot
vide, un pupitre d’école, un tableau noir…, et ces objets sont silencieux.
Les premières victimes sont toujours les enfants.
Car le génocide sioniste est avant tout un génocide d’enfants. Par conséquent,
la figure de Handala est également au centre de cette exposition.
Handala est le célèbre personnage de bande
dessinée de l’artiste palestinien Naji al-Ali de 1969, qui a des traits
autobiographiques très forts. Les enfants assassinés de Gaza et les enfants
qui, comme le dessinateur lui-même, sont devenus des réfugiés survivants sont
le symbole d’un témoignage qui reste et défie la destruction brutale.
« Ce que l’on peut voir ici n’est pas une
perte, mais un temps irrécupérable. »
« Le fil de fer barbelé au centre de l’installation
transforme la frontière d’une ligne géographique en une expérience permanente
imprimée dans le corps ainsi que dans la mémoire. Cette installation n’est pas
conçue comme une composition esthétique ; elle veut que le visiteur
ressente immédiatement l’interruption entre aujourd’hui et hier et sa
signification éthique. Le travail appelle à l’observation, pas à la
pitié. »
Le traumatisme est, comme mentionné, la normalité.
La guerre est une continuité et le labyrinthe de l’exposition est une réalité
constante. Le visiteur entre dans le labyrinthe. Il y reste volontairement et
vit l’obscurité de l’emprisonnement acoustiquement comme une expérience
permanente. Les enfants enseignent au visiteur ce qu’est la guerre, acoustiquement
et visuellement. Les cris des enfants sont imprimés dans l’esprit et dans l’âme
du spectateur témoin. Dans le même temps, la visite guidée de l’exposition
éclaire les différents mouvements sur les murs gris du labyrinthe. La violence
et la brutalité font partie de la vie quotidienne et ne font pas exception.
Vous n’échappez pas à ce labyrinthe, vous restez, écoutez et apprenez
péniblement la résistance, qui reste alors comme un écho après votre sortie de
l’exposition.
Lorsque les bombes sont endormies, nous aussi pouvons dormir
Y a-t-il du chocolat au paradis ?
Allah est avec nous
« Ce qui se passe ici n’est pas une
déviation, mais l’ordre lui-même. »
Le visiteur ne peut pas sortir de la situation. Ce
n’est pas une salle d’évasion, c’est son témoignage de la Palestine, la colonie
sioniste du Moyen-Orient d’enfants comme Handala.
L’autre salle, où sont lus les noms des martyrs,
remplit la même fonction. Ici aussi, le témoin ne fuit pas, mais reste. La
dialectique entre témoignage et témoin est abolie. Nous sommes dans l’espace
post-dialectique de la réponse des Palestiniens à l’État sioniste et sa dialectique dépassée.
13/03/2026
L’objectif d’Israël en Iran n’est pas simplement un changement de régime, mais un effondrement total
Pour Israël, un État iranien en faillite, fracturé par une guerre civile, est préférable à tout autre résultat. Ils ne veulent pas seulement changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même.
Traduit
par Tlaxcala
Kate McMahon est une journaliste indépendante vivant en Égypte
Après
des décennies de guerres désastreuses au Moyen-Orient, les USA ont peut-être
enfin retenu une leçon : les changements de régime sont extrêmement difficiles.
Éliminer un chef d’État est la partie facile : ce qui vient après ne l’est
pas. Si l’objectif sous-jacent est un changement de régime, on s’attend à ce
que les USA cultivent une direction alternative supervisant un État plus ou
moins fonctionnel. C’est là que les choses tournent mal – et c’est pourquoi peu
de gens travaillent sérieusement à un changement de régime en Iran.
Les
exemples de telles entreprises avortées sont nombreux. Les USA ont envahi l’Irak
en 2003, ils ont tué Saddam Hussein en 2006. Vingt ans plus tard, ils sont
toujours en Irak. Les déclarations prématurées de « mission accomplie »
contredisaient les longues complications de la construction nationale qui
restaient à venir. Aujourd’hui, l’Irak est profondément divisé avec un système
politique alambiqué, fracturé selon des lignes ethniques –c’est un État quand
même fonctionnel, mais il a fallu deux décennies et demie, des milliards de
dollars, environ un million de morts et une vague de terreur dans toute la
région pour y arriver. La stabilité que l’Irak a acquise est aussi plus due à l’adaptation
politique irakienne qu’au plan usaméricain.
Pendant
ce temps, en Afghanistan, les USA ont passé deux décennies à tenter de
remplacer les talibans , pour finalement voir les talibans reprendre une nouvelle
fois le pouvoir. Et en Syrie, Washington a armé des factions rivales cherchant
à renverser Bachar al-Assad, attisant les tensions ethniques et plongeant le
pays dans la guerre civile. À un moment donné, des milices armées par le
Pentagone combattaient
celles armées par la CIA.
Mais
la Libye fournit un autre type de récit édifiant. En 2011, des frappes usaméricaines
ont aidé à tuer Mouammar Kadhafi. Pourtant, les responsables de l’administration
Obama ne se souciaient pas particulièrement d’installer un remplaçant ou de s’impliquer
dans le travail compliqué de la construction nationale, laissant les Libyens
seuls face aux conséquences et au vide de pouvoir qui a suivi. En 2010, la
Libye était l’un des pays les plus riches d’Afrique et jouissait d’un niveau de
vie élevé. Aujourd’hui, c’est un État en faillite principalement dirigé par des
milices violentes et des trafiquants d’esclaves, marqué par des années de
guerre civile.
Actuellement,
les USA ont assassiné le guide suprême iranien Khamenei sous le prétexte d’apporter
la démocratie en Iran, ou parce qu’ils auront bientôt l’arme nucléaire, une assertion fausse. Quelle est la
suite ?
Bien
que les responsables de Washington puissent feindre des efforts pour rétablir
le Shah, cette tentative est au mieux superficielle. Le fils exilé du dictateur
brutal de l’Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979, n’est pas
sur le point de rentrer à Téhéran sur un cheval blanc pour remettre le pays en
ordre avec le panache d’un monarque. Bien qu’il conserve une base de fans
fidèles parmi la diaspora iranienne aux USA – en particulier ceux issus de
familles riches qui ont prospéré sous la monarchie violente – il est
profondément impopulaire en Iran. Peu de gens envisagent sérieusement de tels
fantasmes selon lesquels rétablir un roi qui a vécu en USAmérique pendant
quatre décennies se passerait sans accroc.
La
restauration monarchiste étant largement écartée, l’attention s’est tournée
vers la ligne de succession interne de la République islamique. En discutant d’un
successeur potentiel à Khamenei la semaine dernière, Trump a dit à un journaliste : « L’attaque
a été si réussie qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Ce ne sera aucun
de ceux auxquels nous pensions parce qu’ils sont tous morts. La deuxième ou
troisième place est morte ». Une
fois le second fils de Khamenei
nommé guide suprême, les responsables israéliens ont promis de l’assassiner
ainsi que tous les successeurs suivants.
Les
frappes usaméricaines et israéliennes en Iran ont éliminé des chefs de l’opposition
viables, y compris des critiques emprisonnés
de la République islamique. Apparemment, les USA cibleraient également intentionnellement
des activistes de gauche.
Parce
qu’en fin de compte, remplacer la République islamique n’est pas l’objectif
principal, ni même un objectif souhaitable. L’objectif en Iran est plutôt la
balkanisation ethnique et un État en faillite. Ils ne veulent pas changer le
régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même. Le but des
frappes militaires est de désintégrer les institutions de l’État, alimentant
les tensions ethniques et les mouvements sécessionnistes, laissant l’Iran
profondément divisé et marqué par la guerre civile et la violence sectaire – un
parallèle avec la Syrie de 2015.
Un
effondrement politique pourrait intensifier les pressions séparatistes parmi
les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est et les Azéris au nord, en
particulier si des puissances étrangères cherchaient à exploiter les griefs
ethniques. Déjà, l’administration Trump a discuté d’armer des groupes
séparatistes en Iran, ce qui refléterait la stratégie horrible utilisée
en Syrie et en Afghanistan : donner du pouvoir à des milices brutales se
battant entre elles. Mais dans ce cas, sans soldats usaméricains au sol.
Le
ministère US de la Guerre n’est donc pas préoccupé par le syndrome irakien et
afghan, car ils n’ont apparemment aucune intention de s’empêtrer dans un autre
cycle de construction nationale et de guerre sans fin. Ils ont plutôt l’intention
de déstabiliser l’Iran, de le laisser aux loups et de se retirer.
Cette
trajectoire dystopique ouvre la voie à Israël pour éliminer toute opposition
militaire significative dans la région. En Syrie, Israël a passé la dernière
année à bombarder l’infrastructure militaire du pays et à anéantir ses
capacités – malgré le fait que le nouveau gouvernement soit un allié occidental
et n’ait émis aucune menace contre Israël. Il est clair qu’Israël ne tolérera
personne dans la région ayant ne serait-ce que le potentiel de le
défier.
La
doctrine de sécurité d’Israël s’est longtemps concentrée sur le maintien d’un « avantage
militaire qualitatif » – en assurant une supériorité technologique et
opérationnelle écrasante sur tout rival régional. Codifié dans la loi usaméricaine,
le principe est clair : aucun État voisin ne devrait être autorisé à développer
la capacité de défier la domination militaire israélienne. Dans ce cadre, un
État fragmenté poserait une menace à long terme bien moindre qu’une puissance
régionale indépendante capable de reconstruire ses forces.
Il
est évident que Netanyahou désire l’éradication de toutes les puissances
régionales. Il vocifère depuis 1990 que l’Iran est au bord de la capacité
nucléaire, passant trois décennies à chercher une excuse pour que les USA
interviennent au nom d’Israël et frappent l’Iran. Bien qu’affaibli, l’Axe de la
résistance reste un obstacle tenace à l’expansion des frontières d’Israël dans
la poursuite du « Grand Israël », visant non seulement à s’emparer
des territoires palestiniens restants, mais à s’étendre en Syrie et au Liban.
Par conséquent, la résistance doit être éliminée, et le chemin vers ça passe
par l’Iran.
Comme
Danny Citrinowicz, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité
nationale de Tel Aviv, l’a dit au Financial Times
cette semaine, résumant la position de son gouvernement sur l’Iran : « Si
nous pouvons avoir un coup d’État, tant mieux. Si nous pouvons avoir des gens
dans la rue, tant mieux. Si nous pouvons avoir une guerre civile, tant mieux.
Israël se moque complètement de l’avenir [ou] de la stabilité de l’Iran ».
D’un
point de vue israélien, un Iran fragmenté pris dans une guerre civile est
préférable à un nouveau gouvernement, aussi inféodé aux intérêts occidentaux
soit-il (voir : Syrie). Pendant ce temps, Trump peut nominalement préférer un
changement de régime à un effondrement de l’État, mais il n’est pas disposé à
fournir les ressources nécessaires pour y parvenir et finira par se désengager
lorsque les coûts commenceront à s’accumuler.
Si
le régime iranien tombe, pas seulement ses figures de proue mais l’appareil d’État
lui-même, le résultat inévitable sera une déstabilisation massive et une Libye
2.0, voire pire. C’est voulu. Les USA ne se font certainement aucune illusion
quant à la possibilité d’imposer la démocratie en Iran, ce qui pourrait
potentiellement être réalisé via un soutien à l’opposition ou aux réformistes s’organisant
dans le pays, au lieu de les bombarder. Mais Israël ne veut pas que l’Iran ait
une démocratie souveraine, il veut le mettre en état d’incapacité, ce qui
ouvrirait la voie à sa propre puissance de feu incontrôlée
L’appareil
sécuritaire iranien est profondément ancré et ne risque guère de s’effondrer
rapidement. Mais si des frappes soutenues réussissent à briser l’État plutôt qu’à
simplement affaiblir sa direction, les conséquences seraient catastrophiques.
Un pays de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants ne se fracture pas en
silence. Des centaines de milliers de personnes mourront, et des millions d’autres
seront déplacées. Parce que les bombes ne libèrent jamais, elles fragmentent :
les corps, les pays, les sociétés.
05/03/2026
Pourim au Maboulistan
Ci-dessous 2 articles traduits par Tlaxcala qui en disent long sur la folie régnant dans l'unique démocratie nucléaire du Moyen-Orient
Dans ce pays (Israël), tout le monde est devenu fou
Gideon Levy,
Haaretz, 5/3/2026
Pas
une seule voix de la raison à trouver parmi les commentateurs, les politiciens
et le grand public, qui courent tous aux abris toutes les heures mais sourient
en en sortant, louant la guerre contre l’Iran et les bénédictions qu’elle
apporte. Ça donne presque la nostalgie de 1967.
Où
a-t-il été décrété que le temps de guerre est aussi un temps pour la bêtise ?
Qui a écrit que quand les canons tonnent, les muses ne sont pas seulement
silencieuses mais devraient avoir honte ? Cela couvait depuis longtemps, mais
ce qui est arrivé cette semaine à la conversation publique en Israël bat tous
les records.
Il
est déjà impossible de ne pas regretter les albums de la victoire et les chants
de gloire de 1967. « Nasser attend Rabin, aïe, aïe, aïe » est subtil
comparé aux ordures d’aujourd’hui. Et qui aurait cru qu’on regretterait « Ô
Charm el-Cheikh, nous y sommes revenus ». Aujourd’hui c’est : « Enfin
nous pourrons vivre libres, enfin nous pourrons respirer, Israël est libre, l’Iran
est libre, tout le monde entend le lion rugissant, Alléluia, pour l’armée de l’air,
Alléluia pour l’armée... Tu es notre grande fierté » (paroles de Pnina
Rosenblum).
Une
de Haaretz après la victoire d’Israël dans la guerre de 1967 annonçant
que « 200 000 personnes ont visité le mur des Lamentations » et
donnant des détails sur la victoire de Tsahal contre les forces jordaniennes. Photo
Haaretz
Sauf qu’on
ne parle pas seulement de chansons, mais du discours public et médiatique.
Ultra-nationaliste, on y est habitué ; militariste, c’est normal aussi. Tout
est aligné à droite, il n’y a pas de place pour le doute, pour l’opposition,
pour les points d’interrogation ou quoi que ce soit de moins que le respect et
les éloges pour l’armée israélienne -- c’est aussi une caractéristique du temps
de guerre. Silence, on tire. Seulement du patriotisme dans les studios de télé
et de radio et sur les réseaux sociaux. Ce qui est différent cette fois, c’est
le niveau du discours ou, disons-le, son niveau incroyablement bas -- jamais
auparavant il n’avait été aussi creux, cliché et abrutissant.
Un
ancien footballeur est considéré comme la voix de la sagesse, un officier de
police militaire la voix de la moralité. Chaque Juif persan
est un commentateur. Aux marionnettes que sont les correspondants militaires et
leurs collègues couvrant les affaires étrangères, qui ont aussi rejoint le
chœur, s’est ajouté un nouveau groupe d’analystes, un type qui n’avait jamais
envahi les ondes et les réseaux sociaux avec une telle densité et une telle
exclusivité ; des salves de matraquage mental comme on n’en a jamais vu ici. C’est
ainsi après deux ans et demi sans vrai journalisme, sans même une couverture
minimale de la guerre à Gaza.
Essayez
de trouver ne serait-ce qu’une voix de la raison, quelqu’un qui ait quelque
chose à dire, qui sache vraiment quelque chose. Pas une seule. Pour Pourim, la
personnalité médiatique Avri Gilad est un pilote de l’armée de l’air, l’animateur
pour enfants Yuval Shem Tov chante en farsi. Tout le monde est si joyeux : pourquoi
? Ou peut-être que tout cela finira en larmes. Il est inacceptable même d’envisager
cette possibilité. L’orgie d’assassinats bat son plein, chaque frappe est une
raison de célébrer.

Avri Gilad déguisé en pilote de l’armée de l’air lors d’un
journal télévisé de la chaîne 12 sur la guerre contre l’Iran. Capture d’écran
de la chaîne 12
Dans
le studio de la journaliste Sharon
Gal, la fête bat son plein : les ventes d’armes
israéliennes vont atteindre de nouveaux sommets, et tout le monde
bourdonne de plaisir. « Chaînes de montage dans toute l’Inde... On a
conquis l’Inde... On a besoin d’1,4 milliard d’Indiens pour fabriquer pour nous ».
Quel monde nouveau et prometteur cette guerre va nous ouvrir. Maintenant, il ne
s’agit pas seulement de la rédemption de la terre mais d’argent, de beaucoup d’argent.
L’appel
au meurtre ne connaît pas de limites. Un manifestant qui dépasse un journaliste
de télévision à toute allure est un scandale national qui nécessite une
punition sévère. Un colon qui tue deux
agriculteurs ne suscite qu’un bâillement. Un minuscule don européen
à une organisation de défense des droits humains est présenté comme une
ingérence étrangère dans les affaires de l’État. Une tentative de renverser un
régime dans un pays étranger en le bombardant est un geste démocratique
légitime. Jusqu’où irons-nous ?
Toute
tentative désespérée d’entendre ne serait-ce qu’une voix intelligente est vouée
à l’échec. Alors que des discussions intelligentes sur la guerre ont lieu sur
les chaînes étrangères, ici seules la stupidité et l’ignorance parlent. Alors
que là-bas ils racontent ce qui se passe vraiment en Iran et au Liban, ici ils
font un reportage depuis un mariage dans un parking - le non-sens infini est le
principal sujet, sans discussion substantielle. C’est ainsi que la stupidité
des masses se répand comme un nuage radioactif, détruisant tout sur son
passage.
Ça
pourrait empirer. Regardez le « conseiller spirituel » du président Donald
Trump, qui a été nommé à la tête de son « Bureau de la foi de la Maison
Blanche ». Une évangéliste pour la guerre sainte : « J’entends le son
de la victoire. J’entends le son des cris et des chants. J’entends un son de
victoire. Le Seigneur dit que c’est fait. J’entends la victoire ! Victoire !
Victoire ! “, crie-t-elle en extase. Bientôt, ce sera ici.
Pour
Pourim cette semaine, Israël s’est déguisé en Iran
Uri Misgav,
Haaretz, 5/3/2026
Des
dirigeants appelant à une guerre totale pour anéantir leurs ennemis ? Oui. Des
dirigeants gouvernementaux collaborant avec des fanatiques religieux ? Oui. Des
forces de police œuvrant pour réprimer toute dissidence politique ? Oui.
Mardi,
Benjamin Netanyahou a été photographié sur la base aérienne de Palmachim en
train d’appuyer sur un bouton qui ferait larguer une bombe par un drone sur l’Iran.
La scène venait tout droit de Corée du Nord, avec le chef d’état-major de
Tsahal, le général Eyal Zamir, et le secrétaire militaire de Netanyahou, le
général Roman Gofman, présents pour les relations publiques.
L’étape
suivante du premier ministre fut la version jérusalémite de Téhéran, la yechiva
sioniste-religieuse Mercaz Harav, pour une lecture de la megilla de Pourim.
Entouré de mollahs barbus et d’étudiants de yechiva échappant à la conscription
chantant à partir du Livre d’Esther « les Juifs eurent autorité sur ceux
qui les haïssaient », Netanyahu battant la mesure avec eux, en tapant sur
la table.
Derrière
lui se tenaient ses gardes du corps du Shin Bet, masqués de noir, et son fils
aîné, Yaïr (on suppose que son apparition publique a été rendue nécessaire par
la tempête déclenchée par un post sur X de Guy Sudri, directeur de contenu de
Channel 12 News, insinuant que des membres de la famille de Netanyahou avaient
été exfiltrés à l’étranger peu avant l’attaque contre l’Iran).

Netanyahu
encadré par ses gardes du corps, la semaine dernière. Photo Yonathan
Zindel/Flash90
C’est
là, de tous les lieux, au cœur idéologique du racisme juif, de la misogynie et
de l’homophobie, que le premier ministre a choisi d’aller avec son fils pendant
ce qui ressemble à une guerre de religion moderne. Ce n’était pas un hasard.
Israël s’est déguisé en Iran pour Pourim cette semaine. Je ne me souviens pas d’une
autre ironie historique qui se soit développée aussi rapidement et
vertigineusement.
Il y
a des décennies, le journaliste du New York Times Thomas Friedman avait
forgé le bon mot appelant Israël « Yad Vashem avec une armée de l’air ».
Depuis le début de l’attaque contre l’Iran, du moins selon le gouvernement du
Bibistan et les studios de télévision, Israël est « la Yechiva Mercaz
Harav avec une armée de l’air ». Le gros du travail de la guerre est fait
par les protestataires
anti-gouvernementaux de l’armée de l’air et du renseignement militaire
tant vilipendés, sa fondation idéologique étant formulée par un large éventail
du spectre politique, public et médiatique.

Des
Israéliennes célèbrent Pourim dans un parking servant d’abri anti-bombes à Tel
Aviv lundi. Photo Itay Ron
Ça
commence avec la députée Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit), qui s’est fait
photographier costumée en Mangemort au service de l’État : en
combinaison du Service pénitentiaire israélien, une corde dans une main et une
seringue de poison dans l’autre. À côté d’elle, en chemise blanche, son mari,
portant un fusil automatique (un hommage au meurtrier de masse Baruch Goldstein
?) et arborant des pancartes « expulsion », « conquête » et
« colonisation ».
Leurs
frères judéo-fondamentalistes ont célébré toute la semaine par des pogroms
contre les Palestiniens en Cisjordanie et leur poignée d’amis juifs. Dans l’un
d’eux, deux frères d’un village près de
Naplouse ont été abattus par un colon portant son uniforme de
réserviste. ça a continué avec la
personnalité médiatique Avri Gilad qui, dans son excitation face à la fenêtre d’opportunité
pour un miracle historique, a lancé un appel depuis son domicile du nord de Tel
Aviv en faveur de l’occupation, du nettoyage ethnique et de la colonisation
juive au Liban, au sud du fleuve Litani.
شبكة قدس الإخبارية
@qudsn
جيش الاحتلال
يؤمن هجوم مليشيات المستوطنين ويواصل اقتحام قرية قريوت جنوب نابلس.
L'armée d'occupation sécurise l'attaque des milices de
colons et continue de prendre d'assaut le village de Qaryut, au sud de
Naplouse.
Il n’y
a pas de limite à leur manque de conscience. Ce n’est pas seulement Netanyahou
qui est arrogant et déconnecté, exhortant les Iraniens à descendre dans la rue
et à renverser leur horrible régime tyrannique (il s’avère qu’à Téhéran, il est
permis et même souhaitable de renverser un mollah au pouvoir). C’est tous ceux
qui répètent le slogan « il faut remplacer le régime en Iran » alors
même qu’ils soutiennent (ou du moins ignorent) les efforts de ce gouvernement d’extrême
droite, religieux, kahaniste, pour établir ici une version juive des Gardiens
de la révolution.
Pour
plus de détails, voir le jeune homme de 19 ans qui a osé se joindre
à une minuscule veillée de protestation contre la guerre sur une place de Tel
Aviv. Il a été brutalement arrêté (pour « rassemblement illégal ») et
fouillé à nu, bien qu’il ne représente aucun danger, dans le but clair de le
harceler et de l’humilier. Quelle est exactement la différence entre cela et la
façon dont la milice Bassidj en Iran maltraite les manifestants
anti-gouvernementaux là-bas ?
Toute
cette folie – l’arrogance, l’euphorie et la joie saisonnière de la guerre
(moins d’un an après que Netanyahou, ses collaborateurs et porte-parole nous aavaient
dit que la menace nucléaire et balistique iranienne et la menace du Hezbollah
étaient éliminées pour des générations) – se déroule dans un emballage
messianique-religieux étouffant, inspiré par l’histoire biblique vieille de
plusieurs millénaires qui a donné naissance à la fête de Pourim.
Maintenant,
le gouvernement et l’armée nous assurent déjà qu’ils s’efforceront de continuer
cette merveilleuse guerre au moins jusqu’à Pessa’h, qui est dans un mois (et si
c’est le cas, pourquoi ne pas continuer jusqu’au Jour de la Shoah et au Jour du
Souvenir ?). Je ne me suis jamais senti aussi triste, étranger et aliéné dans
ce pays que j’ai tant aimé autrefois. Israël est en train de disjoncter.
02/03/2026
Lion rugissant ? Chat qui miaule, plutôt
Lyna Al Tabal, Rai
Al Youm, 2/3/2026
Traduit par Tlaxcala
Hier matin, Israël s'est réveillé inquiet. Il a fait le même cauchemar qui le hante chaque nuit. Il s'est vu sans contrôle. Il a ouvert les yeux rapidement, s'est assis dans son lit, a palpé son corps et a inspecté soigneusement les murs de son existence. Il fallait que les choses restent à leur place, le monde devait être sous son emprise.
Dans le rêve, il perdait le
contrôle, ce qui est impardonnable. Il s'est donc levé hier et a décidé que le Machrek
avait besoin d'une nouvelle vague de terreur et d'intimidation sadique.
Il a commencé à halluciner sur
l'expression « élimination de la menace existentielle ». La menace est toujours
existentielle, l'existence est toujours en danger, et l'occupation est toujours
innocente. Elle peut sentir la mort,
elle peut faire évaporer notre sang. Mais elle est innocente.
Mais la question à laquelle
l'entité ne permet pas de répondre est la suivante : Israël est-il prêt pour
une longue guerre ? Cette société, qui vit dans une phobie permanente, a-t-elle
le courage de mener une longue guerre ? Et son peuple, qui n'a pas encore fini
de compter ses fenêtres brisées et ses portes arrachées lors des guerres
précédentes. Des milliers d'Israéliens
vivent dans un transit permanent, ils ont été chassés de leurs quartiers et n'y
sont pas retournés.
Quelle misère pour cette entité
qui se nourrit de cadavres, pour découvrir finalement qu'elle se dévore
elle-même.
La guerre chez eux ressemble aux
soldes saisonniers : elle revient tous les quelques mois, avec de nouvelles
affiches et des couleurs plus criardes, mais la marchandise est la même : du
fascisme en conserve, périmé et écœurant au point d'en avoir la nausée.
Puis Donald Trump apparaît, avec
son visage qui ressemble à une tomate jaune mûrie à l'excès sous les lampes du
solarium, et parle de paix. Trump n'aime
pas les guerres longues. Il préfère les guerres courtes, l'image d'une arme
américaine qui bombarde, puis écrit par-dessus un tweet sur la grandeur.
Trump est un poète qui aspire à
un Machrek « éviscéré ». pardon,
désarmé.
Sans armes pour le Hamas,
ni pour le Hezbollah,
ni pour l'Iran.
Ni pour l'Irak. Ni pour le Yémen.
Sans personne qui ait le droit de tirer, sauf Israël.
Le seul pays à qui tout est permis : l'extermination,
les armes,
les avions,
la dissuasion,
et le droit à la frappe préemptive permanente.
Comment appeler ce modèle qui
demande à tout le monde de déposer les armes alors qu'il conserve tous les
moyens de puissance ?
Supposons, à titre purement
hypothétique, que le miracle se soit produit :
Hamas rend ses armes lors d'un
défilé festif sous les flashs des appareils photo et avec les Toyota blanches immaculées ;
le Hezbollah scelle ses entrepôts
avec de la cire rouge et jette les clés dans la Méditerranée ;
et l'Iran annonce la fin de ses
rêves nucléaires et transforme ses réacteurs en usines de barbe à papa.
Croyez-vous vraiment que le
gouvernement israélien se réveillera le lendemain matin, se frottera les yeux
et dira : « La paix est venue, asseyons-nous maintenant pour discuter de la fin
de l'occupation » ?
Quelle naïveté ! Pensez-vous que
les crocs qui ont l'habitude de déchirer la terre et de sucer le sang se
transformeront soudainement en sourire hollywoodien ? Se retirera-t-il des
terres qu'il a occupées ? Les colonies qui ont poussé comme des champignons
seront-elles démantelées ? La solution à deux États deviendra-t-elle
soudainement un projet national qu'ils enseigneront à leurs enfants ? Un État
qui a pratiqué le génocide à Gaza va-t-il nous sourire ?
Bien sûr que non. Selon la doctrine de prédation qu'ils
pratiquent, dès que notre puissance disparaîtra, Netanyahu ou son remplaçant,
peu importe, viendra nous dire : « Nous sommes maintenant inquiets de vos
intentions. Nous avons besoin d'une
nouvelle condition ».
Il y a toujours une nouvelle
condition. Ils exigeront que nous
retirions les idées de nos têtes, que nous retirions la nostalgie de nos cœurs,
que nous retirions l'histoire.
Ils veulent que nous nous
rendions, que nous laissions tout derrière nous et que nous disparaissions.
Croyez-moi. Si nous leur remettons les clés de nos maisons
et de nos villes, ils exigeront de nous des excuses officielles pour les avoir
fatigués pendant qu’ils nous expulsaient !
Quant à vous, qui faites la queue
pour manifester votre solidarité avec Israël et avec la tomate jaune, que
ferez-vous demain sur Facebook ? Et comment parfumerez-vous vos tweets sur X ?
Savez-vous vraiment ce que vous
faites ?
Laissez-moi vous dire la vérité :
personne ne pose la question la plus effrayante. De combien de guerres cette entité israélienne
a-t-elle besoin pour se sentir ne serait-ce qu'une seconde en sécurité ?
Combien d’hectolitres de notre sang faut-il verser, et combien de victoires
factices cet édifice fragile a-t-il besoin pour se maintenir au pouvoir ?
La vérité est que nous sommes
face à un cas de boulimie pathologique de meurtre. Israël ne cherche pas des
frontières, il cherche des victimes pour compenser un manque dans son identité.
C'est ainsi que les choses
commencent… et c'est ainsi qu'elles finissent. Non pas par un rugissement comme
ils le prétendent, mais par une personne pâle, effrayée… terrifiée… hantée par
la phobie. Une personne qui a besoin chaque matin de tuer, de détruire, de
brûler, juste pour se prouver à elle-même qu'elle n'a pas peur.
Ils construisent des murs plus
hauts, ils inventent des missiles plus intelligents, mais ils ne peuvent
construire une seule once de réconfort dans le cœur d'un colon.
Malheur à cette entité… Elle
croit qu'empiler les cadavres lui fera une patrie, alors que la vérité est que
chaque goutte de notre sang est un clou de plus dans le cercueil de son mirage.




















