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08/03/2026

8 Mars : sang, larmes et sueur de femme

Reinaldo Spitaletta, 6/3/2026
Traduit par Tlaxcala 


Le 8 mars est la Journée internationale des droits des femmes d’ici, de là-bas et de partout

Comme on a banalisé la Journée internationale des femmes ! La Journée internationale des droits des femmes ! Elle est devenue une caricature, sans histoire ni mémoire. On a dit que le capitalisme est expert pour transformer en marchandise ce qui, autrefois, représentait une menace pour sa stabilité et ses diktats. Ce qui a émergé comme une revendication sociale, avec des protestations populaires, des soulèvements, des mortes et de nombreuses blessures, avec du sang, il faut le rendre trivial, car ainsi on peut le vendre et le vider de son contexte.

Elle a été longue, l’épopée des femmes pour la conquête de leurs droits, avec des présences peu visibles, mais historiques, dans la Révolution française, et un vaste catalogue de manifestations de protestation aux XIXe et XXe siècles. Le capitalisme qui, selon Marx, est né « dégoulinant de sang par tous ses pores », a instauré des journées de travail inhumaines, qui ont engendré en Europe et aux USA d’immenses mouvements de revendication, comme celle des « Trois Huit » (huit heures de travail, huit de repos et huit pour l’éducation).

Aux luttes pour les revendications économiques des ouvrières se sont ajoutées celles pour les droits politiques, comme le droit de vote et pour l’élimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes. Dans le feu des combats aux USA, il y a eu des manifestations héroïques de grèves et de mouvements sociaux, comme les très célèbres Martyrs de Chicago, qui ont donné naissance à la création — et à la célébration — mondiale du Premier Mai. Les immigré·es, par milliers, devenaient une main-d’œuvre bon marché dans les usines, comme les usines textiles, avec une majorité d’ouvrières.

Dans Une autre histoire des États-Unis, Howard Zinn dépeint des paysages impitoyables d’ouvriers exploités jusqu’à la moelle et relate les nombreuses luttes de femmes et d’hommes pour la dignité et une vie meilleure. Un poète populaire, Edwin Markham, a écrit dans le magazine Cosmopolitan sur les conditions de travail misérables : « dans des pièces sans ventilation, les mères et les pères cousent jour et nuit... et les enfants qui jouent, les patrons les appellent pour travailler aux côtés de leurs parents ».

Dans diverses usines textiles, en particulier aux USA, de graves accidents avaient eu lieu, causant des morts par centaines, en raison des conditions d’exploitation inhumaines et de l’insécurité industrielle. Les femmes, entassées dans les usines, travaillaient seize heures par jour. À New York, au début du XXe siècle, il y avait cinq cents usines de confection. « Dans ces trous malsains, nous tous, hommes, femmes et jeunes, nous travaillions entre soixante-dix et quatre-vingts heures par semaine, samedis et dimanches compris ! Le samedi après-midi, ils accrochaient une pancarte disant : “Si vous ne venez pas dimanche, ce n’est pas la peine de venir lundi"“” », a témoigné une femme, citée par Zinn.


22 novembre 1909 : le « soulèvement des 20 000 » éclate. La grève générale dure 13 semaines. 13 000 travailleur·ses obtiennent un contrat établissant des augmentations de salaires. Sur la photo, un meeting à Rutgers Square le 4 décembre : la femme de dos est sans doute Clara Lemlich, l’une des animatrices de la grève.

En 1909, les ouvrières de la confection, aux USA, ont mené une grève générale, avec la participation très significative des femmes noires. Cependant, les pénibles conditions de travail n’ont pas changé et, au contraire, se sont aggravées dans toutes les usines. En 1911, à l’usine Triangle, qui verrouillait ses portes pour surveiller et contrôler ses employé·es, un incendie a causé la mort de 146 travailleur·ses, en majorité des ouvrières. Sur Broadway, cent mille personnes ont défilé en l’honneur des sacrifié·es par les conditions barbares du capitalisme.

« Qui est responsable ? Qui est responsable du meurtre de cent quarante-cinq jeunes filles et jeunes hommes dans ce piège à feu « ignifugé » ? À qui incombe la responsabilité des escaliers inadéquats, vétustes et dangereux, ainsi que de la seule issue de secours, rendus possibles parce que le bâtiment était classé « ignifugé » ? Ces jeunes filles mortes crient à haute voix, non pas pour se venger, mais pour obtenir justice. Leurs corps calcinés réclament la protection des milliers de leurs sœurs travailleuses qui n’ont pas encore été sacrifiées au feu. Leurs lèvres silencieuses demandent : « Qui est responsable ? »
Dessin éditorial publié du New York Evening Journal du 28 mars 1911

Protestation ouvrière après l’incendie. La majorité des victimes étaient des ouvrières italiennes et juives

Tant d’abus contre les ouvrières, en particulier dans les usines usaméricaines, ont motivé, lors de la célébration de la deuxième Conférence des femmes socialistes à Copenhague, la déclaration du 8 mars comme Journée internationale de la femme travailleuse, grâce à une motion proposée par la dirigeante Clara Zetkin. Cette date, marquée par les immenses sacrifices des ouvrières, par leur sang, leur sueur et leurs larmes, a été officialisée dans le monde par les Nations Unies, en 1975, sous le nom de Journée internationale des  femmes.

 Clara Zetzkin et Rosa Luxemburg, 1910

La commémoration du 8 mars est un exercice d’histoire des mauvais traitements, de la persécution, de la discrimination et autres exploitations infligées aux femmes, en particulier aux travailleuses d’ici et d’ailleurs. En Colombie, les ouvrières ont ouvert une voie de revendications en février et mars 1920, lorsque quatre cents jeunes filles de la Fábrica de Tejidos de Bello ont mené la première grève (inaugurant le droit de grève, approuvé en 1919) dans le pays. Betsabé Espinal s’est érigée en phare de ce glorieux mouvement de « petites pucelles rebelles », de Jeanne d’Arc à la colombienne, comme les ont qualifiées des reporters de l’époque.

« Les femmes qui remplissent pleinement leurs devoirs de travailleuses, de mères et de membres de la communauté, qui doivent payer leurs impôts à l’État et à la commune, se sont jusqu’à présent vu refuser la pleine citoyenneté en raison de préjugés et d’une pensée réactionnaire. Lutter pour ce droit humain fondamental doit être la volonté inébranlable et ferme de chaque femme, de chaque travailleuse. Il ne doit y avoir ni repos ni pause. Alors ; femmes et filles, venez toutes le dimanche 8 mars 1914 aux 9 assemblées publiques de femmes pour le droit de vote ». Affiche de Karl Maria Stadler, qui a inspiré celle-ci, des éditions Rotation, à Berlin-Ouest, en 1978.

La Journée internationale des femmes est la mémoire des nombreux combats de travailleuses dans le monde qui, par leur héroïsme et leur capacité de lutte, portant le fardeau des discriminations, se sont soulevées contre les diktats et les abus des patrons d’usines. Ce n’est pas une date anodine ni un jour commercial, comme on a voulu l’imposer depuis longtemps, avec une tentative, tant officielle que d’autres secteurs, de décontextualiser et d’effacer les luttes intrépides des femmes pour leur dignité et la conquête de leurs droits à l’intérieur et à l’extérieur des usines.

Tout ce qui, pour le capitalisme, sent les troubles, les révolutions sociales, les transformations du système de production, il le cache, le censure, le combat, le ridiculise. Et, en plus, il le transforme en une marchandise de plus sur le marché, il lui efface l’histoire et ne laisse que des excroissances qui peuvent se vendre, qui produisent des plus-values. C’est ainsi qu’on a banalisé la Journée internationale des droits des femmes. Elle est devenue un bazar, un chahut sans contextes historiques ni politiques.

Le 8 mars est une journée universelle pour en savoir un peu plus sur Rosa Luxemburg, María Cano, Nadia Kroupuskaïa, Betsabé Espinal et sur les ouvrières brûlées vives dans les usines de confection et de textile ; sur les suffragettes, sur les Mères de Soacha, sur les Mères de Mai... Ce n’est pas une célébration de pétales et de chocolats, mais une commémoration pour marcher main dans la main avec l’histoire et les utopies.

 


« J’ai fabriqué vos vêtements ». En Novembre 2012, un incendie à l’usine Tazreen Fashion au Bangladesh a tué au moins 112 ouvrières. Le 24 avril 2013, l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza dans une banlieue de Dacca a tué 1134 ouvrières du textile et blessé des centaines de survivantes. Un siècle après Triangle, la géographie a changé, mais pas l'histoire.

8 de Marzo: Sangre, lágrimas y sudor de mujer

Reinaldo Spitaletta , 6-3-2026
Italiano

 


El 8 de marzo es el Día Internacional de los Derechos de las Mujeres de aquí, de allá y de acullá

¡Cómo han frivolizado el Día Internacional de las  Mujeres! ¡El Día Internacional de los Derechos de las Mujeres! Se tornó en una caricatura, sin historia y sin memoria. Se ha dicho que el capitalismo es experto en convertir en mercancía lo que en otro tiempo fue una amenaza a su estabilidad y a sus imposiciones. Aquello que emergió como reivindicación social, con protestas populares, con alzamientos, con muertes y muchas heridas, con sangre, hay que volverlo trivialidad, porque así se puede vender y despojarlo de contextos.

Ha sido larga la gesta de las mujeres por la conquista de sus derechos, con presencias no muy visibles, pero sí históricas, en la Revolución Francesa, y un extenso catálogo de demostraciones de protesta en los siglos XIX y XX. El capitalismo que, al decir de Marx, nació “chorreando sangre por todos sus poros”, implantó jornadas de trabajo inhumanas, que originaron en Europa y Estados Unidos colosales movimientos de reclamo, como el de los “Tres Ochos” (ocho horas de trabajo, ocho de descanso y ocho para la educación).

A las luchas por reivindicaciones económicas de las obreras, se sumaron las de los derechos políticos, como el del sufragio y por la eliminación de todas las formas de discriminación contra las mujeres. Al fragor de las contiendas en Estados Unidos hubo muestras heroicas de huelgas y movimientos sociales, como los muy célebres de los Mártires de Chicago, que originaron la creación —y celebración— mundial del Primero de Mayo. Los inmigrantes, a montones, se convertían en mano de obra barata de fábricas, como las textileras, con mayoría de trabajadoras.

En La otra historia de los Estados Unidos, Howard Zinn muestra descarnados paisajes de obreros explotados hasta la médula y da cuenta de las numerosas luchas de mujeres y hombres por la dignidad y una vida mejor. Un poeta popular, Edwin Markham, escribió en la revista Cosmopolitan sobre las miserables condiciones laborales: “en habitaciones sin ventilación, las madres y los padres cosen día y noche… y a los niños que están jugando, los patronos los llaman para trabajar junto a sus padres”.

En distintas fábricas de textiles habían ocurrido, en particular en Estados Unidos, graves accidentes con muertes a montón, por las infrahumanas condiciones de explotación e inseguridad industrial. Las mujeres, hacinadas en las fábricas, laboraban dieciséis horas al día. En Nueva York, a principios del siglo XX, había quinientas fábricas de ropa. “En esos agujeros malsanos, todos nosotros, hombres, mujeres y jóvenes ¡trabajábamos entre setenta y ochenta horas semanales, incluidos los sábados y domingos! El sábado a la tarde, colgaban un cartel que decía: ‘Si no venís el domingo, no hace falta que vengáis el lunes”, testimonió una mujer, citada por Zinn.

22 de noviembre de 1909: estalla el «levantamiento de l@s 20 000». La huelga general dura 13 semanas. 13 000 trabajador@s consiguen un contrato que establece aumentos salariales. En la foto, una reunión en Rutgers Square el 4 de diciembre: la mujer de espaldas es sin duda Clara Lemlich, una de las impulsoras de la huelga.

En 1909, las trabajadoras de ropa, en Estados Unidos, promovieron una huelga general, con la muy significativa participación de mujeres negras. Sin embargo, las penosas condiciones laborales no cambiaron y, al contrario, se agudizaron en todas las fábricas. En 1911, en la Compañía Triangle, que cerraba sus puertas con pestillo a fin de vigilar y controlar a sus empleados, un incendio causó la muerte de 146 trabajadores, en su mayoría obreras. En Broadway marcharon cien mil personas en honor a los sacrificados por las bárbaras condiciones del capitalismo.

«¿Quién es el responsable? ¿Quién es el responsable de la muerte de ciento cuarenta y cinco jóvenes, hombres y mujeres, en una trampa de fuego «a prueba de incendios»? ¿Sobre quién recae la culpa por las escaleras inadecuadas, anticuadas y peligrosas y por la única salida de emergencia, que fue posible porque el edificio estaba clasificado como «a prueba de incendios»? Estas chicas muertas claman en voz alta, no por venganza, sino por justicia. Sus cuerpos calcinados exigen protección para las miles de compañeras trabajadoras que aún no han sido sacrificadas al fuego. Sus labios silenciosos preguntan: «¿Quién es el responsable?».
Viñeta editorial del New York Evening Journal del 28 de marzo de 1911.

Protesta obrera después del incendio. La mayoría de las víctimas eran obreras italianas y judías

Tantos atropellos contra las obreras, en especial en las fábricas estadounidenses, motivaron a que, en la celebración de la Segunda Conferencia de Mujeres Socialistas, en Copenhague, se declarara el 8 de marzo como el Día Internacional de la Mujer Trabajadora, gracias a una moción propuesta por la dirigente Clara Zetkin. Esta fecha, atravesada por inmensos sacrificios de las obreras, por su sangre y su sudor y sus lágrimas, se oficializó en el mundo por las Naciones Unidas, en 1975, con el nombre de Día Internacional de la Mujer.

 Clara Zetzkin y Rosa Luxemburg, 1910

 La conmemoración del 8 de marzo es un ejercicio de historia del maltrato, de la persecución, discriminación y otras explotaciones a las mujeres, en especial a las trabajadoras de aquí y de allá. En Colombia, las obreras abrieron un camino de reivindicaciones en febrero y marzo de 1920, cuando cuatrocientas señoritas de la Fábrica de Tejidos de Bello realizaron la primera huelga (estrenaron el derecho de huelga, aprobado en 1919) en el país. Betsabé Espinal se erigió como el faro de aquel glorioso movimiento de “virgencitas rebeldes”, de Juanas de Arco a la colombiana, como las calificaron reporteros de la época.

«Las mujeres que cumplen plenamente con sus obligaciones como trabajadoras, madres y miembros de la comunidad, que deben pagar sus impuestos al Estado y al municipio, hasta ahora se han visto privadas de la plena ciudadanía debido a los prejuicios y al pensamiento reaccionario. Luchar por este derecho humano fundamental debe ser la voluntad inquebrantable y firme de cada mujer, de cada trabajadora. No debe haber descanso ni pausa. Por lo tanto, mujeres y niñas, acudan todas el domingo 8 de marzo de 1914 a las nueve asambleas públicas de mujeres por el derecho al voto». Cartel de Karl Maria Stadler, que inspiró a este, de la editorial Rotation, en Berlín Occidental, en 1978.

El Día Internacional de la Mujer es la memoria de numerosas lides de trabajadoras en el mundo que, con su heroísmo y capacidad de lucha, portando el fardo de las discriminaciones, se levantaron contra las imposiciones y atropellos de los dueños de las fábricas. No es una fecha baladí ni un día comercial, como se ha querido imponer desde hace tiempos, con un intento, tanto oficial como de otros sectores, de descontextualizar y borrar las intrépidas faenas de las mujeres por su dignidad y la conquista de derechos dentro y fuera de las factorías.

Todo lo que al capitalismo le huela a disturbios, a revoluciones sociales, a transformaciones del sistema de producción, lo oculta, lo censura, lo combate, lo ridiculiza. Y, además, lo vuelve una mercancía más del mercado, le borra la historia y deja solo excrecencias que pueden venderse, que producen plusvalías. Así se ha banalizado el Día Internacional de los Derechos de la Mujer. Se volvió un bazar, una recocha sin contextos históricos ni políticos.

El 8 de marzo es una jornada universal para saber un poco más sobre Rosa Luxemburgo, María Cano, Nadia Krupskaya, Betsabé Espinal y sobre las obreras incineradas en fábricas de ropas y tejidos; sobre las sufragistas, sobre las Madres de Soacha, sobre las Madres de Mayo… No es una celebración de pétalos y bombones, sino una conmemoración para caminar de la mano de la historia y de las utopías.

 


«Yo fabriqué su ropa». En noviembre de 2012, un incendio en la fábrica Tazreen Fashion de Bangladesh causó la muerte de al menos 112 trabajadoras. El 24 de abril de 2013, el derrumbe del edificio Rana Plaza, en un suburbio de Daca, causó la muerte de 1134 trabajadoras textiles y dejó heridas a cientos de supervivientes.
Un siglo después de Triangle, ha cambiado la geografía, pero no la historia.

10/01/2026

Run, Renee, run, they're going to kill you!
The murder of an USAmerican poetess by Trump and his gang

 Reinaldo Spitaletta, January 9, 2026
Translated by Tlaxcala

Renee Nicole Good, poetess murdered by ICE (Photo RNZ News)

They murdered the poetess, with gunshots, in cold blood, as if she were a cockroach, or perhaps like a piece of pork that must be fried in the fat of immigration police. They killed her for no reason, because women must be killed, women who write, women who raise their voices, who speak with exploited foreigners, with the persecuted. She had to be killed. And that’s what the automatic agents did, assassins by nature, trained for that purpose: to kill and nothing more. Ah, and if the victim is a poetess, even better. We don’t want anyone to sing, or to tell any truth, in verse, or in prose, to the little president who looks more and more like Hitler.

They shot and killed Renée Nicole Good, thirty-seven years old. They say she wrote “like someone opening a window in a besieged house.” She surely knew, before receiving that hail of bullets in a “country bathed in blood,” as Paul Auster described it, that she was destined to be a victim of Trumpesque repression, of the Corollary of the new filibusterer, of the New National Defense Strategy, of the pedocriminal, reincarnation—so the bandit president believes—of James Monroe, and who also represents Teddy Roosevelt’s Big Stick. The poetess knew they were going to kill her.

She has been another victim of the system that has been bombing for years, sometimes with atomic bombs, sometimes with other bombs—deadly, indeed—civilian targets, entire populations, that murders people like those in the village of My Lai, or Iraq, or Syria, or Libya, also Venezuela. And it kills poets. Just like that. Perhaps as if imitating the one who murdered García Lorca in Granada, for being a faggot, or a poet, or because he was against oppression.

They shot her, just like that, at point-blank range and with confidence, a young girl, yes, she was still a young girl in bloom, who wrote poems. Her verses had to be erased, the cop, the servant of the system, the licensed assassin, would think. A voice had to be silenced, a pencil, some stanzas, some lines... We don’t need poets, but thugs, bombers, criminals. Such is the vulgar prose of imperialism, of Trump and his henchmen, of those who applaud not only the bravado of the bloodthirsty pirate, but also his criminal actions throughout the universe.

Killing a poetess can be insignificant. Besides being easy, besides everything can remain unpunished. She was just a woman, a young girl who wrote, who greeted immigrants, who told them how to unite, how to embrace, how to stay alert in the face of repression. That was it, so worthless, so meaningless for a subject like the president. Trump’s Gestapo murdered her.

What can happen to an empire, or to a delinquent who shelters himself by being president of a superpower (in decline), for the crime of a woman who wrote, for example, "” want my rocking chairs back” and knew “cicada tercets” (like the cicada, so many times they killed me, so many times I died, yet here I am resurrecting...), who had “donated bibles to second-hand stores,” who knew—she was a poetess—that between her pancreas and her large intestine, “lies the insignificant stream of my soul.”

The soulless ones disembodied her. The assassins erased her words, her desire for justice, the irrepressible wishes to sing against injustice, to bless the encounter between the ovum and the spermatozoon. They tore out her soul with gunshots.

But the thing, as they say, is that no police officer, no bullet, no rifle, ends poetry. It continues living beyond the poet. Renée’s poetry now flies higher, goes from Minneapolis to Chicago, from Los Angeles to Texas, from the country of dead freedoms, of destroyed democracy, to beyond the blue planet. It was the afternoon of January 7, 2026, when a police officer from the United States Immigration and Customs Enforcement (ICE), fired ferociously at a young girl who wrote verses and who from that moment flies, like that butterfly which, with its wing flap, is capable of causing an earthquake in Beijing or bringing forth a tear somewhere in the world where there are people who sing.

Renée Nicole is now fire. She is not ash. She is a powerful voice crying out for justice in the world and for utopia to keep living, or, at least, to keep many people walking.

The poetess murdered in Minneapolis

Cours, Renée, cours, ils vont te tuer !
L’assassinat d’une poétesse usaméricaine par Trump et sa bande

 

Reinaldo Spitaletta, 9 janvier 2026
Traduit par Tlaxcala

Renee Nicole Good, poétesse assassinée par la police de l’immigration (Photo RNZ News)

Ils ont assassiné la poétesse, à coups de feu, de sang-froid, comme si elle était un cafard, ou peut-être comme un morceau de porc qu’il faut frire dans de la graisse de policiers de l’immigration. Ils l’ont tuée pour rien, parce qu’il faut tuer des femmes, des femmes qui écrivent, des femmes qui élèvent la voix, qui parlent avec les étrangers exploités, avec les persécutés. Il faut la tuer. Et c’est ce qu’ont fait les agents automatiques, assassins par nature, entraînés à cette fin : tuer et rien de plus. Ah, et si la victime est une poétesse, c’est encore mieux. Nous ne voulons pas que qui que ce soit chante, ni dise des vérités, en vers ou en prose, au petit président qui ressemble de plus en plus à Hitler.

Ils ont assassiné par balle Renée Nicole Good, trente-sept ans. On dit qu’elle écrivait « comme quelqu’un qui ouvre une fenêtre dans une maison assiégée ». Elle savait sûrement, avant de recevoir cette rafale de balles dans un « pays baigné de sang », comme l’a décrit Paul Auster, qu’elle était destinée à être une victime de la répression trumpiste, du Corollaire du nouveau flibustier, de la Nouvelle Stratégie de Défense Nationale, du pédocriminel, réincarnation — c’est ce que croit le président bandit — de James Monroe, et qui représente aussi le Gourdin de Teddy Roosevelt. La poétesse savait qu’ils allaient la tuer.

Elle a été une autre victime du système qui bombarde depuis des années, parfois avec des bombes atomiques, parfois avec d’autres bombes — mortelles, ça oui —, des cibles civiles, des populations entières, qui assassine des gens comme ceux du village de My Lai, ou d’Irak, ou de Syrie, ou de Libye, aussi du Venezuela. Et il tue des poètes. Comme ça. Peut-être comme s’il imitait celui qui a assassiné à Grenade García Lorca, parce qu’il était pédé, ou poète, ou parce qu’il était contre l’oppression.

Ils lui ont tiré dessus, comme ça, à bout portant et avec assurance, une jeune fille, oui, c’était encore une jeune fille en fleur, qui écrivait des poèmes. Il fallait effacer ses vers, penait le flic, le serviteur du système, l’assassin patenté. Il fallait faire taire une voix, un crayon, des strophes, des lignes... Nous n’avons pas besoin de poètes, mais de tueurs, de bombardiers, de criminels. Telle est la vulgaire prose de l’impérialisme, de Trump et de ses complices, de ceux qui applaudissent non seulement les fanfaronnades du pirate sanguinaire, mais aussi ses actions criminelles dans tout l’univers.

Tuer une poétesse peut être insignifiant. En plus d’être facile, et plus que tout, ça peut rester impuni. Ce n’était qu’une femme, une jeune fille qui écrivait, qui saluait les immigrants, qui leur disait comment s’unir, comment s’embrasser, comment rester vigilants face à la répression. C’était ça, tellement sans valeur, tellement dénué de sens pour un individu comme le président. La Gestapo de Trump l’a assassinée.

Qu’est-ce qui peut arriver à un empire, ou à un criminel qui se protège en étant président d’une superpuissance (en déclin), pour le meurtre d’une femme qui écrivait, par exemple, « je veux récupérer mes fauteuils à bascule » et connaissait « les tercets des cigales » (comme la cigale, tant de fois ils m’ont tuée, tant de fois je suis morte, et pourtant je suis là, ressuscitée...), qui avait « donné des bibles à des magasins d’occasion », qui savait — c’était une poétesse — qu’entre son pancréas et son gros intestin, « se trouve l’insignifiant ruisseau de mon âme ».

Les sans-âme l’ont désanimée. Les assassins lui ont effacé les mots, l’envie de faire justice, les désirs irrépressibles de chanter contre l’injustice, de bénir la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde. Ils lui ont arraché l’âme à coups de feu.

Mais le truc, comme on dit, c’est qu’aucun policier, aucune balle, aucun fusil, ne vient à bout de la poésie. Elle continue de vivre au-delà du poète. La poésie de Renée vole maintenant plus haut, va de Minneapolis à Chicago, de Los Angeles au Texas, du pays des libertés mortes, de la démocratie détruite, vers l’au-delà de la planète bleue. C’était l’après-midi du sept janvier 2026, quand un policier du Service de l’Immigration et de Contrôle des Douanes des USA (ICE), a tiré avec férocité sur une jeune fille qui écrivait des vers et qui, depuis ce moment, vole, comme ce papillon qui, de ses battements d’ailes, est capable de provoquer un tremblement de terre à Pékin ou de faire jaillir une larme quelque part dans le monde où il y a des gens qui chantent.

Renée Nicole est maintenant feu. Elle n’est pas cendre. C’est une voix puissante qui réclame justice dans le monde et pour que l’utopie continue de vivre, ou, au moins, de mettre en marche beaucoup de gens.

La poétesse assassinée à Minneapolis

Minneapolis

Renée, ¡corre, corre que te van a matar!
El asesinato de una poetisa usamericana por Trump y su banda

 

Renee Nicole Good, poetisa asesinada por la policía de inmigración. (Foto RNZ News)

Asesinaron a la poetisa, a balazos, a sangre fría, como si fuera una cucaracha, o como si tal vez fuera una entraña de cerdo a la que hay que freír a punta de manteca de policías de inmigración. La mataron porque sí, porque hay que matar mujeres, mujeres que escriben, mujeres que alzan la voz, que parlan con los extranjeros explotados, con los perseguidos. Hay que matarla. Y eso hicieron los automáticos agentes, asesinos por naturaleza, entrenados para ese fin: matar y nadas más. Ah, y si la víctima es una poetisa, mejor. No queremos que cante nadie, ni que le vayan a decir alguna verdad, en verso, o en prosa, al presidentico que cada vez más se parece a Hitler.

Asesinaron a disparos a Renée Nicole Good, de treinta y siete años. Dicen que escribía “como quien abre una ventana en una casa sitiada”. Seguro sabía antes de recibir esa tanda de balazos en un “país bañado en sangre”, como lo describió Paul Auster, que estaba destinada a ser una víctima de la represión trumpista, del Corolario del nuevo filibustero, de la Nueva Estrategia de Defensa Nacional, del pederasta, reencarnación —así se lo cree el bandido presidente— de James Monroe, y que representa también el Garrote de Teddy Roosevelt, la poetisa sabía que la iban a matar.

Ha sido otra víctima del sistema que bombardea desde hace años, a veces con bombas atómicas, a veces con otras bombas —mortales, eso sí—, a objetivos civiles, a poblaciones enteras, que asesina a gentes como las de la aldea de My Lai, o de Irak, o de Siria, o de Libia, también de Venezuela. Y mata poetas. Así no más. Tal vez como si imitara a aquel que asesinó en Granada a García Lorca, por marica, o por poeta, o porque estaba en contra de la opresión.

Le dispararon, así no más, a mansalva y sobreseguro, a una muchacha, sí, todavía era una muchacha en flor, que escribía poemas. Había que borrar sus versos, pensaría el tombo, el sirviente del sistema, el asesino con licencia. Había que acallar una voz, un lápiz, unas estrofas, unas líneas… No requerimos poetas, sino matones, sino bombarderos, sino criminales. Así es la vulgar prosa del imperialismo, de Trump y sus secuaces, de aquellos que aplauden no solo las baladronadas del sanguinario pirata, sino sus acciones criminales en todo el universo.

Matar a una poetisa puede ser insignificante. Además de fácil, además que todo puede quedar impune. Era solo una mujer, una muchacha que escribía, que saludaba a los inmigrantes, que les decía como unirse, como abrazarse, como estar alertas frente a la represión. Era eso, tan sin valor, tan sin sentido para un sujeto como el presidente. La Gestapo de Trump la asesinó.

Qué puede pasarle a un imperio, o a un delincuente que se ampara en ser presidente de una superpotencia (en decadencia), por el crimen de una mujer que escribía, por ejemplo, “quiero de vuelta mis mecedoras” y conocía “tercetos de cigarras” (como la cigarra, tantas veces me mataron, tantas veces me morí, sin embargo estoy aquí resucitando…), que había “donado biblias a tiendas de segunda mano”, que sabía —era una poetisa— que entre su páncreas y su intestino grueso, “se encuentra el insignificante arroyo de mi alma”.

La desalmaron los desalmados. Los asesinos le borraron las palabras, las ganas de hacer justicia, los deseos incontenibles de cantar contra la injusticia, de bendecir el encuentro entre el óvulo y el espermatozoide. Le arrancaron el alma a balazos.

Pero la vaina, como se dice, es que ningún policía, ninguna bala, ningún fusil, acaba con la poesía. Esta sigue viviendo más allá del poeta. La poesía de Renée ahora vuela más alto, va de Minneapolis a Chicago, de Los Ángeles a Texas, del país de las libertades muertas, de la democracia destruida, hacia más allá del planeta azul. Era la tarde del siete de enero de 2026, cuando un policía del Servicio de Inmigración y Control de Aduanas de Estados Unidos (ICE, por sus siglas en inglés), disparó con ferocidad sobre una muchacha que escribía versos y que desde ese momento vuela, como esa mariposa que, con su aleteo, es capaz de provocar un terremoto en Beijing o hacer brotar una lágrima en algún lugar del mundo donde haya gente que cante.

Renée Nicole ahora es fuego. No es ceniza. Es voz potente que clama por la justicia en el mundo y porque la utopía siga viviendo, o, al menos, haciendo caminar a mucha gente.

La poetisa asesinada en Minneapolis

27/10/2025

Les multiples défroques du fascisme

Reinaldo Spitaletta, Sombrero de Mago, El Espectador, 21 octobre 2025
Traduit par Tlaxcala

J’avais des doutes sur l’auteur d’une phrase qui, ces derniers temps, circulait sans le moindre contexte sur certaines plateformes sociales : « Quand le fascisme reviendra, il ne dira pas : “je suis le fascisme”. Il dira : je suis la liberté », attribuée à Umberto Eco.
Il m’avait semblé, au premier abord, qu’elle venait bien du créateur du Nom de la rose. Et qu’elle pouvait, sait-on jamais, se trouver dans une de ses conférences, intitulée Ur-Fascism (Reconnaître le fascisme en français – télécharger -). Je la laissai donc flotter dans ce monde hasardeux, incohérent et simplificateur des petites phrases vaporeuses qui vont et viennent.


 

J’ai cherché le texte du discours original, et nulle part ne figurait la phrase attribuée à Eco. Mais l’essai, magnifique dans son contenu, nous rappelle qu’Eco, durant une partie de son enfance et au début de son adolescence, gravitait – comme tant de garçons italiens de l’époque – autour de Mussolini et de son fascisme. Plus tard, il devint un militant de la Résistance et formula, avec son sens aigu de l’humour et de l’ironie, les faiblesses philosophiques de cette idéologie qui, comme on le sait, ne mourut pas avec la défaite du fascisme à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le fascisme va et vient. Parfois, il se déguise en groupuscules sanguinaires de « nettoyage social » (l’expression, en soi, est répugnante) ; ou en petit conseiller municipal uribiste sortant, batte en main – sans être pour autant joueur de baseball (rien d’étonnant à ce qu’on l’appelle des Grandes Ligues de la terreur) – pour menacer et vociférer contre des manifestants.
« Mussolini n’avait pas de philosophie : il n’avait qu’une rhétorique », dit Eco.
Ah, et un sens de la mise vestimentaire, « avec lequel il eut à l’étranger plus de succès qu’Armani, Benetton ou Versace ». Et il ne s’agissait pas seulement des fameuses « chemises noires ».

Oui, on le sait, le fascisme aime à se vêtir de mille costumes. Ou de déguisements. Il se présente parfois comme une panacée aux maux qu’il a lui-même engendrés dans la société qui l’accueille, le soutient ou le finance. Il peut aussi, comme ça se produit par chez nous, dans nos champs de canne à sucre, vociférer des menaces telles que : « du plomb, voilà ce qu’il y a, du plomb, voilà ce qui vient ». Ou encore, recourir à certaines esquives, comme dire, après une série de « faux positifs », que ces « jeunes [assassinés par l’armée] n’étaient pas exactement en train de cueillir du café».

Revenant au texte d’Eco, on y trouve, dans un autre passage, un avertissement contre ce totalitarisme qui est un collage de « différentes idées politiques et philosophiques », et sur sa capacité à se camoufler — sans succès, car il est toujours possible de le reconnaître, de l’identifier.
Il y a des moments où, comme stratégie d’imposture et de mimétisme, il se présente comme « d’avant-garde » ; et d’autres où il préfère se montrer défenseur des traditions, du statu quo, « respectueux » de la loi et de l’ordre (bien sûr, de celui qui segmente, réprime et conserve les privilèges des minorités…).

L’élitisme, « aspect typique de toute idéologie réactionnaire », est une autre de ses caractéristiques. Et là, il peut hurler à la nécessité, pour la masse, d’avoir un dominateur, une sorte de guide-rédempteur-sauveur.
Dans son essence, il y a un culte de la mort, « annoncée comme la meilleure récompense d’une vie héroïque ».
Dans son texte, Eco rappelle que l’« Ur-Fascisme » parle une novlangue, comme celle de 1984, le roman d’Orwell. Il faut, ajoute-t-il, être prêts à reconnaître d’autres formes de cette « novlangue », même « lorsqu’elles prennent la forme innocente d’un reality show populaire ».

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En 2018, des députés du Likoud ayant réussi à faire adopter par la Knesset la loi sur “l'État-nation juif” se sont fait un selfie de victoire, qui a inspiré ce dessin du caricaturiste Avi Katz, du Jerusalem Post, illustrant la citation de George Orwell dans La Ferme des Animaux : « Tous les animaux sont semblables, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Katz a été licencié du journal aussi sec.

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À propos d’Orwell et de son roman La Ferme des animaux, les cochons y ont « mauvaise presse ». Il est courant qu’on emploie ce qualificatif « porcin » pour insulter nazis, sionistes, droitiers, gauchistes, staliniens, trotskystes, uribistes, pétristes, etc., ou encore des individus comme Trump, Netanyahou, et consorts. « Cochon » devient une injure visant quelqu’un pour son idéologie ou sa cruauté.
Les cochons, pourtant, ont bien plus de noblesse et de propreté que, disons, ces « porcs fascistes ».
Je ne sais pas si l’on a déjà qualifié ainsi ce conseiller municipal à la batte, celui qui voulait faire des home run ( coups de circuit) avec les têtes des manifestants à Medellín.

Après avoir dressé une radiographie, une dissection du fascisme en quatorze points, Eco conclut sa conférence par des phrases foudroyantes :
« La liberté et la libération sont des tâches qui ne se terminent jamais. Que ceci soit notre devise : n’oublions pas. »
Dans cette conclusion, il y a un appel à la mémoire, à l’histoire, à demeurer vigilants face à toutes les menaces contre la dignité humaine, contre la personne, contre le citoyen, contre les défenseurs des droits humains, bref.
Car le fascisme regorge d’astuces et de dispositifs pour « pêcher en eau trouble ».

Le fascisme ne s’en est jamais allé. Il revient sans cesse. Et il excelle dans l’art du camouflage. Ou dans celui d’abattre des têtes. Ou encore dans le maquillage qui dissimule sa perfidie et affiche un visage trompeusement frais et bienveillant.
En fin de compte, la phrase citée en ouverture — qui continue à tourner un peu partout — n’est pas d’Eco, bien qu’elle puisse lui être attribuée pour sa teneur philosophique.
Elle est, dans une autre formulation, de Thomas Mann :
« Si le fascisme revient, ce sera au nom de la liberté. »

NdT

La phrase « Si le fascisme revient, ce sera au nom de la liberté », souvent attribuée à Thomas Mann, est en réalité une paraphrase de sa critique de la fascination pour les idéologies autoritaires et réactionnaires qui se présentent sous le couvert de la liberté ou de la puissance nationale. Mann était un critique éminent de l'idéologie nazie, sa famille a été victime de la persécution du régime nazi et il a été déchu de sa citoyenneté en 1936.

14/10/2025

Le Prix Nobel de la paix : un hénaurme foutage de gueule

Reinaldo SpitalettaSombrero de Mago, El Espectador, 14/10/2025

Traduit par Tlaxcala

Il existe un dicton tenace parmi les petits empereurs yankees à propos de leurs fameuses croisades, souvent plus sanglantes que celles du christianisme médiéval. Ils proclament, la bouche pleine, que leur présence, parfois avec des marines, des bombardiers, et pourquoi pas, des bombes atomiques, fait partie non seulement de la civilisation, mais aussi de la démocratie et de la liberté. De telles déclarations sont risibles lorsqu’elles sortent, par exemple, de la bouche de personnages comme Kissinger, Bush, Obama ou Trump, qui, après avoir ravagé des territoires, peuvent, pourquoi pas, recevoir le prix Nobel de la paix.


Une paix menaçante, par Waldo Matus 

Peut-être - la mémoire est fragile - que peu de personnes se souviennent de l’opération “Choc et effroi” en 2003. Ils ont dévasté l’Irak, riche en pétrole, puis ont monté un juteux business transnational de reconstruction. Ils ont anéanti des bibliothèques millénaires, tué des civils à la pelle, saturé de terreur et de mort ces terres de littérature fascinante et de tapis volants. Le petit conte yankee des marines en mission de démocratie pourrait encore prêter à rire (même la statue de la Liberté s’en tape les cuisses), s’il ne s’agissait pas de toute la mort et de la barbarie qu’ils sèment dans les territoires qu’ils envahissent.

Mais ils peuvent tout se permettre. Ils sont les maîtres et seigneurs. Et au Moyen-Orient, ils disposent d’avant-postes comme Israël. Il se trouve que plus les actions des bourreaux yankees sont sanglantes et destructrices, plus ils semblent proches d’être récompensés par des prix universels. Une autre manière de se moquer du monde. Une autre façon d’affirmer qu’ils peuvent faire, ici et là, tout ce qu’ils veulent. Personne ne les arrête ni ne les punit. Certains de ces pirates et génocidaires reçoivent même des distinctions.

Ces jours-ci, avec la remise du prix Nobel de la paix à Madame Machado, alors que les favoris semblaient être précisément deux génocidaires (Trump et Netanyahou), des souvenirs d’autres lauréats ont refait surface, des figures qui, par leurs actions, ont discrédité cette distinction. Il suffit de se rappeler un bandit comme Henry Kissinger, auteur, coauteur et complice de massacres, de coups d’État et de conspirations sanglantes en Amérique latine, en Asie et en Afrique. Tout un résumé des formes les plus ignobles de tuer des gens, de renverser des présidents, de créer des enfers où ont brûlé des millions de civils.

En 1973, alors qu’il lui restait encore des années de tueries et d’ingérences dans les affaires intérieures de multiples pays, on lui a décerné le prix Nobel de la paix. On disait alors que c’était plutôt une couronne pour la guerre, pour les attentats permanents contre la démocratie et l’autodétermination des nations. On remettait la distinction à celui qui, des années plus tard, serait qualifié par l’un de ses compatriotes, Gore Vidal, de « plus grand criminel de la planète ».

Depuis longtemps déjà, le prix Nobel de la paix est en déclin. Les naïfs du monde espéraient qu’en 2025, par un sursaut de lucidité, le comité le décernerait à quelque médecin palestinien, par exemple à Hussam Abu Safiya, enlevé par des soldats israéliens, utilisé comme « bouclier humain », torturé et enfermé dans une geôle israélienne. Non, bien sûr que non. Ce serait rêver d’un monde où les puissances dominantes ne se rangeraient pas du côté du génocide, de l’invasion, de l’anéantissement de peuples entiers, et du mépris des principes d’autodétermination et de non-ingérence dans les affaires intérieures des nations.

Décerner le prix à Madame Machado, celle-là même qui a appelé des « forces internationales » à envahir son pays, celle qui a regardé avec des yeux pleins d’admiration les manœuvres de flibustier de Trump (auquel, en vérité, peu importe qu’il y ait ou non de la démocratie au Venezuela, mais bien les richesses de ce pays), relève d’une diabolique mise en scène destinée à camoufler l’horreur d’un génocide : celui que commettent les USA et Israël dans la bande de Gaza.

Cette distinction qu’accorde Oslo s’est dévalorisée. Depuis longtemps, elle décline. Parfois, elle semble n’être qu’une moquerie envers ceux qui ont consacré leur vie et leurs principes à la défense des droits humains, de la liberté et de la coexistence pacifique.

D’un autre côté, c’est au peuple vénézuélien qu’il revient de lutter pour construire la démocratie dans son propre pays, sans intervention étrangère, sans ingérences. Mais, comme on le sait, il existe une ambition féroce de l’empire pour s’emparer des richesses stratégiques du Venezuela, et il faut y parvenir, coûte que coûte, même sous le camouflage de petits prix et de tapes amicales dans le dos de ses laquais.

Tout porte à croire que le prix Nobel de la paix, devenu une bagatelle pour des massacres, une vulgaire manipulation d’intérêts politiciens et un instrument des superpuissances, est désormais sur la corde raide. C’est comme un mauvais spectacle de cirque, avec des clowns sans humour.

La paix, comme le rappelait Kant, n’est pas un état naturel, mais un objectif à construire par la raison et le droit international, deux éléments que, curieusement, la guerre - comme c’est bizarre, comme c’est étrange - a réussi à détruire.

 Le Comité Nobel norvégien, 2025. De gauche à droite : Anne Enger, Kristian Berg Harpviken (secrétaire), Gry Larsen, Kristin Clemet, Asle Toje (vice-président) et Jørgen Watne Frydnes (président)
Six luthériens propres sur eux
 Photo Geir Anders Rybakken Ørslien