Perle du jour

Les USA ont occupé le Groenland pendant la Deuxième guerre mondiale et ont contribué au développement du pays au cours de la décennie qui a suivi. « En fait, nous les avons amenés à vivre dans des conditions plus modernes que l'âge de pierre dans lequel ils vivaient à cause de l'oppression par le Danemark ».

Carla Sands, ambassadrice des USA au  Danemark de 2017 à 2021, Newsmax, 28/3/2025


03/04/2025

GIDEON LEVY
Il y a 30 ans, le massacre de Qana a ébranlé Israël ; aujourd’hui, ce ne serait qu’une goutte d’eau de plus dans l’océan

Gideon Levy, Haaretz, 3/4/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

NdT : la traduction en anglais par Haaretz de l’article original en hébreu confond Qana au Liban et Kfar Kana/Kafr Qana en territoire israélien. Nous avons rectifié cette erreur.

Quelle naïveté et quelle sensibilité ! Le 18 avril 1996 - il y a 29 ans - une batterie d’artillerie israélienne a fourni un tir de couverture pour sortir le commando Maglan, dirigé par le major Naftali Bennett, d’une embuscade dans le village de Qana, au sud du Liban. Quatre obus frappent un camp de réfugiés des Nations unies, tuant 106 civils, dont de nombreux enfants.

Qana, par Moustafa Haidar, 1996

Le porte-parole des Forces de défense israéliennes a tenté de mentir et de brouiller les pistes, comme d’habitude ; le Premier ministre Shimon Peres a déclaré que nous étions “très désolés” mais que nous “ne nous excusons pas”, et le monde s’est déchaîné. Quelques jours plus tard, Israël a été contraint de mettre fin à l’opération “Raisins de la colère”, une autre des opérations militaires insensées entreprises au Liban au cours de ces années-là. Un mois plus tard, Benjamin Netanyahou était élu pour la première fois au poste de premier ministre, en partie grâce à Qana. Comme nous étions naïfs à l’époque, et sensibles.

Chadia Bitar proteste contre la visite de Shimon Peres en 2003 à Dearborn, Michigan, pour recevoir le prix John P. Wallach Peacemaker Award. Les deux jeunes fils de Chadia Bitar (Hadi, 8 ans, et Abdul-Mohsen, 9 ans) faisaient partie des 106 civils tués par les bombes israéliennes à Qana, au Liban, en avril 1996. Photo Rebecca Cook Reuters/Newscom

Qana est devenu le modèle du cauchemar israélien dans chaque guerre : un incident au cours duquel des dizaines de civils sont tués, forçant Israël à mettre fin à la guerre : tout sauf cela. Mais les temps ont changé. Aujourd’hui, Israël peut massacrer à sa guise, sans craindre un nouveau Qana. 

Au cours des deux dernières semaines Israël a commis un “Qana” presque tous les jours dans la bande de Gaza, et personne ne demande que ça  s’arrête. Le cauchemar de Qana s’est évaporé. Il n’est plus nécessaire de veiller à ne pas tuer des dizaines de civils innocents. Tout le monde s’en moque. Le porte-parole de Tsahal n’a plus besoin de mentir, le premier ministre n’a plus besoin de s’excuser. Le monde et la conscience d’Israël ont fondu.

Si l’horrible bain de sang de dimanche, dans la phase actuelle de la guerre de Gaza, n’arrête pas Israël, si le l’assassinat d’une équipe médicale à Rafah ne l’arrête pas, qu’est-ce qui pourrait l’arrêter ? Rien. Israël peut commettre autant de massacres qu’il le souhaite. Et apparemment, il en voudrait beaucoup.

Dans la première frappe de la nouvelle guerre à Gaza, Israël a tué 436 civils, dont 183 enfants et 94 femmes. Qana, quatre fois plus, et encore plus. 

Qana 2, par Moustafa Haidar, 1996

L’article choquant paru dans le Haaretz de vendredi de Nir Hasson et Hanin Majadli, a montré les visages et rapporté les histoires. Elles ont fait froid dans le dos. Cette semaine, les détails d’un autre massacre horrible, peut-être le plus barbare de tous jusqu’à présent, ont été publiés : le massacre d’équipes d’intervention d’urgence dans le quartier Tel al-Sultan de Rafah. Quinze corps, dont un avec les jambes ligotées et un autre transpercé de 20 balles, ont été retrouvés enterrés dans le sable, les uns sur les autres, avec leurs ambulances et leurs camions de pompiers.

Selon des témoins oculaires, au moins quelques-uns d’entre eux ont été exécutés. Tous étaient des secouristes qui tentaient d’atteindre des personnes blessées lors de frappes aériennes israéliennes. En temps normal, le rapport de Hasson, Jack Khoury et Liza Rozovsky(Haaretz, mardi), aurait suffi à faire cesser la guerre. Qana fait pâle figure en comparaison avec ce niveau de barbarie. Dans le premier cas, on pourrait croire qu’Israël a tué par inadvertance des dizaines d’innocents ; à Tel al-Sultan, il était clair qu’il y avait une intention malveillante et criminelle de le faire.

Ce qui s’est passé à Tel al-Sultan est un massacre de My Lai israélien. Mais alors que My Lai a marqué un changement radical dans l’opinion publique usaméricaine contre la guerre du Viêt Nam, Tel al-Sultan n’a pas intéressé la plupart des médias israéliens. L’USAmérique de l’époque, militariste et soumise à un lavage de cerveau, était en émoi ; l’Israël d’aujourd’hui a fermé les yeux sur Tel al-Sultan. 

Non seulement ces massacres n’ont pas provoqué de changement dans l’opinion publique ni entraîné l’arrêt de la guerre, mais ils semblent encourager d’autres massacres. Mardi, l’armée israélienne a bombardé une clinique de l’UNRWA dans le camp de Jabalya, tuant 19 personnes, dont des enfants. C’est le genre de massacre que l’on laisse se reproduire. Qui aurait pu imaginer que nous pourrions un jour nous remémorer avec tendresse l’époque de Qana, de l’opération “Raisins de la colère” ou du gouvernement Peres ? Et pourtant, nous en sommes là.


02/04/2025

Le collectif “Nous vivrons” recourt à l’usage de faux pour exiger que l’antisionisme soit criminalisé au nom de la lutte contre l’antisémitisme
L’histoire d’une lettre de Martin Luther King Jr. forgée de toutes pièces

Le 21 mars 2025 à 11 h., le quotidien Le Monde publie la tribune suivante

Pour que l’antisionisme ne serve plus de prétexte à l’antisémitisme !

À l’initiative du collectif Nous vivrons, un collectif de plus de 200 personnalités, parmi lesquelles Elisabeth Badinder, Aurore Bergé et François Hollande, souligne, dans une tribune au « Monde », la montée d’un antisionisme qui cache un antisémitisme actif.

« Sionistes, fascistes, c’est vous les terroristes ! », c’est ce que l’on entend depuis des mois dans toutes les manifestations dites « propalestiniennes ». L’antisionisme est à la mode. Le déroulé est simple : le sionisme est un colonialisme qu’il faut éliminer. Cette simplification de l’histoire ne dit rien de l’histoire du peuple juif, d’une émancipation qui arrive trop tard, des pogroms qui tuent, d’une Shoah qui extermine. Inscrire le sionisme sur le terrain décolonial est un biais historique permettant de se considérer du « bon côté de l’histoire ». Cela parle de tout, sauf du projet sioniste visant à l’autodétermination et à l’émancipation du peuple juif.

Partant de cette lecture, tout y passe : l’anti-impérialisme, l’antifascisme, l’anticapitalisme. Et, surtout, beaucoup de complotisme, mais sans jamais se revendiquer de l’antisémitisme. Comme le disait, dans les années 1970, le philosophe Vladimir Jankélévitch [1903-1985], « l’antisionisme est une incroyable aubaine, car il nous donne la permission – et même le droit, et même le devoir – d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort ». Nous en sommes là.

Depuis le 8 octobre 2023, nous assistons à un relativisme des massacres du 7 octobre 2023 et à une condamnation du sionisme. En résumé, si les juifs n’étaient pas là, tout cela ne serait pas arrivé. C’est ainsi que le « sale sioniste » a remplacé le « sale juif ». On ne s’attaque plus au peuple « déicide » mais au peuple « génocidaire ».

On ne reproche plus aux juifs de vouloir contrôler le monde mais aux sionistes de vouloir contrôler les terres. Ces terres qui font la taille de la Bretagne et qui rassemblent plus de la moitié des juifs du monde dans le seul Etat juif de la planète. « Si vous le voulez, ce ne sera plus un rêve », disait Theodor Herzl [1860-1904], père du sionisme moderne, à la fin du XIXe siècle. Le sionisme, c’est un idéal d’émancipation, un ancrage durable, un barrage à la haine, un rempart à l’extermination. Le sionisme, c’est ce qui devait permettre aux juifs de décider de l’avenir de leurs enfants.

Selon une étude de l’IFOP publiée le 3 mars, le sionisme vaut à ces enfants juifs que 37 % de leurs camarades d’école « refusent de nouer certaines relations amicales ou sentimentales avec eux en raison de leur soutien à Israël ». La mécanique est rodée. Les juifs sont des sionistes, les sionistes sont des fascistes, les fascistes sont des génocidaires.

Tout juif soutenant le sionisme devient coupable, tout juif attaché à Israël est condamné. L’antisionisme essentialise. L’antisionisme déshumanise. L’antisionisme assigne les juifs de la diaspora à prendre position sur la politique du gouvernement israélien. A quel titre ? Sachant, par ailleurs, que seuls les juifs antisionistes auraient le droit au soutien des nouveaux antiracistes. Les autres sont non seulement responsables des violences dont ils font l’objet, mais ils en sont comptables. Parce qu’ils sont du « mauvais côté de l’histoire ».

L’antisionisme est du révisionnisme. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU vote la résolution 181 visant à la création d’un Etat juif. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion [1886-1973] proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël. Quatre-vingts ans après, du parvis de Columbia à celui de Sciences Po, des réseaux sociaux à l’Assemblée nationale, la légitimité de l’Etat d’Israël est non seulement remise en cause mais de nouveaux plans de partage sont suggérés. Sans consulter les concernés. On parle d’un foyer binational dans le meilleur des cas. Plus souvent d’une Palestine « from the river to the sea » (« de la rivière à la mer »), rayant le foyer juif de la carte. Pourquoi une cause en effacerait-elle une autre ? Nous sommes pour la coexistence de deux Etats démocratiques. Ni antisionisme ni suprémacisme, nous reconnaissons les mêmes droits à tous les peuples.

Le 7-Octobre a bouleversé nos certitudes. Il a changé la vie des Français juifs : 57 % des actes racistes touchent 0,6 % de la population française. On ne doit plus pouvoir être antisémite impunément. Selon les chiffres du ministère de l’intérieur, un tiers des actes antisémites recensés en 2024 étaient motivés par la cause palestinienne. Pour que l’antisionisme ne serve plus de prétexte à l’antisémitisme, c’est à la République de protéger les juifs en intégrant dans sa loi l’antisionisme comme nouvelle forme d’antisémitisme. Il ne s’agit pas ici de museler la critique légitime de la politique d’un gouvernement israélien auquel le sionisme survivra, mais de condamner l’antisionisme qui frappe, l’antisionisme qui viole, l’antisionisme qui discrimine, l’antisionisme qui humilie.

C’est, comme l’écrivait Martin Luther King [1929-1968] dans sa lettre à un ami antisioniste, en 1967, cet « antisionisme qui est de la discrimination envers les juifs parce qu’ils sont juifs. En un mot, c’est de l’antisémitisme » qui ne doit plus être toléré et qui doit être puni par la loi. Avant que les antisémites ne fassent la loi, parce que la République ne leur appartient pas.

Premiers signataires : Sarah Aizenman, présidente du collectif Nous vivrons ; Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France ; Gabriel Attal, ancien premier ministre ; Elisabeth Badinter, philosophe ; Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations ; Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre ; Michaël Delafosse, maire (Parti socialiste) de Montpellier ; Christian Estrosi, maire (Horizons) de Nice ; Jérôme Guedj, député (PS) ; Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe ; Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris ; François Hollande, ancien président de la République ; David Lisnard, maire (Les Républicains) de Cannes ; Mathias Ott, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT ; Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du travail et de l’emploi ; Laurence Rossignol, sénatrice (PS) ; Anne Sinclair, journaliste ; Mario Stasi, président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme ; Manuel Valls, ministre d’Etat, ministre des outre-mer ; Caroline Yadan, députée (Renaissance). 

Retrouvez ici la liste complète des signataires.

Le 25 mars à 11 h 40, Le Monde ajoute ceci au bas du texte :

Nous sommes donc allés sur le site des initiateurs du texte pour vérifier s’ils avaient eux aussi supprimé le passage en rouge ci-dessus. Le 1er avril, il y figurait toujours et continuera sans doute à y figurer pendant longtemps. Ce « détail » appelle quelques commentaires. Les voici.

La citation attribuée à Martin Luther King Jr., selon laquelle l’antisionisme ne serait qu’antisémitisme, est une pure invention vieille de 26 ans, qui ressurgit régulièrement un peu partout. Plusieurs recherches poussées ont établi de manière indiscutable qu’il s’agit d’un faux pur et simple : King n’a jamais écrit de « Lettre à un ami antisioniste » et n’a même jamais évoqué sous quelque forme que ce soit le sionisme et/ou l’antisionisme. Nous avions publié des textes démontrant cette supercherie il y a 21 ans sur un site ouèbe aujourd’hui disparu. Devant la réapparition de cette Arlésienne sioniste, il nous semble nécessaire de republier ces textes, corrigés et actualisés par nos soins.

« Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts ! » (slogan zapatiste repris par la jeunesse de Kabylie en 2001 et de Sidi Bouzid en Tunisie en 2010)

Ayman El Hakim, Collectif Qui vivra verra, 2/4/2025

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01/04/2025

ROGER WATERS
Nous n’avancerons pas d’un seul pouce vers votre Armageddon...
Discours à l’occasion du 80ème anniversaire de la conférence de Yalta

Roger Waters, 30/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole aujourd’hui à l’occasion de cet anniversaire historique. Le mois dernier, je me suis adressé au Conseil de sécurité des Nations unies à l’occasion du dixième anniversaire de la signature des accords de Minsk II. Les personnes intéressées peuvent consulter l’enregistrement sur le site UNTV. Ce jour-là, je m’en suis tenu à l’ordre du jour, à savoir l’Ukraine, la Crimée, le Donbass et la guerre en Ukraine, mais j’ai mentionné le Secteur droit, Stepan Bandera et la place du suprématisme blanc dans la politique ukrainienne, mais je n’ai pas fait de digressions. Aujourd’hui, je ne suis pas limité par le protocole et, avec votre permission, je ferai les digressions que je jugerai nécessaires.


Gardien du feu (1988), par  Ismail Shammout

Chaque matin, lorsque je me réveille, ma poitrine se serre et les larmes coulent, je me ressaisis et je me ceins les reins pour la mêlée, que puis-je faire aujourd’hui ? Pourquoi me préparer chaque jour à la bataille ? Parce que nous menons chaque jour une bataille existentielle pour l’âme de la race humaine.

Si nous vivons en Occident, notre gouvernement aide et encourage le génocide du peuple indigène de Palestine par l’État voyou d’Israël, en temps réel, sous nos yeux. Cela ressemble à un cauchemar, mais ce n’est pas un cauchemar, c’est réel.

Nous nous pinçons, incrédules. Ce n’est pas possible. Si nous avons des enfants, ils nous tirent les vers du nez : « Maman, papa, arrêtez-les !  Hé, maman, papa, pourquoi personne ne les fait s’arrêter ? Papa ! Papa ! Et les Nations unies, Papa ? Et le droit international ? Papa ! Et les Conventions de Genève ? Papa, Papa, ils tuent les enfants Papa ! Papa Ils les enterrent sous les décombres. Qu’ils s’arrêtent ».

Puis je reprends mon souffle. Pourquoi pensez-vous que je suis ici à Yalta ? C’est une bonne question, n’est-ce pas ? Qu’en est-il du droit international ? Qu’en est-il des Nations unies ?


Nous sommes ici aujourd’hui pour marquer le quatre-vingtième anniversaire d’une rencontre entre trois hommes, Joseph Staline, Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt. Ils se sont rencontrés ici en mars 1945 pour partager ce qui restait de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Ils y sont parvenus sans trop de difficultés, mais ils ont également discuté de la possibilité de remplacer la Société des Nations, qui n’avait pas réussi à empêcher la Seconde Guerre mondiale, par la création d’un nouveau forum international, qui pourrait réussir là où la Société des Nations avait échoué. Bonne idée, resserrer un peu les règles, l’appeler les Nations unies, ça sonne bien.

C’est ce qu’ils ont fait. La Charte des Nations unies a été rédigée et signée à San Francisco cet été-là et, surprise, surprise, nos trois amis du sommet de Yalta, rejoints par la France et la Chine, les deux autres vainqueurs présumés de la Seconde Guerre mondiale, ont tous été nommés membres permanents du conseil le plus important des nouvelles Nations unies, le Conseil de sécurité.

Qu’est-ce que le Conseil de sécurité ? Et pourquoi est-il important ? Le Conseil de sécurité était et reste important parce que sa principale responsabilité est, je cite, « le maintien de la paix et de la sécurité internationales, y compris la détermination des menaces contre la paix, la prise de mesures pour la rétablir et la mise en place d’opérations de maintien de la paix ».

Bon sang. Ça a l’air génial, ça a marché ? Eh bien, il y avait juste un petit problème.

Ah ah ! Poursuivez.

Staline, Churchill et Roosevelt avaient convenu à Yalta que non seulement ils devaient être représentés en permanence au Conseil de sécurité, mais qu’ils devaient également avoir le pouvoir de Mettre un veto à toute résolution du Conseil de sécurité. Bien entendu, la France et la Chine ont répondu « Moi aussi, moi aussi ! »

Les cinq grands ont été très clairs pour les petites nations.

Soit une charte de l’ONU avec droit de veto, soit pas de charte de l’ONU du tout.

« Ce n’était pas très démocratique, n’est-ce pas ? »

Eh bien non, mais les principes fondateurs des Nations Unies sonnaient plutôt bien, alors tous les petits gars se sont mis d’accord. Voici les principes fondateurs :

1. Maintenir la paix et la sécurité internationales. 

2. Protéger les droits de l’homme. 

3. Fournir une aide humanitaire. 

4. Faire respecter le droit international

Et l’ont-ils fait ? Eh bien, ils ont fait un peu le numéro 3, mais les autres choses étaient trop difficiles, paralysés comme ils l’étaient et le sont toujours par le pouvoir de veto des cinq grands au sein du Conseil de sécurité.

Je ne doute pas qu’ils aient fait de leur mieux, de toute façon, après la guerre, l’Allemagne a été dûment découpée en quatre zones occupées par les militaires des USA, du Royaume-Uni, de la France et de l’URSS, mais l’histoire ne s’arrête pas là : trois ans et demi plus tard, le 10 décembre 1948, les Nations unies naissantes se sont réunies à nouveau à Paris et ont notamment signé la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cette déclaration, partiellement rédigée, me dit-on, par Eleanor Roosevelt, la femme de FDR, un point pour les dames. Merci mesdames. Les trente articles ont ensuite été inscrits dans le droit international, du moins c’est ce que l’on nous a fait croire. À l’époque, le rêve de droits de l’homme égaux pour tous nos frères et sœurs dans le monde entier, indépendamment de leur religion, de leur appartenance ethnique ou de leur nationalité, était une très grande affaire. Pensez-y. Si elle avait été adoptée, elle aurait probablement marqué la fin de toutes les guerres pour toujours, et aurait absolument, définitivement, éliminé la menace d’un autre génocide pour toujours. Quelle bonne façon de se souvenir, et aussi de condamner universellement, la toute récente tentative de génocide des Juifs d’Europe par les nazis. Nos dirigeants, la main sur le cœur, ont fait une promesse solennelle : « Plus jamais ça ». Mais lorsqu’ils ont fait cette promesse, et je déteste devoir être celui qui vous le dit, certains d’entre eux avaient les doigts croisés dans le dos, certains d’entre eux mentaient. Certains d’entre eux ont juré de soutenir et de défendre les droits de l’homme universels, mais ils ne le pensaient pas vraiment. Certains d’entre eux étaient en fait des ethno-suprémacistes, comme l’étaient les nazis, des gens qui pensent que certaines personnes devraient avoir plus de droits humains que d’autres. Ils croient aux droits de l’homme, mais seulement pour quelques élus. Le petit nombre qu’ils choisissent.

Permettez-moi de vous donner un aperçu fugace, revenez avec moi en Palestine en 2007. J’étais dans une Jeep de l’UNWRA avec une femme charmante appelée Allegra Pacheco qui travaillait pour l’ONU. Nous nous dirigions vers le nord à travers le territoire occupé en direction de Jénine sur une autoroute flambant neuve lorsque j’ai fait la remarque suivante : « Au moins, ils ont de belles routes », « Oui », a répondu Allegra, « Elles sont réservées aux Juifs »... « Ne sois pas bête, c’est ridicule ». « Oui, c’est ridicule, mais c’est aussi vrai que si tu vis ici, tu dois être juif pour avoir le droit d’emprunter la route ».

Ce que je veux dire, c’est que les Israéliens ne voient pas de contradiction dans le fait qu’un génocide ait été répréhensible pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe, en Allemagne ou, disons, à Varsovie en Pologne, mais qu’il soit acceptable aujourd’hui à Gaza parce que la botte est sur l’autre pied.

La déclaration des droits de l’homme universels n’était donc qu’une mascarade, une sorte de bal masqué pour célébrer le partage du butin de guerre. Désolé d’être le porteur de mauvaises nouvelles, désolé de gâcher la fête.

La plupart d’entre vous sont trop jeunes pour s’en souvenir, je suis moi-même presque trop jeune pour m’en souvenir, mais je sais lire et j’ai lu l’histoire.

Quoi qu’il en soit, nous avons tous porté consciencieusement nos masques au bal. Nous avons déclaré notre attachement à toutes les bonnes vaches sacrées. Nous avons tous déclaré, la main sur le cœur, que nous nous soucions des droits de l’homme, de la liberté, de la démocratie et de la primauté du droit international et pourtant ? Aujourd’hui, la botte est sur l’autre pied et alors ?

Il y a trente-cinq ans, en 1990, j’ai écrit une chanson intitulée "Too Much Rope" pour un album intitulé Amused to Death.

Voici quelques lignes de cette chanson :

Il n’est pas nécessaire d’être juif

Pour désapprouver un meurtre

Les larmes nous brûlent les yeux

Musulman ou chrétien  Mollah ou pape

Prédicateur ou poète qui a écrit

Donnez trop de corde à n’importe quelle espèce 

et elle la foutra en l’air.

Je vais faire une avance rapide de soixante-dix-neuf ans, de mars 1945 au 18 avril de l’année dernière. Ce jour-là, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni pour voter sur un projet de résolution présenté par l’Algérie, recommandant que l’État de Palestine soit admis comme membre à part entière des Nations unies,

Le projet de résolution n’a pas été adopté en raison d’un VETO des USA. Il y a eu douze votes pour la résolution, deux abstentions, celles du Royaume-Uni et de la Suisse, et le coup fatal du VETO usaméricain.

Pourquoi les USA ont-ils utilisé leur droit de veto pour bloquer cette résolution ? Bonne question, car cela fait des années qu’ils parlent de paix en Terre sainte, de la fameuse solution à deux États. Pourtant, les USA ont utilisé leur droit de veto 45 fois depuis 1972 pour soutenir l’État d’Israël dans tout ce qu’il fait. Y compris, et c’est essentiel, l’occupation permanente par Israël des terres palestiniennes et le génocide de son peuple.

Pourquoi ?

Bonne question ?

C’est peut-être la raison pour laquelle je suis ici aujourd’hui pour tenter de faire la lumière sur le pourquoi de cette situation ?

Je pense que cela peut avoir quelque chose à voir avec un attachement impie aux tendances ethno/suprémacistes que j’ai mentionnées plus tôt, à la destinée manifeste et aux textes sacrés.

Je reviendrai sur tout cela, mais il pourrait aussi s’agir d’une bonne vieille cupidité ?

Il est intéressant de noter que Donald Trump, l’actuel président des États-Unis d’Amérique, a récemment déclaré qu’il souhaitait procéder à un nettoyage ethnique de Gaza et en faire une attraction touristique haut de gamme, une station balnéaire avec des terrains de golf et, si je me souviens bien, une statue géante en or à son effigie. Un joli petit revenu pour Jared Kushner son gendre sans doute. Sans parler des trillions de mètres cubes de gaz naturel, juste au large, qui appartiennent de droit aux peuples autochtones. Je mentionne la destinée manifeste et les textes sacrés, car l’attachement aux croyances religieuses est indéniablement fondamental dans toute cette conversation.

En 1964, dans son célèbre discours Le vote ou la balle, Le frère Malcolm X a déclaré : « Je ne suis pas ici ce soir pour parler de ma religion. Je ne suis pas ici pour essayer de changer votre religion. Je ne suis pas ici pour discuter de nos divergences, parce qu’il est temps pour nous d’oublier nos différences et de réaliser qu’il est préférable pour nous de voir d’abord que nous avons le même problème, un problème commun, un problème qui vous fera subir l’enfer, que vous soyez baptiste, ou méthodiste, ou musulman, ou nationaliste. »

Frère Malcolm n’a pas dit « ou juif » ce soir-là, alors je l’ajoute pour lui : « ou juif ». Le fait est qu’en termes de droits de l’homme, notre religion ne devrait pas avoir d’importance ou, comme l’a dit Malcolm, être laissée au placard.

Revenons à notre frère Malcolm

Que vous soyez instruit ou analphabète, que vous viviez sur le boulevard ou dans la ruelle, vous allez connaître l’enfer tout comme moi. Nous sommes tous dans le même bateau et nous allons tous subir l’enfer du même homme. Il se trouve que c’est un homme blanc. Nous avons tous souffert ici, dans ce pays, de l’oppression politique aux mains de l’homme blanc, de l’exploitation économique aux mains de l’homme blanc et de la dégradation sociale aux mains de l’homme blanc.

En parlant ainsi, nous ne sommes pas antiblancs, mais nous sommes anti-exploitation, anti-dégradation, anti-oppression. Et si l’homme blanc ne veut pas que nous soyons contre lui, qu’il cesse de nous opprimer, de nous exploiter et de nous dégrader. Que nous soyons chrétiens, musulmans, nationalistes, agnostiques ou athées, nous devons d’abord apprendre à oublier nos différences. Si nous avons des divergences, laissons-les au placard ; quand nous sommes confrontés, n’ayons rien sur quoi nous bagarrer jusqu’à ce que nous ayons fini de nous disputer avec l’homme.

« Laissons notre religion au placard ».

Merci, frère Malcom.

À propos, par « homme blanc », entendez « homme européen ».

À l’époque, avant que le lobby israélien ne me considère comme une cause perdue, il essayait de me calmer en disant des choses comme « Roger, tu attraperas plus d’abeilles avec du miel qu’avec du vinaigre, ne préfères-tu pas être perçu comme Martin Luther King plutôt que comme Malcolm X ? »

Oui, je peux sourire maintenant.

Peut-être que le représentant usaméricain utilise toujours son droit de veto pour soutenir Israël parce que les USA sont toujours une colonie européenne dans l’âme. Lorsque les Pères pèlerins ont débarqué à Plymouth Rock, lorsque Christophe Colomb a navigué en mer sans boussole, lorsque les Portugais ont débarqué au Brésil, ils l’ont tous fait poussés par la destinée manifeste, ils avaient tous la providence divine et la bénédiction de l’Église de leur côté. La terre abondante de l’Ouest, le Nouveau Monde de l’autre côté de l’océan, était leur Sion. C’est ce qu’ils ont dit. Alors, avec Dieu de leur côté, ils ont tout conquis, ils ont menti aux populations locales, signé des traités qu’ils n’ont jamais voulu respecter, pillé, violé, toutes ces bonnes vieilles saloperies de matamores. Le génocide des peuples indigènes en Terre sainte n’est qu’une répétition du génocide des peuples indigènes dans le Nouveau Monde. L’homme blanc du frère Malcolm est toujours ce même bon vieux boy européen.

Je vous remercie donc, frère Malcolm et frère Martin Luther King, vous tenez tous deux une place très importante dans mon cœur, et frère King, je partage ton rêve. C’est un bon rêve, et nous sommes ici aujourd’hui pour nous y accrocher. Nous nous y accrochons du mieux que nous pouvons ici à Yalta, et partout dans le monde, y compris en Europe, des millions de nos frères et sœurs descendent chaque jour dans la rue pour protester contre le génocide de nos frères et sœurs en Palestine. Des étudiants risquent d’être battus par des policiers militarisés alors qu’ils exercent leur droit au premier amendement pour protester sur les campus universitaires aux USA. Nous chantons d’une seule voix. La question fondamentale est de savoir si nous pouvons élever le volume des voix dans la foule à un niveau tel que nous puissions influencer le comportement de nos gouvernements, parce qu’en ce moment, nos gouvernements se comportent très mal, enracinés qu’ils sont dans leur histoire européenne raciste et suprématiste blanche. Ils nous barrent la route, ils s’interposent entre nous et le progrès vers notre objectif, le progrès vers le Saint Graal, la mise en œuvre de la Déclaration universelle des droits de l’homme faite à Paris il y a tant d’années.

Je pense donc qu’il est établi que nous ne pouvons rien confier à nos dirigeants. En parlant de nos dirigeants, une grande partie de notre attention se concentre actuellement sur la nouvelle administration à Washington DC. Dans quelle direction Donald Trump va-t-il s’engager ? Ses actes sont plus éloquents que ses paroles, ses actes nous montrent qu’il se fiche éperdument des droits de qui que ce soit d’autre que les siens, il est au moins ouvert et honnête à ce sujet. Son plan est évident : il s’agit de s’enrichir et d’enrichir sa famille proche, puis Elon Musk, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et le reste des oligarques, tous les 0,0001 % d’entre nous. Et c’est ce qu’il fera. Et nous autres ?

(mime le nettoyage des mains)

Bienvenue aux 99,999 %.

Nous sommes à la croisée des chemins.

Comme je l’ai dit précédemment, nous sommes tous engagés dans une bataille existentielle pour l’âme de la race humaine.

Quelle voie devons-nous emprunter ?

Pouvons-nous nous accrocher au rêve de Martin Luther King ?

Comment pouvons-nous expliquer que le crime de génocide est indescriptible, quel que soit le pied qui porte la botte.

Y a-t-il une raison pour laquelle nous qualifions le crime de génocide d’innommable ?

Et si le crime innommable de génocide s’avérait être le talon d’Achille du sionisme, parce que, aussi innommable qu’il soit, il nous invite à regarder, comme Narcisse, notre propre reflet dans la flaue. Et si, à travers la surface de la flaque, nous voyions notre propre reflet indicible. Et si nous, colonisateurs européens, devions faire face à notre propre histoire de génocide en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique et en Australasie ? Les colonies de l’empire, qu’elles soient anglaises, espagnoles, hollandaises, portugaises, françaises ou allemandes [et italiennes, NdT], n’ont jamais eu de quoi être fières, car elles ont été construites sur l’innommable. Pendant des centaines d’années, nous, Européens, avons commis l’innommable au nom de Dieu. Le reste n’était que du théâtre. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Toutes les belles paroles prononcées dans les déclarations d’indépendance, toutes les constitutions écrites en gros caractères sur du beau parchemin, c’était du théâtre. La prétention à la liberté, la liberté, la démocratie, tout cela n’était que du théâtre. Regarde dans la flaque, Narcisse, tous les artefacts d’Hollywood ne peuvent dissimuler les profondeurs de la dépravation qui constitue notre histoire commune. Quelle est cette chose que les USAméricains en particulier, mais en réalité tous les hommes blancs, craignent tant ? Nous craignons tous d’être exposés pour ce que nous sommes vraiment. Nous craignons, en d’autres termes, la lumière aveuglante de la vérité. La vérité, c’est que ce que font les gouvernements occidentaux lorsqu’ils soutiennent le bain de sang psychotique d’Israël, ce n’est pas seulement justifier les crimes horribles d’Israël, c’est aussi se défendre, en se tenant, comme ils le font, perchés de manière précaire, sur un sol très instable, très bancal, couverts de honte, pour défendre leur passé impérial indéfendable.

Ok, je pourrais aussi bien être pendu pour un mouton que pour un agneau. Les textes sacrés ? Plus précisément, l’Ancien Testament de la Bible. Qui pourrait être, bien que je ne sois pas un expert, une réécriture de la Torah ? Sans l’Ancien Testament et ses récits d’un peuple hébreu victime, miséricordieusement sauvé par un Dieu vengeur, sanguinaire et obsédé par la terre, nous, Européens, n’aurions rien eu pour donner un faux sens, un sens plus élevé, à notre propre passé colonial barbare. Donc, si nous sommes suffisamment nombreux à regarder dans la flaque et à voir à travers le talon d’Achille, nous verrons la vérité. Ce n’est pas seulement Dieu qui donne à Israël la permission de poursuivre sa folie meurtrière, ce sont aussi nos dirigeants. Alors, si nous nous regardons tous dans les yeux et que nous y reconnaissons notre humanité commune, nous, le chœur, pouvons nous tenir épaule contre épaule, bras dessus bras dessous, en montant les barricades, face à face avec eux, Trump et Netanyahou et Starmer et RFK et Musk et Zuckerberg et tous leurs semblables, et, armés d’amour et de vérité, nous pouvons élever la force de toutes nos voix jointes ensemble dans l’harmonie et dire BASTA !

C’est la fin de votre route,

Nous ne sommes pas des lemmings

Nous sommes des êtres humains

Nous n’avancerons pas d’un seul pouce vers

votre Armageddon.

Aujourd’hui, au carrefour

Nous avons rencontré un enfant seul

Nous ne resterons pas sur les côtés

pour laisser passer vos bulldozers ?

Non.

Nous ne resterons pas sur les côtés,

Nous nous tiendrons ici

Avec Rachel Corrie

Et Shireen Abu Akleh

Et Marielle Franco

Et tous les autres

Et embrasserons cet enfant,

Et ensemble, nous ramènerons cet enfant à la maison ?


GIDEON LEVY
Dans le paysage médiatique israélien, le racisme prospère dans les pages consacrées au style de vie
Quand Dana Spector se risque dans la jungle

Gideon Levy, Haaretz, 26/3/2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala
Il n’y a pas besoin de la droite fasciste pour semer les graines du racisme, déshumaniser et diaboliser les Palestiniens. Tout est là, au centre, au cœur même d’Israël. Dana Spector visite un village palestinien et expose au grand jour une vérité fondamentale sur les médias israéliens.


Dana Spector écrit une chronique très lue dans un journal très lu. Sa chronique s’intitule « Bientôt, j’irai loin » [Bakrov agia rachok]. La semaine dernière, elle s’est rendue à l’endroit le plus éloigné où une chroniqueuse de Yedioth Ahronoth puisse aller : un village palestinien, à cinq minutes de Kfar Saba [“village du grand-père”, colonie juive installée au début du XXème siècle sur des terres achetées par le baron Rotschild, NdT]. 
Ses impressions constituent un document déconcertant et fascinant. Il faut le lire pour comprendre ce qui se passe lorsque le centre israélien, satisfait de lui-même et éclairé à ses propres yeux, se rend en safari dans un zoo appelé village palestinien.
Il ne s’agit pas du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir ni de l’activiste d’extrême droite Benzi Gopstein. Spector est la gouroue israélienne du style de vie et du bien-être, qui est allée voir les Palestiniens dans leur cage. Elle a été choquée par ce qu’elle a vu. Leur café ressemblait à un « kiosque infesté de rats ».
Elle est arrivée à Hébron dans un véhicule blindé des Forces de défense israéliennes, bien sûr, en tant qu’invitée d’un bataillon de l’armée israélienne appelé le bataillon Panther, également connu sous le nom de bataillon « autorité ». L’un des nombreux charmes de ce bataillon particulier est qu’il est mixte.


Portant un casque et un gilet pare-balles en céramique, comme il sied à une correspondante de guerre, elle n’avait même pas réussi à s’étendre sur un fauteuil dans une maison que l’armée avait expropriée après en avoir expulsé les occupants, avant d’être témoin d’une « haine ouverte et flagrante » dans les yeux de deux jeunes hommes dans la rue qui ont vu des soldats s’approcher de la maison volée. Elle avait peur. C’est vraiment effrayant de voir une maison expropriée. « Si j’avais été l’une des combattantes extraordinaires et courageuses du bataillon Panther, j’aurais peut-être eu moins peur », écrit-elle.
L’anthropologue blanche est venue découvrir des mondes cachés. « Je voulais découvrir dans quel genre de maisons les gens vivaient, comment ils menaient leur vie quotidienne, c’est-à-dire quand ils n’étaient pas occupés à pratiquer leur passe-temps favori, à planifier la mort des Juifs. » Férue de shopping, elle était également curieuse de savoir si le village possédait un magasin de vêtements. Soixante minutes après son arrivée, elle savait déjà que ce n’était pas un village innocent. « Et ça a suffi à me faire oublier ma culpabilité envers la pauvre famille dont la maison a été confisquée par l’armée ».


Vue de la ville israélienne de Matan, avec le village palestinien de Hableh à l’arrière-plan, à cheval sur la Ligne verte. Photo Avi Ohayon/GPO

Comme tous ceux de son espèce, Spector ne ressent « pas la moindre compassion » pour les Palestiniens après le 7 octobre. Le capitaine A. la soutient : « Pour moi, tous les habitants de ce village sont des terroristes. » Spector voit une armée morale.
La sergente-cheffe A., par exemple, est une jeune femme charismatique avec une queue de cheval couleur miel. Lorsqu’un villageois demande à aller chercher de l’eau, elle le laisse faire. « Je n’arrête pas de vouloir leur montrer que nous ne sommes pas comme eux », explique la charismatique soldate à la queue de cheval couleur miel. Spector veut savoir comment elle gère le fait que son image soit devenue virale dans tous les « nids de terroristes » de Qalqilyah.
Nous ne sommes pas comme eux non plus en matière de décoration intérieure. Spector est horrifiée par un lustre dont les ampoules ont la forme de lys dorés et par un chandelier orné de « diamants ». Un design horrible, conclut l’influenceuse de style. 
« Ce n’est pas si mal que ça», dit une autre combattante. « Tu n’as pas vu Toulakrem. Nous étions à l’intérieur de quelques maisons là-bas où tu ne pouvais pas comprendre comment ils vivent de cette façon. Dans la pire que nous avons vue, il n’y avait même pas de douche ni de toilettes. » Des animaux humains.
L’adoration de Spector pour les soldats n’est pas moins embarrassante. Ce sont des champions du maintien de l’ordre, ils sont si éthiques, on ne peut pas se tromper sur leur regard déterminé et d’acier. « Ils doivent pénétrer par effraction dans des maisons en pleine nuit, s’occuper de bébés qui pleurent et de grands-mères qui hurlent de peur, sans perdre le contact avec tout ce qu’ils ont d’humain », et les larmes coulent. Même les organes de propagande de l’armée israélienne auraient eu honte de publier un tel texte.
À la veille de la récente libération de prisonniers palestiniens, des soldats se sont rendus chez les familles des prisonniers et les ont averties qu’il « valait mieux qu’il ne se passe rien ici qui ne nous plaise pas », comme la joie exprimée pour la libération de leurs fils. Oh, comme ces hommes et ces femmes du bataillon Panther se sont amusés à Qalqilyah. Et surtout, des amourettes fleurissent dans le bataillon.
Nous allons bientôt aller loin. Vous n’avez pas besoin de la droite fasciste pour semer les graines du racisme. Vous n’avez pas besoin de Channel 14 pour déshumaniser et diaboliser les Palestiniens. Tout est là, au centre, au cœur même d’Israël. Dans les pages loisirs et divertissement d’un journal.

WILL TAVLIN
Visualización casual: por qué Netflix se parece a lo que parece

Will Tavlin, n+1, n.° 49, invierno 2025
Traducido por María Piedad OssabaTlaxcala/La Pluma

Will Tavlin (1996) es un autor que vive en Brooklyn, Nueva York. @wtavlin Insta 


 

 


Hasta hace poco, ningún estudio de Hollywood había estrenado dos películas con el mismo nombre al mismo tiempo. En la mayoría de los estudios, una estrategia así sería impensable. El público podría comprar accidentalmente entradas para la película equivocada, y las consecuencias en términos de relaciones públicas serían desastrosas: críticas mordaces de los redactores de revistas especializadas; airadas llamadas de inversores que cuestionan el sentido de los negocios de los estudios; llamadas aún más airadas de agentes que exigen saber por qué se ha saboteado intencionadamente la imagen de sus clientes.

Pero Netflix no es la mayoría de los estudios. El 1° de abril de 2022, la compañía estrenó una comedia de Judd Apatow titulada The Bubble, que tiene lugar en el rodaje de una franquicia de Hollywood sobre dinosaurios que se ve obligada a ponerse en cuarentena en plena pandemia de Covid-19. Cuatro semanas después, Netflix estrenó una película de animación de Tetsurō Araki, director de las populares series de animación japonesas Death Note y Attack on Titan, sobre un mundo postapocalíptico en el que la ley de la gravedad deja de existir. La película de Araki se llamaba Bubble.


Britta Thie, More Atmosphere!, 2021, óleo sobre lienzo. 200 × 150 cm. Foto Moritz Bernoully. Cortesía de la artista.

No hubo confusión en la taquilla, ni críticas mordaces de la prensa, ni llamadas airadas. Los pocos críticos que se tomaron la molestia de escribir sobre él criticaron La burbuja de Apatow, una comedia sin humor que es más aburrida que las franquicias de éxito de las que se burla. Nadie tenía nada que decir sobre La burbuja de Araki, un telefilme que habría sido más adecuado para una franja nocturna en un canal de cable para niños. Como todos los estrenos de Netflix, Bubble y The Bubble desaparecieron tan rápido como aparecieron, convirtiéndose en fichas del extenso mosaico de contenidos de la empresa, destinadas a ser reproducidas automáticamente en portátiles cuyos dueños se habían quedado dormidos.

Durante años, Ted Sarandos, el co-présidente ejecutivo de Netflix que fue pionero en esta estrategia de distribución, fue aclamado por la prensa como un visionario. Incluso después de que el gigante del streaming experimentara dificultades en 2022, registrando una pérdida global de suscriptores por primera vez en diez años, el promotor de podcasts Scott Galloway se apresuró a defender a Sarandos en el New York Times, comparándolo a él y al cofundador de Netflix, Reed Hastings, con «A-Rod y Barry Bonds» [famosos jugadores de béisbol]. Y añadió: «No hay que apostar contra estos tipos». Galloway aparentemente había olvidado que los dos jugadores de béisbol que había nombrado habían dado positivo por productos dopantes en la cima de sus carreras. Por lo tanto, su comparación era más justa de lo que pensaba. Netflix es una empresa esteroide, hinchada por la mentira y el engaño, y que ha violado todas las reglas de Hollywood.

Durante un siglo, la gestión de un estudio de Hollywood fue sencilla. Cuantos más películas veían las personas, más dinero ganaban los estudios. Sin embargo, con Netflix, el público no paga por películas individuales. Paga una suscripción para ver todo, lo que ha permitido que se establezca un fenómeno extraño. Las películas de Netflix no tienen que cumplir con los estándares establecidos a lo largo de la historia del cine: no tienen que ser rentables, hermosas, sexis, inteligentes, divertidas, bien hechas o cualquier cosa que atraiga al público a las salas de cine. Los espectadores de Netflix ven desde casa, en el sofá, en la cama, en el transporte público y en el baño. A menudo, ni siquiera ven.

Durante la última década, Netflix, que surgió como un destructor de tiendas de vídeo, ha desarrollado un poderoso modelo de negocio para conquistar la televisión, antes de extender su extraña y destructiva influencia al cine. Al hacerlo, ha llevado a Hollywood al borde de la insignificancia. Porque Netflix no solo sobrevive cuando nadie mira, sino que prospera.

Según Reed Hastings, la idea de Netflix se le ocurrió en 1997, cuando alquiló un VHS de Apolo 13 en Blockbuster Video. Unas semanas más tarde, descubrió la cinta debajo de una pila de papeles en su comedor. Se había olvidado de devolverla. Cuando la devolvió, Hastings se sorprendió al enterarse de que debía 40 dólares de recargo por retraso. «Me sentí tan estúpido», declaró más tarde sobre la experiencia. «Me dio vergüenza».

Hastings no fue el único. En la década de 1990, Blockbuster era criticado por sus clientes. Como descubrió la periodista Gina Keating en su libro Netflixed en 2012, las propias investigaciones de Blockbuster mostraron que los clientes generalmente tenían que ir a las tiendas cinco fines de semana seguidos para conseguir lo que querían. Las tiendas estaban repletas de películas que nadie quería y los empleados dejaban cajas de VHS vacías en las estanterías, lo que daba la impresión de que el inventario de una tienda era mayor de lo que realmente era. Lo peor eran los recargos por retraso: una devolución tardía a menudo triplicaba el precio de un alquiler en Blockbuster, y una cinta perdida podía costar hasta 200 dólares. El sistema fue muy criticado (los clientes presentaron veintitrés demandas colectivas distintas contra Blockbuster por cargos injustos por retraso), pero era escandalosamente rentable. En el año 2000, en el apogeo de la empresa, Blockbuster recaudó casi 800 millones de dólares en cargos por retraso, lo que equivale al 16 % de sus ingresos anuales. Internamente, los directivos de la empresa describían su modelo de negocio como un modelo de «gestión de la insatisfacción».

El año del incidente del Apolo 13, Hastings vendió su empresa de software Pure Atria a otra empresa de tecnología por más de 700 millones de dólares. Su experiencia en Blockbuster le hizo reflexionar. «¿Había algún otro modelo, se preguntó, para ofrecer el placer de ver películas en tu propia sala de estar sin infligir el dolor de pagar mucho cuando te olvidas de devolverlas?». Hastings y Marc Randolph, director de marketing de productos de Pure Atria, empezaron a pensar en un nuevo tipo de empresa de alquiler de películas. Se habían fijado en el éxito de Amazon en la venta de libros por Internet. ¿Por qué no hacer lo mismo con las películas?

Utilizando dos millones de dólares del dinero personal de Hastings, el dúo comenzó a probar cientos de formas de vender y alquilar DVD por correo. El modelo que Hastings y Randolph finalmente consolidaron, en 1999, era sencillo. Netflix cobraba a sus clientes una suscripción mensual fija para alquilar hasta cuatro películas a la vez. (Esta cifra se redujo rápidamente a tres). Los clientes podían quedarse con los DVD todo el tiempo que quisieran (sin cargos por retraso), pero solo podían alquilar nuevas películas después de devolver las antiguas. Este enfoque ilimitado era más práctico para los clientes que el de Blockbuster. Pero para Hastings y Randolph, la satisfacción del cliente era secundaria. El dúo intentaba resolver un problema logístico.

El catálogo de DVD de Netflix no estaba limitado por el tamaño y el espacio de las estanterías de una tienda física. Mientras que Blockbuster tenía que almacenar catorce copias de un título «grande», como A.I. de Steven Spielberg, en detrimento de otras opciones, Netflix podía almacenar A.I. y Four Times That Night de Mario Bava, así como The Three Musketeers de Richard Lester. Pero incluso con menos limitaciones de espacio, almacenar varios cientos de miles de DVD en el almacén de Netflix era ineficaz. «Reed y yo empezamos a pensar», explicaría más tarde Randolph. «Es una pena que todas estas DVD se queden aquí en un almacén sin servir para nada. Me pregunto si hay alguna forma de almacenarlas en casa de nuestros clientes. ¿Podemos dejarles que guarden los DVD? ¿Pueden guardarlos todo el tiempo que quieran?

Una década antes de que Airbnb convenciera a los propietarios para que convirtieran sus casas en hoteles, Netflix convenció a sus usuarios para que convirtieran las suyas en mini almacenes de Netflix. Los clientes que guardaban sus DVD durante más tiempo reducían los gastos de envío de Netflix, así como la cantidad de DVD que la empresa tenía que gestionar y almacenar. Netflix hizo un seguimiento de los grandes usuarios de su servicio —a los que internamente llamaban «cerdos»— y limitó en secreto sus entregas. No importaba que Netflix alquilara menos DVD que Blockbuster, porque la empresa seguiría cobrando su cuota mensual. La diferencia entre Blockbuster y Netflix era la siguiente: Blockbuster castigaba a sus clientes por su descuido; Netflix los recompensaba por su inconsciencia.

Netflix desarrolló su negocio dirigiéndose a las empresas que los estadounidenses odiaban, y la única empresa que los estadounidenses odiaban más que Blockbuster era su proveedor de cable local. A principios de la década de 1990, los proveedores de cable comenzaron a trabajar con las cadenas de televisión para ampliar los límites de lo que podían extorsionar a sus clientes, basándose en una rica historia de innovaciones destinadas a estafar a los espectadores, como las tarifas de los decodificadores y los contratos anuales imposibles de rescindir. Entre 1995 y 2005, los proveedores duplicaron el número de canales en el paquete de cable medio y aumentaron los precios tres veces más rápido que la inflación. En 2007, el presidente de la FCC [Comisión Federal de Comunicaciones], Kevin Martin [dimitió en 2009 tras una investigación del Congreso sobre sus prácticas poco ortodoxas, en 2018 se convirtió en el principal lobista de Facebook, NdT], escribió en una carta dirigida a grupos de defensa de los derechos que «el abonado medio de cable pagaba más de ochenta y cinco canales que no veía para obtener los dieciséis canales que veía». El paquete de cable medio costaba más de 700 dólares al año.

Hastings siempre había querido llevar a Netflix a la televisión por cable. La productora de cine Mynette Louie lo aprendió por las malas a finales de los 90. Antes de entrar en la industria cinematográfica, Louie trabajaba para una empresa de estudios de mercado especializada en empresas de Internet. Era el apogeo de la burbuja de Internet, y cada semana diferentes directores generales de empresas emergentes venían a la oficina de Louie para presentar sus empresas. Todavía recuerda el día en que Hastings vino a hablar de Netflix. «Dijo: 'No estamos en el negocio de los DVD. El único motivo por el que tenemos estos DVD es para ampliar la base de clientes para lo que queremos hacer al final, que es el streaming», me dijo Louie en una entrevista este año.

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31/03/2025

WILL TAVLIN
Visionnage casual [occasionnel, décontracté, distrait] : pourquoi Netflix a l’air qu’il a

Will Tavlin, n+1, n° 49, hiver 2025
Traduit par Fausto GiudiceTlaxcala

Will Tavlin (1996) est un auteur qui vit à Brooklyn, New York. @wtavlin Insta 


 

 


 

Jusqu’à récemment, aucun studio hollywoodien n’avait jamais sorti deux films portant le même nom en même temps. Dans la plupart des studios, une telle stratégie serait impensable. Le public pourrait accidentellement acheter des billets pour le mauvais film, et les retombées en matière de relations publiques seraient désastreuses : critiques acerbes des rédacteurs de magazines spécialisés ; appels furieux d’investisseurs remettant en question le sens des affaires des studios ; appels encore plus furieux d’agents exigeant de savoir pourquoi l’image de leurs clients était intentionnellement sabotée.

Mais Netflix n’est pas la plupart des studios. Le 1er avril 2022, la société a sorti une comédie de Judd Apatow intitulée The Bubble, qui se déroule sur le tournage d’une franchise hollywoodienne sur des dinosaures qui est contrainte de se mettre en quarantaine en pleine pandémie de Covid-19. Quatre semaines plus tard, Netflix a sorti un film d’animation de Tetsurō Araki, réalisateur des populaires séries d’animation japonaises Death Note et Attack on Titan, sur un monde post-apocalyptique dans lequel la loi de la gravité cesse d’exister. Le film d’Araki s’appelait Bubble.


Britta Thie, More Atmosphere !,  2021, huile sur toile. 200 × 150 cm. Photo Moritz Bernoully. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Il n’y a pas eu de confusion au box-office, pas de critiques acerbes de la presse, pas d’appels en colère. Les quelques critiques qui ont pris la peine d’écrire à son sujet ont descendu la Bubble d’Apatow, une comédie sans humour qui est plus ennuyeuse que les franchises à succès dont elle se moque. Personne n’avait rien à dire sur Bubble d’Araki, un téléfilm qui aurait mieux convenu à une plage nocturne sur une chaîne câblée pour enfants. Comme tous les films Netflix, Bubble et The Bubble ont disparu aussi vite qu’ils étaient apparus, devenant des tuiles dans la mosaïque tentaculaire de contenus de l’entreprise, destinées à être lues automatiquement sur des ordinateurs portables dont les propriétaires se sont endormis.

Pendant des années, Ted Sarandos, le co-PDG de Netflix qui a été le pionnier de cette stratégie de distribution, a été salué par la presse comme un visionnaire. Même après que le géant du streaming a connu des difficultés en 2022, enregistrant une perte globale d’abonnés pour la première fois en dix ans, le promoteur de podcast Scott Galloway s’est précipité pour défendre Sarandos dans le New York Times, le comparant, ainsi que le cofondateur de Netflix Reed Hastings, à « A-Rod et Barry Bonds » [célèbres joueurs de base-ball]. Il a ajouté : « Il ne faut pas parier contre ces gars-là. » Galloway avait apparemment oublié que les deux joueurs de baseball qu’il avait nommés avaient été contrôlés positifs aux produits dopants au sommet de leur carrière. Ainsi, sa comparaison était plus juste qu’il ne le pensait. Netflix est une entreprise stéroïde, gonflée par le mensonge et la tromperie, et qui a enfreint toutes les règles d’Hollywood.

Pendant un siècle, la gestion d’un studio hollywoodien était simple. Plus les gens regardaient de films, plus les studios gagnaient d’argent. Avec Netflix, cependant, le public ne paie pas pour des films individuels. Il paie un abonnement pour tout regarder, ce qui a permis à un phénomène étrange de s’installer. Les films de Netflix n’ont pas à respecter les normes établies au cours de l’histoire du cinéma : ils n’ont pas à être rentables, beaux, sexy, intelligents, drôles, bien faits, ou tout ce qui attire le public dans les salles de cinéma. Les spectateurs de Netflix regardent depuis chez eux, sur leur canapé, dans leur lit, dans les transports en commun et aux toilettes. Souvent, ils ne regardent même pas.

Au cours de la dernière décennie, Netflix, qui a d’abord émergé comme un destructeur de magasins de vidéo, a développé un modèle commercial puissant pour conquérir la télévision, avant d’étendre son pouvoir étrange et destructeur sur le cinéma. Ce faisant, il a amené Hollywood au bord de l’insignifiance. Parce que Netflix ne se contente pas de survivre quand personne ne regarde, il prospère.

Selon Reed Hastings, l’idée de Netflix lui est venue en 1997, lorsqu’il a loué un VHS sur Apollo 13 chez Blockbuster Video. Quelques semaines plus tard, il a découvert la cassette sous une pile de papiers dans sa salle à manger. Il avait oublié de la rendre. Lorsqu’il l’a rendue, Hastings a été choqué d’apprendre qu’il devait 40 $ de frais de retard. « Je me suis senti tellement stupide », a-t-il déclaré plus tard à propos de cette expérience. « J’étais gêné. »

Hastings n’était pas le seul. Dans les années 1990, Blockbuster était décrié par ses clients. Comme l’a découvert la journaliste Gina Keating dans son livre Netflixed en 2012, les propres recherches de Blockbuster ont montré que les clients devaient généralement se rendre dans les magasins cinq week-ends de suite pour obtenir ce qu’ils voulaient. Les magasins étaient surstockés de films dont personne ne voulait et les employés laissaient des boîtes de VHS vides sur les étagères, donnant l’impression que l’inventaire d’un magasin était plus important qu’il ne l’était en réalité. Le pire, c’étaient les frais de retard : un retour en retard faisait souvent tripler le prix d’une location chez Blockbuster, et une cassette perdue pouvait coûter jusqu’à 200 dollars. Le système était largement décrié - les clients ont intenté vingt-trois recours collectifs distincts contre Blockbuster pour des frais de retard injustes - mais il était scandaleusement rentable. En 2000, lors de l’apogée de l’entreprise, Blockbuster a perçu près de 800 millions de dollars de frais de retard, soit 16 % de son chiffre d’affaires annuel. En interne, les dirigeants de l’entreprise décrivaient son modèle économique comme un modèle de « gestion de l’insatisfaction ».

L’année de l’incident d’Apollo 13, Hastings a vendu son entreprise de logiciels Pure Atria à une autre société de technologie pour plus de 700 millions de dollars. Son expérience chez Blockbuster l’a fait réfléchir. « Y avait-il un autre modèle, s’est-il demandé, pour offrir le plaisir de regarder des films dans son propre salon sans infliger la douleur de payer beaucoup quand on oublie de les rendre ? » Hastings et Marc Randolph, responsable du marketing produit chez Pure Atria, ont commencé à réfléchir à un nouveau type d’entreprise de location de films. Ils avaient remarqué le succès d’Amazon dans la vente de livres sur Internet. Pourquoi ne pas faire de même avec les films ?

Utilisant 2 millions de dollars de l’argent personnel de Hastings, le duo a commencé à tester des centaines de façons de vendre et de louer des DVD par courrier. Le modèle que Hastings et Randolph ont finalement consolidé, en 1999, était simple. Netflix facturait à ses clients un abonnement mensuel fixe pour louer jusqu’à quatre films à la fois. (Ce nombre a rapidement été réduit à trois.) Les clients pouvaient garder les DVD aussi longtemps qu’ils le souhaitaient (plus de frais de retard), mais ne pouvaient louer de nouveaux films qu’après avoir renvoyé les anciens. Cette approche illimitée était plus pratique pour les clients que celle de Blockbuster. Mais pour Hastings et Randolph, la satisfaction du client était secondaire. Le duo essayait de résoudre un problème logistique.

Le catalogue de DVD de Netflix n’était pas limité par la taille et l’espace d’étagère d’un magasin physique. Alors que Blockbuster devait peut-être stocker quatorze exemplaires d’un « grand » titre, comme A.I. de Steven Spielberg, au détriment d’autres options, Netflix pouvait stocker A.I. et Four Times That Night de Mario Bava ainsi que The Three Musketeers de Richard Lester. Mais même avec moins de contraintes d’espace, stocker plusieurs centaines de milliers de DVD dans l’entrepôt de Netflix était inefficace. « Reed et moi avons commencé à réfléchir », expliquera plus tard Randolph. « C’est un peu dommage que tous ces DVD restent ici dans un entrepôt sans servir à rien. Je me demande s’il y a un moyen de les stocker chez nos clients ? Pouvons-nous les laisser garder les DVD ? Peuvent-ils les garder aussi longtemps qu’ils le souhaitent ? »

Une décennie avant qu’Airbnb ne persuade les propriétaires de transformer leurs maisons en hôtels, Netflix a convaincu ses utilisateurs de transformer les leurs en mini entrepôts Netflix. Les clients qui conservaient leurs DVD plus longtemps réduisaient les frais d’expédition de Netflix, ainsi que le nombre de DVD que l’entreprise devait gérer et stocker. Netflix a suivi les gros utilisateurs de son service - en les qualifiant en interne de « porcs » - et a secrètement limité leurs livraisons. Peu importait que Netflix loue moins de DVD que Blockbuster, car l’entreprise continuerait à percevoir ses frais mensuels. La différence entre Blockbuster et Netflix était la suivante : Blockbuster punissait ses clients pour leur étourderie ; Netflix les récompensait pour leur inconscience.

MAURIZIO LAZZARATO
Armar-se para salvar o capitalismo financeiro!
A lição de Rosa Luxemburg, Kalecki, Baran e Sweezy

Maurizio Lazzarato, 26/3/2025
Charges de Enrico Bertuccioli
Traduzido por Tlaxcala, editado por Helga Heidrich

Maurizio Lazzarato (1955), exilado na França após a repressão desencadeada em 7 de abril de 1979 contra o movimento Autonomia Operária Organizada, do qual foi ativista na Universidade de Pádua, é um sociólogo e filósofo independente italiano que vive em Paris. É autor de vários livros e artigos sobre trabalho imaterial, capitalismo cognitivo, biopolítica e bioeconomia, dívida, guerra e o que ele chama de máquina capital-estado. Livros em português

"Por maior que seja uma nação, se ela amar a guerra, ela perecerá; por mais pacífico que seja o mundo, se ele se esquecer da guerra, estará em perigo."

                           "Wu Zi", antigo tratado militar chinês

"Quando dizemos sistema de guerra, queremos dizer um sistema como o que está em vigor, que assume a guerra, mesmo que apenas planejada e não combatida, como o fundamento e o ápice da ordem política, ou seja, da relação entre os povos e entre os homens. Um sistema em que a guerra não é um evento, mas uma instituição, não uma crise, mas uma função, não uma ruptura, mas uma pedra angular do sistema, uma guerra sempre depreciada e exorcizada, mas nunca abandonada como uma possibilidade real".

                                             Claudio Napoleoni, 1986


O advento de Trump é apocalíptico, no sentido original da palavra apocalipse, revelação. Sua agitação convulsiva tem o grande mérito de mostrar a natureza do capitalismo, a relação entre guerra, política e lucro, entre o capital e o Estado, geralmente encoberta pela democracia, pelos direitos humanos, pelos valores e pela missão da civilização ocidental. 

A mesma hipocrisia está no centro da narrativa construída para legitimar os 800 bilhões de euros para rearmamento que a UE está impondo por meio do uso do estado de exceção aos estados-membros. Armar-se não significa, como diz Draghi, defender "os valores que fundaram nossa sociedade europeia" e que "garantiram por décadas a paz, a solidariedade e, com nosso aliado americano, a segurança, a soberania e a independência de seus cidadãos", mas significa salvar o capitalismo financeiro.

Não há nem mesmo necessidade de grandes discursos e análises documentadas para mascarar a escassez dessas narrativas. Foi preciso apenas outro massacre de 400 civis palestinos para trazer à tona a verdade sobre a conversa indecente sobre a singularidade e a supremacia moral e cultural do Ocidente.

Trump não é um pacifista, ele apenas reconhece a derrota estratégica da OTAN na guerra da Ucrânia, enquanto as elites europeias rejeitam as evidências. Para elas, a paz significaria voltar ao estado catastrófico ao qual reduziram suas nações. A guerra deve continuar porque para eles, assim como para os democratas e o estado profundo dos EUA, é o meio de sair da crise que começou em 2008, como foi o caso da grande crise de 1929. Trump acha que pode resolvê-la priorizando a economia sem negar a violência, a chantagem, a intimidação e a guerra. É muito provável que nenhum dos dois tenha sucesso porque eles têm um problema enorme: o capitalismo, em sua forma financeira, está em crise profunda e é precisamente de seu centro, os EUA, que estão chegando sinais "dramáticos" para as elites que nos governam. Em vez de convergir para os EUA, o capital está fugindo para a Europa. Ótima notícia, um sintoma de grandes rupturas imprevisíveis que correm o risco de serem catastróficas

O capital financeiro não produz bens, mas bolhas que incham nos EUA e estouram em detrimento do resto do mundo, provando ser armas de destruição em massa. As finanças americanas sugam o valor (capital) de todo o mundo, investem-no em uma bolha que, mais cedo ou mais tarde, vai estourar, forçando os povos do planeta à austeridade, ao sacrifício para pagar por seus fracassos: primeiro a bolha da Internet, depois a bolha dos subprimes que causou uma das maiores crises financeiras da história do capitalismo, abrindo a porta para a guerra. Eles também tentaram a bolha do capitalismo verde que nunca decolou e, finalmente, a bolha incomparavelmente maior das empresas de alta tecnologia. A fim de tapar os buracos dos desastres da dívida privada descarregada sobre as dívidas públicas, o Federal Reserve e o banco europeu inundaram os mercados com liquidez que, em vez de "pingar" na economia real, serviu para alimentar a bolha da alta tecnologia e o desenvolvimento de fundos de investimento, conhecidos como os "Três Grandes", Vanguard, BlackRock e State Street (o maior monopólio da história do capitalismo, administrando US$ 50 trilhões, principal acionista de todas as empresas listadas mais importantes). Agora, até mesmo essa bolha está se esvaziando.

Se você dividir toda a capitalização da lista da Bolsa de Valores de Wall Street por dois, ainda estaremos muito longe do valor real das empresas de alta tecnologia, cujas ações foram infladas pelos próprios fundos para manter os dividendos altos para seus "poupadores" (os democratas também estavam contando com a substituição do bem-estar social por financiamento para todos, assim como haviam se iludido anteriormente sobre a moradia para todos os americanos).

Agora a farra está chegando ao fim. A bolha atingiu seu limite e os valores estão caindo com um risco real de colapso. Se acrescentarmos a isso a incerteza que as políticas de Trump, representante de uma finança que não é a dos fundos de investimento, introduzem em um sistema que este último conseguiu estabilizar com a ajuda dos democratas, entenderemos os temores dos "mercados". O capitalismo ocidental precisa de outra bolha porque não conhece nada além da reprodução do mesmo de sempre (a tentativa trumpiana de reconstruir a manufatura nos EUA está destinada a um fracasso certo). 


A identidade perfeita de "produção" e destruição

A Europa, que já gasta 386 bilhões de euros [UE: 326 bilhões; Reino Unido: 60 bilhões] em armamentos, ou seja, 2,64 vezes mais do que a Rússia [146 bilhões] (a OTAN é responsável por 55% dos gastos mundiais com armas e a Rússia, por 5%), decidiu fazer um grande plano de investimento de 800 bilhões de euros para aumentar ainda mais os gastos militares.

A guerra e a Europa, onde as redes políticas e econômicas ainda estão ativas, centros de poder que se referem à estratégia representada por Biden, que foi derrotado na última eleição presidencial, são a oportunidade de construir uma bolha baseada em armamentos para compensar as dificuldades crescentes dos "mercados" dos EUA. Desde dezembro, as ações das empresas de armamentos já são objeto de especulação, subindo de um lado para o outro e atuando como um porto seguro para o capital que vê a situação dos EUA como muito arriscada. No centro da operação estão os fundos de investimento, que também estão entre os maiores acionistas das principais empresas de armamentos. Eles detêm participações significativas na Boeing, Lockheed Martin e RTX, influenciando a administração e as estratégias dessas empresas. Na Europa, eles também estão presentes no complexo militar-industrial: a Rheinmetall, empresa alemã que produz Leopard e viu o preço de suas ações subir 100% nos últimos meses, tem como principais acionistas a Blackrock, Société Générale, Vanguard, etc. A Rheinmetall, a maior fabricante de munições da Europa, ultrapassou a maior montadora de automóveis do continente, a Volkswagen, em termos de capitalização, o mais recente sinal do crescente apetite dos investidores por ações relacionadas à defesa.

A União Europeia quer coletar e canalizar a poupança continental para armamentos, com consequências catastróficas para o proletariado e uma maior divisão da União. A corrida armamentista não poderá funcionar como "keynesianismo de guerra" porque o investimento em armas intervém em uma economia financeirizada e não mais industrial. Construído com dinheiro público, ele beneficiará uma pequena minoria de indivíduos privados, enquanto piora as condições da grande maioria da população.

A bolha armamentista só pode produzir os mesmos efeitos que a bolha de alta tecnologia dos EUA. Depois de 2008, as somas de dinheiro capturadas para investimento na bolha de alta tecnologia nunca "escorreram" para o proletariado dos EUA. Em vez disso, elas produziram uma desindustrialização cada vez maior, empregos precários e sem qualificação, baixos salários, pobreza desenfreada, a destruição do pouco bem-estar social herdado do New Deal e a subsequente privatização de todos os serviços. Isso é o que a bolha financeira europeia, sem dúvida, produzirá na Europa. A financeirização levará não apenas à destruição completa do estado de bem-estar social e à privatização total dos serviços, mas também à fragmentação política do que resta da União Europeia. As dívidas, contraídas por cada estado separadamente, terão de ser pagas e haverá enormes diferenças entre os estados europeus quanto à sua capacidade onerar os débitos contratados. 

O perigo real não são os russos, mas os alemães com seus 500 bilhões para rearmamento e outros 500 bilhões para infraestrutura, que foi um financiamento decisivo para a construção da bolha. Da última vez que eles se rearmaram, combinaram desastres mundiais (25 milhões de mortos somente na Rússia Soviética, a solução final etc.), daí a famosa declaração de Andreotti contra a unificação alemã: "Amo tanto a Alemanha que prefiro duas". À espera dos novos desenvolvimentos do nacionalismo e da extrema direita, já com 21%, que o "Deutschland ist zurück" inevitavelmente produzirá, a Alemanha imporá sua habitual hegemonia imperialista sobre os outros países europeus. Os alemães abandonaram rapidamente o credo ordo-liberal que não tinha base econômica, apenas política, e abraçaram a financeirização anglo-americana até o fim, mas com o mesmo objetivo: governar e explorar a Europa. O Financial Times fala de uma decisão tomada por Merz, homem da Blackrock, e Kukies, ministro do tesouro da Goldman Sachs, com o endosso dos partidos de "esquerda" SPD e Die Linke, que, como seus antecessores em 1914, estão mais uma vez assumindo a responsabilidade pela carnificina futura.

Se o imperialismo doméstico alemão anterior se baseava na austeridade, no mercantilismo das exportações, no congelamento de salários e na destruição do estado de bem-estar social, este se baseará no gerenciamento de uma economia de guerra europeia hierarquizada nos diferenciais de taxas de juros a serem pagos para quitar a dívida contraída.

Os países já altamente endividados (Itália, França, etc.) terão que encontrar quem comprará seus títulos emitidos para pagar a dívida, em um "mercado" europeu cada vez mais competitivo. Será melhor para os investidores comprarem títulos alemães, títulos emitidos por empresas de armamentos com especulação em alta e títulos da dívida pública europeia, que certamente são mais seguros e mais lucrativos do que os títulos de países superendividados. O famoso "spread" ainda desempenhará seu papel como em 2011. Os bilhões necessários para pagar os mercados não ficarão disponíveis para os estados de bem-estar social. O objetivo estratégico de todos os governos e oligarquias nos últimos cinquenta anos, a destruição dos gastos sociais para a reprodução do proletariado e sua privatização, será alcançado.

27 egoísmos nacionais lutarão entre si sem nada em jogo, porque a história, que "somos os únicos que sabemos o que realmente é", nos colocou em um canto, inútil e irrelevante após séculos de colonialismo, guerras e genocídios. 

A corrida armamentista é acompanhada por uma justificativa martelante de "estamos em guerra" contra todos (Rússia, China, Coreia do Norte, Irã, Brics) que não pode ser abandonada e que corre o risco de se concretizar porque essa quantidade delirante de armas ainda precisa "ser consumida". 

A lição de Rosa Luxemburgo, Kalecki, Baran e Sweezy

Somente os desinformados podem se surpreender com o que está acontecendo. Tudo está se repetindo, só que está acontecendo em um capitalismo financeiro e não mais em um capitalismo industrial como no século XX.

A guerra e os armamentos têm estado no centro da economia e da política desde que o capitalismo se tornou imperialista. Eles também estão no centro do processo de reprodução do capital e do proletariado, em uma competição feroz entre si.  Vamos reconstruir rapidamente a estrutura teórica fornecida por Rosa Luxemburgo, Kalecki, Baran e Sweezy, firmemente plantada, em contraste com as inúteis teorias críticas contemporâneas, nas categorias de imperialismo, monopólio e guerra, o que nos oferece um espelho da situação contemporânea.

Comecemos pela crise de 1929, que teve suas raízes na Primeira Guerra Mundial e na tentativa de sair dela ativando os gastos públicos por meio da intervenção estatal. De acordo com Baran e Sweezy (doravante B&S), a desvantagem dos gastos do governo na década de 1930 era seu volume, incapaz de neutralizar as forças depressivas da economia privada. 

"Visto como uma operação de resgate para a economia dos EUA como um todo, o New Deal foi, portanto, um fracasso flagrante. Até mesmo Galbraith, o profeta da prosperidade sem ordens de guerra, reconheceu que, na década de 1930 a 1940, 'a grande crise' nunca terminou".

Foi somente com a Segunda Guerra Mundial que isso chegou ao fim: "Então veio a guerra, e com a guerra veio a salvação (...) os gastos militares fizeram o que os gastos sociais não conseguiram fazer", porque os gastos do governo aumentaram de US$ 17,5 bilhões para US$ 103,1 bilhões.

B&S mostram que os gastos do governo não trouxeram os resultados que os gastos militares trouxeram porque foram limitados por um problema político que ainda é nosso. Por que o New Deal e seus gastos não conseguiram atingir uma meta que "estava ao alcance, como a guerra provou mais tarde"? Porque a natureza e a composição dos gastos públicos, ou seja, a reprodução do sistema e do proletariado, desencadeiam a luta de classes. 

"Dada a estrutura de poder do capitalismo monopolista dos EUA, o aumento dos gastos civis quase atingiu seus limites extremos. As forças que se opunham a uma expansão maior eram poderosas demais para serem superadas". 

Os gastos sociais competiam com as corporações e oligarquias ou as prejudicavam, tirando-lhes o poder econômico e político. "Como os interesses privados controlam o poder político, os limites dos gastos públicos são rigidamente estabelecidos sem qualquer preocupação com as necessidades sociais, por mais vergonhosas que sejam". E esses limites também se aplicavam aos gastos, à saúde e à educação, que na época, ao contrário de hoje, não estavam competindo diretamente com os interesses privados das oligarquias. 

A corrida armamentista permite o aumento dos gastos públicos do Estado, sem que isso se transforme em aumento dos salários e do consumo do proletariado. Como o dinheiro público pode ser gasto para evitar a depressão econômica que o monopólio traz e, ao mesmo tempo, evitar o fortalecimento do proletariado? "Com armamentos, com mais armamentos, com mais e mais armamentos".

Michael Kalecki, trabalhando no mesmo período, mas na Alemanha nazista, consegue elucidar outros aspectos do problema. Contra todo o economicismo, que sempre ameaça a compreensão do capitalismo por meio de teorias críticas, até mesmo marxistas, ele enfatiza a natureza política do ciclo do capital:   "A disciplina nas fábricas e a estabilidade política são mais importantes para os capitalistas do que os lucros atuais".

O ciclo político do capital, que agora só pode ser garantido pela intervenção do Estado, precisa recorrer aos gastos com armas e ao fascismo. Para Kalecki, o problema político também se manifesta na "direção e nos propósitos dos gastos públicos". A aversão ao "subsídio ao consumo de massa" é motivada pela destruição que ele causa "dos fundamentos da ética capitalista 'você ganhará seu pão com o suor do seu rosto' (a menos que viva da renda do capital)".

Como garantir que os gastos do Estado não se transformem em aumento de emprego, consumo e salários e, portanto, na força política do proletariado? O inconveniente para as oligarquias é superado com o fascismo, porque a máquina do Estado fica sob o controle do grande capital e da liderança fascista, com "a concentração dos gastos do Estado em armamentos", enquanto "a disciplina da fábrica e a estabilidade política são asseguradas pela dissolução dos sindicatos e dos campos de concentração. A pressão política substitui a pressão econômica do desemprego".

Daí o imenso sucesso dos nazistas com a maioria dos liberais britânicos e americanos.

A guerra e os gastos com armas são fundamentais para a política americana, mesmo após o fim da Segunda Guerra Mundial, porque uma estrutura política sem uma força armada, ou seja, sem o monopólio de seu exercício, é inconcebível. O volume do aparato militar de uma nação depende de sua posição na hierarquia mundial de exploração. "As nações mais importantes sempre precisarão de mais, e a extensão de suas necessidades (de força armada) variará de acordo com o fato de haver ou não uma luta acirrada pelo primeiro lugar entre elas". 

 Os gastos militares, portanto, continuaram a crescer no centro do imperialismo: "É claro que a maior parte da expansão dos gastos do governo ocorreu no setor militar, que subiu de menos de 1% para mais de 10% do PNB, e que foi responsável por cerca de dois terços do aumento total dos gastos do governo desde 1920. Essa absorção maciça do excedente em preparações limitadas tem sido o fato central da história americana do pós-guerra". 

Kalecki ressalta que, em 1966, "mais da metade do crescimento da renda nacional é resolvido pelo crescimento das despesas militares".

Agora, após a guerra, o capitalismo não podia mais contar com o fascismo para controlar os gastos sociais. O economista polonês, um "aluno" de Rosa Luxemburgo, ressalta: "Uma das funções fundamentais do hitlerismo era superar a aversão do grande capital à política anticapitalista de larga escala. A grande burguesia havia concordado com o abandono do laisser-faire e com o aumento radical do papel do Estado na economia nacional, com a condição de que o aparato estatal estivesse sob controle direto de sua aliança com a liderança fascista e que o destino e o conteúdo dos gastos públicos fossem determinados pelos armamentos. Nos Glorious Thirties, sem o fascismo garantindo a direção dos gastos públicos, os estados e os capitalistas foram forçados a um compromisso político. As relações de poder determinadas pelo século de revoluções forçam o Estado e os capitalistas a fazer concessões que, de qualquer forma, são compatíveis com lucros que atingem taxas de crescimento até então desconhecidas. Mas mesmo esse compromisso é demais porque, apesar dos grandes lucros, "os trabalhadores se tornam 'recalcitrantes' em tal situação e os 'capitães da indústria' ficam ansiosos para 'dar-lhes uma lição'".

A contrarrevolução, que se desenvolveu a partir do final da década de 1960, teve como centro a destruição dos gastos sociais e o desejo feroz de direcionar os gastos públicos para os interesses únicos e exclusivos das oligarquias. O problema, desde a República de Weimar, nunca foi uma intervenção genérica do Estado na economia, mas o fato de o Estado ter sido investido pela luta de classes e ter sido forçado a ceder às demandas das lutas dos trabalhadores e do proletariado.

Nos tempos "pacíficos" da Guerra Fria, sem a ajuda do fascismo, a explosão dos gastos militares precisa de legitimação, garantida pela propaganda capaz de evocar continuamente a ameaça de uma guerra iminente, de um inimigo às portas pronto para destruir os valores ocidentais: "Os criadores não oficiais e oficiais da opinião pública têm a resposta pronta: os Estados Unidos devem defender o mundo livre da ameaça de agressão soviética (ou chinesa)".

Kalecki, para o mesmo período, especifica: "Jornais, cinema, estações de rádio e televisão que trabalham sob a égide da classe dominante criam uma atmosfera que favorece a militarização da economia".

Os gastos com armamentos não têm apenas uma função econômica, mas também uma função de produzir subjetividades subjugadas. A guerra, ao exaltar a subordinação e o comando, "contribui para a criação de uma mentalidade conservadora".

"Enquanto os gastos públicos maciços com educação e bem-estar tendem a minar a posição privilegiada da oligarquia, os gastos militares fazem o oposto. A militarização favorece todas as forças reacionárias (...) um respeito cego pela autoridade é determinado; uma conduta de conformidade e submissão é ensinada e imposta; e a opinião contrária é considerada antipatriótica ou até mesmo traidora."

O capitalismo produz um capitalista que, precisamente por causa da forma política de seu ciclo, é um semeador de morte e destruição, em vez de um promotor do progresso. Richard B. Russell, um senador conservador do sul dos EUA na década de 1960, citado pela B&S, nos diz: "Há algo nos preparativos para a destruição que induz os homens a gastar dinheiro de forma mais descuidada do que se fosse para fins construtivos. Não sei por que isso acontece, mas durante os cerca de trinta anos em que estive no Senado, percebi que, ao comprar armas para matar, destruir, varrer cidades da face da Terra e eliminar grandes sistemas de transporte, há algo que faz com que os homens não calculem os gastos com o mesmo cuidado que têm quando se trata de pensar em moradia decente e assistência médica para os seres humanos.

A reprodução do capital e do proletariado tornou-se politizada por meio das revoluções do século XX. A luta de classes também gerou uma oposição radical entre a reprodução da vida e a reprodução de sua destruição, que só se aprofundou a partir da década de 1930.


Como funciona o capitalismo

A guerra e os armamentos, praticamente excluídos de todas as teorias críticas do capitalismo, funcionam como discriminadores na análise do capital e do Estado.

É muito difícil definir o capitalismo como um "modo de produção", como fez Marx, porque a economia, a guerra, a política, o Estado e a tecnologia são elementos intimamente interligados e inseparáveis. A "crítica da economia" não é suficiente para produzir uma teoria revolucionária. Já com o advento do imperialismo, produziu-se uma mudança radical no funcionamento do capitalismo e do Estado, o que ficou muito claro com Rosa Luxemburgo, para quem a acumulação tem duas expectativas. O primeiro "diz respeito à produção de mais-valia - na fábrica, na mina, na exploração agrícola - e à circulação de mercadorias no mercado. Visto desse ponto de vista, a acumulação é um processo econômico cuja fase mais importante é uma transação entre o capitalista e o assalariado". O segundo aspecto tem o mundo inteiro como seu teatro, uma dimensão mundial irredutível ao conceito de "mercado" e suas leis econômicas. "Aqui os métodos empregados são a política colonial, o sistema internacional de empréstimos, a política das esferas de interesse, a guerra. A violência, o engano, a opressão, a predação se desenvolvem abertamente, sem máscara, e é difícil reconhecer as leis estritas do processo econômico no entrelaçamento da violência econômica e da brutalidade política".

A guerra não é uma continuação da política, mas sempre coexistiu com ela, como mostra o funcionamento do mercado mundial. Aqui, onde a guerra, a fraude e a predação coexistem com a economia, a lei do valor nunca funcionou de fato. O mercado mundial parece muito diferente daquele esboçado por Marx. Suas considerações parecem não se aplicar mais, ou melhor, precisam ser especificadas: somente no mercado mundial o dinheiro e o trabalho se tornariam adequados ao seu conceito, concretizando sua abstração e universalidade. Pelo contrário, o que podemos ver é que o dinheiro, a forma mais abstrata e universal de capital, é sempre a moeda de um Estado. O dólar é a moeda dos Estados Unidos e reina somente como tal. A abstração do dinheiro e sua universalidade (e seus automatismos) são apropriados por uma "força subjetiva" e são gerenciados de acordo com uma estratégia que não está contida no dinheiro.  

Até mesmo as finanças, assim como a tecnologia, parecem ser objeto de apropriação por forças subjetivas "nacionais", muito pouco universais.  No mercado mundial, mesmo o trabalho abstrato não triunfa como tal, mas, em vez disso, encontra outro trabalho radicalmente diferente (trabalho servil, trabalho escravo etc.) e é objeto de estratégias.

A ação de Trump, ao deixar cair o véu hipócrita do capitalismo democrático, nos revela o segredo da economia: ela só pode funcionar a partir de uma divisão internacional de produção e reprodução que é politicamente definida e imposta, ou seja, por meio do uso da força, o que também implica guerra. 

A vontade de explorar e dominar, gerenciando relações políticas, econômicas e militares simultaneamente, constrói uma totalidade que nunca pode se fechar em si mesma, mas sempre permanece aberta, dividida por conflitos, guerras e predações. Nessa totalidade dividida, todas as relações de poder convergem e governam a si mesmas. Trump intervém no uso das palavras, mas também nas teorias de gênero, ao mesmo tempo em que gostaria de impor um novo posicionamento global, tanto político quanto econômico, dos EUA. Do micro ao macro, uma ação política na qual os movimentos contemporâneos estão longe de sequer pensar.

A construção da bolha financeira, um processo que podemos acompanhar passo a passo, ocorre da mesma forma. Há muitos atores envolvidos em sua produção: a União Europeia, os Estados que precisam se endividar, o Banco Europeu de Investimento, os partidos políticos, a mídia e a opinião pública, os grandes fundos de investimento (todos dos Estados Unidos) que organizam o transporte de capital de uma bolsa de valores para outra e as grandes empresas. Somente depois que o choque/cooperação entre esses centros de poder der seu veredicto é que a bolha econômica e seus automatismos poderão funcionar. Há toda uma ideologia sobre o funcionamento automático que deve ser desmascarada. O "piloto automático", especialmente em nível financeiro, existe e funciona somente depois de ter sido politicamente estabelecido. Ele não existia na década de 1930 porque foi decidido politicamente; ele está funcionando desde o final da década de 1970, por vontade política explícita.

Essa multiplicidade de atores que vêm se agitando há meses é mantida unida por uma estratégia. Portanto, há um elemento subjetivo que intervém de maneira fundamental. Na verdade, dois. Do ponto de vista capitalista, há uma luta feroz entre o "fator subjetivo" Trump e o "fator subjetivo" das elites que foram derrotadas nas eleições presidenciais, mas que ainda têm forte presença nos centros de poder nos EUA e na Europa. 

Mas para que o capitalismo funcione, devemos considerar também um fator proletário subjetivo. Ele desempenha um papel decisivo porque ou se tornará o portador passivo do novo processo de produção/reprodução de capital ou tenderá a rejeitá-lo e destruí-lo. Dada a incapacidade do proletariado contemporâneo, o mais fraco, o mais desorientado, o menos autônomo e independente da história do capitalismo, a primeira opção parece ser a mais provável. Mas se ele não conseguir opor sua própria estratégia às contínuas inovações estratégicas do inimigo, capazes de se renovar continuamente, cairemos em uma assimetria de relações de poder que nos levará de volta ao período anterior à revolução francesa, a um novo/já visto "ancien régime".