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08/01/2026

Un accident de moto mortel laisse la plus grave affaire de corruption sécuritaire d’Israël en suspens

 


Le juge Benny Sagi devait rendre son verdict concernant un suspect dans l’affaire des sous-marins et navires de guerre, qui porte sur deux accords avec un conglomérat allemand pour l’acquisition de sous-marins et de vedettes lance-missiles afin de défendre les champs de gaz naturel au large des côtes israéliennes (et palestiniennes).

Chen Maanit, Haaretz, 07/01/2026
Amos Harel, Josh Breiner, Yael Freidson et Meirav Arlosoroff ont contribué à ce reportage.

Traduit par Tlaxcala

La mort d’un juge de district israélien dans un accident de moto plus tôt cette semaine pourrait retarder les procédures judiciaires dans l’affaire des sous-marins et navires de guerre de 2016.

Selon des informations obtenues par Haaretz, le président du tribunal de district de Be’er Sheva, le juge Benny Sagi, devait annoncer son verdict le 26 février dans une affaire liée à ce dossier.

Dans cette affaire, le conseiller en médias Tzachi Lieber est accusé d’avoir servi d’intermédiaire pour des pots-de-vin entre Michael Ganor, qui était le représentant de la société allemande d’ingénierie industrielle ThyssenKrupp en Israël, et David Sharan, qui a été chef de cabinet du Premier ministre Netanyahou.


Le juge Benny Sagi. Photo Tomer Appelbaum

Lieber a nié toutes les accusations portées contre lui.

L’affaire des sous-marins et navires de guerre concerne deux accords avec ThyssenKrupp : l’un pour l’acquisition de deux sous-marins, et l’autre pour l’achat de vedettes lance-missiles afin de défendre les champs de gaz naturel israéliens au large des côtes palestiniennes. Netanyahou voulait également inclure des navires anti-sous-marins dans l’accord, mais des responsables de la défense se sont opposés à cette idée, qui a été mise de côté.

L’accusation principale contre le Premier ministre était qu’il avait poussé à l’achat de sous-marins supplémentaires pour la marine malgré l’opposition des responsables de la défense. Netanyahou, l’ancien chef du Mossad Yossi Cohen et l’ancien ministre de la Défense Moshe Ya’alon n’ont pas été interrogés sous caution dans « l’Affaire 3000 », nom donné à l’enquête.

L’affaire Lieber a été séparée du procès principal de Sharan et Ganor, qui se déroule devant le tribunal de district de Tel Aviv. Le parquet attendait que le procès de Lieber - en cours depuis mai 2021 - se termine avant de le citer à témoigner dans le procès de Ganor et Sharan.

Dans la plupart des cas, un accusé ne témoigne pas contre un autre accusé dans la même affaire pour exclure un conflit d’intérêts, étant donné qu’un accusé pourrait tenter d’incriminer un complice en échange d’une clémence.


Michael Ganor au tribunal, en 2019. Photo Moti Milrod

Au-delà de son impact sur l’affaire des sous-marins, la mort de Sagi juste avant le verdict soulève un dilemme complexe quant à la manière dont le procès de Lieber doit se poursuivre et être mené à son terme. L’article 233 de la loi de procédure pénale traite des situations où un juge est dans l’incapacité de terminer une affaire pénale.

Cet article stipule que lorsque « des preuves ont été entendues et que, pour quelque raison que ce soit, le juge est incapable de terminer le procès, un autre juge peut poursuivre le procès à partir du stade atteint par son prédécesseur, et peut, après avoir autorisé les parties à présenter leurs arguments sur la question, traiter les preuves recueillies par son prédécesseur comme s’il les avait recueillies lui-même, ou peut choisir de réentendre tout ou partie des soumissions de preuves ».

Cependant, il n’existe pas de précédent connu d’un juge décédé ou devenu incapable de poursuivre une affaire à un stade aussi avancé, alors qu’il s’apprêtait à rendre un verdict.

Le dilemme auquel est confronté le système est maintenant complexe. D’une part, permettre à un nouveau juge de rendre un verdict basé uniquement sur les procès-verbaux et les preuves soumises est problématique, car un verdict pénal devrait être basé sur l’impression directe du juge concernant les témoins et l’accusé, et sur leur crédibilité.

D’autre part, faire entendre à nouveau les témoins, ou certains d’entre eux, par un autre juge est également problématique et signifierait que l’affaire traînerait pendant des années. Comme mentionné, cela retarderait également le témoignage requis de Lieber dans l’affaire principale contre Sharan et Ganor.

Outre ce procès, Sagi présidait plusieurs autres affaires en cours, qui seront désormais transférées à d’autres juges.


Le président de la Cour suprême Isaac Amit (cravate, à droite) et le ministre de la Justice Yariv Levin (cravate, à gauche) aux funérailles du président du tribunal de district de Be’er Sheva Benny Sagi, mardi. Photo Tomer Appelbaum

Dans l’ensemble, la mort de Sagi a placé le tribunal de district de Be’er Sheva dans une situation difficile. Sagi, qui n’a été nommé président de district qu’il y a deux ans, était un administrateur exceptionnel et un juge respecté et apprécié, laissant un vide important derrière lui.

Six juges du tribunal doivent prendre leur retraite dans l’année à venir. La paralysie imposée par le ministre de la Justice Yariv Levin au comité des nominations judiciaires, combinée à la mort de Sagi, ont laissé le tribunal de district de Be’er Sheva dans une situation désastreuse.

Le ministre de la Justice et l’administration judiciaire devront rapidement trouver un remplaçant à Sagi, mais Levin continue de boycotter son homologue, et sans communication entre eux, ce sera une tâche complexe.

L’avocat de Lieber, Liran Zilberman, a déclaré qu’il était « profondément attristé et peiné par la mort de l’honorable juge Sagi. La manière dont l’affaire contre Lieber va se poursuivre ne dépend pas de nous, et nous attendrons la décision du tribunal sur cette question avant de déterminer nos prochaines étapes ».

Le parquet a déclaré : « La suite de la procédure concernant Lieber sera déterminée par le tribunal conformément à la loi », ajoutant qu’on ne s’attend pas à ce qu’il témoigne dans le procès de l’affaire des sous-marins dans un avenir proche, « et en tout état de cause, rien n’empêche d’entendre son témoignage ».


Netanyahu sort après une visite à l’intérieur du Rahav, le cinquième sous-marin de la flotte, après son arrivée au port de Haïfa, en 2016. Photo Baz Ratner / Reuters

07/01/2026

Déclaration de l'université de Birzeit concernant l'invasion militaire israélienne de son campus et les tirs sur des étudiants

 

Université de Birzeit, 6 janvier 2026
Transmis par la section Sud Éducation de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne *
Dans le cadre de son offensive continue contre la vie et les institutions palestiniennes, l’armée d’occupation israélienne a mené une incursion militaire à l’Université de Birzeit pendant les heures officielles de travail, à un moment où le campus était rempli d’étudiants, d’enseignants et de personnels. Cette invasion était préméditée et a coïncidé avec une mobilisation du syndicat étudiant contre la violence de l’armée coloniale de peuplement à l’encontre de notre peuple et sa politique d’emprisonnement politique de masse.

Transformant le campus universitaire en un espace d’agression militaire, les forces d’occupation ont détruit le portail principal de l’université, pris d’assaut le campus avec un grand nombre de soldats et de véhicules militaires, et tiré à balles réelles, lancé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes directement sur les étudiants et les membres de la communauté universitaire. En conséquence, plusieurs étudiants ont été blessés par balles et sont toujours hospitalisés.

Cette invasion militaire en plein jour de l’Université de Birzeit s’inscrit dans une politique systématique menée par le régime sioniste de colonisation de peuplement visant à intimider les étudiants et à porter atteinte à leur droit à l’éducation, dans le but de réprimer la conscience palestinienne et de cibler les institutions nationales.

L’Université affirme que ces pratiques répressives ne briseront ni la volonté de ses étudiants et de son personnel, ni sa détermination à poursuivre sa mission académique et nationale.

En violation flagrante des normes et conventions internationales garantissant la protection des étudiants et des travailleurs au sein des institutions académiques, notamment les Conventions de Genève et le droit international humanitaire, l’État sioniste poursuit la criminalisation de l’éducation palestinienne. L’Université de Birzeit réitère son appel aux organisations internationales, aux institutions de défense des droits humains et aux médias afin qu’ils assument leurs responsabilités morales et juridiques en prenant des mesures immédiates pour dénoncer ces violations persistantes visant l’enseignement supérieur palestinien, exercer une pression effective pour y mettre fin et demander des comptes aux responsables.

L’Université de Birzeit affirme que l’éducation demeurera un acte de résistance anticoloniale, et que l’université continuera d’être un espace de savoir et de liberté, malgré toutes les tentatives de répression et d’agression.

* La section Sud Éducation de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne souhaite porter à la connaissance de l’ensemble des personnels de Paris 1 les événements graves survenus hier à l’Université de Birzeit, à Ramallah, en Palestine (Cisjordanie).

Nous relayons le témoignage anonyme de collègues de cette université avec lesquels nous sommes en contact, ainsi que le communiqué officiel de l’Université de Birzeit. À la suite d’une invasion militaire du campus par l’armée israélienne, quarante-et-un-e étudiant·es ont été blessé·es par balles réelles, neuf ont été hospitalisés dont deux grièvement, alors que l’établissement fonctionnait normalement et accueillait étudiant·es, enseignant·es et personnels. Des ordinateurs et des biens appartenant aux étudiant-es et à l'université ont été volés par l'armée coloniale.

Sud Éducation apporte son soutien total aux étudiant·es et aux membres du personnel de l’Université de Birzeit, ainsi qu’à l’ensemble des victimes palestiniennes de la politique menée par l’État colonial et génocidaire israélien

Nous appelons l’Université Paris 1 à se montrer cohérente avec son attachement affiché au respect du droit international, en rompant immédiatement ses partenariats avec les universités israéliennes complices de ces violences, et en dénonçant publiquement les événements du 6 janvier 2026. Nous appelons également l'ensemble de nos collègues à rejoindre le boycott universitaire.

SUD ÉDUCATION PARIS 1

Témoignage de collègues de l'université de Birzeit 

« C’était hier lorsque les forces israéliennes sont entrées à l’Université de Birzeit. C’était comme un film hollywoodien : neuf étudiants ont été blessés par balles. Ils ne veulent aucune activité nationale ni palestinienne, même sur le campus…
Ils font régulièrement irruption à l’université quand ils le souhaitent. Mais hier, la situation était très dangereuse. Il y avait des tirs, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, ainsi que des menaces si les étudiants s’engageaient dans la moindre activité supplémentaire.
Ils sont toujours hospitalisés ; deux ou trois d’entre eux sont dans un état grave. »


15/12/2025

Pour Israël, une agence d’aide de l’ONU est un groupe terroriste

Gideon Levy, Haaretz, 14/12/2025
Traduit par Tlaxcala

La campagne de diffamation insensée d’Israël contre l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui a atteint son paroxysme la semaine dernière avec le raid inconsidéré sur son siège à Jérusalem et le hissage du drapeau israélien, découle d’une raison profonde qu’Israël n’admettrait jamais : l’UNRWA est la principale agence qui aide les réfugiés palestiniens depuis 1948. C’est là son véritable péché ; le reste n’est que prétextes et propagande. L’UNRWA a sauvé les réfugiés, donc l’UNRWA est l’ennemi.


Des soldats israéliens opèrent près du siège de l’UNRWA à Gaza City en février 2024. Photo Dylan Martinez / Reuters

Pendant de nombreuses années, l’UNRWA a servi d’idiot utile à Israël, finançant l’occupation et assumant les fonctions qui, selon le droit international, relèvent de la responsabilité de la puissance occupante. À l’époque où Israël se souciait encore un peu de la population, principalement pour qu’elle reste tranquille, et où les décisions étaient prises sur la base de la raison et non uniquement par haine, l’UNRWA avait sa place.


Un véhicule de la police israélienne à l’entrée du siège de l’UNRWA à Sheikh Jarrah pendant le raid cette semaine. Photo Silwanic

Puis est arrivé le 7 octobre, et Israël a aussi mordu la main qui nourrissait ses victimes. Il a perdu tout intérêt pour la situation des Palestiniens et a cessé de les considérer comme des êtres humains. Pour Israël, l’UNRWA est devenu une organisation terroriste, et l’administration Trump s’est empressée d’être d’accord.

Le premier prétexte sorti par la machine de propagande israélienne était que des employés de l’UNRWA étaient impliqués dans les événements du 7 octobre. Ce n’était pas le Hamas qui a attaqué Israël, c’était l’UNRWA. Israël a affirmé que 12 des travailleurs de l’agence avaient participé au massacre : 12 sur les 13 000 employés de l’UNRWA à Gaza. Les médias israéliens et les chœurs de propagande ont répandu le poison : l’UNRWA, c’est Noukhba, la force d’élite du Hamas qui a mené le massacre.

L’agence a licencié ceux qui auraient pu être impliqués, mais elle n’avait aucune chance. Personne n’a jamais demandé combien d’employés de Bank Leumi ont bombardé des enfants à Gaza, combien d’employés de l’Université hébraïque de Jérusalem ont pilonné des hôpitaux dans la bande de Gaza ou combien de membres du personnel du ministère de l’Éducation ont tué des personnes attendant de l’aide. Le sort de l’UNRWA était scellé. Les histoires, jamais prouvées, de « centres de commandement » du Hamas dans les abris anti-bombes de l’UNRWA, seul refuge de centaines de milliers de personnes, ont également attisé l’injure.

Des personnes marchent devant le siège endommagé de l’UNRWA à Gaza City en février 2024. Photo AFP

Puis les vieux comptes ont été rouverts : l’UNRWA perpétue le statut de réfugié des Palestiniens. Sans l’UNRWA, il n’y aurait plus de réfugiés palestiniens. Le réfugiéisme est la dernière preuve de la Nakba, c’est pourquoi Israël n’aime pas ça. Après avoir effacé plus de 400 villages, les camps de réfugiés sont restés le seul rappel sanglant de 1948. C’est le crime de l’UNRWA, soutient aussi le documentaire de Duki Dror diffusé sur la télévision publique Kan. Les Européens sont naïfs, affirme Dror, comme le disent toujours les Israéliens à propos des agences d’aide. Ils sont naïfs, seuls nous, Israéliens, sommes lucides.

L’UNRWA n’a pas perpétué le statut de réfugié des Palestiniens. L’occupation l’a fait. Si les Palestiniens avaient un État, il assumerait la responsabilité à leur égard. Le sommet de l’absurdité propagandiste est survenu lorsque Dror a déclaré dans une interview : « À l’ONU, la Palestine est considérée comme un “État observateur non membre”, et on ne peut pas être réfugié quand on a un État. Décidez, soit vous êtes un État, soit vous êtes des territoires occupés. »

C’est vraiment pas gentil de votre part, réfugiés palestiniens, de ne pas avoir encore pris votre décision. Mais Israël a décidé pour vous il y a longtemps. En 1967, il a décidé de l’occupation, et depuis, il n’a pas changé d’un iota sa décision. Maintenant, il dit qu’il n’y aura jamais d’État. Et c’est l’UNRWA qui a perpétué leur statut de réfugié. Et, bien sûr, il y a le programme scolaire de l’UNRWA, entièrement constitué d’ « appels à la haine » contre Israël. Comme s’il fallait l’UNRWA pour que les enfants palestiniens haïssent Israël. Il leur suffit, pour haïr quiconque leur a fait tout cela, d’ouvrir leur fenêtre, s’ils en ont encore une. L’UNRWA aurait dû leur apprendre à aimer Israël.

Un remplaçant a été trouvé pour l’UNRWA : la Fondation humanitaire pour Gaza. Cette agence usaméricaine a été fermée, heureusement, après qu’environ 1 000 personnes ont été tuées. Les attaques contre l’UNRWA continuent, et il n’y a pas de substitut.

Vendredi dernier, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté, à une large majorité, une résolution appelant Israël à coopérer avec l’UNRWA, après que la Cour internationale de justice a également jugé infondées les accusations contre l’agence. L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, s’est empressé de répondre : l’UNRWA est une organisation terroriste. Cachez donc ces réfugiés que nous ne saurions voir. 

26/11/2025

L’impunité israélienne

Luis E. Sabini Fernández, 26/11/2025
Traduit par Tlaxcala

La violence

Dans ma vie personnelle, j’ai toujours été sceptique à l’égard des coups de main guérilleros auxquels j’ai assisté ou dont j’ai eu connaissance dans le Cône Sud (bien que certains aient été très sympathiques et que pratiquement tous aient impliqué un engagement personnel énorme, un « dévouement à la cause »), parce qu’ils me semblaient potentiellement autocratiques, facilitant avec trop de rapidité l’intronisation d’autres dirigeants, toujours au détriment du rôle de « gens comme nous ».

Telles sont mes expériences concernant la guérilla latino-américaine, engagée avec beaucoup de courage et d’abnégation, mais aussi d’aveuglement. C’est ainsi que j’ai souscrit au témoignage d’un ancien agent secret cubain, fils du célèbre guérillero argentin Ricardo Masetti, auquel Guevara avait confié la mission de créer un foyer révolutionnaire dans ses plans « continentaux » pour l’Amérique du Sud — mission qu’il put à peine mettre en œuvre¹.
Le fils, Jorge Masetti, Argentin mais élevé à Cuba, fut éduqué et formé comme agent révolutionnaire. Fidel voulait accomplir avec le fils ce qu’il n’avait pu obtenir du père. Et lorsqu’il fut totalement « au point », il renonça à cette voie en constatant la série d’échecs des guérillas latino-américaines (et la phase quasi inévitable suivante : la délinquance commune). Il commenta alors : « Quelle chance que nous n’ayons pas gagné».

Sous-sols de la Mort 3, acrylique sur toile, 2021

Palestine

Tout ce préambule pour reconnaître que la violence existant en Palestine est différente, radicalement différente. La violence venant d’en bas, celle des Palestiniens, n’est guère plus qu’une réponse à la machine israélienne, écrasante.

L’image de l’enfant ou des enfants lançant des pierres face à un tank est extraordinairement précise pour illustrer le rapport de forces. Une telle autodéfense, contre-attaque civile, désespérée, comme celle de la jeune fille brandissant une paire de ciseaux de couture dans la rue, parce qu’elle n’en pouvait plus, et qui fut abattue sans hésitation (et sans nécessité). Car Israël réprime ainsi : de manière brutale, annihilatrice, hors la loi mais avec un excès de technique².

Nous sommes face à un traitement particulier de l’ennemi. Netanyahou et d’autres dirigeants l’ont dit et répété : ils combattent des animaux, pas des humains — ou plutôt si, des humains, mais des Amalécites. Et leur dieu leur a donné la permission, il y a quelques millénaires, de les tuer (voir l’Exode dans la Bible).

C’est un permis de très longue durée. Et « parfaitement valide » au XXI siècle.

Mais qui a dit à Netanyahou que les Palestiniens étaient des Amalécites ?

                 

 Gaza Relief, acrylique et autres matériaux sur toile, 2015

Le comportement de la population israélienne est frappant. Voyons les colons en Cisjordanie. Jamais autorisés par l’ONU, mais s’installant de facto sur un territoire internationalement reconnu comme palestinien, avec l’assentiment non exprimé du gouvernement israélien. Il y a quelques années, ils étaient des dizaines de milliers et, en petits groupes, protégés par l’armée, ils approchaient les villages palestiniens et les lapidaient, endommageaient oliveraies et citronniers. À coups de haches ou de caillasses. Parfois il y avait des blessés. Aujourd’hui, les colons sont des centaines de milliers, toujours protégés par l’armée, et en bandes armées de dizaines ou de centaines, ils rasent des villages palestiniens, détruisant maisons, installations, cultures, véhicules et parfois les corps des Palestiniens qu’ils trouvent sur leur chemin. Cherchant à instaurer la terreur.

Dernièrement, l’armée a pris l’initiative : sous prétexte de chercher des « terroristes », elle a détruit des quartiers entiers de population palestinienne désarmée : maisons, vêtements, jardins, jouets, livres, ustensiles — tous les éléments matériels de la vie sociale. Les familles se retrouvent sans foyer, sans biens, souvent sans proches, assassinés dans une dose quotidienne d’horreur.

Il s'agit pratiquement de la politique de « terre brûlée » attribuée à certaines invasions telles que celle des Huns, « barbares » des IVe et Ve siècles de l'ère chrétienne.

Les militaires israéliens ont même établi des barèmes : pour éliminer un petit guérillero, ils s’autorisent jusqu’à 15 civils tués ; pour un chef guérillero, jusqu’à 100 victimes collatérales⁴.

Depuis des décennies, nous voyons les effets du plan Yinon, exposé au début des années 1980. Oded Yinon proposait de fragmenter les États voisins en unités politiques plus petites : le Liban en deux ou trois ; l’Égypte en cinq ou six ; l’Irak en trois ; le Soudan en deux… et ainsi de suite.

Israël, ouvertement ou sous couvert de structures comme Daesh, a vu ses objectifs se réaliser progressivement : Libye, Irak, Syrie, Soudan, Liban, Palestine ont été dévastés par sa politique d’usure, toujours soutenue matériellement par les USA, qui ont joué le rôle de remorque et d'approvisionneur de l’imparable machine israélienne.

Ce soutien inconditionnel des USA à la géopolitique israélienne s'explique de plusieurs façons ; il existe un certain parallélisme entre les développements historiques des USA et d'Israël, bien que dans des contextes historiques très différents. Une base religieuse relativement commune, car les protestants sont les chrétiens qui ont réévalué certains aspects de l'Ancien Testament, qui est le noyau idéologique de la religion juive. Et ce sont eux qui ont colonisé l'Amérique du Nord, exterminant la population autochtone. Bible en main.

Mais surtout, parce qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les USA rompent leurs liens avec la Société des Nations obsolète (disparue en 1946) et fondent « leur » ONU (octobre 1945), l'élite WASP, fondatrice des USA, avait déjà été partiellement remplacée par l'élite juive grâce à une série de stratagèmes : think tanks, l'intelligentsia juive a un poids de plus en plus important ; la Réserve fédérale (le capital financier juif devient majoritaire parmi les dix banques fondatrices, en 1913) ; Hollywood (six des sept grandes entreprises seront dans les années 30 détenues et dirigées par des Juifs, de sorte que de plus en plus les images des USA seront produites avec un regard juif ; et surtout grâce au financement coûteux du personnel politique usaméricain, pour lequel l'AIPAC est fondé en 1951.2 Sans ces subventions, l'insertion sociale de la plupart de ces législateurs serait très difficile.

C'est pourquoi l'une des images les plus simplistes et erronées de certains analystes de politique internationale a été, et est encore souvent, celle du « sous-marin de la flotte usaméricaine » pour parler d'Israël au Proche-Orient. L'image (tail wagging the dog), très connue dans la pensée critique usaméricaine, selon laquelle la queue fait remuer le chien, semble plus appropriée.

Deux événements récents, dans l'orbite de l'ONU, cet ancien instrument que les USA se sont arrogé à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour ordonner et/ou administrer le monde, nous montrent à quel point Israël mène la danse, changeant même les modalités de domination.

     

Sans titre, 2020

Jusqu'à récemment, très récemment, le pouvoir avait l'habitude de cacher son visage, ou ses crocs, et de dissimuler ses actions sous le couvert de la « volonté de paix », de la « recherche d'objectifs démocratiques », de la « conciliation » et de l'« aplanissement des difficultés ». Après tout, le résultat de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, a été la victoire contre toutes les formes de dictature (il restait là, « derrière le rideau », une dictature prétendument prolétarienne, et donc totalement différente de celles connues jusqu'alors ; il restait également celle de Franco en Espagne, mais cette dernière, comme tant d'autres en « Amérique latine », faisait partie de cette politique pragmatique yankee consistant à prendre soin du fils de pute s'il est « à nous »).

En d'autres termes, la défense de la démocratie avait ses difficultés, mais elle était encore invoquée.

1. La résolution du Conseil de sécurité du 11 novembre 2025

La résolution « sur le conflit à Gaza » exonère totalement Israël. Elle accepte tacitement la version israélienne d’un Israël « victime du terrorisme du Hamas », ignorant totalement les décennies de blocus, d’étouffement et d’abus qui ont façonné l’événement du 7 octobre 2023.

Israël ne subit ainsi aucune égratignure politique (ni économique) avec la résolution.

Ils n'auront même pas à rendre compte des meurtres collectifs et de leurs monstrueuses « équivalences » en vies humaines4, ni à indemniser les dommages brutaux causés à un territoire qui apparaît broyé et écrasé comme rarement auparavant. Ils n'auront pas non plus à faire face aux dépenses que nécessiteront la remise en état des sols, des logements, des réseaux de communication et d'assainissement, ni la reconstruction des hôpitaux, sans parler des milliers d'êtres humains brisés par le simple fait de vivre dans le cercle infernal conçu par Israël.

Le président des USA, qui aspire à maintenir l'hégémonie qui leur a été confiée en 1945, s'attribue désormais une présidence ou un gouvernement virtuel de la bande de Gaza, pour ─proclame-t-il─ sa reconstruction, toujours à la recherche de la prospérité (la seule chose positive dans cette démarche serait d'ôter à Israël son emprise sur ce territoire, mais je le mets au conditionnel, car ce n'est pas exactement Trump qui décide).

Le plan prévoit deux ans pour la reconstruction urbaine et immobilière. Compte tenu des dégâts visibles, de leur étendue et de leur ampleur, ce délai semble insuffisant.

Il comporte toutefois un aspect positif : l'idée de l'exil forcé des Gazaouis, tant promue par le gouvernement israélien, est abandonnée. Au contraire, du moins en paroles, la résolution déclare expressément la volonté de voir les habitants historiques rester dans la bande de Gaza.

Quoi qu'il en soit, le plan ne cache pas ses ambitions de business : attirer des capitaux importants pour créer des zones de confort, non pas pour les Gazaouis précisément, mais pour les milliardaires que Jared Kushner s'efforce tant d'attirer dans le futur complexe touristique de Gaza.

Nous ne pouvons oublier que des prospections ont confirmé la présence au moins de gaz en Méditerranée, à hauteur de la bande de Gaza. Et que la régence transnationale et impériale que Trump et Blair ─rien de moins─ cherchent à incarner a une préférence marquée pour leur propre prospérité.

L'ONU ne demande pas de comptes à Israël. Toujours absous de tout. Par droit de naissance, faut-il supposer. Mais en outre, dans les faits, l'ONU rétablit le colonialisme pur et dur : une puissance impériale, les USA, désigne Trump et Blair « roi et vice-roi » de ces domaines, afin de rétablir le cadre colonial. Seulement, il ne s'agit pas du colonialisme israélien, mais usaméricain.

La tâche que se sont assigné les chefs colonisateurs est ardue : ils se proposent de « changer les mentalités et les récits palestiniens », afin de persuader, semble-t-il, ces sauvages « des avantages que peut apporter la paix » (sic !).

Si ces maîtres pédagogues ─Blair et Trump─ voulaient proclamer les vertus de la paix, ils devraient s'adresser de toute urgence à la formation politique sioniste, qui, depuis cent ans, a toujours suivi la voie de la violence, et non celle de la paix, la voie de la guerre et de la conquête, envahissant des terres occupées depuis des millénaires, sur la base de documents bibliques douteux. Confondant délibérément religion et légende avec l'histoire documentaire.

La résolution du 11 novembre 2025 a été adoptée par le Conseil de sécurité élargi de l'ONU, qui ne comprend plus seulement les cinq membres originaux (USA, Royaume-Uni, France, Russie, Chine), mais aussi les membres actuels : Argentine, Italie, Espagne, Mexique, Colombie, Pakistan, Corée du Sud, Turquie, Indonésie et Allemagne.

Seules deux abstentions (peu fondées) de la Russie et de la Chine. Aucune des 15 représentations nationales n'a demandé pourquoi Israël pouvait se permettre un comportement violent, raciste et génocidaire en toute impunité.

       

          Détenu, 2024

Les personnes lucides et courageuses, désignées ou fonctionnaires de l'ONU elle-même, au fil du temps, comme Francesca Albanese, Susan Akram ou Richard Falk avant elles, et même Folke Bernadotte au tout début de l'ONU, et tant d'autres, ne suffisent pas à contrebalancer le rôle impérial, puis néo-impérial, que l'ONU continue de jouer, malgré les restrictions et les coupes budgétaires.

2. Le vote du 21 novembre 2025 contre la torture

Le 21 novembre 2025, l'Assemblée générale des Nations unies a rendu un avis contre le recours à la torture. La plénière comptait 176 délégations nationales et la résolution a été approuvée à une écrasante majorité (il y a eu 4 abstentions, dont celles du Nicaragua et de la Russie, ce qui soulève de nombreuses questions), mais surtout, elle a suscité la vive opposition de trois représentations nationales : les USA, Israël et l'Argentine. Ces pays ont alors défendu précisément cela : le recours à la torture.

De sombres nuages planent sur notre présent : non seulement la torture est encore utilisée, mais certains la préconisent, à l'instar des dictatures telles que les célèbres dictatures « latino-américaines » de Trujillo ou Pinochet, ou celle du shah d'Iran et, surtout aujourd'hui, celles très perfectionnées d'Israël et de son système de domination très rationnel qui comprend tant de types de torture.

  

Sans date, dessin au fusain et au pastel

Notre trame culturelle est tellement bouleversée qu'une militaire israélienne, Yifat Tomer-Yerushalmi, procureure qui, après avoir ignoré tant d'abus et de tortures antérieurs, a récemment choisi de criminaliser cinq soldats de « l'armée la plus morale du monde » pour avoir introduit des tubes métalliques dans l'anus d'un prisonnier palestinien et (évidemment) lui avoir fait du mal. Les médias du monde entier parlent de l'arrestation de la procureure, mais pas de la santé (ou de la mort) du Palestinien ; la procureure a elle-même été emprisonnée.

Netanyahou a condamné la diffusion de la vidéo faite par Tomer parce que, bien sûr, « cela nuit à l'image ».

Ce qui compte pour Netanyahou, c’est « l’image » et pas la réalité (sérieusement endommagée).

Ce qui est arrivé à Tomer est un exemple clair du comportement adopté et défendu par les gouvernements des USA, d'Israël et d'Argentine.

De la honte, ne serait-ce que comme posture, nous sommes passés au « grand honneur ». Les « légitimes » torturent et non seulement ils ne se déshonorent pas, nous déshonorant tous, mais ils en sont même fiers.

Illustrations : œuvres du peintre palestinien Mohamed Saleh Khalil, Ramallah

Notes

¹ Il a écrit un livre : La fureur et le délire, Tusquets, Barcelone, 1999.

² Israël minimise la responsabilité individuelle en menant ses raids via drones et systèmes automatisés…

³ AIPAC (American Israel Public Affairs Committee – Comité Américain des affaires publiques d’Israël). On estime qu'aujourd'hui, les trois quarts des représentants et sénateurs du pouvoir législatif usaméricain reçoivent de généreux dons d'organisations telles que l'AIPAC. Autrement dit, les votes sont gagnés d'avance.

⁴ Les militaires israéliens ont établi des tableaux d’équivalence : pour localiser et éliminer un guérillero de peu d'importance, ils s'autorisent à tuer jusqu'à quinze civils désarmés, souvent étrangers à l'affaire ; s'il s'agit d'un chef guérillero ─tel qu'ils le définissent─, ils s'autorisent à tuer jusqu'à cent personnes étrangères à l'objectif lui-même.

 

09/11/2025

Jaafar Ashtiyeh : ce photojournaliste palestinien a longtemps documenté la violence israélienne. Cette fois, elle a failli le tuer


 Ashtiyeh : « Je suis le photographe le plus actif et le plus ancien de Cisjordanie, et je n’ai jamais affronté de dangers comme ceux-ci. » Photo Alex Levac

Jaafar Ashtiyeh, photographe de presse renommé en Cisjordanie, a été blessé à de nombreuses reprises au cours de son travail. Mais rien ne l’avait préparé à ce que les colons lui ont fait subir.

Gideon Levy & Jaafar Ashtiyeh / AFP (photos), Haaretz, 8/11/2025
Traduit par Tlaxcala

 

Jaafar Ashtiyeh a vu et photographié les dernières expressions d’innombrables personnes rendant leur dernier souffle. Il ne les oubliera jamais. En près de trente ans de travail comme photographe pour l’agence de presse française AFP en Cisjordanie, il a saisi des milliers d’images de tristesse, de souffrance humaine, de mort, de paix, d’espoir, de victoire, voire de bonheur.

Il lui est difficile de choisir laquelle résume le mieux sa vie professionnelle. Mais lorsqu’on le presse, il finit par en désigner une : celle d’une vieille femme étreignant le tronc d’un olivier, prise en 2006, devenue depuis iconique.


 

Ce photographe de guerre vétéran a documenté pratiquement tout ce qui s’est produit en Cisjordanie occupée et asphyxiée au cours des dernières décennies. Il y a environ un mois, alors qu’il photographiait des Palestiniens récoltant leurs olives, il a été attaqué par une bande de colons violents. Ils ont incendié sa voiture sous ses yeux et, s’il n’avait pas pris la fuite, il est convaincu qu’ils l’auraient tué.

Nous l’avons rencontré la semaine dernière dans un café de la ville de Huwara, près de Naplouse, non loin du lieu de l’agression : des oliveraies appartenant aux habitants du village de Beita. Ashtiyeh n’a pas encore de nouvelle voiture et a à peine repris le travail depuis l’attaque. Les signes de choc, les séquelles de l’agression et, surtout, le sentiment d’impuissance qu’il éprouve restent visibles, même sur ce vétéran aguerri.


La voiture de Jaafar Ashtiyeh brûle dans le village de Beita le 10 octobre. « Je ne suis pour ni contre personne », dit-il. Son travail, explique-t-il, a toujours consisté simplement à prendre des photos. « Certains soldats le comprenaient ; d’autres nous traitaient de terroristes. »

 

Il est né il y a 57 ans dans le village de Salem, près de Naplouse, où il vit toujours avec sa famille. Pendant quelques années, il a été vice-président du conseil local à titre bénévole. Depuis sa majorité, il n’a jamais été arrêté ni eu de démêlés avec les forces de sécurité israéliennes. En tant que photographe pour une agence internationale, il affirme maintenir la neutralité.

Ashtiyeh n’a jamais étudié la photographie – il a fait des études d’économie dans un collège de Naplouse –, mais en 1996, il a commencé à travailler pour l’AFP. Il avait loué un appareil photo et pris des clichés au tombeau de Joseph. L’agence prestigieuse les a publiés et l’a engagé depuis. La BBC a même choisi une de ses photos comme « photographie de l’année ».

03/11/2025

Ne faites surtout pas de la procureure militaire israélienne démissionnaire une martyre

 ACTUALISATION
Yifat Tomer-Yerushalmi a été arrêtée dans le cadre d’une enquête concernant la diffusion d’une vidéo montrant des violences en 2024 contre des détenus palestiniens par des soldats israéliens dans une prison de haute sécurité, a fait savoir lundi le ministre de la sécurité intérieure. Après avoir annoncé sa démission vendredi, Mme Tomer-Yerushalmi avait brièvement disparu dimanche, déclenchant des spéculations dans la presse quant à une possible tentative de suicide. Dans un message sur Telegram, le ministre de la sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a annoncé lundi qu’il « a été convenu qu’à la lumière des événements de la nuit dernière le service pénitentiaire agirait avec une vigilance accrue pour assurer la sécurité de la détenue dans le centre de détention où elle a été placée en garde à vue ».

Cela valait-il la peine, générale Tomer-Yerushalmi, de servir avec tant de servilité une armée criminelle, pour finir de manière aussi pathétique ?

Gideon Levy, Haaretz, 2/11/2025

Traduit par Tlaxcala

Quand la nuit devient le jour, une procureure générale militaire peut devenir une martyre, quelqu’un qui a combattu pour le respect de la loi et des droits humains jusqu’à être brûlée sur le bûcher, victime innocente de la méchante droite. Quand la nuit devient le jour, ce n’est que lorsque la procureure générale ne manque pas à son devoir et ose, pour la première (et dernière) fois de sa carrière, faire preuve de courage, qu’elle est destituée.


La générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi au quartier général de Tsahal à Tel-Aviv, le mois dernier. Photo Itai Ron

Le monstre insatiable ne peut jamais être rassasié. Vous pouvez défendre le génocide, Générale Yifat Tomer-Yerushalmi, vous pouvez dissimuler tous les crimes, enterrer toutes les enquêtes et blanchir les exactions commises par les soldats israéliens, satisfaisant ainsi vos supérieurs. Mais à la première erreur, le monstre vous tiendra pour responsable.
Cela valait-il la peine, Générale Tomer-Yerushalmi, de servir avec une telle servilité une armée criminelle, pour finir de façon aussi pathétique ? N’aurait-il pas été plus juste d’accomplir votre devoir, de parler avec audace et intégrité, au moins d’être déposée avec un peu de dignité ? Comme le dit la vieille parabole juive : vous avez mangé le poisson pourri et avez tout de même été expulsée de la ville. Cela en valait-il la peine ?

Pendant des années, vous avez rendu des jugements dans des tribunaux militaires qui n’ont rien à voir avec ce qu’on vous a enseigné à l’université. Vous étiez procureure et juge, jetant des milliers de personnes en prison sans véritable procès. Vous avez empêché toute enquête sur des milliers de crimes commis par des soldats contre des Palestiniens, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Chaque cas d’enfant abattu sans raison, chaque soldat violent, a reçu une caution légale de votre part et de celle du système que vous dirigez. Dans ce système, il n’y a jamais de soldats coupables de crimes, pas même après les horreurs de Gaza.
Vous avez prêté la main au spectacle le plus méprisable : celui qu’on appelle le système de justice militaire, où il suffit d’être palestinien pour être condamné ; un tribunal d’apartheid où les accusés n’ont ni droits ni acquittements, une mise en scène bon marché d’une justice factice. C’est ainsi que vous avez gravi les échelons, jusqu’à devenir procureure générale militaire, tout cela pour blanchir les crimes de l’armée à laquelle vous apparteniez.

Aucune institution judiciaire sérieuse au monde ne blanchirait les crimes de l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie. Et vous, Générale Tomer-Yerushalmi, vous l’avez fait avec joie. Vous étiez l’avocate du génocide, et le jour viendra où cela vous sera reproché. Maintenant, le système vous rend la pareille : vous avez été limogée pour les plus mauvaises raisons possibles.

Il est difficile de savoir ce qui a poussé Tomer-Yerushalmi à s’écarter soudainement de son rôle assigné et à être choquée par une vidéo où des gardiens de prison militaires sadiques – non pas des « soldats de combat », comme on les appelle habituellement – maltraitent brutalement un détenu palestinien sans défense. Selon l’acte d’accusation, ces cinq gardiens, véritables déchets humains, ont poignardé leur victime dans le rectum, le déchirant, tout en lui brisant les côtes et en perforant un poumon.

Il était important de montrer aux Israéliens ce que font nos soldats, surtout dans l’atmosphère du « tout est permis à Tsahal » qui domine depuis le 7 octobre. Soudain, la générale a offert un moment de vérité au débat. Elle a compris que les chances de condamner les accusés, dans l’ambiance publique actuelle, étaient infimes. C’est pourquoi elle a publié la vidéo, le seul acte pour lequel elle mérite une médaille.


Sde Teiman



C’est un événement courant dans les prisons militaires, mais cette fois, elle a été choquée. N’avez-vous pas entendu parler des 80 détenus morts en prison, certains sous les coups de soldats israéliens ? Qu’avez-vous fait face à ces morts ? Qu’avez-vous fait à propos du soldat qui a tiré et tué un garçon de 9 ans dans le village cisjordanien d’al-Rihiya il y a deux semaines ? Le porte-parole de l’armée a déclaré que « l’affaire a été transmise au bureau de la procureure générale militaire pour examen ». L’enquête se terminera dans quelques années, et que se passera-t-il pour ce soldat ? Le fait qu’il se promène encore libre est la réponse.

Quand la nuit devient le jour, les cinq hommes accusés de mauvais traitements au centre de détention de Sde Teiman deviennent les victimes. Leur grâce est déjà en route, et celle qui a enfoncé le couteau dans leur rectum, c’est la procureure générale militaire. Le ministre de la Défense, Israel Katz, salive déjà de désir de vengeance.
Comme il aime renvoyer des officiers supérieurs, comme le pouvoir l’enivre – et tous, y compris le commentateur modéré Nadav Eyal, jugent la fuite de la vidéo « scandaleuse ». Voici le crime et voici sa coupable. Mais surtout, ne la transformez pas en martyre.

Quand la nuit devient le jour, les cinq hommes accusés de mauvais traitements au centre de détention de Sde Teiman deviennent les victimes. Leur grâce est déjà en route.