14/02/2026

The problem is not Chomsky, it’s us


Raúl Zibechi, 14/2/2026

Versione italiana

The adoration of public figures, to whom enormous merits are attributed, to the point of turning them into “almost gods,” is a problem that has persisted for a long time on the left and in emancipatory movements. Virtues are exalted, but never defects. A reality is invented in shades of black or white, excluding nuances, the greys, and anything that might tarnish the deified figure.

The very word “grey” is used as a derogatory adjective. “A grey person” is boring, without merit, incapable of attracting us or capturing our attention, let alone any kind of admiration. However, reality is painted in multiple colors and is much richer than the binary black-white. With this cleavage, we most often seek to calm our uncertainties, fleeing from the uncomfortable nuances that cause us so much insecurity. Because, let’s admit it, the white, Western human is desperately seeking security.

Many left-wing people admit that the personality cult around Stalin was something negative, but they accept the cult of Lenin or Marx, for example. I believe that on this point, the “emancipatory” culture of the left is heir to the caudillismo [cult of strongmen] and the cult of kings so present in human history, from the earliest societies to today. With the aggravating factor that today’s cults are disguised as emancipation, but at heart they are as absurd as submission to kings and queens.

Even today, we see how this cult continues its tremendous work of paralyzing societies, whether in the uncritical support for Evo Morales or Hugo Chávez, to give just two examples. The progressive processes in Latin America have all been linked to a caudillo, from Néstor Kirchner to Lula, through Correa and those already mentioned.



In Chomsky’s case, the gravity of his close link with the pedocriminal millionaire Epstein stands out, even after he was convicted and his misdeeds became known. However, if Epstein hadn’t been a pedocriminal, would anything have changed? Can we validate that a left-wing public figure has close ties with a millionaire? Not every friendship is acceptable, with just anyone, overlooking class, political positions, and people’s status. Not to mention that Chomsky committed other sins, like working for military programs.

Can a person like us, the readers of this page, associate with just anyone, a Berlusconi, a Bolsonaro, or a Putin? I’m not referring to grassroots people who may have supported these figures, but to relationships with the dominant elites, a style cultivated in parliaments around the world, when deputies in opposing political positions eat at the same table and end up socializing in the same spaces.

What Chomsky did is simply repugnant. Even more serious because he is a public personality who should set an example and apologize when he is wrong. What I aim for with these lines is to hold up a collective mirror to ourselves, as the Zapatistas often say, to ask: And what about us?

How many Chomskys are there in our brains and hearts? Putting all the evil on the linguist is the same as putting all the merits on a caudillo, like Pepe Mujica, for example. Being Uruguayan, I suffer every time grassroots people in some corner of the planet tell me wonders about a figure who, in this country, we know and do not admire, at least not the author of these lines and a large part of his friends.

The personality cult also reveals our proverbial individualism, since we place all the positive values in one person, but not in a collective. The Zapatistas do well to cover their faces, to make themselves all equal with the balaclava and the bandana. Observe that all capitalist culture revolves around individuals, from Messi to Trump, whether to deify or condemn. Even in the case of Zapatism, our attitudes are not the same towards Subcomandante Marcos or towards any of the comandantas, including the author of these lines.

Perhaps the lesson we can learn from the Epstein-Chomsky case is that we must be more careful, more moderate when it comes to mitycizing figures. But above all, be more community-oriented, highlight the collective and the simple, the innocence of children before the system leads them to the adoration of celebrities.

Le problème n’est pas Chomsky, c’est nous

Raúl Zibechi, 14/2/2026

Versione italiana

L’adoration de personnages publics, auxquels on attribue d’énormes mérites, allant jusqu’à les transformer en « quasi-dieux », est un problème qui persiste depuis longtemps à gauche et dans les mouvements émancipateurs. On exalte leurs vertus, mais jamais leurs défauts. On invente une réalité en noir et blanc, excluant les nuances, les gris et tout ce qui pourrait ternir l’image du personnage divinisé.

Le mot « gris » lui-même est utilisé comme un adjectif péjoratif. Une « personne grise » est ennuyeuse, sans mérite, incapable de nous attirer ou de retenir notre attention, encore moins de susciter une quelconque admiration. Pourtant, la réalité est peinte de multiples couleurs et est bien plus riche que le simple dualisme noir-blanc. Avec cette vision manichéenne, nous cherchons le plus souvent à apaiser nos incertitudes, fuyant les nuances inconfortables qui nous procurent tant d’insécurité. Car, admettons-le, l’être humain blanc et occidental recherche désespérément la sécurité.

Beaucoup de gens de gauche admettent que le culte de la personnalité de Staline était quelque chose de négatif, mais ils acceptent le culte de Lénine ou de Marx, par exemple. Je pense que sur ce point, la culture « émancipatrice » des gauches est l’héritière du caudillisme et du culte des rois si présents dans l’histoire de l’humanité, des premières sociétés jusqu’à aujourd’hui. Avec la circonstance aggravante que les cultes actuels se déguisent en émancipation, mais au fond, ils sont aussi absurdes que la soumission aux rois et aux reines.

Aujourd’hui encore, nous voyons comment ce culte poursuit son terrible travail de paralysie des sociétés, que ce soit dans le soutien acritique à Evo Morales ou Hugo Chávez, pour ne citer que deux exemples. Les processus progressistes d’Amérique latine ont tous été liés à un caudillo, de Néstor Kirchner à Lula, en passant par Correa et les susmentionnés.


Dans le cas de Chomsky, la gravité de son lien étroit avec le millionnaire pédocriminel Epstein est frappante, même après que ce dernier a été condamné et que ses méfaits ont été révélés. Cependant, si Epstein n’avait pas été pédocriminel, quelque chose aurait-il changé ? Pouvons-nous valider qu’une personnalité publique de gauche ait des liens étroits avec un millionnaire ? Toute amitié n’est pas valable, avec n’importe qui, en passant outre les classes, les positions politiques et le statut des personnes. Sans oublier que Chomsky a commis d’autres péchés, comme travailler pour des programmes militaires.

Une personne comme nous, les lecteurs de cette page, peut-elle fréquenter n’importe qui, un Berlusconi, un Bolsonaro ou un Poutine ? Je ne parle pas des gens du peuple qui ont pu soutenir ces personnages, mais des relations avec les élites dominantes, un style qui se cultive dans les parlements du monde entier, quand des députés qui sont dans des positions politiques opposées mangent à la même table et finissent par se socialiser dans les mêmes espaces.

Ce que Chomsky a fait est tout simplement répugnant. C’est encore plus grave car il s’agit d’une personnalité publique qui doit donner l’exemple et demander pardon quand elle se trompe. Ce que je cherche avec ces lignes, c’est de nous mettre face à un miroir collectif, comme disent souvent les zapatistes, pour nous demander : Et nous, alors ?

Combien de Chomsky y a-t-il dans nos cerveaux et nos cœurs ? Mettre toute la méchanceté sur le linguiste, c’est comme mettre tous les mérites sur un caudillo, comme Pepe Mujica, par exemple. Étant Uruguayen, je souffre chaque fois que des gens du peuple, dans un coin de la planète, me disent des merveilles d’un personnage que, dans ce pays, nous connaissons et n’admirons pas, du moins le soussigné et une grande partie de ses amis.

Le culte de la personnalité révèle, en outre, notre individualisme proverbial, car nous plaçons toutes les valeurs positives dans une personne, mais pas dans un collectif. Les zapatistes font bien de se couvrir le visage, de s’égaliser tous et toutes avec la cagoule et le passe-montagne. Observons que toute la culture capitaliste tourne autour des personnes, de Messi à Trump, que ce soit pour diviniser ou réprouver. Même dans le cas du zapatisme, nous, soussigné compris, n’avons pas les mêmes attitudes envers le sous-commandant Marcos ou envers n’importe laquelle des commandantes.

Peut-être que la leçon que nous pouvons tirer de l’affaire Epstein-Chomsky est que nous devons être plus prudents, plus modérés lorsqu’il s’agit de mythifier des personnages. Mais surtout, être plus communautaires, mettre en avant le collectif et la simplicité, l’innocence des enfants avant que le système ne les conduise à l’adoration des célébrités.

El problema no es Chomsky, somos nosotros

Raúl Zibechi,14-2-2026

Versione italiana

La adoración de personajes públicos, a los que se atribuyen enormes méritos, llegándose a convertirlos en “casi dioses”, es un problema que se arrastra desde mucho tiempo atrás en las izquierdas y en los movimientos emancipatorios. Se exaltan virtudes, pero nunca defectos. Se inventa una realidad en tonos de blanco o negro excluyendo matices, los grises y todo aquello que pueda opacar al personaje endiosado.

La propia palabra gris es usada como adjetivo. “Una persona gris”, es aburrida, sin méritos, incapaz de atraernos o concitar nuestra atención, menos aún algún tipo de admiración. Sin embargo, la realidad está pintada en múltiples colores y es mucho más rica que el binario blanco-negro. Con ese clivaje, las más de las veces pretendemos calmar nuestras incertidumbres, huyendo de los incómodos matices que tanta inseguridad nos provocan. Porque, admitamos, el ser humano blanco y occidental busca desesperadamente la seguridad.

Muchas personas de izquierda admiten que el culto a la personalidad de Stalin fue algo negativo, per aceptan el culto a Lenin o a Marx, por ejemplo. Creo que en este punto la cultura “emancipatoria” de las izquierdas es heredera del caudillismo y del culto a los reyes tan presentes en la historia de la humanidad, desde las primeras sociedades hasta hoy. Con el agravante de que los cultos actuales se disfrazan de emancipación, pero en el fondo son tan absurdos como la sumisión a los reyes y reinas.

Aún hoy vemos cómo ese culto sigue haciendo su tremendo trabajo de parálisis de las sociedades, ya sea en el apoyo acrítico a Evo Morales o Hugo Chávez, por poner apenas dos ejemplos. Los procesos progresistas de América Latina han estado, todos ellos, ligados a un caudillo, desde Néstor Kirchner hasta Lula, pasando por Correa y los ya mencionados.



En el caso de Chomsky sobresale la gravedad de su estrecho vínculo con el pedocriminal millonario Epstein, incluso después de haber sido condenado y de conocerse sus fechorías. Sin embargo, si Epstein no hubiera sido pedocriminal, ¿algo hubiera cambiado? ¿Podemos validar que un personaje público de las izquierdas tenga estrechos vínculos con un millonario? No se vale cualquier amistad, con cualquier persona, pasando por encima de las clases, las posiciones políticas y el estatus de las personas. Sin olvidar que Chomsky cometió otros pecados, como trabajar para programas militares.

Una persona como nosotros, los lectores de esta página, ¿puede relacionarse con cualquier persona, con un Berlusconi, un Bolsonaro o un Putin? No me refiero a gente de abajo que haya apoyado a esos personajes, sino a las relaciones con las elites dominantes, un estilo que se cultiva en los parlamentos de todo el mundo, cuando diputados que están en posiciones políticas opuestas, comen en la misma mesa y se terminan socializando en los mismos espacios.

Lo de Chomsky es sencillamente repugnante. Más grave aún por tratarse de una personalidad pública que debe dar el ejemplo y pedir perdón cuando se equivoca. Lo que pretendo con estas líneas, es ponernos un espejo colectivo, como suelen decir los zapatistas, para preguntarnos: ¿Y nosotros qué?

¿Cuántos Chomsky hay en nuestros cerebros y corazones? Poner toda la maldad en el lingüista es igual a poner todos los méritos en un caudillo, como Pepe Mujica, por ejemplo. Siendo uruguayo, sufro cada vez que gente de abajo en algún rincón del planeta, me dice maravillas de un personaje que, en este país, conocemos y no admiramos, por lo menos quien esto escribe y gran parte de sus amigos.

El culto a la personalidad revela, además, nuestro proverbial individualismo, ya que colocamos todos los valores positivos en una persona, pero no en un colectivo. Hacen bien los zapatistas en cubrirse el rostro, en igualarse todos y todas con el pasamontaña y el paliacate. Observemos que toda la cultura capitalista gira en torno a personas, desde Messi hasta Trump, ya sea para endiosar o reprobar. Incluso en el caso del zapatismo, no son iguales las actitudes que tenemos hacia el subcomandante Marcos o hacia cualquiera de las comandantas, incluyendo a quien esto escribe.

Tal vez la lección que podemos aprender del caso Epstein-Chomsky es que debemos ser más cuidadosos, más moderados a la hora de mitificar personajes. Pero, sobre todo, ser más comunitarios, destacar lo colectivo y lo simple, la inocencia de las niñas y niños antes de que el sistema los conduzca hacia la adoración de las celebridades.

DICHIARAZIONE DI SOSTEGNO ALLA RELATRICE SPECIALE ALBANESE

United Staff for Gaza, 13 febbraio 2026
Tradotto da Tlaxcala

United Staff for Gaza è un'associazione di attuali ed ex membri del personale delle Nazioni Unite, che agiscono a titolo privato. Visita il nostro sito web, contattaci via email.

United Staff for Gaza esprime rammarico per il fatto che i ministri degli Esteri francese, tedesco e di altri paesi, basandosi su evidenti disinformazione e informazioni errate, abbiano mosso accuse ingiustificate contro la Relatrice Speciale delle Nazioni Unite sulla situazione dei diritti umani nel territorio palestinese occupato dal 1967, Francesca Albanese. Chiediamo una rettifica di questi errori e invitiamo a porre fine agli attacchi personali, alle minacce e alla disinformazione mirati contro le agenzie, i titolari di mandato e il personale delle Nazioni Unite.

I fatti:

Il 7 gennaio, tramite un video preregistrato e trasmesso a distanza, la Relatrice Speciale Albanese ha tenuto un discorso al Forum di Al Jazeera, una conferenza organizzata da tale emittente a Doha, in Qatar. Il tema della conferenza era “La causa palestinese e l'equilibrio di potere regionale nel contesto di un mondo multipolare emergente”. La Relatrice Speciale Albanese ha parlato della commissione del genocidio dei palestinesi e dei modi in cui la comunità internazionale, a suo avviso, ha favorito e incoraggiato questo genocidio. A metà del suo intervento, la Relatrice Speciale ha affermato che il sistema di complicità globale nel genocidio – basato su interessi finanziari, algoritmi dei (social) media e commercio di armi – è stato smascherato e si è dimostrato essere “il nemico comune dell'umanità”.

Ben presto sono circolati online video e immagini fabbricati, sostenendo che la Relatrice Speciale avesse detto che “Israele è il nemico comune dell'umanità” – una distorsione palesemente falsa delle sue parole. Il 10 febbraio, un gruppo di parlamentari francesi, che in passato avevano già attaccato la Relatrice Speciale Albanese, ha inviato una lettera congiunta al ministro degli Esteri francese, ripetendo false accuse e distorcendo ulteriormente le sue parole in modi troppo vergognosi per essere descritti. Hanno chiesto al ministro degli Esteri di adoperarsi per imporle sanzioni e farla rimuovere dal suo mandato alle Nazioni Unite.

Il giorno successivo, nell'Assemblea Nazionale francese, la parlamentare che aveva coordinato la lettera ha ripetuto le false accuse in essa contenute e ha chiesto al ministro degli Esteri di confermare se il governo avrebbe cercato di far rimuovere la Relatrice Speciale Albanese dal suo incarico. In una risposta sorprendente e carica di astio, il ministro ha affermato che la Francia condanna le sue “dichiarazioni oltraggiose e riprovevoli” e chiede le sue dimissioni. Il 12 febbraio, la ministra degli Esteri tedesca ha fatto eco al suo omologo francese, condannando le “recenti dichiarazioni della Relatrice Speciale Albanese su Israele” e affermando che “la sua posizione è insostenibile. Anche i ministri degli Esteri austriaco, italiano e ceco hanno amplificato la disinformazione.

  1. United Staff for Gaza esprime allarme per il fatto che i ministri degli Esteri francese, tedesco e di altri paesi sembrano aver accettato acriticamente come fatti delle chiare distorsioni delle parole della Relatrice Speciale Albanese. Li incoraggiamo a considerare le prove e a ritirare le loro dichiarazioni di condanna. Apprezziamo che il ministro degli Esteri austriaco abbia cancellato il suo precedente post su X in merito.
  2. United Staff for Gaza condanna senza riserve la disinformazione e altre azioni ostili dirette contro la Relatrice Speciale Albanese, così come contro la Corte Penale Internazionale (CPI) e l'Agenzia delle Nazioni Unite per il Soccorso e l'Occupazione dei Rifugiati Palestinesi nel Vicino Oriente (UNRWA). Deploriamo che la Relatrice Speciale, così come 11 giudici e procuratori della CPI, siano stati sanzionati dagli Stati Uniti d'America, e che l'UNRWA sia stata sottoposta, da parte del Governo israeliano, a violenza, ostacoli e diffusa disinformazione. Osserviamo che quest'ultimo tentativo di distorcere le parole della Relatrice Speciale Albanese si inserisce in una più ampia campagna di disinformazione volta a minare la capacità delle Nazioni Unite di proteggere i diritti umani del popolo palestinese. Esprimiamo costernazione per le falsità propagate dai parlamentari francesi che hanno co-firmato la suddetta lettera, e accogliamo con favore lo sforzo di un altro gruppo di parlamentari francesi che hanno cercato di ristabilire la verità. Ribadiamo che i titolari di mandato e i membri del personale delle Nazioni Unite non devono essere oggetto di attacchi nel legittimo esercizio delle funzioni loro conferite dagli Stati membri. In questa ottica, ribadiamo inoltre la nostra solidarietà ai quasi 400 membri del personale dell'ONU che sono stati uccisi dalle forze israeliane nella Striscia di Gaza dall'ottobre 2023.
  3. United Staff for Gaza invita all'unità di sostegno per la Relatrice Speciale Albanese, così come per la CPI e l'UNRWA. Invitiamo tutti gli Stati membri del Consiglio per i Diritti Umani a mantenere il loro impegno per l'integrità del sistema delle procedure speciali. Concordiamo con la dichiarazione rilasciata in merito dal Segretario Generale di Amnesty International e accogliamo con favore il fact-checking fornito dal Portavoce dell'Ufficio dell'Alto Commissario delle Nazioni Unite per i Diritti Umani.
  4. United Staff for Gaza sottolinea inoltre che la comunità internazionale deve rimanere impegnata sulla questione e intensificare le sue condanne per gli atti incessantemente disumani e illegali perpetrati dal Governo israeliano contro il popolo palestinese. Questi atti includono, tra molte altre flagranti violazioni del diritto internazionale, la continuazione dei bombardamenti a Gaza nonostante il presunto cessate il fuoco, le persistenti restrizioni alla consegna di aiuti umanitari criticamente necessari, la oltraggiosa violenza contro l'UNRWA e lo sfollamento forzato e l'annessione de facto della Cisgiordania – il tutto in flagrante disprezzo delle sentenze della Corte Internazionale di Giustizia.

Una copia di questa dichiarazione sarà trasmessa al Presidente del Consiglio per i Diritti Umani. 

NdT

La lettera firmata da una quarantina di deputati del gruppo Renaissance (macronisti) è stata promossa da Caroline Yadan, deputata dell'ottava circoscrizione dei francesi all'estero (che comprende in particolare Israele). Tra i firmatari figurano Olivia Grégoire, Sylvain Maillard, Constance Le Grip e l'ex prima ministra Élisabeth Borne, nonché Sandro Gozi, ex membro del Fronte della Gioventù neofascista diventato «liberal-macronista», eletto eurodeputato italiano in Francia.


 

DECLARACIÓN DE APOYO A LA RELATORA ESPECIAL ALBANESE

 United Staff for Gaza, 13 de febrero de 2026
Traducido por Tlaxcala

 

United Staff for Gaza es una asociación de miembros actuales y anteriores del personal de las Naciones Unidas, que actúan a título privado. Visite nuestro sitio web, contáctenos por correo electrónico.

 

United Staff for Gaza lamenta que los ministros de Asuntos Exteriores de Francia, Alemania y otros países hayan, basándose en evidente desinformación y mala información, formulado acusaciones injustificadas contra la Relatora Especial de las Naciones Unidas sobre la situación de los derechos humanos en el territorio palestino ocupado desde 1967, Francesca Albanese. Pedimos una rectificación de estos errores y hacemos un llamamiento para que cesen los ataques personales, las amenazas y la desinformación dirigidos contra las agencias, los titulares de mandatos y el personal de las Naciones Unidas.

Los hechos:

El 7 de enero, mediante un vídeo pregrabado y transmitido a distancia, la Relatora Especial Albanese pronunció unas palabras en el Foro de Al Jazeera, una conferencia organizada por ese medio de comunicación en Doha (Catar). El tema de la conferencia fue “La causa palestina y el equilibrio de poder regional en el contexto de un mundo multipolar emergente”. La Relatora Especial Albanese habló sobre la comisión de genocidio contra los palestinos y las formas en que la comunidad internacional, en su opinión, ha ayudado y favorecido este genocidio. A mitad de su discurso, la Relatora Especial dijo que el sistema de complicidad mundial en el genocidio -basado en intereses financieros, algoritmos de (redes) sociales y el comercio de armas- ha quedado al descubierto y se ha mostrado como “el enemigo común de la humanidad”.

Pronto circularon en línea vídeos e imágenes fabricados, afirmando que la Relatora Especial había dicho que “Israel es el enemigo común de la humanidad”, una distorsión manifiestamente falsa de sus palabras. El 10 de febrero, un grupo de parlamentarios franceses, que ya habían atacado a la Relatora Especial Albanese en el pasado, enviaron una carta conjunta al ministro francés de Asuntos Exteriores, repitiendo falsas acusaciones y distorsionando aún más sus palabras de formas demasiado atroces para describirlas. Pidieron al ministro de Asuntos Exteriores que trabajara para imponerle sanciones y lograr que fuera destituida de su mandato en las Naciones Unidas.

Al día siguiente, en la Asamblea Nacional francesa, la parlamentaria que había coordinado la carta repitió las falsas acusaciones contenidas en ella y preguntó al ministro de Asuntos Exteriores si podía confirmar si el Gobierno buscaría la destitución de la Relatora Especial Albanese de su cargo. En una respuesta asombrosa y cargada de virulencia, el ministro dijo que Francia condena sus “comentarios ultrajantes y reprobables” y pide su dimisión. El 12 de febrero, la ministra alemana de Asuntos Exteriores se hizo eco de su homólogo francés, condenando las “recientes declaraciones de la Relatora Especial Albanese sobre Israel” y afirmando que “su posición es insostenible”. Los ministros de Asuntos Exteriores de Austria, Italia y la República Checa amplificaron igualmente la desinformación.

  1. United Staff for Gaza expresa su alarma de que los ministros de Asuntos Exteriores de Francia, Alemania y otros países parezcan haber aceptado acríticamente como hechos claras distorsiones de las palabras de la Relatora Especial Albanese. Les animamos a considerar las pruebas y retirar sus declaraciones de condena. Agradecemos que el ministro austriaco de Asuntos Exteriores haya eliminado su anterior mensaje en X sobre este asunto.
  2. United Staff for Gaza condena sin reservas la desinformación y otras acciones hostiles dirigidas contra la Relatora Especial Albanese, así como contra la Corte Penal Internacional (CPI) y la Agencia de Naciones Unidas para los Refugiados de Palestina en Oriente Próximo (UNRWA). Lamentamos que la Relatora Especial, así como 11 jueces y fiscales de la CPI, hayan sido sancionados por los Estados Unidos de América, y que la UNRWA haya sido sometida, por el Gobierno de Israel, a violencia, obstrucción y una desinformación rampante. Observamos que este último esfuerzo por distorsionar las palabras de la Relatora Especial Albanese encaja en una campaña más amplia de desinformación dirigida a socavar la capacidad de las Naciones Unidas para proteger los derechos humanos del pueblo palestino. Expresamos consternación por las falsedades propagadas por los parlamentarios franceses que co-firmaron la carta antes mencionada, y acogemos con satisfacción el esfuerzo de un grupo separado de parlamentarios franceses que han intentado aclarar los hechos. Reiteramos que los titulares de mandatos y los miembros del personal de las Naciones Unidas no deben ser objeto de ataques en el desempeño legítimo de las funciones que les han sido conferidas por los Estados miembros. En este sentido, reiteramos además nuestra solidaridad con los cerca de 400 miembros del personal de la ONU que han sido asesinados por las fuerzas israelíes en la Franja de Gaza desde octubre de 2023.
  3. United Staff for Gaza hace un llamamiento a la unidad de apoyo a la Relatora Especial Albanese, así como a la CPI y la UNRWA. Instamos a todos los Estados miembros del Consejo de Derechos Humanos a mantener su compromiso con la integridad del sistema de procedimientos especiales. Coincidimos con la declaración emitida por el Secretario General de Amnistía Internacional a este respecto, y acogemos con satisfacción la verificación de hechos proporcionada por el Portavoz de la Oficina del Alto Comisionado de la ONU para los Derechos Humanos.
  4. United Staff for Gaza subraya también que la comunidad internacional debe seguir ocupándose de la cuestión e intensificar sus condenas de los actos incesantemente inhumanos e ilegales perpetrados por el Gobierno de Israel contra el pueblo palestino. Estos actos incluyen, entre muchas otras flagrantes violaciones del derecho internacional, la continuación de los bombardeos en Gaza a pesar del supuesto alto el fuego, las persistentes restricciones a la entrega de ayuda humanitaria crítica, la escandalosa violencia contra la UNRWA y el desplazamiento forzado y la anexión de facto de Cisjordania, todo ello en flagrante desacato a los fallos de la Corte Internacional de Justicia.

Se transmitirá una copia de esta declaración al Presidente del Consejo de Derechos Humanos.

NdT

La carta de unos cuarenta diputados del grupo Renaissance (macronistas) fue iniciada por Caroline Yadan, diputada de la octava circunscripción de los franceses en el extranjero (que incluye, en particular, a Israel). Entre los firmantes se encuentran Olivia Grégoire, Sylvain Maillard, Constance Le Grip y la ex primera ministra Élisabeth Borne, así como Sandro Gozi, antiguo miembro del Frente Juvenil neofascista italmiano, convertido en «liberal macronista» y eurodiputado italiano elegido en Francia.


 

DÉCLARATION DE SOUTIEN À LA RAPPORTEUSE SPÉCIALE ALBANESE

 United Staff for Gaza, 13 février 2026
Traduit par Tlaxcala

United Staff for Gaza est une association de membres actuels et anciens du personnel des Nations Unies, agissant à titre privé. Visitez notre site ouèbe, contactez-nous par courriel

United Staff for Gaza regrette que les ministres français, allemand et d'autres pays aient, sur la base d’informations de toute évidence erronées et trompeuses, formulé des accusations injustifiées contre la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé depuis 1967, Francesca Albanese. Nous demandons une rectification de ces erreurs et appelons à la fin des attaques personnelles, des menaces et de la désinformation visant les agences, les titulaires de mandat et le personnel des Nations Unies.

Les faits :

Le 7 janvier, par le biais d'une vidéo préenregistrée diffusée à distance, la Rapporteuse spéciale Albanese a prononcé une allocution au Forum d'Al Jazeera, une conférence organisée par ce média à Doha, au Qatar. Le thème de la conférence était « La cause palestinienne et l'équilibre des pouvoirs régionaux dans le contexte d'un monde multipolaire émergent ». La Rapporteuse spéciale Albanese a évoqué la commission d'un génocide contre les Palestiniens et la manière dont la communauté internationale a, selon elle, aidé et encouragé ce génocide. Au milieu de son discours, la Rapporteuse spéciale a déclaré que le système de complicité mondiale dans le génocide – reposant sur des intérêts financiers, les algorithmes des (réseaux) sociaux et le commerce des armes – a été révélé et s'est montré être « l'ennemi commun de l'humanité ».

Peu après, des vidéos et des images fabriquées ont circulé en ligne, prétendant que la Rapporteuse spéciale avait déclaré qu'« Israël est l'ennemi commun de l'humanité » – une distorsion manifestement fausse de ses propos. Le 10 février, un groupe de parlementaires français, qui avaient déjà attaqué la Rapporteuse spéciale Albanese par le passé, a envoyé une lettre conjointe au ministre français des Affaires étrangères, répétant de fausses allégations et déformant davantage ses propos d'une manière trop choquante pour être décrite. Ils ont demandé au ministre des Affaires étrangères de travailler à l'imposition de sanctions à son encontre et à la faire destituer de son mandat aux Nations Unies.

Le lendemain, à l'Assemblée nationale française, la parlementaire qui avait coordonné la lettre a répété les fausses allégations qu'elle contenait et a demandé au ministre des Affaires étrangères de confirmer si le gouvernement chercherait à faire destituer la Rapporteuse spéciale Albanese de son poste. Dans une réponse étonnante et empreinte de virulence, le ministre a déclaré que la France condamne ses « propos scandaleux et répréhensibles » et appelle à sa démission. Le 12 février, la ministre allemande des Affaires étrangères a fait écho à son homologue français, condamnant les « récentes déclarations de la Rapporteuse spéciale Albanese sur Israël » et affirmant que « sa position est intenable ». Les ministres des Affaires étrangères autrichien, italien et tchèque ont également amplifié la désinformation.

  1. United Staff for Gazar exprime sa stupéfaction que les ministres français, allemand et d'autres pays semblent avoir accepté sans esprit critique comme un fait des distorsions manifestes des propos de la Rapporteuse spéciale Albanese. Nous les encourageons à examiner les preuves et à retirer leurs déclarations de condamnation. Nous apprécions que le ministre autrichien des Affaires étrangères ait supprimé son précédent message sur X à ce sujet.
  2. United Staff for Gaza condamne sans réserve la désinformation et les autres actions hostiles dirigées contre la Rapporteuse spéciale Albanese, ainsi que contre la Cour pénale internationale (CPI) et l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Nous déplorons que la Rapporteuse spéciale, ainsi que 11 juges et procureurs de la CPI, aient été sanctionnés par les États-Unis d'Amérique, et que l'UNRWA ait été soumise, par le gouvernement israélien, à la violence, à l'obstruction et à une désinformation galopante. Nous observons que cette dernière tentative de déformer les propos de la Rapporteuse spéciale Albanese s'inscrit dans une campagne plus large de désinformation visant à saper la capacité des Nations Unies à protéger les droits humains du peuple palestinien. Nous exprimons notre consternation face aux contre-vérités propagées par les parlementaires français qui ont cosigné la lettre susmentionnée, et saluons l'effort d'un autre groupe de parlementaires français qui ont cherché à rétablir les faits. Nous réitérons que les titulaires de mandat et les membres du personnel des Nations Unies ne doivent pas être attaqués dans l'exercice légitime de leurs fonctions qui leur ont été conférées par les États membres. Dans cette veine, nous réitérons en outre notre solidarité avec les près de 400 membres du personnel de l'ONU qui ont été tués par les forces israéliennes dans la bande de Gaza depuis octobre 2023.
  3. United Staff for Gaza appelle à l'unité de soutien à la Rapporteuse spéciale Albanese, ainsi qu'à la CPI et à l'UNRWA. Nous appelons tous les États membres siégeant au Conseil des droits de l'homme à maintenir leur engagement en faveur de l'intégrité du système des procédures spéciales. Nous partageons l'avis exprimé dans la déclaration publiée par le secrétaire général d'Amnesty International à cet égard, et nous nous félicitons de la vérification des faits fournie par le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.
  4. United Staff for Gaza souligne également que la communauté internationale doit rester saisie de la question et intensifier ses condamnations des actes continuellement inhumains et illégaux perpétrés par le gouvernement israélien contre le peuple palestinien. Ces actes comprennent, parmi de nombreuses autres violations flagrantes du droit international, la poursuite des bombardements à Gaza malgré le prétendu cessez-le-feu, la persistance des restrictions à l'acheminement de l'aide humanitaire cruciale, la violence scandaleuse contre l'UNRWA, et le déplacement forcé de population et l'annexion de facto de la Cisjordanie – le tout au mépris flagrant des décisions de la Cour internationale de Justice.

Une copie de cette déclaration doit être transmise au Président du Conseil des droits de l'homme.

NdT

La lettre d’une quarantaine de députés du groupe Renaissance (macronistes) a été initiée par Caroline Yadan, députée de la huitième circonscription des Français de l'étranger (qui inclut notamment Israël). Parmi les signataires Olivia Grégoire, Sylvain Maillard, Constance Le Grip et l'ancienne Première ministre Élisabeth Borne ainsi que Sandro Gozi, ancien membre du Front de la jeunesse néofasciste devenu « libéral-macroniste », élu eurodéputé italien en France.


 

L’ICE dégage du Minnesota : le dégel a commencé

Tom Homan, le « tsar des frontières » de Trump a déclaré le 12 février que l’Opération Metro Surge, lancée début décembre au Minnesota, était terminée. Il aura fallu trois morts — Renee Nicole Good, Victor Manuel Diaz et Alex Pretti -, plusieurs centaines de blessés et entre 3 000 et plus de 4 000 arrestations d’étrangers, majoritairement qualifiés de « criminal illegal aliens ».   Aucun bilan consolidé des expulsions effectives n’a été publié à ce jour. Les données disponibles restent fragmentaires et font l’objet de controverses sur la nature des arrestations et le profil des personnes interpellées. L’opération, menée principalement par l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et la CBP (Customs and Border Patrol), a été qualifiée par Washington de « plus vaste opération de contrôle migratoire jamais menée » dans l’intérieur des USA. 

On peut constater que la société et les autorités du Minnesota ont remporté une victoire sur la machine fédérale trumpesque. Leur résistance, allant jusqu'à une grève générale, a écrit une nouvelle page de l’histoire de l’autre USAmérique, celle d’en bas, des « grassroots » -les bases autorganisées ad hoc selon des relations de voisinage, d’affinité, intercommunautaires, interclassistes, intergénérationnelles et interconfessionnelles. Les éditions The Glocal Workshop/L’Atelier Glocal publieront la semaine prochaine un livre intitulé Deep North : Mni Sóta Makóche (Minnesota), patchwork de résistances, qui reconstitue la généalogie des migrations successives et des luttes qui ont façonné le Minnesota depuis un siècle et demi. En attendant, nous vous proposons les traductions de 3 articles.

Le premier se focalise sur des artisans cruciaux de la résistance, les journalistes-citoyen·es armé·es de leurs portables, le second pose la question première de l’après-Metro Surge : Washington doit rendre des comptes, l’ICE et sa patronne Kristi Noem doivent dégager. Le troisième article présente une initiative de deux étudiants consistant à fournir une cartographie interactive des opérations policières anti-immigrés à l’échelle  nationale et en temps réel.-Fausto Giudice, Tlaxcala

Les journalistes citoyen·nes, héro·ïnes méconnu·es de Minneapolis

Sans leurs vidéos des fusillades de l’ICE, nous ne saurions pas ce qui se passe vraiment.

Mark Hertsgaard, The Nation, 29/1/2026

Mark Hertsgaard est le correspondant pour l’environnement de The Nation, cofondateur et directeur exécutif de Covering Climate Now, une collaboration médiatique mondiale consacrée à la couverture du climat, cofondée par la Columbia Journalism Review et The Nation. Son nouveau livre est Big Red’s Mercy:  The Shooting of Deborah Cotton and A Story of Race in America.

 

Des Minnesotaines filment un agent des forces de l’ordre fédérales lors d’une patrouille à Minneapolis, le 11 janvier 2026. Photo Victor J. Blue / Bloomberg via Getty Images

Dimanche 25 janvier dans l’après-midi, le présentateur de CNN, Jake Tapper, interviewait la membre du Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, quelques heures après que des agents de la patrouille frontalière eurent tué Alex Pretti. Soudain, CNN a coupé l’antenne pour une couverture en direct de la conférence de presse de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem. Noem a déclaré que Pretti avait « attaqué nos officiers » en « brandissant » un pistolet et avait prévu « de tuer des forces de l’ordre ». Quand un journaliste a tenté de poser une question sur son affirmation, elle l’a interrompu pour dire : « Ce n’est pas une affirmation. Ce sont les faits. » Quand un autre journaliste a noté que la Maison-Blanche venait de traiter Pretti de « terroriste domestique », Noem a vigoureusement approuvé.

À ce moment-là, des vidéos prises par des témoins de la fusillade apparaissaient en ligne et sur les médias d’information. Quand Tapper a [repris son interview avec Ocasio-Cortez], la députée a dit que Noem et l’administration Trump « demandaient au peuple américain de ne pas croire ses yeux... de plutôt déposer votre croyance en tout ce qu’ils disent. Je ne demande pas au peuple américain de me croire, moi, ou elle, mais de se croire lui-même. »

Tout journaliste qui a prêté attention sait que le patron de Noem, le président Donald Trump, ne dit souvent pas la vérité. Trump a lancé sa carrière politique en affirmant sans preuve que le premier président noir d’Amérique n’était pas né aux USA, ce qui aurait signifié que Barack Obama était au pouvoir illégalement. Après avoir perdu l’élection de 2020, Trump a dit qu’il n’avait pas l’intention de quitter ses fonctions parce que, insistait-il, il avait en réalité gagné. Trump répète ce mensonge à ce jour, ainsi que son affirmation selon laquelle l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole pour le maintenir au pouvoir était un jour de « paix » et d’« amour ».

Mais en tissant leur dernière toile de mensonges, Trump et ses adjoints n’ont pas compté avec l’ingéniosité et le courage des Minnesotain·es qui ont été témoins des tirs des agents de la patrouille frontalière sur Pretti — et sur Renee Good avant lui — et ont enregistré ces scènes sur leurs téléphones portables. Sans ces preuves, la version des faits du gouvernement aurait eu le dessus pour façonner le récit public. Avec ces preuves, cependant, il est évident qu’« Alex ne tient clairement pas d’arme quand il est attaqué », comme l’ont écrit les parents « au cœur brisé mais aussi très en colère » de Pretti dans une déclaration le lendemain. « Il avait son téléphone dans sa main droite, et sa main gauche vide est levée au-dessus de sa tête essayant de protéger la femme que l’ICE venait de pousser au sol. » De même, les vidéos de témoins de la fusillade de Renee Good montrent qu’elle tournait son véhicule pour s’éloigner de l’agent de l’ICE Jonathan Ross au moment où celui-ci a tiré trois coups mortels à travers ses vitres.

Qu’ils le sachent ou non, les témoins qui ont enregistré ces vidéos sont des journalistes citoyen·nes. Ce sont des gens ordinaires, non formés au journalisme conventionnel, et ils témoignaient d’événements d’une importance capitale pour leur communauté et leur pays. Et ils le faisaient dans des conditions dangereuses, comme l’a également illustré Darnella Frazier, 17 ans, qui, le 25 mai 2020, a courageusement gardé son téléphone portable braqué sur l’agent de police Derek Chauvin pendant les neuf minutes et 29 secondes où le genou de Chauvin étouffait la vie de George Floyd.

Les événements de ces derniers jours ont montré que les journalistes citoyen·nes, bien qu’ils ne remplacent pas les professionnels, peuvent être un complément inestimable. Sans leur présence sur les lieux et leur sang-froid sous pression, le public et le reste des médias ignoreraient un aspect central de l’histoire qui se déroule à Minneapolis. Nous n’entendrions que la version gouvernementale de la vérité, qui, compte tenu des antécédents de l’administration Trump en matière de faussetés flagrantes, mérite un extrême scepticisme. En l’absence de ces vidéos, il est quasiment inconcevable que les rédactions de trois des journaux les plus influents d’USAmérique — The New York Times, The Washington Post et The Wall Street Journal — déclarent que la version de l’administration est tout simplement invraisemblable — à moins qu’elle ne cherche à faire marche arrière après avoir calomnié Pretti dans un premier temps.

Toutes les parties du système d’information moderne, des salles de rédaction traditionnelles aux influenceurs des médias sociaux, peuvent désormais présenter un compte rendu plus complet de ce qui se passe au Minnesota et laisser les téléspectateurs et les lecteurs tirer leurs propres conclusions. Et nous pouvons explorer les questions urgentes soulevées par ces vidéos, telles que : Combien de personnes de plus les agents de l’ICE ont-ils pu tuer quand aucune caméra n’enregistrait ? Travaillant de concert à ce moment critique pour la démocratie usaméricaine, les journalistes citoyen·nes et professionnel·les peuvent remplir la mission essentielle que les fondateurs de la nation envisageaient pour une presse libre : informer le peuple et demander des comptes au pouvoir.

L’ICE* fond dans l’hiver de Minneapolis

Il est maintenant temps d’abolir l’agence et de destituer Kristi Noem

John Nichols, The Nation, 13/2/2026

John Nichols est le rédacteur en chef exécutif de The Nation. Il a précédemment occupé les postes de correspondant pour les affaires nationales et de correspondant à Washington du magazine. Nichols a écrit, coécrit ou édité plus d’une douzaine de livres sur des sujets allant des histoires du socialisme américain et du Parti démocrate aux analyses des systèmes médiatiques usaméricains et mondiaux. Son dernier livre, coécrit avec le sénateur Bernie Sanders, est le best-seller du New York Times It’s OK to Be Angry About Capitalism.

*ICE, acronyme d’ Immigration and Customs Enforcement, signifie aussi « glace » en anglais, d’où le jeu de mots devenu courant, en particulier dans le Minnesota sous la neige hivernale.

Des manifestants défilent lors d’une manifestation « Nationwide Shutdown » contre les actions de l’ICE le 30 janvier 2026 à Minneapolis, Minnesota. Photo Stephen Maturen / Getty Images

Les habitants de Minneapolis ont élevé leurs voix dans une opposition glorieuse à l’occupation fédérale de leur ville avec une telle énergie, et une telle beauté, que le monde entier a entendu leur cri de justice. Et ils n’ont jamais cessé. Quelques jours seulement avant que le « tsar des frontières » de Donald Trump, Tom Homan, annonce officiellement que la vague meurtrière du ministère de la Sécurité intérieure, qui avait déployé des milliers d’agents armés et masqués de l’ICE dans leur ville, prendrait fin, 1 600 Minnesotain·es avaient rempli la caverneuse [église centrale luthérienne] du centre-ville de Minneapolis avec le chœur de leur résistance chantante :

Tiens bon
Tiens bon
Ma chère
Voici l’aube...

Quand l’aube est arrivée jeudi, après plus de deux mois de violence et de cruauté — qui ont inclus des milliers d’arrestations, de détentions et d’expulsions, et le meurtre de la poète et mère de trois enfants Renee Good et de l’infirmier de soins intensifs Alex Pretti — le maire de Minneapolis, Jacob Frey, est arrivé aussi près qu’un Minnesotain peut l’être de déclarer la victoire.

« Ils pensaient pouvoir nous briser, mais l’amour pour nos voisins et la détermination à endurer peuvent survivre à une occupation. Ces patriotes de Minneapolis montrent qu’il ne s’agit pas seulement de résistance — se tenir aux côtés de nos voisins est profondément américain », a déclaré le maire, qui avait annoncé en janvier : « À l’ICE, allez vous faire foutre de Minneapolis ! »

« Cette opération a été catastrophique pour nos voisins et nos entreprises, et maintenant il est temps pour un grand retour », a dit Frey. « Nous montrerons le même engagement envers nos résidents immigrés et la même endurance dans cette réouverture, et j’espère que tout le pays se tiendra à nos côtés alors que nous avançons ».

Frey a ajouté : « Les personnes qui méritent le crédit pour la fin de cette opération, ce sont les 435 000 résidents qui appellent Minneapolis leur maison ». Il a raison. La résistance pacifique à la vague de 3 000 agents de l’ICE et de la patrouille frontalière, mal formés et irresponsables, déployés par le ministère de la Sécurité intérieure dans la ville — avec des marches massives, des surveillances de quartier et des réseaux d’entraide pour soutenir les voisins menacés — a été aussi résiliente que belle. Et elle constitue un modèle pour la résistance dans les villes qui pourraient être ciblées ensuite.

Pourtant, Frey a également eu raison de décrire les dégâts causés par plus de deux mois d’occupation fédérale comme « catastrophiques ».

En plus des meurtres, des arrestations et détentions, et des expulsions d’hommes, de femmes et d’enfants, l’impact économique de l’Opération Metro Surge de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a été accablant. La peur qui a saisi la ville était palpable. Travailleurs et consommateurs avaient peur de sortir de chez eux, laissant restaurants et magasins lutter pour rester ouverts. « La longue route vers la reprise commence maintenant », a dit jeudi le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, en annonçant un plan pour fournir « 10 millions de dollars d’aide directe pour aider les entreprises touchées par l’Opération Metro Surge à se stabiliser, protéger les emplois et se remettre sur des bases solides ».

Dans une nation dirigée par des adultes responsables ayant un minimum d’intérêt pour le service public, cette aide serait accompagnée d’une aide financière fédérale. Mais le président Trump et le Congrès républicain complotent toujours pour donner plus d’argent à Noem et ses sbires afin d’étendre les opérations de l’ICE. Peut-être ont-ils reconnu leur erreur en ciblant Minneapolis, mais ils n’ont pas appris leur leçon. Et ils n’ont pas eu à rendre de comptes.

« L’Opération Metro Surge se termine parce que les Minnesotain·es se sont battu·es », a dit le procureur général du Minnesota, Keith Ellison, qui a ajouté : « Nous méritons toujours de la transparence, et Renee Good et Alex Pretti méritent justice. Je continuerai à exiger des enquêtes indépendantes sur leur mort et sur tout usage excessif de la force par des agents fédéraux ».

C’est une part vitale de l’équation de la reddition de comptes. Mais ça ne s’arrête pas là, comme l’a expliqué la congressiste Ilhan Omar.

« Deux de mes administrés, Renee Good et Alex Pretti, ont été tués par des agents fédéraux de l’immigration. Un troisième a été blessé par balle dans des circonstances douteuses. Des milliers de personnes ont été gazées au poivre et touchées par des armes non létales et harcelées par des agents masqués. Ce à quoi nous avons assisté n’était pas de l’application de la loi — c’était une terreur raciale militarisée déchaînée dans les rues du Minnesota comme une tentative délibérée de diaboliser la communauté somalienne », a dit Omar.

« L’Opération Metro Surge a révélé jusqu’où l’ICE est prête à aller pour intimider et terroriser les communautés noires, brunes et immigrées dans notre État. Presque tous les Somaliens du Minnesota sont citoyens, pourtant les agents de l’ICE ont harcelé les résidents exigeant des preuves de papiers et, quand les citoyens ont cherché à documenter ces interpellations illégales, ils ont été accueillis par la force létale. Les communautés latino, asiatique et autres communautés de couleur ont été forcées de se cacher indépendamment de leur statut, et ceux qui osaient vivre leur vie étaient souvent arrêtés sans cause. Ce n’était pas de la sécurité publique. C’était un abus d’autorité autoritaire ».

Omar soutient : « Rien de ce que nous avons vu n’était normal. Les entreprises sont en plein marasme à cause de la dévastation économique. Les familles sont brisées. Les enfants porteront le traumatisme d’agents fédéraux débarquant dans leurs quartiers pour le reste de leur vie. La douleur infligée à cette communauté ne s’effacera pas — elle restera gravée dans leur mémoire comme le moment où leur propre gouvernement s’est retourné contre eux ».

La reddition de comptes, dit la députée, nécessite une action audacieuse. Il est temps, explique-t-elle, « de passer à l’abolition de cette agence voyou pour qu’aucune communauté en Amérique ne soit plus jamais terrorisée comme ça ».

Omar a également soutenu la résolution 996 de la Chambre, qui cherche à destituer la secrétaire à la Sécurité intérieure pour crimes et délits graves. À ce jour, 187 membres de la Chambre se sont inscrits comme coparrains de la résolution — ce qui en fait l’une des initiatives de destitution les plus largement soutenues de l’histoire USaméricaine.

Déclarant : « Je ne me reposerai pas tant que nous ne pourrons garantir que cet abus de pouvoir et cette terreur ne pourront plus jamais se reproduire », Omar dit : « Il doit y avoir justice et reddition de comptes. Cette administration doit coopérer pleinement aux enquêtes indépendantes sur les meurtres de Renee Good et Alex Pretti. Le Congrès doit retenir les financements pour les actions illégales et s’assurer que les dollars fédéraux ne financent jamais les violations des droits civiques. Nous devrions traîner les secrétaires de cabinet et les chefs d’agence devant les commissions du Congrès et exiger des témoignages sous serment. Ils doivent expliquer qui a autorisé ces actions, quelles justifications légales ont été utilisées, et pourquoi les protections constitutionnelles ont été ignorées ».

Comment deux étudiants de première année suivent les actions de l'ICE à travers le pays

Avec ICE Map, Jack Vu et Abby Manuel, étudiants à l'université Rice (Houston, Texas), espèrent aider les communautés à comprendre où et comment les opérations de contrôle de l'immigration se déroulent en temps réel.

Arman Amin, The Nation, 13/2/2026

Arman Amin (promotion 2027) est étudiant à la faculté des arts et des sciences de l'université Vanderbilt (Nashville, Tennessee), où il se spécialise en sciences politiques, droit, histoire et société. Il est également boursier 2025 de la Fondation Puffin et rédige des articles sur la politique et la jeunesse pour le magazine The Nation.

À gauche : les étudiants de l’Université Rice Jack Vu et Abby Manuel. À droite : une capture d’écran d’ICE Map.

Depuis la deuxième investiture du président Trump l’année dernière, les actions fédérales d’application des lois sur l’immigration par les agents de l’ICE se sont considérablement étendues. Des agents ont été déployés dans les grandes villes avec des mesures de répression massives Des méthodes controversées et violentes de ciblage et de détention ont été déployées, suscitant une large attention et des protestations généralisées, particulièrement après les exécutions sommaires de Renee Good et Alex Pretti à Minneapolis.

Au milieu de cette tension croissante, deux étudiants de première année de l’Université Rice, Jack Vu et Abby Manuel, ont développé une plateforme en ligne, appelée ICE Map, qui suit les rapports locaux sur les actions de l’ICE et consolide les incidents vérifiés. Le projet vise à aider les utilisateurs à mieux comprendre où se déroule l’activité d’application des lois sur l’immigration et comment elle se déroule en temps réel.

La carte de Vu et Manuel a attiré une plus grande attention ces derniers mois, y compris une amplification par des activistes éminents tels que Greta Thunberg, qui a partagé le projet sur Instagram. Les étudiants ont également présenté leur travail au symposium 2025 New(s) Knowledge au MIT.

Je me suis entretenu avec Vu et Manuel sur la façon dont ils ont développé ce projet, le type d’accueil qu’ils ont reçu, et où ils voient les choses aller à partir de maintenant. La conversation a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté.

Arman Amin : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour développer ce projet ?

Jack Vu : Nous sommes tous les deux de Houston. J’avais ce projet de bénévolat avec des immigrants dans un complexe d’appartements dans l’est de Houston. Nous y allions chaque semaine, nous jouions à des jeux, lisions des livres, faisions de la marelle, et nous leur apprenions le football américain. En avril 2025, ils ont arrêté de se présenter un samedi, et nous nous sommes demandé : « Que se passe-t-il ? »

Quelqu’un du programme va frapper aux portes et un résident dit que l’ICE est venue le week-end dernier, donc aucun d’eux ne quitte sa maison. Ils ne vont même pas à l’école. Donc le programme s’est arrêté parce que les enfants ne pouvaient plus venir. C’était assez rageant.

Abby Manuel : Jack et moi étions dans la même classe d’informatique au lycée, donc nous avons travaillé sur beaucoup de projets différents ensemble. Il m’a consultée sur ce qui se passait avec son programme.

Je pense que nous avons tous les deux été vraiment touchés par le problème. Quand on grandit dans la communauté de Houston, l’immigration est quelque chose de très présent. Nous avons une énorme communauté hispanophone. Dans notre école, nous avons commencé à avoir des forums sur les actions de l’ICE. C’est devenu très pertinent pour la vie quotidienne, surtout à Houston.

Donc nous avons commencé à travailler sur le projet juste après avoir fini le lycée parce que nous avions beaucoup de temps libre. Nous avons commencé à travailler quelques jours par semaine, puis le projet a évolué en quelque chose de beaucoup plus vaste. Nous avons juste décidé de passer des journées entières dans des cafés à coder, et nous sommes devenus vraiment passionnés par l’entreprise. Nous avons lancé le site probablement seulement deux semaines après avoir commencé à y travailler.

Mais nous avons continué à y travailler pour construire notre base de données. L’une des plus grandes difficultés dès le début a été d’acquérir des sources, car nous voulions vraiment mettre l’accent sur les voix locales plutôt que simplement sur « Que dit le gouvernement à propos de l’ICE ? Que disent les gros titres nationaux à propos de l’ICE ? Quelles sont les grandes statistiques ? » Nous voulions capturer ce qui se passait davantage sur le terrain.

Nous sommes tombés sur un outil appelé Media Cloud qui nous a aidés à rassembler tous ces journaux locaux grâce à un outil basé sur des requêtes. Et une fois que nous avons découvert cela, nous avons pu vraiment continuer à amplifier le site et simplement le construire au cours de l’été.

AA : Pouvez-vous expliquer ce que fait ICE Map et comment ça fonctionne ?

JV : C’est une plateforme d’agrégation de nouvelles. Nous récupérons des milliers et des milliers d’articles de tout le pays et nous les jetons tous dans ce grand pipeline où nous évaluons s’ils sont pertinents pour l’activité de l’ICE. Par exemple, est-ce que ça parle vraiment de notre objectif visé, et ensuite, est-ce que ça contient des informations de localisation qui nous permettraient de le cartographier ? En fonction du résultat de notre pipeline, nous sommes capables de l’insérer pour que les gens puissent regarder autour d’eux, ils peuvent regarder leur région, ils peuvent regarder Minneapolis, Houston, Los Angeles, et voir les actualités pertinentes concernant l’activité de l’ICE.

Le bon côté des news, c’est qu’elles sont déjà vérifiées. Certaines cartes adoptent une approche où elles regroupent des « rapports d’utilisateurs ». Quelque chose que nous pensions difficile dans ce processus était que vous devez en quelque sorte vérifier manuellement tous ces différents rapports, et les gens font de faux rapports. Mais toutes ces sources d’actualités locales ont déjà fait tout ce travail. Nous pouvons profiter de ça pour diffuser leur travail sur une plus grande scène.

AM : Nous utilisons également les gros titres des journaux nationaux. Nous incluons même des sources provenant des communiqués de presse de l’ICE. Nous essayons vraiment de donner aux gens une vue d’ensemble de ce qui se passe, parce que nous pensons que l’information et la transparence sont la chose la plus importante.

AA : À quoi a ressemblé le processus de construction de cet outil, du début à la fin ?

JV : Nous avons toujours su que ce serait en quelque sorte un problème de données. Vous savez, montrer des choses sur une carte, ce n’est pas très difficile. Il y a de très bons outils pour vous aider à le faire, créés par des gens très intelligents. Mais nous passions des heures sur nos ordinateurs portables, à essayer de trouver de bonnes sources cohérentes qui rapportent systématiquement l’activité de l’ICE d’une manière qui soit vérifiée, et c’est ce qui nous a conduits à Media Cloud, aux organisations à but non lucratif, à ce genre de choses. L’essentiel de l’application consiste à obtenir de bonnes informations.

AM : Et ensuite, une fois que nous avons ces informations, il faut filtrer ce qui est vraiment pertinent, ce qui est lié à l’ICE en termes d’immigration, pas seulement lié à "ice" en termes de tempêtes hivernales et de gel. Se débarrasser de tous ces faux positifs. Trouver aussi le lieu, s’assurer que nous représentons fidèlement les données, est une autre difficulté.

AA : Comment la carte a-t-elle été utilisée jusqu’à présent ? Pouvez-vous savoir combien de personnes accèdent à votre carte ou interagissent avec elle ?

JV : Nous avons environ 100 000 utilisateurs aujourd’hui, dans tout le pays. Nous voyons une large répartition géographique. Washington, DC, est numéro un, suivi de Cleveland et Houston.

AM : En ce qui concerne la façon dont les gens utilisent le site, je pense que c’est vraiment un outil d’information pour apprendre ce qui se passe dans leur communauté. Notre site n’aide pas réellement les gens à suivre les agents de l’ICE dans leur région. Il s’agit vraiment d’aider à informer les gens. Donc je pense que la plupart de nos utilisateurs recherchent simplement des informations sur ce qui se passe dans leur région.

AA : Quel type d’accueil le projet a-t-il reçu depuis son lancement ?

AM : Quand notre site est sorti pour la première fois, nous essayions de le promouvoir sur nos pages Instagram et sur quelques fils Reddit. Quand vous mettez quelque chose sur l’Internet général, vous allez évidemment recevoir des avis mitigés. Nous avons certainement reçu un peu de résistance. Et l’ICE est un sujet très brûlant.

Il y a eu un peu de réaction négative au début, mais je dirais que c’était extrêmement positif, surtout pour les gens de notre communauté, nos amis, nos familles et les autres étudiants de notre région. Beaucoup de gens à Houston ont vraiment vu l’outil comme un bénéfice plutôt qu’un danger, et récemment, nous avons reçu des retours encore plus positifs. Le trafic du site a un peu stagné après son lancement, puis récemment, il a vraiment augmenté. Nous avons eu beaucoup d’activité récente de l’ICE, donc je pense que le sujet devient encore plus pressant. Les gens continuent vraiment à chercher des ressources.

Pas plus tard que la semaine dernière, Greta Thunberg a posté notre site sur son Instagram. Nous avons donc commencé à avoir beaucoup plus de suivis. Ensuite, l’Université Rice a publié un article sur notre projet. Toute cette couverture médiatique accrue a attiré plus de regards sur le site, et je pense que les réponses à tout cela dans notre communauté ont été vraiment positives. Et à travers le pays, les gens apprennent ce qui se passe et espèrent simplement pouvoir se débarrasser d’un peu de la peur et de l’inconnu. Les gens viennent nous voir et nous félicitent pour les projets, et nous remercient pour le travail. Donc notre communauté a vraiment apprécié l’outil.

AA : Comment cette attention et cette visibilité accrues ont-elles façonné le projet ?

AM : Ça a été incroyable d’avoir plus de regards sur le travail. C’était notre intention avec le projet depuis le début. Nous l’avons créé pour qu’il puisse aider les gens, pour qu’il puisse toucher autant de personnes que possible et simplement faire passer le message. Nous avons été invités par cette organisation avec laquelle nous nous étions associés, Media Cloud, à présenter notre travail lors d’un symposium du MIT en octobre.

C’était probablement l’une des plus grandes opportunités que nous ayons eues d’avoir des regards et des retours sur notre site. Beaucoup d’entre eux nous ont donné des retours sur notre projet que nous avons pu intégrer, et nous avons créé des liens vraiment significatifs. Le présenter à eux a été la première fois que j’ai eu l’impression de réaliser que « OK, cet outil est vraiment, vraiment significatif ».

AA : Ces dernières semaines, les conversations nationales sur l’ICE sont devenues encore plus vives suite à la répression très médiatisée et aux protestations au Minnesota, y compris les exécutions de Renee Good et Alex Pretti par des agents fédéraux. Comment ce moment national a-t-il façonné la façon dont les gens réagissent à votre projet ICE Map, et cela a-t-il influencé votre façon de penser votre propre rôle ou responsabilité dans ce moment ?

JV : Ce qui se passe à Minneapolis est très révélateur parce que c’est si flagrant. Avec Alex Pretti et Renee Goode, tout le monde peut regarder les vidéos et réaliser ce qui se passait par lui-même. Mais en même temps, s’ils suivent certains sites d’information, ils verraient des opinions qui ne sont pas du tout en phase avec ce que montre la vidéo.

Le but d’ICE Map a toujours été de donner aux gens ces informations pour leur montrer exactement ce que l’ICE faisait, parce que nous pensions que cela leur était très préjudiciable, n’est-ce pas ? Ce qui nuit le plus à l’ICE, c’est que les gens connaissent la vérité exacte sur ce qu’ils font. Je pense que Minneapolis rend cela très évident. Le but a toujours été d’attirer l’attention sur le site. Il s’agissait toujours de montrer aux gens : « Voici ce qu’ils font à Houston. Voici ce qu’ils font à Los Angeles, Chicago et New York. Voici la vérité : Ils portent des masques et ils courent partout et tabassent les gens ».

AA : Comment envisagez-vous l’évolution du projet à l’avenir ?

AM : Comme nous l’avons mentionné, le plus grand facteur sur notre site est vraiment l’information, les sources. Donc tout ce que nous pouvons faire pour simplement augmenter nos sources et obtenir autant d’informations que possible est vraiment l’objectif. Juste continuer à rassembler ce qui existe et l’afficher de la manière la plus précise possible et simplement nous assurer que nous filtrons au mieux de nos capacités.

AA : Pour l’avenir, qu’espérez-vous poursuivre tous les deux après l’obtention de votre diplôme ? Le travail sur ce projet a-t-il façonné ces objectifs ?

JV : ICE Map est presque comme une start-up. Vous construisez votre produit, puis vous allez essayer d’amener les gens à le regarder, peut-être à s’y intéresser un peu. J’ai hâte de faire cela à l’avenir.

AM : J’ai toujours été très intéressée par l’intersection entre le droit, la technologie et l’économie. J’étudie l’économie et l’informatique à Rice. J’espère prendre l’intersection de ces domaines et peut-être poursuivre quelque chose dans le domaine du droit après l’obtention de mon diplôme, peut-être aller à l’école de droit. J’espère pouvoir rassembler tout cela. ICE Map est une représentation de ces compétences en quelque sorte. Il capture les aspects juridiques et de politique publique ainsi que la technologie et l’informatique. Cela a été un produit incroyable pour moi d’explorer ces intérêts, en plus de faire quelque chose d’impactant pour ma communauté, ce qui a toujours été une priorité.

AA : Il y a eu des rapports selon lesquels Meta bloquait l’accès à l’ICE List, une base de données des employés du ministère de la Sécurité intérieure. Comment voyez-vous votre projet comme différent, et avez-vous eu des préoccupations concernant la censure ou les restrictions de plateforme ?

JV : Nous nous sommes inquiétés à ce sujet, mais nous sommes confiants que ce que nous faisons est tout à fait légitime et bon. Nous n’avons pas l’intention de dire à tout le monde : « ce type est un agent de l’ICE, ce type est un agent de l’ICE ».  Ce que nous faisons, c’est mettre en lumière des informations publiquement disponibles, et c’est impactant. Il ne s’agit pas d’aller se tenir physiquement devant des agents de l’ICE et de les empêcher de faire ce qu’ils font, mais plutôt de laisser l’opinion publique changer.

AM : Au final, nous ne faisons que servir des informations qui existent déjà et les rendre faciles à trouver pour les gens, car il n’est pas facile de savoir ce qui se passe dans sa communauté, même si des sources existent. Nous ne créons aucune nouvelle information. Nous ne suivons pas l’ICE. Peu importe où vous vous situez sur l’immigration, il n’y a vraiment aucune ambiguïté légale là-dedans. Je pense que tout le monde devrait être d’accord sur le fait que le public devrait comprendre ce qui se passe avec le gouvernement, ce qui se passe dans sa vie, et ce qui se passe dans sa communauté.