Ce vieillard sociopathe
instrumentalise tout au service de sa soif de s’approprier les fortunes des
autres. Vous, président Petro, êtes l’un des rares cailloux dans la chaussure
de ce déjanté. C’est pour cela qu’il vous a appelé. Ce n’est pas vous qui l’avez
appelé.
Gardez à l’esprit que Trump a
rembourré son portefeuille immobilier avec l’aide de Chepe Santacruz, un
narcotrafiquant colombien. Comprenez que s’il vous accuse d’être un narco,
c’est parce qu’il est hanté par les bénéfices qu’il a lui-même tirés des
mafias.
Trump a eu des associés
narcotrafiquants, des clients narcos dans ses hôtels. Il vient de gracier Juan
Orlando Hernández, ancien président du Honduras, condamné à 45 ans de prison
aux USA pour trafic de drogue. Le fantôme de la drogue empêche ce sociopathe de
dormir.
Trump sait que c’est vous qui
avez le plus poursuivi les narcotrafiquants. Pour vous détrôner de cet honneur,
il vous diffame. Il veut se poser en sauveur des USA face à la drogue. C’est une
fausse bannière. À Trump et à l’élite économique, l’existence du narcotrafic
convient parfaitement. Sur chaque dollar issu de la vente de drogue, 70 cents
restent dans les banques usaméricaines. La lutte contre la drogue a toujours
été et sera toujours un prétexte pour intervenir dans les affaires intérieures
des pays latino-américains.
Pourquoi Trump vous
appelle-t-il à dialoguer à la Maison-Blanche ? Parce qu’il veut calmer le jeu.
Il cherche à se débarrasser un peu de cette image de tyran raciste et xénophobe
à l’égard des immigrés latinos. Vous avez été, président Petro, le seul chef
d’État qui, sans concessions, a rejeté les rafles indiscriminées aux USA, les
bombardements criminels contre de malheureux bateliers dans la mer des
Caraïbes, qui a condamné le génocide à Gaza et s’est opposé à l’intervention
militaire au Venezuela.
La difficile situation
intérieure que traverse Trump le pousse à vous utiliser comme facteur de
diversion. Il fait face à des accusations d’abus sexuels et de conspiration
putschiste, à des dénonciations pour pédocriminalité, à la rébellion de
gouverneurs et de maires d’États qui subissent les actions violentes des agents
de l’immigration – l’ICE – contre leurs propres citoyens usaméricains. Hier, 7
janvier, ces agents ont assassiné de sang-froid Renee Good (37 ans, mère d’un
enfant) à Minneapolis. Trump ordonne l’arrestation et la déportation des
Vénézuéliens qui sont descendus dans la rue pour célébrer l’arrestation de
Maduro et la mort de 100 personnes lors de l’incursion. Pour couronner le tout,
il se moque avec mépris des Vénézuéliens qui manifestent à Caracas contre
l’intervention, ce qui lui a valu encore plus de critiques sur sa gestion.
Président Petro, vous êtes
économiste. Vous savez très bien que le principal objectif de Trump est
d’éloigner les pays latino-américains des échanges commerciaux, industriels et
culturels avec la Chine. Cet objectif est peut-être plus important encore que
le pillage du pétrole vénézuélien et le saccage des ressources naturelles de
l’Amérique du Sud. La croisade et le bellicisme de Trump visent le dragon de
l’Orient, qui est en train de dédollariser le commerce international et de
gagner la guerre commerciale contre les USA.
L’expérimentation de Gaza est
déjà arrivée en Amérique latine. Vous l’avez clairement annoncé. Ce qu’ils font
à Gaza, ils le feront dans d’autres pays si nous ne réagissons pas. Ils veulent
nous recoloniser par des menaces, des chantages et des bombardements. Les
peuples dignes d’Amérique latine font confiance à votre voix et à votre
engagement indéfectible en faveur de la souveraineté, de la démocratie, de la
justice sociale et environnementale.
Si le
socialisme était un « péché » ou un crime, pourquoi un candidat socialiste
aurait-il gagné la mairie de New York, la ville la plus représentative du
capitalisme ? Le socialisme est la réalisation maximale à laquelle peut aspirer
la politique entendue comme le soin apporté à autrui. Les socialistes
authentiques cherchent à rendre effectives les libertés humaines, celles qui
garantissent véritablement la dignité. Le socialisme, c’est le bien-vivre :
c’est-à-dire que rien de nécessaire ne manque à personne, sans distinction de
couleur de peau, de croyances, d’orientation sexuelle ou de classe sociale.
Personne n’est libre tant qu’il ne satisfait pas sa liberté d’être bien nourri,
sa liberté d’accéder à une bonne santé, une bonne éducation, un toit sûr, un
travail digne. Le capitalisme est une cage à roue de hamsters tournant en rond
pour que, tous les quinze jours, ils puissent acheter les quelques libertés que
leur offre le marché.
Molly Crabapple
Que Zohran
Mamdani, un socialiste d’origine indienne, ait conquis la mairie de New York constitue
un appel d’air, la possibilité de diffuser la pensée socialiste, d’affiner la
ligne idéologique, de réorganiser les bases sociales et de renforcer un grand
parti de travailleurs manuels et intellectuels, non seulement aux USA mais
aussi en Amérique latine et dans le monde entier.
Les rejets,
blocages et écrasements des projets socialistes ont historiquement été ordonnés
depuis Washington et New York, capitales anticommunistes de la planète. À la
manière d’une extension du Ku Klux Klan, ils ont diabolisé tout ce qui semblait
« rouge » ; sur le sol des USA, toute allusion au socialisme fut interdite, le
maccarthysme (stigmatisation des personnes de gauche) naquit, on persécuta et
expulsa des personnalités accusées d’être communistes (Charles Chaplin, grand
acteur comique, parmi d’autres) et on dévitalisa le mouvement syndical.
Mais
l’histoire continue de nous surprendre par ses tournants dialectiques et ses
paradoxes. Aujourd’hui, au XXIe siècle, en 2025, tandis qu’un
nouveau Henry Kissinger ressuscite avec son Opération Condor qui remplit
l’Amérique latine de dictatures ayant diabolisé, persécuté, torturé et
assassiné des milliers de socialistes, un migrant à la pensée socialiste remporte
la mairie de New York. Il se trouve que le nouvel empereur Donald Trump écoute
dans le Bureau ovale « l’extraterrestre » Mamdani, accepté dans la sphère
politique à contrecœur.
Le
socialisme s’est glissé dans le pays qui l’a proscrit. Il se fraie un chemin
dans la Grande Pomme, se promène à Wall Street. « Je préférerais ne pas »,
dirait Bartleby. Mais il s’agit d’une idée en circulation depuis plus d’un
siècle et demi, une idée contrainte d’affronter des attaques de toute sorte, de
la part de toutes les autorités civiles, ecclésiastiques et militaires. Elles
devront apprendre à cohabiter avec elle ; on ne sait pas encore ce qu’elles
trameront pour la renverser, comme ils l’ont fait dans tant d’autres pays.
Portrait de la bourgeoisie, 1939-1940, David Alfaro Siqueiros, Ciudad de México, Sindicato Mexicano de Electricistas
« Bien souvent, “Anonyme” était une femme.
» – Virginia Woolf
Dans l’histoire et la participation
politique de la Colombie, ce sont les discours, les voix et les visages des
hommes qui se distinguent. Les portraits, noms et textes que nous apprenons à
l’école appartiennent en majorité à des hommes. Comme si eux seuls avaient
construit le pays. Pourtant, en regardant vers les villages, quartiers et
hameaux, une autre réalité apparaît : un pays soutenu par le travail silencieux
et persistant de femmes dont l’apport n’est pas reconnu par l’histoire.
Comment est-il possible que des millions de
femmes soient en première ligne du travail social et communautaire, et qu’elles
aient si peu de représentation dans les hautes sphères de décision politique ?
Dans cet article, je propose d’analyser de
manière critique les causes de cette grande contradiction et de souligner qu’il
est temps de transformer le rôle des femmes dans l’histoire du pays.
La différence entre la large participation
des femmes aux leaderships sociaux de base et leur faible présence dans les
postes politiques de pouvoir est flagrante. Dans des municipalités comme Bello,
près de 80 % des présidences des Juntas de Acción Comunal sont dirigées par des
femmes, beaucoup ayant des décennies de travail volontaire. Cependant, cette
participation s’effondre dès qu’on monte dans la politique formelle : dans les
conseils municipaux, elle n’atteint que 15 à 20 %.
La
Colombie est une collision permanente d’astéroïdes narratifs. Ils
viennent du spectre électromagnétique, de sources inconnues mais
connues, ils sont apportés par les vents, poussés par les tempêtes,
s’alignent sur des idéologies, s’installent dans les esprits et les
cœurs.
Tout
n’est pas le fruit du hasard. Les ondes des mots génèrent des échos et
des résonances. Des niches accueillantes. Les échos mobilisent les
volontés qui partagent leurs énergies. Ils se transforment en
événements.
Chaque
assassinat politique en Colombie est précédé d’un processus déclencheur
avec des déterminants. Les assassinats politiques sont des chroniques de
morts annoncées.
La mort de Miguel Uribe Turbay nous attriste, nous démocrates, car aucun Colombien ne devrait mourir pour ses opinions, son affiliation politique ou ses croyances. Tout comme ont été douloureux, à leur époque, les assassinats de Rafael Uribe Uribe en 1914, de Jorge Eliécer Gaitán en 1948, de Héctor Abad Gómez en 1987, de Jaime Pardo Leal en 1987, de Luis Carlos Galán en 1989, celui de Carlos Pizarro en 1990, celui de Bernardo Jaramillo en 1990, celui de Manuel Cepeda en 1994, celui d’Álvaro Gómez Hurtado en 1995, celui de Jesús María Valle en 1998, celui de Jaime Garzón en 1999, celui de plus de 6 000 membres de l’Union patriotique – 1984-2004 -, celui de milliers de leaders sociaux, paysans et syndicaux.
La mort politique est décrétée dans les paroles quotidiennes, lors des déjeuners de travail, dans les réunions entre amis et camarades de parti, lors des fêtes et des moments de détente, dans les récits des médias capitalistes. La mort et le crime se promènent tranquillement dans les esprits animés par des idéologies erronées, c’est-à-dire fanatiques.
Nous attirons également la mort vers nous par les mots que nous utilisons, par la manière dont nous parlons des autres, par les idéologies que nous professons.
Il est temps de nous solidariser avec la famille de Miguel Uribe Turbay, avec l’incertitude et la douleur qu’elle n’aurait pas dû ressentir. Il est temps de rejeter toute forme de violence contre tout Colombien. Il est temps d’invoquer la prudence, le respect des différences politiques, la promotion d’une liberté d’expression responsable, la protection de la vie humaine avant toute autre cause. Il est également temps de demander aux médias capitalistes de changer leur discours.
La violence en général est un phénomène structurel dans la société colombienne. Le modèle de développement économique est violent, la façon de faire de la politique est violente, les pratiques de gouvernance sont violentes, les institutions sont violentes. Tout cela conduit à des réponses et à des issues désespérées et violentes. Il s’agit purement et simplement d’une question d’action-réaction, de réflexe, de comportements conditionnés.
C’est pourquoi, dans un contexte où le fil qui sépare la coexistence pacifique de l’explosion violente est imperceptible, il est nécessaire d’être prudent dans ses propos, de s’exprimer librement mais de manière responsable ; en fin de compte, il est urgent de changer le discours.
Dans le roman inachevé Les Aventures du brave soldat Chvéïk,
de Jaroslav Hašek, il est fait mention d'anciennes tortures et punitions
infligées aux personnes accusées d'une faute, telles que boire du plomb fondu,
marcher sur des fers rougis au feu, porter les très douloureuses « bottes
espagnoles » (qui n'ont rien à voir avec les crocs), d'être brûlés avec
des torches, écartelés, empalés, bref, d'un vaste répertoire de souffrances
pour le malheureux prisonnier.
L'œuvre, comme on le sait, s'est imposée comme une satire
contre l'absurdité (et aussi contre la barbarie) de la guerre. « Se faire
arrêter aujourd'hui, c'est un jeu », dit le brave soldat, car, selon lui, on te
donne un lit de camp, une table, de la soupe, du pain, un petit pot d'eau, et
les toilettes sont juste là, sous ton nez. J'ai entendu quelque chose de
similaire ces derniers jours, après la condamnation de l'ancien président Álvaro
Uribe, qui purgera sa peine dans une maison de luxe et à qui on ne dira pas,
cela aurait été le comble du « progrès », « nous avons décidé que demain, vous
serez écartelé ou brûlé, selon ce que vous préférez », car, comme le disait le
Tchèque Chvéïk, la situation s'est améliorée en ce qui concerne les détenus.
Le cas du premier ancien président colombien condamné a
suscité toutes sortes de réactions dans un pays d'extrêmes, où, heureusement,
il reste encore des traces d'humour, notamment noir, mais aussi d'autres
nuances. Au-delà de cette affaire retentissante, qui a donné lieu à des prises
de position divergentes, à des spéculations, à une créativité populaire, à des
rires et des larmes, elle a été pour les plus jeunes l'occasion d'en savoir un
peu plus sur l'histoire contemporaine d'un pays marqué par les massacres, les
déplacements forcés, les « faux positifs », les réformes du travail
défavorables aux travailleurs, le néolibéralisme sauvage et les oppositions
tant à la paix qu'à la guerre.
On pourrait réduire à l'absurde absolu l'organisation de
certaines marches en faveur du condamné, mais, d'un autre côté, il faudrait
souligner comment la situation a débordé la créativité populaire (même si le
peuple a toujours été victime de tous les outrages, tortures et punitions, y
compris ceux promus par l'accusé). Nous sommes, comme on le sait, un peuple (ni
naïf ni ignorant, rien de tout cela, sans prétention) doté d'un sens inné de
l'humour. Sans gaspillage. Et enclin aux présages, aux coups du sort, aux jeux
de hasard (et non de ahazar, comme l'a dit il y a des années un
gouverneur d'Antioquia).
Le numéro qui a été attribué à Uribe en tant que prisonnier,
condamné à la prison domiciliaire – même si l'on a également entendu dire : «
la prison, c'est la prison » – a été joué dans des billets de loterie, des
paris, des tombolas, des “chances” [type de loterie où on peut parier des
petites sommes sur un, deux , trois ou quatre chiffres, NdT], des «
cantarillas » [loteries de quartier où on peut gagner en général un appareil
électroménager, NdT], comme s'il s'agissait du chiffre miraculeux qui
apparaît dans un poisson de Pâques. Un humoriste de la faculté de droit a
suggéré de revenir à la typologie criminelle de Cesare Lombroso pour voir si le
condamné y trouvait sa place. De plus, à l'ère des réseaux sociaux et autres «
passe-temps », les memes se sont multipliés, certains, il faut le noter, ingénieux
et pugnaces.
Dans l'un de ces nombreux memes (il y a d'ailleurs eu une
occasion en or pour les caricaturistes, enfin, pour ceux qui ne sont ni des mercenaires
ni des béni oui-oui), Uribe apparaît dans un lit, la tête sur l'oreiller,
couvert d'une couverture. Et il dit : « Je n'aurais pas dû dénoncer Iván Cepeda
». D'autres, faisant également référence à celui qui fut l'un des politiciens
les plus puissants et influents du pays, le montraient en uniforme de
prisonnier, orange pour certains, rayé pour d'autres, derrière les barreaux
avec un béret marqué du numéro 82 (le même que celui avec lequel les USA l'ont
associé à une liste de collaborateurs du cartel de Medellín).
Ainsi, grâce au procès et à la condamnation, on est
soudainement passé des cris « des balles, c'est tout ce qu'il y a et des
balles, c'est tout ce qui viendra », propres à certains de ses acolytes et
partisans, à des expressions populaires moqueuses, qui laissaient entendre que
« tout s'écroule », que tout pouvoir s'évanouit. De nouveaux cercles de l’enfer
sont apparus, dans une reconstruction contemporaine de Dante, où le « seigneur
des ténèbres » a été envoyé pour se rafraîchir. « Je te parle depuis la prison
», était un autre mème savoureux et plein de piquant.
Il semble – ou c'est une façon de parler – que nous ayons
quelque peu progressé en matière de confrontation politique civilisée, celle
qui se déroule dans le domaine des idées, de la dissidence raisonnée, de la
discussion sans coups de feu, car avant le verdict, les échos laissaient
présager une véritable tornade si l'ancien président était condamné. Cela n'a
pas été le cas, du moins jusqu'à présent. Il est donc encore temps pour les
blagues et les plaisanteries.
Dans le roman inachevé de Hašek, au brave soldat Chvéïk qui
chantait « rivières de sang, batailles que je loue... », un médecin a
prescrit une dose de bromure pour calmer son « enthousiasme patriotique » et
lui a recommandé de ne pas penser à la guerre. Cela pourrait être une bonne
formule pour ces jours-ci, en particulier pour ceux qui ont les toilettes sous
le nez.
Les astérisques
revoient aux notes du traducteur en fin de texte
Le
patriarche à son automne lance à ses partisans voulant manifester contre sa condamnation :
« Allez-y, défilez, moi, je ne peux pas »
Une tension
à couper le souffle, incomparable même à celle qui peut régner parmi les
supporters en délire lors d’une finale de championnat du monde, a envahi la
salle lors du « procès du siècle », présenté avec une touche de marketing
sportif. L’intouchable, le maître du téflon*, celui qui, pendant son mandat de
président réélu grâce au « petit article* », se croyait le « messie », le «
tout-puissant », celui qui, sans aucune considération, a déclaré que les jeunes
assassinés par l’armée dans les « faux positifs *» n’avaient été vraiment pas
en train de cueillir du café, celui dont presque tous les collaborateurs étaient
en prison, a entendu, après un procès de 475 jours, le verdict sans appel :
coupable !
La
condamnation à 12 ans de prison domiciliaire, avec des fuites préalables, des
menaces à l’encontre de la juge de la part de malfrats, a révélé toute l’ampleur
de la décadence de l’automne d’un patriarche désolé par sa chute vertigineuse.
Même son discours d’appel, dans lequel il n’a guère évoqué les crimes pour
lesquels il a été condamné, était un retour sans saveur à son style de
politicien traditionnel.
Je pense qu’outre
le fait que justice ait pu être rendue dans un procès très médiatisé (au cours
duquel il y a eu « des stratégies dilatoires systématiques pour empêcher le
déroulement du procès ») qui a commencé il y a des années, et au cours duquel l’ancien
président s’est enfoncé dans sa propre boue, victime de l’effet boomerang, le
plus important est la figure singulière d’une juge comme Sandra Heredia, que
les médias de propagande (déguisés en médias d’information) ont tant dénigrée.
Ni les
pressions, ni la presse prosternée devant les intérêts criminels de l’accusé,
ni les menaces ne l’ont perturbée. Au contraire, cela semble l’avoir remplie d’un
sentiment héroïque et d’une sérénité dans l’application de la justice. Elle a
pris la position de Thémis, a clairement énoncé des principes fondamentaux tels
que « le droit ne peut trembler devant le bruit et la justice ne s’agenouille
pas devant le pouvoir ». Elle a été catégorique en affirmant que « la toge n’a
pas de genre, mais elle a du caractère », et c’est une évidence : cette dame de
la magistrature, qui sait que la justice ne peut être ni soumise ni génuflexe
devant les puissants, a du caractère à revendre.
Dompté et apprivoisé
“La justice ne s'agenouille pas devant le pouvoir"
Elle savait,
et elle l’a prouvé, qu’elle ne jouait pas un rôle historique (même si elle fera
sans aucun doute partie de l’histoire judiciaire de la Colombie), mais un rôle
de justicière. Elle donnait parfois l’impression de ressembler, par exemple, à
des juges d’un courage formidable, comme cet Italien, Giovanni Falcone,
magistrat légendaire qui a traqué la mafia sicilienne, la Cosa Nostra.
Elle n’a pas reculé, ni faibli au milieu d’une affaire qui, comme on s’en
souvient, a cherché à obtenir des non-lieux avec des procureurs à la solde du
pouvoir, comme Gabriel Jaimes.
La juge, qui
a certainement pu à un moment donné se sentir comme sur une corde raide entre
les pressions et les intimidations, a déclaré que son action était conforme à
la loi et aux preuves et non motivée par des « sympathies ou antipathies ». Ce
n’était pas l’avis des partisans d’Uribe, et encore moins celui du secrétaire d’État
usaméricain, Marco Rubio, qui, sans rougir, s’est ingéré dans les affaires
intérieures de la Colombie. Il connaissait les bons offices rendus par le
condamné, fidèle vassal de la politique usaméricaine, partisan de l’invasion de
l’Irak et fidèle exécutant des préceptes de la doctrine néolibérale et des
ordres de Washington.
En tout état
de cause, ce qui est ressorti de ces audiences, c’est que la juge n’a pas
toléré les manipulations de la part de l’accusé et de sa défense, et qu’elle a
préservé l’autonomie et l’indépendance judiciaires. Elle a mis en avant l’ensemble
des membres de son bureau, toutes des femmes. Celui qui était (et qui peut en
partie l’être encore) le citoyen tout-puissant, l’autoritaire, celui qui, selon
les accusations, a parrainé la création du paramilitarisme, du Bloque Metro de
las autodefensas*, celui qu’une sénatrice a qualifié de « vermine qui se glisse
dans les égouts », a dû se taire, après avoir crié, face aux paroles énergiques
et convaincantes de la juge. « Taisez-vous, M. Uribe », lui a-t-elle dit à un
moment où l’accusé a élevé la voix.
La
condamnation en première instance de celui qui reste aux yeux de la Colombie et
du monde entier l’instigateur des « faux positifs », nombre de personnes
assassinées qui a servi à ce jour à faire des jeux de chiffres avec la peine de
douze ans, a réveillé l’humour noir populaire et le souvenir d’une période
néfaste de répression, de persécutions, de dénonciations, de harcèlement et d’autoritarisme.
« Trinquons
avec un petit rhum de 12 ans », « tentons la chance avec le 6.402 » et même une
tendance singulière à la numérologie s’est réveillée. Il y a également eu des
lectures d’extraits de L’automne du patriarche, de García Márquez, ou de
El gran Burundún Burundá ha muerto et La metamorfosis de su
excelencia, de Jorge Zalamea. « Pendant le week-end, les vautours se sont
introduits par les balcons de la présidence... ».
Des
foules chantaient des hymnes de joie et on a dit que du côté de Llanogrande* et
de l’Ubérrimo*, il y avait une « mer de larmes » salée.
NdT
Téflon :
pendant 30 ans, Uribe a été réputé intouchable, inoxydable,
Petit
article : adopté en 2004, cet article de la Constitution a permis la réélection
d’Uribe en 2006
Faux
positifs : jeunes hommes, généralement prolétaires ou marginaux, victimes
d’exécutions extrajudiciaires de la part de militaires assoiffés de primes, et
présentés après coup comme des guérilleros ou des criminels. Officiellement, il
y en eu 6 042.
Bloque Metro
de las autodefensas : groupe de paramilitaires dirigé par d’anciens
militaires, chargé de combattre la guérilla dans le département d’Antioquia.
Llanogrande :
propriété luxueuse d’Uribe à Riogrande (Antioquia), dans laquelle il devrait
purger sa peine.
Ubérrimo :
hacienda de 1500 hectares, propriété d’Uribe et haut lieu de son activité
politico-mafieuse
« La stupidité n’est pas une fatalité, mais la surmonter nécessite une prise de conscience et une action critique» Dietrich Bonhoeffer
Ton
héritage est si sordide – Innommable que tu es –, tant de mépris et
d’infamie ont été laissés par ton ombre maléfique, que notre héritage
sera d’effacer tout ton héritage.
C’est
ainsi que raisonnent les jeunes Colombiens qui ont subi la répression
brutale lors de l’explosion sociale de 2021, ordonnée par Iván Duque,
alors président, inspiré par les pièges tendus aux jeunes pauvres
apparus avec des bottes en caoutchouc sous les deux gouvernements du
seigneur des écuries.
Effacer
tout un héritage fondé sur la stupidité des masses est un engagement non
seulement des jeunes, mais aussi de tous les démocrates qui ressentent
le besoin de réparer des blessures si profondes qui continuent de
bénéficier de l’impunité. La première condamnation du grand propriétaire
foncier [Álvaro Uribe] ouvre une porte vers une oasis de pudeur.
Mais la
cour est encore tellement infestée qu’il faut beaucoup de ferveur. Pour
effacer l’héritage exécrable du louchebem, plusieurs tâches doivent être
entreprises :
1.
Traduire à nouveau en justice le promoteur de la tronçonneuse, pour les
massacres d’El Aro et de La Granja, pour avoir transformé les Convivir
en blocs paramilitaires, pour les plus de 6 402 personnes tombées lors
d’exécutions extrajudiciaires, pour l’assassinat de Tito Díaz, maire
d’El Roble (Sucre), pour « l’accident » de Pedro Juan Moreno, son
secrétaire au gouvernement d’Antioquia, pour ses méfaits à l’Aerocivil,
pour le vol continu d’essence dans la ferme Las Guacharacas, pour
d’autres larcins.
2.
Démanteler les récits mensongers des médias et des personnalités de la
sphère politico-patronale. Diffuser le récit de la vérité. La vérité
dans les conversations, la vérité sur les lieux de travail, la vérité
dans les rues, la vérité dans les salles de classe. La vérité, la vérité
et rien que la vérité. C’est ce qu’ils craignent le plus. Ils la
dissimulent à travers leurs entreprises de communication propagandistes.
3.
Dénoncer et poursuivre sans relâche tous les politichiens et
fonctionnaires corrompus. Ainsi que toutes les personnes qui, sur les
réseaux sociaux, menacent la vie de ceux qui sont du côté de la vérité.
Ils ne
veulent pas que justice soit faite. Ils veulent que l’impunité continue.
L’extrême droite est en train de monter des coups judiciaires et de
discréditer la juge Sandra Liliana Heredia, la procureure Marlene
Orjuela, le sénateur Iván Cepeda et l’avocat Miguel Ángel del Río. Ils
sont en train de faire passer l’idée que le procès d’Uribe n’était pas
judiciaire mais politique. Ils la diffusent dans le monde entier, la
reprennent dans les médias business yankees.
Ils se
font passer pour des avocats renommés afin de demander l’ouverture d’une
enquête contre Cepeda et del Río, les liant au trafic de drogue. L’un
des fils du sinistre sycophante serait derrière tout ça, afin de se
venger de Cepeda, le sénateur qui a fait condamner son père. Ils
bénéficient du soutien de membres républicains du Congrès et de hauts
fonctionnaires du gouvernement usaméricain, ainsi que de membres de la
DEA et du FBI.
« Effacer
tout ton héritage sera notre héritage »: ce slogan chilien est devenu
colombien, Uribe remplaçant Pinochet. Image d’Agustina Scliar
La
Colombie vit un moment d’accouchement culturel. La condamnation du
génocidaire psychopathe a révélé qu’il n’y a plus d’intouchables sur le
territoire colombien. L’opinion publique comprend que le Ténébreux de
Salgar [lieu de naissance d’Uribe] n’a pas travaillé main dans la main
avec la société civile pour trouver des solutions pertinentes aux
problèmes sociaux, mais qu’il a collaboré avec les groupes
paramilitaires et les éléments pourris de l’armée et de la police.
C’est le
moment historique pour commencer à mettre de l’ordre dans la maison
commune. Proclamer des règles générales pour le respect efficace de
l’éthique et de la responsabilité. Revenir au discernement et à la
compréhension. Pour sortir de la stupidité qui a légitimé un régime de
terreur et d’ignominie. Une grande partie de la société s’est rendue
complice d’actes fréquents contre la dignité humaine, la moralité et la
démocratie. La stupidité est dangereuse car elle combine l’incapacité de
raisonner de manière critique avec une tendance pernicieuse à accepter
sans les remettre en question les dogmes, les ordres ou les croyances.
L’émotivité a pris le dessus lors de la prise de décisions importantes.
La solidarité de corps a transformé la société en meurtrière d’une autre
partie de la société, désignée et transformée en « ennemi commun à
vaincre ».
La
stupidité s’est emparée de la Colombie au cours des 25 premières années
de ce siècle. Elle est toujours là, vivante, ardente, avide de plus de
sang. Elle prépare déjà une marche nationale pour défendre « l’innocence
du Grand Cafard ». La stupidité a été plus puissante que la méchanceté
elle-même. Et le monstre des écuries s’en est servi. Il a mis à genoux
tout un peuple émotif, religieux, grégaire, obéissant, désorienté. Avec
ce soutien stupide, il a réussi ce que Pablo Escobar n’avait pas pu
faire. La stupidité ne répond ni à la logique, ni aux arguments, ni aux
preuves. Une personne stupide agit sans comprendre les conséquences de
ses actes, convaincue de sa droiture.
Mural à l’effigie de Dietrich Bonhoeffer sur le mur du lycée portant son nom à Wertheim en Allemagne
Dietrich
Bonhoeffer, martyr de la résistance allemande contre le nazisme, dit que
la stupidité fleurit sous les structures du pouvoir autoritaire.
Lorsqu’un groupe ou un individu se soumet au pouvoir, il a tendance à
renoncer à son autonomie critique, non pas parce qu’il est incapable de
penser, mais parce qu’il cesse de l’utiliser. Ce processus se produit
tant chez les individus que dans des sociétés entières, où le pouvoir
utilise la propagande, l’intimidation ou la manipulation émotionnelle
pour instaurer un conformisme acritique. C’est ce qui s’est passé dans
notre société. Une masse qui ne s’intéressait pas à l’actualité réelle
est tombée dans le piège des « récits messianiques » d’un maboul devenu «
le papa des poussins », le père d’une société avide de faits
grandiloquents qui promettaient la rédemption.
La
stupidité, selon Bonhoeffer, n’est pas principalement un phénomène
individuel, mais collectif. Une personne isolée peut faire preuve d’une
plus grande capacité critique, mais en groupe, les dynamiques sociales
et les pressions de l’environnement ont tendance à réduire cette
capacité. Ce phénomène peut être observé dans les mouvements de masse,
où le comportement des individus s’homogénéise et où les décisions sont
prises davantage par imitation que par réflexion. La peur est un élément
central dans la perpétuation de la stupidité. Une société soumise à la
terreur – physique ou psychologique – a tendance à chercher refuge dans
des simplifications, des clichés et des figures d’autorité qui
promettent la sécurité, même si ces promesses sont illusoires ou
destructrices. Comme ils ont applaudi le seigneur des ténèbres lorsqu’il
semait la douleur et la mort dans les campagnes colombiennes. Tuer,
tuer, tuer, telle était sa formule clichée pour résoudre les problèmes
structurels qui exigeaient analyse, réflexion critique, impartialité,
philosophie, discernement, compréhension.
La
stupidité ne se corrige pas avec des arguments logiques ou des preuves.
Les personnes stupides ne s’intéressent pas à la vérité ; elles sont
prisonnières d’une bulle idéologique qui ne contredit pas leur vision du
monde. La stupidité conduit à une dangereuse délégation de
responsabilité. Ceux qui y succombent justifient leurs actions ou leur
inaction en disant qu’ils ne font qu’obéir aux ordres ou qu’ils ne
pouvaient rien faire. Ce sont ces justifications que nous avons
entendues à la JEP [Juridiction Spéciale pour la Paix]de la part des militaires qui ont participé aux « faux positifs
». Pour Bonhoeffer, cette irresponsabilité a des conséquences éthiques
dévastatrices. La stupidité réduit la complexité du monde à des formules
simplistes. Tout se résume à « nous contre eux », « le bien contre le
mal » ou « la vérité contre le mensonge », sans place pour les nuances
ou les doutes.
Le régime
nazi est l’exemple le plus évident de la stupidité en action. Des
millions de personnes ont aveuglément adopté une idéologie fondée sur la
violence, le racisme et la suprématie, ignorant délibérément les crimes
qui étaient commis. Il en a été de même et il en est toujours ainsi en
Colombie : une majorité de la population a approuvé ces anti-valeurs en
votant deux fois aux élections présidentielles pour le roi du mensonge.
La manipulation des masses par la propagande est un autre exemple de
stupidité. Ceux qui méprisent toute information révélant la vérité
deviennent des instruments du pouvoir, sans réfléchir aux implications
de leurs actes. C’est le cas de millions de Colombiens qui ont voté pour
Rodolfo Hernández lors de l’ élection présidentielle de 2022,
simplement parce que c’était celui que le propriétaire de l’hacienda
avait désigné. La passivité face aux injustices, sous prétexte de « ne
pas vouloir s’impliquer », est une autre forme de stupidité collective.
Ici, l’ignorance n’est pas innocente, elle est complice.
Heureusement,
dit Bonhoeffer, la stupidité n’est pas une fatalité, mais la surmonter
nécessite un travail éthique et éducatif en profondeur. La clé réside
dans le développement de l’esprit critique et du courage moral. Une
véritable éducation encourage la pensée critique et la responsabilité
éthique. Les individus doivent apprendre à remettre en question les
normes, les idéologies et les figures d’autorité lorsque c’est
nécessaire. La stupidité ne peut être combattue directement, mais elle
peut être minimisée en résistant aux structures de pouvoir qui la
favorisent. Cela nécessite une citoyenneté active, engagée en faveur de
la vérité et de la justice. Face à la stupidité collective, Bonhoeffer
prône des communautés fondées sur des valeurs éthiques solides, où la
vérité et la responsabilité sont centrales. Comment distinguer la
stupidité de l’ignorance ? L’ignorance peut être corrigée par
l’éducation, tandis que la stupidité implique un refus actif de la
réflexion critique. Quel rôle joue la technologie moderne dans la
perpétuation de la stupidité ? Bien que Bonhoeffer ait écrit à une autre
époque, la propagation de la désinformation et la polarisation sur les
réseaux sociaux pourraient être considérées comme de nouvelles formes de
stupidité collective. Nous vivons dans un état universel de
désinformation, les médias d’entreprise mentent tout le temps, imposant
des récits qui altèrent les réalités et favorisent la progression du
fascisme. Comment pouvons-nous briser le cycle de la stupidité dans les
sociétés contemporaines ? La réponse semble résider dans l’éducation et
le renforcement des institutions démocratiques qui promeuvent la
responsabilité éthique.
La tâche
est donc ardue et demande un engagement à plein temps. Pour mettre fin à
cette horrible nuit, il n’y a pas d’autre alternative que de soustraire
des gens à la stupidité en passant à l’offensive pour diffuser la
vérité, pour obtenir de nouveaux procès contre les criminels en col
blanc qui continuent à sévir. Il faut également neutraliser les
personnages qui constituent un danger pour la coexistence pacifique et
la sécurité de ceux qui sont du côté de la vérité. Des personnages
grossiers qui incitent à la violence politique, à des formes stupides de
faire de la politique, comme Andrés Julián Rendón, Fico Gutiérrez, les
conseillers municipaux de Medellín Gury Rodríguez et Sebastián López, le
conseiller municipal de Cali Andrés « El pistolero » Escobar, les
sénatrices María Fernanda Cabal, Paloma Valencia, Paola Holguín et
autres.
Tigrillo L. Anudo, 28 juillet 2025, à quelques
heures du prononcé de la sentence pour fraude procédurale et subornation de
témoins. Traduit par Tlaxcala
Posez votre petit fondement sur le tabouret
Mettez-vous à l'aise, Monsieur l'inculpé
Nous sommes un pays très jeune. À peine en train d’apprendre
à cohabiter, à définir un cap, à instaurer les notions de justice judiciaire, à
poser les premières briques dans la construction d’une maison collective,
tiraillés entre la haine et l’amour, nous étreignant dans le désespoir et
l’utopie.
Le pays n’avance pas de manière significative parce que les
pouvoirs stratégiques restent entre les mains de la canaille, protégés par des
médias canailles, blindés par des appareils canailles, légitimés par des
serviteurs canailles.
Nos institutions ne sont pas aussi solides qu’on nous l’a
raconté. Notre démocratie n’a jamais existé telle qu’on nous l’a présentée. La
Colombie est un simulacre de maison qui abrite ses citoyens avec des droits
inégaux. Certains oui, d’autres non. La vérité a toujours été souillée, voire
défenestrée. Parmi toutes les carences de la Colombie, l’absence de vérité est
l’une des plus paralysantes pour ses dynamiques de développement humain.
Le début du XXIe siècle fut marqué par
l’obscurité, la douleur et l’ignominie avec les deux gouvernements successifs
d’Álvaro Uribe Vélez (2002–2010). Ce qui le différencia des présidents
précédents, c’est qu’Uribe ne cacha pas son penchant pour le crime et l’aporophobie, sa soif de
terres et d’argent mal acquis, sa faim de pouvoir et de manipulation des masses
ignorantes.
La principale signification d’une sentence de condamnation
que pourrait prononcer la juge Sandra Liliana Heredia dans le procès d’Uribe
est la proclamation d’une vérité : un président a utilisé sa fonction pour
commettre des délits. Une vérité qui ouvrira la voie à d’importantes
déductions.
Cette vérité, dans l’histoire d’un pays rempli d’idoles aux pieds d'argile, contribue à sortir de la naïveté, à dépasser l’adolescence politique, à
abandonner l’analphabétisme politique. Elle pousse aussi à une révision
collective du type de société grégaire et acritique que nous avons construite,
à l’apprentissage de nouvelles valeurs pour remplacer les antivaleurs. C’est
une brique de plus dans la construction d’une maison aux colonnes dignes.
Si une condamnation d’Álvaro Uribe Vélez devait être
prononcée, un mythe aux multiples significations s’effondrerait. Tomberait le
Messie de papier qui ne nous a sauvés d’aucune guérilla. Il ne serait plus le
“Grand Colombien”. Ni l’efficace pacificateur. Encore moins le gardien des
trois “petits œufs”*. Sa “sécurité” antidémocratique serait discréditée. Lui,
qui a gouverné pour favoriser les plus riches. Lui, qui a persécuté les pauvres
avec des lois liberticides et des décrets martiaux extrajudiciaires.
On nous a menti : les politiciens, les industriels, les
grands propriétaires terriens, les entrepreneurs, les commerçants, les juges,
les gouvernants, les acteurs armés, les universitaires, les prêtres. Il y a des
exceptions. Les artistes aussi ont menti, mais leurs mensonges ont servi à
révéler la vérité à travers leurs œuvres — de beaux mensonges qui dévoilent
d’effroyables vérités.
Dans un pays rempli de mensonges, ce serait une grande
victoire qu’une juge de la République condamne pour corruption un politicien
présenté comme “le plus ferme au cœur grand”. La Colombie a besoin de vérité et
de réparation pour les victimes. La contribution à la vérité est, entre autres,
l’un des grands enjeux du procès du sociopathe et mythomane Álvaro Uribe.
L’idée commence à s’imposer que personne n’est au-dessus de la Loi. Ce serait
le début de la fin de l’impunité qui a avili la Colombie.
NdT
*Lorsque le président Uribe a passé le relais au président Santos en août 2010, il lui a confié la tâche de préserver son héritage, qu'il a résumé en trois piliers, trois "petits oeufs" : la confiance des investisseurs, le progrès social et la sécurité.Dans son discours d'investiture de 2010, le président Santos a promis de préserver ces "petits oeufs".
La défense du Parc naturel de l’île Gorgona a été entreprise au début des années 1980 par des biologistes marins (dans le cadre du programme de biologie de l’université de Valle, qui en était à sa première décennie), des plongeurs comme Gonzalo Concha et des défenseurs des droits de l’homme comme Cecilia Castillo de Robledo, entre autres, et a abouti en décembre 1983 lorsque l’Institut national des ressources naturelles renouvelables (Inderena) de l’époque l’a déclaré parc national et a entamé le processus de fermeture de la prison dégradante, qui a été fermée en 1984.
La lutte contre l’autorisation de construire des ouvrages militaires (radar, quai et hangars) dans la station de garde-côtes autorisée (31 décembre 2015), a été un objectif indéfectible de la bicentenaire et prestigieuse Académie des sciences exactes, physiques et naturelles, visible dans la lettre de sa Commission permanente des zones protégées au directeur de l’autorité d’autorisation de l’époque (mai 2017), puis le Comité technique scientifique du parc naturel national de Gorgona se joindrait à sa lettre de protestation au président Santos ces jours-là.
Nous sommes arrivés à cette cause judiciaire il y a seulement deux ans (novembre 2022), lorsque nous avons demandé une audience publique à l’Autorité nationale des licences (Anla), ce qui a été délibérément et systématiquement refusé par le directeur subordonné (Rodrigo Negrete M), qui était le directeur juridique de María Susana Muhamad G. à l’époque où elle était secrétaire à l’environnement de la mairie de Bogota lorsque Petro en était maire, ce qui confirme le refus de la participation des citoyens par la porte-parole ministérielle de l’environnement du gouvernement qui proclame la paix avec la nature.
Le 9 avril, alors que l’on se souvenait de l’assassinat du leader libéral Jorge Eliécer Gaitán (1948) à l’origine du soulèvement dit Bogotazo, deux courageux magistrats de la Cour supérieure de Bogota ont décrété la protection constitutionnelle de la consultation préalable de la communauté noire Guapi Abajo et la suspension de la licence pour les travaux militaires susmentionnés, expliquant que le territoire ethnique provient d’une construction culturelle, indépendamment du fait que les communautés soient géographiquement situées dans ces zones, lésées sans analyse technique, anthropologique et culturelle des communautés.
Les juges de la Cour de Bogota ont précisé que dans ces cas de doute sur d’éventuels dommages environnementaux, tels que la migration de la faune marine ou le déversement de substances toxiques dans le milieu aquatique, la possibilité de suspendre l’application d’actes administratifs qui représentent un danger pour les ressources naturelles est légitime, en interprétant comme il se doit la Convention 169 de l’OIT de 1989 et la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965).
Cependant, la septième chambre de révision de la Cour constitutionnelle, sur le rapport de la juge Andrea Meneses (promue à cet honorable corps judiciaire par l’ancien président Iván Duque), a révoqué la protection de la consultation préalable du Conseil des communautés noires, arguant qu’aucune preuve n’avait été fournie pour établir que le projet de construction du poste de garde-côtes était incompatible et affectait les activités de pêche menées par la communauté à l’extérieur du parc de Gorgona, où elles sont interdites.
L’arrêt T-470 a ensuite établi que la protection du droit à la consultation préalable ne pouvait être accordée que si « l’affectation directe » de la communauté concernée était attestée par « l’impact positif ou négatif » de la licence de construction des ouvrages militaires du poste de garde-côtes sur les conditions sociales, économiques, environnementales ou culturelles qui constituent la base de la cohésion sociale de la communauté ethnique, distincte du conseil sous Bajo Tapaje et la mer, qui a souscrit à l’accord d’utilisation avec l’administration des parcs nationaux.
La septième chambre de révision a estimé qu’il n’était pas possible de déduire raisonnablement l’existence d’une affectation directe de la communauté Guapi Abajo, sans tenir compte du fait qu’en plus de la pêche, les bateliers Guapi Abajo transportent des touristes et des plongeurs au parc de l’île Gorgona, et qu’ils sont également des voyagistes qui proposent des hôtels et de la gastronomie dans la municipalité de Caucan, dont les habitants ont une interconnexion dans les usages des territoires d’ afro-descendant avec les unités de chagras [éclaircies dégagées dans la forêt et destinées à la polyculture, NdT] de logement-fleuve par le biais de stratégies polyphoniques (ICANH).
Après la reconnaissance par la Cour, dans la sentence C-169 de 2001, de ces organisations ethniques comme bénéficiaires des droits de la Convention sur la consultation préalable, car elles constituent un groupe social qui partage une identité culturelle distincte de la société dominante, le T-470 fait un pas en arrière, ignorant les accords avec les parcs nationaux du Mouvement social des communautés afro-colombiennes et les conseils communautaires du Pacifique colombien (2002) et avec les organisations et autorités ethniques et territoriales des peuples noirs du Pacifique (2020), afin de décider de leurs propres priorités.
La décision T-470 de 2024 a ignoré les quatre éléments de preuve fournis par le Conseil Guapi Abajo et n’a pas évalué les éléments de preuve, ce qui a entraîné un vice de fait. Documents probants délivrés par l’Académie des sciences exactes, physiques et naturelles sur les études d’impact environnemental précaires de la marine ; Comité scientifique de Gorgona sur la faune marine ; Institut colombien d’anthropologie et d’histoire nationale (ICAHN) sur les peuples afro-descendants ; et Ingénieur électricien Luis Carlos Orejarena Morales sur la contamination par le radar prévu.
La septième chambre de la Cour a contribué à la consolidation du racisme structurel, car son arrêt T-470 contient une limitation du droit à la consultation préalable, ce qui dénote un traitement qui vise - consciemment ou inconsciemment - à annuler les droits des communautés noires, entraînant la violation de leurs garanties fondamentales en imposant une restriction qui annule et compromet la reconnaissance d’un traitement spécial pour la protection de leurs libertés dans les domaines politique, économique et culturel.
La décision T-470 a balayé la jurisprudence constitutionnelle relative au renversement de la charge de la preuve sur le titulaire du permis environnemental et non sur les communautés, une garantie de la preuve dans les scénarios de discrimination. Il a ignoré la doctrine de la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Elle a transgressé la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Elle constitue un acte d’exclusion sociale en révoquant la consultation préalable établie dans la Convention 169 de 1989 avec statut de bloc constitutionnel.
La Convention 169 sur la consultation préalable ordonne aux gouvernements de veiller à ce que des études soient réalisées, en coopération avec les peuples concernés, afin d’évaluer l’impact social, spirituel, culturel et environnemental que les activités de développement prévues peuvent avoir sur ces peuples, sachant que, contrairement à la théorie des dommages certains et vérifiables, la précaution opère sur le risque de développement et impose le principe de précaution transversal au droit de l’environnement, sans exiger de certitude quant aux dommages possibles.
Après avoir été reconnu comme un pays pluriculturel et pluriethnique par l’Assemblée constituante de 1991, il est inacceptable qu’une mentalité politique et juridique rétrograde nous conduise, par le biais d’une phrase constitutionnelle, sur la voie ignominieuse du racisme en tant que discrimination structurelle de l’État, accentuant les différences sociales et économiques, provoquant la consternation des hommes et des femmes descendants de la culture bantoue, forgerons de notre histoire colombienne avec un héritage ancestral de protection de la Pachamama (la Terre mère).
Au cas où ces idées pourraient provoquer une action disciplinaire contre le soussigné, je le réaffirme et l’exprime dans l’exercice constitutionnel de ma liberté d’expression et de conscience, qui me fait fredonner le tango Cambalache [Bric-à-brac] (Santos Discépolo 1934) :
Aujourd’hui, ça revient au même d’être loyal ou traître, ignorant, savant ou voleur, généreux ou fripouille ! Tout est pareil ! Rien ne l’emporte ! C’est la même chose, un âne ou un grand professeur ! Il n’y a plus de recalés ni de promotion, Les gens immoraux sont à notre niveau.
Armando Palau Aldana, avocat colombien expert en législation , gestion et droit
de l'environnement, est le fondateur et le directeur de la Fondation
Biodiversité (1991), pour la promotion et la protection des droits de
l'environnement. Il est actuellement directeur de la branche colombienne
de l'Association américaine des juristes (1975), ONG dotée d'un statut
consultatif auprès du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.
Conseilleur juriidique de la Corporation des journalistes et ancien
membre du conseil d'administration de la Corporation autonome régionale
de la Valle duCauca (2004-2006) et membre et président du conseil
municipal de planification de Cali (2008-2015). Secrétaire à
l'environnement de Jamundí (2018-2019). Il est l'auteur de plusieurs
ouvrages sur l'environnement : Derechos Colectivos y Acciones Populares
(1994), Defensa Legal del Ambiente (1998), El Basuro de Navarro (2006),
Educación Ambiental - La óptica legal (2003), Política y Medio Ambiente
(2011), Reflexiones en Política y Medio Ambiente (2016), Transforma lo
Público (2017), Intervención del Bosque Seco Tropical y Humedal El
Cortijo Cali (2019) et Disertaciones Ambientales del Crepúsculo (2019).
Dans un effort pour faire avancer l’objectif central de la 16ème Conférence des Parties à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB), la Présidente a convoqué la plénière de clôture à 19 heures le vendredi 1er novembre (le dernier jour de la COP16) et les délibérations se sont tenues jusqu’à 9 heures le samedi matin, lorsque plusieurs pays ont demandé l’ajournement de la session en raison de l’absence de quorum, sans que l’objectif central ne soit atteint : approuver les mécanismes de mise en œuvre et de suivi des objectifs du Cadre mondial pour la Biodiversité, qui restent de simples aspirations volontaires.
La plupart des dispositions relatives au suivi restent facultatives, limitant la précision des évaluations, laissant le cadre mondial à l’état d’actions discrétionnaires et répétant les erreurs des objectifs d’Aichi (COP10, Japon) avec son plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020, qui visait à stopper la perte de nature, révélant l’échec cuisant de la communauté internationale à tenir ses engagements et s’avérant être une mise en scène pour un grand nombre de spectateurs non avertis.
Bien que la communauté internationale, y compris notre ministère (colombien) de l’environnement et un conglomérat d’organisations environnementales locales (sous-traitantes), estime que seules des ressources financières permettront de mettre en œuvre des mesures de conservation, le manque de liquidités ne permet pas de financer les actions prévues dans les plans nationaux pour la biodiversité (seuls 40 des 194 pays membres de la CDB ont signé), tandis que quelques pays ont proposé des fonds spécifiques pour entreprendre la mise en œuvre de programmes environnementaux.
L’évaluation mondiale de la Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES, une agence des Nations unies) indique que l’intégration des objectifs de biodiversité dans les politiques sectorielles (mainstreaming) est fondamentale pour s’attaquer aux causes de la perte de biodiversité, une crise causée par des secteurs tels que l’agriculture, la pêche, l’exploitation minière et la sylviculture (en plus de la guerre, ajoutons-nous), des facteurs qui ne figurent dans aucun des rapports des gouvernements nationaux (présidence et ministère de l’environnement).
Ainsi, il va sans dire que le rapport magnifié du Ministère de l’Environnement « Principales réalisations du Gouvernement du Changement à la COP16 » (10 pages) avec 12 points connexes et 41 hors contexte, cherche à grossir la vérité des faits pour cacher l’échec prolongé de la CDB. Comme le dit l’adage populaire, « des paroles aux actes, le chemin est long », privant l’accès à l’information environnementale d’objectivité, contrairement aux postulats du Traité d’Escazú, qui ordonne la publication d’informations d’intérêt public avec une transparence active.
En ce qui concerne le long rapport « Principales réalisations du gouvernement du changement à la COP16 », dans lequel ministre de l’Environnement s’attribue le mérite de la reconnaissance du rôle des Afro-descendants en tant qu’acteurs fondamentaux dans le soin et la protection de la biodiversité ; le site officiel de la CDB indique que pour la mise en œuvre de l’article 8j elle « Invite les Parties » à envisager, reconnaître et/ou accueillir, sur une base volontaire, les contributions des personnes d’ascendance africaine (comprenant des collectifs incarnant des modes de vie traditionnels), la possibilité de fournir un soutien financier et d’améliorer le renforcement des capacités pour protéger ces pratiques et connaissances, sans préjudice du fait qu’une telle reconnaissance peut être interprétée comme diminuant ou éteignant les droits que les peuples indigènes ont actuellement.
En ce qui concerne le programme « Diversité biologique marine et côtière et biodiversité insulaire » en cours d’élaboration lors des COP tenues entre 2006 et 2022 et de l’Assemblée générale des Nations unies sur les océans et le droit de la mer (2023), le ministère de l’Environnement se réfère uniquement à la conservation des zones marines d’une grande importance écologique dans les eaux internationales, en essayant d’exclure l’île Gorgona en tant que parc naturel, alors que le document officiel de la CDB parle de zones situées à l’extérieur et à l’intérieur de la juridiction nationale, malgré le fait que nous ayons demandé au président Petro de révoquer la licence environnementale pour intervenir sur l’île de la Science*.
Le président Gustavo Petro et sa ministre de l'Environnement Susana Muhamad, candidate à la candidature à la prochaine élection présidentielle (mars 2026)
L’instrument
sur les Zones marines d’importance écologique ou biologique, en tant
que processus scientifique et technique visant à contribuer à la mise en
œuvre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer pour la
conservation de la diversité biologique marine, couvre plus de 300
zones marines dans le monde, selon les critères suivants : exclusivité
ou rareté ; cycle de vie des espèces ; espèces ou habitats menacés, en
voie de disparition ou en déclin ; vulnérabilité, fragilité, sensibilité
ou lenteur de la reconstitution ; productivité biologique ; diversité
biologique ; et naturalité.
Pour
l’examen des zones marines d’importance biologique par la Conférence
des Parties à la CDB, il est suggéré pour leur identification, dont les
informations sont basées sur les connaissances traditionnelles, de mener
des consultations avec les peuples autochtones et les communautés
locales, cependant, le rôle des Afro-descendants, en tant que collectifs
qui incarnent des modes de vie traditionnels, n’a pas été inclus dans
ces rôles de manière textuelle dans la mise en œuvre de la CDB, malgré
le fait que la COP16 ait été présidée par la ministre de l’Environnement
et qu’elle soit proclamée l’architecte de cette inclusion.
En
d’autres termes, l’obstination du président Petro et de la ministre de
l’Environnement Muhamad à continuer de défendre les travaux militaires
pour la station de garde-côtes dans le parc naturel de l’île Gorgona, en
refusant de consulter les conseils des communautés noires et des
réserves indigènes de la côte pacifique du Cauca et du Nariño, malgré le
fait que nous ayons réussi à obtenir du tribunal de Bogota qu’il
ordonne la suspension de la licence environnementale, indique, pour
citer la conférence de presse des ministres de la défense et de
l’environnement (février 2024), au cours de laquelle nous avons été
accusés d’être des mythomanes, que selon l’adage : « le voleur croit que
tout le monde est de son métier ».
Ainsi,
Petro et Muhamad nous obligent à leur dédier à nouveau « Camouflage »,
le tango de Francini et García (1947), qui dit : « Camouflage, /
apparences trompeuses / qui ne permettent pas de voir les choses /
telles qu’elles sont. / Camouflage, / embuscade perfide / dans laquelle
n’importe qui tombe / avec une naïveté fatale. / Ruses / qui sont
mort-nées, / parce qu’elles sont mises à nu / par la lumière de la
vérité ».
*Appelée ainsi du fait du grand nombre de scientifiques qui l’ont visitée et étudiée