Ben Cramer, avec la documentation de l’association Robin des Bois, Athena21, 22/2/2026
Au service de l’OTAN - pour confirmer la valeur stratégique de la colonie danoise aux premières heures de la guerre froide, l’implantation militaire usaméricaine est renforcée en 1951. Dans le cadre de l’OTAN. Mais ce ‘traité de défense du Groenland’ de 1951 ne mentionne ni les missiles balistiques, ni le réacteur nucléaire portable, ni les bombes H…Évidemment.
En 1993, des documents déclassifiés de l’U.S. Air Force révèlent que, pendant la majeure partie des années 1960, les bombardiers du Strategic Air Command (SAC) embarquant des armes nucléaires ont régulièrement survolé le Groenland. Or, ce territoire de plus de 2 millions de km² est soumis à l’interdiction danoise de toute présence d’armes nucléaires sur son territoire, selon un protocole mis en place dès 1957. D’où les tractations entre Washington et Copenhague sur les responsabilités partagées qu’ont analysé des experts dont Hans Christensen.
Deux photos d’archives de 1959, date de création, à 1964, fin des
travaux de Camp Century. À gauche, la vitesse de fonte dans la région de Thulé.
© Colgan.
Cette implantation
militaire se fait au détriment du peuple Kalaallit (Inuit). Par exemple : pour accorder son
feu vert à l’agrandissement de la base aérienne de Thulé, Copenhague ne prend
pas la peine de consulter la population locale, représentée par le Conseil des
chasseurs. En lieu et place d’une consultation, le gouvernement danois ordonne
en mai 1953 le transfert/déportation des autochtones de Thulé (les Inughuits),
petite communauté inuite vivant de la chasse et de la pêche traditionnelles. Ils
sont 187 à être contraints de quitter leurs terres millénaires pour s’exiler à
Qaanaaq, à 150 kilomètres au nord. Ils ne recevront un dédommagement qu’en
1999.
Camp Century sans ‘Atoms
for Peace’
En juin 1959 démarre, à
204 km au sud de la base de Thulé, la construction de Camp Century, à 1 290
kilomètres du Pôle Nord. 24 heures sur 24, en profitant du jour polaire, 150 à
200 hommes du U.S. Army Corps of Engineers (USACE ) sont à l’œuvre.
Officiellement, il s’agit de faire vivre une communauté de scientifiques dédiée
à la recherche sur le climat. Mais en fait ….
Camp Century représente la
première étape du projet top secret ‘Iceworm, ‘Ver de glace’. Derrière cette
façade, la base pionnière a pour raison d’être d’étudier la fonctionnalité sous
la calotte glaciaire d’une rampe de lancement de missiles balistiques pour
vitrifier l’URSS. Même si l’installation, y compris de son réacteur nucléaire ‘de
poche’, avait été dévoilée par le Saturday Evening Post dès 1960, l’existence
de ce projet, y compris son volet nucléaire, ne sera finalement rendue publique
qu’en 1997 par l’Institut danois des affaires
internationales, un institut de recherche relevant du
ministère danois des Affaires étrangères.
Le Pentagone ambitionne de
construire un complexe militaire d’environ 135.000 km2 (une
superficie plus vaste que la Grèce) dans lequel pourraient stationner jusqu’à
11 000 soldats. Il est prévu d’y stocker - avec l’ambition d’être indétectables
! - 600 missiles balistiques Minuteman à tête
nucléaire et de les faire circuler entre 2 100 silos dissimulés sous les glaces
de l’Arctique, afin de brouiller les pistes du renseignement soviétique. Mais
aucun missile ne sera finalement déployé sur la base.












