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17/02/2026

Lettre ouverte au Ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot

Lyna Al Tabal,  17/2/2026
Traduit par Tlaxcala

 

Monsieur le Ministre,

Permettez-moi de commencer par vous féliciter... Il n’est pas facile, pour le ministre des Affaires étrangères d’un pays qui a enseigné au monde le sens de « Liberté, Égalité, Fraternité », de parvenir à compresser l’histoire de son pays pour la glisser sous les bottes d’un général israélien téméraire. Vous l’avez fait, Jean-Noël, et avec l’ habituelle élégance française, qui plus est !

D’ordinaire, on adresse des « lettres ouvertes » à des alliés lorsqu’ils s’égarent, ou à des amis lorsqu’ils sont frappés d’un accès de stupidité soudaine. Quant à moi, je vous écris aujourd’hui parce que j’ai vu cette esquive malicieuse et cette panique dans les yeux de politiciens qui vous ressemblent... Oui, lorsque les arguments logiques s’effondrent, il ne leur reste plus qu’à s’envelopper de mensonges !

Vous avez exigé, avec le choeur d’une cinquantaine de députés qui, comme vous, ont perdu le nord, la démission de la Rapporteuse spéciale de l’ONU, Francesca Albanese, parce qu’elle n’a pas menti, parce qu’elle n’a pas commis d’erreur comme il se doit... Pourquoi ?

Sa sincérité vous dérange-t-elle à ce point ? Vous vous êtes appuyé, Jean, sur une phrase qu’elle n’a jamais prononcée, une phrase fictive qui a circulé comme circulent les rumeurs dans les cafés parisiens avant de devenir tendance sur les plateformes numériques !

Comment un ministre représentant un pays du poids de la France peut-il se laisser entraîner dans la propagation d’une rumeur sans fondement et la détourner au nom d’une grande nation ? Comment ose-t-il, en plus de cela, prétendre défendre les valeurs universelles alors qu’il cherche à faire taire la voix de la vérité incarnée par Francesca Albanese ?
Mais laissons de côté tout ce malaise...

Je vais vous révéler un secret qui expliquera peut-être votre agitation, vous qui suivez nos traces, qui nous surveillez de près dans toutes les tribunes et qui avez suivi la route de notre flottille de Barcelone à Ashdod... Vous avez échoué, et vous échouerez toujours, à trouver la moindre erreur dans notre discours, ou la moindre faute que nous pourrions regretter... Savez-vous pourquoi ?

Ce n’est pas parce que, comme vous, nous avons peaufiné nos mots à l’aide de programmes d’intelligence artificielle tels que ChatGPT, ni parce que, comme vous, nous passons nos nuits à réviser et à embellir nos phrases... Nous ne sommes pas comme vous...

Nos discours sont spontanés, ils jaillissent directement du cœur des peuples et de la clarté de la vérité que nous défendons.

Celui qui défend une cause juste ne trébuche pas sur les mots, même face à ses ennemis.

Alors, continuez à nous surveiller, comptez nos respirations, comptez nos pas avec précision... Comptez-les et vérifiez-les bien.

La Révolution française, Monsieur Barrot, qui a ébranlé les trônes de la tyrannie et inspiré le monde en 1789, n’est pas venue pour ouvrir la voie à des politiciens qui tremblent sous la pression et s’inclinent devant la volonté des colonisateurs et des assassins.

Le premier article de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen énonce une vérité éternelle qui est devenue la pierre angulaire de la conscience humaine : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »...

 Par quel langage justifier la violation de ce pacte ?

Je ne peux donc pas qualifier votre partialité flagrante envers une entité qui pratique le génocide de « dérapage politique ». Il s’agit d’une faute morale retentissante et d’une trahison flagrante des valeurs de la République que vous êtes censé représenter.

Monsieur Barrot, votre silence actuel relève d’une certaine forme d’avidité... Car par ce silence, vous faites de la Bastille, symbole de la libération de la tyrannie, un monument historique abandonné que vous pourriez rouvrir et dans lequel vous pourriez emprisonner les principes français...

Demain, Paris se réveillera au son de pas qui ne ressemblent pas à vos pas distingués. Le peuple de Paris sortira pour manifester sa solidarité avec Francesca Albanese, ce peuple dont vous et vos cinquante députés prétendez être les porte-parole, mais qui voit ce que vous vous obstinez à effacer de vos rapports. Là, sur les places, le drapeau palestinien flotte comme un fil rouge reliant les ruines de Gaza aux trottoirs d’Europe et aux continents du monde.

Soyons clairs, Francesca Albanese n’a pas inventé le génocide... C’est Gaza qui a imposé son poids au monde et imposé le nombre croissant de ses martyrs, les images de destruction et de dévastation... Et vous, vous ne bronchez pas.

Savez-vous qu’à Gaza, les fosses communes constituent désormais le relief du terrain ?... Et que toutes les dispositions du droit international ont été violées sur ce petit bout de terre ? Lorsque la rapporteuse spéciale des Nations unies utilise le terme « génocide », elle ne fait pas de l’incitation, elle décrit simplement l’enfer avec honnêteté.

Mais il semble que dans votre géographie politique, le droit perde sa capacité d’expression lorsqu’il s’agit de la Palestine.

Et comme Gaza seule ne suffit plus à incarner cette chute morale, le décor s’étend au Liban...

Le Liban, dont la souveraineté est violée chaque jour, et dont Israël bombarde les villages du sud. Et derrière lui, la Syrie déjà épuisée, où Israël a atteint Damas, la Cisjordanie en ébullition, et les prisons surpeuplées où sévissent toutes sortes de tortures. Tout cela constitue un seul et même système d’oppression, soutenu par les armes occidentales, justifié par des politiciens qui vous ressemblent, et protégé par le silence diplomatique.

La vérité dans notre pays ressemble au « jasmin » : tenace, sauvage, poussant entre les fissures... Peu importe les efforts déployés par les chenilles des chars que vous bénissez par votre silence pour l’écraser, son parfum continuera de dénoncer les assassins et d’offenser les narines des diplomates qui vous ressemblent...

Alors, épargnez vos précieux conseils à ceux qui mènent aujourd’hui le monde vers un précipice moral.

Mon dernier conseil n’est pas politique, c’est une simple sagesse populaire de notre pays : « Celui qui construit sa maison avec le verre des fausses promesses ne jette pas de pierres de calomnie sur les hommes libres »... Et vous, vous vivez maintenant dans ce verre.

Enfin, je vous félicite pour cet échec épique, vous avez finalement réussi à n’être rien, et avec l’habituelle élégance française, qui plus est !

رسالة مفتوحة إلى وزير خارجية فرنسا جان-نويل بارو

د.لينا الطبال 17 -  فبراير 2026

 

 اسمح لي أن أبدأ بتهنئتك...

ليس من السهل على وزير خارجية دولة علمت العالم معنى "الحرية، والمساواة، والإخاء" أن ينجح في ضغط تاريخ بلاده ليضعه تحت حذاء جنرال إسرائيلي متهور. لقد فعلتها يا جان، وبكل أناقة فرنسية معهودة!

 عادة ما نوجه "الرسائل المفتوحة" الى الحلفاء حين يضلون الطريق، أو الى الاصدقاء حين تصيبهم نوبة من الغباء المفاجئ. وانا، أكتب لك اليوم لأنني رأيت هذه المراوغة الماكرة وهذا الهلع في عيون سياسيين يشبهونك.... نعم، عندما تسقط الحجج المنطقية لا يتبقى لهم سوى التلحّف بالأكاذيب!

 لقد طالبت، ومعك جوقة من خمسين نائب ضلوا طريقهم مثلك بإستقالة المقررة الأممية فرانشيسكا ألبانيزي لأنها لم تكذب ولم تخطئ كما يجب دائما...

لماذا؟

هل ازعجك الى هذا الحد صدقها... استندت يا جان إلى عبارة لم تتفوه بها،

جملة وهمية جرى تداولها كما تتداول الشائعات في مقاهي باريس
ثم تصبح ترند على المنصات الرقمية!

 كيف لوزير يمثل دولة بوزن فرنسا أن يتورط في تداول إشاعة فارغة وتجييرها باسم دولة كبرى؟ وكيف يجرؤ، فوق هذا التردي، على ادعاء الدفاع عن القيم الكونية وهو يسعى لإسكات صوت الحق الذي تمثله فرانشيسكا ألبانيزي؟

 لكن دعونا الآن من كل هذا الاحراج...

سأكشف لكم سرا ربما يفسر سبب ذعركم أنتم الذين تقتفون أثر خُطانا، وتُحصون علينا حتى الأنفاس في كل محفل، وراقبتم مسار أسطولنا من برشلونة إلى أسدود... لقد أخفقتم، وستخفقون دائما، في العثور على زلة واحدة في خطابنا، أو هفوة واحدة نندم عليها... أتعرفون لماذا؟

 ليس لأننا، مثلكم، صقلنا كلماتنا عبر برامج لذكاء الاصطناعي كـ (ChatGPT)، ولا لأننا، مثلكم أيضا، نقضي الليالي في تنقيح الجمل وتنميقها... نحن لسنا مثلكم...

خطابنا عفوي ينبع مباشرة من نبض الشعوب ومن وضوح الحق الذي ندافع عنه.

من يقف مع قضية عادلة لا يتعثر بالكلمات، حتى وهو يواجه أعداءه.

لذا، استمروا في مُراقبتنا،

عُدوا علينا أنفاسنا،

وأحصوا خطواتنا بدقة... احصوها ودققوا بها جيدا.

 إن الثورة الفرنسية يا سيد بارو، التي زلزلت عروش الطغيان وألهمت العالم عام 1789، لم تأتِ حتى ترصف الطريق أمام ساسة يرتجفون تحت الضغط، و ينحنون لإرادة المستعمر والقتلة.

لقد نصت المادة الأولى من "إعلان حقوق الإنسان والمواطن" حقيقة أزلية أصبحت حجر الزاوية في ضمير البشرية: "يولد الناس أحرارا ومتساوين في الحقوق"... فبأي لغة تبرر خرق هذا العهد؟

لذا، لا استطيع تسمية انحيازك الصارخ لكيان يمارس الإبادة بـ "الهفوة السياسية". انه سقطة أخلاقية مدوية، وخيانة عظمى لقيم الجمهورية التي من المفترض أنك تمثلها.

 سيد بارو، ثمة نوع من الشراهة في صمتك الآن... لانك بهذا الصمت تجعل من "الباستيل"، رمز التحرر من الاستبداد، صرح اثري مهجور ربما تعيد فتحه و تسجن فيه المبادئ الفرنسية ...

 غداً، ستستيقظ باريس على وقعِ أقدام لا تشبه خطاك المهذبة... سيخرج الشعب في باريس يعلن تضامنه مع فرانشيسكا ألبانيزي، هذا الشعب الذي توهمت أنك ونوابك الخمسين تختزلون صوته، يرى ما تصرُّ أنت على شطبه من تقاريرك. هناك، في الميادين، يرتفع علم فلسطين كخيط أحمر يربط بين حطام غزة وأرصفة أوروبا وقارات العالم.

دعنا نكون واضحين، فرانشيسكا ألبانيزي لم تخترع الابادة... غزة هي التي فرضت ثقلها على العالم وفرضت ارقام شهداءها التي تتراكم، وصور الدمار والخراب... وانتم لا يرف لكم جفن.

هل تعرف ان في غزة المقابر الجماعية باتت تشكل تضاريس الأرض؟... وانه تم خرق كل مادة في القانون الدولي فوق تلك البقعة الصغيرة من العالم؟ وعندما تكتب المقررة الأممية مصطلح "الإبادة"، فهي لا تمارس التحريض، هي في ذلك تخط  امانة اللغة في توصيف الجحيم.

 لكن يبدو أن القانون في جغرافيتك السياسية، يفقد قدرته على النطق حين يصل إلى فلسطين.

ولأن غزة وحدها لم تعد كافية لتجسيد هذا السقوط الأخلاقي، تمدد المشهد ليشمل لبنان...

لبنان الذي تُنتهك سيادته كل يوم، وتقصف اسرائيل قراه الجنوبية. ومن خلفه سوريا المنهكة أصلا، التي وصلت إليها إسرائيل حتى دمشق، والضفة التي تغلي، والسجون المكتظة بكافة أنواع التعذيب. كل هذا هو نظام واحد من القهر، تدعمه أسلحة الغرب، ويبرره سياسيون يشبهونك، ويحرسه هيكل الصمت الدبلوماسيّ.

 الحقيقة في بلادنا تشبه "الياسمين" عنيدة، برية، وتنمو بين الشقوق... مهما حاولت جنازير الدبابات التي تباركها بصمتك دهسها، ستظل رائحتها تفضح القتلة وتزكم أنوف الدبلوماسيين الذين يشبهونك...

لذا، وفّر نصائحك الغالية بالاستقالة لمن يقودون العالم اليوم نحو هاوية أخلاقية. 

نصيحتي الأخيرة لك ليست سياسية، هي حكمة جبلية بسيطة من بلادنا: "الذي يبني بيته من زجاج الوعود الزائفة، لا يرمي الأحرار بحجارة الافتراء"... وأنت تسكن الآن داخل ذلك الزجاج.

في النهاية أهنئك على هذا الفشل الملحمي، لقد نجحت أخيرا في أن تكون لا شيء، وبكل أناقة فرنسية معهودة!

Noam Chomsky avait raison à propos d’Epstein

Michael Tracey, Compact Magazine, 13/2/2026
Traduit par Tlaxcala

À en juger par le délire qui a accompagné la dernière publication des « fichiers Epstein », les Américains modernes n’ont plus aucune légitimité pour ricaner sur leurs ancêtres du XVIIe siècle qui s’étaient convaincus que des sorcières terrorisaient le Massachusetts colonial. Il était réconfortant d’imaginer que de telles épidémies de manie superstitieuse appartenaient à un passé très lointain. Comme nous avions tort. Car si le tumulte autour de Jeffrey Epstein prouve une chose, c’est que les Américains de 2026 sont plus prêts que jamais à se précipiter dans les frénésies de foule les plus infra-rationnelles.


À l’heure actuelle, quiconque a ne serait-ce qu’échangé quelques plaisanteries légères par courriel avec Epstein peut s’attendre à faire face à une censure immédiate et ostentatoire. Pour quel crime, pourrait-on demander ? La réponse est rarement articulée avec précision, si ce n’est une certitude générale que cette association passée dépravée doit attester d’une culpabilité spirituelle (et peut-être littérale). La simple proximité avec Epstein, qu’elle soit physique ou numérique — et quelle que soit la brièveté de l’interaction — voue les nouveaux damnés à être qualifiés de Complices de Pédophiles, de potentiels Trafiquants d’Enfants à des Fins Sexuelles, ou peut-être même de criminels coupables de pédocriminalité. Aucun crime réel n’a besoin d’être vérifié, ni même spécifiquement allégué, pour que les réprimandes s’abattent.

Parmi les victimes les plus étranges de toute cette affaire figure Noam Chomsky. Quoi que l’on pense de ses contributions à la linguistique ou de son parcours politique, il serait impossible de contester sérieusement l’impact de Chomsky en tant que chercheur, théoricien et militant. Mais soudain, on nous dit que sa réputation est en lambeaux et que l’œuvre de sa vie est entachée parce qu’il a socialisé et correspondu avec Jeffrey Epstein. Aucun de ceux qui se précipitent pour faire des dénonciations mélodramatiques ne trahit la moindre trace d’un trait essentiel que Chomsky lui-même a manifesté : une volonté d’examiner les faits réels et de les suivre jusqu’à leur conclusion logique, nonobstant l’opprobre qui pourrait en découler.

Voici cette conclusion indicible pour les besoins de la cause : Chomsky avait fondamentalement raison dans ses jugements sur l’hystérie autour d’Epstein. Qu’il soit maintenant répudié pour cela — par une cohorte d’anciens amis et collaborateurs, qui plus est — ne fait que souligner à quel point l’hystérie est généralisée.

Les ironies imprègnent toutes les dimensions de l’épreuve Epstein, mais le dernier angle Chomsky est un cas particulier. Si l’on observe un échantillon moyen d’utilisateurs des médias sociaux, on vous dira avec une confiance suprême que l’histoire concerne fondamentalement une campagne de subterfuge israélienne, dans laquelle Epstein manœuvrait sournoisement dans tous les sens, piégeant et faisant chanter toutes sortes de personnalités éminentes sous la direction du Mossad. D’une manière ou d’une autre, la toile qu’il a finalement tissée était si large qu’elle a même englouti Chomsky — peut-être le critique le plus constant et le plus en vue d’Israël au cours des six dernières décennies.

Nous sommes censés être stupéfaits que Chomsky ait accepté une invitation à assister à une petite soirée dans l’hôtel particulier d’Epstein à Manhattan, au cours de laquelle l’hôte a décroché le téléphone et appelé le diplomate norvégien qui supervisait les accords d’Oslo de 1991, ce qui a conduit à ce que Chomsky a décrit comme un « échange animé ».

Epstein a également organisé une rencontre avec Ehud Barak, l’ancien Premier ministre israélien, et Chomsky a raconté avoir apprécié la « discussion fructueuse » qui s’ensuivit. Bien qu’il ait encore de nombreux désaccords avec Barak, Chomsky a déclaré que la rencontre avait également produit des perspectives inattendues ; il a particulièrement apprécié la possibilité de sonder Barak sur les accords de Taba de 2001, sur lesquels Chomsky avait beaucoup écrit. De nombreuses facettes « restent obscures et controversées parce que les archives diplomatiques sont encore largement secrètes », a-t-il déclaré. « L’exposé de Barak sur le contexte était éclairant, et surprenant à certains égards. »

Compte tenu de ses intérêts de longue date, il semble tout à fait normal que Chomsky ait saisi ces opportunités. Mais nombre de ses anciens compagnons de route insistent désormais pour que nous soyons tous consternés. Vijay Prashad, qui a coécrit plusieurs livres avec Chomsky, se déclare « horrifié et choqué » par les révélations sur le comportement de son ami. Prashad maintient que même si Chomsky était capable de s’expliquer, ce qui n’est pas le cas, vu qu’il a été diminué par un accident vasculaire cérébral il y a trois ans, il n’y a « aucun contexte qui puisse expliquer cette indignité ». Aucune information supplémentaire n’est apparemment nécessaire pour que Prashad fustige et désavoue son ancienne idole — aujourd’hui âgée de quatre-vingt-dix-sept ans et incapable de communiquer. « Pourquoi apporter réconfort et conseils à un pédophile pour ses crimes ? » demande un Prashad angoissé.

Le journaliste de gauche Chris Hedges a également dénoncé Chomsky pour avoir pris place dans l’avion privé d’Epstein, car il était « surnommé le Lolita Express, une référence littéraire à l’exploitation sexuelle des filles que Noam aurait dû reconnaître ». Si Hedges avait jamais pris la peine d’apprendre les faits, il découvrirait que bien sûr, Epstein n’a jamais lui-même « surnommé » son propre avion le Lolita Express. En réalité, le « surnom » était une invention impertinente d’un tabloïd britannique en 2015 — et ses origines auraient prétendument été attribuées à des anonymes locaux des îles Vierges américaines. Hedges imagine-t-il Epstein arpentant le tarmac en hurlant « Tout le monde à bord du Lolita Express ! » avec un Chomsky gériatrique à ses côtés ? À l’ère de la manie Epstein, il n’y a clairement aucune incitation — politique, journalistique, juridique ou autre — à dissiper ces mythes absurdes, et tous incitent à les amplifier.

Hedges poursuit en déclarant que l’affiliation de Chomsky avec Epstein est une « tache impardonnable » qui « ternit irrémédiablement son héritage » — tout en ne disant bien sûr rien qui établirait la base logique d’une telle affirmation histrionique. Parce que pour les gens comme Hedges, les paramètres moraux et factuels de cette affaire ont déjà été définitivement réglés. Il proclame que Chomsky « était au courant des abus d’Epstein sur des enfants. Ils étaient tous au courant. Et comme d’autres dans l’orbite d’Epstein, il ne s’en souciait pas. »

Mais parlons un instant de ce que Hedges sait ou ne sait pas. L’hypothèse apparemment dominante est que Chomsky aurait eu l’obligation éthique de refuser toute association avec Epstein, en raison de la conduite pour laquelle Epstein avait été criminellement condamné quelques années auparavant. Examinons cette proposition : Quels détails accablants Chomsky aurait-il pu connaître lorsqu’il a fait la connaissance d’Epstein vers 2013-2015 ? Heureusement, il est plus que possible de répondre à cette question, par un simple examen des documents disponibles. S’il avait été amené, pour une raison quelconque, à analyser les antécédents criminels d’Epstein, Chomsky aurait constaté qu’Epstein avait plaidé coupable à deux chefs d’accusation de prostitution au niveau de l’État en Floride en juin 2008, avait purgé sa peine, et était ensuite libre de réintégrer la société.

En ce qui concerne les spécificités de ces accusations, la seule mineure dont Epstein a jamais plaidé coupable d’avoir fait sa victime était une seule personne, Ashley Davis, qui avait dix-sept ans au moment des rencontres en question, et a déclaré à la police de Palm Beach qu’elle avait eu des rapports sexuels consensuels avec Epstein une fois, la veille de son dix-huitième anniversaire. Elle a également déclaré qu’Epstein ne l’avait jamais forcée à faire quoi que ce soit, n’avait jamais été violent ou coercitif, et qu’elle s’était rendue volontairement chez lui à environ quinze reprises, amenant une amie à au moins une occasion, et qu’elle avait participé à des scénarios de « massage » sexualisés en échange d’argent, de cadeaux et — comme elle l’a déclaré à un grand jury de Floride en juillet 2006 — de « conversations polies ». Lors de la session du grand jury, la jeune fille, alors âgée de dix-huit ans, semblait bien plus troublée par son implication non désirée dans les efforts de poursuite de l’État qu’elle ne l’avait jamais été par ses interactions passées avec Epstein. Quoi qu’il en soit, Davis est finalement devenue la seule mineure identifiée par le procureur adjoint de l’État comme ayant été victimisée par Epstein lors de son plaidoyer de culpabilité en juin 2008.

Voilà ce que Chomsky aurait pu savoir des méfaits causés par Epstein, sur la base des seules infractions pour lesquelles Epstein a jamais été criminellement condamné. Voici certaines choses que Chomsky n’aurait pas pu savoir : qu’Epstein orchestrerait un vaste réseau de « trafic sexuel d’enfants » et de chantage, qu’il serait un prédateur pédophile activement dangereux, ou qu’il maintiendrait des filles vulnérables dans une sorte de captivité odieuse d’esclaves sexuelles. Il n’aurait pas pu savoir ces choses, non pas parce qu’il ignorait les faits, mais parce qu’il n’y avait jamais eu de base crédible pour croire de telles choses sur Epstein, ni à l’époque ni aujourd’hui.

La nouvelle série de soi-disant fichiers Epstein produits par le ministère de la Justice éclaire davantage les raisons de cet état de fait, avec document après document révélant que les enquêteurs gouvernementaux n’ont pas pu étayer l’affirmation selon laquelle Epstein dirigeait une quelconque opération de « trafic sexuel d’enfants » ou de chantage à grande échelle ; et en outre, que le nombre total présumé de « victimes » avait été grossièrement exagéré. Rien de tout cela n’était le moins du monde imprévisible. Les fondements des théories les plus fantaisistes liées à Epstein ont toujours été incroyablement faibles, comme on pouvait le constater en regardant simplement les preuves, ce que Chomsky a probablement fait.

À l’époque où il fonctionnait encore à pleine capacité cognitive, Chomsky était réputé pour sa maîtrise des faits, quel que soit le sujet abordé. « Vérifiez les archives », disait-il fréquemment à ses interlocuteurs, avant de démontrer sa maîtrise des archives pertinentes. Il serait donc logique que Chomsky ait, à un moment donné, vérifié les archives en ce qui concerne Epstein. Peut-être pas avec autant d’ardeur qu’il aurait pu étudier la guerre du Vietnam, mais assez pour développer une image raisonnablement précise des détails pertinents. En effet, dans l’échange désormais célèbre où Epstein lui a demandé conseil en février 2019, Chomsky remarque qu’il a pensé à la question d’Epstein toute la journée — et « en fait, bien avant ». On peut donc supposer que Chomsky avait acquis bien plus de connaissances sur les faits et preuves sous-jacents que pratiquement quiconque exige aujourd’hui son bannissement rétroactif.

Lorsque Chomsky a souligné les « accusations hystériques » lancées contre Epstein, il a fait une observation bien fondée. Si une personne impartiale devait évaluer le corps principal de ces accusations — que ce soit lors de cet échange de courriels en 2019, ou aujourd’hui, après la publication de millions d’autres « fichiers Epstein » — la seule conclusion viable serait que qualifier le flot d’accusations d’« hystérique » est un vaste euphémisme. Il était perspicace de la part de Chomsky de le reconnaître relativement tôt dans l’épidémie d’hystérie — nonobstant tout parti pris personnel qu’il aurait pu contracter à travers sa relation avec Epstein.

De nouveaux courriels montrent qu’Epstein a joué un rôle central inattendu en aidant Chomsky à résoudre un conflit financier de longue durée avec ses trois enfants adultes. Le conflit semblait provenir du mariage de Chomsky avec sa seconde épouse, Valeria, après le décès de sa première femme Carol en 2008. Les enfants adultes tentaient de restreindre la capacité de Chomsky à accéder à sa fiducie personnelle, apparemment en raison de réserves quant à l’influence de Valeria. « J’ai travaillé dur pendant 70 ans, j’ai mis de côté une somme d’argent substantielle. J’ai sûrement le droit d’y accéder », a écrit Chomsky. « Tout cela est un nuage douloureux que je n’aurais jamais imaginé assombrir mes dernières années. »

Sa seconde épouse a également entretenu sa propre correspondance avec Epstein. À un moment donné, Valeria lui a écrit : « ça devient intolérable. Je ne me suis pas du tout impliquée dans cette discussion car je pense que c’est leur affaire, mais je vois que ça affecte la santé de mon mari. » Finalement, Epstein a réussi à négocier une solution à cette affaire fastidieuse, en utilisant un mélange légèrement insaisissable de méthodes comptables et juridiques. Valeria l’a chaleureusement remercié : « Absolument personne n’aurait rien fait. Sauf vous. Nous savons qu’il n’y a pas assez pour compenser tout ce que vous avez fait pour nous, mais nous aimerions que vous reteniez le pourcentage que vous jugerez approprié pour tout le temps que vous avez consacré à ce cas particulier. » Epstein a refusé toute compensation.

Ces messages de gratitude devraient être considérés comme un contexte partiel pour les « conseils en relations publiques » que Chomsky a ensuite offerts à Epstein, et qui sont maintenant présentés comme son péché le plus manifestement intolérable. Le contexte de l’échange de février 2019 était l’annonce par le ministère de la Justice d’une enquête sur le bien-fondé de ce que l’on a appelé l’« accord de faveur » qu’Epstein avait reçu pour conclure ses poursuites judiciaires en Floride onze ans plus tôt. Une décision de justice défavorable est également tombée (annulée plus tard) concluant que les procureurs avaient violé la loi sur les droits des victimes d’actes criminels en accordant à Epstein un accord de non-poursuite fédéral sans préavis suffisant aux victimes désignées par le gouvernement. Et c’était aussi au milieu du tumulte de plusieurs mois déclenché par une série d’articles soi-disant marquants du Miami Herald sur Epstein, publiés pour la première fois en novembre 2018.

Chomsky a recommandé à Epstein de s’abstenir de répondre de manière trop véhémente à l’indignation virulente, car cela ne ferait qu’« offrir une ouverture publique à un déluge d’attaques venimeuses » — y compris de la part de « chercheurs de publicité » et de « cinglés en tout genre ». Le déluge imminent serait en outre « impossible à contrer » de manière rationnelle, compte tenu de l’« humeur » publique prédominante à l’époque — et en particulier compte tenu de « l’hystérie qui s’est développée autour des abus envers les femmes, qui a atteint le point où même remettre en cause une accusation est un crime pire que le meurtre ». Chomsky postule ensuite que « pour pratiquement tous ceux qui voient une partie de cela » — c’est-à-dire le torrent de couverture médiatique condamnatoire — ““la réaction sera “il n’y a pas de fumée sans feu, peut-être un feu rageur” ». Et il en sera ainsi, a dit Chomsky, « quels que soient les faits, que peu de gens songeront même à examiner ». Sur tous ces points, il a été éclatant de vérité.

Pour illustrer pourquoi Chomsky avait raison dans les conseils qu’il a prodigués, considérons la série du Miami Herald, qui avait déclenché le torrent de vitriol contre Epstein. Ces articles mettaient en scène exactement les cinglés et les chercheurs de publicité contre lesquels Chomsky avait mis en garde. Bien que les reportages de Julie K. Brown aient été couverts de louanges outrancières, ils étaient en réalité un cas de faute professionnelle médiatique extrême, avec des conséquences hautement destructrices, d’une manière que Chomsky avait été particulièrement perspicace de percevoir.

D’une part, la série entière a été confectionnée par les avocats des plaignants à la recherche de profits représentant les « victimes » présumées d’Epstein, qui ont organisé le déploiement en collaboration avec Brown. Bradley Edwards, l’avocat principal des « victimes » qui est devenu obscènement riche grâce à ses cycles interminables de litiges liés à Epstein, s’est vanté dans son propre livre d’avoir essentiellement manipulé Brown pour qu’elle fasse son travail de relations publiques. Chomsky devrait être félicité d’avoir vu clair dans cette mascarade.

Figurant en bonne place dans la série, Virginia Roberts Giuffre, la cliente d’Edwards et « survivante » vedette d’Epstein. Giuffre était un maelström vivant et respirant d’accusations inflammatoires de crimes sexuels — formulées non seulement contre Epstein lui-même, mais contre une foule d’autres personnalités éminentes. Ses allégations les plus sordides n’ont jamais été corroborées, et certaines ont finalement dû être rétractées. Parmi les destinataires lésés de ces fausses accusations prolifiques, dans une ironie saisissante, figurait le rival de longue date de Chomsky, Alan Dershowitz. Leurs débats houleux sur Israël-Palestine sont le fruit d’une légende sur YouTube.

Le destin a voulu que Dershowitz et Chomsky soient désormais bizarrement unis en tant que dommages collatéraux de la croisade diffamatoire de Giuffre et de ses avocats. C’est en 2014 qu’elle a accusé pour la première fois Dershowitz d’avoir commis des crimes sexuels odieux contre elle à au moins six reprises distinctes, ce qui a conduit à une confrontation juridique prolongée. En 2022, elle s’est rétractée — affirmant avoir commis une « erreur ». Dershowitz, qui a toujours farouchement nié avoir jamais rencontré Giuffre, a été aussi disculpé qu’il est possible de l’être pour quelqu’un qui maintient avoir été faussement accusé.

Mais entre-temps, il y avait Giuffre, dans le Miami Herald vers 2018, traitée avec une crédulité sublime par Brown — récit après récit scandaleux relayé à un public de masse, sans l’ombre d’un discernement critique. Dans un article, Brown a relayé l’histoire de Giuffre selon laquelle Epstein et Ghislaine Maxwell lui avaient « ordonné d’avoir des relations sexuelles » avec des personnes comme Dershowitz et le prince Andrew — tout cela alors qu’elle était assiégée dans une captivité infernale de trafic sexuel. Elle a également invité Giuffre à déclarer avec une certitude inébranlable que non seulement elle avait été abusée par Epstein, mais qu’elle avait aussi été « prêtée à des politiciens, des universitaires et des membres de la royauté ». Brown a également amplifié l’affirmation de Giuffre selon laquelle Epstein avait installé des caméras de surveillance cachées dans toutes ses nombreuses propriétés palatiales, dans le but d’enregistrer clandestinement des personnalités éminentes lors d’actes sexuels compromettants. Ces affirmations sont au cœur de la mythologie Epstein, qui persiste à ce jour.

Voilà donc la « presse putride » à laquelle Epstein avait affaire en février 2019. Chomsky avait raison de la décrire comme un non-sens hystérique — et d’observer que la réaction publique stupide serait résolument divorcée des faits. En effet, quatre ans après ce qui était présenté comme un exploit journalistique de Brown, Giuffre a finalement retiré ses accusations sordides contre Dershowitz. Les accusations contre Stephen Kosslyn, professeur de psychologie à Harvard, et Jean-Luc Brunel, le magnat français du mannequinat, ont également été retirées. Giuffre a ensuite approuvé divers canulars et fantasmes « QAnon » et a connu toutes sortes d’autres déboires erratiques, culminant avec sa mort bizarre en avril 2025, suite à ce qui semble avoir été un accident de bus simulé. Il suffit de dire que Giuffre était loin d’être crédible. Et son chapelet de revendications farfelues avait alimenté une part disproportionnée de la couverture médiatique incendiaire à laquelle Epstein avait demandé à Chomsky des conseils sur la façon de faire face.

La dernière production des « fichiers Epstein » ne fait que souligner davantage à quel point Chomsky avait raison à propos du déluge de théories farfelues sans fondement factuel. Après que Giuffre a été interrogée par des procureurs fédéraux en 2019, une note de service interne a été produite pour consigner l’évaluation qui en a résulté. L’allégation phare de Giuffre d’avoir été « prêtée » à des hommes de haut rang pour des ébats sexuels pervers a été jugée sans aucune corroboration. Ses affirmations sur le réseau illicite de surveillance vidéo à des fins de chantage d’Epstein : également jugées sans fondement. Il a même été déterminé que Giuffre avait fourni aux procureurs des récits « intérieurement incohérents » au cours du même entretien, avait menti sur des événements clés et raconté des histoires « sensationnalistes » aux médias. Ce qui inclurait vraisemblablement le Miami Herald.

« C’est particulièrement dégoûtant que Noam ait jugé nécessaire de faire honte aux victimes en les traitant d’hystériques », a fulminé Jeffrey St. Clair, l’un des anciens compagnons de route de Chomsky à la revue de gauche Counterpunch. Mais en ce qui concerne les sommets historiques de propagation d’hystérie atteints par des « victimes » comme Giuffre, et des journalistes comme Brown, Chomsky avait raison. Le fait que ses conseils aient été donnés à Jeffrey Epstein, notre avatar moderne du mal prédateur dévorant, ne les rend pas moins vrais. Le seul point sur lequel Chomsky a peut-être erré était de suggérer que si Epstein restait tranquille un moment, le tollé finirait par « s’estomper ». Six mois après leur échange de février 2019, Epstein était en prison, puis est mort peu après. Sept ans plus tard, on dirait qu’ils ne parlent toujours que de ça, la manie condamnatoire étant devenue si intense que même Chomsky lui-même est qualifié, de manière absurde, de complice de crimes sexuels.

Ce qui ne fait que montrer qu’une fois de plus, Chomsky s’est révélé être d’une perspicacité unique — coupant à travers le bruit hystérique avec une clairvoyance inflexible que peu d’autres possèdent. Peu avant son accident vasculaire cérébral en 2023, il était également la seule figure publique d’une quelconque notoriété qui, lorsqu’il a été harcelé par les médias pour expier sa relation avec Epstein, a catégoriquement refusé. Au lieu de ramper ou de concocter des excuses de relations publiques évasives, il a répondu avec le genre de rejet cinglant que de telles inquisitions louches méritaient amplement. « Ce que l’on savait de Jeffrey Epstein, c’est qu’il avait été reconnu coupable d’un crime et qu’il avait purgé sa peine », a déclaré Chomsky à un journaliste indiscret. « Selon les lois et les normes américaines, ça efface l’ardoise. »

 

 

16/02/2026

Para honrar la memoria de las personas masacradas el 7 de octubre, los israelíes deben reconocer sus acciones en Gaza


Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traducido por
Tlaxcala


Humo se eleva tras una explosión, dentro de la zona de la "línea amarilla", controlada por Israel, en Jan Yunis, en el sur del país, a principios de esta semana. Foto HASEEB ALWAZEE/Reuters

La reciente indignación por el rechazo de un ministro israelí a la palabra ‘masacre’ en referencia al 7 de octubre reveló que, en Israel, la palabra está reservada para un solo bando. Quienes luchan por su preservación deben aplicarla a lo ocurrido en Gaza.

En los primeros meses posteriores al 7 de octubre, utilicé constantemente el término masacre para describir lo sucedido. Lo que vi con mis propios ojos mientras deambulaba por la zona fronteriza sur con el fotógrafo Alex Levac solo podía definirse como tal.

En Sderot, Ofakim, en el estacionamiento de Re’im, en la carretera 232 sembrada de muertos, en Be’eri y Nir Oz, vimos un testimonio silencioso e interminable de una masacre. Los rastros de sangre coagulada en las habitaciones de los miembros del kibutz, las vidas truncadas en un instante, los ejemplares de fin de semana de Haaretz, con lectores masacrados mientras los hojeaban, los cuerpos de sus perros yaciendo en sus jardines, los coches aplastados y destrozados con sus restos silenciosos del festival de música Nova, carnés de identidad y efectos personales entre las ruinas de la comisaría de Sderot, y por supuesto, los testigos supervivientes, todo contaba la historia de una horrible masacre. Una masacre, ¿cómo podría llamarse de otra manera?

El memorial temporal para las víctimas instalado en el estacionamiento de Re’im en los primeros meses después de la fiesta de Nova, en enero de 2024. Foto Hadas Parush

Un año después, ya no podía usar ese término. Esto fue después de que la palabra masacre llegara a usarse en el discurso israelí solo para describir lo que nos habían hecho a nosotros. La única masacre era la masacre de israelíes en el sur, y ninguna otra. Casi nadie usaba la palabra masacre para describir lo que estaba sucediendo al otro lado de la frontera, en Gaza, por nuestra mano.

Cuando un israelí decía “masacre”, se refería a la masacre de israelíes, como si afirmara que no había otra. La palabra masacre se convirtió en una palabra polémica, tendenciosa, al servicio de la propaganda y, por lo tanto, descalificada para su uso, por lo que a mí respecta, debido a su significado unilateral.

Mientras tanto, la segunda masacre continuaba a toda máquina, y nadie la llamaba por su nombre. No anulaba la primera masacre, pero su magnitud, en números y devastación, la superaba con creces. El hecho de que fuera perpetrada principalmente por aire no disminuía su naturaleza ni un ápice.

Edificios destruidos en Gaza, vistos desde el lado israelí de la frontera entre Israel y Gaza a principios de esta semana. Foto Amir Cohen/Reuters

La furiosa discusión que ha estallado en los últimos días por el intento insensato del gobierno de borrar de la memoria la masacre que sufrimos solo puede provocar una sonrisa amarga.

Nada podría ser más irónico: después de más de dos años en los que el discurso público se abstuvo de usar la palabra “masacre” o sus sinónimos para describir lo que el ejército israelí estaba haciendo a los gazatíes; después de más de dos años en los que Israel intentó decirse a sí mismo y al mundo que la única masacre que tuvo lugar fue la de israelíes; más de dos años de hacerse la víctima, en los que Israel exhibió, para sí mismo y para el mundo, solo sus propias heridas de guerra; más de dos años en los que prohibió cualquier expresión de compasión, humanidad y solidaridad con las víctimas de la otra masacre; después de más de dos años en los que los medios israelíes ocultaron, ignoraron o desdibujaron la otra masacre, he aquí que el gobierno intenta borrar también de las mentes israelíes la primera masacre, como si nunca hubiera ocurrido.


El ministro de Cultura y Deportes, Miki Zohar, en la primera ceremonia de entrega de premios de cine financiada por el gobierno en Jerusalén el mes pasado. Foto Naama Grynbaum

El ministro de Cultura, Miki Zohar, en realidad se opuso a adoptar una postura de victimismo, en la que Israel se había regodeado, mientras esto sirviera a sus propósitos. [Zohar propuso eliminar la palabra «masacre» del título de la propuesta de ley que se está debatiendo para crear una autoridad encargada de conmemorar el 7 de octubre, NdT]

Sin embargo, hubo una masacre en Israel, así como un genocidio en Gaza. Hay que reconocerlo. El poder de las palabras es grande. El hecho de que a tan pocos israelíes les preocupe lo que su país ha hecho en la Franja de Gaza demuestra el inmenso poder de las palabras. El hecho de que cada vez que la palabra “masacre” se usaba o se usa todavía en Israel, la gente solo piense en el asesinato de 1.200 israelíes, nunca en la muerte de 70.000 gazatíes, demuestra lo fácil que es lavar el cerebro a la gente y moldear su mentalidad.

Por lo tanto, la batalla actual sobre este término es importante. Las personas que luchan justificadamente por mantener intacto este término con respecto a los eventos del 7 de octubre deberían al menos adoptarlo también para describir lo que Israel hizo en sus represalias imprudentes en Gaza. No se puede decir “la masacre del 7 de octubre” y no decir una palabra sobre la masacre punitiva y vengativa que le siguió.

La sangre de los israelíes masacrados a lo largo de la frontera de Gaza clama, pero no menos que la sangre de los miles de bebés que fueron masacrados en la Franja de Gaza. Ambos grupos fueron víctimas de un comportamiento bárbaro y criminal. Ambos grupos merecen la definición correcta, no una propaganda mendaz. Hubo una masacre en Israel. En Gaza, hubo un genocidio.

Pour honorer la mémoire des personnes massacrées le 7 octobre, les Israéliens doivent reconnaître leurs actions à Gaza


Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traduit par Tlaxcala


De la fumée s’élève après une explosion, dans la zone de la « ligne jaune », contrôlée par Israël, à Khan Younès, dans le sud du pays, plus tôt cette semaine. Photo HASEEB ALWAZEE/Reuters

L’indignation récente suscitée par le rejet par un ministre israélien du mot « massacre » à propos du 7 octobre a révélé qu’en Israël, le mot est réservé à un seul camp. Ceux qui luttent pour sa préservation doivent l’appliquer à ce qui s’est passé à Gaza.

Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre, j’utilisais constamment le terme massacre pour décrire ce qui s’était passé. Ce que j’ai vu de mes propres yeux en errant dans la zone frontalière sud avec le photographe Alex Levac ne pouvait être défini que comme tel.

À Sderot, Ofakim, sur le parking de Re’im, sur l’autoroute 232 jonchée de morts, à Be’eri et Nir Oz, nous avons vu d’innombrables témoignages silencieux d’un massacre. Les traînées de sang coagulé dans les chambres des membres du kibboutz, les vies fauchées en un instant, les exemplaires du Haaretz du week-end, avec des lecteurs massacrés alors qu’ils les parcouraient, les corps de leurs chiens gisant dans leurs cours, les voitures écrasées et déchiquetées avec leurs restes silencieux du festival de musique Nova, les cartes d’identité et les effets personnels dans les ruines du poste de police de Sderot, et bien sûr, les témoins survivants - tout racontait l’histoire d’un massacre horrible. Un massacre - comment aurait-on pu appeler ça autrement ?

Le mémorial temporaire pour les victimes installé sur le parking de Re’im dans les premiers mois après la fête de Nova, en janvier 2024. Photo Hadas Parush

Un an plus tard, je ne pouvais plus utiliser ce terme. C’était après que le mot massacre en était venu à être utilisé dans le discours israélien uniquement pour décrire ce qui nous avait été fait. Le seul massacre était le massacre d’Israéliens dans le sud, et aucun autre. Presque personne n’utilisait le mot massacre pour décrire ce qui se passait de l’autre côté de la frontière, à Gaza, de notre fait.

Quand un Israélien disait « massacre », il entendait le massacre d’Israéliens, comme s’il affirmait qu’il n’y en avait pas d’autre. Le mot massacre est devenu un mot chargé, tendancieux, servant la propagande et donc disqualifié à mon sens, en raison de sa signification unilatérale.

Pendant ce temps, le second massacre se déroulait à plein régime, et personne ne l’appelait par son nom. Il n’annulait pas le premier massacre, mais son ampleur, en termes de chiffres et de dévastation, le dépassait de loin. Le fait qu’il ait été perpétré principalement par les airs n’en diminuait en rien la nature.

Bâtiments détruits à Gaza, vus du côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza plus tôt cette semaine. Photo Amir Cohen/Reuters

La dispute furieuse qui a éclaté ces derniers jours au sujet de la tentative insensée du gouvernement d’effacer des mémoires le massacre que nous avons subi ne peut que susciter un sourire amer.

Rien ne pourrait être plus ironique : après plus de deux ans pendant lesquels le discours public s’est abstenu d’utiliser le mot « massacre » ou ses synonymes pour décrire ce que l’armée israélienne faisait aux Gazaouis ; après plus de deux ans pendant lesquels Israël a essayé de se dire, et de dire au monde, que le seul massacre qui avait eu lieu était celui des Israéliens ; plus de deux ans à jouer les victimes, pendant lesquels Israël a exposé, pour lui-même et pour le monde, uniquement ses propres blessures de guerre ; plus de deux ans pendant lesquels il a interdit toute expression de compassion, d’humanité et de solidarité avec les victimes de l’autre massacre ; après plus de deux ans pendant lesquels les médias israéliens ont caché, ignoré ou occulté l’autre massacre, voilà que le gouvernement tente d’effacer aussi des esprits israéliens le premier massacre, comme s’il n’avait jamais eu lieu.


Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, lors de la première cérémonie de remise des prix du cinéma financée par le gouvernement à Jérusalem le mois dernier. Photo Naama Grynbaum

Le ministre de la Culture, Miki Zohar, s’est en effet opposé à l’adoption d’une posture de victimisation, dans laquelle Israël s’était complu, tant que cela servait ses objectifs. [Zohar a proposé d’enlever le mot « massacre » du titre de la proposition de loi en discussion pour instaurer une autorité de commémoration du 7  octobre, NdT]

Néanmoins, il y a eu un massacre en Israël, ainsi qu’un génocide à Gaza. Il faut le reconnaître. La puissance des mots est grande. Le fait que si peu d’Israéliens soient préoccupés par ce que leur pays a fait dans la bande de Gaza prouve l’immense pouvoir des mots. Le fait que chaque fois que le mot « massacre » était ou est encore utilisé en Israël, les gens ne pensent qu’au meurtre de 1 200 Israéliens, jamais à la mort de 70 000 Gazaouis, prouve combien il est facile de manipuler les gens et de façonner leur état d’esprit.

Par conséquent, la bataille actuelle autour de ce terme est importante. Les personnes qui luttent à juste titre pour préserver ce terme concernant les événements du 7 octobre devraient au moins l’adopter aussi pour décrire ce qu’Israël a fait dans le cadre de ses représailles aveugles à Gaza. On ne peut pas dire « le massacre du 7 octobre » sans dire un mot sur le massacre punitif et vengeur qui a suivi.

Le sang des Israéliens massacrés le long de la frontière de Gaza crie, mais pas moins que le sang des milliers de bébés qui ont été massacrés dans la bande de Gaza. Les deux groupes ont été victimes d’un comportement barbare et criminel. Les deux groupes méritent la définition correcte, pas une propagande mensongère. Il y a eu un massacre en Israël. À Gaza, il y a eu un génocide.

To Honor the Memory of Those Massacred on October 7, Israelis Must Recognize Their Actions in Gaza


Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026


Smoke rises following an explosion, within the "yellow line" zone, which is controlled by Israel, in Khan Younis in the southern earlier this week. Credit: HASEEB ALWAZEE/Reuters

The recent outrage over an Israeli minister’s rejection of the word ‘massacre’ in reference to October 7 revealed that in Israel, the word is reserved for one side. Those fighting for its preservation must apply it to what happened in Gaza

In the first months following October 7, I constantly used the term massacre to describe what had happened. What I saw with my own eyes as I wandered through the southern border area with photographer Alex Levac could only be defined as one.

In Sderot, Ofakim, in the Re’im parking lot, on death-strewn Highway 232, in Be’eri and Nir Oz, we saw endless silent testimony to a massacre. The trails of congealed blood in the rooms of kibbutz members, the lives cut short in an instant, the weekend copies of Haaretz, with readers massacred as they were perusing them, the bodies of their dogs lying in their yards, the crushed and shattered cars with their silent remnants of the Nova music festival, ID cards and personal effects in the ruins of the police station in Sderot, and of course, the surviving witnesses – all told a story of a horrific massacre. A massacre – what else could you call it?

The temporary memorial for victims set at the Re’im parking lot in the initial months after the Nova party, in January 2024. Credit: Hadas Parush

A year later, I could no longer use that term. This was after the word massacre came to be used in Israel’s discourse only for describing what was done to us. The only massacre was the massacre of Israelis in the south, and no other. Hardly anyone used the word massacre to describe what was happening across the border, in Gaza, at our hands.

When an Israeli said "massacre," he meant the massacre of Israelis, as if he were stating that there was no other. The word massacre became a fraught one, a tendentious one serving propaganda and thus disqualified for use, as far as I was concerned, due to its one-sided meaning.

Meanwhile, the second massacre proceeded at full force, and no one called it by its name. It did not cancel out the first massacre, but its scope, in numbers and devastation, far exceeded it. The fact that it was perpetrated mainly by air did not diminish its nature by one whit.

Destroyed buildings in Gaza, as seen from the Israeli side of the Israel-Gaza border earlier this week. Credit: Amir Cohen/Reuters

The furious argument that has erupted in the last few days over the government’s foolish attempt to erase from people’s minds the massacre we suffered can only evoke a bitter smile.

Nothing could be more ironic: After more than two years in which the public discourse refrained from using the word "massacre" or its synonyms for describing what the IDF was doing to Gazans; after more than two years in which Israel tried to tell itself, and the world, that the only massacre that took place was that of Israelis; over two years of playing the victim, in which Israel put on display, for itself and the world, only its own war wounds; over two years in which it forbade any expression of compassion, humaneness and solidarity with the victims of the other massacre; after over two years in which the Israeli media concealed, ignored or blurred the other massacre, along comes the government trying to erase from Israeli minds the first massacre as well, as if it never happened.


Culture and Sports Minister Miki Zohar speaking at the first government-funded film award ceremony in Jerusalem last month. Credit: Naama Grynbaum

Culture Minister Miki Zohar actually objected to adopting a stance of victimhood, in which Israel had wallowed, as long as this served its purposes.

Nevertheless, there was a massacre in Israel, as well as a genocide in Gaza. One should recognize this. The power of words is great. The fact that so few Israelis are bothered by what their country has done in the Gaza Strip proves the immense power of words. The fact that every time the word "massacre" was or is still used in Israel, people mean only the killing of 1,200 Israelis, never the killing of 70,000 Gazans, proves how easy it is to brainwash people and shape their mindset.

Therefore, the current battle over this term is important. People who are justifiably fighting to keep this term intact regarding the events of October 7 should at least also adopt it for describing what Israel did in its reckless retaliation in Gaza. One cannot say "the October 7 massacre" and not say a word about the punitive and vengeful massacre that followed it.

The blood of Israelis massacred along the Gaza border cries out, but no less so than the blood of the thousand babies that were massacred in the Gaza Strip. Both groups were victims of barbaric and criminal behavior. Both groups deserve the correct definition, not mendacious propaganda. There was a massacre in Israel. In Gaza, there was a genocide.