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18/03/2026

Jürgen Habermas : en guise de nécrologie

Il avait dans dans les premiers deux ou  trois quarts de sa vie appartenu à cette Allemagne que nous aimions, celle des « Dichter und Denker » (poètes et penseurs) pour finir sa longue existence (96 ans) du côté des « Richter und Henker » (Juges et bourreaux). Jürgen Habermas a disparu le 14 mars. Il n’a plus eu le temps ou la force de déclarer son soutien à l’opération Furie épique/Ville sainte silencieuse [sic et resic] déclenchée par le duo de bourreaux bien connus contre la terre qui vit fleurir Ibn Sina (Avicenne), Omar Khayyam, Rûmi, Al Ghazali, Sohravardî, Al-Razi, Al-Fârâbî, Molla Sadra et…Ali Shariati. Devenu une vache sacrée de l’Allemagne bien-pensante et mal-agissante, Habermas avait, peu après le 7 octobre 2023, commis un écrit infâme de soutien inconditionnel aux tueurs sionistes. Cette ultime perversion de son « agir communicationnel » lui avait valu une réponse cinglante d’un sociologue iranien, professeur à l’University of Illinois Urbana-Champaign, Asef Bayat, auteur de travaux extrêmement créatifs sur les mouvements sociaux au Machrek et au Maghreb . 

Nous la reproduisons ci-dessous en guise de nécrologie. D’abord parue en anglais dans New Lines Magazine, sa lettre a été traduite en français par la revue Conditions.-FG, Tlaxcala

Jürgen Habermas se contredit lorsqu’il s’agit de Gaza

Lettre à Habermas

Asef Bayat8 décembre 2023


Jürgen Habermas et Asef Bayat. Photo Louisa Gouliamaki/AFP via Getty Images

Cher professeur Habermas,

Vous ne vous souviendrez peut-être pas de moi, mais nous nous sommes rencontrés en Égypte en mars 1998. Vous êtes venu à l’Université américaine du Caire en tant qu’éminent professeur invité pour interagir avec le corps professoral, les étudiants et le public plus généralement. Tout le monde était enthousiaste de vous entendre. Vos idées sur la sphère publique, le dialogue rationnel et la vie démocratique étaient comme un souffle d’air frais à une époque où les islamistes et les autocrates au Moyen-Orient étouffaient la libre expression sous prétexte de « protéger l’islam ». Je me souviens d’une conversation agréable que nous avons eue sur l’Iran et la politique religieuse lors d’un dîner chez un collègue. J’ai essayé de vous transmettre l’émergence d’une société « post-islamiste » en Iran, dont vous avez ensuite semblé faire l’expérience lors de votre voyage à Téhéran en 2002, avant d’évoquer une société « post-séculière » en Europe. Au Caire, nous voyions dans vos concepts fondamentaux un grand potentiel pour promouvoir une sphère publique transnationale et des conversations interculturelles. Nous avons pris à cœur le noyau de votre philosophie communicative sur la façon dont la vérité-consensus peut être atteinte grâce à un débat libre.

Maintenant, quelque 25 ans plus tard, à Berlin, j’ai lu avec plus qu’un peu d’inquiétude et de consternation votre déclaration coécrite sur le principe de solidarité avec Israël concernant la guerre de Gaza. L’esprit de la déclaration réprimande largement ceux en Allemagne qui expriment, par des prises de position ou des manifestations, leur opposition au bombardement incessant de Gaza par Israël en réponse aux attaques épouvantables du 7 octobre du Hamas. Cela sous-entend que ces critiques envers l’État d’Israël sont intolérables parce que le soutien à celui-ci est une partie fondamentale de la culture politique allemande, « pour laquelle la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux méritant une protection spéciale ». Le principe de « protection spéciale » trouve sa source dans l’histoire de l’Allemagne, laquelle est rendue singulière par les « crimes de masse de l’époque nazie ».

Il est louable que vous et la classe politique et intellectuelle de votre pays soyez déterminés à entretenir la mémoire de cette horreur historique afin que jamais des horreurs similaires ne s’abattent sur les Juifs (et je suppose et espère sur d’autres peuples). Mais votre formulation et votre fixation sur l’exceptionnalisme allemand ne laissent aucune marge à la discussion sur la politique d’Israël et les droits des Palestiniens. Lorsque vous confondez les critiques des actions de l’État d’Israël avec des « réactions antisémites », vous encouragez le silence et étouffez le débat.

En tant qu’universitaire, je suis stupéfait d’apprendre qu’en Allemagne, même dans les salles de classe qui devraient être des espaces libres de discussion et d’interrogation, tout le monde demeure silencieux lorsque le sujet de la Palestine est abordé. Les journaux, la radio et la télévision sont à peu près entièrement dépourvus de débat ouvert et significatif sur le sujet. De nombreuses personnes ayant appelé à un cessez-le-feu, y compris juives, ont été licenciées de leurs postes, ont vu leurs événements et leurs récompenses annulés et ont été accusées d’antisémitisme. Comment les gens sont-ils censés délibérer sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas s’ils ne sont pas autorisés à parler librement ? Qu’advient-il de vos fameuses notions de sphère publique, de dialogue rationnel et de démocratie délibérative ?

Jürgen Habermas: anstelle eines Nachrufs

In den ersten zwei oder drei Vierteln seines Lebens hatte er zu jenem Deutschland gehört, das wir liebten – dem Deutschland der Dichter und Denker –, nur um sein langes Dasein (96 Jahre) auf der Seite der Richter und Henker zu beenden. Jürgen Habermas verstarb am 14. März. Er hatte weder die Zeit noch die Kraft, seine Unterstützung für die Operation „Epic Fury“ / „Silent Holy City“ [sic und resic] zu erklären, die von dem bekannten Henker-Duo gegen das Land entfesselt wurde, das Ibn Sina (Avicenna), Omar Khayyam, Rumi, Al-Ghazali, Suhrawardi, Al-Razi, Al-Farabi, Mulla Sadra und … Ali Schariati hervorbrachte.

Nachdem er zur heiligen Kuh eines selbstgerechten, aber falsch handelnden Deutschlands geworden war, verfasste Habermas kurz nach dem 7. Oktober 2023 einen infamen Text der bedingungslosen Unterstützung für die zionistischen Mörder. Diese ultimative Perversion seiner eigenen „Theorie des kommunikativen Handelns“ brachte ihm eine scharfe Erwiderung eines iranischen Soziologen, eines Professors an der University of Illinois Urbana-Champaign, Asef Bayat, Autor äußerst kreativer Werke über soziale Bewegungen im Maschrek und Maghreb, ein.

Wir geben diesen Brief untenstehend anstelle eines Nachrufs wieder, so wie er zuerst in New Lines Magazine auf Englisch veröffentlicht wurde. Soweit uns bekannt ist, wurde er bis jetzt ins Deutsche nicht übersetzt. FG, Tlaxcala

Jürgen Habermas widerspricht seinen eigenen Ideen, wenn es um Gaza geht

Einer der einflussreichsten Philosophen der Welt hat sich zum Krieg in Gaza geäußert. Ein Nahost-Wissenschaftler erklärt ihm, warum er falsch liegt.

Asef Bayat8. Dezember 2023


Jürgen Habermas und Asef Bayat. Foto Louisa Gouliamaki/AFP via Getty Images

Anmerkung der Redaktion: Jürgen Habermas und Asef Bayat sind herausragende globale Denker. Ihre Bücher wurden in zahlreiche Sprachen übersetzt und werden an Universitäten auf der ganzen Welt gelehrt. Habermas gehört neben den verstorbenen Theodor Adorno, Max Horkheimer und Herbert Marcuse zum Pantheon der legendären Frankfurter Schule der Kritischen Theorie. Doch am bekanntesten ist er vielleicht für seine Ideen zur „Öffentlichkeit“ – einem Bereich, in dem Bürger zusammenkommen, um Angelegenheiten von allgemeinem Interesse zu debattieren und in dem sich die „öffentliche Meinung“ bildet, was er auf Kaffeehäuser und literarische Salons im Europa des 18. Jahrhunderts zurückführt – und als Verteidiger der liberalen Demokratie gegen ihre Kritiker sowohl von links als auch von rechts. Die Herausforderung, die Bayat in diesem offenen Brief formuliert, ist ihm nicht fremd; seine jahrzehntelangen, sehr öffentlichen Debatten und intellektuellen Auseinandersetzungen haben ihn in Deutschland zu einem Begriff gemacht.

Bayat ist ein Soziologe des zeitgenössischen Nahen Ostens, der vor allem für sein Konzept des „Post-Islamismus“ und für seine detailreichen Studien über Straßenpolitik, Alltagsleben und die Frage, wie einfache Menschen den Nahen Osten verändern (der Untertitel seines Buches „Life as Politics“ von 2013), bekannt ist. Habermas ist für seine jüngsten Äußerungen zum Gaza-Krieg vielfach kritisiert worden, aber was diesen offenen Brief auszeichnet, ist seine immanente Kritik: Bayat zeigt auf, wie Habermas es versäumt, seine eigenen Ideen auf den Fall Israel-Palästina anzuwenden. Es ist eine Kritik aus der Logik des Habermas'schen Denkens heraus. Das verleiht ihr eine Kraft, die bei Habermas und seinen Verteidigern nachhallen wird – oder sollte. Es ist mehr eine Einladung als eine Polemik. Es ist der Versuch, ins Gespräch zu kommen, und wir veröffentlichen es hier in der Hoffnung, dass genau das geschieht. – New Lines 

Sehr geehrter Herr Professor Habermas,

Sie werden sich vielleicht nicht an mich erinnern, aber wir trafen uns im März 1998 in Ägypten. Sie kamen als angesehener Gastprofessor an die American University in Kairo, um sich mit Fakultät, Studenten und der Öffentlichkeit auszutauschen. Alle waren begeistert, Sie zu hören. Ihre Ideen zur Öffentlichkeit, zum rationalen Dialog und zum demokratischen Leben waren wie ein Hauch frischer Luft in einer Zeit, in der Islamisten und Autokraten im Nahen Osten die freie Meinungsäußerung unter dem Deckmantel des „Schutzes des Islam“ erstickten. Ich erinnere mich an ein angenehmes Gespräch, das wir beim Abendessen im Haus eines Kollegen über Iran und die religiöse Politik führten. Ich versuchte, Ihnen die Entstehung einer „post-islamistischen“ Gesellschaft im Iran zu vermitteln, die Sie später auf Ihrer Reise nach Teheran im Jahr 2002 offenbar selbst erleben konnten, bevor Sie in Europa über eine „postsäkulare“ Gesellschaft sprachen. Wir in Kairo sahen in Ihren Kernkonzepten ein großes Potenzial zur Förderung einer transnationalen Öffentlichkeit und eines interkulturellen Dialogs. Wir haben uns den Kern Ihrer kommunikativen Philosophie, wie Konsens-Wahrheit durch freie Debatte erreicht werden kann, zu Herzen genommen.

Nun, etwa 25 Jahre später, lese ich in Berlin Ihre gemeinsam verfasste Erklärung „Grundsätze der Solidarität“ zum Gaza-Krieg mit mehr als nur einiger Besorgnis und Bestürzung. Der Geist der Erklärung ermahnt im Großen und Ganzen jene in Deutschland, die sich durch Äußerungen oder Proteste gegen die unerbittliche Bombardierung Gazas durch Israel als Reaktion auf die entsetzlichen Angriffe der Hamas vom 7. Oktober aussprechen. Sie impliziert, dass diese Kritiken an Israel unerträglich sind, weil die Unterstützung des Staates Israel ein grundlegender Bestandteil der deutschen politischen Kultur ist, „für die jüdisches Leben und Israels Existenzrecht zentrale, besonders schutzwürdige Gehalte sind“. Das Prinzip des „besonderen Schutzes“ wurzelt in der besonderen deutschen Geschichte, in den „Massenverbrechen der NS-Zeit“.

Es ist bewundernswert, dass Sie und die politisch-intellektuelle Klasse Ihres Landes darauf bedacht sind, die Erinnerung an jenes historische Grauen wachzuhalten, damit ähnliche Gräueltaten den Juden nicht widerfahren (und ich nehme an und hoffe, auch anderen Völkern). Aber Ihre Formulierung und Fixierung auf den deutschen Exzeptionalismus lässt praktisch keinen Raum für Gespräche über Israels Politik und palästinensische Rechte. Wenn Sie Kritik an „Israels Handlungen“ mit „antisemitischen Reaktionen“ vermengen, fördern Sie Schweigen und ersticken Debatten.

Jürgen Habermas: In Lieu of an Obituary

In the first two or three quarters of his life, he had belonged to that Germany we loved—the Germany of “Dichter und Denker” (poets and thinkers)—only to end his long existence (96 years) on the side of the “Richter und Henker” (judges and executioners). Jürgen Habermas passed away on March 14. He no longer had the time or the strength to declare his support for Operation Epic Fury/Silent Holy City [sic & resic], unleashed by the well-known duo of executioners against the land that gave rise to Ibn Sina (Avicenna), Omar Khayyam, Rumi, Al-Ghazali, Suhrawardi, Al-Razi, Al-Farabi, Mulla Sadra, and… Ali Shariati. Having become a sacred cow of self-righteous but wrong-acting Germany, Habermas, shortly after October 7, 2023, committed an infamous text of unconditional support for the Zionist killers. This ultimate perversion of his own “communicative action” earned him a stinging response from an Iranian sociologist, a professor at the University of Illinois Urbana-Champaign, Asef Bayat, author of extremely creative works on social movements in the Mashreq and the Maghreb. We reproduce it below in lieu of an obituary, as it was first published in New Lines Magazine.-FG, Tlaxcala

Jürgen Habermas Contradicts His Own Ideas When It Comes to Gaza

One of the world’s most influential philosophers has weighed in on the war in Gaza. A Middle East scholar tells him why he’s wrong

Asef Bayat, December 8, 2023


Philosopher Jürgen Habermas (left) and sociologist Asef Bayat (right). (Louisa Gouliamaki/AFP via Getty Images)

Editor’s note: Jürgen Habermas and Asef Bayat are towering global thinkers. Their books have been translated into multiple languages and are taught in universities throughout the world. Habermas is part of the pantheon of the legendary Frankfurt School of critical theory, along with the late Theodor Adorno, Max Horkheimer and Herbert Marcuse. Yet he is perhaps best known for his ideas about the “public sphere” — a realm where citizens come together to debate matters of general concern and “public opinion” is formed, which he traces back to coffeehouses and literary salons in 18th-century Europe — and as a defender of liberal democracy against its critics on both the left and the right. He is no stranger to the challenge that Bayat poses in this open letter; his very public debates and intellectual battles over many decades have made him a household name in Germany.

Bayat is a sociologist of the contemporary Middle East best known for his concept of “post-Islamism” and for his textured studies of street politics, everyday life and how ordinary people change the Middle East (the subtitle of his 2013 book, “Life as Politics”). Habermas has been widely criticized for his recent statements on the Gaza war, but what distinguishes this open letter is its immanent critique: Bayat sets out to show how Habermas fails to apply his own ideas to the case of Israel-Palestine. It is a critique from within the logic of Habermasian thought. This gives it a force that will — or should — resonate with Habermas and his defenders. It is more of an invitation than a polemic. It is an attempt to engage, and we publish it here in hopes that it will do just that.-New Lines

Dear professor Habermas,

You may not remember me, but we met in Egypt in March 1998. You came to the American University in Cairo as a distinguished visiting professor to engage with the faculty, students and the public. Everyone was enthusiastic to hear you. Your ideas on the public sphere, rational dialogue and democratic life were like a breath of fresh air in a time when Islamists and autocrats in the Middle East were stifling free expression under the guise of “protecting Islam.” I recall a pleasant conversation we had on Iran and religious politics over dinner at the house of a colleague. I tried to convey to you the emergence of a “post-Islamist” society in Iran, which you later seemed to experience on your trip to Tehran in 2002, before you spoke about a “post-secular” society in Europe. We in Cairo saw in your core concepts a great potential for fostering a transnational public sphere and cross-cultural dialogues. We took to heart the kernel of your communicative philosophy about how consensus-truth can be reached through free debate.

Now, some 25 years later, in Berlin, I read your co-authored “Principles of Solidarity” statement on the Gaza war with more than a little concern and alarm. The spirit of the statement broadly admonishes those in Germany who speak out, through statements or protests, against Israel’s relentless bombardment of Gaza in response to Hamas’ appalling attacks of Oct. 7. It implies that these criticisms of Israel are intolerable because support for the state of Israel is a fundamental part of German political culture, “for which Jewish life and Israel’s right to exist are central elements worthy of special protection.” The principle of “special protection” is rooted in Germany’s exceptional history, in the “mass crimes of the Nazi era.”

It is admirable that you and your country’s political-intellectual class are adamant about sustaining the memory of that historic horror so that similar horrors will not befall the Jews (and I assume, and hope, other peoples). But your formulation of, and fixation on, German exceptionalism leaves practically no room for conversation about Israel’s policies and Palestinian rights. When you confound criticisms of “Israel’s actions” with “antisemitic reactions,” you are encouraging silence and stifling debate.

As an academic, I am stunned to learn that in German universities — even within classrooms, which should be free spaces for discussion and inquiry — almost everyone remains silent when the subject of Palestine comes up. Newspapers, radio and television are almost entirely devoid of open and meaningful debate on the subject. Indeed, scores of people, including Jews who have called for a ceasefire, have been fired from positions, had their events and awards canceled and been accused of “antisemitism.” How are people supposed to deliberate about what is right and what is wrong if they are not allowed to speak freely? What happens to your celebrated idea of the “public sphere,” “rational dialogue” and “deliberative democracy”?

The fact is that most of the critics and protests you admonish never question the principle of protecting Jewish life — and please do not confuse these rational critics of the Israeli government with the disgraceful far-right neo-Nazis or other antisemites who must be vigorously condemned and confronted. Indeed, almost every statement I have read condemns both Hamas’ atrocities against civilians in Israel and antisemitism. These critics are not disputing the protection of Jewish life or Israel’s right to exist. They are disputing the denial of Palestinian lives and Palestine’s right to exist. And this is something about which your statement is tragically silent.

There is not a single reference in the statement to Israel as an occupying power or to Gaza as an open-air prison. There is nothing about this perverse disparity. This is not to speak of the everyday erasure of Palestinian life in the occupied West Bank and east Jerusalem. “Israel’s actions,” which you deem “justified in principle,” have entailed dropping 6,000 bombs in six days on a defenseless population; well over 15,000 dead (70% of them women and children); 35,000 injured; 7,000 missing; and 1.7 million displaced — not to mention the cruelty of denying the population food, water, housing, security and any modicum of dignity. Key infrastructures of life have vanished.

02/02/2024

Jürgen Habermas, der „Hegel der Bundesrepublik“, hat endlich seinen Napoleon gefunden, und er heißt Benjamin Netanyahu
Elend der deutschen Philosophie im 21. Jhdt.

Nachfolgend drei Texte, die das Desaster des europäischen Denkens in Zeiten des Völkermords illustrieren, der von der moralischsten Armee der Welt mit dem Segen und der bewaffneten Unterstützung der Führer der aufgeklärtesten Mächte der Welt begangen wird. Übersetzungen von Helga Heidrich, Tlaxcala

 Dank Gaza ist die europäische Philosophie als ethisch bankrott entlarvt worden

Hamid Dabashi, Middle Easte Eye, 18/1/2024


Hamid Dabashi ist Hagop Kevorkian Professor für Iranistik und Vergleichende Literaturwissenschaft an der Columbia University in New York, wo er Vergleichende Literaturwissenschaft, Weltkino und Postkoloniale Theorie unterrichtet. Zu seinen jüngsten Büchern gehören The Future of Two Illusions: Islam after the West (2022); The Last Muslim Intellectual: The Life and Legacy of Jalal Al-e Ahmad (2021); Reversing the Colonial Gaze: Persian Travelers Abroad (2020) und The Emperor is Naked: On the Inevitable Demise of the Nation-State (2020). Seine Bücher und Essays sind in viele Sprachen übersetzt worden.

Von Heideggers Nationalsozialismus bis zu Habermas' Zionismus ist das Leiden des „Anderen“ von geringer Bedeutung

Stellen Sie sich vor, der Iran, Syrien, der Libanon oder die Türkei - mit voller Unterstützung, Bewaffnung und diplomatischem Schutz durch Russland und China - hätten den Willen und die Mittel, Tel Aviv drei Monate lang Tag und Nacht zu bombardieren, Zehntausende von Israelis zu ermorden, unzählige weitere zu verstümmeln, Millionen obdachlos zu machen und die Stadt in einen unbewohnbaren Trümmerhaufen zu verwandeln, so wie heute Gaza.

Stellen Sie sich das einmal für ein paar Sekunden vor: der Iran und seine Verbündeten würden absichtlich bewohnte Teile von Tel Aviv, Krankenhäuser, Synagogen, Schulen, Universitäten, Bibliotheken - oder überhaupt alle bewohnten Orte - angreifen, um ein Maximum an zivilen Opfern zu gewährleisten. Sie würden der Welt sagen, sie seien nur auf der Suche nach dem israelischen Premierminister Benjamin Netanjahu und seinem Kriegskabinett. 

Fragen Sie sich, was die USA, das Vereinigte Königreich, die EU, Kanada, Australien und insbesondere Deutschland innerhalb von 24 Stunden nach dem Ansturm dieses fiktiven Szenarios tun würden.

Kehren Sie nun in die Realität zurück und bedenken Sie, dass Tel Avivs westliche Verbündete seit dem 7. Oktober (und seit Jahrzehnten davor) nicht nur zusehen, was Israel dem palästinensischen Volk antut, sondern es auch mit militärischer Ausrüstung, Bomben, Munition und diplomatischem Beistand versorgen, während US-amerikanische Medien ideologische Rechtfertigungen für das Abschlachten und den Völkermord an den Palästinensern liefern. 

Das oben beschriebene fiktive Szenario würde von der bestehenden Weltordnung nicht einen Tag lang toleriert werden. Mit der militärischen Gewalt der USA, Europas, Australiens und Kanadas, die vollkommen hinter Israel stehen, sind wir hilflose Menschen auf der Welt, genau wie die Palästinenser, nichts wert. Dies ist nicht nur eine politische Realität, sondern betrifft auch die moralische Vorstellung und das philosophische Universum dessen, was sich „der Westen“ nennt.  Haut du formulaire

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Diejenigen von uns, die sich außerhalb der europäischen Sphäre der moralischen Vorstellungskraft befinden, existieren nicht in ihrem philosophischen Universum. Araber, Iraner und Muslime oder Menschen in Asien, Afrika und Lateinamerika - wir haben für europäische Philosophen keine ontologische Realität, außer als metaphysische Bedrohung, die besiegt und besänftigt werden muss.

Angefangen bei Immanuel Kant und Georg Wilhelm Friedrich Hegel bis hin zu Emmanuel Levinas und Slavoj Zizek sind wir Merkwürdigkeiten, Dinge, erkennbare Objekte, die die Orientalisten zu entschlüsseln hatten. Die Ermordung von Zehntausenden von uns durch Israel oder die USA und ihre europäischen Verbündeten lässt die europäischen Philosophen daher nicht im Geringsten innehalten. 

Europäisches Stammpublikum

Wer das bezweifelt, braucht nur einen Blick auf den führenden europäischen Philosophen Jurgen Habermas und einige seiner Kollegen zu werfen, die sich in einem erstaunlich unverhohlenen Akt grausamer Gemeinheit für das Abschlachten der Palästinenser durch Israel ausgesprochen haben. Die Frage ist nicht mehr, was wir von Habermas, der jetzt 94 Jahre alt ist, als Mensch halten sollen. Die Frage ist, was wir von ihm als Sozialwissenschaftler, Philosoph und kritischer Denker halten sollen. Ist das, was er denkt, für die Welt noch von Bedeutung, wenn es das jemals war? 

Die Welt hat sich ähnliche Fragen über einen anderen bedeutenden deutschen Philosophen, Martin Heidegger, angesichts seiner verhängnisvollen Verbindungen zum Nazismus gestellt. Meiner Meinung nach müssen wir jetzt solche Fragen über Habermas' gewalttätigen Zionismus und die bedeutenden Konsequenzen für das, was wir von seinem gesamten philosophischen Projekt halten könnten, stellen.

Wenn Habermas in seiner moralischen Vorstellungskraft nicht ein Jota Platz für Menschen wie die Palästinenser hat, haben wir dann irgendeinen Grund, sein gesamtes philosophisches Projekt als in irgendeiner Weise auf den Rest der Menschheit bezogen zu betrachten - jenseits seines unmittelbaren europäischen Stammpublikums? 

In einem offenen Brief an Habermas sagte der angesehene iranische Soziologe Asef Bayat, er widerspreche „seinen eigenen Ideen“, wenn es um die Situation in Gaza geht. Bei allem Respekt, ich bin anderer Meinung. Ich glaube, dass Habermas' Missachtung des Lebens der Palästinenser ganz im Einklang mit seinem Zionismus steht. Sie entspricht ganz und gar der Weltanschauung, nach der Nichteuropäer nicht vollständig menschlich sind oder „menschliche Tiere“ sind, wie der israelische Verteidigungsminister Yoav Gallant offen erklärt hat.

Diese völlige Missachtung der Palästinenser ist tief in der deutschen und europäischen philosophischen Vorstellungswelt verwurzelt. Die allgemeine Weisheit besagt, dass die Deutschen aus der Schuld am Holocaust eine solide Verpflichtung gegenüber Israel entwickelt haben.

Aber für den Rest der Welt, wie das großartige Dokument, das Südafrika dem Internationalen Gerichtshof vorgelegt hat, beweist, gibt es eine perfekte Übereinstimmung zwischen dem, was Deutschland während seiner Nazizeit getan hat, und dem, was es jetzt während seiner zionistischen Ära tut.

Ich glaube, dass Habermas' Position im Einklang mit der Politik des deutschen Staates steht, der sich an der zionistischen Abschlachtung der Palästinenser beteiligt. Sie steht auch im Einklang mit dem, was als „deutsche Linke“ gilt, mit ihrem ebenso rassistischen, islamfeindlichen und fremdenfeindlichen Hass auf Araber und Muslime und ihrer uneingeschränkten Unterstützung für die völkermörderischen Aktionen der israelischen Siedlerkolonie.

Man möge uns verzeihen, wenn wir dachten, dass Deutschland heute keine Holocaust-Schuld, sondern Völkermord-Nostalgie hat, da es sich stellvertretend an Israels Abschlachten der Palästinenser im letzten Jahrhundert (nicht nur in den letzten 100 Tagen) ergötzt hat. 

01/02/2024

Jürgen Habermas, le “Hegel de la République fédérale”, a enfin trouvé son Napoléon, et il s'appelle Benjamin Netanyahou
Misère de la philosophie allemande au XXIème Siècle

Ci-dessous trois textes illustrant le désastre de la pensée européenne au temps du génocide commis par l'armée la plus morale du monde avec la bénédiction et le soutien armé des dirigeants des puissances les plus éclairées de la planète. Traductions de Fausto Giudice, Tlaxcala

 Grâce à Gaza, la philosophie européenne a révélé sa faillite éthique

Hamid Dabashi, Middle Easte Eye, 18/1/2024

 Du nazisme de Heidegger au sionisme de Habermas, la souffrance de l’“autre” n’a que peu d’importance

Imaginez que l’Iran, la Syrie, le Liban ou la Turquie - pleinement soutenus, armés et protégés diplomatiquement par la Russie et la Chine - aient la volonté et les moyens de bombarder Tel-Aviv pendant trois mois, jour et nuit, d’assassiner des dizaines de milliers d’Israéliens, d’en mutiler d’innombrables autres, de faire des millions de sans-abri et de transformer la ville en un amas de décombres inhabitables, comme c’est le cas aujourd’hui à Gaza.

Imaginez quelques secondes : l’Iran et ses alliés ciblant délibérément des quartiers peuplés de Tel-Aviv, des hôpitaux, des synagogues, des écoles, des universités, des bibliothèques - ou tout autre lieu peuplé - afin de faire un maximum de victimes civiles. Ils diraient au monde qu’ils ne font que chercher le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son cabinet de guerre. 

Demandez-vous ce que feraient les USA, le Royaume-Uni, l’Union européenne, le Canada, l’Australie et l’Allemagne en particulier dans les 24 heures suivant l’assaut de ce scénario fictif.

Revenons maintenant à la réalité et considérons le fait que depuis le 7 octobre (et pendant des décennies avant cette date), les alliés occidentaux de Tel-Aviv ont non seulement été témoins de ce qu’Israël a fait au peuple palestinien, mais lui ont également fourni du matériel militaire, des bombes, des munitions et une couverture diplomatique, tandis que les médias usaméricains ont offert des justifications idéologiques pour le massacre et le génocide des Palestiniens. 

Le scénario fictif susmentionné ne serait pas toléré un seul jour par l’ordre mondial existant. Avec la puissance militaire des USA, de l’Europe, de l’Australie et du Canada qui soutiennent pleinement Israël, nous, les peuples sans défense du monde, tout comme les Palestiniens, ne comptons pas. Il ne s’agit pas seulement d’une réalité politique ; elle concerne également l’imaginaire moral et l’univers philosophique de ce qui s’appelle « l’Occident ».

Ceux d’entre nous qui se trouvent en dehors de la sphère de l’imagination morale européenne n’existent pas dans leur univers philosophique. Arabes, Iraniens et musulmans, ou peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, nous n’avons aucune réalité ontologique pour les philosophes européens, si ce n’est celle d’une menace métaphysique qu’il faut maîtriser et faire taire.

Depuis Emmanuel Kant et Georg Wilhelm Friedrich Hegel jusqu’à Emmanuel Levinas et Slavoj Zizek, nous sommes des bizarreries, des choses, des objets connaissables que les orientalistes étaient chargés de déchiffrer. À ce titre, le meurtre de dizaines de milliers d’entre nous par Israël, ou par les USA et leurs alliés européens, ne suscite pas la moindre réflexion dans l’esprit des philosophes européens. 

Publics européens tribaux

Si vous en doutez, il suffit de jeter un coup d’œil au philosophe européen Jurgen Habermas et à quelques-uns de ses collègues qui, dans un acte stupéfiant de vulgarité cruelle, se sont prononcés en faveur du massacre des Palestiniens par Israël [Voir leur texte ci-dessous]. La question n’est plus de savoir ce que nous pouvons penser d’Habermas, aujourd’hui âgé de 94 ans, en tant qu’être humain. La question est de savoir ce que nous pouvons penser de lui en tant que chercheur en sciences sociales, philosophe et penseur critique. Ce qu’il pense a-t-il encore de l’importance pour le monde, si tant est que ça en ait jamais eu ? 

Le monde s’est posé des questions similaires au sujet d’un autre grand philosophe allemand, Martin Heidegger, à la lumière de ses affiliations pernicieuses avec le nazisme. À mon avis, nous devons maintenant poser de telles questions sur le sionisme violent de Habermas et les conséquences significatives sur ce que nous pourrions penser de l’ensemble de son projet philosophique.

Si Habermas n’a pas un iota d’espace dans son imagination morale pour des personnes telles que les Palestiniens, avons-nous une raison de considérer que l’ensemble de son projet philosophique est lié de quelque manière que ce soit au reste de l’humanité - au-delà de ses publics européens tribaux immédiats ? 

Dans une lettre ouverte à Habermas [voir ci-dessous], l’éminent sociologue iranien Asef Bayat a déclaré que celui-ci « contredit ses propres idées » en ce qui concerne la situation à Gaza. Avec tout le respect que je lui dois, je ne suis pas d’accord. Je pense que le mépris de Habermas pour la vie des Palestiniens est tout à fait cohérent avec son sionisme. Il est parfaitement cohérent avec la vision du monde selon laquelle les non-Européens ne sont pas complètement humains, ou sont des « animaux humains », comme l’a ouvertement déclaré le ministre israélien de la défense Yoav Gallant.

Ce mépris total pour les Palestiniens est profondément ancré dans l’imagination philosophique allemande et européenne. Il est communément admis que la culpabilité de l’Holocauste a poussé les Allemands à s’engager fermement en faveur d’Israël.

Mais pour le reste du monde, comme le montre le magnifique document que l’Afrique du Sud a présenté à la Cour internationale de justice, il y a une parfaite cohérence entre ce que l’Allemagne a fait à l’époque nazie et ce qu’elle fait aujourd’hui à l’époque sioniste.

Je pense que la position d’Habermas est conforme à la politique de l’État allemand, qui participe au massacre des Palestiniens par les sionistes. Elle est également conforme à ce qui passe pour être la « gauche allemande », avec sa haine tout aussi raciste, islamophobe et xénophobe, et son soutien total aux actions génocidaires de cette colonie de peuplement qu’est Israël.

Nous devons être pardonnés si nous pensons que l’Allemagne n’est pas coupable de l’Holocauste, mais qu’elle a la nostalgie du génocide, puisqu’elle a assisté avec complaisance au massacre des Palestiniens par Israël au cours du siècle dernier (et pas seulement au cours des 100 derniers jours).