Un partenariat de plusieurs décennies a inclus le partage de ressources et beaucoup d’entraînements conjoints pour l’ICE et la CBP** avec leurs homologues en Israël.
Connor Echols, Responsible Statecraft,
29/1/2026
Traduit
par Tlaxcala
Connor Echols est journaliste pour Responsible Statecraft, le site ouèbe du Quincy Institute, un laboratoire d’idées prônant la diplomatie et la retenue militaire pour la politique étrangère des USA. Il était auparavant rédacteur en chef adjoint à la Nonzero Foundation, où il co-rédigeait une newsletter hebdomadaire sur la politique étrangère. Il a récemment terminé un stage au Centre arabe d’études à l’étranger à Amman, en Jordanie, et il a obtenu sa licence à l’université Northwestern (Evanston, Illinois), où il a suivi un cursus de journalisme et d’études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. @connor_echols
Ces dernières semaines, des milliers d’agents fédéraux des forces de l’ordre ont déferlé sur Minneapolis. Des vidéos montrent des agents de l’immigration sautant de fourgons banalisés, maîtrisant et aspergeant de gaz poivré des manifestants, et brisant des vitres pour traîner des gens hors de leurs voitures.
Des
figures de proue de l’administration Trump ont défendu cette approche malgré
une forte opposition locale. Par exemple, lorsque des agents fédéraux ont tué
un manifestant nommé Alex Pretti samedi, la Secrétaire à la Sécurité
intérieure, Kristi Noem, l’a rapidement accusé de « terrorisme intérieur ».
Pour les
observateurs du conflit israélo-palestinien, ces scènes peuvent sembler
étrangement familières. Cette similitude n’est peut-être pas une coïncidence.
L’objectif
principal de cette collaboration est de prévenir les actes de terrorisme - un
objectif nécessaire, bien que problématique. Mais, alors que l’administration
Trump a de plus en plus repensé sa répression contre l’immigration clandestine
comme une nouvelle sorte de guerre contre le terrorisme, elle a appliqué ces
tactiques de contre-terrorisme à un nombre sans cesse croissant de personnes
aux USA. Ce changement, qui a suscité des réactions malgré le large soutien
public à la lutte contre l’immigration illégale, donne maintenant aux USAméricains
un aperçu de la façon dont l’armée israélienne opère en Cisjordanie, selon Josh
Paul, qui dirigeait auparavant le bureau des transferts d’armes au Département
d’État.
« Il
y a des parallèles frappants », dit Paul. « Vous avez des unités
d’une force de sécurité qui sont imposées aux autorités locales, imposées à la
police locale, qui s’engagent dans des points de contrôle, des détentions, y
compris d’enfants [...] Et elles semblent opérer largement en toute impunité ».
Une
relation de vingt ans
Lorsque
Bill Ayub est revenu de son voyage en Israël, il était impressionné - mais un
peu méfiant. Le logiciel de surveillance israélien est « un peu plus
invasif que ce que vous verriez ici aux États-Unis », déclarait l’ancien
shérif du comté de Ventura à Jewish Currents en 2022.
Et l’usage de la force lors des arrestations était « choquant », a
déclaré Ayub. « C’était genre “Ouaou, vous faites ça ?” [...] Nous irions
en prison si nous faisions quelque chose comme ça ici”
Ayub est
l’un des centaines de hauts responsables usaméricains des forces de l’ordre
qui, au cours des deux dernières décennies, ont visité Israël et rencontré des
responsables israéliens des forces de l’ordre avec l’aide d’organisations à but
non lucratif comme l’Anti-Defamation League (ADL) et le Jewish Institute for
National Security of America (JINSA). Les informations publiques sur ces
voyages, axés sur la lutte contre le terrorisme, sont limitées. Mais un
itinéraire d’une délégation de l’ADL en 2016 montrait des réunions prévues avec
des responsables israéliens dans une prison tristement célèbre et à Hébron, une
ville ségréguée de Cisjordanie.
Des
informations accessibles au public montrent que des responsables de l’ICE ont
participé à huit voyages de l’ADL entre 2013 et 2016. Joseph Harhay, l’actuel
chef adjoint de la Customs and Border Patrol (CBP), a participé à un voyage de
JINSA en 2018.
Ces
voyages financés par des fonds privés ne sont qu’une facette de la relation.
L’administration Bush a créé l’ICE et la CBP en 2003, lors de la
restructuration du gouvernement fédéral après les attentats du 11 septembre.
Ces agences, toutes deux faisant partie du Département de la Sécurité
intérieure (DHS), sont devenues partie intégrante d’un effort gouvernemental de
lutte contre le terrorisme. « L’ICE a grandi avec la guerre mondiale
contre la terreur », dit Anthony Aguilar, un officier de l’armée à la retraite
et militant.
Le
Congrès s’est rapidement tourné vers l’étranger pour obtenir de l’aide, créant
un bureau du DHS principalement axé sur l’apprentissage auprès des responsables
israéliens, selon les partisans de la législation. « Je pense que nous
pouvons beaucoup apprendre d’autres pays, en particulier d’Israël, qui a
malheureusement une longue histoire de préparation et de réponse aux attaques
terroristes », a déclaré la sénatrice Susan Collins (Républicaine du Maine)
à l’époque.
Les
agents de l’ICE et de la CBP ont depuis développé une relation étroite avec
leurs homologues en Israël, leur permettant d’échanger des notes sur les
tactiques et la technologie. Le DHS a organisé des conférences avec des
responsables de la sécurité israéliens, tenu des sessions de formation
conjointes et même accordé des subventions à des officiers israéliens pour
faire des recherches sur des domaines comme la lutte contre l’extrémisme
violent, selon un ancien haut responsable du DHS.
Ce
responsable, qui a déclaré que certaines des tactiques recommandées par les
officiels israéliens équivalaient à du profilage racial et ethnique, se
souvient d’un collègue senior se demandant : « Pourquoi donnons-nous des
fonds à un gouvernement étranger pour ces choses ? Pourquoi le Département de
la Sécurité intérieure fait-il ça ? »
Les
officiers de l’ICE en particulier ont régulièrement participé à des
entraînements aux côtés de la police israélienne, selon Aguilar, qui a déclaré
avoir personnellement assisté à certaines de ces sessions au Centre national
d’entraînement urbain d’Israël pendant son service dans l’armée. (L’ancien haut
responsable du DHS a confirmé que les officiers de l’ICE s’entraînent souvent
en Israël ; le DHS n’a pas répondu à une demande de commentaire.)
Le
transfert de technologie a été un autre point important de collaboration. Cela
est en partie dû aux liens étroits entre l’armée et les industries de la
technologie de surveillance dans les deux pays. Par exemple, l’armée
israélienne utilise des logiciels d’entreprises usaméricaines comme le géant de
la surveillance Palantir, qui travaille également avec l’ICE.
L’ICE,
pour sa part, a acheté une technologie sophistiquée de piratage téléphonique à
des entreprises israéliennes controversées comme Cellebrite et Paragon. Ces
outils ont aidé l’ICE à construire ce que les critiques appellent un « filet »
de surveillance, collectant des données sur une grande partie du public usaméricain,
y compris des citoyens.
Il n’est
pas clair si le gouvernement usaméricain a facilité ces transferts de
technologie de surveillance. Mais nous savons que les responsables US sont
intéressés par la promotion de ce type de collaboration. Depuis 2015, le
Programme binational de recherche et développement industriels (BIRD) réunit le
DHS et le ministère israélien de la Sécurité nationale pour « développer
des technologies avancées pour les besoins de la sécurité intérieure »,
selon le DHS. En 2022, l’administration Biden a lancé une autre initiative
visant à promouvoir la collaboration entre le DHS et la Direction nationale de
la cybersécurité israélienne.
D’autres
similitudes peuvent simplement découler de la relation étroite que les
responsables usaméricains et israéliens ont entretenue au fil des ans. Par
exemple, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a rencontré l’année dernière le
ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, un responsable
controversé qui partage l’engagement de Noem en faveur d’un maintien de l’ordre
intransigeant.
Et
certains parallèles n’ont rien à voir avec la relation usaméricano-israélienne
en soi. Par exemple, l’armée israélienne a fait preuve d’un manque de
discipline et de préparation au combat pendant la guerre à Gaza, que certains
experts attribuent à un mauvais entraînement et à une expansion rapide des
appels sous les drapeaux. L’ICE a fait face à des défis disciplinaires
similaires lors de sa croissance vertigineuse sous l’administration Trump, qui
a augmenté le budget annuel de l’agence d’environ 200 % et plus que doublé le
nombre de ses officiers en moins d’un an pour dépasser les 20 000 agents. (3
000 officiers de l’ICE et de la CBP ont été envoyés dans le seul Minnesota)
« C’est
un peu chacun pour soi. Ils n’opèrent manifestement pas sous des procédures
opérationnelles standard », dit Aguilar, qui a observé des manifestations
à Minneapolis cette semaine et travaillé comme sous-traitant militaire à Gaza
pendant la guerre. « C’est exactement comme ça que les Forces de défense
israéliennes opèrent à Gaza ».
Bien sûr,
les scènes de Minneapolis ont déclenché une réaction que l’administration aura
du mal à ignorer. En effet, le président Trump a déjà commencé à modifier son
approche ces derniers jours, rétrogradant un commandant controversé de la CBP
et envoyant son « tsar des frontières », Tom Homan, superviser les
opérations dans un souci de désescalade. Trump a même changé de ton concernant le
meurtre de deux citoyens usaméricains par l’ICE, qualifiant les deux incidents
de « terribles ».
Mais,
compte tenu de l’étendue de la collaboration sécuritaire usaméricano-israélienne
et du désir de Trump d’agir rapidement sur les expulsions, le Minnesota
pourrait ne pas être le dernier État à voir ce genre de tactiques - et de
technologies - déployées dans ses rues. « Rien de tout cela ne me surprend »,
a déclaré l’ancien haut responsable du DHS, ajoutant qu’il espérait toujours
qu’une pression interne pourrait encourager l’administration à changer de cap. « Je
suis un peu choqué que les gens ne fassent ces comparaisons que maintenant ».
NdT
*Contre-terrorisme :
désignation officielle de la contre-insurrection
** CBP
: Customs and Border Protection, Service des douanes et de la protection des
frontières, agence du département de la Sécurité intérieure (DHS), créée en
2003. Elle compte aujourd’hui 65 620 employés.



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