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12/02/2026

L’empire vertueux : « Gardons l’Angleterre blanche !» (Churchill, 1955)

Rafael Poch de Feliu, CTXT, 28/1/2026
Traduit par Tlaxcala

Après Gaza, la question que se pose, avec une sensation de vertige, le secteur conscient de l’opinion publique européenne est de savoir comment expliquer la complicité et la coopération des gouvernements, des institutions et des médias européens avec le génocide colonial israélien. La réponse se trouve dans l’histoire : c’est l’histoire coloniale européenne qui rapproche les gouvernements occidentaux du massacre israélien.


L’industrie du divertissement est un outil fondamental de l’hégémonisme occidental. En étroite collaboration avec le complexe politico-militaire, financier et médiatique, sa production pénètre quotidiennement dans tous les foyers et joue un rôle idéologique clé, parfaitement identifié et connu. Rétrospectivement, l’industrie hollywoodienne a réussi à transformer en exploits, épopées et récits romantiques cette encyclopédie universelle de l’infamie que contient l’histoire du colonialisme européen, et plus particulièrement celle des Britanniques, parents directs de l’hégémon actuel. La liste des films glorifiant les grands crimes coloniaux reste à faire, mais il suffit de citer des classiques tels que « Lawrence d’Arabie » (1962), « 55 jours à Pékin » (1963), « Zoulou » (1964) ou « Khartoum » (1966) pour se rappeler comment toute une génération a grandi bercée et divertie par ce genre exaltant dont elle a intériorisé la légende.

Il est instructif de comparer la lecture de n’importe quel ouvrage sérieux sur l’action de l’empire britannique en Inde ou en Chine avec des films tels que « Victoria et Abdul » (2017) de Stephen Frears ou « Tai Pan » (1986) de Daryl Duke, afin de mesurer le niveau de bassesse d’un tel bombardement. Frears présente la relation d’amitié chaleureuse entre la reine Victoria et son serviteur indien à une époque où les Indiens mouraient de faim dans des crises effroyables directement liées à la gestion coloniale. Le film de Duke s’inspire de la figure de William Jardine (1784-1843) pour monter une fiction romantique, érotique et héroïque autour du principal trafiquant de drogue de l’histoire, qui a condamné 150 millions de Chinois à la toxicomanie et est devenu l’un des hommes les plus puissants et les plus riches de son temps.


« Fumez du tabac de l’Empire » : l’Empire Marketing Board (Bureau publicitaire de l’Empire, EMB) a produit plus de 800 affiches de publicité pour inciter les Britanniques à consommer colonial, sans grand succès. Créé en 1926, il a été dissous en 1930.

Après plus de deux siècles de violence, de racisme et d’exploitation, l’empire britannique se présente toujours avec hauteur et arrogance comme une entreprise civilisatrice et exemplaire, aux côtés des empires français, espagnol, portugais, etc., déclarés défectueux ou manifestement défaillants.

« Pour certaines nations, comme l’Espagne par exemple, l’ouverture du monde a été une invitation à la prospérité, au faste et à l’ambition, une ancienne façon de procéder. Pour d’autres, comme les Pays-Bas et l’Angleterre, ce fut l’occasion de faire de nouvelles choses, de surfer sur la vague du progrès technologique », écrit David S. Landes. (Dans : La richesse et la pauvreté des nations, 1998). Cette cohérence avec le « vecteur de progrès » plus qu’ambigu que souligne avec satisfaction l’illustre historien de Harvard explique peut-être la nostalgie actuelle et renouvelée de l’empire britannique, dont font état deux auteurs critiques à l’égard de ce phénomène (Hickel et Sullivan). « Des livres très influents tels que Empire : How Britain Made the Modern World, de Niall Ferguson, et The Last Imperialist, de Bruce Gilley, ont affirmé que le colonialisme britannique a apporté prospérité et développement à l’Inde et à d’autres colonies. Il y a deux ans, un sondage YouGov a révélé que 32 % des Britanniques sont fiers de l’histoire coloniale de leur pays », soulignent-ils.

Cette même fierté envers le passé colonial est sans aucun doute honteusement présente dans de nombreuses autres anciennes nations impériales, mais nulle part ailleurs que chez les « Anglais des deux côtés de l’Atlantique », que Benjamin Franklin a définis comme « le noyau le plus important du peuple blanc », ce sentiment n’a autant de conséquences pour le présent.

« L’empire tel qu’il était a officiellement pris fin dans les années 1960, mais son héritage malheureux est toujours présent dans le monde actuel, où de nombreux conflits éclatent dans les anciens territoires coloniaux », observe Richard Gott dans son ouvrage sur l’impérialisme britannique (Britain’s Empire, 2012). « Si la Grande-Bretagne a connu un tel succès avec ses colonies, pourquoi beaucoup d’entre elles restent-elles des sources importantes de violence et de troubles ? », s’interroge-t-il. Les Britanniques, désormais relégués à l’humble rang d’ajoints du shérif, encore plus que les autres Européens, « ont continué à mener des guerres sur les terres de leur ancien empire au XXIe siècle, et une grande partie de la population britannique est revenue sans broncher à son ancienne position consistant à accepter sans réfléchir ce qui est fait en son nom dans des endroits lointains du monde », explique Gott. Le rôle que jouaient au XIXe siècle la « civilisation », le « commerce » et le « christianisme » imposés aux « sauvages » est désormais joué par l’idéologie des droits de l’homme, de l’égalité de genre et autres nobles causes. Pour toutes ces raisons, se souvenir des exploits exemplaires d’un empire aussi vertueux n’est pas un exercice historique, mais un impératif pour comprendre le présent et, en particulier, pour comprendre la complicité européenne (politique, financière, commerciale, militaire et médiatique) dans le génocide palestinien.


Prisonniers déportés d'Angleterre vers l'Australie

Le goulag britannique

L’empire britannique était une dictature militaire dans laquelle les gouverneurs coloniaux imposaient la loi martiale à la moindre dissidence. Pendant plus de 200 ans, il a été le théâtre de révoltes constantes et de violences répressives. Dans la métropole même, des centaines de milliers de personnes ont été confinées dans le goulag insulaire de Sa Majesté. En particulier après que l’indépendance des USA eut mis fin à ce territoire colonial du Nouveau Monde – dans les trente années précédant 1776, un quart des immigrants arrivés au Maryland étaient des condamnés –, des îles des Caraïbes comme les Bermudes et Roatán, au Honduras, d’Asie, comme Penang, en Malaisie, ou de l’océan Indien comme les Seychelles ou les Andaman, faisaient partie du pénitencier insulaire britannique, qui envoyait également de nombreux prisonniers indiens et chinois à Singapour. Au XIXe siècle, les Seychelles étaient une prison pour les chefs de révoltes et les notables locaux, de Zanzibar, de Somalie, d’Égypte ou du Ghana, qui, pour une raison ou une autre, ne pouvaient être exécutés. L’archevêque Makarios, leader des nationalistes chypriotes grecs, y fut emprisonné jusqu’en 1956. Mais c’est l’Australie, la grande île-continent offrant des espaces illimités, qui fut la grande destination dont le gouvernement avait besoin pour les déchets sociaux de sa révolution industrielle catastrophique, grand jalon de ce « progrès » commenté par Landes.

En 1840, la moitié de la population de Tasmanie, soit environ 30 000 personnes, était composée de détenus. Comme il était coûteux de maintenir les prisonniers dans les prisons métropolitaines, les peines minimales de déportation vers l’Australie pour s’en débarrasser, même pour de petits vols, étaient de sept ans. Entre 1788 et 1868, 162 000 condamnés ont été envoyés en Australie, parmi lesquels 4 000 syndicalistes, chartistes, luddites, les célèbres « filles de Rebecca » du Pays de Galles, qui détruisaient les péages et les barrières pour protester contre la privatisation et les péages sur les routes, ainsi que 2 000 révolutionnaires irlandais.

La terrible situation des personnes persécutées et condamnées dans la métropole, qui à leur tour persécutaient et massacraient la population indigène dans les colonies, comme cela s’est produit de manière si féroce aux USA avec les nations indiennes, s’est répétée dans d’autres colonies européennes et également en Australie. En 1824, le gouverneur militaire de Nouvelle-Galles du Sud a autorisé les colons, dont beaucoup étaient d’anciens condamnés déportés, à tuer les aborigènes à leur guise. Le gouverneur s’appelait Thomas Brisbane et son nom de famille donne aujourd’hui son nom à l’une des grandes villes australiennes.

 

Below Decks (Sous les ponts), par Rodney K. Charman (1995). Représentation de l'intérieur d'un «cercueil flottant» ( long cónra) transportant des migrants irlandais vers l’Amérique. Collection du musée Knights of Columbus

La famine en Irlande

Certains considèrent la famine qui a frappé la Chine pendant le Grand Bond en avant (1958-1962) comme la plus grave de l’histoire. Un siècle plus tôt, la famine en Irlande (« An Gorta Mór ») a été bien pire que celle de Chine si l’on tient compte de la proportion de la population touchée. Avec huit millions d’habitants, la famine et ses conséquences ont coûté la vie à un à deux millions d’Irlandais. Certains endroits ont perdu un tiers de leur population, la moitié étant morte et l’autre moitié ayant émigré. ( Patrick Joyce, Remembering Peasants. A personal History of a Vanished World, 2024).

« J’ai visité les vestiges désolants de ceux qui furent autrefois de nobles Peaux-Rouges dans leurs réserves d’Amérique du Nord et j’ai exploré les quartiers noirs où les Africains sont dégradés et réduits en esclavage », écrivait en 1847 James Hack Tuke, un philanthrope quaker anglais, dans une lettre après sa visite à Connaught, « mais je n’ai jamais vu autant de misère, ni une dégradation physique aussi avancée, que celle des habitants des marécages d’Irlande ».

D’autres pays comme la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Russie ont également souffert du mildiou de la pomme de terre en 1846/1847, mais contrairement à ce qui s’est passé en Irlande sous la domination britannique, ils ont freiné les exportations des autres denrées alimentaires pour compenser la perte. La politique anglaise destinait à l’exportation les denrées alimentaires produites en Irlande, une stratégie dont le maintien était considéré comme plus important que la vie des Irlandais. L’un des protagonistes de cette politique, le sous-secrétaire au Trésor Charles Trevelyan, était plus préoccupé par la « modernisation » de l’économie irlandaise que par le sauvetage de vies humaines, et il a donc vu dans la famine une occasion d’appliquer des réformes radicales de libre marché.

« Nous n’avons aucun doute que, en raison des lois impénétrables mais immuables de la nature, le Celte est moins actif, moins indépendant et moins travailleur que le Saxon. Telle est la condition archaïque de sa race », écrivait The Times, le quotidien central de l’establishment impérial.

The Economist, le même hebdomadaire qui, dans les années 1990, prônait les vertus de la thérapie de choc russe, qui a fait un demi-million de victimes, principalement des hommes en âge de travailler, tout en dénigrant la mauvaise réforme chinoise, avait publié le 30 janvier 1847 un éditorial consacré à la crise irlandaise : « Que les innocents souffrent avec les coupables est une triste réalité », disait-il, « mais c’est l’une des grandes conditions sur lesquelles repose l’existence de toute société. Chaque violation des lois de la morale et de l’ordre social entraîne sa propre punition. C’est la première loi de la civilisation ». (Dans : The Economist and the Irish Famine, par Crooked Timber )

Depuis le XVIe siècle, une dîme était en vigueur en Irlande, obligeant les Irlandais, majoritairement catholiques, à verser un dixième de leurs revenus annuels pour financer l’Église protestante. Jusqu’en 1829, les catholiques qui refusaient de prêter serment d’allégeance à la couronne protestante ne pouvaient accéder à la fonction publique. Pendant la famine, les théologiens protestants anglais attribuaient le fléau de la pomme de terre au « papisme », c’est-à-dire au catholicisme, qui avait « provoqué la colère de Dieu ». L’hebdomadaire satirique Punch publiait régulièrement des caricatures présentant les Irlandais comme des singes brutaux, sales, paresseux, violents et seuls responsables de leur propre malheur.

En 1847, alors que le Times ignorait les ravages de la famine, une campagne d’aide fut lancée aux USA, mettant en évidence l’inaction du gouvernement de Londres. Les colis portant la mention « Irlande » étaient transportés gratuitement par chemin de fer et 114 navires furent affrétés pour acheminer l’aide.

L’holocauste irlandais se poursuivait pour ceux qui parvenaient à émigrer. Au cours du dernier des trois siècles de traite négrière, au cours desquels environ dix millions d’Africains ont été transférés vers le Nouveau Monde, la moitié d’entre eux ayant péri pendant la capture et le transport, selon l’un des grands historiens de ce trafic (Joseph Miller, 1988, dans Way of Death), les émigrants irlandais ont connu un sort similaire. Sur les navires anglais qui transportaient les émigrants irlandais vers l’Amérique, les conditions étaient si épouvantables qu’un sur quatre mourait pendant le voyage ou dans les six mois suivant son arrivée dans le Nouveau Monde. La mortalité enregistrée sur ce qui était décrit comme des « cercueils flottants » n’était pas inférieure à celle des navires transportant des esclaves africains vers les colonies. Le fait que cette mortalité ait été particulièrement élevée sur les navires anglais témoigne d’une négligence criminelle manifeste : pour chaque décès d’un émigrant à bord d’un navire américain, il y en avait quatre sur un navire britannique, et pour chaque malade arrivant aux USA sur un navire américain, il y en avait cinq sur un navire britannique. En 1847, sur les 98 000 émigrants arrivés au Canada à bord de navires anglais, 25 000 sont morts pendant le voyage ou dans les six mois suivant leur arrivée. Tout cela a fait la une des journaux américains et canadiens, mais le Times de Londres l’a ignoré. Le gouvernement britannique n’a commencé à prendre des mesures qu’en 1854, sept ans plus tard. (Thomas Gallagher, La lamentation de Pady 1846-1847. Prélude à la haine, 1982. Version espagnole 2007. Toujours inédit en français).

L’industrie du divertissement a complètement ignoré la famine en Irlande, mais en 2018, une rare exception irlandaise produite au Luxembourg a présenté « Black 47 », du réalisateur et scénariste Lance Daly, un film d’action au rythme effréné de western construit sur la trame de cette tragédie historique. The Times a cette fois souligné la « théâtralité machiste » du film, dont il a noté que « tout est profondément absurde, mais dans un contexte troublant de profondeur ». The Independent a souligné le caractère « excessivement sombre » de ce qu’il a qualifié de « western de pacotille » en référence aux westerns spaghetti, et The Guardian a regretté que « la caricaturisation des méchants diminue l’impact » de ce film formidable qui a néanmoins été un succès au box-office...

L’Irlande à l’Ouest et la Birmanie à l’Est ont été les territoires les plus puissants et les plus tenaces dans leur résistance aux Anglais, c’est pourquoi la répression y a été particulièrement dure, mais en Inde aussi, les bouleversements, les famines et les révoltes ont été chroniques.

Fresque sur les murs du Shaheed-Smarak ou Auditorium du Mémorial des Martyrs à Jabalpur MP (Inde), représentant le Mouvement Quittez l'Inde par l'artiste local Beohar Rammanohar Sinha de Santiniketan.

Inde

Selon une estimation récente, rien qu’au cours des quarante années allant de 1880 à 1920, la colonisation britannique a causé en Inde environ 100 millions de morts, provoquées par l’appauvrissement de la population et la fréquence et la mortalité accrues des famines. (Jason Hickel, Dylan Sullivan, How British colonialism killed 100 million Indians in 40 years). « Il s’agit de l’une des plus grandes crises de mortalité induite par des politiques dans l’histoire de l’humanité », soulignent les auteurs. « Elle est plus importante que le nombre total de décès survenus pendant toutes les famines de l’Union soviétique, de la Chine de Mao, de la Corée du Nord, du Cambodge de Pol Pot et de l’Éthiopie de Mengistu », toutes survenues au XXe siècle, précisent-ils. Avant cela, en 1770, une grande famine a ravagé le Bengale, tuant environ 10 millions de ses habitants, soit un tiers de la population. La situation a été aggravée par le monopole sur le riz et d’autres produits imposé par la Compagnie britannique des Indes orientales qui gouvernait le territoire. L’effondrement et les taxes, combinés à la sécheresse et à la famine, ont marqué le début de la domination anglaise en Inde, une situation qui allait durer 200 ans.

Dès son arrivée sur le sous-continent au XVIIe siècle, la Grande-Bretagne a détruit le secteur manufacturier indien, qui exportait des tissus dans le monde entier. Le régime colonial a supprimé les droits de douane sur les produits textiles britanniques et a créé un système de taxes et de barrières internes qui empêchaient les Indiens de vendre leurs produits dans le pays et encore moins de les exporter. « Si l’histoire de la domination britannique en Inde devait être résumée en une seule donnée, ce serait celle-ci : entre 1757 et 1947, il n’y a pas eu d’augmentation du revenu par habitant et, dans la seconde moitié du XIXe siècle, les revenus ont certainement diminué de plus de 50 % », explique Mike Davis (Late victorian Holocausts, 2002). La nouvelle économie coloniale a fragilisé les populations face aux sécheresses et aux phénomènes naturels défavorables qui ont favorisé la famine. Selon l’historien Robert C. Allen (Global Economic History: A Very Short Introduction, 2011), sous la domination britannique, l’extrême pauvreté est passée de 23 % en 1810 à plus de 50 % au milieu du XXe siècle, les salaires réels ont diminué et les famines sont devenues plus fréquentes et plus meurtrières. Un passé lointain ?

Le plus important homme politique anglais de la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill, mort en 1965, était un raciste avoué. Dans les années 1940, il qualifiait les Indiens de « peuple bestial avec une religion bestiale » et, à propos de la famine de 1943 au Bengale, qui fit trois millions de morts, il affirmait que « c’était de leur faute s’ils se reproduisaient comme des lapins ». En 1919, Churchill s’est déclaré « totalement favorable à l’utilisation de gaz toxiques contre les tribus non civilisées » [en Irak et en Palestine, NdT]. Dans les années 1930, il qualifiait les Palestiniens de « hordes barbares qui ne mangent que du fumier de chameau ». Avant la guerre, il était un admirateur de Mussolini (« je ne pouvais m’empêcher d’être charmé par son attitude aimable et simple et son calme aplomb ») et avait des mots élogieux pour Hitler en 1937, l’année de Guernica : « on peut détester le système de Hitler et pourtant admirer ses réalisations patriotiques. Si notre pays était vaincu, j’espère que nous trouverions un champion aussi admirable qui nous redonnerait courage et nous ramènerait à notre place parmi les nations ». Lors de la campagne électorale de 1955, Churchill a proposé pour le parti conservateur un slogan auquel de nombreux Européens souscrivent aujourd’hui : « Gardons l'Angleterre blanche ! ».

The self-righteous Empire: “Keep England white!”(Churchill, 1955)

Rafael Poch de Feliu, CTXT, 28/1/2026
Translated by Tlaxcala

After Gaza, the question being asked, from a place of vertigo, by the conscious sector of European public opinion is how to explain the complicity and cooperation of European governments, institutions, and media with the Israeli colonial genocide. The answer lies in history: it is European colonial history that links Western governments to the Israeli massacre.


The entertainment industry is a fundamental tool of Western hegemonism. In close collaboration with the political, military, financial, and media complex, its production penetrates every household daily, performing a key ideological function, perfectly identified and understood. In retrospect, the Hollywood industry managed to turn that universal encyclopedia of infamy—the history of European colonialism, particularly that of the British, direct relatives of today’s hegemon—into exploits, epics, and romantic tales. The list of films glorifying great colonial crimes has yet to be written, but it suffices to cite classics like "Lawrence of Arabia" (1962), "55 Days at Peking" (1963), "Zulu" (1964), or "Khartoum" (1966) to remember how an entire generation grew up lulled and entertained by this exalting genre whose legend they internalized.

It is instructive to compare reading any serious work on the action of the British Empire in India or China with films like "Victoria & Abdul" (2017) by Stephen Frears, or "Tai-Pan" (1986) by Daryl Duke, to measure the level of vileness of such bombardment. Frears presents the warm friendship between Queen Victoria and her Indian servant at a time when Indians were dying of hunger in horrific crises directly related to colonial governance. Duke’s film is inspired by the figure of William Jardine (1784–1843) to construct a romantic, erotic, and heroic fiction around history’s principal drug trafficker, who condemned 150 million Chinese to drug addiction and became one of the richest and most powerful men of his time.


The Empire Marketing Board (EMB) produced more than 800 advertising posters to encourage the British to consume colonial goods, without much success. Created in 1926, it was dissolved in 1930.

Maintained for over two centuries of violence, racism, and exploitation, the British Empire is still presented in the most haughty and arrogant manner as a civilizing and model enterprise, alongside the French, Spanish, Portuguese, etc. empires—declared defective or manifestly failed.

"For some nations, Spain for example, the opening of the world was an invitation to prosperity, pomp, and ambition, an ancient way of proceeding. For others, like Holland and England, it was the occasion to do new things, to ride the wave of technological progress," writes David S. Landes (In: The Wealth and Poverty of Nations, 1998).

This consistency with the more than ambiguous "vector of progress" noted with satisfaction by the illustrious Harvard historian may explain the current and renewed nostalgia for the British Empire, warned of by two authors critical of the phenomenon (Hickel and Sullivan). "High-impact books like Empire: How Britain Made the Modern World by Niall Ferguson and The Last Imperialist by Bruce Gilley have claimed that British colonialism brought prosperity and development to India and other colonies. Two years ago, a YouGov poll revealed that 32% of Britons are proud of the country’s colonial history," they note.

This same pride in the colonial past is, without doubt, shamefully still present in many other old imperial nations, but nowhere, as among the "Englishmen on both sides of the Atlantic" that Benjamin Franklin defined as "the most important nucleus of the white people," does this feeling have more consequences for the present.

"The empire, as it had been, formally came to an end in the 1960s, but its unhappy legacy remains in today’s world, where numerous conflicts occur in former colonial territories," observes Richard Gott in his compendium on British imperialism (Britain’s Empire, 2012). "If Britain was so successful with its colonies, why do many of them remain significant sources of violence and unrest?" he asks. The British—now reduced to the humble category of sheriff’s deputies, to an even greater extent than the rest of the Europeans—"have continued to wage wars in the lands of their former empire in the 21st century, and much of the British population has unquestioningly reverted to their old stance of unthinkingly accepting what is done in their name in far-flung places of the world," says Gott. The role played in the 19th century by "civilization," "commerce," and "Christianity" imposed on the "savages" is now played by the ideology of human rights, gender equality, and other noble causes. For all these reasons, recalling the exemplary exploits of such a virtuous empire is not a historical exercise but an imperative for understanding the present, and very particularly for understanding European complicity (political, financial, commercial, military, and media) with the Palestinian genocide.


Caged prisoners on route to Sydney, New South Wales

The British Gulag

The British Empire was a military dictatorship in which colonial governors imposed martial law at the slightest dissent. For over 200 years, it was the scene of constant revolt and repressive violence. In the metropolis itself, hundreds of thousands were confined in His Majesty’s island Gulag. Especially after the independence of the United States closed that colonial territory of the new world—in the thirty years before 1776, a quarter of emigrants arriving in Maryland were convicts—Caribbean islands like Bermuda and Roatán (Honduras), Asian ones like Penang (Malaysia), or Indian Ocean islands like the Seychelles or Andaman, were part of the British island prison system, which also sent many Indian and Chinese prisoners to Singapore. In the 19th century, the Seychelles were a prison for leaders of revolts and local notables from Zanzibar, Somalia, Egypt, or Ghana, who for one reason or another could not be executed. Archbishop Makarios, leader of the Greek Cypriot nationalists, was held there as recently as 1956. But it was Australia, the great island-continent offering unlimited space, that was the primary destination the government needed for the social detritus of its catastrophic industrial revolution—that great milestone of "progress" extolled by Landes.

In 1840, half the population of Tasmania, about 30,000 people, were prisoners. Since maintaining prisoners in metropolitan jails was expensive, the minimum sentences for deportation to Australia—to get them off the government’s hands, even for petty theft—were seven years. Between 1788 and 1868, 162,000 convicts were sent to Australia, including 4,000 trade unionists, Chartists, Luddites, the famous "Daughters of Rebecca" from Wales who smashed tollgates and barriers to protest privatization and road tolls, as well as 2,000 Irish revolutionaries.

The terrible situation of repressed individuals and convicts from the metropolis themselves repressing and massacring native populations in the colonies—so vividly seen in the United States with Native American nations—was repeated in other European colonies and also in Australia. In 1824, the military governor of New South Wales granted colonists, many of them deported ex-convicts, a license to kill Aborigines at will. The governor was named Thomas Brisbane, and his surname today names one of Australia’s major cities.

 

Below Decks, by Rodney K. Charman (1995).  Representation of the interior of a “coffin ship”( long cónra) transporting Irish migrants to America. Knights of Columbus Museum collection

The Irish Famine

Some consider the Chinese famine during the Great Leap Forward (1958–1962) the largest in history. A century earlier, the Irish Famine ("An Gorta Mór") was considerably worse than the Chinese one when considering the proportion of the population involved. With eight million inhabitants, hunger and its consequences carried off between one and two million Irish people. Some places lost a third of their population, half dead and the other half through emigration. (Patrick Joyce, 2024, Remembering Peasants: A Personal History of a Vanished World).

"I have visited the desolate remains of what were once noble redskins in their North American reservations and I have explored the black neighborhoods where Africans are degraded and enslaved," wrote English Quaker philanthropist James Hack Tuke in 1847 in a letter following his visit to Connaught, "but I have never seen such misery, nor such advanced physical degradation, as that of the inhabitants of the bogs of Ireland."

Other countries like France, Belgium, Holland, Germany, and Russia also suffered potato blights in 1846/1847, but unlike what happened in Ireland under British rule, they halted exports of other foodstuffs to compensate for the loss. English policy destined food produced in Ireland for export—a strategy whose maintenance was considered more important than the lives of the Irish. One of the protagonists of this policy, Assistant Secretary to the Treasury Charles Trevelyan, was more concerned with "modernizing" the Irish economy than saving lives, and thus saw the famine as an opportunity to apply radical free-market reforms.

"We have not the slightest doubt that, by virtue of the inscrutable but invariable laws of nature, the Celt is less active, less independent, and less industrious than the Saxon. This is the archaic condition of his race," wrote The Times, the central newspaper of the imperial establishment.

The Economist, the same weekly that in the 1990s preached the virtues of the Russian shock therapy—which left a demographic toll of half a million, mostly working-age men—while denigrating China’s reform, published on January 30, 1847, an editorial dedicated to the Irish crisis. "That the innocent should suffer with the guilty is a sad reality," it said, "but it is one of the great conditions on which the existence of all society is based. Every violation of the laws of morality and social order carries its own punishment. That is the first law of civilization." (In: The Economist and the Irish Famine — Crooked Timber)

Since the 16th century, a tithe was in effect in Ireland whereby the mostly Catholic Irish had to pay a tenth of their annual income to finance the Protestant church. Until 1829, Catholics who refused the Protestant oath of allegiance to the crown could not hold public office. During the famine, English Protestant theologians attributed the potato blight to "popery," that is, Catholicism, which had "provoked the wrath of God." The satirical weekly Punch constantly published cartoons depicting the Irish as brutish, dirty, lazy, violent apes, solely responsible for their own misfortune.

In 1847, while The Times ignored the famine’s disasters, a relief campaign was launched in the United States that exposed the London government. Packages marked "Ireland" were transported free by rail, and 114 ships were chartered with aid.

The Irish Holocaust continued for those who managed to emigrate. In the last of the three centuries of the slave trade, during which about ten million Africans were transferred to the New World, with half of them dying in the process of capture and transport, according to one of the great historians of that traffic (Joseph Miller, 1988, Way of Death), Irish emigrants met a fate not so different. On the English ships carrying Irish emigrants to America, conditions were so appalling that one in four died during the voyage or within six months of arriving in the New World. The mortality recorded on what were described as “coffin ships” was no less than that on ships transporting African slaves to the colonies. That this mortality was particularly high on English ships points to clear criminal negligence: for every death of an emigrant aboard an American ship, there were four on a British one; and for every sick person arriving in the United States on a North American ship, five arrived on a British vessel. In 1847, of the 98,000 emigrants who arrived in Canada on English ships, 25,000 died on the voyage or within six months of arrival. All this was news in the US and Canadian press, but the Times of London ignored it. The British government only began taking measures in 1854, seven years later. (Thomas Gallagher, Paddy's Lament, Ireland 1846-1847: Prelude to Hatred, 1982)

The entertainment industry has completely ignored the Irish Famine, but in 2018, a rare Irish exception produced in Luxembourg presented "Black 47" by director and screenwriter Lance Daly, an action film with a breathless western rhythm built upon the framework of that historical tragedy. The Times this time highlighted the film’s "macho theatricality," noting that "everything is deeply absurd, but within a hauntingly profound setting." The Independent emphasized the "excessively bleak" character of what it dubbed a "potato western" in allusion to spaghetti westerns, and The Guardian lamented that "the caricaturization of the villains diminishes the impact" of that excellent film, which was nonetheless a box office success…

Ireland in the West and Burma in the East were the territories most powerful and tenacious in their resistance to the English, which is why repression was particularly harsh there, but convulsions, famines, and revolts were also chronic in India.


Fresco on the walls of Shaheed-Smarak or Martyrs'-Memorial Auditorium in Jabalpur MP (India), depicting the Quit India Movement by local artist Beohar Rammanohar Sinha from Santiniketan

India

According to a recent estimate, in just the forty years from 1880 to 1920, British colonization caused an estimated 100 million deaths in India, resulting from the impoverishment of the population and the increased frequency and mortality of famines. (Jason Hickel, Dylan Sullivan, "How British colonialism killed 100 million Indians in 40 years"). "This is one of the greatest policy-induced mortality crises in human history," the authors state. "It is larger than the combined total of deaths that occurred during all the famines of the Soviet Union, Mao’s China, North Korea, Pol Pot’s Cambodia, and Mengistu’s Ethiopia," all in the 20th century, they say. Before that, in 1770, a great famine devastated Bengal, killing about 10 million of its inhabitants, a third of the population. The situation was worsened by the monopoly on rice and other products imposed by the British East India Company, which governed the territory. Collapse and taxes, combined with drought and hunger, marked the beginning of English rule in India, a pattern that would persist for 200 years.

Since its arrival on the subcontinent in the 17th century, Britain destroyed India’s manufacturing sector, which had exported textiles worldwide. The colonial regime eliminated tariffs on British textile products and created a system of taxes and internal barriers that prevented Indians from selling their products within the country, let alone exporting them. "If the history of British rule in India had to be condensed into a single fact, it would be this: between 1757 and 1947 there was no increase in per capita income, and in the second half of the 19th century, incomes surely fell by more than 50 percent," says Mike Davis (Late Victorian Holocausts, 2002). The new colonial economy made populations more vulnerable to droughts and adverse natural phenomena that fostered hunger. According to historian Robert C. Allen (Global Economic History: A Very Short Introduction, 2011), under British rule, extreme poverty rose from 23% in 1810 to over 50% by the mid-20th century, real wages decreased, and famines became more frequent and more deadly. Distant past?

England’s most important politician of World War II, Winston Churchill, who died in 1965, was a confessed racist. In the 1940s, he referred to Indians as "a beastly people with a beastly religion" and of the 1943 Bengal famine, which left three million dead, he claimed it was "their fault for breeding like rabbits." In 1919, Churchill declared himself "quite favorably inclined to the use of poison gas against uncivilized tribes." In the 1930s, he defined Palestinians as "barbaric hordes who eat nothing but camel dung." Before the war, he was an admirer of Mussolini ("I could not help being charmed by his gentle and simple bearing and his serene poise") and had words of praise for Hitler in 1937, the year of Guernica: "One may dislike Hitler’s system and yet admire his patriotic achievements. If our country were defeated, I hope we should find a champion as admirable to restore our courage and lead us back to our place among the nations." In the 1955 election campaign, Churchill proposed a slogan for the Conservative Party that many Europeans subscribe to today: “Keep England White!”