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07/04/2026
20/03/2026
De partenaires de guerre à rivaux politiques : l’Iran pourrait-il mettre le feu au torchon entre Trump et Netanyahou ?
Quatre scénarios possibles d’un clash inéluctable entre le chien et sa queue (les avis divergent sur la question de savoir qui est le chien et qui est la queue)
Mostafa Ahmed, Centre de Recherche Al Habtoor, 18/3/2026
Original : من شركاء حرب إلي خصوم سياسة… هل تشعل إيران الخلاف بين ترامب ونتنياهو؟
English : From Wartime Partners to Political Rivals… Could Iran Ignite a Rift Between Trump and Netanyahu?
Traduit par Tlaxcala
Le partenariat stratégique entre les USA et Israël a longtemps démontré une capacité exceptionnelle à absorber et à gérer les divergences tactiques. Pourtant, les développements accompagnant le lancement de l’opération US « Epic Fury » menée parallèlement à l’opération israélienne « Silent Holy City » fin février 2026, ont soumis cette alliance à un test sans précédent dans le Moyen-Orient moderne. Bien que cette campagne coordonnée ait initialement remporté des succès opérationnels décisifs, notamment l’élimination du guide suprême iranien et le démantèlement de la structure de commandement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), l’image d’alignement complet projetée par Trump et Netanyahou dissimule des divergences fondamentales de visions et d’objectifs.
Une lecture attentive de la trajectoire historique de cette relation, parallèlement à ses contraintes politiques actuelles, suggère qu’un conflit prolongé mettra en lumière la vive divergence des intérêts stratégiques des deux capitales. Alors que la confrontation passe de frappes rapides à une guerre d’usure régionale complexe dont les conséquences s’étendent au-delà de Washington et Tel-Aviv, ces différences évolueront probablement vers des fractures structurelles profondes. Cet article propose une analyse stratégique de cette dynamique émergente, soutenant que les différences fondamentales dans la capacité à absorber les répercussions économiques, à gérer les pertes humaines et à naviguer dans des calendriers électoraux rigides transformeront les désaccords tactiques feutrés en une rupture stratégique ouverte qu’il sera de plus en plus difficile de contenir ou de nier.
14/03/2026
Attaque contre l’Iran : dissensions dans l’armée US. Et maintenant ?
John Catalinotto, workers world,
13/3/2026
Traduit
par Tlaxcala
La
bataille qui a commencé le 28 février avec l’attaque non provoquée de la
machine de mort usraélienne contre l’Iran s’est étendue, au cours de ses 11
premiers jours, à une conflagration régionale et se dirige à une vitesse
indéterminée vers une guerre mondiale.
Les
anciens combattants pour la paix (Veterans For Peace) proposent leur aide aux
militaires dissidents
Aux USA,
les militants anti-guerre et anti-impérialistes – dans le ventre du monstre –
ont le devoir spécial de faire tout ce qu’ils peuvent pour arrêter cette
guerre. Et il y a un domaine où ils sont les mieux placés pour agir : tendre la
main aux membres de l’armée usaméricaine.
La
première chose à clarifier en planifiant cette lutte est que la classe
dirigeante hyper-riche des USA et les régimes réactionnaires racistes qui
dirigent les États oppresseurs usaméricain et israélien sont les criminels
responsables des horribles conséquences de la guerre. Le mouvement anti-guerre
doit exposer ces crimes et viser à perturber la machine de guerre des
criminels.
Soutien
populaire minimal pour la guerre aux USA
Comparée
aux six dernières longues guerres agressives usaméricaines (Corée, Vietnam,
Irak 1991, Yougoslavie, Afghanistan et Irak 2003), cette potentielle « guerre
sans fin » contre l’Iran rencontre le plus d’opposition dans le pays. La guerre
contre l’Iran a débuté avec des bombes et roquettes usaméricaines tuant plus de
150 écolières dans la ville de Minab et l’assassinat par Israël du guide
suprême politique et religieux de l’Iran, l’ayatollah Ali Hosseini Khamenei, le
28 février.
Avant
de déchaîner la conflagration, le régime MAGA n’a fait aucun effort pour
obtenir un soutien à l’agression, ni auprès du peuple, ni du Congrès, ni en
ajoutant des alliés internationaux au-delà des criminels génocidaires dirigeant
l’État colonial israélien. Le régime comptait sur les gros mensonges qui
diabolisent l’Iran depuis des décennies.
Depuis
le massacre initial de Minab, rappelant l’incendie du village de My Lai au
Vietnam en 1968, chaque lèche-botte du cabinet MAGA et le président usaméricain
impopulaire ont donné des explications contradictoires sur la façon dont la
guerre a commencé, combien de temps elle durerait, s’ils déploieraient des
troupes au sol et quel était son but. Leurs mensonges contradictoires n’ont
fait que diminuer leur crédibilité.
Même
avant que des pertes massives parmi les troupes usaméricaines ne soient
signalées, même avant que le coût militaire quotidien d’un milliard de dollars
de la « guerre choisie » usraélienne ne se fasse sentir (csis.org),
même avant que la guerre ne déclenche une catastrophe économique mondiale, une
majorité de la population usaméricaine s’oppose à la « guerre sans fin »
déclenchée par l’administration.
Une
population qui rejette la guerre peut être mobilisée pour lutter contre elle,
tout comme le peuple de Minneapolis a rejeté le traitement brutal et les
meurtres de migrants et les alliés des migrants ont rejeté la présence des
brutes de l’ICE.
Si
les civils s’opposent à la guerre, cela signifie que les troupes pourraient
refuser d’obéir aux ordres illégaux. Les troupes de réserve et les soldats du
rang en service actif sont des travailleurs en uniforme. Ils refléteront les
attitudes de leurs pairs civils – mais avec leur vie et leur intégrité physique
en jeu.
Les
soldats usaméricains résisteront-ils à la guerre ?
Pendant
l’invasion usaméricaine du Vietnam, la résistance des soldats à la guerre a
contribué à la décision de 1969 de retirer progressivement les troupes usaméricaines
du Vietnam et de compter sur les bombardements. Cela a également conduit à la
fin de la conscription militaire au début de 1973 et à la décision du Pentagone
de créer au cours des décennies suivantes une armée high-tech sans appelés.
Grève
scolaire en Allemagne contre la conscription, 5 mars 2026. « La jeunesse
riposte » et « Les riches veulent la guerre, la jeunesse veut un avenir » sur
des pancartes artisanales.
Même
au sein de l’armée de métier, certains soldats ont refusé de se battre en Irak
et en Afghanistan, bien qu’en moins grand nombre que pendant la période du
Vietnam. Après beaucoup de coûts, de tueries et de destructions, les troupes
américaines ont été forcées de battre en retraite des « guerres sans fin ». (Guerre sans victoire)
Un
livre de 2017 sur la résistance des soldats discute de la façon dont les USA ne
peuvent pas déployer une armée de terre assez grande pour conquérir le Sud
global sans susciter l’opposition dans le pays et la résistance parmi les
troupes. Il donne des exemples de guerres d’agression usaméricaines qui
pourraient mener à une rébellion de soldats : une que les USA déclencheraient contre
« la Russie, la Chine, ou même l’Iran ou la [République populaire démocratique
de Corée] », ou si « le président ordonne aux troupes fédérales de briser les
grèves ouvrières ou de réprimer les rébellions dans les communautés de couleur
à l’intérieur des USA ». (Turn the Guns Around: Mutinies, Soldier
Revolts and Revolutions [Crosses en l’air : mutineries, révoltes de
soldats et révolutions], dernier chapitre.)
Et c’est
exactement le scénario d’aujourd’hui, de Téhéran à Minneapolis.
Si le
régime MAGA ordonne à des troupes terrestres usaméricaines d’entrer en Iran, il
y a peu de doute que les 93 millions d’Iraniens défendront leur civilisation de
5000 ans, une résistance historique que les dirigeants usaméricains
sous-estiment. Concernant l’intervention militaire dans les villes usaméricaines,
les habitants de Los Angeles, Chicago, Minneapolis et d’autres villes ont
montré comment la solidarité de la classe ouvrière peut surprendre les chefs de
guerre de Washington.
On
peut difficilement imaginer la fureur populaire si le régime MAGA tentait de
rétablir la conscription, le service militaire obligatoire tant haï. Les jeunes
en Allemagne protestent actuellement contre des plans similaires de l’impérialisme
allemand.
Il
est déjà évident que le Pentagone a enregistré des pertes bien au-delà des sept
soldats officiellement reconnus morts au combat. Le fait que le principal
hôpital militaire américain à Landstuhl, en Allemagne, ait déjà annulé les
soins de maternité (Military Times, 5 mars) montre que
le Pentagone anticipe des pertes usaméricaines beaucoup plus lourdes.
Des
organisations d’anciens combattants anti-guerre, comme Veterans For Peace et d’autres,
ont tendu la main aux soldats en service actif pour offrir leur soutien aux
objecteurs de conscience. Un responsable du Center on Conscience and War a
déclaré que leurs téléphones n’arrêtent pas de sonner depuis le début de la
guerre usraélienne contre l’Iran.
Une
annonce faite il y a quelques mois par six démocrates du Congrès selon laquelle
les troupes ont le devoir de désobéir aux ordres illégaux s’est déjà répandue
dans les rangs des soldats. Quels que soient les motifs de ces représentants
élus, qui sont tous des vétérans de l’armée ou de la CIA, personne ne peut
remettre ce génie dans la bouteille.
Les
va-t-en-guerre du MAGA pourraient découvrir que leur agression contre l’Iran n’a
fait qu’accélérer le déclin de l’impérialisme usaméricain.
13/03/2026
L’objectif d’Israël en Iran n’est pas simplement un changement de régime, mais un effondrement total
Pour Israël, un État iranien en faillite, fracturé par une guerre civile, est préférable à tout autre résultat. Ils ne veulent pas seulement changer le régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même.
Traduit
par Tlaxcala
Kate McMahon est une journaliste indépendante vivant en Égypte
Après
des décennies de guerres désastreuses au Moyen-Orient, les USA ont peut-être
enfin retenu une leçon : les changements de régime sont extrêmement difficiles.
Éliminer un chef d’État est la partie facile : ce qui vient après ne l’est
pas. Si l’objectif sous-jacent est un changement de régime, on s’attend à ce
que les USA cultivent une direction alternative supervisant un État plus ou
moins fonctionnel. C’est là que les choses tournent mal – et c’est pourquoi peu
de gens travaillent sérieusement à un changement de régime en Iran.
Les
exemples de telles entreprises avortées sont nombreux. Les USA ont envahi l’Irak
en 2003, ils ont tué Saddam Hussein en 2006. Vingt ans plus tard, ils sont
toujours en Irak. Les déclarations prématurées de « mission accomplie »
contredisaient les longues complications de la construction nationale qui
restaient à venir. Aujourd’hui, l’Irak est profondément divisé avec un système
politique alambiqué, fracturé selon des lignes ethniques –c’est un État quand
même fonctionnel, mais il a fallu deux décennies et demie, des milliards de
dollars, environ un million de morts et une vague de terreur dans toute la
région pour y arriver. La stabilité que l’Irak a acquise est aussi plus due à l’adaptation
politique irakienne qu’au plan usaméricain.
Pendant
ce temps, en Afghanistan, les USA ont passé deux décennies à tenter de
remplacer les talibans , pour finalement voir les talibans reprendre une nouvelle
fois le pouvoir. Et en Syrie, Washington a armé des factions rivales cherchant
à renverser Bachar al-Assad, attisant les tensions ethniques et plongeant le
pays dans la guerre civile. À un moment donné, des milices armées par le
Pentagone combattaient
celles armées par la CIA.
Mais
la Libye fournit un autre type de récit édifiant. En 2011, des frappes usaméricaines
ont aidé à tuer Mouammar Kadhafi. Pourtant, les responsables de l’administration
Obama ne se souciaient pas particulièrement d’installer un remplaçant ou de s’impliquer
dans le travail compliqué de la construction nationale, laissant les Libyens
seuls face aux conséquences et au vide de pouvoir qui a suivi. En 2010, la
Libye était l’un des pays les plus riches d’Afrique et jouissait d’un niveau de
vie élevé. Aujourd’hui, c’est un État en faillite principalement dirigé par des
milices violentes et des trafiquants d’esclaves, marqué par des années de
guerre civile.
Actuellement,
les USA ont assassiné le guide suprême iranien Khamenei sous le prétexte d’apporter
la démocratie en Iran, ou parce qu’ils auront bientôt l’arme nucléaire, une assertion fausse. Quelle est la
suite ?
Bien
que les responsables de Washington puissent feindre des efforts pour rétablir
le Shah, cette tentative est au mieux superficielle. Le fils exilé du dictateur
brutal de l’Iran, renversé lors de la révolution islamique de 1979, n’est pas
sur le point de rentrer à Téhéran sur un cheval blanc pour remettre le pays en
ordre avec le panache d’un monarque. Bien qu’il conserve une base de fans
fidèles parmi la diaspora iranienne aux USA – en particulier ceux issus de
familles riches qui ont prospéré sous la monarchie violente – il est
profondément impopulaire en Iran. Peu de gens envisagent sérieusement de tels
fantasmes selon lesquels rétablir un roi qui a vécu en USAmérique pendant
quatre décennies se passerait sans accroc.
La
restauration monarchiste étant largement écartée, l’attention s’est tournée
vers la ligne de succession interne de la République islamique. En discutant d’un
successeur potentiel à Khamenei la semaine dernière, Trump a dit à un journaliste : « L’attaque
a été si réussie qu’elle a éliminé la plupart des candidats. Ce ne sera aucun
de ceux auxquels nous pensions parce qu’ils sont tous morts. La deuxième ou
troisième place est morte ». Une
fois le second fils de Khamenei
nommé guide suprême, les responsables israéliens ont promis de l’assassiner
ainsi que tous les successeurs suivants.
Les
frappes usaméricaines et israéliennes en Iran ont éliminé des chefs de l’opposition
viables, y compris des critiques emprisonnés
de la République islamique. Apparemment, les USA cibleraient également intentionnellement
des activistes de gauche.
Parce
qu’en fin de compte, remplacer la République islamique n’est pas l’objectif
principal, ni même un objectif souhaitable. L’objectif en Iran est plutôt la
balkanisation ethnique et un État en faillite. Ils ne veulent pas changer le
régime en Iran, ils veulent faire s’effondrer l’État lui-même. Le but des
frappes militaires est de désintégrer les institutions de l’État, alimentant
les tensions ethniques et les mouvements sécessionnistes, laissant l’Iran
profondément divisé et marqué par la guerre civile et la violence sectaire – un
parallèle avec la Syrie de 2015.
Un
effondrement politique pourrait intensifier les pressions séparatistes parmi
les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est et les Azéris au nord, en
particulier si des puissances étrangères cherchaient à exploiter les griefs
ethniques. Déjà, l’administration Trump a discuté d’armer des groupes
séparatistes en Iran, ce qui refléterait la stratégie horrible utilisée
en Syrie et en Afghanistan : donner du pouvoir à des milices brutales se
battant entre elles. Mais dans ce cas, sans soldats usaméricains au sol.
Le
ministère US de la Guerre n’est donc pas préoccupé par le syndrome irakien et
afghan, car ils n’ont apparemment aucune intention de s’empêtrer dans un autre
cycle de construction nationale et de guerre sans fin. Ils ont plutôt l’intention
de déstabiliser l’Iran, de le laisser aux loups et de se retirer.
Cette
trajectoire dystopique ouvre la voie à Israël pour éliminer toute opposition
militaire significative dans la région. En Syrie, Israël a passé la dernière
année à bombarder l’infrastructure militaire du pays et à anéantir ses
capacités – malgré le fait que le nouveau gouvernement soit un allié occidental
et n’ait émis aucune menace contre Israël. Il est clair qu’Israël ne tolérera
personne dans la région ayant ne serait-ce que le potentiel de le
défier.
La
doctrine de sécurité d’Israël s’est longtemps concentrée sur le maintien d’un « avantage
militaire qualitatif » – en assurant une supériorité technologique et
opérationnelle écrasante sur tout rival régional. Codifié dans la loi usaméricaine,
le principe est clair : aucun État voisin ne devrait être autorisé à développer
la capacité de défier la domination militaire israélienne. Dans ce cadre, un
État fragmenté poserait une menace à long terme bien moindre qu’une puissance
régionale indépendante capable de reconstruire ses forces.
Il
est évident que Netanyahou désire l’éradication de toutes les puissances
régionales. Il vocifère depuis 1990 que l’Iran est au bord de la capacité
nucléaire, passant trois décennies à chercher une excuse pour que les USA
interviennent au nom d’Israël et frappent l’Iran. Bien qu’affaibli, l’Axe de la
résistance reste un obstacle tenace à l’expansion des frontières d’Israël dans
la poursuite du « Grand Israël », visant non seulement à s’emparer
des territoires palestiniens restants, mais à s’étendre en Syrie et au Liban.
Par conséquent, la résistance doit être éliminée, et le chemin vers ça passe
par l’Iran.
Comme
Danny Citrinowicz, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité
nationale de Tel Aviv, l’a dit au Financial Times
cette semaine, résumant la position de son gouvernement sur l’Iran : « Si
nous pouvons avoir un coup d’État, tant mieux. Si nous pouvons avoir des gens
dans la rue, tant mieux. Si nous pouvons avoir une guerre civile, tant mieux.
Israël se moque complètement de l’avenir [ou] de la stabilité de l’Iran ».
D’un
point de vue israélien, un Iran fragmenté pris dans une guerre civile est
préférable à un nouveau gouvernement, aussi inféodé aux intérêts occidentaux
soit-il (voir : Syrie). Pendant ce temps, Trump peut nominalement préférer un
changement de régime à un effondrement de l’État, mais il n’est pas disposé à
fournir les ressources nécessaires pour y parvenir et finira par se désengager
lorsque les coûts commenceront à s’accumuler.
Si
le régime iranien tombe, pas seulement ses figures de proue mais l’appareil d’État
lui-même, le résultat inévitable sera une déstabilisation massive et une Libye
2.0, voire pire. C’est voulu. Les USA ne se font certainement aucune illusion
quant à la possibilité d’imposer la démocratie en Iran, ce qui pourrait
potentiellement être réalisé via un soutien à l’opposition ou aux réformistes s’organisant
dans le pays, au lieu de les bombarder. Mais Israël ne veut pas que l’Iran ait
une démocratie souveraine, il veut le mettre en état d’incapacité, ce qui
ouvrirait la voie à sa propre puissance de feu incontrôlée
L’appareil
sécuritaire iranien est profondément ancré et ne risque guère de s’effondrer
rapidement. Mais si des frappes soutenues réussissent à briser l’État plutôt qu’à
simplement affaiblir sa direction, les conséquences seraient catastrophiques.
Un pays de près de quatre-vingt-dix millions d’habitants ne se fracture pas en
silence. Des centaines de milliers de personnes mourront, et des millions d’autres
seront déplacées. Parce que les bombes ne libèrent jamais, elles fragmentent :
les corps, les pays, les sociétés.
04/03/2026
Iran : la première guerre usraélienne menée ouvertement en commun — planifiée, décidée et exécutée ensemble
Ameer Makhoul, Progress Center for Policies, 3/3/2026
إيران: الحرب الأمريكية – الإسرائيلية المشتركة الأولى علناً تخطيطاً وقراراً وتنفيذاً
Iran: The First Open U.S.–Israeli Joint War
in Planning, Decision-Making, and Execution
Traduit
par Tlaxcala
Introduction
La
guerre en cours contre l’Iran représente une transformation qualitative dans la
nature de la relation usraélienne et dans les schémas de gestion des conflits
au Moyen-Orient. Pour la première fois, elle constitue une guerre conjointe
ouvertement reconnue en termes de planification, de prise de décision et d’exécution
opérationnelle, et non plus seulement un soutien usaméricain traditionnel à
Israël ou la fourniture d’une couverture politique et militaire comme lors des
guerres précédentes.
Dans le discours sécuritaire israélien, ainsi que dans les analyses de niveau
stratégique, le concept de « synchronisation » est fréquemment utilisé pour
décrire l’action conjointe organisée entre les deux parties. Il s’agit de faire
fonctionner un système militaro-politique unifié basé sur une coordination
précise du calendrier, des objectifs et de la répartition des rôles.
Du
point de vue israélien, cette guerre diffère fondamentalement du schéma
traditionnel du soutien usaméricain. Elle reflète une division complète des
rôles opérationnels entre les deux armées. L’armée usaméricaine a déployé
environ la moitié de ses forces de combat dans la région, tandis qu’Israël a
activé la totalité de son armée de l’air et de sa direction du renseignement
militaire. De plus, Israël opère désormais comme une composante centrale et
organique dans le cadre du Commandement central usaméricain (CENTCOM).
Le 16
février, le chef d’état-major israélien a confirmé à des officiers qu’Israël
menait une guerre sur plusieurs fronts en 2026, soulignant que la campagne
resterait de haute intensité et offensive. Il a réitéré ce concept le 2 mars,
déclarant : « Nous avons commencé une guerre offensive contre le Hezbollah »,
suite à des tirs de roquettes du Liban vers Israël. Dans le même contexte, il a
félicité les pilotes israéliens qui ont frappé Téhéran et d’autres endroits à l’intérieur
de l’Iran, leur disant : « Vous êtes en train d’écrire l’histoire. »
Politiquement,
Benyamin Netanyahou a souligné que le but ultime de la guerre est l’effondrement
du régime iranien et le démantèlement de ses structures de gouvernement et de
sécurité. Le président Trump a réaffirmé cet objectif après le début de la
guerre, bien qu’il se soit auparavant abstenu de le déclarer explicitement.
Analyse
1. Transformation du récit : des valeurs partagées à l’interdépendance
stratégique
Pendant des décennies, le récit israélien dominant attribuait la relation avec
les USA à des « valeurs partagées ». Mais la guerre actuelle révèle l’émergence d’un
récit différent : l’alliance politico-militaire entre Israël et les USA repose
principalement sur la force d’Israël et sa capacité à servir les intérêts
mondiaux usaméricains, ou du moins sur la convergence des objectifs
stratégiques des deux pays.
Cette
dynamique est évidente dans la guerre usraélienne contre l’Iran. La situation a
dépassé le simple soutien usaméricain à Israël pour devenir un partenariat
opérationnel à part entière dans lequel les objectifs stratégiques s’alignent.
Simultanément,
le récit usaméricain a subi un changement parallèle. L’administration Trump est
passée de la rhétorique de « l’Amérique d’abord », largement destinée aux
publics nationaux et aux courants isolationnistes au sein du Parti républicain,
à une stratégie externe construite autour des concepts de « paix par la force »
et de « négociations par la force ».
Ce
concept a évolué, passant de l’évitement des guerres étrangères et de l’obligation
pour d’autres États de supporter les coûts de leurs conflits, à une nouvelle
approche : une « grande Amérique » capable d’intervenir dans les conflits – ou
même de les façonner – tout en s’appuyant sur une supériorité militaire
écrasante pour les résoudre sans s’enliser dans des guerres longues et
coûteuses.
Parallèlement,
la politique usaméricaine a de plus en plus cherché à affaiblir le rôle du
Conseil de sécurité de l’ONU et des institutions internationales, proposant des
cadres alternatifs comme le « Board of Peace ». De tels cadres ne se
limiteraient pas à mettre fin à la guerre à Gaza mais s’étendraient à la
gestion des conflits internationaux d’une manière alignée sur la domination usaméricaine,
en particulier sous l’administration Trump.
2.
L’alliance des forts et la reconfiguration des axes régionaux
Lors de la rencontre de Netanyahou avec le Premier ministre indien en Israël,
le concept d’« alliance des forts » a été répété à plusieurs reprises. La
visite a marqué l’aboutissement d’une relation bilatérale déjà avancée. Pour l’administration
Trump, les relations avec l’Inde constituent un autre pilier dans le
renforcement des alignements géopolitiques qui servent la compétition
stratégique des USA avec la Chine.
Pour
Israël, quant à lui, les alliances avec l’Inde à l’est et avec Chypre et la
Grèce à l’ouest reflètent une stratégie plus large : construire un réseau d’alliances
non arabes et non islamiques visant à encercler la région et à renforcer l’indépendance
stratégique d’Israël.
3.
Partenariat dans la technologie et les capacités militaires
La structure émergente des relations usraéliennes repose sur un partenariat
avancé dans le développement des capacités militaires, en particulier dans les
secteurs de la haute technologie et de l’intelligence artificielle.
Israël se présente comme l’un des États les plus avancés au monde dans ces
domaines, commercialisant ses capacités cybernétiques et de renseignement
auprès de l’administration Trump comme un atout stratégique dont les USA ont
besoin.
Israël
a démontré ces capacités lors d’opérations majeures, y compris les explosions
des bipeurs du Hezbollah au Liban, qui ont effectivement mis fin à l’équilibre
de dissuasion précédent. Cela a été suivi par l’assassinat de la direction
militaire et politique du groupe, y compris son secrétaire général.
Ces
capacités sont réapparues lors de la première frappe contre l’Iran le 27
février, au cours de laquelle des figures de proue de la direction ont été
éliminées, aboutissant à l’assassinat du Guide suprême. Cela s’est appuyé sur
les capacités conjointes usraéliennes après que l’administration Trump a été
convaincue de leur efficacité et a élargi leur développement.
En
conséquence, les objectifs de guerre usaméricains ont évolué vers l’élimination
du régime iranien et le démantèlement des structures étatiques, s’alignant
pleinement sur les objectifs israéliens. Les deux pays ont divisé les
responsabilités opérationnelles en conséquence.
4. La « doctrine Sparte » et la transformation d’Israël
Dans un discours le 15 septembre 2025, Netanyahou a parlé d’une « doctrine
Sparte » combinant des stratégies défensives et offensives. Cette doctrine
inclut la militarisation de la sphère publique et une volonté de transformer
Israël en un État capable de compter sur ses propres capacités face à un
éventuel isolement international – même de la part des alliés occidentaux.
La vision cherche à construire un État avec les caractéristiques d’une grande
puissance capable de répondre de manière indépendante aux défis sécuritaires,
tandis que l’horizon politique est remplacé par des politiques de contrôle et
des solutions basées sur la sécurité.
Cette
perspective s’aligne sur la décision d’Israël d’élever sa relation avec les USA
d’une aide militaire annuelle à un partenariat stratégique pluriannuel,
englobant le développement conjoint d’armes et la gestion partagée des guerres
– comme l’illustre le conflit actuel avec l’Iran.
5.
La dimension internationale : l’Iran au centre de la compétition avec la Chine
Les évaluations journalistiques israéliennes suggèrent que la décision de faire
la guerre n’est pas uniquement liée aux programmes nucléaire ou de missiles
iraniens, car des accords auraient théoriquement pu être trouvés sur ces
questions.
Au lieu de cela, l’administration usaméricaine a déclaré après le début de la
guerre que l’objectif était de changer le régime et l’identité de l’État
iranien pour les aligner sur les ambitions usaméricaines de contrôler les
routes commerciales maritimes et terrestres mondiales, les minéraux critiques
utilisés dans la fabrication électronique et les marchés mondiaux de l’énergie.
Les USA
considèrent l’Iran comme un pilier stratégique du développement économique et
technologique de la Chine, ainsi qu’un nœud géopolitique clé.
Renverser
le régime iranien affaiblirait les corridors commerciaux chinois et réduirait l’influence
de Pékin dans les économies émergentes qui bénéficient des partenariats
chinois.
La
Chine dépend fortement du pétrole iranien, l’achetant à des prix inférieurs d’ environ
30 % aux taux du marché mondial en
raison des sanctions, et bénéficie également des ressources minérales de l’Iran.
Dans
cette perspective, contrôler l’Iran – même à un coût militaire et humain
significatif – pourrait représenter un investissement stratégique si les
objectifs sont atteints.
Les analyses
israéliennes suggèrent que l’administration Trump croit également que réduire
les ressources énergétiques de la Chine augmenterait ses coûts de production
au-delà de ce que les tarifs douaniers traditionnels pourraient accomplir.
6.
Risques d’une escalade incontrôlable
Le concept de synchronisation entre les capacités militaires avancées usraéliennes
offre une efficacité opérationnelle élevée, maximisant l’impact de la force et
accélérant l’atteinte des objectifs déclarés.
Cependant, ce niveau d’intégration militaire dans un environnement régional
fragile comporte un risque significatif d’escalade incontrôlable.
Des
frappes réciproques soutenues pourraient éroder les systèmes de dissuasion et
ouvrir la porte à l’implication directe ou indirecte d’acteurs supplémentaires,
élargissant le conflit au-delà de son théâtre initial.
Des
perturbations sur les routes maritimes vitales, des attaques contre les
infrastructures énergétiques ou une escalade de la guerre asymétrique
pourraient rapidement affecter les marchés mondiaux de l’énergie et les chaînes
d’approvisionnement, plongeant l’économie internationale dans une grave
incertitude.
Ainsi,
une efficacité militaire maximale ne garantit pas nécessairement un contrôle
total sur les trajectoires politiques et économiques de la guerre, augmentant
la probabilité que le conflit s’étende à des crises régionales ou
internationales plus larges.
Conclusions
La guerre usraélienne contre l’Iran marque le début d’une phase nouvelle et
plus dangereuse dans les relations bilatérales, passant d’un modèle d’aide
militaire à un modèle de « partenariat entre puissants » dans la gestion des
guerres qui façonnent les structures de pouvoir mondiales et l’ordre économique
international.
Les
objectifs de la guerre s’étendent au-delà du « soutien au peuple iranien »
ou du règlement des questions nucléaires et balistiques. Ils sont liés à la
recomposition des équilibres de puissance internationaux basés sur le principe
de la force, à l’affaiblissement des institutions internationales et
potentiellement à leur remplacement par des cadres dirigés par les USA.
Si la
guerre réussit à renverser le régime iranien et à démanteler sa structure, elle
pourrait entraîner de profondes transformations dans les relations
internationales et éventuellement encourager l’application d’un modèle
similaire ailleurs.
Si elle échoue, les conséquences pourraient affaiblir la domination usaméricaine
et affecter négativement la position politique intérieure de Trump et
Netanyahou. Cela pourrait également conduire à une forme de stabilisation
régionale à long terme, malgré les tensions persistantes entre l’Iran et les
États du Golfe.
Dans
tous les cas, les grandes guerres régionales ont tendance à reléguer la
question palestinienne et ses revendications politiques à la marge de l’ordre du
jour international.
02/02/2026
La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde
Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025
Traduit par Tlaxcala
Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.
Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».
Haddad, qui
est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte
palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students
for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des
racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la
guerre d’Israël.
Elle faisait
partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir
un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit.
Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été
arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à
cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je
saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a
jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .
Mais la
tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour
laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette
année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université
et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose
d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.
La guerre d’Israël
à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international
– avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression
aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les
fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce
changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et
politiques les uns envers les autres.
Nous
ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant
des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.
Cet
effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à
freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé
le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu
lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son
apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une
abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.
Les
implications de cet effondrement sont profondes pour la politique
internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est
réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement
libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.
Beaucoup d’entre
nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais
nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies
pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.
Le 29 avril
2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour
se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même
endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il
ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles
de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies
couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs
examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux
cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des
keffiehs.
Il s’est
avéré que les couvertures posaient problème.
Près de deux
heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a
confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui
avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire
pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de
solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens,
fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe
local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université
considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme
les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des
règles.
Les règles à
VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.
L’administrateur
a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression
du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette
année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est
ainsi que Haddad m’a décrit la zone.
L’organisation
de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and
Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car
elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression,
reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent
être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».
Plutôt que
de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur
rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les
banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue
politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener
dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être
pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations
différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont
suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.
Plus d’une
douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On
vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une
minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez
arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.
Mais la
police a continué à changer les règles. D’abord, on a dit aux étudiants qu’ils
devraient rouler les couvertures et partir. Quelques minutes plus tard, la
police a dit qu’ils pouvaient rester si les couvertures étaient parties. Les
étudiants ont enlevé les couvertures et, alors que les officiers partaient, les
étudiants ont commencé à scander : « Free, free Palestine ! » L’un d’eux a brandi une pancarte, faisant
référence aux manifestants de l’année dernière gazés par la police, sur
laquelle était écrit : « Vous allez encore nous gazer, bande de monstres ? »
Il a été arrêté. Les autres sont devenus en colère et frustrés.
« Vous
savez ce qui a transformé ça en manifestation ? » a crié un étudiant à la
police. « Quand vous amenez des foutus policiers à un pique-nique ! C’est
ce qui le transforme en foutue manifestation ! »
Huit jours
plus tard, Haddad et un autre étudiant, identifiés par l’université comme des
meneurs, ont reçu un avis de violation des règles en raison du rassemblement
non autorisé. Leurs diplômes étaient retenus.

Photos
extraites d’une vidéo montrant la police de la VCU réprimant un pique-nique
étudiant marquant le premier anniversaire du démantèlement par l’université de
leur campement propalestinien à Richmond, Virginie, le 29 avril 2025. Montage sjpvcu/Instagram
« Quand
les étudiants exposent la violence de l’occupation et du génocide d’Israël, des
institutions comme VCU, qui sont profondément liées à des fabricants d’armes et
des donateurs capitalistes, deviennent craintives », a dit Haddad. « Alors
ils tordent les règles, ils réécrivent les politiques, et ils essaient de nous
réduire au silence... Mais tout est question de pouvoir. Nos demandes de
justice sont une menace pour leur complicité ».
La
réécriture stratégique des règles n’est pas unique à VCU. Elle a lieu dans tout
le pays alors que les administrateurs universitaires répriment les
protestations soutenant les droits palestiniens. Dans l’un des nombreux autres
exemples, des dizaines de membres du corps enseignant et d’étudiants ont été
temporairement suspendus de la bibliothèque de Harvard fin 2024 après s’être
assis tranquillement en train de lire dans la bibliothèque avec des pancartes
soutenant la liberté d’expression ou s’opposant à la guerre à Gaza, bien qu’une
protestation similaire en décembre 2023 n’ait entraîné aucune sanction.
Si ces
étudiants avaient protesté contre la guerre de la Russie en Ukraine, vous
pouvez être sûr que ces administrations auraient répondu par de l’adulation.
Les universités, après tout, se targuent d’être des terrains d’essai pour les
valeurs collectives de la société. En tant que lieux de réflexion et d’exploration,
elles fonctionnent comme des incubateurs pour les futurs dirigeants.
Mais quand
il s’agit de la question de la Palestine, un schéma différent commence à
émerger. Plutôt que d’écouter les étudiants qui veulent demander des comptes à
Israël pour ses actes, ceux qui détiennent le pouvoir à l’université
choisissent de changer les règles.
De tels
changements de règles douteux ne concernent pas seulement nos étudiants. Dans
un rapport accablant publié en janvier, ProPublica a disséqué les nombreuses
façons dont l’administration Biden a continuellement déplacé les poteaux de but
en faveur d’Israël après le 7 octobre 2023. Vous souvenez-vous des menaces de
sanctions contre Israël pour avoir envahi Rafah ? (C’est une « ligne rouge »,
avait dit Biden.) Ou de l’ultimatum de 30 jours donné à Israël pour augmenter
considérablement l’aide alimentaire ? Mais rien ne s’est passé. À part
brièvement suspendre un envoi de bombes de 2000 livres (0,9 tonne), le matériel
militaire n’a pas cessé d’arriver.
Des Gazaouis se frayent un chemin à travers les décombres de maisons à Rafah le 20 janvier 2025, un jour après l’entrée en vigueur d’un accord de cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas. Photo : AFP/Getty Images
La loi Leahy
exige de restreindre l’assistance aux unités militaires de gouvernements
étrangers se livrant à de graves violations des droits humains. Elle n’a jamais
été appliquée à Israël. En avril 2024, il semblait que le secrétaire d’État
Antony Blinken était sur le point de sanctionner Netzah Yehuda, un bataillon
notoire de l’armée israélienne, en vertu de la loi Leahy. Finalement, il a
botté en touche, et le bataillon non seulement a échappé aux sanctions usaméricaines,
mais selon CNN, ses commandants ont même été affectés à l’entraînement des
troupes au sol et à la conduite d’opérations à Gaza.
« Il
est difficile d’éviter la conclusion que les lignes rouges n’ont été qu’un
écran de fumée », a déclaré Stephen Walt, professeur de relations
internationales à la Harvard Kennedy School, à ProPublica. « L’administration
Biden a décidé d’être pleinement engagée et a seulement fait semblant d’essayer
de faire quelque chose ».
Leahy n’est
pas la seule loi usaméricaine que l’impunité israélienne pousse à un point de
rupture. Fin avril 2024, les principales agences US d’aide humanitaire ont
conclu qu’Israël bloquait délibérément l’entrée de nourriture et de médicaments
à Gaza. La loi usaméricaine sur l’aide étrangère exige que le gouvernement
suspende l’assistance militaire à tout pays qui « restreint, directement
ou indirectement, le transport ou la livraison de l’aide humanitaire américaine ».
Blinken a simplement ignoré les preuves fournies par son propre gouvernement. « Nous
n’estimons pas actuellement que le gouvernement israélien interdit ou restreint
autrement le transport ou la livraison de l’aide humanitaire américaine »,
a-t-il informé le Congrès.

Des
Palestiniens tentant de recevoir de la nourriture d’un point de distribution
caritative à Khan Younis, Gaza, le 5 juin 2025. Photo Anadolu/Getty Images
Les règles
plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël, qui en mars 2025 a également
rompu le cessez-le-feu que l’administration Trump avait aidé à négocier en
janvier. Et maintenant nous assistons à un nouveau niveau de cruauté : l’utilisation
de la famine comme arme de guerre. Pendant ce temps, des politiciens israéliens
appellent ouvertement au nettoyage ethnique. Bezalel Smotrich, le ministre des
Finances d’extrême droite, s’est vanté qu’Israël « détruit tout ce qui
reste de la bande de Gaza » et que « l’armée ne laisse aucune pierre
non retournée ». Il a ajouté : « Nous conquérons, nettoyons et
restons à Gaza jusqu’à la destruction du Hamas ». Et son idée du Hamas est large. : « Nous
éliminons les ministres, les bureaucrates, les gestionnaires d’argent – tous
ceux qui soutiennent le gouvernement civil du Hamas », a-t-il expliqué.
Tuer des membres civils d’un gouvernement (car ils ne sont pas des combattants)
est un crime de guerre.
Les USA et
la communauté internationale, encore une fois, ne font rien.
Chaque jour,
l’impensable n’est pas seulement prononcé à haute voix mais aussi mis en œuvre
– précisément parce que cela suscite peu de réaction. Deux pilotes de l’armée
de l’air israélienne à la retraite ont écrit dans l’édition hébraïque du
journal israélien Haaretz qu’ « un membre de la Knesset s’est
même vanté que l’une des réalisations du gouvernement [israélien] est la
capacité de tuer 100 personnes par jour à Gaza sans que personne ne soit choqué »
(un extrait de l’article de Haaretz a été cité par le chroniqueur Thomas
Friedman dans le New York Times).

Un
enfant palestinien souffrant de malnutrition est soigné par une infirmière à l’hôpital
Nasser à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza le 10 juillet 2024. Photo Eyad
Baba/AFP/Getty Images
Ce
glissement continu de l’acceptable a abouti à des politiques et pratiques
criminelles de déplacement forcé, de souffrance massive et de génocide, le tout
mené sous l’acquiescement passif ou la complicité active de pays puissants.
Même le CICR, normalement réticent, s’exprime avec horreur. « L’humanité
échoue à Gaza », a déclaré Mirjana Spoljaric Egger, présidente du Comité
international de la Croix-Rouge, à Jeremy Bowen de la BBC récemment. « Le
fait que nous regardions un peuple se faire entièrement dépouiller de sa
dignité humaine devrait vraiment choquer notre conscience collective »,
a-t-elle déploré.
Pourtant, l’indignation
officielle est au mieux étouffée alors que tout ce qui était autrefois
considéré comme institutionnellement solide se dissout dans l’air.
Qu’est-ce qu’Israël
a qui lui permet de s’en tirer avec un meurtre ? Les USA ont longtemps protégé
Israël des critiques internationales et l’ont soutenu militairement. Les
raisons invoquées pour ce soutien vont généralement du lien « incassable »
entre les deux pays au pouvoir de l’AIPAC à Washington. On pourrait
raisonnablement affirmer que la seule chose différente dans cette guerre
actuelle est l’échelle.
Mais ce n’est
pas seulement Washington. Israël et la question de la Palestine créent des
divisions incroyablement tendues dans une grande partie du monde occidental. Le
Danemark a récemment interdit aux enfants se préparant à voter lors d’une
élection scolaire de débattre de la souveraineté palestinienne. Pourquoi ?
Dans une
conversation avec Ezra Klein du New York Times, la professeure de droit
international des droits humains Aslı Bâli a offert une explication de ce qui
est différent avec la Palestine. En 1948, note-t-elle, la Palestine était « le
seul territoire qui avait été prévu pour être décolonisé à la création des
Nations Unies ... qui [n’a toujours] pas été décolonisé ».
L’Afrique du
Sud était autrefois dans cette catégorie. Pendant des décennies, la Palestine
et l’Afrique du Sud étaient « comprises comme des exemples continus de
décolonisation incomplète qui ont continué longtemps après que le reste du
monde avait été [presque, NdT] entièrement décolonisé ». Aujourd’hui,
la Palestine est [presque] la dernière exception à ce processus
historique – un vestige clairement évident pour les peuples autrefois
colonisés, mais que le monde occidental refuse de reconnaître comme une
aberration.
En d’autres
termes, pour beaucoup aux USA et dans une grande partie du monde occidental, la
création de l’État d’Israël est comprise comme l’accomplissement des
aspirations nationales juives. Pour le reste du monde, ce même accomplissement
des aspirations nationales juives a rendu la décolonisation de la Palestine
incomplète.
En 2003, l’historien
Tony Judt écrivait que le « problème avec Israël [est] ... qu’il est
arrivé trop tard. Il a importé un projet séparatiste caractéristique de la fin
du XIXe siècle dans un monde qui a évolué, un monde de droits
individuels, de frontières ouvertes et de droit international. L’idée même d’un
‘État juif’ – un État dans lequel les Juifs et la religion juive ont des
privilèges exclusifs dont les citoyens non juifs sont à jamais exclus – est
enracinée dans un autre temps et lieu. Israël, en bref, est un anachronisme ».
L’idée de
Judt qu’Israël est une relique d’une autre époque nécessite de comprendre
comment la poussée mondiale pour la décolonisation s’est considérablement
accélérée après 1945. Le résultat a été un nouveau monde – mais un monde qui a
abandonné les Palestiniens, les laissant dans des camps de réfugiés en 1948. Ce
nouveau monde, émergeant des cendres de la Seconde Guerre mondiale, est devenu
ce que nous appelons aujourd’hui « l’ordre international fondé sur des
règles », dont le droit international est un élément clé.
Le droit
international s’est aussi beaucoup plus codifié à cette époque. L’année 1948 n’était
pas seulement la date de la Nakba palestinienne et de l’indépendance d’Israël.
C’était aussi l’année où la Déclaration universelle des droits de l’homme
(DUDH) a été adoptée. Avec la Charte des Nations Unies de 1945, la DUDH sert de
base principale au droit international des droits humains.
Mais à quoi
sert un « ordre international fondé sur des règles » si les règles ne
cessent de changer ?
La vérité
est que nous n’avons jamais vraiment vécu dans un « ordre international
fondé sur des règles », ou du moins pas celui que la plupart des gens
imaginent lorsqu’ils entendent cette phrase. L’idée que le droit international
établit des limites aux actions des États n’a pas empêché le génocide rwandais.
L’ « ordre international fondé sur des règles » n’a pas arrêté l’invasion
illégale de l’Irak par les USA en 2003. Bien avant 2023, Israël violait
régulièrement les résolutions du Conseil de sécurité. Cela n’a pas empêché le
Hamas de commettre ses crimes de guerre le 7 octobre.
Le problème
du droit international n’est pas seulement le manque d’un mécanisme d’application
pour contraindre les États voyous à se conformer. Le problème du droit
international est qu’ « il est plus susceptible de servir d’outil aux
puissants qu’aux faibles », écrit le théoricien du droit Ian Hurd dans son
livre de 2017, How to Do Things With International Law.
Nous avons
tendance à penser la loi comme une limite convenue sur nos actions. Comme
Dwight D. Eisenhower l’a dit de manière mémorable : « Le monde n’a plus le
choix entre la force et la loi. Si la civilisation doit survivre, elle doit
choisir l’État de droit ».
Mais si la
loi était mieux comprise comme un système qui, oui, restreint le comportement
mais, plus important, valide ce qui est possible ? Celui qui parvient à définir
les limites définit ce qui est acceptable. En tant que tel, les puissants sont
beaucoup plus susceptibles de déplacer le terrain de l’acceptable à leur
avantage. Comme l’explique Hurd, le droit international « facilite l’empire
au sens traditionnel parce que les États forts ... façonnent la signification
des règles et obligations internationales par l’interprétation et la pratique ».
Bien que le
droit international interdise généralement la guerre, il prévoit une exception
pour la légitime défense, et les États puissants sont ceux qui peuvent déplacer
la ligne sur ce qui constitue une légitime défense légitime. (Israël revendique
largement la légitime défense pour son agression contre l’Iran, par exemple,
tout comme la Russie revendique explicitement la légitime défense pour attaquer
l’Ukraine.) Dans son livre, Hurd examine comment les USA ont justifié leur
recours à la guerre par drones et même à la torture en invoquant le droit
international. Le droit international, pour Hurd, n’est pas un système qui se
situe au-dessus de la politique. C’est de la politique.
Le point que
je retiens de Hurd n’est pas que le droit international n’existe pas ou qu’il n’a
pas de valeur. Clairement, il y a un besoin de règles pour protéger les civils
et prévenir la guerre. Le droit international humanitaire est aussi une chose
vivante qui s’adapte et s’étend. Des protocoles additionnels aux Conventions de
Genève ont été adoptés en 1977. Le Statut de Rome qui a établi la Cour pénale
internationale a été adopté en 1998.
Mais le
droit international est aussi constamment mis sous tension, régulièrement
violé, et systématiquement mis au service des États forts. En tant que tel, le
droit international dans la pratique est mieux compris comme une ligne
constamment mouvante de comportement acceptable. Nous sommes peut-être en train
d’atteindre le point où cette ligne s’est tellement éloignée des intentions
fondatrices du droit international que le système lui-même est au bord de l’effondrement.
La campagne
d’Israël à Gaza porte la possibilité terrifiante d’un déplacement si radical de
la ligne de l’acceptable qu’elle fait du génocide une arme de guerre légale. Si
vous pensez que j’exagère, considérez ce que Colin Jones a écrit dans le New
Yorker plus tôt cette année. Jones a consulté des avocats clés de l’établissement
militaire usaméricain sur leurs vues concernant la campagne d’Israël à Gaza. Ce
qu’il a trouvé, c’est une armée usaméricaine profondément préoccupée d’être
entravée par le droit international lorsqu’elle mènera une future guerre contre
une puissance majeure comme la Chine – à tel point que les « restrictions
assouplies sur les pertes civiles » commises par Israël déplacent
utilement les poteaux de but pour les futurs agissements usaméricains.
Pour l’armée
usaméricaine, écrit Jones : « Gaza ressemble non seulement à une
répétition générale pour le type de combat auquel les soldats américains
pourraient faire face. C’est un test de la tolérance du public américain pour
les niveaux de mort et de destruction qu’entraînent de tels types de guerre ».
Dans quel
enfer futur vivons-nous actuellement ?
Dans son
livre, Hurd illustre aussi une différence fondamentale entre les régimes
juridiques nationaux et internationaux. L’attente que nous avons du droit
national, dit-il, est qu’il est « clair, stable et connu à l’avance »,
tandis que le droit international dépend du consentement des États.
Le mépris de
Trump pour les institutions du droit international ne pouvait être plus clair.
Il a imposé des sanctions aux juges et juristes de la Cour pénale
internationale après que des mandats d’arrêt ont été émis contre le Premier
ministre israélien Benjamin Netanyahou et l’ancien ministre de la Défense Yoav
Gallant. (Il avait émis des sanctions similaires en 2020.) Il a défié la Charte
des Nations Unies en bombardant l’Iran, une nation souveraine ne présentant pas
de risque imminent pour les USA. La réponse mondiale ? Un léger reproche du
président français Emmanuel Macron et un soutien enthousiaste du secrétaire
général de l’OTAN, Mark Rutte.
Ce que Trump
et les dirigeants comme lui cherchent n’est pas tant à détruire la loi qu’à la
coloniser.
Son mépris
pour les institutions juridiques nationales est tout aussi visible. Il a
invoqué de fausses urgences pour revendiquer des « pouvoirs d’urgence »
comme aucun président avant lui, lui permettant de contourner le Congrès et,
essentiellement, de gouverner par décret. Il a déployé des troupes militaires
en Californie, contre la volonté de son gouverneur, et une cour d’appel a même
autorisé sa décision. Il marche sur la ligne de la défiance ouverte de diverses
ordonnances judiciaires.
Que se
passe-t-il ? Il est tentant de penser que nous vivons dans une nouvelle ère d’anarchie,
mais cela ne parviendrait pas à saisir le changement qui nous fait face. Il ne
s’agit pas d’un manque de loi. Il s’agit d’une refonte de la loi. Ce que Trump
et les dirigeants comme lui cherchent n’est pas tant à détruire la loi qu’à la
coloniser, à posséder la loi en déterminant ses paramètres pour servir leurs
intérêts. Pour eux, la loi existe pour plier à leur volonté, pour détruire
leurs adversaires, et pour fournir un alibi à des comportements qui, dans une
meilleure version de notre monde, seraient punis comme criminels.
Peut-être n’est-il
pas surprenant que quelque chose d’aussi vulnérable que le droit international
puisse craquer sous les pressions actuelles. Ce qui peut être surprenant, c’est
comment nous perdons aussi notre sentiment national de stabilité, paix et
sécurité avec lui, et à quel point la lutte pour la Palestine est liée à ce
démantèlement intérieur, surtout en ce qui concerne la liberté d’expression.
Demandez simplement à Sereen Haddad ou à Mahmoud Khalil, l’activiste des droits
palestiniens qui a passé 104 jours en détention pour son discours politique
protégé par la Constitution et qui risque toujours l’expulsion.
La
convention sur la prévention et la punition du crime de génocide a été, comme
la DUDH, approuvée en l’année fatidique 1948. Son arrivée était urgente et
nécessaire après l’Holocauste nazi du peuple juif, et le droit international
moderne a été construit sur la compréhension qu’ensemble, nous dans la
communauté internationale, travaillerions pour prévenir de futurs génocides.
Bien que nous ayons échoué à tenir cette promesse par le passé, aujourd’hui ce
sont les actes d’extermination et de génocide d’Israël contre les Palestiniens
à Gaza, financés et permis à chaque tournant par un Occident complice, qui ont
le plus contribué au déclin de l’ordre mondial fondé sur des règles. À ce qu’on
voit aujourd’hui, le système n’atteindra pas 100 ans.
Et son
effondrement peut être directement attribué à l’hypocrisie avec laquelle le
monde a traité les Palestiniens. Aucun autre groupe n’a été soumis à un état de
perte aussi prolongé dans l’ordre libéral post-1945. Les réfugiés palestiniens
constituent « la situation de réfugiés prolongée la plus ancienne et la
plus importante au monde » dans le monde moderne. Et les demandes placées
sur les Palestiniens simplement pour survivre deviennent plus barbares d’heure
en heure. À Gaza, des Palestiniens désespérés sont abattus par des snipers et
des drones quotidiennement alors qu’ils attendent de la nourriture. Une
sécheresse est imminente parce que les attaques d’Israël ont détruit la plupart
des stations d’épuration des eaux usées, des systèmes d’égouts, des réservoirs
et des conduites d’eau de la bande. Jusqu’à 98 % des terres agricoles de Gaza
ont été détruites par Israël. C’est une forme de guerre totale que le monde
moderne ne devrait jamais voir, encore moins cautionner.

Des
personnes transportant des sacs de farine marchent dans l’ouest de Jabalia le
17 juin 2025, après que des camions d’aide humanitaire sont entrés dans le nord
de la bande de Gaza par le passage frontalier de Zikim contrôlé par Israël.
Photo Bashar Taleb/AFP/Getty Images
Personne ne
sait ce qui viendra remplacer le système international qui s’effondre
actuellement autour de nous, mais tout système politique qui priorise la
punition de ceux qui protestent contre un génocide plutôt que d’arrêter les
tueries s’est clairement épuisé.
S’il y a une
lueur d’espoir dans toute cette misère qui suscite la rage, elle peut être
trouvée dans le nombre croissant de personnes à travers le monde qui refusent d’être
intimidées et réduites au silence. Nous avons peut-être vu un petit exemple de
ce courage à New York récemment, et je ne parle pas seulement de Zohran Mamdani
remportant l’investiture du Parti démocrate pour la mairie. Le même jour, deux
politiciennes progressistes de Brooklyn, Alexa Avilés et Shahana Hanif, se
présentaient à la renomination. Toutes deux soutenaient la Palestine, toutes
deux ont été attaquées sans relâche pour leurs positions sur Gaza, et toutes
deux ont refusé de changer leurs vues. Des donateurs pro-Israël ont déversé de
l’argent dans les campagnes de leurs adversaires. Pourtant, toutes deux ont
facilement gagné leurs élections.
De multiples
facteurs entrent en jeu dans la victoire de toute campagne politique, mais tout
soutien exprimé pour la Palestine était autrefois un glas. Pourrions-nous être
au seuil d’un changement ? Peut-être que la liberté palestinienne n’est plus un
handicap mais est maintenant une position réellement gagnante en politique ?
La Palestine
est peut-être l’expression la plus claire aujourd’hui, comme me l’a dit Haddad,
de comment « le pouvoir se sent menacé par la vérité ». Elle a
poursuivi : « S’ils ont si peur d’un·e étudiant·e avec une pancarte, un
message à la craie ou une demande de justice, alors nous sommes plus forts qu’ils
ne veulent nous le faire croire ». Elle ferait mieux d’avoir raison. Pour
nous tous.












