Palantir agrège les données, Claude d’Anthropic les analyse et les humains approuvent les frappes dans le cadre d’une opération assistée par l’IA
Kang Da-eun, THE CHOSUN Daily, 5/3/2026
Traduit par Tlaxcala
La
récente frappe aérienne usaméricaine contre l’Iran, baptisée opération « Epic
Fury », a été décrite comme « la première frappe aérienne menée par l’IA ».
Cette évaluation découle de l’implication profonde d’Anthropic, une startup usaméricaine
d’IA, et de Palantir, une société d’analyse de données IA, dans l’opération. L’analyse
indique que l’IA a joué un rôle critique dans l’ensemble de la chaîne meutrière
(kill chain) — de la collecte de renseignements aux frappes de précision
— tandis que les humains ont conservé la responsabilité des décisions et
approbations finales, marquant un tournant dans la guerre moderne.
Les USA
et Israël ont lancé une attaque surprise contre l’Iran le 28 février,
capitalisant apparemment sur une rare opportunité lorsque la direction
politique et militaire de l’Iran, dont le guide suprême, l’ayatollah Ali
Khamenei, était réunie. Si les réseaux de renseignement humain qui avaient
collecté des données sur le terrain pendant des années ont joué un rôle
significatif, l’IA a été fortement impliquée dans l’analyse de ces informations
et la conception de scénarios de frappe optimaux. En compilant des rapports du Wall
Street Journal (WSJ), de CNN, et les réponses de modèles d’IA comme
Claude, Gemini et Perplexity, nous résumons comment les technologies d’IA ont
été utilisées dans la frappe aérienne usaméricaine contre l’Iran sous forme de
questions-réponses.
Q
: Quel rôle l’IA a-t-elle joué dans la frappe aérienne contre l’Iran ?
R :
Palantir a intégré des données fragmentées provenant de diverses agences usaméricaines
— imagerie satellite, séquences de drones, signaux radar et communications
interceptées — pour cartographier les mouvements militaires à travers l’Iran.
Le modèle d’IA d’Anthropic, Claude, a ensuite analysé ces données pour
déterminer les cibles, méthodes et séquences de frappe optimales, fournissant
aux commandants humains des recommandations exploitables.
Métaphoriquement,
Palantir agit comme un centre de contrôle agrégeant les flux de
vidéosurveillance à l’échelle d’une ville pour afficher les menaces en temps
réel, comme « stockage de missiles dans le bâtiment 3 » ou « regroupement
de chars sur la route 5 ». Claude, quant à lui, fonctionne comme un
analyste conseiller : « Le bâtiment 2 présente le risque le plus élevé ;
une frappe maintenant offre une probabilité de succès de 87% ».
Q
: Qu’est-ce que Palantir ?
R :
Fondée en 2003 par les cofondateurs de PayPal Peter Thiel, Alex Karp, Joe
Lonsdale, Steven Cohen et Nathan Getty, Palantir a émergé après le 11 septembre
avec l’objectif de centraliser les données de renseignement éparpillées pour
identifier les terroristes. En 2004, elle a obtenu un financement initial d’In-Q-Tel,
la branche de capital-risque de la CIA, et s’est développée en fournissant des
plateformes d’analyse de données à l’armée usaméricaine, à la CIA, au FBI et à d’autres
agences. Elle est maintenant une entreprise technologique cotée à la Bourse de
New York.
Le
3 mars, à Miami, manifestation contre Palantir, qui collabore avec le
département de la Défense et l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Photo
Reuters-Yonhap
Q
: Quel rôle Palantir a-t-il joué dans la frappe aérienne contre l’Iran ?
R :
Palantir a unifié des milliards de points de données fragmentés — images
satellites, vidéos de drones, signaux radar et communications interceptées — en
un ensemble de données cohérent. Cela a permis aux commandants de visualiser
intuitivement les installations militaires et les mouvements de personnel
iraniens, un peu comme un « Google Maps de la guerre » combiné à un « tableau
de bord de renseignement en temps réel ».
Q
: Quelles technologies Palantir a-t-il utilisées ?
R :
La plateforme Gotham, axée sur la défense, et sa plateforme d’IA AIP ont été
essentielles. Gotham intègre des données disparates — rapports militaires,
imagerie satellite/drone, communications interceptées — dans un réseau
interrogeable, cartographiant les objets sur une grille militaire de haute
précision. Par exemple, elle suit les changements sur une base de missiles sur
six mois ou analyse les mouvements ennemis en utilisant la surveillance en
temps réel.
AIP
opère au sein de Gotham, connectant de manière sécurisée des modèles d’IA
externes comme Claude à des données militaires classifiées. Elle garantit que
Claude fonctionne au sein du réseau fermé du Pentagone, empêchant les commandes
de frappe non autorisées et fournissant une interface permettant aux
commandants humains d’approuver les décisions finales. Lorsque Gotham transmet
des données à AIP, celle-ci demande à Claude d’analyser les menaces, par
exemple en classant les centres de commandement du Corps des Gardiens de la
Révolution islamique (CGRI) par niveau de risque. L’analyse de Claude est
ensuite transmise aux commandants humains pour approbation.
Q
: Quel était le rôle de Claude d’Anthropic ?
R :
Claude a agi comme le « cerveau » au sein de l’écosystème de données
de Palantir, fournissant des analyses stratégiques en analysant les rapports de
renseignement et les données textuelles pour évaluer l’intention de l’ennemi ou
les niveaux de menace. Par exemple, il pourrait conclure : « Ce bâtiment a
95% de probabilité d’être le centre de commandement de Khamenei » ou « Probabilité
à 80% d’être lié aux lance-missiles à proximité ». Il effectue également
une correspondance de modèles (pattern matching) par rapport aux données
historiques, comme « Similarité à 90% avec l’imagerie passée d’installations
nucléaires », et réalise des simulations de combat pour répondre à des
questions complexes telles que : « Quelle est la probabilité de
représailles de l’Iran si la cible A est frappée ? » ou « Quel est l’angle
d’entrée optimal du drone pour contourner les défenses aériennes ? »
Q
: Comment résumeriez-vous la collaboration entre Palantir et Anthropic dans la
frappe aérienne contre l’Iran ?
R :
En utilisant une analogie avec les échecs, Palantir affiche toutes les pièces
sur l’échiquier, tandis que Claude conseille : « Frapper cette base
pendant le ravitaillement maximise l’efficacité dans les 10 minutes ». Les
commandants humains examinent l’analyse de Claude avant d’appuyer sur le bouton
de la frappe finale. Palantir montre l’échiquier ; Claude est l’entraîneur analyste
: « Ce coup offre 87% de chances de mat en cinq coups ». Les humains
effectuent le mouvement réel.
Q
: Pourquoi y a-t-il un conflit entre le Pentagone et Anthropic ?
R :
Depuis fin 2024, Anthropic s’est associé à Palantir et AWS [Amazon Webs
Services] pour fournir Claude aux environnements militaires et de renseignement
classifiés. Alors que le gouvernement usaméricain insistait pour une
utilisation sans restriction de l’IA à des fins militaires, le PDG d’Anthropic,
Dario Amodei, a refusé d’abandonner les garde-fous contre la surveillance
nationale ou les armes entièrement autonomes. Le président Donald Trump a
condamné cette position, déclarant : « Les USA ne laisseront pas des
entreprises gauchistes radicales dicter comment notre grande armée se bat et
gagne » et a interdit aux agences fédérales d’utiliser Anthropic le 27 février.
Cependant, le Pentagone a utilisé Claude lors de la frappe contre l’Iran moins
d’un jour plus tard. Les USA prévoient de passer à xAI et OpenAI, mais le
remplacement pourrait prendre au moins six mois en raison de l’intégration
profonde de Claude dans Palantir et les systèmes militaires.
Image
montrant les rôles de Palantir et d’Anthropic sur le champ de bataille. Quand
Palantir collecte et intègre divers types de données, l’IA d’Anthropic les
analyse pour établir les opérations. Les humains n’ont plus qu’à prendre les
décisions. Image Gemini
Q
: Palantir diverge-t-il d’avec Anthropic sur la militarisation de l’IA ?
R :
Peter Thiel de Palantir et son PDG Alex Karp plaident pour une doctrine de
sécurité nationale forte et réaliste. Ils considèrent qu’il est de leur devoir
moral de fournir l’IA à l’armée, croyant que seules les idéologies soutenues
par une puissance militaire et économique robuste peuvent changer le monde et
que la dissuasion par la force assure la paix. Palantir affirme que sa mission
principale est de prévenir la guerre.
Q
: Quelles autres technologies d’IA sont déployées militairement en dehors de
Palantir et Anthropic ?
R :
Les technologies de pointe des entreprises usaméricaines sont de plus en plus
utilisées dans la guerre. Le réseau satellite exclusif au gouvernement de
SpaceX, Starshield, maintient l’infrastructure de communication pour les
opérations de drones et la connectivité sur les lignes de front — agissant
comme un « internet de guerre » résistant au brouillage GPS.
L’armée
usaméricaine développe et déploie également des systèmes d’IA qui pilotent de
manière autonome des drones et exécutent des frappes de précision. Dans ce
système, « Hive Mind »de Shield AI et « Lattice » d’Anduril AI
collaborent. Hive Mind permet aux drones de naviguer de manière autonome vers
les cibles même lorsque le GPS ou les réseaux de communication sont perturbés.
En s’approchant de la cible, le système bascule vers Lattice, qui se spécialise
dans l’identification des cibles et la connaissance de la situation. Cette
double collaboration d’IA permet des frappes de précision même dans des
environnements à faible connectivité.
Décollage
d’un drone de combat sans pilote YFQ-44A de l’US Air Force, équipé de logiciels
autonomes de mission de Shield AI et Anduril. Photo Reuters-Yonhap





