Mohammed Omar, houseofsaud.com, 16/3/2026
Traduit par Tlaxcala
Trump a demandé à 6 pays d’envoyer des navires de guerre à Ormuz. Aucun ne s’y est engagé. L’Inde et la Chine ont plutôt conclu des accords avec l’Iran. Ce que l’échec de la coalition signifie pour la sécurité saoudienne.
RIYAD — Le 14 mars, le
président Donald Trump a appelé six pays à envoyer des navires de guerre dans
le détroit d’Ormuz, promettant une flotte multinationale qui briserait le
blocus iranien et rétablirait le flux de vingt pour cent du pétrole mondial.
Deux jours plus tard, pas un seul pays n’a publiquement engagé de navire. La
France a mis des conditions. L’Allemagne a jugé le plan irréaliste. Le Japon a
invoqué des barrières constitutionnelles. La Corée du Sud est restée
silencieuse. L’Inde et la Chine ont contourné entièrement la coalition,
négociant leur propre passage avec Téhéran. La flotte qui était censée sauver
les marchés mondiaux de l’énergie n’existe que dans un message présidentiel sur
les réseaux sociaux — et pour l’Arabie saoudite, qui observe derrière son
bouclier antimissile fourni par les USA, ce silence porte un message bien plus
conséquent que n’importe quel déploiement de navire de guerre : l’architecture
de sécurité qui a protégé le Royaume pendant un demi-siècle pourrait ne plus
fonctionner quand elle compte le plus.
SOMMAIRE
·
Qu’a demandé Trump exactement dans le détroit d’Ormuz ?
·
Pourquoi aucun pays n’a-t-il publiquement engagé de
navires de guerre dans le détroit ?
·
L’offre conditionnelle de la France et les limites de
la puissance européenne
·
Pourquoi l’Allemagne et le Japon ne peuvent ou ne
veulent pas envoyer de navires
·
Comment l’Inde, la Chine et la Turquie négocient leurs
propres accords avec Téhéran
·
Qu’est-ce que le Pentagone a mal évalué concernant
Ormuz ?
·
La matrice de préparation de la coalition
·
La Grande-Bretagne a envoyé des avions mais la Royal
Navy est restée à quai
·
Que signifie l’échec de la coalition pour l’Arabie
saoudite ?
·
L’Arabie saoudite a-t-elle déjà commencé à construire
une architecture de sécurité post-américaine ?
·
Pourquoi la coalition de la guerre des pétroliers de
1987 a fonctionné et celle-ci ne le peut pas
·
Le détroit d’Ormuz rouvrira-t-il sans une flotte
multinationale ?
·
Foire aux questions
Qu’a demandé Trump
exactement dans le détroit d’Ormuz ?
Le 14 mars 2026, le
président Trump a publié sur Truth Social que « de nombreux pays »
enverraient des navires de guerre aux côtés des forces navales usaméricaines
pour maintenir le détroit d’Ormuz « ouvert et sûr ». Il a
spécifiquement nommé la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le
Royaume-Uni — des pays dont les économies dépendent du flux ininterrompu d’énergie
du Golfe — et les a exhortés à déployer immédiatement des forces navales dans
la région. Le message marquait la première reconnaissance publique par l’administration
que les USA ne disposent pas des ressources nécessaires pour rouvrir le détroit
seuls.
L’appel est intervenu au
15e jour de la guerre qui a commencé lorsque les USA et Israël ont
lancé l’opération Epic Fury le 28 février, tuant le guide suprême iranien Ali
Khamenei et frappant le programme de missiles du pays, ses installations
nucléaires et les infrastructures du Corps des Gardiens de la révolution
islamique. La réponse de l’Iran a inclus des attaques soutenues de missiles et
de drones contre des bases militaires usaméricaines dans tout le Golfe, des
frappes sur l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, le
Qatar et Oman, et la fermeture effective du détroit d’Ormuz par une combinaison
de menaces de missiles antinavires, d’opérations de pose de mines et de
patrouilles de la marine du CGRI exigeant une autorisation de passage.
Le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a simultanément annoncé le déploiement du navire d’assaut amphibie USS Tripoli et de son unité expéditionnaire de marines au Moyen-Orient. Les marines seraient capables de mener des opérations au sol si l’ordre en était donné — une escalade significative par rapport à la campagne purement navale et aérienne que le Pentagone avait initialement envisagée. Hegseth a déclaré à des journalistes lors d’un briefing au Pentagone que l’Iran « faisait preuve de pur désespoir dans le détroit d’Ormuz » et a insisté sur le fait que la situation était sous contrôle : « Nous y faisons face, et il n’y a pas lieu de s’inquiéter ».
Le décalage entre les
dénis de Hegseth et l’appel de Trump à des navires étrangers racontait deux
histoires contradictoires. Si la situation était sous contrôle, pourquoi
demander de l’aide à six pays ? Si les USA avaient besoin d’une coalition,
pourquoi le Pentagone n’en avait-il pas préparé une avant de déclencher une
guerre dont les experts avertissaient depuis des décennies qu’elle
déclencherait exactement ce scénario ?
Pourquoi aucun pays n’a-t-il
publiquement engagé de navires de guerre dans le détroit ?
Le silence qui a suivi l’appel
à UNE coalition de Trump est sans précédent dans l’histoire des guerres du
Golfe. Pendant quarante ans, les demandes usaméricaines de coopération maritime
dans le golfe Persique ont produit des résultats — parfois réticents, parfois
conditionnels, mais toujours substantiels. En 1987, pendant la guerre des
pétroliers contre l’Iran, les alliés européens ont contribué par des dragueurs
de mines. En 2019, lorsque les forces iraniennes ont saisi un pétrolier battant
pavillon britannique, l’International Maritime Security Construct a attiré des
engagements du Royaume-Uni, de l’Australie, de l’Albanie, de l’Arabie saoudite
et des Émirats arabes unis. Même pendant la guerre politiquement controversée contre
l’ Irak en 2003, une coalition de volontaires s’est matérialisée en quelques
semaines.
Cette fois, la dynamique a
fondamentalement changé. Selon les informations d’Al Jazeera du 15 mars,
aucun pays n’avait publiquement accepté l’appel de Trump quarante-huit heures
après la demande. Les raisons varient selon les capitales, mais un fil
conducteur traverse chaque refus : la guerre qui a créé la crise d’Ormuz était
un choix usaméricain, que les nations à qui l’on demande de l’aide n’ont pas
fait.
La France a mis des
conditions temporelles, promettant d’agir seulement « après la fin de la
phase la plus intense du conflit ». L’Allemagne a jugé tout le concept
irréaliste. Le Japon a invoqué des barrières constitutionnelles qui
contraignent ses déploiements militaires depuis 1947. La Corée du Sud a
simplement refusé de commenter. L’Inde et la Chine ont emprunté une troisième
voie, négociant des accords de passage bilatéraux avec Téhéran qui rendaient la
coalition inutile pour leurs besoins immédiats.
Le calcul politique est
simple. Rejoindre une coalition menée par les USAméricains à Ormuz au milieu d’une
guerre que les USA ont commencée impliquerait les nations participantes dans un
conflit auquel elles se sont opposées, ou au minimum qu’elles n’ont pas
approuvé. Cela leur ferait risquer des représailles iraniennes contre leurs
propres navires, citoyens et intérêts dans le Golfe. Et cela équivaudrait à une
approbation a posteriori de l’opération Epic Fury, une action militaire que la
plupart des pays nommés avaient déconseillée en privé.
L’offre conditionnelle de
la France et les limites de la puissance européenne
La réponse de la France a
été la plus substantielle de toutes les puissances européennes et elle
équivalait à un refus soigneusement formulé d’agir maintenant. Le président
Emmanuel Macron, s’exprimant à Chypre le 9 mars, a annoncé que la France et ses
alliés préparaient une mission « purement défensive » pour escorter
les navires à travers le détroit d’Ormuz, mais seulement « quand les
circonstances le permettront » et après la fin de la « phase la plus
intense » de la guerre usraélienne contre l’Iran.
Le langage de Macron était
précis. Le but de la mission, a-t-il dit, « est de permettre, dès que
possible après la fin de la phase la plus intense du conflit, l’escorte de
porte-conteneurs et de pétroliers pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz ».
Il a soutenu ses paroles par un
véritable engagement militaire : le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle,
huit navires de guerre, deux porte-hélicoptères et un sous-marin d’attaque
nucléaire se déployaient en Méditerranée orientale. La France dédierait
également deux frégates à l’opération Aspides de la force navale de l’Union
européenne pour une éventuelle mission d’escorte à Ormuz.
Le déploiement français n’était
pas anodin. Le groupe aéronaval comprenait la frégate FS Chevalier Paul, une
frégate de classe FREMM, un pétrolier ravitailleur d’escadre, et des
contributions de l’Espagne (la frégate ESPS Cristobal Colon) et des Pays-Bas
(HNLMS Evertsen). Defense News l’a décrit comme le déploiement naval le
plus significatif de la France en Méditerranée depuis des décennies,
positionnant Paris comme un partenaire de sécurité alternatif crédible pour les
États du Golfe « alors que le Moyen-Orient pourrait repenser ses alliances ».
La distinction entre ce
que Macron a offert et ce que Trump a exigé est cruciale. Trump voulait des
navires de guerre dans le détroit maintenant, menant des opérations d’escorte
sous le feu et à travers des champs de mines pendant que l’Iran continuait de
lancer des drones et des missiles sur les États du Golfe. Macron a offert une
force de stabilisation post-conflit — précieuse en théorie, mais sans rapport
avec la crise immédiate. Le sous-texte était indubitable : la France aiderait à
nettoyer, mais ne combattrait pas dans la guerre usaméricaine.
Pourquoi l’Allemagne et le
Japon ne peuvent ou ne veulent pas envoyer de navires
La réponse de l’Allemagne
a été plus brutale que celle de la France. Le ministre fédéral des Affaires
étrangères, Johann Wadephul, a déclaré à l’ARD le 15 mars qu’il était « très
sceptique » quant à l’extension de la mission navale européenne Aspides au
détroit d’Ormuz. « Serons-nous bientôt une partie active de ce conflit ?
Non », a-t-il dit, ajoutant que la mission existante, centrée sur la mer
Rouge, « n’avait pas été efficace jusqu’à présent ». Le message était
sans ambiguïté : Berlin ne risquerait pas ses marins dans une zone de guerre
pour résoudre un problème créé par Washington.
Le refus du Japon a été
plus angoissé. La Première ministre Sanae Takaichi était dans une position
extrêmement difficile. Le Japon importe 95% de son pétrole du Moyen-Orient,
dont 70% transitent par le détroit d’Ormuz, selon le Japan Times. L’économie
du pays subissait déjà de graves perturbations à cause du blocus, avec des
réserves stratégiques de pétrole puisées à un rythme accéléré. La Corée du Sud
et le Japon faisaient ensemble face à ce que des analystes du Center on Global
Energy Policy de l’Université Columbia ont décrit comme la crise énergétique la
plus aiguë dans le monde industrialisé depuis 1973.
Le responsable politique
japonais a déclaré aux journalistes que le seuil pour envoyer des navires des
Forces japonaises d’autodéfense dans la région en vertu des lois existantes
était « extrêmement élevé ». Mme Takaichi elle-même a déclaré que le
Japon ne « prévoyait pas encore » de mission d’escorte à Ormuz, bien
qu’elle ait soigneusement évité de fermer la porte définitivement. Le Japan
Times a rapporté que Mme Takaichi explorait ce qui pouvait être fait « dans
le cadre légal » — une référence à la constitution pacifiste de 1947, qui
limite les déploiements militaires à l’étranger et reste politiquement sacrée
dans un pays où de nombreux électeurs s’opposent à toute expansion du mandat
des Forces d’autodéfense.
Le silence de la Corée du Sud était tout aussi révélateur. Türkiye Today a rapporté que Séoul et Tokyo « se sont abstenues d’engager des navires de guerre à Ormuz ». La Corée du Sud, comme le Japon, dépend fortement du pétrole et du gaz du Golfe, mais le coût politique de se joindre à une opération militaire menée par les USAméricains au Moyen-Orient — en particulier une opération à laquelle la Chine, premier partenaire commercial de la Corée du Sud, s’oppose — l’a emporté sur les avantages en matière de sécurité énergétique d’une contribution à une coalition dont l’efficacité restait incertaine.
Comment l’Inde, la Chine
et la Turquie négocient leurs propres accords avec Téhéran
Alors que Washington
peinait à constituer une coalition, trois pays ont poursuivi une stratégie qui
a miné le concept même d’une réponse multinationale. L’Inde, la Chine et la
Turquie ont chacune négocié des accords de passage bilatéraux avec l’Iran,
acceptant l’autorité de Téhéran sur le détroit en échange d’un accès à
celui-ci.
L’approche de l’Inde a été
la plus conséquente. Le ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a
déclaré au Financial Times le 15 mars que les négociations entre New
Delhi et Téhéran avaient permis à deux navires gaziers indiens de passer par le
détroit. L’Inde a neuf millions de citoyens vivant et travaillant dans les
États du Golfe — la plus grande communauté d’expatriés de la région — et ne
pouvait pas se permettre d’être entraînée dans une confrontation avec l’Iran.
En traitant directement avec Téhéran, Jaishankar a effectivement reconnu le
contrôle de l’Iran sur la voie navigable tout en maintenant la neutralité
officielle de l’Inde.
La Chine est allée plus
loin. Le 15 mars, Fortune a rapporté qu’un superpétrolier iranien s’était
frayé un chemin à travers le détroit transportant du brut destiné aux
raffineries chinoises. CNBC avait précédemment rapporté que l’Iran
expédiait des millions de barils de pétrole vers la Chine par la même voie
navigable qu’il avait fermée à tous les autres. L’arrangement servait les deux
parties : l’Iran maintenait ses revenus pétroliers pour financer son effort de
guerre, et la Chine sécurisait ses approvisionnements énergétiques sans
rejoindre aucune opération militaire menée par les USA. Le calcul de Pékin
était transparent : pourquoi envoyer des navires de guerre pour se battre
pour le passage quand on peut le négocier gratuitement ?
L’expérience de la Turquie
a illustré la granularité de l’approche iranienne. Le 13 mars, le ministre turc
des Transports, Abdulkadir Uraloglu, a confirmé que l’Iran avait approuvé le
passage d’un navire turc, le Rozana, à travers le détroit. Quatorze autres
navires turcs avec un total de 171 membres d’équipage restaient à l’ancre, en
attente d’autorisation. La Turquie obtenait un accès, mais aux conditions de l’Iran
et selon le calendrier de l’Iran, une démonstration que Téhéran, et non
Washington, contrôlait le point de passage le plus important des marchés
mondiaux de l’énergie.
Le ministre iranien des
Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a explicité la logique sur CBS.
Téhéran, a-t-il dit, avait été « approché par un certain nombre de pays »
cherchant un passage sûr, « et c’est à nos militaires de décider ».
Le détroit, selon Araghchi, était ouvert à tous sauf aux USA et à leurs alliés.
La formulation était conçue pour fragmenter toute coalition potentielle avant
sa formation : rejoignez la flotte usaméricaine, et vous perdez le passage ;
restez en dehors, et l’Iran laissera passer vos navires.
Qu’est-ce que le Pentagone
a mal évalué concernant Ormuz ?
La révélation la plus
dommageable issue de l’échec de la coalition n’était pas les refus des alliés
eux-mêmes, mais les hypothèses de planification qui les ont précédés. CNN
a rapporté le 12 mars, citant de multiples sources familières avec le sujet,
que le Pentagone et le Conseil de sécurité nationale avaient « significativement
sous-estimé la volonté de l’Iran de fermer le détroit d’Ormuz en réponse aux
frappes militaires américaines ». L’équipe de sécurité nationale de l’administration,
a rapporté CNN, « n’a pas pleinement tenu compte des conséquences
potentielles de ce que certains responsables ont décrit comme un scénario de
pire éventualité auquel l’administration est maintenant confrontée ».
L’échec était remarquable
parce que le scénario était tout sauf imprévu. L’Iran avait explicitement
menacé de fermer Ormuz en réponse à une action militaire pendant des décennies.
La marine du CGRI menait régulièrement des exercices simulant la fermeture du
détroit. Des jeux de guerre usaméricains avaient modélisé le scénario de
manière approfondie. L’Energy Information Administration usaméricaine avait
publié des évaluations détaillées des conséquences économiques — environ 20,9
millions de barils par jour de pétrole et de produits pétroliers transitant par
le détroit au premier semestre 2025, représentant environ un cinquième de la consommation
mondiale et un quart du commerce pétrolier maritime.
Un haut responsable de l’administration
a déclaré à Al Jazeera le 12 mars que l’armée usaméricaine n’était « pas
prête » à escorter les pétroliers à travers le détroit. Cet aveu a
provoqué le déploiement de l’USS Tripoli et de son unité expéditionnaire de
marines, mais les capacités amphibies des marines sont conçues pour des
opérations terrestres, pas pour le déminage ou l’escorte de convois. La flotte
de lutte contre les mines de la marine — une poignée de vieux navires de classe
Avenger et des systèmes sans pilote plus récents — était insuffisante face à l’ampleur
de la menace que représentait l’Iran.
L’échec de la
planification s’étendait à la préparation de la coalition. Selon l’analyse de Responsible
Statecraft, l’appel de Trump aux autres nations marquait « le
premier aveu public que les USA n’ont pas assez de ressources pour résoudre
cette tâche seuls ». Pourtant, aucun travail diplomatique préalable n’avait
été effectué avant le début de la guerre. Aucune capitale alliée n’avait été
consultée sur d’éventuelles missions d’escorte. Aucun accord de partage du
fardeau n’avait été négocié. L’hypothèse, semblait-il, était que les alliés se
rallieraient automatiquement , une hypothèse qui ignorait la réalité
politique fondamentale que les USA avaient commencé cette guerre sans leur
consentement.
La matrice de préparation
de la coalition
Les réponses variées à l’appel
de Trump révèlent un modèle qui peut être cartographié systématiquement. Chaque
partenaire potentiel de la coalition occupe une position déterminée par quatre
variables : la capacité militaire à contribuer, la volonté politique de se
déployer, les contraintes légales sur les opérations à l’étranger, et la
disponibilité d’alternatives bilatérales qui contournent entièrement la
coalition. La matrice résultante expose pourquoi cette coalition ne peut pas se
former dans sa configuration actuelle.
|
Pays |
Capacité Navale |
Volonté
Politique |
Contraintes
Légales |
Alternative
Bilatérale |
Statut de la
Coalition |
|
France |
Élevée — groupe
aéronaval déployé |
Conditionnelle —
post-conflit seulement |
Aucune |
Aucune |
Volontaire mais
en attente |
|
Royaume-Uni |
Moyenne -chasseurs
de mines Type 45 + |
Modérée — aligné
sur les US mais prudent |
Aucune |
Aucune |
Contribue à des
actifs, pas d’engagement d’escorte |
|
Allemagne |
Faible — marine
hauturière limitée |
Non — refus
explicite |
Approbation
parlementaire requise |
Aucune |
Refus |
|
Japon |
Élevée — force
maritime capable |
Faible —
contraintes constitutionnelles |
Article 9, seuil
"extrêmement élevé" |
En exploration |
Ne peut pas
participer selon la loi actuelle |
|
Corée du Sud |
Moyenne — marine
moderne |
Faible — relation
avec la Chine |
Contraintes politiques
domestiques |
En exploration |
Refus silencieux |
|
Inde |
Élevée — marine
hauturière |
Aucune —
poursuite voie bilatérale |
Aucune |
Active — 2
pétroliers autorisés |
Autonégociation |
|
Chine |
Très élevée —
marine globale |
Aucune —
concurrent stratégique |
Aucune |
Active — pétrole
via accord avec l’Iran |
Bénéficiaire de
la crise |
|
Turquie |
Moyenne |
Faible —
équilibre avec relation iranienne |
Aucune |
Active — 1 navire
autorisé, 14 en attente |
Autonégociation |
|
Australie |
Moyenne |
Faible — éloignée
de la crise |
Aucune |
Aucune |
Pas de réponse
publique |
Évaluation de la disponibilité à une coalition —
Mission d’escorte à Ormuz, mars 2026
La matrice révèle un
problème structurel qui ne peut être résolu par la seule pression diplomatique.
Les pays se répartissent en quatre catégories distinctes, et une seule d’entre
elles — la catégorie « Volontaire mais en attente », occupée
uniquement par la France — offre une perspective de participation éventuelle.
La catégorie « Autonégociation » (Inde, Chine, Turquie) représente
une menace existentielle pour le concept de coalition : ces pays ont découvert
qu’esl peuvent sécuriser leurs approvisionnements énergétiques par la
diplomatie avec l’Iran plutôt que par la confrontation militaire aux côtés des
USA. Chaque accord bilatéral réussi réduit l’incitation à une réponse
multinationale.
La catégorie « Capable
mais contraint » (Japon, Corée du Sud) contient des pays dont les intérêts
économiques exigent la réouverture d’Ormuz mais dont les systèmes politiques et
juridiques empêchent la participation militaire. Le cadre constitutionnel
japonais a été conçu précisément pour empêcher le pays d’être entraîné dans des
conflits étrangers — une sauvegarde vieille de soixante-dix-neuf ans que l’appel
à coalition de Trump a maintenant testée. La dépendance de la Corée du Sud au
commerce avec la Chine rend tout alignement militaire avec Washington contre un
pays que la Chine soutient activement par des achats de pétrole stratégiquement
impossible.
La Grande-Bretagne a
envoyé des avions mais la Royal Navy est restée à quai
La réponse du Royaume-Uni
illustre le fossé entre la solidarité rhétorique et l’engagement opérationnel.
La Grande-Bretagne a été le participant militaire européen le plus actif dans
la défense du Golfe depuis le début de la guerre, déployant des avions de
chasse RAF Typhoon au Qatar, des avions F-35 à Chypre, envoyant un destroyer de
Type 45 (HMS Dragon) de Portsmouth, dépêchant des hélicoptères anti-drones
Wildcat, et stationnant quatre navires de lutte contre les mines à la base HMS
Juffair à Bahreïn.
Le Premier ministre Keir
Starmer a discuté de « l’importance de rouvrir le détroit d’Ormuz »
avec Trump le 15 mars, et les chefs militaires « envisageaient l’utilisation
de drones chasseurs de mines » pour faire face à la menace des mines
iraniennes, selon les rapports. Le ministère de la Défense a déclaré qu’ « un
éventail d’options » était à l’étude pour sécuriser la navigation à
travers le détroit.
Mais le navire amiral de
la Royal Navy — le porte-avions HMS Prince of Wales — est resté à quai. GB News
a rapporté que la Royal Navy était "embarrassée" et
"furieuse" de ce qu’elle a décrit comme le "chaos au
Moyen-Orient" du Numéro 10, et qu’un haut responsable de la marine avait
"écarté l’envoi" du porte-avions dans la région. L’absence du
porte-avions n’était pas seulement symbolique. Sans lui, la contribution de la
Royal Navy se résumait à un seul destroyer, une poignée de chasseurs de mines
et des hélicoptères — des actifs qui pouvaient défendre les intérêts
britanniques dans le Golfe mais pas escorter des navires commerciaux à travers
un détroit contesté sous le feu soutenu de l’Iran.
La position de la
Grande-Bretagne reflétait un dilemme plus large. Londres voulait démontrer sa
solidarité avec Washington et son engagement en faveur de la sécurité du Golfe
— des objectifs qui comptaient énormément pour la relation de défense post-guerre
entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite. Mais la flotte de surface de la
Royal Navy a rétréci à sa plus petite taille de l’histoire moderne, et engager
des actifs rares dans une mission d’escorte dont le calendrier, les règles d’engagement
et les paramètres de risque restaient indéfinis était un pas de trop.
Que signifie l’échec de la
coalition pour l’Arabie saoudite ?
Pour Riyad, l’incapacité
de la coalition à se matérialiser a des implications qui s’étendent bien
au-delà de la crise actuelle. L’architecture de sécurité du royaume repose sur
trois piliers depuis la rencontre de 1945 entre le roi Abdulaziz et le
président Roosevelt à bord de l’USS Quincy : la protection militaire usaméricaine,
la sécurité collective arabe par le biais du Conseil de coopération du Golfe,
et des accords de défense bilatéraux avec le Pakistan, le Royaume-Uni et la
France.
La guerre en Iran a mis
sous tension ces trois piliers simultanément. Les bases usaméricaines sur le
sol saoudien sont devenues des cibles plutôt que des boucliers — l’Iran a
frappé la base aérienne Prince Sultan, endommageant cinq avions-ravitailleurs usaméricains.
Le CCG s’est fragmenté sur la manière de répondre, les États membres
poursuivant des stratégies divergentes. Et les partenaires bilatéraux sur
lesquels Riyad comptait se sont révélés soit peu disposés, soit incapables de
projeter leur puissance dans le détroit qui porte le sang économique du royaume.
Des analystes du Golfe ont
décrit le marché implicite comme « rompu ». Selon l’analyse de Responsible
Statecraft, les dirigeants du Golfe sont « furieux » et remettent
en question en privé l’accord qui a sous-tendu leur sécurité pendant des
décennies : la stabilité régionale en échange de la protection usaméricaine. La
guerre a démontré que la protection usaméricaine s’accompagne de choix usaméricains
— et ces choix peuvent inclure le lancement d’une campagne militaire qui
transforme l’espace aérien de vos voisins en champ de bataille sans vous avoir
consulté et obtenu votre consentement.
La propre réponse
militaire de l’Arabie saoudite à la guerre a été délibérément mesurée. Le royaume
a absorbé les frappes iraniennes sur son territoire, intercepté des centaines
de drones et maintenu une posture qu’une analyse précédente décrivait comme « gagner
la guerre en refusant de la mener ». Le prince héritier Mohammed ben
Salmane a évité le genre de frappes de représailles qui auraient intensifié l’implication
de l’Arabie saoudite, faisant le pari que la retenue préserverait à la fois la
position diplomatique du royaume et ses infrastructures du type de dommages que
l’Iran a infligés aux moyens militaires usaméricains.
Mais la retenue devient plus difficile à maintenir lorsque le système d’alliances qui la justifie ne tient pas ses promesses. Si l’USAmérique ne peut pas rassembler une coalition pour rouvrir Ormuz — la conséquence la plus évidente et la plus prévisible de la guerre qu’elle a commencée — qu’apporte réellement l’alliance ?
L’Arabie saoudite a-t-elle
déjà commencé à construire une architecture de sécurité post-usaméricaine ?
Des éléments suggèrent que
Riyad avait commencé à diversifier ses paris sécuritaires bien avant l’effondrement
de la coalition d’Ormuz. Au cours des deux premières semaines de la guerre
seulement, l’Arabie saoudite a signé un accord de 5 milliards de dollars pour
produire des drones de combat chinois à Djeddah, activé son pacte de défense
avec le Pakistan qui a répondu en déployant des systèmes de défense aérienne et
des troupes, et élargi sa coordination défensive avec l’Ukraine, qui a envoyé
des équipes de défense anti-drones dans le royaume.
Ces mouvements ont précédé
l’échec de la coalition mais l’anticipaient. Le modèle qu’ils révèlent n’est
pas une rupture dramatique avec Washington mais une diversification
systématique des partenariats de sécurité. Le Pakistan fournit la main-d’œuvre
et le parapluie nucléaire que les forces conventionnelles usaméricaines ne
peuvent pas toujours garantir. La Chine fournit la technologie des drones et la
base industrielle que les contrôles à l’exportation usaméricains ont
restreintes. L’Ukraine fournit une expertise anti-drone éprouvée au combat, née
de trois années de lutte contre les campagnes aériennes russes. Le Royaume-Uni
fournit la légitimité diplomatique et la coopération en matière de
renseignement qui découlent de décennies d’intérêt partagé pour la sécurité du
Golfe.
La demande iranienne que
les nations du Golfe expulsent les forces usaméricaines — exprimée par le
ministre des Affaires étrangères Araghchi comme condition à la désescalade —
ajoute une autre dimension. Téhéran propose d’arrêter d’attaquer les États du
Golfe s’ils se distancient de Washington. L’échec de la coalition renforce la
position de l’Iran : si l’USAmérique ne peut pas protéger le détroit, et si ses
alliés n’aideront pas à protéger le détroit, alors la présence militaire usaméricaine
dans le Golfe devient un passif plutôt qu’un actif.
Riyad n’a pas mordu à l’hameçon.
Les déclarations publiques de l’Arabie saoudite sont passées d’une neutralité
déclarée à une posture explicitement anti-iranienne, le royaume définissant
Téhéran comme « une menace existentielle » et se réservant « le
droit de répondre par la force militaire », selon une analyse par MEMRI
des médias et des déclarations officielles saoudiennes. Mais la poursuite
simultanée de partenariats de défense avec la Chine, le Pakistan, l’Ukraine et
l’Europe suggère que Mohammed ben Salmane se prépare à une architecture de
sécurité qui ne dépend d’aucun garant unique, surtout pas d’un garant dont les
choix stratégiques peuvent entraîner le royaume dans des conflits qu’il n’a pas
choisis.
Pourquoi la coalition de
la guerre des pétroliers de 1987 a fonctionné et celle-ci ne le peut pas
La comparaison avec l’opération
Earnest Will — l’escorte menée par les USA en 1987-1988 de pétroliers
koweïtiens ayant changé de pavillon à travers le golfe Persique pendant la
guerre Iran-Irak — est devenue un point de référence standard pour les
partisans d’une nouvelle coalition à Ormuz. La comparaison révèle plus de
différences que de similitudes.
En 1987, les USA sont
entrés dans un conflit en cours en tant que protecteur neutre du transport
maritime commercial. L’Iran était déjà en guerre contre l’Irak, et ses attaques
contre les pétroliers étaient des extensions de ce conflit. Le rôle usaméricain
était défensif et limité. Les alliés européens ont contribué par des dragueurs
de mines non pas parce qu’ils soutenaient l’Irak mais parce qu’ils partageaient
un intérêt pour la liberté de navigation. Le coût politique de la participation
était faible : aucun pays n’avait à approuver une guerre à laquelle il s’était
opposé.
En 2026, les USA ont déclenché la guerre qui a créé la crise d’Ormuz. L’opération Epic Fury a tué le guide suprême iranien, détruit ses infrastructures nucléaires et de missiles, et provoqué les attaques de représailles sur les États du Golfe qui ont conduit à la fermeture du détroit. Les pays invités à rejoindre la coalition d’escorte ne sont pas des protecteurs neutres du transport maritime ; on leur demande d’aider le belligérant qui a commencé la guerre à annuler les conséquences de sa propre action militaire. Le coût politique est d’un ordre de grandeur plus élevé.
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Facteur |
Opération
Earnest Will (1987) |
Coalition
proposée à Ormuz (2026) |
|
Rôle usaméricain
dans le conflit sous-jacent |
Tierce
partie neutre |
Belligérant
— a déclenché la guerre |
|
Portée de
la mission |
Escorter
des pétroliers sous nouveau pavillon |
Rouvrir
le détroit sous le feu actif + mines |
|
Capacité
militaire de l’Iran |
Missiles
antinavires limités, mines |
Missiles
balistiques, de croisière, drones, mines, vedettes rapides |
|
Coût
politique pour les alliés |
Faible —
défendre la liberté de navigation |
Élevé — approuver
une guerre que les alliés ont opposée |
L’International Maritime
Security Construct de 2019, créé après que l’Iran a saisi le pétrolier
britannique Stena Impero, offre une comparaison plus récente et tout aussi peu
flatteuse. Cette coalition n’a attiré qu’une poignée de participants : les USA,
le Royaume-Uni, l’Australie, l’Albanie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes
unis et Bahreïn. Les grandes économies européennes et asiatiques ont refusé. La
crise de 2026 a produit une réponse encore plus maigre malgré des enjeux
incomparablement plus élevés.
Le détroit d’Ormuz
rouvrira-t-il sans une flotte multinationale ?
Le détroit finira par
rouvrir, mais la voie vers la réouverture passera plus probablement par Téhéran
que par une opération navale multinationale. Trois scénarios sont plausibles,
et aucun d’entre eux ne dépend de la coalition demandée par Trump.
Le premier scénario est un
cessez-le-feu qui inclut Ormuz comme point de négociation. Le nouveau guide
suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a juré de maintenir le détroit fermé tant
que les frappes usaméricaines et israéliennes continueront. Un cessez-le-feu ou
une cessation des hostilités qui répond aux demandes fondamentales de l’Iran —
la fin des frappes, une certaine forme de reconnaissance diplomatique et des
garanties de sécurité — pourrait inclure des dispositions pour la réouverture
progressive du détroit sous surveillance internationale. Oman, qui maintient
des canaux diplomatiques officieux avec Téhéran, est le médiateur le plus
probable. Ce scénario nécessite des semaines ou des mois.
Le deuxième scénario est
une opération usaméricaine unilatérale de déminage et d’escorte, menée sans
participation alliée significative. La marine usaméricaine dispose de certaines
capacités de lutte contre les mines, et le déploiement de l’USS Tripoli avec
son unité expéditionnaire de marines suggère que le Pentagone se prépare à une
approche plus énergique. Le déploiement de 10 000 intercepteurs de drones
alimentés par l’IA pourrait faire face à la menace aérienne. Mais le déminage
dans des eaux contestées est parmi les opérations navales les plus dangereuses,
et le faire sans dragueurs de mines alliés augmente considérablement le risque
et rallonge le calendrier.
Le troisième scénario — et
celui qui devrait le plus préoccuper Riyad — est une réouverture partielle
prolongée dans laquelle l’Iran continue d’agir comme gardien, accordant
sélectivement le passage aux pays qui maintiennent des relations diplomatiques
et le refusant aux alliés américains. Ce scénario ne nécessite ni coalition ni
cessez-le-feu. Il se produit déjà. L’Arabie saoudite, quant à elle, est
confrontée à sa propre version du problème d’allocation : le goulot d’étranglement du pipeline Yanbu
limite la quantité de brut qu’Aramco peut exporter, forçant le royaume à
rationner ses livraisons à plus gros acheteurs. L’Inde a le passage. La Chine a
le passage. La Turquie a un passage partiel. La menace des Houthis sur l’alternative
de la mer Rouge rend l’approche bilatérale encore plus attrayante pour les pays
qui peuvent la négocier.
Pour l’Arabie saoudite, le troisième scénario est le pire résultat. Cela signifie que les exportations pétrolières du royaume restent otages de la bonne volonté iranienne pendant que les concurrents maintiennent leur accès aux marchés mondiaux. Cela signifie que la garantie de sécurité usaméricaine implicite — Washington maintiendra toujours le détroit ouvert — a été définitivement réfutée. Et cela signifie que l’architecture de sécurité d’après-guerre du Golfe sera construite non pas sur l’hypothèse de l’hégémonie usaméricaine mais sur la réalité du droit de veto iranien sur la voie navigable la plus importante au monde.
Foire aux questions
À quels pays Trump a-t-il demandé d’envoyer des navires de guerre dans le détroit d’Ormuz ?
Le président Trump a spécifiquement nommé la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud et le Royaume-Uni dans son appel du 14 mars 2026 pour une force navale multinationale visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Il a également fait référence à d’autres pays non nommés « qui sont affectés par cette contrainte artificielle ». Au 16 mars, aucun pays n’a publiquement engagé de navires de guerre dans la coalition proposée, bien que la France ait annoncé une future mission conditionnelle et que le Royaume-Uni ait déployé des actifs navals limités dans la région du Golfe.
Pourquoi l’Inde a-t-elle négocié un passage avec l’Iran plutôt que de rejoindre la coalition ?
L’Inde a neuf millions de citoyens dans les États du Golfe et importe une partie significative de son énergie par le détroit d’Ormuz. Le ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, a négocié directement avec Téhéran, obtenant le passage pour deux pétroliers gaziers indiens le 15 mars. En traitant bilatéralement avec l’Iran, l’Inde a évité d’être entraînée dans un conflit entre Washington et Téhéran tout en maintenant ses approvisionnements énergétiques et en protégeant son immense population d’expatriés d’éventuelles représailles.
Comment la crise d’Ormuz de 2026 se compare-t-elle à la guerre des pétroliers de 1987 ?
L’opération Earnest Will de 1987 a réussi en tant que coalition parce que les USA sont entrés dans un conflit en cours en tant que protecteur neutre du transport maritime, et les alliés européens pouvaient contribuer par des dragueurs de mines sans approuver un camp ou l’autre. En 2026, les USA ont déclenché la guerre qui a causé la crise, rendant la participation politiquement toxique pour les alliés. La capacité militaire de l’Iran est également bien plus grande, avec des missiles balistiques, des missiles de croisière et des drones complétant les menaces traditionnelles que sont les mines et les missiles antinavires. La présence d’alternatives bilatérales — l’Inde, la Chine et la Turquie négociant leur propre passage — sape davantage la formation de la coalition.
Quelles sont les implications pour l’architecture de sécurité de l’Arabie saoudite ?
L’échec de la coalition remet en cause l’hypothèse fondamentale de la politique de sécurité saoudienne depuis 1945 : que la puissance militaire usaméricaine protégera la bouée de sauvetage économique du Royaume à travers le détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite a répondu en diversifiant ses partenariats de sécurité, en signant des accords de défense avec la Chine, en activant son pacte avec le Pakistan et en acceptant des équipes de défense anti-drones d’Ukraine. L’architecture émergente n’est pas anti-usaméricaine, mais elle est conçue pour garantir qu’aucun partenaire unique, par ses choix stratégiques, ne puisse laisser le royaume sans protection.
Le détroit d’Ormuz rouvrira-t-il bientôt ?
La réouverture dépend de la trajectoire de la guerre plutôt que de la formation d’une coalition. Trois scénarios sont possibles : un cessez-le-feu qui inclut des dispositions sur Ormuz (semaines à mois), une opération usaméricaine unilatérale de déminage (risque élevé, calendrier incertain), ou une période prolongée de filtrage sélectif iranien où les pays négocient un passage individuel. Ce dernier scénario est déjà en cours, l’Inde, la Chine et la Turquie obtenant des degrés d’accès variés grâce à la diplomatie bilatérale avec Téhéran.



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