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10/01/2026

Run, Renee, run, they're going to kill you!
The murder of an USAmerican poetess by Trump and his gang

 Reinaldo Spitaletta, January 9, 2026
Translated by Tlaxcala

Renee Nicole Good, poetess murdered by ICE (Photo RNZ News)

They murdered the poetess, with gunshots, in cold blood, as if she were a cockroach, or perhaps like a piece of pork that must be fried in the fat of immigration police. They killed her for no reason, because women must be killed, women who write, women who raise their voices, who speak with exploited foreigners, with the persecuted. She had to be killed. And that’s what the automatic agents did, assassins by nature, trained for that purpose: to kill and nothing more. Ah, and if the victim is a poetess, even better. We don’t want anyone to sing, or to tell any truth, in verse, or in prose, to the little president who looks more and more like Hitler.

They shot and killed Renée Nicole Good, thirty-seven years old. They say she wrote “like someone opening a window in a besieged house.” She surely knew, before receiving that hail of bullets in a “country bathed in blood,” as Paul Auster described it, that she was destined to be a victim of Trumpesque repression, of the Corollary of the new filibusterer, of the New National Defense Strategy, of the pedocriminal, reincarnation—so the bandit president believes—of James Monroe, and who also represents Teddy Roosevelt’s Big Stick. The poetess knew they were going to kill her.

She has been another victim of the system that has been bombing for years, sometimes with atomic bombs, sometimes with other bombs—deadly, indeed—civilian targets, entire populations, that murders people like those in the village of My Lai, or Iraq, or Syria, or Libya, also Venezuela. And it kills poets. Just like that. Perhaps as if imitating the one who murdered García Lorca in Granada, for being a faggot, or a poet, or because he was against oppression.

They shot her, just like that, at point-blank range and with confidence, a young girl, yes, she was still a young girl in bloom, who wrote poems. Her verses had to be erased, the cop, the servant of the system, the licensed assassin, would think. A voice had to be silenced, a pencil, some stanzas, some lines... We don’t need poets, but thugs, bombers, criminals. Such is the vulgar prose of imperialism, of Trump and his henchmen, of those who applaud not only the bravado of the bloodthirsty pirate, but also his criminal actions throughout the universe.

Killing a poetess can be insignificant. Besides being easy, besides everything can remain unpunished. She was just a woman, a young girl who wrote, who greeted immigrants, who told them how to unite, how to embrace, how to stay alert in the face of repression. That was it, so worthless, so meaningless for a subject like the president. Trump’s Gestapo murdered her.

What can happen to an empire, or to a delinquent who shelters himself by being president of a superpower (in decline), for the crime of a woman who wrote, for example, "” want my rocking chairs back” and knew “cicada tercets” (like the cicada, so many times they killed me, so many times I died, yet here I am resurrecting...), who had “donated bibles to second-hand stores,” who knew—she was a poetess—that between her pancreas and her large intestine, “lies the insignificant stream of my soul.”

The soulless ones disembodied her. The assassins erased her words, her desire for justice, the irrepressible wishes to sing against injustice, to bless the encounter between the ovum and the spermatozoon. They tore out her soul with gunshots.

But the thing, as they say, is that no police officer, no bullet, no rifle, ends poetry. It continues living beyond the poet. Renée’s poetry now flies higher, goes from Minneapolis to Chicago, from Los Angeles to Texas, from the country of dead freedoms, of destroyed democracy, to beyond the blue planet. It was the afternoon of January 7, 2026, when a police officer from the United States Immigration and Customs Enforcement (ICE), fired ferociously at a young girl who wrote verses and who from that moment flies, like that butterfly which, with its wing flap, is capable of causing an earthquake in Beijing or bringing forth a tear somewhere in the world where there are people who sing.

Renée Nicole is now fire. She is not ash. She is a powerful voice crying out for justice in the world and for utopia to keep living, or, at least, to keep many people walking.

The poetess murdered in Minneapolis

Cours, Renée, cours, ils vont te tuer !
L’assassinat d’une poétesse usaméricaine par Trump et sa bande

 

Reinaldo Spitaletta, 9 janvier 2026
Traduit par Tlaxcala

Renee Nicole Good, poétesse assassinée par la police de l’immigration (Photo RNZ News)

Ils ont assassiné la poétesse, à coups de feu, de sang-froid, comme si elle était un cafard, ou peut-être comme un morceau de porc qu’il faut frire dans de la graisse de policiers de l’immigration. Ils l’ont tuée pour rien, parce qu’il faut tuer des femmes, des femmes qui écrivent, des femmes qui élèvent la voix, qui parlent avec les étrangers exploités, avec les persécutés. Il faut la tuer. Et c’est ce qu’ont fait les agents automatiques, assassins par nature, entraînés à cette fin : tuer et rien de plus. Ah, et si la victime est une poétesse, c’est encore mieux. Nous ne voulons pas que qui que ce soit chante, ni dise des vérités, en vers ou en prose, au petit président qui ressemble de plus en plus à Hitler.

Ils ont assassiné par balle Renée Nicole Good, trente-sept ans. On dit qu’elle écrivait « comme quelqu’un qui ouvre une fenêtre dans une maison assiégée ». Elle savait sûrement, avant de recevoir cette rafale de balles dans un « pays baigné de sang », comme l’a décrit Paul Auster, qu’elle était destinée à être une victime de la répression trumpiste, du Corollaire du nouveau flibustier, de la Nouvelle Stratégie de Défense Nationale, du pédocriminel, réincarnation — c’est ce que croit le président bandit — de James Monroe, et qui représente aussi le Gourdin de Teddy Roosevelt. La poétesse savait qu’ils allaient la tuer.

Elle a été une autre victime du système qui bombarde depuis des années, parfois avec des bombes atomiques, parfois avec d’autres bombes — mortelles, ça oui —, des cibles civiles, des populations entières, qui assassine des gens comme ceux du village de My Lai, ou d’Irak, ou de Syrie, ou de Libye, aussi du Venezuela. Et il tue des poètes. Comme ça. Peut-être comme s’il imitait celui qui a assassiné à Grenade García Lorca, parce qu’il était pédé, ou poète, ou parce qu’il était contre l’oppression.

Ils lui ont tiré dessus, comme ça, à bout portant et avec assurance, une jeune fille, oui, c’était encore une jeune fille en fleur, qui écrivait des poèmes. Il fallait effacer ses vers, penait le flic, le serviteur du système, l’assassin patenté. Il fallait faire taire une voix, un crayon, des strophes, des lignes... Nous n’avons pas besoin de poètes, mais de tueurs, de bombardiers, de criminels. Telle est la vulgaire prose de l’impérialisme, de Trump et de ses complices, de ceux qui applaudissent non seulement les fanfaronnades du pirate sanguinaire, mais aussi ses actions criminelles dans tout l’univers.

Tuer une poétesse peut être insignifiant. En plus d’être facile, et plus que tout, ça peut rester impuni. Ce n’était qu’une femme, une jeune fille qui écrivait, qui saluait les immigrants, qui leur disait comment s’unir, comment s’embrasser, comment rester vigilants face à la répression. C’était ça, tellement sans valeur, tellement dénué de sens pour un individu comme le président. La Gestapo de Trump l’a assassinée.

Qu’est-ce qui peut arriver à un empire, ou à un criminel qui se protège en étant président d’une superpuissance (en déclin), pour le meurtre d’une femme qui écrivait, par exemple, « je veux récupérer mes fauteuils à bascule » et connaissait « les tercets des cigales » (comme la cigale, tant de fois ils m’ont tuée, tant de fois je suis morte, et pourtant je suis là, ressuscitée...), qui avait « donné des bibles à des magasins d’occasion », qui savait — c’était une poétesse — qu’entre son pancréas et son gros intestin, « se trouve l’insignifiant ruisseau de mon âme ».

Les sans-âme l’ont désanimée. Les assassins lui ont effacé les mots, l’envie de faire justice, les désirs irrépressibles de chanter contre l’injustice, de bénir la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde. Ils lui ont arraché l’âme à coups de feu.

Mais le truc, comme on dit, c’est qu’aucun policier, aucune balle, aucun fusil, ne vient à bout de la poésie. Elle continue de vivre au-delà du poète. La poésie de Renée vole maintenant plus haut, va de Minneapolis à Chicago, de Los Angeles au Texas, du pays des libertés mortes, de la démocratie détruite, vers l’au-delà de la planète bleue. C’était l’après-midi du sept janvier 2026, quand un policier du Service de l’Immigration et de Contrôle des Douanes des USA (ICE), a tiré avec férocité sur une jeune fille qui écrivait des vers et qui, depuis ce moment, vole, comme ce papillon qui, de ses battements d’ailes, est capable de provoquer un tremblement de terre à Pékin ou de faire jaillir une larme quelque part dans le monde où il y a des gens qui chantent.

Renée Nicole est maintenant feu. Elle n’est pas cendre. C’est une voix puissante qui réclame justice dans le monde et pour que l’utopie continue de vivre, ou, au moins, de mettre en marche beaucoup de gens.

La poétesse assassinée à Minneapolis

Minneapolis

Renée, ¡corre, corre que te van a matar!
El asesinato de una poetisa usamericana por Trump y su banda

 

Renee Nicole Good, poetisa asesinada por la policía de inmigración. (Foto RNZ News)

Asesinaron a la poetisa, a balazos, a sangre fría, como si fuera una cucaracha, o como si tal vez fuera una entraña de cerdo a la que hay que freír a punta de manteca de policías de inmigración. La mataron porque sí, porque hay que matar mujeres, mujeres que escriben, mujeres que alzan la voz, que parlan con los extranjeros explotados, con los perseguidos. Hay que matarla. Y eso hicieron los automáticos agentes, asesinos por naturaleza, entrenados para ese fin: matar y nadas más. Ah, y si la víctima es una poetisa, mejor. No queremos que cante nadie, ni que le vayan a decir alguna verdad, en verso, o en prosa, al presidentico que cada vez más se parece a Hitler.

Asesinaron a disparos a Renée Nicole Good, de treinta y siete años. Dicen que escribía “como quien abre una ventana en una casa sitiada”. Seguro sabía antes de recibir esa tanda de balazos en un “país bañado en sangre”, como lo describió Paul Auster, que estaba destinada a ser una víctima de la represión trumpista, del Corolario del nuevo filibustero, de la Nueva Estrategia de Defensa Nacional, del pederasta, reencarnación —así se lo cree el bandido presidente— de James Monroe, y que representa también el Garrote de Teddy Roosevelt, la poetisa sabía que la iban a matar.

Ha sido otra víctima del sistema que bombardea desde hace años, a veces con bombas atómicas, a veces con otras bombas —mortales, eso sí—, a objetivos civiles, a poblaciones enteras, que asesina a gentes como las de la aldea de My Lai, o de Irak, o de Siria, o de Libia, también de Venezuela. Y mata poetas. Así no más. Tal vez como si imitara a aquel que asesinó en Granada a García Lorca, por marica, o por poeta, o porque estaba en contra de la opresión.

Le dispararon, así no más, a mansalva y sobreseguro, a una muchacha, sí, todavía era una muchacha en flor, que escribía poemas. Había que borrar sus versos, pensaría el tombo, el sirviente del sistema, el asesino con licencia. Había que acallar una voz, un lápiz, unas estrofas, unas líneas… No requerimos poetas, sino matones, sino bombarderos, sino criminales. Así es la vulgar prosa del imperialismo, de Trump y sus secuaces, de aquellos que aplauden no solo las baladronadas del sanguinario pirata, sino sus acciones criminales en todo el universo.

Matar a una poetisa puede ser insignificante. Además de fácil, además que todo puede quedar impune. Era solo una mujer, una muchacha que escribía, que saludaba a los inmigrantes, que les decía como unirse, como abrazarse, como estar alertas frente a la represión. Era eso, tan sin valor, tan sin sentido para un sujeto como el presidente. La Gestapo de Trump la asesinó.

Qué puede pasarle a un imperio, o a un delincuente que se ampara en ser presidente de una superpotencia (en decadencia), por el crimen de una mujer que escribía, por ejemplo, “quiero de vuelta mis mecedoras” y conocía “tercetos de cigarras” (como la cigarra, tantas veces me mataron, tantas veces me morí, sin embargo estoy aquí resucitando…), que había “donado biblias a tiendas de segunda mano”, que sabía —era una poetisa— que entre su páncreas y su intestino grueso, “se encuentra el insignificante arroyo de mi alma”.

La desalmaron los desalmados. Los asesinos le borraron las palabras, las ganas de hacer justicia, los deseos incontenibles de cantar contra la injusticia, de bendecir el encuentro entre el óvulo y el espermatozoide. Le arrancaron el alma a balazos.

Pero la vaina, como se dice, es que ningún policía, ninguna bala, ningún fusil, acaba con la poesía. Esta sigue viviendo más allá del poeta. La poesía de Renée ahora vuela más alto, va de Minneapolis a Chicago, de Los Ángeles a Texas, del país de las libertades muertas, de la democracia destruida, hacia más allá del planeta azul. Era la tarde del siete de enero de 2026, cuando un policía del Servicio de Inmigración y Control de Aduanas de Estados Unidos (ICE, por sus siglas en inglés), disparó con ferocidad sobre una muchacha que escribía versos y que desde ese momento vuela, como esa mariposa que, con su aleteo, es capaz de provocar un terremoto en Beijing o hacer brotar una lágrima en algún lugar del mundo donde haya gente que cante.

Renée Nicole ahora es fuego. No es ceniza. Es voz potente que clama por la justicia en el mundo y porque la utopía siga viviendo, o, al menos, haciendo caminar a mucha gente.

La poetisa asesinada en Minneapolis

27/10/2025

Les multiples défroques du fascisme

Reinaldo Spitaletta, Sombrero de Mago, El Espectador, 21 octobre 2025
Traduit par Tlaxcala

J’avais des doutes sur l’auteur d’une phrase qui, ces derniers temps, circulait sans le moindre contexte sur certaines plateformes sociales : « Quand le fascisme reviendra, il ne dira pas : “je suis le fascisme”. Il dira : je suis la liberté », attribuée à Umberto Eco.
Il m’avait semblé, au premier abord, qu’elle venait bien du créateur du Nom de la rose. Et qu’elle pouvait, sait-on jamais, se trouver dans une de ses conférences, intitulée Ur-Fascism (Reconnaître le fascisme en français – télécharger -). Je la laissai donc flotter dans ce monde hasardeux, incohérent et simplificateur des petites phrases vaporeuses qui vont et viennent.


 

J’ai cherché le texte du discours original, et nulle part ne figurait la phrase attribuée à Eco. Mais l’essai, magnifique dans son contenu, nous rappelle qu’Eco, durant une partie de son enfance et au début de son adolescence, gravitait – comme tant de garçons italiens de l’époque – autour de Mussolini et de son fascisme. Plus tard, il devint un militant de la Résistance et formula, avec son sens aigu de l’humour et de l’ironie, les faiblesses philosophiques de cette idéologie qui, comme on le sait, ne mourut pas avec la défaite du fascisme à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le fascisme va et vient. Parfois, il se déguise en groupuscules sanguinaires de « nettoyage social » (l’expression, en soi, est répugnante) ; ou en petit conseiller municipal uribiste sortant, batte en main – sans être pour autant joueur de baseball (rien d’étonnant à ce qu’on l’appelle des Grandes Ligues de la terreur) – pour menacer et vociférer contre des manifestants.
« Mussolini n’avait pas de philosophie : il n’avait qu’une rhétorique », dit Eco.
Ah, et un sens de la mise vestimentaire, « avec lequel il eut à l’étranger plus de succès qu’Armani, Benetton ou Versace ». Et il ne s’agissait pas seulement des fameuses « chemises noires ».

Oui, on le sait, le fascisme aime à se vêtir de mille costumes. Ou de déguisements. Il se présente parfois comme une panacée aux maux qu’il a lui-même engendrés dans la société qui l’accueille, le soutient ou le finance. Il peut aussi, comme ça se produit par chez nous, dans nos champs de canne à sucre, vociférer des menaces telles que : « du plomb, voilà ce qu’il y a, du plomb, voilà ce qui vient ». Ou encore, recourir à certaines esquives, comme dire, après une série de « faux positifs », que ces « jeunes [assassinés par l’armée] n’étaient pas exactement en train de cueillir du café».

Revenant au texte d’Eco, on y trouve, dans un autre passage, un avertissement contre ce totalitarisme qui est un collage de « différentes idées politiques et philosophiques », et sur sa capacité à se camoufler — sans succès, car il est toujours possible de le reconnaître, de l’identifier.
Il y a des moments où, comme stratégie d’imposture et de mimétisme, il se présente comme « d’avant-garde » ; et d’autres où il préfère se montrer défenseur des traditions, du statu quo, « respectueux » de la loi et de l’ordre (bien sûr, de celui qui segmente, réprime et conserve les privilèges des minorités…).

L’élitisme, « aspect typique de toute idéologie réactionnaire », est une autre de ses caractéristiques. Et là, il peut hurler à la nécessité, pour la masse, d’avoir un dominateur, une sorte de guide-rédempteur-sauveur.
Dans son essence, il y a un culte de la mort, « annoncée comme la meilleure récompense d’une vie héroïque ».
Dans son texte, Eco rappelle que l’« Ur-Fascisme » parle une novlangue, comme celle de 1984, le roman d’Orwell. Il faut, ajoute-t-il, être prêts à reconnaître d’autres formes de cette « novlangue », même « lorsqu’elles prennent la forme innocente d’un reality show populaire ».

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En 2018, des députés du Likoud ayant réussi à faire adopter par la Knesset la loi sur “l'État-nation juif” se sont fait un selfie de victoire, qui a inspiré ce dessin du caricaturiste Avi Katz, du Jerusalem Post, illustrant la citation de George Orwell dans La Ferme des Animaux : « Tous les animaux sont semblables, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Katz a été licencié du journal aussi sec.

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À propos d’Orwell et de son roman La Ferme des animaux, les cochons y ont « mauvaise presse ». Il est courant qu’on emploie ce qualificatif « porcin » pour insulter nazis, sionistes, droitiers, gauchistes, staliniens, trotskystes, uribistes, pétristes, etc., ou encore des individus comme Trump, Netanyahou, et consorts. « Cochon » devient une injure visant quelqu’un pour son idéologie ou sa cruauté.
Les cochons, pourtant, ont bien plus de noblesse et de propreté que, disons, ces « porcs fascistes ».
Je ne sais pas si l’on a déjà qualifié ainsi ce conseiller municipal à la batte, celui qui voulait faire des home run ( coups de circuit) avec les têtes des manifestants à Medellín.

Après avoir dressé une radiographie, une dissection du fascisme en quatorze points, Eco conclut sa conférence par des phrases foudroyantes :
« La liberté et la libération sont des tâches qui ne se terminent jamais. Que ceci soit notre devise : n’oublions pas. »
Dans cette conclusion, il y a un appel à la mémoire, à l’histoire, à demeurer vigilants face à toutes les menaces contre la dignité humaine, contre la personne, contre le citoyen, contre les défenseurs des droits humains, bref.
Car le fascisme regorge d’astuces et de dispositifs pour « pêcher en eau trouble ».

Le fascisme ne s’en est jamais allé. Il revient sans cesse. Et il excelle dans l’art du camouflage. Ou dans celui d’abattre des têtes. Ou encore dans le maquillage qui dissimule sa perfidie et affiche un visage trompeusement frais et bienveillant.
En fin de compte, la phrase citée en ouverture — qui continue à tourner un peu partout — n’est pas d’Eco, bien qu’elle puisse lui être attribuée pour sa teneur philosophique.
Elle est, dans une autre formulation, de Thomas Mann :
« Si le fascisme revient, ce sera au nom de la liberté. »

NdT

La phrase « Si le fascisme revient, ce sera au nom de la liberté », souvent attribuée à Thomas Mann, est en réalité une paraphrase de sa critique de la fascination pour les idéologies autoritaires et réactionnaires qui se présentent sous le couvert de la liberté ou de la puissance nationale. Mann était un critique éminent de l'idéologie nazie, sa famille a été victime de la persécution du régime nazi et il a été déchu de sa citoyenneté en 1936.

14/10/2025

Le Prix Nobel de la paix : un hénaurme foutage de gueule

Reinaldo SpitalettaSombrero de Mago, El Espectador, 14/10/2025

Traduit par Tlaxcala

Il existe un dicton tenace parmi les petits empereurs yankees à propos de leurs fameuses croisades, souvent plus sanglantes que celles du christianisme médiéval. Ils proclament, la bouche pleine, que leur présence, parfois avec des marines, des bombardiers, et pourquoi pas, des bombes atomiques, fait partie non seulement de la civilisation, mais aussi de la démocratie et de la liberté. De telles déclarations sont risibles lorsqu’elles sortent, par exemple, de la bouche de personnages comme Kissinger, Bush, Obama ou Trump, qui, après avoir ravagé des territoires, peuvent, pourquoi pas, recevoir le prix Nobel de la paix.


Une paix menaçante, par Waldo Matus 

Peut-être - la mémoire est fragile - que peu de personnes se souviennent de l’opération “Choc et effroi” en 2003. Ils ont dévasté l’Irak, riche en pétrole, puis ont monté un juteux business transnational de reconstruction. Ils ont anéanti des bibliothèques millénaires, tué des civils à la pelle, saturé de terreur et de mort ces terres de littérature fascinante et de tapis volants. Le petit conte yankee des marines en mission de démocratie pourrait encore prêter à rire (même la statue de la Liberté s’en tape les cuisses), s’il ne s’agissait pas de toute la mort et de la barbarie qu’ils sèment dans les territoires qu’ils envahissent.

Mais ils peuvent tout se permettre. Ils sont les maîtres et seigneurs. Et au Moyen-Orient, ils disposent d’avant-postes comme Israël. Il se trouve que plus les actions des bourreaux yankees sont sanglantes et destructrices, plus ils semblent proches d’être récompensés par des prix universels. Une autre manière de se moquer du monde. Une autre façon d’affirmer qu’ils peuvent faire, ici et là, tout ce qu’ils veulent. Personne ne les arrête ni ne les punit. Certains de ces pirates et génocidaires reçoivent même des distinctions.

Ces jours-ci, avec la remise du prix Nobel de la paix à Madame Machado, alors que les favoris semblaient être précisément deux génocidaires (Trump et Netanyahou), des souvenirs d’autres lauréats ont refait surface, des figures qui, par leurs actions, ont discrédité cette distinction. Il suffit de se rappeler un bandit comme Henry Kissinger, auteur, coauteur et complice de massacres, de coups d’État et de conspirations sanglantes en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Tout un résumé des formes les plus ignobles de tuer des gens, de renverser des présidents, de créer des enfers où ont brûlé des millions de civils.

En 1973, alors qu’il lui restait encore des années de tueries et d’ingérences dans les affaires intérieures de multiples pays, on lui a décerné le prix Nobel de la paix. On disait alors que c’était plutôt une couronne pour la guerre, pour les attentats permanents contre la démocratie et l’autodétermination des nations. On remettait la distinction à celui qui, des années plus tard, serait qualifié par l’un de ses compatriotes, Gore Vidal, de « plus grand criminel de la planète ».

Depuis longtemps déjà, le prix Nobel de la paix est en déclin. Les naïfs du monde espéraient qu’en 2025, par un sursaut de lucidité, le comité le décernerait à quelque médecin palestinien, par exemple à Hussam Abu Safiya, enlevé par des soldats israéliens, utilisé comme « bouclier humain », torturé et enfermé dans une geôle israélienne. Non, bien sûr que non. Ce serait rêver d’un monde où les puissances dominantes ne se rangeraient pas du côté du génocide, de l’invasion, de l’anéantissement de peuples entiers, et du mépris des principes d’autodétermination et de non-ingérence dans les affaires intérieures des nations.

Décerner le prix à Madame Machado, celle-là même qui a appelé des « forces internationales » à envahir son pays, celle qui a regardé avec des yeux pleins d’admiration les manœuvres de flibustier de Trump (auquel, en vérité, peu importe qu’il y ait ou non de la démocratie au Venezuela, mais bien les richesses de ce pays), relève d’une diabolique mise en scène destinée à camoufler l’horreur d’un génocide : celui que commettent les USA et Israël dans la bande de Gaza.

Cette distinction qu’accorde Oslo s’est dévalorisée. Depuis longtemps, elle décline. Parfois, elle semble n’être qu’une moquerie envers ceux qui ont consacré leur vie et leurs principes à la défense des droits humains, de la liberté et de la coexistence pacifique.

D’un autre côté, c’est au peuple vénézuélien qu’il revient de lutter pour construire la démocratie dans son propre pays, sans intervention étrangère, sans ingérences. Mais, comme on le sait, il existe une ambition féroce de l’empire pour s’emparer des richesses stratégiques du Venezuela, et il faut y parvenir, coûte que coûte, même sous le camouflage de petits prix et de tapes amicales dans le dos de ses laquais.

Tout porte à croire que le prix Nobel de la paix, devenu une bagatelle pour des massacres, une vulgaire manipulation d’intérêts politiciens et un instrument des superpuissances, est désormais sur la corde raide. C’est comme un mauvais spectacle de cirque, avec des clowns sans humour.

La paix, comme le rappelait Kant, n’est pas un état naturel, mais un objectif à construire par la raison et le droit international, deux éléments que, curieusement, la guerre - comme c’est bizarre, comme c’est étrange - a réussi à détruire.

 Le Comité Nobel norvégien, 2025. De gauche à droite : Anne Enger, Kristian Berg Harpviken (secrétaire), Gry Larsen, Kristin Clemet, Asle Toje (vice-président) et Jørgen Watne Frydnes (président)
Six luthériens propres sur eux
 Photo Geir Anders Rybakken Ørslien

Los cachondeos del Nobel de la Paz

Reinaldo SpitalettaSombrero de Mago, El Espectador, 14-10-2025

Hay un dicho pertinaz de los emperadorcitos gringos acerca de sus famosas cruzadas, más sangrientas que las del cristianismo medieval. Proclaman, a boca llena, que su presencia, a veces con marines, con bombarderos, también, por qué no, con bombas atómicas, es parte no solo de la civilización, sino de la democracia y la libertad. Risibles tales apreciaciones cuando las pronuncian, por ejemplo, bellezas como Kissinger, Bush, Obama, Trump, que, por lo demás, tras arrasar territorios, pueden ganarse, por qué no, el Nobel de la Paz.



Paz acechante
, por
Waldo Matus 

Podría ser —la memoria es frágil— que pocos recuerden la operación Conmoción y Pavor, en 2003. Arrasaron Irak, rico en petróleo, y montaron después pingüe negocio transnacional de reconstrucción. Acabaron con bibliotecas milenarias, mataron civiles a granel, congestionaron de terror y muerte esas tierras de literaturas fascinantes y de alfombras voladoras. El cuentico yanqui de ir con sus marines como heraldos de democracia podría seguir siendo hilarante (hasta la estatua de la Libertad se carcajea), si no fuera por toda la muerte y barbarie que siembran en los territorios invadidos.

Pero todo lo pueden. Son amos y señores. Y en Medio Oriente tienen avanzadas como Israel. Sucede que cuando más sangrientas y destructivas son las acciones de los verdugos estadounidenses, más cerca están de ser galardonados con premios universales. Como otra modalidad de burlarse del mundo. Como otra cara de decir que pueden hacer, aquí y allá, lo que les venga en gana. No hay quien los detenga ni castigue. Por ahí hasta les dan a varios de esos piratas y genocidas una distinción.

Por estos días, con la concesión del Nobel de Paz a doña Corina, cuando los que más sonaban eran precisamente dos genocidas (Trump y Netanyahu), se removieron historias de premiados que fueron desprestigiando dicha presea. Era sino tener la memoria de un bandido como Kissinger, autor, coautor, cómplice de matanzas, golpes de Estado, sangrientas conspiraciones en América Latina, Asia y África. Todo un trasunto de las más envilecidas maneras de matar gente, deponer presidentes, crear infiernos en los que ardieron millones de civiles. En 1973 (cuando aún le quedaban años de matazones e intrusiones en los asuntos internos de múltiples países), le concedieron el Nobel de la Paz. Desde luego, se dijo entonces que era más un laurel para la guerra, para los atentados permanentes contra la democracia y la autodeterminación de las naciones. Se le concedía la distinción a quien, años después, sería calificado por uno de sus compatriotas, por Gore Vidal, como “el más grande criminal del planeta”.

Así que, desde hace tiempos, el Nobel de la Paz ha venido en decadencia. Se esperaba, de parte de los ilusos del mundo, que este año podrían dárselo, en una actitud incluso en contravía de la tendencia, a algún médico palestino, por ejemplo, a Hussam Abu Safiya, secuestrado por soldados israelíes, utilizado como “escudo humano”, torturado y puesto en encierro en una mazmorra de Israel. No, qué va. Eso es como pensar con el deseo en un mundo en el que los poderes predominantes están del lado del genocidio, la invasión, el arrasamiento de pueblos y del irrespeto a los principios de autodeterminación de los pueblos y no injerencia en sus asuntos internos.

Otorgárselo a la señora Machado, la misma que ha llamado a “fuerzas internacionales” a invadir su país, mejor dicho, que ha visto con ojitos de “pispura” las maniobras de filibustero de Trump (al que, en rigor, no le interesa si en Venezuela hay o no hay democracia, sino las riquezas de este país), ha sido toda una diabólica puesta en escena para camuflar el horror de un genocidio. Sí, el perpetrado por Estados Unidos e Israel en la Franja de Gaza.

Esa presea que concede Oslo se ha venido a menos. Desde tiempos viejos está en declive. En ocasiones, parece más una burla a los que han invertido su vida y principios en la defensa de los derechos humanos, de la libertad y la coexistencia pacífica. De otro lado, es al pueblo venezolano al que le corresponde luchar por la construcción de la democracia en su país, sin la intervención extranjera. Sin intromisiones. Pero, como se sabe, hay una ambición feroz del imperio sobre las riquezas estratégicas de Venezuela, y hay que ir por ellas, como sea, incluso con el camuflaje de premiecitos y palmaditas en la espalda a sus lacayos.

Todo indica que el Nobel de la Paz, convertido al parecer en una fruslería, en una manipulación vulgar de intereses politiqueros, y también, de otro lado, de manoseos de las superpotencias, está en la cuerda floja. Es como un espectáculo de circo malo, con payasos sin humor. La paz, como lo recordaba Kant, no es un estado natural, sino un objetivo que se construye con la razón y el derecho internacional, dos elementos que, cosa curiosa, la guerra ha destruido.


El Comité Noruego del Nobel, 2025. De izquierda a derecha: Anne Enger, Kristian Berg Harpviken (secretaria), Gry Larsen, Kristin Clemet, Asle Toje (vicepresidente) y Jørgen Watne Frydnes (presidente). 
Seis luteranos como se pide
 Foto Geir Anders Rybakken Ørslien

02/09/2025

REINALDO SPITALETTA
La tragédie d’être journaliste à Gaza

Reinaldo Spitaletta,  Sombrero de Mago, El Espectador, 2/9/2025

Traduit par Tlaxcala


L’idée est de tout raser. Et, dans ces attaques sournoises, qui provoquent des dizaines de victimes, les journalistes qui couvrent le génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza sont une cible de choix. Il y a un peu plus d’une semaine, une attaque contre l’hôpital Nasser a effacé à jamais cinq reporters de différents médias, qui s’ajoutent à l’assassinat d’environ deux cents autres, victimes, comme tant de civils, du feu israélien.

L’armée israélienne assassine, de façon sélective, ceux qui racontent la tragédie du peuple palestinien, ceux qui témoignent —dans des conditions extrêmement difficiles d’obtention et de transmission de l’information— de la mort des enfants de Gaza, dans ce qui semble déjà être une hécatombe infinie. Si, en général, le journalisme a toujours été une profession à haut risque, dans cette partie du monde son exercice est déjà une condamnation à mort.

 


Mohamed Solaimane, reporter palestinien et collaborateur du quotidien espanol El País, a livré un témoignage à la première personne des significations, des tensions et des peurs qu’implique le fait d’être constamment au bord d’un précipice mortel. Il y a quelques jours, il a échappé à la liste des reporters assassinés parce qu’il avait du retard dans la livraison de son reportage sur « l’effondrement de l’assistance sanitaire » au complexe médical Nasser.

Malgré les supplications de sa femme et de ses enfants, le reporter, qui sait qu’il marche sur un fil extrêmement dangereux, refuse de renoncer à son devoir d’informer sur la tragédie démesurée que subit son peuple. « Je ne peux pas abandonner ce travail. Qui documentera les crimes commis contre des innocents si l’un de nous flanche ? », a-t-il écrit dans son article.

« Qui transmettra au monde le génocide d’un peuple tout entier si les journalistes se rendent ? », écrit-il dans son récit douloureux. Il sait que son métier est à haut risque, c’est, comme on l’a déjà dit, surtout à Gaza, une « profession de la mort ». Malgré tant de censures, malgré les intérêts propagandistes des USA et d’Israël, responsables de ce massacre qui répugne à la majorité du monde, jusqu’à nous qui sommes à l’autre bout de la terre, les échos du génocide, les pleurs des enfants survivants, l’horreur des mères nous parviennent …

Et quand ce ne sont pas les voix des journalistes, ce sont celles des poètes. La poésie surgit comme une autre forme de résistance contre l’ignominie. « Demain on m’enlèvera / les pansements. / Je me demande : / verrai-je une demi-orange, / une demi-pomme ou la moitié / du visage de ma mère / avec l’œil qui me reste ? », pleurent les vers de la poétesse Hanah Ashrawi. Ah, et que dire de ces vers initiaux du poème “Au diable votre conférence sur la technique, mon peuple se fait massacrer”, de Noor Hindi : « Les colonisateurs écrivent sur les fleurs. / Moi, je leur parle d’enfants qui lancent des pierres sur des chars israéliens / quelques instants avant de se transformer en marguerites. »

Revenons à Solaimane. Il sait qu’être reporter à Gaza, c’est être au bord de la mort. Et plus encore, lorsque les troupes de Netanyahou et de Trump ne se préoccupent pas de savoir qui est journaliste et qui est un enfant en pleurs sous un olivier. « Israël a abandonné toutes les normes juridiques, des droits humains et morales. La mort d’un journaliste signifie peu pour un État qui tue des dizaines de milliers de civils sans reculer d’un centimètre », écrit le reporter, qui, d’ailleurs, a déjà rédigé son testament.

« Nous, les quelque 1 000 journalistes qui continuons à informer depuis Gaza, selon les données du Syndicat des journalistes palestiniens, vivons dans les conditions les plus dangereuses du monde pour les reporters, avec 246 informateurs tués et 500 blessés par les attaques israéliennes depuis octobre 2023 », précise Solaimane. Il est probable, comme il le pressent lui-même, que demain il ne soit plus là, que les balles israéliennes l’assassinent. On dira, du point de vue des bourreaux, qu’un journaliste mort de plus, ça n’a aucune importance.


Imran (à droite) et Lama, les plus jeunes enfants de Mohamed Solaimane, dans la voiture familiale après qu’elle a été touchée en plein bombardement. Photo Mohamed Solaimane

Cependant, les journalistes morts, les journalistes vivants, ceux qui ont sacrifié leur vie pour faire connaître l’une des extermiations les plus abjects, un génocide, font partie de l’âme d’une histoire qui continue de s’écrire avec du sang. Oui, on dira, comme on doit le dire partout : « Je suis Gaza, tu es Gaza, nous sommes tous Gaza », et alors chaque jour la solidarité, tout comme la douleur, grandiront jusqu’à ce que cesse la nuit horrifiante.

Il y a des années, j’ai lu une chronique d’un médecin palestinien, Jehad Yousef, qui, de retour dans son pays, a livré son témoignage sur les infamies qu’Israël inflige aux Palestiniens : « Ils nous ont volé la terre, la vie, ils violent nos droits humains. Ils nous assassinent, ils nous humilient, ils nous étouffent, c’est pourquoi ils nous craignent et nous surveillent. » Le calvaire continue. Aujourd’hui avec plus de cruauté que jamais. Ni pardon ni oubli pour les exactions de Netanyahou et Trump.


REINALDO SPITALETTA
La tragedia de ser periodista en Gaza

Reinaldo Spitaletta,  Sombrero de Mago, El Espectador, 2-9-2025


La idea es arrasarlo todo. Y, en esos ataques aleves, que arrojan decenas de víctimas, están como blanco elegido los periodistas que cubren el genocidio de Israel en la Franja de Gaza. Hace poco más de una semana, un ataque contra el Hospital Nasser, borró para siempre a cinco reporteros de distintos medios, que se suma al asesinato de cerca de doscientos más, víctimas, como tantos civiles, del fuego israelí.

El ejército de Israel está asesinando, de modo selectivo, a los que narran la tragedia del pueblo palestino, a quienes cuentan, en medio de dificultades para la consecución y transmisión de información, cómo mueren —en lo que ya parece ser una infinita hecatombe— los niños de la Franja de Gaza. Si, en general, el periodismo ha sido una profesión de alto riesgo, en esta parte del mundo su práctica ya es una condena a muerte.

 


Mohamed Solaimane, reportero palestino, colaborador del diario El País, de España, relató en primera persona  un testimonio de los significados, tensiones y miedos de estar siempre al borde de un precipicio mortal. Hace unos días, se salvó de engrosar la lista de reporteros asesinados, porque tuvo un retraso en la entrega de su reportaje sobre “el colapso de la asistencia sanitaria” en el Complejo Médico Nasser.

Pese a los ruegos de su esposa e hijos, el reportero, que sabe que esta caminando por una peligrosísima cuerda floja, se rehúsa a no continuar con su deber de informar sobre la descomunal tragedia de un pueblo, como el suyo. “No puedo dejar este trabajo. ¿Quién documentará los crímenes cometidos contra inocentes si alguno de nosotros flaquea?”, escribió en una nota del mencionado periódico español.

“Quién transmitirá al mundo el genocidio de todo un pueblo si los periodistas se rinden”, declaró en su doloroso relato. Sabe que su ejercicio es de alto riesgo, es, como se ha dicho, sobre todo en Gaza, una “profesión de la muerte”. Pese a tantas censuras, a los intereses propagandísticos de Estados Unidos e Israel, causantes de esta masacre que repugna a la mayoría del mundo, hasta nosotros, del otro lado de la tierra, nos llegan los ecos del genocidio, el llanto de los niños supérstites, el horror de las madres…

Y cuando no es por las voces de los periodistas, es por la de los poetas. La poesía emerge como otra manera de la resistencia contra la ignominia. “Mañana me quitarán / los vendajes. / Me pregunto: / ¿veré media naranja, /media manzana o medio /rostro de mi madre /con el ojo que me queda?”, lloran los versos de la poetisa Hanah Ashrawi. Ah, y qué tal estos versos iniciales, del poema “A la mierda su conferencia sobre técnica, a mi gente la están matando”, de Noor Hindi: “Los colonizadores escriben de flores. / Yo les hablo de niños que tiran piedra a tanques israelíes. / momentos antes de convertirse en margaritas”.

Volvamos con Solaimane. Él sabe que ser reportero en Gaza es estar al borde de la muerte. Y más aún, cuando las tropas de Netanhayu y de Trump, no se gastan miramientos en quién es periodista y quién un chicuelo que llora junto a algún olivo. “Israel ha abandonado todas las normas legales, de derechos humanos y morales. La muerte de un periodista significa poco para un Estado que mata a decenas de miles de civiles sin retroceder ni un centímetro”, escribió el reportero, que, además, ya tiene listo su testamento.

“Los alrededor de 1.000 periodistas que seguimos informando desde Gaza, según los datos del Sindicato de Periodistas Palestino, vivimos en las condiciones más peligrosas del mundo para los reporteros, con 246 informadores muertos y 500 heridos por los ataques israelíes desde octubre de 2023”, señaló Solaimane. Es probable, como él mismo lo presiente, que mañana ya no esté, que las balas de Israel lo asesinen. Se dirá, desde la perspectiva de los victimarios, que un periodista más muerto, eso qué importa.


Imran (derecha) y Lama, los hijos menores de Mohamed Solaimane, en el coche de la familia después de que fuera impactado en medio de un bombardeo. Foto Mohamed Solaimane

Sin embargo, los periodistas muertos, los periodistas vivos, los que han sacrificado su vida por dar a conocer uno de los más aberrantes exterminios, un genocidio, son parte del alma de una historia que continúa escribiéndose con sangre. Sí, se dirá, como debe decirse en todas partes: “Yo soy Gaza, vos sos Gaza, todos somos Gaza”, y entonces cada día la solidaridad, así como el dolor, crecerán hasta que cese la horripilante noche.

Hace años, leí una crónica de un médico palestino, Jehad Yousef, que volvió de paso a su tierra y expresó su testimonio sobre las villanías a las que Israel somete a los palestinos: “Nos robaron la tierra, la vida, nos violan nuestros derechos humanos. Nos asesinan, nos humillan, nos asfixian, por eso nos temen y nos vigilan”. El calvario continúa. Ahora con más sevicia que antes. Ni perdón ni olvido para las tropelías de Netanyahu y Trump.

13/08/2025

REINALDO SPITALETTA
Colombie: le soldat Chvéïk et le condamné Uribe

Reinaldo Spitaletta, Sombrero de Mago, El Espectador, 2/8/2025

Traduit par Tlaxcala

 


Dans le roman inachevé Les Aventures du brave soldat Chvéïk, de Jaroslav Hašek, il est fait mention d'anciennes tortures et punitions infligées aux personnes accusées d'une faute, telles que boire du plomb fondu, marcher sur des fers rougis au feu, porter les très douloureuses « bottes espagnoles » (qui n'ont rien à voir avec les crocs), d'être brûlés avec des torches, écartelés, empalés, bref, d'un vaste répertoire de souffrances pour le malheureux prisonnier.

L'œuvre, comme on le sait, s'est imposée comme une satire contre l'absurdité (et aussi contre la barbarie) de la guerre. « Se faire arrêter aujourd'hui, c'est un jeu », dit le brave soldat, car, selon lui, on te donne un lit de camp, une table, de la soupe, du pain, un petit pot d'eau, et les toilettes sont juste là, sous ton nez. J'ai entendu quelque chose de similaire ces derniers jours, après la condamnation de l'ancien président Álvaro Uribe, qui purgera sa peine dans une maison de luxe et à qui on ne dira pas, cela aurait été le comble du « progrès », « nous avons décidé que demain, vous serez écartelé ou brûlé, selon ce que vous préférez », car, comme le disait le Tchèque Chvéïk, la situation s'est améliorée en ce qui concerne les détenus.

Le cas du premier ancien président colombien condamné a suscité toutes sortes de réactions dans un pays d'extrêmes, où, heureusement, il reste encore des traces d'humour, notamment noir, mais aussi d'autres nuances. Au-delà de cette affaire retentissante, qui a donné lieu à des prises de position divergentes, à des spéculations, à une créativité populaire, à des rires et des larmes, elle a été pour les plus jeunes l'occasion d'en savoir un peu plus sur l'histoire contemporaine d'un pays marqué par les massacres, les déplacements forcés, les « faux positifs », les réformes du travail défavorables aux travailleurs, le néolibéralisme sauvage et les oppositions tant à la paix qu'à la guerre.

On pourrait réduire à l'absurde absolu l'organisation de certaines marches en faveur du condamné, mais, d'un autre côté, il faudrait souligner comment la situation a débordé la créativité populaire (même si le peuple a toujours été victime de tous les outrages, tortures et punitions, y compris ceux promus par l'accusé). Nous sommes, comme on le sait, un peuple (ni naïf ni ignorant, rien de tout cela, sans prétention) doté d'un sens inné de l'humour. Sans gaspillage. Et enclin aux présages, aux coups du sort, aux jeux de hasard (et non de ahazar, comme l'a dit il y a des années un gouverneur d'Antioquia).

Le numéro qui a été attribué à Uribe en tant que prisonnier, condamné à la prison domiciliaire – même si l'on a également entendu dire : « la prison, c'est la prison » – a été joué dans des billets de loterie, des paris, des tombolas, des “chances” [type de loterie où on peut parier des petites sommes sur un, deux , trois ou quatre chiffres, NdT], des « cantarillas » [loteries de quartier où on peut gagner en général un appareil électroménager, NdT], comme s'il s'agissait du chiffre miraculeux qui apparaît dans un poisson de Pâques. Un humoriste de la faculté de droit a suggéré de revenir à la typologie criminelle de Cesare Lombroso pour voir si le condamné y trouvait sa place. De plus, à l'ère des réseaux sociaux et autres « passe-temps », les memes se sont multipliés, certains, il faut le noter, ingénieux et pugnaces.


Dans l'un de ces nombreux memes (il y a d'ailleurs eu une occasion en or pour les caricaturistes, enfin, pour ceux qui ne sont ni des mercenaires ni des béni oui-oui), Uribe apparaît dans un lit, la tête sur l'oreiller, couvert d'une couverture. Et il dit : « Je n'aurais pas dû dénoncer Iván Cepeda ». D'autres, faisant également référence à celui qui fut l'un des politiciens les plus puissants et influents du pays, le montraient en uniforme de prisonnier, orange pour certains, rayé pour d'autres, derrière les barreaux avec un béret marqué du numéro 82 (le même que celui avec lequel les USA l'ont associé à une liste de collaborateurs du cartel de Medellín).


Ainsi, grâce au procès et à la condamnation, on est soudainement passé des cris « des balles, c'est tout ce qu'il y a et des balles, c'est tout ce qui viendra », propres à certains de ses acolytes et partisans, à des expressions populaires moqueuses, qui laissaient entendre que « tout s'écroule », que tout pouvoir s'évanouit. De nouveaux cercles de l’enfer sont apparus, dans une reconstruction contemporaine de Dante, où le « seigneur des ténèbres » a été envoyé pour se rafraîchir. « Je te parle depuis la prison », était un autre mème savoureux et plein de piquant.

Il semble – ou c'est une façon de parler – que nous ayons quelque peu progressé en matière de confrontation politique civilisée, celle qui se déroule dans le domaine des idées, de la dissidence raisonnée, de la discussion sans coups de feu, car avant le verdict, les échos laissaient présager une véritable tornade si l'ancien président était condamné. Cela n'a pas été le cas, du moins jusqu'à présent. Il est donc encore temps pour les blagues et les plaisanteries.

Dans le roman inachevé de Hašek, au brave soldat Chvéïk qui chantait « rivières de sang, batailles que je loue... », un médecin a prescrit une dose de bromure pour calmer son « enthousiasme patriotique » et lui a recommandé de ne pas penser à la guerre. Cela pourrait être une bonne formule pour ces jours-ci, en particulier pour ceux qui ont les toilettes sous le nez.