المقالات بلغتها الأصلية Originaux Originals Originales

Affichage des articles dont le libellé est Michele Giorgio. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michele Giorgio. Afficher tous les articles

29/07/2023

MICHELE GIORGIO
Quand Sinéad O’Connor qualifiait Itamar Ben Gvir de “bon à rien”

Michele Giorgio, il manifesto, 28/7/2023
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

En 1997, la jeune, talentueuse et célèbre Sinéad O’Connor devait se produire à Jérusalem lors d’un festival organisé par des femmes israéliennes et palestiniennes intitulé “Deux capitales, deux États”. La musicienne et chanteuse irlandaise avait dû renoncer à ce concert en raison des menaces de mort proférées par le Front idéologique, une organisation d’extrême droite dirigée par un jeune Israélien, Itamar Ben Gvir. « Des groupes juifs d’extrême droite ont menacé de nous tuer, moi et mon groupe. Je ne suis pas prête à mourir pour les conneries de quelqu’un d’autre, ni à mettre mon groupe en danger, alors nous n’y sommes pas allése, avait expliqué O’Connor.

Ben Gvir n’a pas assumé la responsabilité des menaces. Cependant, il s’est vanté à la radio israélienne d’avoir, d’une manière ou d’une autre, provoqué l’annulation du concert dans le cadre d’un événement qui, a-t-il expliqué, était perçu comme une attaque contre le contrôle exercé par Israël sur l’ensemble de Jérusalem, y compris la zone arabe revendiquée par les Palestiniens comme la capitale de leur futur État indépendant. O’Connor a réagi en publiant une déclaration à l’Associated Press dans laquelle il accusait Ben Gvir de « n’avoir rien fait de bon dans la vie » et l’admonestait en disant que « Dieu ne récompense pas ceux qui sèment la terreur parmi les enfants du monde ».

L’article du journal Haaretz sur l’affrontement entre Itamar Ben Gvir et Sinéad O’Connor

Mercredi, l’artiste irlandaise qui a fait chanter au monde entier Nothing Compares 2 U est morte, laissant ses nombreux fans consternés. En revanche, l’extrémiste Itamar Ben Gvir, inconnu il y a vingt-six ans, est aujourd’hui ministre de la Sécurité nationale, l’un des postes les plus importants du gouvernement de l’État juif. Hier matin, sans même tenir compte des assurances données par le président israélien Herzog quant au respect du statu quo des lieux saints de Jérusalem, Ben Gvir a de nouveau pénétré sur l’Esplanade des Mosquées de Jérusalem à l’occasion de Tisha B’Av, le jour de la commémoration de la destruction du Temple juif. Il s’agit de la troisième “visite” de Ben Gvir sur le site depuis que le Premier ministre Benyamin Netanyahou a remporté les élections en novembre dernier. Et comme les précédentes, elle n’avait pas un but touristique. « C’est l’endroit le plus important pour le peuple d’Israël. Nous devons revenir et montrer notre autorité... En ce jour, en ce lieu, nous devons nous rappeler que nous sommes tous frères. Nous sommes le même peuple. Lorsqu’un terroriste regarde par la fenêtre, il ne peut pas nous distinguer », a déclaré le ministre - décrit comme un suprémaciste même par de nombreux Israéliens - en référence aux manifestations de masse, dont la dernière a eu lieu la nuit dernière, qui se déroulent en Israël contre la réforme judiciaire voulue par le gouvernement d’extrême droite religieuse au pouvoir. Quelques heures avant les revendications de Ben Gvir sur l’Esplanade des Mosquées (considérée par la tradition juive comme le site du Temple), un jeune Palestinien de 14 ans, Faris Abu Samra, a été tué lors d’une fusillade déclenchée par un raid de l’armée israélienne dans la ville de Qalqiliya (Cisjordanie). Cela porte à 202 le nombre de Palestiniens tués cette année par des soldats et des colons israéliens, dont 37 adolescents et enfants et 11 femmes.

Amit Halevi, député du Likoud, Yitzhak Wasserlauf, ministre du développement du Néguev et de la Galilée, et le rabbin Shimshon Elboim, du groupe du Mont du Temple, ont participé à la marche de Ben Gvir. Le ministère palestinien des affaires étrangères a vivement protesté : « Le gouvernement israélien soutient officiellement les raids et les agressions contre la mosquée Al Aqsa et les tentatives visant à modifier le statu quo... Netanyahou porte la responsabilité directe de cette provocation ». Des protestations ont également été émises par la Jordanie, l’Égypte et les USA. En représailles, un groupe affilié au Hamas a revendiqué le lancement d’une roquette artisanale depuis Jénine en direction d’une colonie israélienne.

22/01/2023

MICHELE GIORGIO
Il y a un champ de bataille au cœur de Naplouse

Michele Giorgio, Pagine Esteri, 20/1/2023 (Photos de l’auteur)
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala

La circulation est chaotique comme tous les jours. Les usines, les ateliers d’artisans et les magasins sont ouverts. Comme tous les matins, les étudiants de l’université Al Najah se rendent au campus à un rythme rapide et, dans l’après-midi, se pressent dans les cafés autour de l’université, remplissant l’air de sons, de mots, de rires. Naplouse semble vivre un quotidien tranquille. Ce n’est qu’une apparence. La deuxième ville palestinienne de Cisjordanie vit dans un climat de guerre depuis l’été dernier, une guerre qui se déroule principalement la nuit et qui n’épargne personne. Le principal champ de bataille est la casbah, la vieille ville. Les hommes des unités spéciales de l’armée israélienne, les mista'arvim [“arabisés”] en civil qui se font passer pour des Palestiniens, ouvrent la nuit, par des actions éclair, la voie aux raids des unités de l’armée à la chasse aux militants de la Tanière des lions, le groupe qui rassemble des combattants de toutes les orientations politiques et qui est devenu l’icône de la lutte armée palestinienne. Des raids qui s’accompagnent d’intenses échanges de tirs et se terminent par des meurtres de Palestiniens, presque toujours perpétrés par des tireurs d’élite.


« Nous vivons comme si nous étions en guerre, avec les occupants (israéliens) qui entrent dans la ville presque chaque nuit pour tuer ou capturer quelqu’un, et les civils en paient souvent le prix », nous dit Majdi H., un éducateur qui a accepté de nous accompagner. « La casbah est la principale cible d’Israël, ajoute-t-il, car elle représente le refuge de la résistance. Mais les raids ont lieu partout et se transforment en batailles au Tombeau de Joseph ». Majdi fait référence aux “visites” nocturnes périodiques de colons israéliens sur le site religieux situé dans la zone A, sous contrôle palestinien total. Leur arrivée, avec une escorte de dizaines de soldats et de véhicules militaires, déclenche de violents échanges de tirs avec la Tanière des lions. « Nous voulons vivre notre vie, sans plus voir de colons et de soldats, mais on ne nous le permet pas », poursuit Majdi, qui mène depuis plusieurs années des activités de soutien psychologique aux mineurs avec d’autres collègues. « Ils sont les plus touchés par ce climat, explique-t-il, les enfants et les jeunes sont les plus exposés aux dommages causés par cette guerre de faible intensité mais toujours violente ». La situation actuelle rappelle à beaucoup l’opération “Mur de défense” lancée par Israël en 2002, lorsque l’armée a réoccupé des villes autonomes palestiniennes au plus fort de la deuxième Intifada. On a estimé le nombre de morts palestiniens à environ 300 à Naplouse, qui a été traversée et dévastée pendant des mois par les chars et les véhicules blindés. Aujourd’hui comme alors, le commandement militaire et le gouvernement israéliens justifient leur main de fer par la “lutte contre le terrorisme” et les organisations armées palestiniennes responsables d’attaques qui, dans certains cas, ont tué ou blessé des soldats et des colons.

La beauté de la casbah de Naplouse n’est comparable qu’à celle de la vieille ville de Jérusalem. Les travaux de rénovation entrepris ces dernières années par les autorités locales, grâce également à des projets internationaux, ont redonné une nouvelle splendeur aux bâtiments anciens et aux coins cachés. Les hammams qui ont contribué à rendre la ville célèbre ont été rénovés, tout comme les fabriques de carrelages et de savon à l’huile d’olive et les ateliers familiaux qui produisent les gelées enrobées de sucre glace. « Mais la reine des sucreries à Naplouse était et reste la kunafa [knafeh] », souligne Majdi, en référence à l’un des délices de la cuisine palestinienne. L’atmosphère est agréable. Après la mosquée al Khader, on rencontre de petits restaurants avec des pots de fleurs et des lumières colorées se reflétant sur la pierre blanche des maisons. Les commerçants exposent des marchandises de toutes sortes et les marchands ambulants vantent les mérites des fruits et légumes qu’ils ont apportés en ville.


En entrant dans le quartier Al Yasmin, Majdi devient plus sérieux et tendu. Nous sommes dans la zone rouge, c’est le fief de la Tanière des lions et d’autres groupes armés. « Ici, il y a des fusillades presque toutes les nuits entre nos jeunes et les soldats israéliens. Tu ne peux pas prendre de photos et si tu croises des combattants, ne les suis pas des yeux trop longtemps. La peur des espions et des collabos est forte », nous dit-il à voix basse. Au-dessus de nos têtes, dans les ruelles, de longs draps noirs ont été étendus pour cacher les mouvements des tireurs aux drones israéliens. Les murs sont couverts d’affiches avec les visages des martyrs, anciens et nouveaux, ceux tués pendant la première Intifada il y a trente ans et ceux abattus ces dernières semaines. Une sorte de mausolée installé sur une petite place commémore les plus célèbres d’entre eux, dont Ibrahim Nabulsi, qui en août dernier, encerclé par les soldats israéliens, a préféré mourir et ne pas se rendre. Avant d’être abattu, Nabulsi a envoyé un message audio à sa mère qui est devenu viral pendant des mois. Pour les Palestiniens, c’est un héros. Pour Israël, en revanche, le premier chef de la Tanière des lions était un “dangereux terroriste” et faisait partie des responsables de graves attaques armées contre des soldats et des colons. Les mista'arvim israéliens ont déjà décapité la direction de la Tanière des lions à plusieurs reprises, mais le groupe voit ses rangs grossir chaque jour. Entre 100 et 150 habitants de Naplouse et des villages voisins en feraient partie. Quelques-uns d’entre eux nous dépassent, nous ne pouvons pas les photographier ou les arrêter pour leur poser quelques questions, répète sèchement Majdi, qui entre-temps a été rejoint par Amer, un de ses amis qui vit dans la casbah, pour nous garant un "laissez-passer" supplémentaire. L’uniforme des hommes armés est noir, le visage est recouvert d’une cagoule, un bandeau de couleur portant le logo du groupe entoure le sommet de la tête. L’arme est presque toujours un pistolet-mitrailleur M-16.


Un « uniforme»similaire est porté par les membres du bataillon de Balata, dans le plus grand camp de réfugiés de la ville, également connu pour être un bastion de la résistance aux forces de sécurité de l’Autorité nationale palestinienne, que beaucoup à Naplouse, y compris ceux du parti Fatah du président Abou Mazen, considèrent désormais comme étant « au service » d’Israël. Les opérations (répressives) de sécurité menées à Naplouse par les forces spéciales de l’ANP sont à l’origine de violentes protestations et les rues du centre-ville se transforment en un champ de bataille entre jeunes et policiers. «Cela fait des décennies que nous demandons en vain la fin de l’occupation israélienne, le principal problème de Naplouse, de chaque ville, de chaque Palestinien », déclare Osama Mustafa, directeur du centre culturel Yafa dans le camp de Balata. « Nous avons essayé avec les accords d’Oslo, avec les négociations mais cela n’a servi à rien, nous restons sous occupation, les colonies israéliennes nous encerclent », ajoute Mustafa. « Israël prétend que sa pression sur Naplouse est due à la présence d’hommes armés dans la ville et met en œuvre des mesures punitives qui touchent l’ensemble de la population ».La frustration est palpable, l’exaspération face au désintérêt des pays occidentaux détériore la relation avec l’Europe. « Au centre Yafa, nous menons des activités culturelles et adaptées aux enfants, explique Mustafa, ce sont des projets civils, presque toujours pour les enfants. Pourtant, pour nous accorder un financement, l’UE nous demande de signer des déclarations condamnant la résistance à l’occupation. Elle le fait parce que c’est Israël qui l’impose. Mais aucun Palestinien ne peut faire ça ».

19/12/2022

  MICHELE GIORGIO
Sondage : sans négociations ni droits, les Palestiniens “votent” pour la lutte armée

Michele Giorgio, Pagine Esteri, 17 /12/ 2022
Traduit par
Fausto Giudice, Tlaxcala 

En faisant défiler les résultats du sondage que vient de publier le Palestinian Center for Policy and Survey Research (Pcpsr), le sociologue Khalil Shikaki n'hésite pas à parler d'un « changement radical survenu en quelques mois » dans l'opinion publique palestinienne, notamment en Cisjordanie. Le chiffre le plus frappant est la forte augmentation, par rapport au sondage précédent, du soutien à la lutte armée contre l'occupation israélienne. « Soixante-douze pour cent des 1 200 personnes interrogées sont favorables à l'émergence de groupes armés similaires à La Tanière des lions », indique Shikaki en faisant référence à l'organisation qui a son fief dans la casbah de Naplouse et qui rassemble des militants de différentes orientations politiques.

L'emblème du groupe armé de Naplouse Arin Al Ousoud (La Tanière des Lions) 

Une croissance que Shikaki voit également comme une conséquence de l'escalade en Cisjordanie où les raids de l'armée israélienne se répètent, presque quotidiennement. Le bilan provisoire des Palestiniens tués en 2022 est de 166, dont des femmes et des mineurs. Dans le même temps, souligne le sociologue, « nous assistons à un net recul du pourcentage de ceux qui soutiennent la solution des deux États (Israël et Palestine), compte tenu de l'absence de négociations diplomatiques ». Le soutien à une résolution négociée du conflit est maintenant de 32%. Il y a dix ans, le soutien était de 55 %.

Le sondage n'a fait que révéler en chiffres ce qui est palpable dans les rues de Cisjordanie. L'absence de toute perspective de solution politique à l'occupation qui a commencé en 1967, et l'intensification de la campagne militaire israélienne, semblent avoir convaincu un nombre croissant de Palestiniens, en particulier les plus jeunes, que la seule option est la lutte armée.

Pendant ce temps, une grande partie de la population perd confiance dans l'Autorité nationale palestinienne (ANP) du président Abou Mazen. 87% des personnes interrogées ont déclaré aux chercheurs du Pcpsr que l'ANP n'a pas le droit d'arrêter les membres des groupes armés pour empêcher les attaques contre l'armée israélienne. 79% se sont également opposés à la reddition des combattants et à la remise de leurs armes à l'ANP.

Ces chiffres prennent une signification encore plus grande si l'on tient compte du fait que la classe moyenne palestinienne - composée principalement d'employés, d'entrepreneurs et de professionnels de l'ANP - a été, au cours des vingt dernières années, largement opposée non seulement à la lutte armée, mais également réticente à soutenir une nouvelle Intifada populaire contre l'occupation, car cela aurait remis en question son statut. Une position qui, expliquent les analystes palestiniens, a changé face à l'insoutenabilité de l'occupation qui dure depuis 55 ans.

Les entrepreneurs, grands et petits, pour ne citer qu'un exemple, ont de plus en plus de mal à opérer dans les marges étroites autorisées par les règles et procédures imposées par l'Administration civile israélienne (AC), qui, pour le compte des forces armées, est chargée de gérer la vie quotidienne de millions de Palestiniens, à l'exception des compétences spécifiques de l’ANP d'Abou Mazen. En accordant des permis de travail en Israël à 140 000 travailleurs palestiniens, l’AC a rendu une proportion importante de familles de Cisjordanie dépendantes de l'État juif, tout en améliorant leurs conditions de vie. En même temps, elle n'a rien fait pour tous les autres.

Les Palestiniens, des travailleurs aux entrepreneurs, sont soumis chaque jour à l'obligation d'obtenir des permis, des autorisations et autres auprès des occupants, tandis que, parfois à quelques centaines de mètres seulement de leurs maisons, les colons israéliens jouissent de la liberté de mouvement et de tous les droits. Ces aspects se reflètent également dans les résultats de l'enquête du Pcpsr.

Et les Palestiniens s'attendent à ce que la situation générale se dégrade lorsque les ministres et les dirigeants de l'aile droite ultra-nationaliste du nouveau gouvernement israélien prendront leurs fonctions. 61% des personnes interrogées pensent que l'exécutif dirigé par Benyamin Netanyahou sera plus extrémiste, 64% s'attendent à ce que le prochain gouvernement expulse des familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est, 68% qu'il évacue de force les Bédouins palestiniens de Khan al-Ahmar, et 58% qu'il modifie le statu quo à la mosquée Al-Aqsa. Des prédictions qui ne sont certainement pas infondées.

 

22/10/2022

MICHELE GIORGIO
Naplouse bouclée, la Cisjordanie pratiquement en état de guerre

Michele Giorgio, il manifesto, 22/10/2022
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Territoires occupés : loin des projecteurs des médias, l'affrontement entre les forces israéliennes et palestiniennes s'aggrave de jour en jour. Une centaine d'attaques de colons en seulement 10 jours. Et Naplouse est prise en étau par l'armée d'occupation.

Des Palestiniens cherchent à s'abriter des gaz lacrymogènes lors d'affrontements avec des soldats israéliens à l'entrée ouest de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 20 octobre 2022. - EPA/ALAA BADARNEH

Dans l'indifférence générale, sous les bâillements des commentateurs européens, Italiens en tête, qui considèrent les meurtres, les agressions et les affrontements comme de la “routine”, la Cisjordanie est désormais en état de guerre. Ou plutôt deux guerres. L'une entre les forces militaires israéliennes, engagées dans des raids quotidiens, et les groupes de combat palestiniens, plus organisés que par le passé et déterminés à ne pas les laisser entrer dans les villes et villages (jeudi soir à Jénine, un Palestinien de 19 ans, Salah al Buraiki, a été tué). Et une autre entre des colons israéliens de plus en plus libres d'agir comme bon leur semble et des paysans palestiniens déterminés à se défendre. 

Le quotidien de Tel Aviv Haaretz a rapporté hier que les services de sécurité ont enregistré 100 attaques violentes de nationalistes israéliens au cours des dix derniers jours seulement. En particulier, dans la ville de Hawara, point de passage obligé pour les colons établis dans certains bastions de l'extrémisme religieux de droite (comme Yizhar et Elon Moreh) et pour la population palestinienne autochtone du nord de la Cisjordanie. Le chef d'état-major Aviv Kochavi, souligne Haaretz, ne montre aucun intérêt pour les incidents si les personnes attaquées sont des Palestiniens. Mais lorsque des colons ont attaqué une unité de l'armée, il a décrit l'incident comme « un incident très grave, qui représente un comportement criminel honteux ».

Hier, l'attaque la plus grave a eu lieu contre des habitants de Qafin “coupables” de s'être rendus dans leurs oliveraies près d'une colonie. Une vidéo, diffusée par l'ONG Yesh Din, montre un soldat à Burin apprenant à un colon comment lancer des gaz lacrymogènes sur des Palestiniens, en plein affrontement. Plus tôt dans la semaine, des colons avaient attaqué une septuagénaire juive, Hagar Geffen, parce qu'elle aidait les Palestiniens de Kisan (Bethléem) à récolter les olives. Elle a été hospitalisée avec des côtes fêlées et une blessure à la tête.

01/10/2022

Rayan Suleiman, 7 ans, enfant martyr palestinien

 Ci-dessous deux articles sur la plus récente histoire d’horreur de la Palestine occupée, traduits par Fausto Giudice, Tlaxcala

 L'histoire de Rayan : « Tué par la peur quand les soldats sont entrés dans la maison »

Michele Giorgio, Pagine Esteri, 30/9/2022

« Lorsque Yasser, le père de Rayan, a ouvert la porte de la maison et que les soldats (israéliens) sont entrés, il y a eu un grand vacarme. L'enfant avait peut-être peur d'être arrêté car les soldats recherchaient les écoliers qui avaient jeté des pierres sur les voitures israéliennes. Rayan a hurlé de peur puis s'est soudainement effondré sur le sol. Nous l'avons emmené à l'hôpital mais son cœur avait cessé de battre ». C’est le récit de Mohammed Suleiman sur la mort de son neveu Rayan Suleiman, 7 ans, « tué par la peur » hier à Taqua, le village situé à quelques kilomètres de Bethléem où l'armée a fait une descente dans plusieurs maisons à la recherche des garçons de l'école primaire Al-Khansa qui avaient auparavant pris pour cible de leurs jets de pierres des colons israéliens traversant la zone. Une mort par crise cardiaque - les médecins de l'hôpital de Beit Jala ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour sauver la vie de Rayan - qui a créé une forte impression en Cisjordanie occupée où la tension, la colère et la frustration ont atteint des niveaux sans précédent ces dernières années en raison des incursions israéliennes quasi quotidiennes, notamment à Jénine et Naplouse.

L'armée israélienne a confirmé qu'un officier avait interrogé le père de Rayan, ainsi que plusieurs autres parents palestiniens, sur la participation présumée de leurs enfants à des jets de pierres. Mais elle affirme qu'il n'y a pas eu d'incidents pendant l'enquête et que les troupes n'ont pas utilisé de mesures anti-émeutes, comme des gaz lacrymogènes, et qu'il n'y aurait « aucun lien entre la mort de l'enfant et les contrôles dans la zone ». Des témoins palestiniens insistent cependant sur le fait que les soldats se sont lancés à la poursuite des écoliers de Taqua, à tel point que des rumeurs ont d'abord circulé selon lesquelles Rayan était mort en tombant d'une hauteur de plusieurs mètres alors qu'il tentait de s'échapper.

Pour les Palestiniens, cet enfant est le 159ème martyr depuis le début de l'année en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. Les décès, dont un grand nombre de combattants armés, se sont largement concentrés au cours des six derniers mois, depuis qu'Israël a lancé l'opération militaire “Briser la vague” en Cisjordanie en réaction aux attaques menées au printemps dernier par des Palestiniens de Jénine, qui ont fait 18 morts à Tel Aviv et dans d'autres villes israéliennes. L'opération s'est intensifiée ces derniers mois et certains y voient un lien avec la campagne pour l’image du Premier ministre Yair Lapid pour les élections législatives du 1er novembre, ainsi qu'avec celle menée à Gaza début août contre le Jihad islamique (49 morts palestiniens, dont 17 enfants).

Le climat général est également aggravé par la situation du prisonnier politique Nasser Abu Hamid, du camp d'Al-Amari (Ramallah), atteint d'un cancer et à qui les médecins donnent quelques jours à vivre mais qui n'a pas encore été libéré. L'avocat des droits humains Salah Hamouri, qui a entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention sans inculpation par Israël, est également en prison. Hamouri a été arrêté le 7 mars à Kufr Aqab et se trouve depuis en détention administrative, c'est-à-dire sans inculpation ni procès, qui peut être renouvelée indéfiniment. L'avocat fait partie des 30 prisonniers politiques palestiniens détenus sans procès qui ont entamé un jeûne de protestation dimanche.

Entre-temps, la vision d'Israël non pas comme un État juif mais comme un "État de tous ses citoyens" a coûté cher au parti arabe Balad/ Tajamu' al [Ligue Démocratique Nationale], qui a été exclu hier de la participation aux élections du 1er novembre par la Commission électorale centrale. La disqualification avait été demandée par le Likoud de l'ancien Premier ministre Netanyahou, mais était également soutenue par le ministre de la Défense Benny Gantz. Le leader de Balad/ Tajamu' al, Sami Abu Shehadeh, a annoncé qu'il ferait appel de cette décision qui pourrait être annulée par la Cour suprême dans les prochains jours. Aucun problème en revanche pour les formations d'extrême droite Sionisme religieux et Otzma Yehudit, que de nombreux Israéliens accusent de racisme.

Les USA soutiennent une enquête “immédiate et approfondie” sur la mort d'un Palestinien de 7 ans

Jack Khoury, Hagar Shezaf, Yaniv Kubovich, Ben Samuels, Haaretz, 29/9/2022

L'oncle du garçon affirme qu'il est mort d'une crise cardiaque lorsque des soldats israéliens se sont rendus à son domicile en Cisjordanie à la suite de jets de pierres présumés de son frère.

Le porte-parole adjoint du département d'État US a déclaré jeudi qu'il exigeait “une enquête immédiate et approfondie” sur le meurtre d'un Palestinien de sept ans, mort lors d'une intervention de l'armée israélienne dans une ville de Cisjordanie, selon des Palestiniens.

“Nous avons le cœur brisé par la mort d'un enfant innocent”, a déclaré le porte-parole adjoint Vedant Patel.

Le garçon, Rayan Suleiman, a été effrayé et a "fait une crise cardiaque" lorsque des soldats sont venus arrêter ses frères dans la maison de sa famille dans la ville palestinienne de Taqua, près de Bethléem, selon l'oncle du garçon décédé.

Un responsable de la Défense a déclaré à Haaretz que les soldats étaient arrivés au domicile pour interroger les parents du garçon au sujet d'un incident de jet de pierres survenu plus tôt. Le ministère palestinien de la Santé avait initialement publié une déclaration contredisant cette version, affirmant que le garçon avait fait une chute mortelle alors qu'il était poursuivi par l'armée israélienne.

Les Palestiniens ont ajouté que Rayan avait été transporté à l'hôpital dans un état critique et que sa mort avait été prononcée peu après. L'armée israélienne enquête sur cette affaire. Dans un communiqué publié plus tard dans la journée de jeudi, l'armée a déclaré que « les allégations concernant la mort du mineur sont connues. Une première enquête n'a trouvé aucun lien entre sa mort et l'activité des soldats dans la zone ».

Mohammed Suleiman, l'oncle du garçon, a déclaré que Rayan était à la maison avec ses parents et ses deux frères lorsque des soldats ont frappé bruyamment à la porte. Il a ajouté que l'armée voulait arrêter les deux frères, âgés de 8 et 10 ans, pour avoir prétendument jeté des pierres aux soldats. « Le père de Rayan a ouvert la porte et les soldats sont entrés. Ensuite, il y a eu une agitation et beaucoup de cris. Effrayé, [Rayan] s'est effondré et a fait une crise cardiaque », a déclaré Suleiman, ajoutant que l'enfant ne souffrait d'aucun problème médical antérieur. « C'était un garçon en parfaite santé et rempli de joie, et en quelques minutes nous l'avons perdu », a-t-il ajouté.

Une source de l'armée israélienne a déclaré que les soldats poursuivaient un groupe d'enfants qui jetaient des pierres, lorsqu'ils les ont perdus de vue. « Près d'une des maisons, les soldats ont vu un père debout avec ses enfants et les ont identifiés comme les enfants qui jetaient des pierres, bien qu'il ne soit pas clair s'il s'agissait des mêmes enfants. L'officier de l'armée a parlé au père en l'absence des enfants, et après avoir quitté la maison, l'homme a commencé à crier, ce qui a fait comprendre à l'officier que l'enfant était en danger. Selon l'officier, il ne savait pas que l'enfant était blessé ».

Mercredi, quatre Palestiniens ont été tués, dont deux militants recherchés par les FDI, lors d'affrontements dans la ville de Jénine, en Cisjordanie. Selon les Palestiniens, 44 personnes ont été blessées au cours des échanges de coups de feu.

L'armée a déclaré que les soldats avaient été envoyés dans le camp de réfugiés de Jénine pour arrêter Abed Fathi Hazem, le frère du combattant palestinien Raad Hazem qui a tué trois personnes à Tel Aviv en avril avant d'être abattu par les forces de sécurité à Jaffa.

Quelques heures plus tard, le Fatah a appelé à une “journée de colère” [Youm Ghadab] dans toute la Cisjordanie. Le porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeineh, a déclaré après le raid meurtrier que « l'occupation israélienne accorde peu de valeur à la vie de notre peuple palestinien, et dégrade la sécurité et la stabilité en poursuivant sa politique d'escalade."