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07/01/2026

Déclaration de l'université de Birzeit concernant l'invasion militaire israélienne de son campus et les tirs sur des étudiants

 

Université de Birzeit, 6 janvier 2026
Transmis par la section Sud Éducation de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne *
Dans le cadre de son offensive continue contre la vie et les institutions palestiniennes, l’armée d’occupation israélienne a mené une incursion militaire à l’Université de Birzeit pendant les heures officielles de travail, à un moment où le campus était rempli d’étudiants, d’enseignants et de personnels. Cette invasion était préméditée et a coïncidé avec une mobilisation du syndicat étudiant contre la violence de l’armée coloniale de peuplement à l’encontre de notre peuple et sa politique d’emprisonnement politique de masse.

Transformant le campus universitaire en un espace d’agression militaire, les forces d’occupation ont détruit le portail principal de l’université, pris d’assaut le campus avec un grand nombre de soldats et de véhicules militaires, et tiré à balles réelles, lancé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes directement sur les étudiants et les membres de la communauté universitaire. En conséquence, plusieurs étudiants ont été blessés par balles et sont toujours hospitalisés.

Cette invasion militaire en plein jour de l’Université de Birzeit s’inscrit dans une politique systématique menée par le régime sioniste de colonisation de peuplement visant à intimider les étudiants et à porter atteinte à leur droit à l’éducation, dans le but de réprimer la conscience palestinienne et de cibler les institutions nationales.

L’Université affirme que ces pratiques répressives ne briseront ni la volonté de ses étudiants et de son personnel, ni sa détermination à poursuivre sa mission académique et nationale.

En violation flagrante des normes et conventions internationales garantissant la protection des étudiants et des travailleurs au sein des institutions académiques, notamment les Conventions de Genève et le droit international humanitaire, l’État sioniste poursuit la criminalisation de l’éducation palestinienne. L’Université de Birzeit réitère son appel aux organisations internationales, aux institutions de défense des droits humains et aux médias afin qu’ils assument leurs responsabilités morales et juridiques en prenant des mesures immédiates pour dénoncer ces violations persistantes visant l’enseignement supérieur palestinien, exercer une pression effective pour y mettre fin et demander des comptes aux responsables.

L’Université de Birzeit affirme que l’éducation demeurera un acte de résistance anticoloniale, et que l’université continuera d’être un espace de savoir et de liberté, malgré toutes les tentatives de répression et d’agression.

* La section Sud Éducation de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne souhaite porter à la connaissance de l’ensemble des personnels de Paris 1 les événements graves survenus hier à l’Université de Birzeit, à Ramallah, en Palestine (Cisjordanie).

Nous relayons le témoignage anonyme de collègues de cette université avec lesquels nous sommes en contact, ainsi que le communiqué officiel de l’Université de Birzeit. À la suite d’une invasion militaire du campus par l’armée israélienne, quarante-et-un-e étudiant·es ont été blessé·es par balles réelles, neuf ont été hospitalisés dont deux grièvement, alors que l’établissement fonctionnait normalement et accueillait étudiant·es, enseignant·es et personnels. Des ordinateurs et des biens appartenant aux étudiant-es et à l'université ont été volés par l'armée coloniale.

Sud Éducation apporte son soutien total aux étudiant·es et aux membres du personnel de l’Université de Birzeit, ainsi qu’à l’ensemble des victimes palestiniennes de la politique menée par l’État colonial et génocidaire israélien

Nous appelons l’Université Paris 1 à se montrer cohérente avec son attachement affiché au respect du droit international, en rompant immédiatement ses partenariats avec les universités israéliennes complices de ces violences, et en dénonçant publiquement les événements du 6 janvier 2026. Nous appelons également l'ensemble de nos collègues à rejoindre le boycott universitaire.

SUD ÉDUCATION PARIS 1

Témoignage de collègues de l'université de Birzeit 

« C’était hier lorsque les forces israéliennes sont entrées à l’Université de Birzeit. C’était comme un film hollywoodien : neuf étudiants ont été blessés par balles. Ils ne veulent aucune activité nationale ni palestinienne, même sur le campus…
Ils font régulièrement irruption à l’université quand ils le souhaitent. Mais hier, la situation était très dangereuse. Il y avait des tirs, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, ainsi que des menaces si les étudiants s’engageaient dans la moindre activité supplémentaire.
Ils sont toujours hospitalisés ; deux ou trois d’entre eux sont dans un état grave. »


Dans l’histoire à dormir debout racontée par Netanyahou, seuls 70 jeunes hommes sont responsables de tous les pogroms en Cisjordanie

 Gideon Levy, Haaretz, 04/01/2026
Traduit par Tlaxcala

L’État d’Israël est derrière les pogroms. Il en est responsable – ils servent les intérêts du gouvernement. Ses soldats sont toujours présents, mais pas un seul commandant de l’armée n’a accompli ce que le droit international exige : protéger les résidents palestiniens.


Un homme palestinien utilise un téléphone portable pour filmer un camion en flammes après une attaque de colons israéliens dans un village à l’est de Tulkarem, en Cisjordanie, en novembre. Photo Jaafar Ashtiyeh/AFP

Voici deux contes populaires : au paradis, 72 vierges attendent les chahids, ou martyrs ; en Cisjordanie, 70 jeunes hommes issus de foyers brisés sont à l’origine de toutes les émeutes. Il est difficile de savoir lequel des deux contes est le plus farfelu.

Le second est un produit de l’imagination du premier ministre : Benjamin Netanyahou a même déclaré à Fox News que ces jeunes « ne viennent pas de Cisjordanie ».

Laissons de côté les polémiques suscitées par son utilisation du terme interdit « Cisjordanie », et demandons-nous : existe-t-il réellement des colons de Cisjordanie ? Ils y ont tous emménagé au cours des dernières décennies. Aucun n’y appartient, des invités non invités sur une terre étrangère dont on espère que le temps y sera court, et qu’ils finiront  comme les croisés, inchallah.

Néanmoins, la préoccupation de Netanyahu pour la santé mentale de cette poignée de jeunes est touchante – et convient à un homme dirigeant un gouvernement qui a toujours priorisé la santé mentale. Les activistes colons se sont empressés de leur proposer un traitement – les foyers et centres de réhabilitation sont déjà en cours de création. Mais nous ne parlons pas de 70 personnes, ni de 700, ni de 7 000.

Le chiffre le plus précis est de 70 000, voire en réalité de sept millions. La tentative de Netanyahu de minimiser le phénomène et de l’attribuer à une poignée d’émeutiers est un mensonge total, tout comme les 72 vierges qui n’attendent personne. Il est douteux que même Fox News ait avalé ça.

L’État est derrière les pogroms. Il en est responsable, il veut qu’ils se produisent – ils servent les intérêts du gouvernement et satisfont les souhaits de ses résidents. Il suffit de voir qu’ils continuent, sans opposition.

Le blâme est partagé par l’armée, les colons et les forces de l’ordre. Tous les colons y participent, activement ou passivement, et la méchanceté et le sadisme des émeutes – des coups sans pitié portés aux personnes âgées à l’abattage des moutons – déplaisent à de nombreux Israéliens, mais font partie d’une toile de violence bien plus large que tout le monde accepte en silence.

Des colons égorgent des agneaux dans les collines du sud d’Hébron, des soldats parachutistes d’élite perpètrent un pogrom à Deir Dibwan qui rendrait fiers les jeunes émeutiers. Écraser un Palestinien qui avait posé un tapis de prière au bord de la route n’est pas un acte plus grave que des soldats tirant sur des enfants qui jettent des pierres. Le second est juste plus létal, mais personne n’est horrifié.

Derrière chaque pogrom – j’en ai vu les résultats dévastateurs pour beaucoup d’entre eux – se tient l’armée israélienne.

Ses soldats sont toujours présents. Parfois ils arrivent en retard, parfois à l’heure, mais ils n’accomplissent jamais leur devoir de protéger les victimes sans défense. Il n’est encore venu à l’esprit d’aucun commandant de l’armée d’accomplir ce que le droit international exige : protéger les résidents.

Les pogroms pourraient être contenus en quelques jours bien plus facilement que le terrorisme palestinien, mais Israël ne veut pas contenir le terrorisme juif. Il satisfait tous les colons et la plupart des Israéliens, même secrètement, car il fait avancer l’objectif ultime : nettoyer la terre de ses habitants palestiniens.

Des colons armés sont-ils jamais sortis défendre leurs voisins contre le terrorisme ? Ne les faites pas rire.

Ils voient les flammes s’élever de leurs champs et entendent les bêlements des moutons abattus dans leurs enclos. Ils voient les oliviers déracinés au bord de la route et entendent les véhicules tout-terrain que la députée Orit Strock leur a offerts, précisément pour qu’ils commettent ces pogroms.

Pourquoi ont-ils besoin de ces véhicules, sinon pour piétiner les champs et écraser des vieillards ? Depuis quand le gouvernement équipe-t-il les agriculteurs avec des VTT gratuits ? Un agriculteur du moshav Avivim y aurait-il droit ? Non, car il ne commet pas de pogroms contre les Arabes.

Un autre pogrom perpétré par une cinquantaine d’émeutiers a été signalé samedi soir, cette fois à Kafr Farkha. Selon Netanyahou, ils constituent la quasi-totalité des émeutiers existants en Cisjordanie. La plupart des Israéliens l’ont probablement cru. Comme c’est pratique et réconfortant.



15/12/2025

Pour Israël, une agence d’aide de l’ONU est un groupe terroriste

Gideon Levy, Haaretz, 14/12/2025
Traduit par Tlaxcala

La campagne de diffamation insensée d’Israël contre l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui a atteint son paroxysme la semaine dernière avec le raid inconsidéré sur son siège à Jérusalem et le hissage du drapeau israélien, découle d’une raison profonde qu’Israël n’admettrait jamais : l’UNRWA est la principale agence qui aide les réfugiés palestiniens depuis 1948. C’est là son véritable péché ; le reste n’est que prétextes et propagande. L’UNRWA a sauvé les réfugiés, donc l’UNRWA est l’ennemi.


Des soldats israéliens opèrent près du siège de l’UNRWA à Gaza City en février 2024. Photo Dylan Martinez / Reuters

Pendant de nombreuses années, l’UNRWA a servi d’idiot utile à Israël, finançant l’occupation et assumant les fonctions qui, selon le droit international, relèvent de la responsabilité de la puissance occupante. À l’époque où Israël se souciait encore un peu de la population, principalement pour qu’elle reste tranquille, et où les décisions étaient prises sur la base de la raison et non uniquement par haine, l’UNRWA avait sa place.


Un véhicule de la police israélienne à l’entrée du siège de l’UNRWA à Sheikh Jarrah pendant le raid cette semaine. Photo Silwanic

Puis est arrivé le 7 octobre, et Israël a aussi mordu la main qui nourrissait ses victimes. Il a perdu tout intérêt pour la situation des Palestiniens et a cessé de les considérer comme des êtres humains. Pour Israël, l’UNRWA est devenu une organisation terroriste, et l’administration Trump s’est empressée d’être d’accord.

Le premier prétexte sorti par la machine de propagande israélienne était que des employés de l’UNRWA étaient impliqués dans les événements du 7 octobre. Ce n’était pas le Hamas qui a attaqué Israël, c’était l’UNRWA. Israël a affirmé que 12 des travailleurs de l’agence avaient participé au massacre : 12 sur les 13 000 employés de l’UNRWA à Gaza. Les médias israéliens et les chœurs de propagande ont répandu le poison : l’UNRWA, c’est Noukhba, la force d’élite du Hamas qui a mené le massacre.

L’agence a licencié ceux qui auraient pu être impliqués, mais elle n’avait aucune chance. Personne n’a jamais demandé combien d’employés de Bank Leumi ont bombardé des enfants à Gaza, combien d’employés de l’Université hébraïque de Jérusalem ont pilonné des hôpitaux dans la bande de Gaza ou combien de membres du personnel du ministère de l’Éducation ont tué des personnes attendant de l’aide. Le sort de l’UNRWA était scellé. Les histoires, jamais prouvées, de « centres de commandement » du Hamas dans les abris anti-bombes de l’UNRWA, seul refuge de centaines de milliers de personnes, ont également attisé l’injure.

Des personnes marchent devant le siège endommagé de l’UNRWA à Gaza City en février 2024. Photo AFP

Puis les vieux comptes ont été rouverts : l’UNRWA perpétue le statut de réfugié des Palestiniens. Sans l’UNRWA, il n’y aurait plus de réfugiés palestiniens. Le réfugiéisme est la dernière preuve de la Nakba, c’est pourquoi Israël n’aime pas ça. Après avoir effacé plus de 400 villages, les camps de réfugiés sont restés le seul rappel sanglant de 1948. C’est le crime de l’UNRWA, soutient aussi le documentaire de Duki Dror diffusé sur la télévision publique Kan. Les Européens sont naïfs, affirme Dror, comme le disent toujours les Israéliens à propos des agences d’aide. Ils sont naïfs, seuls nous, Israéliens, sommes lucides.

L’UNRWA n’a pas perpétué le statut de réfugié des Palestiniens. L’occupation l’a fait. Si les Palestiniens avaient un État, il assumerait la responsabilité à leur égard. Le sommet de l’absurdité propagandiste est survenu lorsque Dror a déclaré dans une interview : « À l’ONU, la Palestine est considérée comme un “État observateur non membre”, et on ne peut pas être réfugié quand on a un État. Décidez, soit vous êtes un État, soit vous êtes des territoires occupés. »

C’est vraiment pas gentil de votre part, réfugiés palestiniens, de ne pas avoir encore pris votre décision. Mais Israël a décidé pour vous il y a longtemps. En 1967, il a décidé de l’occupation, et depuis, il n’a pas changé d’un iota sa décision. Maintenant, il dit qu’il n’y aura jamais d’État. Et c’est l’UNRWA qui a perpétué leur statut de réfugié. Et, bien sûr, il y a le programme scolaire de l’UNRWA, entièrement constitué d’ « appels à la haine » contre Israël. Comme s’il fallait l’UNRWA pour que les enfants palestiniens haïssent Israël. Il leur suffit, pour haïr quiconque leur a fait tout cela, d’ouvrir leur fenêtre, s’ils en ont encore une. L’UNRWA aurait dû leur apprendre à aimer Israël.

Un remplaçant a été trouvé pour l’UNRWA : la Fondation humanitaire pour Gaza. Cette agence usaméricaine a été fermée, heureusement, après qu’environ 1 000 personnes ont été tuées. Les attaques contre l’UNRWA continuent, et il n’y a pas de substitut.

Vendredi dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, à une large majorité, une résolution appelant Israël à coopérer avec l’UNRWA, après que la Cour internationale de justice a également jugé infondées les accusations contre l’agence. L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, s’est empressé de répondre : l’UNRWA est une organisation terroriste. Cachez donc ces réfugiés que nous ne saurions voir. 

05/12/2025

Quand l’armée se fait prédicatrice : les dangers de la campagne israélienne “Pour la Judée”

Gideon Levy, Haaretz, 4-12-2025
Traduit par Tlaxcala

Alors que le camp libéral se bat jusqu’à la dernière goutte de sang sur la question de l’enrôlement des Haredim [ultra-orthodoxes] dans les Forces de défense israéliennes, l’armée elle-même s’est transformée en armée de Dieu, même si elle ne compte pas beaucoup de recrues ultra-orthodoxes. Parallèlement à la fermeture de la radio militaire, l’armée a créé une agence de voyage confessionnelle, IDF Tours, qui propose une sélection de visites à Dieu et à la Terre promise.

Une conférence de colons au Tombeau des Patriarches (Sanctuaire d’Ibrahim) à Hébron/Al Khalil en septembre. La campagne présente des contenus proposés par des officiers, des soldats, des guides touristiques civils et des archéologues, ainsi que par des personnalités politiques issues des colonies. Photo Itai Ron

La radio militaire était-elle une anomalie ? Attendez de découvrir l’agence de voyage de l’armée. Avec le lancement de la campagne « Pour la Judée », menée par la Brigade de Judée, il ne fait plus aucun doute que l’armée israélienne n’est pas seulement l’armée du peuple, mais aussi l’armée de Dieu.

Et qu’en est-il de ceux qui ne sont pas pour le Seigneur ? Seront-ils également tenus de s’enrôler dans l’armée de Dieu ? Que feront les jeunes hommes et femmes laïques qui ne croient pas aux contes religieux ? Comment serviront-ils en Cisjordanie ?

Ces questions se posent désormais après la révélation par Noa Shpigel et Nir Hasson sur la nouvelle campagne touristique de l’armée israélienne (Haaretz, 2 décembre). Non seulement cette campagne invite les soldats et les civils à visiter la Cisjordanie occupée et pillée, ignorant de manière flagrante la majorité des personnes qui y vivent et à qui elle appartient, mais elle invoque également des explications pour justifier la présence de l’armée dans cette région que seuls ceux qui souffrent d’un délire messianique pourraient croire.

La prochaine fois qu’un pogrom aura lieu en Cisjordanie et que des soldats y participeront, sachez qu’ils ont subi un lavage de cerveau par cette campagne et d’autres similaires. Et ce ne sont pas seulement les colons militants qui leur font subir un lavage de cerveau, mais aussi leurs commandants et leurs adjoints.

« L’objectif est de répondre à une question apparemment simple mais très importante, à savoir : pourquoi ? Pourquoi sommes-nous ici ? », déclare le colonel Shahar Barkai, commandant de la brigade de Judée, comme s’il prononçait son discours de bar-mitsva. « Pourquoi sommes-nous ici, dans la campagne samaritaine ? », demande son collègue Ariel Gonen, commandant de la brigade de Samarie.

Le lavage de cerveau est opéré. « Maintenant que j’ai fait le tour, je vois à quel point les liens sont étroits, et ma capacité à mener à bien la mission est renforcée par une compréhension globale de ce qu’est cet endroit », déclare le lieutenant Avishag Yonah, commandant de l’unité d’information de Judée-Samarie. Les soldats sont plus efficaces pour maltraiter les Palestiniens aux postes de contrôle, encore plus efficaces pour enlever des parents de leur lit devant leurs enfants et encore plus cruels envers les habitants. Après tout, c’est leur mission.


Des soldats israéliens arrêtent des suspects lors d’un raid à Jénine, en Cisjordanie, jeudi. Photo AFP/ZAIN JAAFAR

Les textes semblent avoir été rédigés pour les officiers par des colons militants, et c’est peut-être le cas. Quoi qu’il en soit, la vérité qui en ressort est frappante : si les soldats croient aux contes de fées qui leur sont présentés – que Nabal le Carmélite a pataugé dans le magnifique réservoir du village palestinien d’al-Karmil, et que par conséquent, celui-ci nous appartient ; que l’histoire du miracle d’Abraham, notre ancêtre, venu compléter le minian dans une synagogue au cœur d’Hébron il y a des centaines d’années, est vraie – ils seront de meilleurs soldats. Il y a même des endroits recommandés pour emmener votre petite amie. Qu’en dites-vous ? Passons une soirée dans les 56 sources palestiniennes que les colons ont prises de force ?

Le message est simple. L’armée israélienne est là parce que Nabal le Carmélite était là. Les soldats peuvent tuer parce que le patriarche Abraham a erré dans ces lieux. Peut-être que la plupart du public n’accepte pas cela, mais une armée populaire qui a été transformée en armée du Seigneur ne s’intéresse pas aux majorités ou aux minorités, à la vérité ou à la fiction. Elle va endoctriner les jeunes hommes et femmes qui s’engagent.

La campagne ne fait aucune mention des Palestiniens, les habitants de cette terre. Pour l’armée israélienne, et cette fois-ci officiellement, ils n’existent pas. Ils sont comme de l’air, on peut donc les maltraiter, les torturer et les tuer. Et ainsi, génération après génération, les Israéliens envoient leurs enfants tuer et se faire tuer dans la bande de Gaza et leur laver le cerveau en Cisjordanie.

Barkai, vous voulez savoir pourquoi nous sommes là-bas ? Parce que nous avons conquis cette terre par la force. Parce que nous étions avides de territoire, parce que nous sommes avides de vengeance contre les Palestiniens, parce que nous croyons aux absurdités de la campagne que vous avez lancée. Voilà pourquoi nous sommes là-bas.

NdT
La campagne « pour la Judée » a, d’après une rapide enquête, une portée très limitée : sa page Instagram a 149 followers, son compte Telegram en a 70 et son groupe WhatsApp 573. Bref, pas de quoi fouetter trois chats de rabbin.

29/11/2025

Le 12 novembre 2025, Aysam Jihan Ma’alla est mort en Cisjordanie. Il avait 13 ans
Témoignage d’une volontaire sur la récolte des olives en Cisjordanie

Anna Haunimat, 17/11/2025

Aysam, dans le coma depuis un mois, est mort des suites de l’attaque de colons israéliens et de l’intervention de l’armée israélienne à coups de gaz lacrymogènes à Beita. Aysam Jihad Ma’alla avait 13 ans, il participait à la récolte des olives avec sa famille aux côtés d’autres familles d’agriculteurs-trices. Il n’était pas à Gaza. Il était en zone B en Cisjordanie. Cette zone,  qui devait être rendue totalement aux Palestinien.ne.s 5 ans après les accords d’Oslo (1993), se trouve sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne et contrôle militaire des forces d’occupation.

« La géographie est un destin »

Ibn Khaldoun

Je suis partie début octobre 2025 en Cisjordanie, participer à la campagne Harvest Zeytoun avec l’UAWC (Union des Comités du Travail Agricole). L’UAWC, dont le siège est situé à Ramallah, est une organisation d’aide aux agriculteurs en Cisjordanie. Elle existe depuis 1986. Elle est affiliée à la Via Campesina.

Ce programme Harvest Campaign est renouvelé depuis

plusieurs années et vise à permettre aux familles palestiniennes d’assurer leurs récoltes d’olives grâce à la présence de volontaires internationaux face aux agressions continues des colons israéliens. « BAQA » (بقاء) — mot arabe signifiant « rester » — symbolisant la fermeté, l'enracinement et la résistance face à l'occupation et à la violence des colons, est le nom donné à cette campagne.

Ces attaques visent d’abord à terroriser les familles palestiniennes d’agriculteurs.trices afin de les empêcher de procéder à la récolte des olives et de les pousser à abandonner leurs terres. Une « loi israélienne » stipule qu’une terre non cultivée depuis deux ans, revient aux forces d’occupation (+ de 5200 hectares confisqués par Israël entre le 8/10/2023 et le 08/08/2025). Il s’agit aussi de rendre inutilisables ces terres, ici dans ce cas, les oliveraies. Des oliviers centenaires ou replantés sont arrachés, brûlés par les colons.



Les attaques violentes et quotidiennes des colons contre les familles palestiniennes se sont intensifiées depuis 3 ans (3041 dont 150 mortelles du 8/10/2023 au 8/08/2025). 52 300 oliviers ont été détruits à Gaza et en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023. Le 16/11/2025, selon l’agence officielle palestinienne WAFA, Ibrahim al-Hamed, directeur général de l’Agriculture à Salfit, a précisé que 135 oliviers, âgés d’au moins sept ans et appartenant à trois agriculteurs  ont été arrachés dans la vallée de Qana, au sein de la localité de Deir Istiya. Au cours des huit premiers mois de 2025, l’armée israélienne a émis des ordres pour couper des arbres sur une superficie de 681 hectares dans les territoires palestiniens occupés. Le rapport d’octobre du Conseil sur les violations israéliennes indique que, avec le soutien de l’armée israélienne, les colons ont arraché ou endommagé 1 200 oliviers sur les terres palestiniennes. [source]

La destruction quasi-systématique des oliviers par les colons, prive les Palestinienn.e.s d’une de leurs ressources essentielles. Mais contribue aussi, depuis l’établissement du projet sioniste en Palestine, à l’affabulation d’une terre sans peuple, d’une terre vide. C’est une constante depuis 1948 que d’effacer toute trace d’une présence antérieure à l’arrivée des colons. (Près de 500 villages ont été rasés en 1948, 780.000 personnes expulsées de leurs terres, sans droit au retour).

Nous autres volontaires parti.e.s pour tenter d’enrayer la machine infernale de destruction, nous partions tous les matins par petits groupes pour aider les familles à la récolte. Les cueillettes sans intervention des colons pour nous forcer à abandonner les oliveraies étaient peu nombreuses. Mais lorsque cela a été possible, c’était une fête ! Terminer la cueillette, manger ensemble, parfois même danser.


Mais souvent aussi, il fallait faire vite, en silence, comme autant de petites fourmis à l’œuvre pour tromper la vigilance des colons, terminer avant leurs attaques. Le jeudi 16 novembre, partis sur une oliveraie près de Huwara en présence d’une conseillère municipale, nous avons de nouveau été agressé.e.s et chassé.e.s par les colons et l’armée. Nous sommes allé.e.s dans une autre oliveraie à l’entrée de Burin, située juste en bordure de la route, en face de la maison du propriétaire. Très vite l’armée est arrivée et nous a sommé.e.s de partir, ce que nous avons fait et nous sommes allé.e.s chez l’agriculteur qui nous a invité.e.s dans sa maison à boire un café, un thé et nous a servi des petits gâteaux. L’armée a pénétré dans sa cour, prétextant une violation d’une zone militaire de notre part.

Au bout d‘une heure l’armée est revenue avec une carte, indiquant que cette oliveraie, maison de l’agriculteur inclue, avait été déclarée zone militaire le matin même. Comme le montre cette carte présentée au bout d’un petit moment. C’est ainsi qu’avance à bas bruit la colonisation. Déclaration de terres comme zones militaires, confiscation, spoliation puis établissement de colons sur ces mêmes terres.


Durant les discussions lunaires avec l’armée, j’ai discuté avec le propriétaire, avec sa femme. En voyant son bandeau brodé et comme je m’extasiais sur la beauté de ce bandeau, elle a appelé ses filles. Elles sont arrivées avec de magnifiques robes brodées, une ceinture brodée avec les noms des villes de Palestine, nous montrant le site de sa boutique remplie de merveilleuses tenues brodées. 



Nous parlions chiffons en quelque sorte, pendant que l’armée nous nassait dans leur cour, et elle expliquait : « pour nous c’est tous les jours, ils entrent, ils fouillent la maison au prétexte que nous sommes des terroristes, parfois nous arrêtent. Nous, nous pouvons vivre avec tout le monde, les chrétiens, les juifs, les musulmans, mais eux, non, ils ne veulent pas. Ils veulent être seuls sur nos terres c’est pour cela qu’ils nous pourchassent ». Puis la police est arrivée, nous avons été embarqué.e.s après avoir été dûment filmé.e.s par un colon, par l’armée et la police. J’ai serré très fort dans mes bras ces femmes brodeuses de leur histoire. Dans le bus une soldate expliquera que cette femme est une terroriste, que j’avais serré dans mes bras une terroriste, que toute sa famille l’est, y compris le petit garçon qui nous servait du café, du thé et prenait soin de nous. Puis j’ai rejoint mes camarades dans le bus, le propriétaire et un autre agriculteur ont été embarqués eux aussi. Ce bus qui finirait par nous conduire après 3 interrogatoires, des prises d’empreintes, de photos, un aller à la frontière jordanienne, un passage à la police des frontières, pour finir dans la prison de Givon. Prison de laquelle, nous ne sortirions que le mardi 21 octobre au matin sous l’accusation de violation de zone militaire, de participation à un groupe terroriste et de trouble à l’ordre public. Nous avons appris que les deux agriculteurs avaient été eux aussi libérés le même jour, sans que jamais nous ne sachions où ils étaient enfermés.


S’il s’agit donc bien d’un enjeu économique visant à l’asphyxie de l’économie palestinienne en Cisjordanie, il s’agit tout autant d’alimenter le mensonge historique forgé par le sionisme et ses alliés occidentaux depuis son arrivée en Palestine, « la Palestine était un désert nous en avons fait un verger ». La réalité est tout autre et en fait de verger, ils en ont fait un enfer.


Les paysages lumineux, les vergers, les cultures en terrasses aux murs de pierres sèches, parsèment les collines, les vallées, leurs habitant.e.s. Dans la vallée de la Qana, par exemple, on accède aux oliveraies par un chemin caillouteux (car la route est interdite par les colons), en traversant des champs d’orangers, citronniers, grenadiers, de ruches, là où quelques troupeaux de chèvres passent encore.



Un paysan du parti communiste palestinien que nous aidons à ramasser les olives,  désigne sur le versant opposé de la colline, l’ancienne maison en pierre où il a vécu  avant 1967, date de l’invasion des forces d’occupation israélienne. Il nous explique qu’avant l’invasion, il possédait une carte d’identité jordanienne, car ce territoire était sous protectorat jordanien. Elle lui a été confisquée par les forces d’occupation, le jour de l’invasion. La Jordanie a combattu une journée, nous dit-il, puis ils sont  partis et nous ont laissés sous les bombardements israéliens. Depuis, les colonies se  sont multipliées et nous vivons sous la menace permanente des colons, dit-il en montrant les constructions qui couvrent les hauts des collines telles des taches qui s’étendent comme une gangrène impossible à éliminer.

J’étais dans les oliveraies à Beita le 10 octobre, aux côtés de familles palestiniennes avec des dizaines d’autres volontaires internationaux pour ramasser des olives. J’étais présente lors d’une de ces attaques. Alors j’écris comme une urgence pour que la mort d’Aysam à 13 ans ne soit pas un nombre supplémentaire ajouté à une liste sans fin. Ce ne sera pas la dernière, je le sais, d’autres sont déjà mort.e.s depuis. D’autres Palestinien.ne.s mourront encore sous les attaques des colons et les interventions des forces armées d’occupation. Et d’autres Palestinien.ne.s resteront sur leurs terres comme iels le font depuis des millénaires.


Lors de ces attaques, pendant une accalmie, j’ai continué à aider une famille palestinienne à ramasser les olives, à les mettre en sacs, tout en discutant avec une femme. Je lui demandais dans un anglais rudimentaire, ce qu’elle pensait du cessez-le-feu à Gaza. Après m’avoir répondu en riant « your english is broken ! », elle m’a dit tranquillement en continuant à ramasser les olives : «  ils n’ont jamais respecté un seul accord, ils ne respecteront pas celui-là ». Puis l’attaque des colons a repris. Cette fois-ci, plus nombreux, plus violents. Ils dévalaient les collines en hurlant, caillassant, tirant, brûlant les voitures. Les enfants criaient « Allahou Akbar !» et leurs voix rebondissaient de colline en colline comme si leurs cris pouvaient repousser cette sauvagerie dans laquelle ils sont nés.

Des cris contre des massacres, des cris pour protéger leurs terres, leurs frères, leurs sœurs, leurs mères, leurs pères. Des cris pour se défendre d’une barbarie qui depuis 1948, emporte leurs familles, leurs maisons, leurs récoltes, engloutit leurs terres, vomit la mort, sous l’œil indifférent, parfois faussement gêné, quand il n’est pas accusateur, sous tous ces yeux occidentaux leur intimant l’ordre de se taire, de disparaître, sans bruit, en silence surtout.

Dès que les colons ont commencé à dévaler les collines, l’armée qui s’était placée entre les colons et nous, nous ordonnant de partir, nous a tout de suite arrosé.e.s de gaz lacrymogènes.


Aysam a respiré un de ces gaz, il en est mort.

Les Palestinien.ne.s, pour nous protéger, nous ont demandé de nous retirer. Ramassant à la hâte quelques dernières olives et remplissant encore quelques sacs, nous avons commencé à nous retirer, à contre-cœur, mais nous l’avons fait, nous sommes parti.e.s, et tandis qu’un camarade volontaire me disait : « nous, nous partons, elleux restent », des voitures brinquebalantes remplies de Palestiniens arrivaient pour tenter de freiner les attaques des colons déchaînés.

Ce jour-là, les colons ont brûlé une dizaine de voitures, retourné une ambulance, fait plus de 35 blessés dont un photojournaliste palestinien correspondant de l’AFP. [Jaafar Ashtiyeh

Alors je me décide à écrire, raconter un peu de ce que j’ai vu, après tant d’autres certes, car oui, même si tout ça ne sert à rien, « il va bien falloir faire quelque chose »*

Aysam avait 13 ans. Il n’est déjà plus le dernier mort des atrocités commises par un État criminel conçu par des États nés de génocides et ou complices de ceux-ci depuis des siècles. Mais il sera aussi celui d’une longue liste de visages, de vies qui ne cèdent pas, qui refusent de se rendre, qui ne se vendent pas, qui continuent de crier à la face du monde, qu’iels vivront. Que les oliviers refleuriront, que la récolte sera belle et l’huile verte et brillante comme la terre qui l’a produite.

Que ces mots soient autant de taches indélébiles, rouge sang, tatouées sur les fronts méprisants, encore hautains et inhumains des génocidaires et de leurs complices du monde entier.
Eric Vuillard in « Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie, 17 écrivains pour la Palestine », Ed. Seuil, oct. 2025

 

09/11/2025

Jaafar Ashtiyeh : ce photojournaliste palestinien a longtemps documenté la violence israélienne. Cette fois, elle a failli le tuer


 Ashtiyeh : « Je suis le photographe le plus actif et le plus ancien de Cisjordanie, et je n’ai jamais affronté de dangers comme ceux-ci. » Photo Alex Levac

Jaafar Ashtiyeh, photographe de presse renommé en Cisjordanie, a été blessé à de nombreuses reprises au cours de son travail. Mais rien ne l’avait préparé à ce que les colons lui ont fait subir.

Gideon Levy & Jaafar Ashtiyeh / AFP (photos), Haaretz, 8/11/2025
Traduit par Tlaxcala

 

Jaafar Ashtiyeh a vu et photographié les dernières expressions d’innombrables personnes rendant leur dernier souffle. Il ne les oubliera jamais. En près de trente ans de travail comme photographe pour l’agence de presse française AFP en Cisjordanie, il a saisi des milliers d’images de tristesse, de souffrance humaine, de mort, de paix, d’espoir, de victoire, voire de bonheur.

Il lui est difficile de choisir laquelle résume le mieux sa vie professionnelle. Mais lorsqu’on le presse, il finit par en désigner une : celle d’une vieille femme étreignant le tronc d’un olivier, prise en 2006, devenue depuis iconique.


 

Ce photographe de guerre vétéran a documenté pratiquement tout ce qui s’est produit en Cisjordanie occupée et asphyxiée au cours des dernières décennies. Il y a environ un mois, alors qu’il photographiait des Palestiniens récoltant leurs olives, il a été attaqué par une bande de colons violents. Ils ont incendié sa voiture sous ses yeux et, s’il n’avait pas pris la fuite, il est convaincu qu’ils l’auraient tué.

Nous l’avons rencontré la semaine dernière dans un café de la ville de Huwara, près de Naplouse, non loin du lieu de l’agression : des oliveraies appartenant aux habitants du village de Beita. Ashtiyeh n’a pas encore de nouvelle voiture et a à peine repris le travail depuis l’attaque. Les signes de choc, les séquelles de l’agression et, surtout, le sentiment d’impuissance qu’il éprouve restent visibles, même sur ce vétéran aguerri.


La voiture de Jaafar Ashtiyeh brûle dans le village de Beita le 10 octobre. « Je ne suis pour ni contre personne », dit-il. Son travail, explique-t-il, a toujours consisté simplement à prendre des photos. « Certains soldats le comprenaient ; d’autres nous traitaient de terroristes. »

 

Il est né il y a 57 ans dans le village de Salem, près de Naplouse, où il vit toujours avec sa famille. Pendant quelques années, il a été vice-président du conseil local à titre bénévole. Depuis sa majorité, il n’a jamais été arrêté ni eu de démêlés avec les forces de sécurité israéliennes. En tant que photographe pour une agence internationale, il affirme maintenir la neutralité.

Ashtiyeh n’a jamais étudié la photographie – il a fait des études d’économie dans un collège de Naplouse –, mais en 1996, il a commencé à travailler pour l’AFP. Il avait loué un appareil photo et pris des clichés au tombeau de Joseph. L’agence prestigieuse les a publiés et l’a engagé depuis. La BBC a même choisi une de ses photos comme « photographie de l’année ».

26/10/2025

Il n’est plus possible d’être Palestinien en Cisjordanie

Gideon Levy, Haaretz, 26/10/2025
Traduit par
Tlaxcala


Tandis que Trump donne sa parole aux pays arabes que l’annexion israélienne « n’aura pas lieu », il tourne le dos à la destruction, à la dépossession, à la pauvreté, à la violence des colons et aux abus militaires en Cisjordanie, permettant au tourment de se poursuivre : il n’y a pas de cessez-le-feu.

Des Palestiniens se tiennent à côté d’une route détruite après une opération militaire israélienne dans la ville cisjordanienne de Tubas, la semaine dernière.
Photo Majdi Mohammed / AP

En Cisjordanie, personne n’a entendu parler du cessez-le-feu à Gaza : ni l’armée, ni les colons, ni l’Administration civile, et bien sûr pas les trois millions de Palestiniens vivant sous leur tyrannie. Ils ne sentent en rien la fin de la guerre.

De Jénine à Hébron, aucun cessez-le-feu n’est en vue. Depuis deux ans, la Cisjordanie vit sous un régime de terreur, à l’abri de la guerre dans la bande de Gaza, qui sert de prétexte douteux et de rideau de fumée, et rien n’indique que cela soit près de se terminer.

Tous les décrets draconiens imposés aux Palestiniens le 7 octobre demeurent en vigueur ; certains ont même été durcis. La violence des colons se poursuit, tout comme l’implication de l’armée et de la police dans les pogroms. À Gaza, moins de personnes sont tuées et déplacées, mais en Cisjordanie tout continue comme s’il n’y avait aucun cessez-le-feu.

L’administration Trump, si active et résolue à Gaza, ferme les yeux sur la Cisjordanie et se ment à elle-même sur la situation là-bas. Empêcher l’annexion lui suffit. « Cela n’arrivera pas, j’ai donné ma parole aux pays arabes », a déclaré le président Donald Trump la semaine dernière, tandis que, dans son dos, Israël fait tout pour détruire, spolier, maltraiter et empêcher toute possibilité de vie en Cisjordanie.


Des colons israéliens jettent des pierres en direction de villageois palestiniens lors d’une attaque contre le village cisjordanien de Turmus Ayya, en juin.
Photo Ilia Yefimovich / dpa

Il semble parfois que le chef du Commandement central de Tsahal, Avi Bluth, fidèle et obéissant à son supérieur — le ministre des Finances Bezalel Smotrich, également ministre au sein du ministère de la Défense — mène une expérience humaine, de concert avec les colons et la police : voyons jusqu’où nous pouvons les tourmenter avant qu’ils n’explosent.

L’espoir que leur soif d’abus se calmerait en même temps que les combats à Gaza a été anéanti. La guerre dans la bande n’était qu’un prétexte. Quand les médias évitent la Cisjordanie et que la plupart des Israéliens — et des USAméricains — se désintéressent de ce qui s’y passe, le supplice peut continuer.

Le 7 octobre a bel et bien constitué une occasion historique pour les colons et leurs collaborateurs de faire ce qu’ils n’avaient pas osé faire depuis des années.


La famille Zaer Al Amour, dans les collines du sud d’Hébron — une région souvent soumise à la violence des colons et de l’armée — monte la garde à tour de rôle du soir jusqu’au matin pour protéger ses terres.
Photo Wisam Hashlamoun / Anadolu via AFP

Il n’est plus possible d’être Palestinien en Cisjordanie. Elle n’a pas été détruite comme Gaza, des dizaines de milliers de personnes n’y sont pas mortes, mais la vie y est devenue impossible. Il est difficile d’imaginer que la poigne de fer d’Israël puisse durer encore longtemps sans explosion de violence — cette fois, justifiée.

Entre 150 000 et 200 000 Palestiniens de Cisjordanie qui travaillaient en Israël sont au chômage depuis deux ans. Deux ans sans le moindre shekel de revenu. Les salaires de dizaines de milliers de fonctionnaires de l’Autorité palestinienne ont également été fortement réduits à cause de la rétention par Israël des recettes fiscales qu’il collecte pour elle.

La pauvreté et la détresse sont omniprésentes. Les barrages routiers et les checkpoints aussi ; jamais il n’y en a eu autant, et pour une période aussi longue. Ils se comptent maintenant par centaines.

Chaque colonie possède des portails de fer fermés, ou qui s’ouvrent et se referment tour à tour. Impossible de savoir ce qui est ouvert ou fermé — et, plus important encore, quand. Tout est arbitraire. Tout se fait sous la pression des colons, qui ont fait de l’armée israélienne leur servante soumise. Voilà ce que c’est, quand Smotrich est le ministre de la Cisjordanie.


Une maison incendiée lors des émeutes de 2023 dans le village de Hawara. Smotrich parlait déjà en 2021 d’un « Plan décisif ».
Photo Amir Levi

Environ 120 nouveaux avant-postes de colonisation, presque tous violents, ont été établis depuis le maudit 7 octobre, couvrant des dizaines de milliers d’hectares, tous avec le soutien de l’État. Pas une semaine ne passe sans de nouveaux avant-postes ; tout aussi inédite est l’ampleur du nettoyage ethnique qu’ils visent : Hagar Shezaf rapportait vendredi que, durant la guerre de Gaza, les habitants de 80 villages palestiniens de Cisjordanie ont fui pour sauver leur vie, par peur des colons qui se sont emparés de leurs terres.

Le visage de la Cisjordanie change chaque jour. Je le vois de mes propres yeux stupéfaits. Trump peut se vanter d’avoir stoppé l’annexion, mais celle-ci est plus enracinée que jamais.

Depuis le centre de commandement que l’armée usaméricaine a établi à Kiryat Gat, on peut peut-être voir Gaza, mais on ne voit pas Kiryat Arba, la colonie située près d’Hébron.

La Cisjordanie crie à l’aide d’une intervention internationale urgente, tout autant que la bande de Gaza. Des soldats — usaméricains, européens, émiratis ou même turcs — quelqu’un doit protéger ses habitants sans défense. Quelqu’un doit les délivrer des griffes de Tsahal et des colons.

Imaginez un soldat étranger à un checkpoint stoppant des nervis colons en route pour un pogrom. Un rêve.