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29/11/2025

Les transformations de la doctrine sécuritaire israélienne après la guerre avec l’Iran : enseignements tirés et stratégies futures de dissuasion

Ameer Makhoul, Progress Center for Policies, 27/11/2025

 :النسخة العربية

تحولات العقيدة الأمنية الإسرائيلية بعد حرب إيران: الدروس المستخلصة واستراتيجيات الردع المقبلة

 Traduit par Tlaxcala

Introduction

Les déclarations des responsables militaires et sécuritaires israéliens — ainsi que les évolutions sur le terrain au Liban, en Syrie et en Cisjordanie — indiquent un changement structurel dans la doctrine sécuritaire d’Israël durant la période qui a suivi la guerre Israël–Iran, à la suite des répercussions de l’échec du 7 octobre 2023 et de la guerre multi-fronts. Ces indicateurs révèlent une reformulation complète des concepts militaires, des piliers de la dissuasion et des cadres opérationnels. Ils reflètent un passage de stratégies de confinement et de dissuasion mutuelle vers des approches plus offensives et préventives, centrées sur la destruction proactive, la redéfinition de la profondeur d’engagement et la volonté d’imposer une guerre d’usure unilatérale et continue sans provoquer de réponses.

Ce document analyse ces transformations à travers une méthodologie comparative combinant discours militaire israélien et évaluations de terrain, et anticipe leurs implications pour l’environnement régional.

Guerre des 12 jours, par Thiago, Brésil

I. Implications stratégiques des déclarations militaires israéliennes

1. La « hardiesse » de l’Iran et l’évolution de la perception de la menace

Boaz Levy, PDG d’Israel Aerospace Industries, a déclaré lors de la conférence UVID2025 que « la plus grande surprise n’était pas technologique, mais comportementale », faisant référence à la disposition de l’Iran à lancer un « volume sans précédent de missiles au cœur d’Israël ».
Cette analyse signale un changement majeur dans la perception israélienne du risque iranien — non seulement comme menace technologique, mais comme preuve de la volonté de l’Iran d’engager une confrontation directe à haut coût au cœur même d’Israël.

Dans cette perspective, Israël accorde la priorité au renforcement de ses capacités de défense antimissile, notamment les systèmes avancés Arrow-4 et Arrow-5, développés en étroite coopération avec les USA.

2. Évaluation de l’INSS : opportunités stratégiques manquées et montée en puissance du Hezbollah

Tamir Hayman, directeur de l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS), affirme qu’Israël continue de « manquer des opportunités stratégiques », notamment celles qui auraient pu stopper le réarmement du Hezbollah après le cessez-le-feu.
Son analyse repose sur l’équation suivante :

  • Si le Hezbollah continue de renforcer ses capacités plus vite qu’Israël ne peut les éroder,
  • Israël devra choisir entre s’adapter à cette montée en puissance et lancer une nouvelle guerre.

Hayman ajoute que, du point de vue israélien, une « domination jihadiste soutenue par la Turquie » pourrait être moins menaçante qu’une « hégémonie iranienne qui renforce le Hezbollah ».

Ces déclarations structurent le comportement militaire israélien au Liban et en Syrie et renforcent l’idée, dominante en Israël, que la principale menace au nord est l’axe Iran–Hezbollah.

II. Transformations sur le terrain dans la conduite militaire israélienne

1. Du confinement à la « fin du confinement » : la doctrine de neutralisation préventive

Les opérations israéliennes dans le sud du Liban indiquent une transition du confinement et de la dissuasion réciproque vers une doctrine de neutralisation préventive des menaces avant qu’elles ne mûrissent.
Cette approche repose sur :

  • L’élargissement du champ d’action militaire aux menaces potentielles, et non seulement présentes ;
  • Le développement d’un renseignement opérationnel doté de capacités « transfrontalières », nécessitant une coordination sophistiquée avec les USA, le Royaume-Uni et l’Allemagne ;
  • Le ciblage d’infrastructures de commandement et de contrôle plus en profondeur au Liban, et non seulement proches de la frontière.

L’objectif est de démanteler les capacités militaires du Hezbollah avant qu’elles ne deviennent une menace stratégique.

2. L’impact du 7 octobre : reconstruire le cadre de référence sécuritaire

L’échec du 7 octobre 2023 a marqué un tournant décisif. « Empêcher un autre 7 octobre » structure désormais l’ensemble des politiques sécuritaires, en ligne avec le concept de « l’Israël spartiate » de Netanyahou, qui implique :

  • La militarisation de la société et de l’économie ;
  • La priorité accordée aux solutions sécuritaires plutôt que politiques ;
  • L’expansion des actions préventives au détriment de la gestion du conflit.

Dans ce contexte, Israël met en œuvre le projet du « Nouveau Levant » dans les territoires syriens occupés — un système avancé de fortifications appuyé par une surveillance basée sur l’IA à travers cinq positions avancées — afin de bloquer toute manœuvre ou infiltration vers le Golan occupé.

Israël a également établi neuf nouveaux sites opérationnels, consolidant un virage vers une présence militaire permanente.

3. Sud-Liban : produire une zone tampon de facto

Le déploiement israélien dans le sud du Liban révèle une approche systématique visant à :

  • Créer les conditions opérationnelles d’une zone tampon de facto sans déclaration officielle ;
  • Consolider cinq positions opérationnelles principales ;
  • Cibler la banlieue sud de Beyrouth afin de relier la géographie du champ de bataille à une pression stratégique.

Ces mesures visent à reconstruire une dissuasion unilatérale tout en réduisant la capacité du Hezbollah à se réarmer, manœuvrer ou lancer des ripostes proportionnelles.

III. Tournant en Cisjordanie : de la surveillance à la fermeture stratégique

Sous prétexte d’empêcher « une opération de type 7 octobre », l’armée israélienne a adopté un modèle en Cisjordanie fondé sur :

  • Le déplacement continu des camps (de réfugiés)-bastions armés (Jénine, Tulkarem) ;
  • La désignation de vastes zones comme zones militaires fermées ;
  • L’imposition de restrictions prolongées sur la circulation des civils ;
  • La projection du combat dans la profondeur de l’adversaire via des opérations préventives de grande ampleur.

Cela marque la fin des politiques traditionnelles de confinement au profit d’un modèle reposant sur un contrôle militaire total.

 

Emad Hajjaj, Palestine/Jordanie

IV. La guerre des drones : la forme de la prochaine confrontation

Les évaluations israéliennes indiquent que les guerres futures se structureront autour des drones offensifs et défensifs, et qu’Israël doit déplacer l’ensemble du théâtre de conflit en territoire ennemi afin d’empêcher les attaques sur sa propre profondeur.
En conséquence, Israël redéfinit sa doctrine frontalière autour du principe de « l’éloignement préventif des menaces » plutôt que leur simple interception.

La récente évacuation à grande échelle des habitants du nord est de plus en plus considérée en Israël comme une « erreur stratégique », poussant l’armée à construire des frontières défensives plus profondes pour empêcher le transfert de la guerre vers le front intérieur.

V. De la dépendance au partenariat : transformation des relations usaméricano-israéliennes

Israël cherche à passer d’une dépendance unilatérale envers les USA à un partenariat stratégique mutuellement bénéfique, en particulier dans :

  • La technologie militaire ;
  • La défense antimissile ;
  • La guerre fondée sur l’intelligence artificielle.

Israël considère la montée en puissance technologique de l’Iran — en partie basée sur la technologie chinoise — comme un facteur clé pour approfondir la coopération militaro-technologique avec les USA, afin de garantir une position avancée dans la course mondiale à la supériorité technologique.

Conclusion

La doctrine sécuritaire israélienne en train d’émerger se caractérise par :

  • L’absence d’horizon politique, les approches militaires éclipsant la diplomatie et la montée du récit de « l’Israël spartiate » ;
  • La reconstruction de la dissuasion par le déplacement de la guerre dans la profondeur des adversaires et le remplacement de la dissuasion mutuelle par une dissuasion unilatérale basée sur la supériorité militaire et technologique ;
  • La transformation de la géographie environnante en zones tampons implicites (sud-Liban, Golan et sud de la Syrie, parties de la Cisjordanie et de Gaza) ;
  • L’adoption d’un modèle de guerre multi-fronts, nécessitant une supériorité technologique et informationnelle combinée, développée conjointement avec les USA ;
  • Un investissement massif dans le complexe militaro-industriel comme principal garant d’une dissuasion durable et d’une supériorité qualitative ;
  • Une redéfinition des relations avec les USA, passant du patronage au partenariat stratégique face à la connexion militaire et technologique Iran–Chine.