Lyna Al Tabal, Rai
Al Youm, 2/3/2026
Traduit par Tlaxcala
Hier matin, Israël s'est réveillé inquiet. Il a fait le même cauchemar qui le hante chaque nuit. Il s'est vu sans contrôle. Il a ouvert les yeux rapidement, s'est assis dans son lit, a palpé son corps et a inspecté soigneusement les murs de son existence. Il fallait que les choses restent à leur place, le monde devait être sous son emprise.
Dans le rêve, il perdait le
contrôle, ce qui est impardonnable. Il s'est donc levé hier et a décidé que le Machrek
avait besoin d'une nouvelle vague de terreur et d'intimidation sadique.
Il a commencé à halluciner sur
l'expression « élimination de la menace existentielle ». La menace est toujours
existentielle, l'existence est toujours en danger, et l'occupation est toujours
innocente. Elle peut sentir la mort,
elle peut faire évaporer notre sang. Mais elle est innocente.
Mais la question à laquelle
l'entité ne permet pas de répondre est la suivante : Israël est-il prêt pour
une longue guerre ? Cette société, qui vit dans une phobie permanente, a-t-elle
le courage de mener une longue guerre ? Et son peuple, qui n'a pas encore fini
de compter ses fenêtres brisées et ses portes arrachées lors des guerres
précédentes. Des milliers d'Israéliens
vivent dans un transit permanent, ils ont été chassés de leurs quartiers et n'y
sont pas retournés.
Quelle misère pour cette entité
qui se nourrit de cadavres, pour découvrir finalement qu'elle se dévore
elle-même.
La guerre chez eux ressemble aux
soldes saisonniers : elle revient tous les quelques mois, avec de nouvelles
affiches et des couleurs plus criardes, mais la marchandise est la même : du
fascisme en conserve, périmé et écœurant au point d'en avoir la nausée.
Puis Donald Trump apparaît, avec
son visage qui ressemble à une tomate jaune mûrie à l'excès sous les lampes du
solarium, et parle de paix. Trump n'aime
pas les guerres longues. Il préfère les guerres courtes, l'image d'une arme
américaine qui bombarde, puis écrit par-dessus un tweet sur la grandeur.
Trump est un poète qui aspire à
un Machrek « éviscéré ». pardon,
désarmé.
Sans armes pour le Hamas,
ni pour le Hezbollah,
ni pour l'Iran.
Ni pour l'Irak. Ni pour le Yémen.
Sans personne qui ait le droit de tirer, sauf Israël.
Le seul pays à qui tout est permis : l'extermination,
les armes,
les avions,
la dissuasion,
et le droit à la frappe préemptive permanente.
Comment appeler ce modèle qui
demande à tout le monde de déposer les armes alors qu'il conserve tous les
moyens de puissance ?
Supposons, à titre purement
hypothétique, que le miracle se soit produit :
Hamas rend ses armes lors d'un
défilé festif sous les flashs des appareils photo et avec les Toyota blanches immaculées ;
le Hezbollah scelle ses entrepôts
avec de la cire rouge et jette les clés dans la Méditerranée ;
et l'Iran annonce la fin de ses
rêves nucléaires et transforme ses réacteurs en usines de barbe à papa.
Croyez-vous vraiment que le
gouvernement israélien se réveillera le lendemain matin, se frottera les yeux
et dira : « La paix est venue, asseyons-nous maintenant pour discuter de la fin
de l'occupation » ?
Quelle naïveté ! Pensez-vous que
les crocs qui ont l'habitude de déchirer la terre et de sucer le sang se
transformeront soudainement en sourire hollywoodien ? Se retirera-t-il des
terres qu'il a occupées ? Les colonies qui ont poussé comme des champignons
seront-elles démantelées ? La solution à deux États deviendra-t-elle
soudainement un projet national qu'ils enseigneront à leurs enfants ? Un État
qui a pratiqué le génocide à Gaza va-t-il nous sourire ?
Bien sûr que non. Selon la doctrine de prédation qu'ils
pratiquent, dès que notre puissance disparaîtra, Netanyahu ou son remplaçant,
peu importe, viendra nous dire : « Nous sommes maintenant inquiets de vos
intentions. Nous avons besoin d'une
nouvelle condition ».
Il y a toujours une nouvelle
condition. Ils exigeront que nous
retirions les idées de nos têtes, que nous retirions la nostalgie de nos cœurs,
que nous retirions l'histoire.
Ils veulent que nous nous
rendions, que nous laissions tout derrière nous et que nous disparaissions.
Croyez-moi. Si nous leur remettons les clés de nos maisons
et de nos villes, ils exigeront de nous des excuses officielles pour les avoir
fatigués pendant qu’ils nous expulsaient !
Quant à vous, qui faites la queue
pour manifester votre solidarité avec Israël et avec la tomate jaune, que
ferez-vous demain sur Facebook ? Et comment parfumerez-vous vos tweets sur X ?
Savez-vous vraiment ce que vous
faites ?
Laissez-moi vous dire la vérité :
personne ne pose la question la plus effrayante. De combien de guerres cette entité israélienne
a-t-elle besoin pour se sentir ne serait-ce qu'une seconde en sécurité ?
Combien d’hectolitres de notre sang faut-il verser, et combien de victoires
factices cet édifice fragile a-t-il besoin pour se maintenir au pouvoir ?
La vérité est que nous sommes
face à un cas de boulimie pathologique de meurtre. Israël ne cherche pas des
frontières, il cherche des victimes pour compenser un manque dans son identité.
C'est ainsi que les choses
commencent… et c'est ainsi qu'elles finissent. Non pas par un rugissement comme
ils le prétendent, mais par une personne pâle, effrayée… terrifiée… hantée par
la phobie. Une personne qui a besoin chaque matin de tuer, de détruire, de
brûler, juste pour se prouver à elle-même qu'elle n'a pas peur.
Ils construisent des murs plus
hauts, ils inventent des missiles plus intelligents, mais ils ne peuvent
construire une seule once de réconfort dans le cœur d'un colon.
Malheur à cette entité… Elle
croit qu'empiler les cadavres lui fera une patrie, alors que la vérité est que
chaque goutte de notre sang est un clou de plus dans le cercueil de son mirage.


