Affichage des articles dont le libellé est Iran-USraël. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Iran-USraël. Afficher tous les articles

20/01/2026

Trump garde une option de frappe contre l’Iran sous la manche tandis que Washington fait une dernière tentative diplomatique

Alors qu’Oman et l’Arabie saoudite poussent à des pourparlers usaméricano-iraniens, et que Steve Witkoff expose les conditions de négociation, l’hypothèse selon laquelle Trump serait irrémédiablement engagé sur une voie militaire doit être accueillie avec un scepticisme salutaire.

Zvi Bar’el, Haaretz, 19/01/2026
Traduit par Tlaxcala

Résumé

Les USA pèsent leurs options concernant l’Iran alors que les protestations s’apaisent dans la République islamique et que le bilan des morts reste incertain. Malgré les postures militaires, l’histoire des tentatives avortées de changement de régime plane en toile de fond, mettant en garde contre une action précipitée. Tandis que le régime iranien reste résilient, les canaux diplomatiques persistent malgré les pressions régionales et la possibilité de reprises des négociations nucléaires, en dépit de la répression violente de la dissidence.



Des personnes allument leurs téléphones devant le consulat usaméricain lors d’un rassemblement en soutien aux manifestations en Iran, à Milan, Italie, mardi. Photo Claudia Greco/Reuters

La plus grande vague de manifestations que l’Iran ait connue depuis la Révolution islamique de 1979 semble s’être dissipée, selon des rapports. Quelques manifestants se rassemblent encore dans quelques villes et des milliers de détenus sont retenus dans des centres de détention, en attente de jugement.

Le nombre exact de morts est inconnu. Reuters a cité un officiel iranien qui a estimé qu’au moins 5 000 personnes, dont 500 membres des forces de sécurité, ont été tuées. Leurs familles ont commencé le processus de deuil, les parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école, et tout le pays attend avec impatience de voir ce que le régime va faire maintenant.

L’expérience suggère que ni les procès-spectacles ni les exécutions ne cesseront. Cependant, ces dernières seront vraisemblablement menées avec parcimonie, étalées dans le temps, afin de ne pas déclencher le retour des masses dans la rue, ou l’ « aide » usaméricaine promise et arrêtée au dernier moment.


Une femme iranienne marche dans une rue de Téhéran, Iran, mardi. Photo  Majid Asgaripour/Reuters

La décision usaméricaine de ne pas attaquer peut s’expliquer de plusieurs façons. La pression intense de certains États arabes, ainsi que les scénarios cauchemardesques présentés au président Trump et aux hautes figures de son administration par les dirigeants du Golfe, d’Égypte et de Turquie y ont largement contribué.

Les interlocuteurs de Trump ont pointé un manque de préparation suffisante et de plan d’attaque efficace, ainsi que la possibilité d’une guerre civile éclatant en conséquence. S’ajoutait à cela une crainte réelle que des bombardements intensifs ne tuent et blessent de nombreux civils et ne changent le sentiment de l’opinion publique.

L’argument final contre une attaque usaméricaine était l’absence d’une direction authentique et convenue à l’intérieur de l’Iran capable de gérer les affaires du pays, ainsi qu’un appel signalé d’Israël invoquant un manque de ressources et d’arrangements défensifs pour contrer une riposte iranienne.

Dans un processus décisionnel ordonné, ces arguments auraient été présentés au président avant son assurance que l’USAmérique soutiendrait les manifestants – et avant qu’il ne déclare que l’armée usaméricaine était « en position et prête à tirer » [locked and loaded] pour une attaque. Ces arguments sont valables même alors qu’une attaque militaire semble inévitable.

Ce n’est pas la première fois que les USA encouragent des manifestants à renverser un régime. En 1991, le président George H.W. Bush avait appelé les chiites en Irak à se soulever contre Saddam Hussein, promettant de leur porter secours. Saddam, contraint par un accord de cessez-le-feu qui lui interdisait d’utiliser des avions de chasse, a déployé sa flotte d’hélicoptères et son artillerie contre les rebelles chiites, massacrant des milliers de personnes et écrasant la révolte.

En mars 2011, une coalition internationale dirigée par l’OTAN est intervenue contre le régime de Mouammar Kadhafi pour protéger les civils libyens. La Grande-Bretagne et la France ont dirigé la campagne de huit mois sous un commandement conjoint avec les USA. Des milliers de sorties aériennes et de bombardements ont été menés, accompagnés de forces spéciales au sol.

En octobre 2011, Kadhafi était renversé et tué, et la Libye est devenue un pays divisé. Sans chef convenu, une guerre civile sanglante a éclaté, qui se poursuit à ce jour. L’opération militaire a été définie comme un échec complet, que des études et des rapports de renseignement ont principalement attribué au manque de planification pour le « jour d’après ».

Les leçons de ces deux épisodes sont importantes à retenir alors que des forces usaméricaines se concentreraient dans la région et que le porte-avions USS Abraham Lincoln avance. Des mouvements qui alimentent les spéculations selon lesquelles les USA se préparent à renouveler leur campagne contre l’Iran pour porter un coup mortel au régime.

La présence renforcée de l’armée usaméricaine et les préparatifs efficaces pour se défendre contre une réponse iranienne ne changent pas les conditions fondamentales caractérisant le contrôle du régime en Iran et l’incertitude quant aux conséquences politiques d’une action militaire.

L’armée iranienne, les Gardiens de la révolution, la force entièrement volontaire des Bassidji et la police sont restés loyaux au régime, et il n’y a pas de rapports de désertions massives dans leurs rangs. Des dizaines de milliers de membres des forces de sécurité continuent de patrouiller dans les rues des grandes villes, où une sorte de loi martiale a été imposée et des centaines de citoyens continuent d’être arrêtés quotidiennement.

Le régime est structuré de telle sorte que l’ordre dirigeant continuera même si le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei est éliminé, et il ne manque pas de candidats pour le remplacer. Khamenei, 86 ans, a nommé un comité il y a environ un an pour trouver son successeur dans le cadre de son obligation constitutionnelle.


Un homme tient une affiche du guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei lors d’une cérémonie funéraire pour un groupe de forces de sécurité, tuées lors de manifestations anti-gouvernementales, à Téhéran, Iran, mercredi. Photo Vahid Salemi/AP

Un démantèlement complet des mécanismes de pouvoir et de contrôle du régime pourrait nécessiter une contre-révolution complète et radicale d’une ampleur similaire à celle de la Révolution islamique. Mais les soldats, durant cette révolution, avaient refusé de tirer sur les manifestants, alors qu’aujourd’hui le régime a les Gardiens de la révolution et les Bassidji à sa disposition.

En même temps, il est douteux que le public iranien, ayant subi des coups sans précédent, soit disposé ou capable de retourner dans la rue de sitôt simplement parce que Trump démontre une détermination à intervenir militairement.

Il est important de noter que c’est le public qui a initié les manifestations, devenues les plus importantes depuis la Révolution islamique, et non une promesse d’aide usaméricaine. Les encouragements usaméricains ne sont venus qu’après le développement des manifestations, alimentant les craintes que le renversement du gouvernement ne devienne une « réalisation » usaméricaine, reproduisant le renversement en 1953 du gouvernement de Mohammad Mossadegh par les renseignements usaméricains et britanniques.

Le jeu de devinettes entourant la possibilité que Trump entreprenne une action militaire a créé l’impression que c’est la seule voie pour résoudre la « question iranienne ». Mais la voie diplomatique n’est pas encore fermée. Trump lui-même a divulgué un message de Téhéran exprimant un désir de reprendre les négociations nucléaires, ajoutant qu’une rencontre était en préparation.

La rencontre a été annulée lorsque l’ampleur du massacre des manifestants est devenue connue, remplacée par la menace d’une attaque, qui a été arrêtée « à la dernière minute » après que l’Iran a suspendu une série d’exécutions planifiées.

L’activité diplomatique n’a pas cessé pendant les jours de troubles. Oman et l’Arabie saoudite, qui ont mis en garde Trump contre une action militaire en particulier, explorent la possibilité de reprogrammer la rencontre et de reprendre les négociations intensives en vue d’un accord.


L’envoyé spécial usaméricain Steve Witkoff lors d’une conférence de presse lors du sommet dit de la « Coalition des volontaires » au palais de l’Élysée à Paris, France, janvier. Photo Ludovic Marin/Reuters

En marge d’une conférence du Conseil israélo-usaméricain en Floride jeudi, l’envoyé de Trump Steve Witkoff n’a pas exclu la possibilité d’une résolution diplomatique et a même énuméré les questions que l’Iran devrait inclure dans un accord : la réduction de son stock de missiles, le retrait des quelque deux tonnes d’uranium enrichi à différents degrés en sa possession et les organisations proxy travaillant pour le compte de l’Iran. Les droits humains, la libération des détenus et la fin de la répression n’étaient pas dans la liste. Witkoff a dit croire que l’Iran serait disposé à faire des compromis en raison de sa situation économique désastreuse.

Tout comme il serait imprudent d’attendre avec impatience une rencontre diplomatique irano-usaméricaine, nous devrions traiter la conclusion que Trump n’a d’autre choix que d’utiliser la force contre l’Iran et de renverser le régime avec une dose appropriée de scepticisme.