15/03/2026

L’IA de Palantir et Anthropic guide les frappes usaméricaines contre l’Iran

Palantir agrège les données, Claude d’Anthropic les analyse et les humains approuvent les frappes dans le cadre d’une opération assistée par l’IA

Kang Da-eun, THE CHOSUN Daily5/3/2026
Traduit par
Tlaxcala


Le 3 mars, de la fumée s’élève sur le site d’une frappe aérienne israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth. Photo AFP-Yonhap

La récente frappe aérienne usaméricaine contre l’Iran, baptisée opération « Epic Fury », a été décrite comme « la première frappe aérienne menée par l’IA ». Cette évaluation découle de l’implication profonde d’Anthropic, une startup usaméricaine d’IA, et de Palantir, une société d’analyse de données IA, dans l’opération. L’analyse indique que l’IA a joué un rôle critique dans l’ensemble de la chaîne meutrière (kill chain) — de la collecte de renseignements aux frappes de précision — tandis que les humains ont conservé la responsabilité des décisions et approbations finales, marquant un tournant dans la guerre moderne.

Les USA et Israël ont lancé une attaque surprise contre l’Iran le 28 février, capitalisant apparemment sur une rare opportunité lorsque la direction politique et militaire de l’Iran, dont le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, était réunie. Si les réseaux de renseignement humain qui avaient collecté des données sur le terrain pendant des années ont joué un rôle significatif, l’IA a été fortement impliquée dans l’analyse de ces informations et la conception de scénarios de frappe optimaux. En compilant des rapports du Wall Street Journal (WSJ), de CNN, et les réponses de modèles d’IA comme Claude, Gemini et Perplexity, nous résumons comment les technologies d’IA ont été utilisées dans la frappe aérienne usaméricaine contre l’Iran sous forme de questions-réponses.

Q : Quel rôle l’IA a-t-elle joué dans la frappe aérienne contre l’Iran ?

R : Palantir a intégré des données fragmentées provenant de diverses agences usaméricaines — imagerie satellite, séquences de drones, signaux radar et communications interceptées — pour cartographier les mouvements militaires à travers l’Iran. Le modèle d’IA d’Anthropic, Claude, a ensuite analysé ces données pour déterminer les cibles, méthodes et séquences de frappe optimales, fournissant aux commandants humains des recommandations exploitables.

Métaphoriquement, Palantir agit comme un centre de contrôle agrégeant les flux de vidéosurveillance à l’échelle d’une ville pour afficher les menaces en temps réel, comme « stockage de missiles dans le bâtiment 3 » ou « regroupement de chars sur la route 5 ». Claude, quant à lui, fonctionne comme un analyste conseiller : « Le bâtiment 2 présente le risque le plus élevé ; une frappe maintenant offre une probabilité de succès de 87% ».

Q : Qu’est-ce que Palantir ?

R : Fondée en 2003 par les cofondateurs de PayPal Peter Thiel, Alex Karp, Joe Lonsdale, Steven Cohen et Nathan Getty, Palantir a émergé après le 11 septembre avec l’objectif de centraliser les données de renseignement éparpillées pour identifier les terroristes. En 2004, elle a obtenu un financement initial d’In-Q-Tel, la branche de capital-risque de la CIA, et s’est développée en fournissant des plateformes d’analyse de données à l’armée usaméricaine, à la CIA, au FBI et à d’autres agences. Elle est maintenant une entreprise technologique cotée à la Bourse de New York.

 

Le 3 mars, à Miami, manifestation contre Palantir, qui collabore avec le département de la Défense et l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Photo Reuters-Yonhap

Q : Quel rôle Palantir a-t-il joué dans la frappe aérienne contre l’Iran ?

R : Palantir a unifié des milliards de points de données fragmentés — images satellites, vidéos de drones, signaux radar et communications interceptées — en un ensemble de données cohérent. Cela a permis aux commandants de visualiser intuitivement les installations militaires et les mouvements de personnel iraniens, un peu comme un « Google Maps de la guerre » combiné à un « tableau de bord de renseignement en temps réel ».

Q : Quelles technologies Palantir a-t-il utilisées ?

R : La plateforme Gotham, axée sur la défense, et sa plateforme d’IA AIP ont été essentielles. Gotham intègre des données disparates — rapports militaires, imagerie satellite/drone, communications interceptées — dans un réseau interrogeable, cartographiant les objets sur une grille militaire de haute précision. Par exemple, elle suit les changements sur une base de missiles sur six mois ou analyse les mouvements ennemis en utilisant la surveillance en temps réel.

AIP opère au sein de Gotham, connectant de manière sécurisée des modèles d’IA externes comme Claude à des données militaires classifiées. Elle garantit que Claude fonctionne au sein du réseau fermé du Pentagone, empêchant les commandes de frappe non autorisées et fournissant une interface permettant aux commandants humains d’approuver les décisions finales. Lorsque Gotham transmet des données à AIP, celle-ci demande à Claude d’analyser les menaces, par exemple en classant les centres de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) par niveau de risque. L’analyse de Claude est ensuite transmise aux commandants humains pour approbation.

Q : Quel était le rôle de Claude d’Anthropic ?

R : Claude a agi comme le « cerveau » au sein de l’écosystème de données de Palantir, fournissant des analyses stratégiques en analysant les rapports de renseignement et les données textuelles pour évaluer l’intention de l’ennemi ou les niveaux de menace. Par exemple, il pourrait conclure : « Ce bâtiment a 95% de probabilité d’être le centre de commandement de Khamenei » ou « Probabilité à 80% d’être lié aux lance-missiles à proximité ». Il effectue également une correspondance de modèles (pattern matching) par rapport aux données historiques, comme « Similarité à  90% avec l’imagerie passée d’installations nucléaires », et réalise des simulations de combat pour répondre à des questions complexes telles que : « Quelle est la probabilité de représailles de l’Iran si la cible A est frappée ? » ou « Quel est l’angle d’entrée optimal du drone pour contourner les défenses aériennes ? »

Q : Comment résumeriez-vous la collaboration entre Palantir et Anthropic dans la frappe aérienne contre l’Iran ?

R : En utilisant une analogie avec les échecs, Palantir affiche toutes les pièces sur l’échiquier, tandis que Claude conseille : « Frapper cette base pendant le ravitaillement maximise l’efficacité dans les 10 minutes ». Les commandants humains examinent l’analyse de Claude avant d’appuyer sur le bouton de la frappe finale. Palantir montre l’échiquier ; Claude est l’entraîneur analyste : « Ce coup offre 87% de chances de mat en cinq coups ». Les humains effectuent le mouvement réel.

Q : Pourquoi y a-t-il un conflit entre le Pentagone et Anthropic ?

R : Depuis fin 2024, Anthropic s’est associé à Palantir et AWS [Amazon Webs Services] pour fournir Claude aux environnements militaires et de renseignement classifiés. Alors que le gouvernement usaméricain insistait pour une utilisation sans restriction de l’IA à des fins militaires, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, a refusé d’abandonner les garde-fous contre la surveillance nationale ou les armes entièrement autonomes. Le président Donald Trump a condamné cette position, déclarant : « Les USA ne laisseront pas des entreprises gauchistes radicales dicter comment notre grande armée se bat et gagne » et a interdit aux agences fédérales d’utiliser Anthropic le 27 février. Cependant, le Pentagone a utilisé Claude lors de la frappe contre l’Iran moins d’un jour plus tard. Les USA prévoient de passer à xAI et OpenAI, mais le remplacement pourrait prendre au moins six mois en raison de l’intégration profonde de Claude dans Palantir et les systèmes militaires.

Image montrant les rôles de Palantir et d’Anthropic sur le champ de bataille. Quand Palantir collecte et intègre divers types de données, l’IA d’Anthropic les analyse pour établir les opérations. Les humains n’ont plus qu’à prendre les décisions. Image Gemini

Q : Palantir diverge-t-il d’avec Anthropic sur la militarisation de l’IA ?

R : Peter Thiel de Palantir et son PDG Alex Karp plaident pour une doctrine de sécurité nationale forte et réaliste. Ils considèrent qu’il est de leur devoir moral de fournir l’IA à l’armée, croyant que seules les idéologies soutenues par une puissance militaire et économique robuste peuvent changer le monde et que la dissuasion par la force assure la paix. Palantir affirme que sa mission principale est de prévenir la guerre.

Q : Quelles autres technologies d’IA sont déployées militairement en dehors de Palantir et Anthropic ?

R : Les technologies de pointe des entreprises usaméricaines sont de plus en plus utilisées dans la guerre. Le réseau satellite exclusif au gouvernement de SpaceX, Starshield, maintient l’infrastructure de communication pour les opérations de drones et la connectivité sur les lignes de front — agissant comme un « internet de guerre » résistant au brouillage GPS.

L’armée usaméricaine développe et déploie également des systèmes d’IA qui pilotent de manière autonome des drones et exécutent des frappes de précision. Dans ce système, « Hive Mind »de Shield AI et « Lattice » d’Anduril AI collaborent. Hive Mind permet aux drones de naviguer de manière autonome vers les cibles même lorsque le GPS ou les réseaux de communication sont perturbés. En s’approchant de la cible, le système bascule vers Lattice, qui se spécialise dans l’identification des cibles et la connaissance de la situation. Cette double collaboration d’IA permet des frappes de précision même dans des environnements à faible connectivité.

Décollage d’un drone de combat sans pilote YFQ-44A de l’US Air Force, équipé de logiciels autonomes de mission de Shield AI et Anduril. Photo Reuters-Yonhap

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