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2-M | 5º aniversario de la movilización en Madrid por los presos políticos saharauis: cinco años sin respuestas

El próximo lunes 2 de marzo se cumplen cinco años de concentraciones semanales ante el Ministerio de Asuntos Exteriores, en la Plaza de la Provincia (Madrid), para denunciar la situación de los presos políticos saharauis encarcelados en Marruecos y exigir al Gobierno español que asuma su responsabilidad política y jurídica ante esta vulneración continuada de derechos fundamentales.
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23/02/2026

Ils ont servi à Gaza, puis se sont suicidés, mais ne sont pas reconnus comme soldats tombés au combat par Tsahal
Participer à un génocide peut être stressant


La politique de l’armée israélienne est claire : tant que les soldats sont en uniforme, ils relèvent de la responsabilité de l’armée. Le lendemain ? Ce n’est plus le cas. Les soldats qui mettent fin à leurs jours après leur démobilisation en raison de leur service ne sont pas reconnus comme morts au combat et ne bénéficient pas de funérailles militaires. Six familles endeuillées racontent au journal Haaretz ce qu’elles ressentent du fait d’être laissées à l’écart.

Tom Levinson, Haaretz, 19/2/2026

Traduit par Tlaxcala

C’est arrivé tard dans la nuit, après une autre journée tendue, voire tumultueuse. Roi Wasserstein, un réserviste qui servait comme médecin combattant, parlait avec le commandant de sa compagnie, qu’il connaissait depuis leurs services militaires respectifs. Peut-être ont-ils évoqué certaines des scènes dont ils avaient été témoins ; peut-être ont-ils partagé leurs craintes quant à l’avenir. Les détails de cette conversation restent insaisissables, comme une boîte noire que personne ne retrouvera jamais.

Vers 2 heures du matin, Wasserstein s’est retiré dans son lit grinçant. C’était la nuit du 10 octobre 2023. Il se trouvait dans une zone de rassemblement près de la frontière de Gaza.

Il a dormi environ trois heures. À l’aube, des camarades l’ont réveillé. « Viens vite, le commandant a besoin de soins médicaux », ont-ils dit. « Il a été touché par balle ». En réalité, il s’était tiré dessus. Le commandant, médecin au centre médical Schneider, a été déclaré mort sur place.

Wasserstein n’a rien dit à sa famille, il a gardé ça pour lui. Ils n’en ont entendu parler que plus tard. « Tout va bien », répondait-il laconiquement quand on lui posait la question. Un an et neuf mois plus tard, en juillet 2025, son père l’a trouvé dans sa chambre, mort par balle. Roi Wasserstein avait 24 ans.

Ce n’est que pendant la Shiv’a (deuil) que sa famille a appris d’autres secrets qu’il avait gardés depuis la guerre. « Ses amis nous ont raconté qu’il avait été l’un des premiers à arriver sur les lieux de l’incident du véhicule blindé de transport de troupes de la brigade Givati » – où 11 soldats ont été tués – « et qu’il avait personnellement sorti les corps, ou ce qu’il en restait, du véhicule », raconte son frère Tom. Des soldats présents sur les lieux ont décrit à Haaretz des images qu’ils n’oublieront jamais (« des cendres, des membres, de la chair calcinée, une odeur qui ne vous lâche pas »).

Une autre fois, raconte son frère, Wasserstein était présent quand un char a été touché directement et qu’un soldat a été tué. « Des terroristes approchaient, et pour ne pas laisser le corps derrière lui, il a dû l’arracher du char, déchirer la chair ».

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22/02/2026

Infantino cretino, sei il secondo della lista*

 FG, 22/2/2026

Tout le monde a remarqué, dans la réunion de jeudi dernier du BorrdofPiss à Washington, la présence d’un homme chauve et hilare, assis devant Milei et Orban. Un ministre ? Un président ? Oui, et pas vraiment d’un État. Il s’agissait de ni plusse ni moinsse que de Gianni Infantino, le président de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA), grand challenger au titre de CLPSP ( Clown le plus sinistre de la planète). Et voilà ce que notre Enfantin a annoncé : un partenariat avec le BorrdofPiss pour créer un « système de football intégré » à Gaza, dans le but de « promouvoir la paix, la dignité et l’espoir ».

Selon notre fifacho en chef, ce projet comprend la construction de 50 mini-terrains FIFA Arena au coût de 50 000 dollars par terrain, de cinq terrains de taille normale au coût d’un million de dollars par terrain, d’une académie de la FIFA (15 millions de dollars) et d’un stade national au coût estimé à 50 millions de dollars. Gianni Infantino a souligné que ces investissements permettraient de créer un système de football intégré visant à soutenir la population et les générations futures, incarnant ainsi l’engagement commun du BorrdofPiss et de la FIFA à établir la paix. Le président de la FIFA a déclaré que “le football est un langage universel. Il est parlé par plus de six milliards de personnes (…) il est synonyme d’espoir, de joie, de bonheur, de solidarité et d’unité mondiale”. Il a déclaré que la FIFA espère contribuer aux efforts visant à soutenir la paix “parce que nous ne devons pas nous limiter à reconstruire les maisons, les écoles, les hôpitaux et les routes (…) mais nous devons également reconstruire et consolider les émotions, l’espoir et la confiance des gens”, ajoutant que “c’est ce que le football incarne”. Selon lui, la création d’un système de football à Gaza soutiendra la création de ligues au niveau régional et au sein des amateurs, ce qui renforcera l’engagement collectif, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Selon lui elle offrira “diverses opportunités professionnelles, soutenant le développement des talents locaux, non seulement sur le terrain, mais dans tous les domaines qui contribuent au développement du football”.

Non, vous ne rêvez pas. Il a vraiment raconté tout ça. Il se fout de qui ? Des plus de 800 sportifs palestiniens, dont plus de 430 footballeurs, assassinés par Israël à Gaza depuis 868 jours, soit en moyenne 1 sportif par jour et 1 footballeur tous les 2 jours ?

Allez, Infantino, vaffanculo, tu e la tua banda

*= « tu es le second de la liste » (le premier étant évidemment DJT, le POTUS himself). “Sei il primo della lista” était un slogan répandu dans les années 1970-1980, aussi bien chez les supporters de foot (“Bastardo milanista, sei il primo della lista”) que chez les gauchistes (“Fanfani fascista, sei il primo” etc.). Pour les besoins de la rime, il faudrait crier :  "Infantino cretino, sei il primo nel mirino" (Infantino crétin, tu es le premier dans le viseur")...



16/02/2026

Pour honorer la mémoire des personnes massacrées le 7 octobre, les Israéliens doivent reconnaître leurs actions à Gaza


Gideon Levy, Haaretz, 15/2/2026
Traduit par Tlaxcala


De la fumée s’élève après une explosion, dans la zone de la « ligne jaune », contrôlée par Israël, à Khan Younès, dans le sud du pays, plus tôt cette semaine. Photo HASEEB ALWAZEE/Reuters

L’indignation récente suscitée par le rejet par un ministre israélien du mot « massacre » à propos du 7 octobre a révélé qu’en Israël, le mot est réservé à un seul camp. Ceux qui luttent pour sa préservation doivent l’appliquer à ce qui s’est passé à Gaza.

Au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre, j’utilisais constamment le terme massacre pour décrire ce qui s’était passé. Ce que j’ai vu de mes propres yeux en errant dans la zone frontalière sud avec le photographe Alex Levac ne pouvait être défini que comme tel.

À Sderot, Ofakim, sur le parking de Re’im, sur l’autoroute 232 jonchée de morts, à Be’eri et Nir Oz, nous avons vu d’innombrables témoignages silencieux d’un massacre. Les traînées de sang coagulé dans les chambres des membres du kibboutz, les vies fauchées en un instant, les exemplaires du Haaretz du week-end, avec des lecteurs massacrés alors qu’ils les parcouraient, les corps de leurs chiens gisant dans leurs cours, les voitures écrasées et déchiquetées avec leurs restes silencieux du festival de musique Nova, les cartes d’identité et les effets personnels dans les ruines du poste de police de Sderot, et bien sûr, les témoins survivants - tout racontait l’histoire d’un massacre horrible. Un massacre - comment aurait-on pu appeler ça autrement ?

Le mémorial temporaire pour les victimes installé sur le parking de Re’im dans les premiers mois après la fête de Nova, en janvier 2024. Photo Hadas Parush

Un an plus tard, je ne pouvais plus utiliser ce terme. C’était après que le mot massacre en était venu à être utilisé dans le discours israélien uniquement pour décrire ce qui nous avait été fait. Le seul massacre était le massacre d’Israéliens dans le sud, et aucun autre. Presque personne n’utilisait le mot massacre pour décrire ce qui se passait de l’autre côté de la frontière, à Gaza, de notre fait.

Quand un Israélien disait « massacre », il entendait le massacre d’Israéliens, comme s’il affirmait qu’il n’y en avait pas d’autre. Le mot massacre est devenu un mot chargé, tendancieux, servant la propagande et donc disqualifié à mon sens, en raison de sa signification unilatérale.

Pendant ce temps, le second massacre se déroulait à plein régime, et personne ne l’appelait par son nom. Il n’annulait pas le premier massacre, mais son ampleur, en termes de chiffres et de dévastation, le dépassait de loin. Le fait qu’il ait été perpétré principalement par les airs n’en diminuait en rien la nature.

Bâtiments détruits à Gaza, vus du côté israélien de la frontière entre Israël et Gaza plus tôt cette semaine. Photo Amir Cohen/Reuters

La dispute furieuse qui a éclaté ces derniers jours au sujet de la tentative insensée du gouvernement d’effacer des mémoires le massacre que nous avons subi ne peut que susciter un sourire amer.

Rien ne pourrait être plus ironique : après plus de deux ans pendant lesquels le discours public s’est abstenu d’utiliser le mot « massacre » ou ses synonymes pour décrire ce que l’armée israélienne faisait aux Gazaouis ; après plus de deux ans pendant lesquels Israël a essayé de se dire, et de dire au monde, que le seul massacre qui avait eu lieu était celui des Israéliens ; plus de deux ans à jouer les victimes, pendant lesquels Israël a exposé, pour lui-même et pour le monde, uniquement ses propres blessures de guerre ; plus de deux ans pendant lesquels il a interdit toute expression de compassion, d’humanité et de solidarité avec les victimes de l’autre massacre ; après plus de deux ans pendant lesquels les médias israéliens ont caché, ignoré ou occulté l’autre massacre, voilà que le gouvernement tente d’effacer aussi des esprits israéliens le premier massacre, comme s’il n’avait jamais eu lieu.


Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, lors de la première cérémonie de remise des prix du cinéma financée par le gouvernement à Jérusalem le mois dernier. Photo Naama Grynbaum

Le ministre de la Culture, Miki Zohar, s’est en effet opposé à l’adoption d’une posture de victimisation, dans laquelle Israël s’était complu, tant que cela servait ses objectifs. [Zohar a proposé d’enlever le mot « massacre » du titre de la proposition de loi en discussion pour instaurer une autorité de commémoration du 7  octobre, NdT]

Néanmoins, il y a eu un massacre en Israël, ainsi qu’un génocide à Gaza. Il faut le reconnaître. La puissance des mots est grande. Le fait que si peu d’Israéliens soient préoccupés par ce que leur pays a fait dans la bande de Gaza prouve l’immense pouvoir des mots. Le fait que chaque fois que le mot « massacre » était ou est encore utilisé en Israël, les gens ne pensent qu’au meurtre de 1 200 Israéliens, jamais à la mort de 70 000 Gazaouis, prouve combien il est facile de manipuler les gens et de façonner leur état d’esprit.

Par conséquent, la bataille actuelle autour de ce terme est importante. Les personnes qui luttent à juste titre pour préserver ce terme concernant les événements du 7 octobre devraient au moins l’adopter aussi pour décrire ce qu’Israël a fait dans le cadre de ses représailles aveugles à Gaza. On ne peut pas dire « le massacre du 7 octobre » sans dire un mot sur le massacre punitif et vengeur qui a suivi.

Le sang des Israéliens massacrés le long de la frontière de Gaza crie, mais pas moins que le sang des milliers de bébés qui ont été massacrés dans la bande de Gaza. Les deux groupes ont été victimes d’un comportement barbare et criminel. Les deux groupes méritent la définition correcte, pas une propagande mensongère. Il y a eu un massacre en Israël. À Gaza, il y a eu un génocide.

14/02/2026

DÉCLARATION DE SOUTIEN À LA RAPPORTEUSE SPÉCIALE ALBANESE

 United Staff for Gaza, 13 février 2026
Traduit par Tlaxcala

United Staff for Gaza est une association de membres actuels et anciens du personnel des Nations Unies, agissant à titre privé. Visitez notre site ouèbe, contactez-nous par courriel

United Staff for Gaza regrette que les ministres français, allemand et d'autres pays aient, sur la base d’informations de toute évidence erronées et trompeuses, formulé des accusations injustifiées contre la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans le territoire palestinien occupé depuis 1967, Francesca Albanese. Nous demandons une rectification de ces erreurs et appelons à la fin des attaques personnelles, des menaces et de la désinformation visant les agences, les titulaires de mandat et le personnel des Nations Unies.

Les faits :

Le 7 janvier, par le biais d'une vidéo préenregistrée diffusée à distance, la Rapporteuse spéciale Albanese a prononcé une allocution au Forum d'Al Jazeera, une conférence organisée par ce média à Doha, au Qatar. Le thème de la conférence était « La cause palestinienne et l'équilibre des pouvoirs régionaux dans le contexte d'un monde multipolaire émergent ». La Rapporteuse spéciale Albanese a évoqué la commission d'un génocide contre les Palestiniens et la manière dont la communauté internationale a, selon elle, aidé et encouragé ce génocide. Au milieu de son discours, la Rapporteuse spéciale a déclaré que le système de complicité mondiale dans le génocide – reposant sur des intérêts financiers, les algorithmes des (réseaux) sociaux et le commerce des armes – a été révélé et s'est montré être « l'ennemi commun de l'humanité ».


Peu après, des vidéos et des images fabriquées ont circulé en ligne, prétendant que la Rapporteuse spéciale avait déclaré qu'« Israël est l'ennemi commun de l'humanité » – une distorsion manifestement fausse de ses propos. Le 10 février, un groupe de parlementaires français, qui avaient déjà attaqué la Rapporteuse spéciale Albanese par le passé, a envoyé une lettre conjointe au ministre français des Affaires étrangères, répétant de fausses allégations et déformant davantage ses propos d'une manière trop choquante pour être décrite. Ils ont demandé au ministre des Affaires étrangères de travailler à l'imposition de sanctions à son encontre et à la faire destituer de son mandat aux Nations Unies.

Le lendemain, à l'Assemblée nationale française, la parlementaire qui avait coordonné la lettre a répété les fausses allégations qu'elle contenait et a demandé au ministre des Affaires étrangères de confirmer si le gouvernement chercherait à faire destituer la Rapporteuse spéciale Albanese de son poste. Dans une réponse étonnante et empreinte de virulence, le ministre a déclaré que la France condamne ses « propos scandaleux et répréhensibles » et appelle à sa démission. Le 12 février, la ministre allemande des Affaires étrangères a fait écho à son homologue français, condamnant les « récentes déclarations de la Rapporteuse spéciale Albanese sur Israël » et affirmant que « sa position est intenable ». Les ministres des Affaires étrangères autrichien, italien et tchèque ont également amplifié la désinformation.

  1. United Staff for Gazar exprime sa stupéfaction que les ministres français, allemand et d'autres pays semblent avoir accepté sans esprit critique comme un fait des distorsions manifestes des propos de la Rapporteuse spéciale Albanese. Nous les encourageons à examiner les preuves et à retirer leurs déclarations de condamnation. Nous apprécions que le ministre autrichien des Affaires étrangères ait supprimé son précédent message sur X à ce sujet.
  2. United Staff for Gaza condamne sans réserve la désinformation et les autres actions hostiles dirigées contre la Rapporteuse spéciale Albanese, ainsi que contre la Cour pénale internationale (CPI) et l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). Nous déplorons que la Rapporteuse spéciale, ainsi que 11 juges et procureurs de la CPI, aient été sanctionnés par les États-Unis d'Amérique, et que l'UNRWA ait été soumise, par le gouvernement israélien, à la violence, à l'obstruction et à une désinformation galopante. Nous observons que cette dernière tentative de déformer les propos de la Rapporteuse spéciale Albanese s'inscrit dans une campagne plus large de désinformation visant à saper la capacité des Nations Unies à protéger les droits humains du peuple palestinien. Nous exprimons notre consternation face aux contre-vérités propagées par les parlementaires français qui ont cosigné la lettre susmentionnée, et saluons l'effort d'un autre groupe de parlementaires français qui ont cherché à rétablir les faits. Nous réitérons que les titulaires de mandat et les membres du personnel des Nations Unies ne doivent pas être attaqués dans l'exercice légitime de leurs fonctions qui leur ont été conférées par les États membres. Dans cette veine, nous réitérons en outre notre solidarité avec les près de 400 membres du personnel de l'ONU qui ont été tués par les forces israéliennes dans la bande de Gaza depuis octobre 2023.
  3. United Staff for Gaza appelle à l'unité de soutien à la Rapporteuse spéciale Albanese, ainsi qu'à la CPI et à l'UNRWA. Nous appelons tous les États membres siégeant au Conseil des droits de l'homme à maintenir leur engagement en faveur de l'intégrité du système des procédures spéciales. Nous partageons l'avis exprimé dans la déclaration publiée par le secrétaire général d'Amnesty International à cet égard, et nous nous félicitons de la vérification des faits fournie par le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.
  4. United Staff for Gaza souligne également que la communauté internationale doit rester saisie de la question et intensifier ses condamnations des actes continuellement inhumains et illégaux perpétrés par le gouvernement israélien contre le peuple palestinien. Ces actes comprennent, parmi de nombreuses autres violations flagrantes du droit international, la poursuite des bombardements à Gaza malgré le prétendu cessez-le-feu, la persistance des restrictions à l'acheminement de l'aide humanitaire cruciale, la violence scandaleuse contre l'UNRWA, et le déplacement forcé de population et l'annexion de facto de la Cisjordanie – le tout au mépris flagrant des décisions de la Cour internationale de Justice.

Une copie de cette déclaration doit être transmise au Président du Conseil des droits de l'homme.

NdT

La lettre d’une quarantaine de députés du groupe Renaissance (macronistes) a été initiée par Caroline Yadan, députée de la huitième circonscription des Français de l'étranger (qui inclut notamment Israël). Parmi les signataires Olivia Grégoire, Sylvain Maillard, Constance Le Grip et l'ancienne Première ministre Élisabeth Borne ainsi que Sandro Gozi, ancien membre du Front de la jeunesse néofasciste devenu « libéral-macroniste », élu eurodéputé italien en France.


 

02/02/2026

La destruction de la Palestine est en train de bousiller le monde

Moustafa Bayoumi, The Guardian, 6/7/2025

Traduit par Tlaxcala

Les règles des institutions qui définissent nos vies plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël – à tel point que tout l’ordre mondial est au bord de l’effondrement.

Sereen Haddad est une jeune femme brillante. À 20 ans, elle vient de terminer un diplôme de quatre ans en psychologie à la Virginia Commonwealth University (VCU) de Richmond en seulement trois ans, obtenant les plus hautes distinctions. Pourtant, malgré ses accomplissements, elle ne peut toujours pas être diplômée. Son diplôme est retenu par l’université, « non pas parce que je n’ai pas rempli les conditions », m’a-t-elle dit, « mais parce que j’ai défendu la vie palestinienne ».


Sereen Haddad. Photo : Olivia Cunningham

Haddad, qui est palestino-usaméricaine, sensibilisait sur son campus à la lutte palestinienne pour la liberté au sein de la section universitaire de Students for Justice in Palestine. Cette lutte est aussi personnelle pour elle. Avec des racines à Gaza, elle a perdu plus de 200 membres de sa famille élargie dans la guerre d’Israël.

Elle faisait partie d’un groupe d’étudiants et de sympathisants de VCU qui a tenté d’établir un campement en avril 2024. L’université a fait appel à la police la même nuit. Les manifestants ont été aspergés de gaz poivré et brutalisés, et 13 ont été arrêtés. Haddad n’a pas été inculpée, mais elle a été emmenée à l’hôpital « à cause du traumatisme crânien que j’ai subi », m’a-t-elle dit. « Je saignais. J’étais couverte d’ecchymoses. Des coupures partout. La police m’a jetée sur le béton, genre, six fois de suite » .

Mais la tentative de campement de l’année dernière n’est même pas la raison pour laquelle le diplôme de Haddad est retenu. C’est le mémorial pacifique de cette année qui l’est. Et la manière dont ce scénario s’est déroulé, avec l’université et la police du campus changeant constamment les règles, illustre quelque chose d’inquiétant bien au-delà des limites verdoyantes d’un campus usaméricain.

La guerre d’Israël à Gaza érode une grande partie de ce que nous – aux USA mais aussi au niveau international – avions convenu comme acceptable, des règles régissant notre liberté d’expression aux lois mêmes des conflits armés. Il ne semble pas exagéré de dire que les fondements de l’ordre international des 77 dernières années sont menacés par ce changement dans les obligations régissant nos responsabilités légales et politiques les uns envers les autres.

Nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Cet effondrement a commencé avec le manque de détermination du monde libéral à freiner la guerre d’Israël à Gaza. Il s’est aggravé lorsque personne n’a levé le petit doigt pour empêcher le bombardement d’hôpitaux. Il s’est étendu lorsque la famine massive est devenue une arme de guerre. Et il atteint son apogée à un moment où la guerre totale n’est plus considérée comme une abomination humaine mais comme la politique délibérée de l’État d’Israël.

Les implications de cet effondrement sont profondes pour la politique internationale, régionale et même intérieure. La dissidence politique est réprimé, le langage politique est surveillé, et les sociétés traditionnellement libérales sont de plus en plus militarisées contre leurs propres citoyens.

Beaucoup d’entre nous négligent l’ampleur des changements survenus ces 20 derniers mois. Mais nous ignorons l’effondrement du système international qui a défini nos vies pendant des générations, et ce à nos risques et périls collectifs.

Le 29 avril 2025, un groupe d’étudiants de VCU s’est réuni sur une pelouse du campus pour se souvenir du démantèlement forcé d’un campement brièvement érigé au même endroit l’année précédente. Le rassemblement n’était pas une protestation. Il ressemblait plus à un pique-nique, certains étudiants utilisant des banderoles de manifestations passées comme couvertures. D’autres avaient apporté de vraies couvertures. Les étudiants s’asseyaient sur l’herbe et étudiaient pour leurs examens finaux, bricolaient sur leurs ordinateurs portables, et jouaient aux cartes ou aux échecs. Une poignée des quelque 40 étudiants portaient des keffiehs.

Il s’est avéré que les couvertures posaient problème.

Près de deux heures après le début de leur pique-nique, un administrateur universitaire a confronté les étudiants au sujet d’une publication sur les réseaux sociaux qui avait annoncé le rassemblement. (« Venez partager un moment communautaire pour commémorer 1 an depuis la réponse brutale de VCU au Campement de solidarité G4Z4. Apportez couvertures de pique-nique, devoirs/examens, fournitures artistiques, snacks, musique, jeux », avait publié un groupe local de solidarité palestinienne.) À cause de cette publication, l’université considérait le pique-nique comme un « événement organisé », et comme les étudiants n’avaient pas enregistré l’événement, c’était une violation des règles.

Les règles à VCU avaient changé à cause des protestations pour Gaza depuis février 2024.

L’administrateur a dit aux étudiants qu’ils pouvaient se déplacer vers la zone de liberté d’expression du campus, une zone établie en août 2024 à cause des protestations de cette année. « Un amphithéâtre à côté de quatre bennes à ordures », c’est ainsi que Haddad m’a décrit la zone.

L’organisation de liberté d’expression sur les campus Foundation for Individual Rights and Expression (Fire) est critique envers les zones de liberté d’expression car elles « fonctionnent plus comme des quarantaines de liberté d’expression, reléguant les orateurs étudiants et enseignants à des avant-postes qui peuvent être minuscules, en périphérie du campus, ou (souvent) les deux ».

Plutôt que de se déplacer, les étudiants ont annoncé une fin formelle à leur rassemblement, et sont restés tranquillement sur la pelouse. Mais comme les banderoles sur lesquelles ils étaient assis exprimaient un point de vue politique, l’administrateur a dit aux étudiants qu’ils devraient les amener dans la zone de liberté d’expression, selon Haddad. La pelouse devrait être pour tout le monde, ont rétorqué les étudiants. Plusieurs conversations différentes avec des policiers du campus et différents administrateurs ont suivi, les étudiants se voyant invoquer des règles différentes à chaque fois.

Plus d’une douzaine de policiers du campus sont apparus plus tard dans l’après-midi. « On vous a demandé de ne pas avoir de couvertures dans le parc. Vous avez une minute pour ramasser les couvertures et quitter le parc. Sinon, vous serez arrêtés pour intrusion », leur a dit un officier.

Mais la police a continué à changer les règles. D’abord, on a dit aux étudiants qu’ils devraient rouler les couvertures et partir. Quelques minutes plus tard, la police a dit qu’ils pouvaient rester si les couvertures étaient parties. Les étudiants ont enlevé les couvertures et, alors que les officiers partaient, les étudiants ont commencé à scander : « Free, free Palestine ! »  L’un d’eux a brandi une pancarte, faisant référence aux manifestants de l’année dernière gazés par la police, sur laquelle était écrit : « Vous allez encore nous gazer, bande de monstres ? » Il a été arrêté. Les autres sont devenus en colère et frustrés.

« Vous savez ce qui a transformé ça en manifestation ? » a crié un étudiant à la police. « Quand vous amenez des foutus policiers à un pique-nique ! C’est ce qui le transforme en foutue manifestation ! »

Huit jours plus tard, Haddad et un autre étudiant, identifiés par l’université comme des meneurs, ont reçu un avis de violation des règles en raison du rassemblement non autorisé. Leurs diplômes étaient retenus.


Photos extraites d’une vidéo montrant la police de la VCU réprimant un pique-nique étudiant marquant le premier anniversaire du démantèlement par l’université de leur campement propalestinien à Richmond, Virginie, le 29 avril 2025. Montage sjpvcu/Instagram

« Quand les étudiants exposent la violence de l’occupation et du génocide d’Israël, des institutions comme VCU, qui sont profondément liées à des fabricants d’armes et des donateurs capitalistes, deviennent craintives », a dit Haddad. « Alors ils tordent les règles, ils réécrivent les politiques, et ils essaient de nous réduire au silence... Mais tout est question de pouvoir. Nos demandes de justice sont une menace pour leur complicité ».

La réécriture stratégique des règles n’est pas unique à VCU. Elle a lieu dans tout le pays alors que les administrateurs universitaires répriment les protestations soutenant les droits palestiniens. Dans l’un des nombreux autres exemples, des dizaines de membres du corps enseignant et d’étudiants ont été temporairement suspendus de la bibliothèque de Harvard fin 2024 après s’être assis tranquillement en train de lire dans la bibliothèque avec des pancartes soutenant la liberté d’expression ou s’opposant à la guerre à Gaza, bien qu’une protestation similaire en décembre 2023 n’ait entraîné aucune sanction.

Si ces étudiants avaient protesté contre la guerre de la Russie en Ukraine, vous pouvez être sûr que ces administrations auraient répondu par de l’adulation. Les universités, après tout, se targuent d’être des terrains d’essai pour les valeurs collectives de la société. En tant que lieux de réflexion et d’exploration, elles fonctionnent comme des incubateurs pour les futurs dirigeants.

Mais quand il s’agit de la question de la Palestine, un schéma différent commence à émerger. Plutôt que d’écouter les étudiants qui veulent demander des comptes à Israël pour ses actes, ceux qui détiennent le pouvoir à l’université choisissent de changer les règles.

De tels changements de règles douteux ne concernent pas seulement nos étudiants. Dans un rapport accablant publié en janvier, ProPublica a disséqué les nombreuses façons dont l’administration Biden a continuellement déplacé les poteaux de but en faveur d’Israël après le 7 octobre 2023. Vous souvenez-vous des menaces de sanctions contre Israël pour avoir envahi Rafah ? (C’est une « ligne rouge », avait dit Biden.) Ou de l’ultimatum de 30 jours donné à Israël pour augmenter considérablement l’aide alimentaire ? Mais rien ne s’est passé. À part brièvement suspendre un envoi de bombes de 2000 livres (0,9 tonne), le matériel militaire n’a pas cessé d’arriver.


Des Gazaouis se frayent un chemin à travers les décombres de maisons à Rafah le 20 janvier 2025, un jour après l’entrée en vigueur d’un accord de cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas. Photo : AFP/Getty Images

La loi Leahy exige de restreindre l’assistance aux unités militaires de gouvernements étrangers se livrant à de graves violations des droits humains. Elle n’a jamais été appliquée à Israël. En avril 2024, il semblait que le secrétaire d’État Antony Blinken était sur le point de sanctionner Netzah Yehuda, un bataillon notoire de l’armée israélienne, en vertu de la loi Leahy. Finalement, il a botté en touche, et le bataillon non seulement a échappé aux sanctions usaméricaines, mais selon CNN, ses commandants ont même été affectés à l’entraînement des troupes au sol et à la conduite d’opérations à Gaza.

« Il est difficile d’éviter la conclusion que les lignes rouges n’ont été qu’un écran de fumée », a déclaré Stephen Walt, professeur de relations internationales à la Harvard Kennedy School, à ProPublica. « L’administration Biden a décidé d’être pleinement engagée et a seulement fait semblant d’essayer de faire quelque chose ».

Leahy n’est pas la seule loi usaméricaine que l’impunité israélienne pousse à un point de rupture. Fin avril 2024, les principales agences US d’aide humanitaire ont conclu qu’Israël bloquait délibérément l’entrée de nourriture et de médicaments à Gaza. La loi usaméricaine sur l’aide étrangère exige que le gouvernement suspende l’assistance militaire à tout pays qui « restreint, directement ou indirectement, le transport ou la livraison de l’aide humanitaire américaine ». Blinken a simplement ignoré les preuves fournies par son propre gouvernement. « Nous n’estimons pas actuellement que le gouvernement israélien interdit ou restreint autrement le transport ou la livraison de l’aide humanitaire américaine », a-t-il informé le Congrès.


Des Palestiniens tentant de recevoir de la nourriture d’un point de distribution caritative à Khan Younis, Gaza, le 5 juin 2025. Photo Anadolu/Getty Images

Les règles plient comme des roseaux quand il s’agit d’Israël, qui en mars 2025 a également rompu le cessez-le-feu que l’administration Trump avait aidé à négocier en janvier. Et maintenant nous assistons à un nouveau niveau de cruauté : l’utilisation de la famine comme arme de guerre. Pendant ce temps, des politiciens israéliens appellent ouvertement au nettoyage ethnique. Bezalel Smotrich, le ministre des Finances d’extrême droite, s’est vanté qu’Israël « détruit tout ce qui reste de la bande de Gaza » et que « l’armée ne laisse aucune pierre non retournée ». Il a ajouté : « Nous conquérons, nettoyons et restons à Gaza jusqu’à la destruction du Hamas ».  Et son idée du Hamas est large. : « Nous éliminons les ministres, les bureaucrates, les gestionnaires d’argent – tous ceux qui soutiennent le gouvernement civil du Hamas », a-t-il expliqué. Tuer des membres civils d’un gouvernement (car ils ne sont pas des combattants) est un crime de guerre.

Les USA et la communauté internationale, encore une fois, ne font rien.

Chaque jour, l’impensable n’est pas seulement prononcé à haute voix mais aussi mis en œuvre – précisément parce que cela suscite peu de réaction. Deux pilotes de l’armée de l’air israélienne à la retraite ont écrit dans l’édition hébraïque du journal israélien Haaretz qu’ « un membre de la Knesset s’est même vanté que l’une des réalisations du gouvernement [israélien] est la capacité de tuer 100 personnes par jour à Gaza sans que personne ne soit choqué » (un extrait de l’article de Haaretz a été cité par le chroniqueur Thomas Friedman dans le New York Times).


Un enfant palestinien souffrant de malnutrition est soigné par une infirmière à l’hôpital Nasser à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza le 10 juillet 2024. Photo Eyad Baba/AFP/Getty Images

Ce glissement continu de l’acceptable a abouti à des politiques et pratiques criminelles de déplacement forcé, de souffrance massive et de génocide, le tout mené sous l’acquiescement passif ou la complicité active de pays puissants. Même le CICR, normalement réticent, s’exprime avec horreur. « L’humanité échoue à Gaza », a déclaré Mirjana Spoljaric Egger, présidente du Comité international de la Croix-Rouge, à Jeremy Bowen de la BBC récemment. « Le fait que nous regardions un peuple se faire entièrement dépouiller de sa dignité humaine devrait vraiment choquer notre conscience collective », a-t-elle déploré.

Pourtant, l’indignation officielle est au mieux étouffée alors que tout ce qui était autrefois considéré comme institutionnellement solide se dissout dans l’air.

Qu’est-ce qu’Israël a qui lui permet de s’en tirer avec un meurtre ? Les USA ont longtemps protégé Israël des critiques internationales et l’ont soutenu militairement. Les raisons invoquées pour ce soutien vont généralement du lien « incassable » entre les deux pays au pouvoir de l’AIPAC à Washington. On pourrait raisonnablement affirmer que la seule chose différente dans cette guerre actuelle est l’échelle.

Mais ce n’est pas seulement Washington. Israël et la question de la Palestine créent des divisions incroyablement tendues dans une grande partie du monde occidental. Le Danemark a récemment interdit aux enfants se préparant à voter lors d’une élection scolaire de débattre de la souveraineté palestinienne. Pourquoi ?

Dans une conversation avec Ezra Klein du New York Times, la professeure de droit international des droits humains Aslı Bâli a offert une explication de ce qui est différent avec la Palestine. En 1948, note-t-elle, la Palestine était « le seul territoire qui avait été prévu pour être décolonisé à la création des Nations Unies ... qui [n’a toujours] pas été décolonisé ».

L’Afrique du Sud était autrefois dans cette catégorie. Pendant des décennies, la Palestine et l’Afrique du Sud étaient « comprises comme des exemples continus de décolonisation incomplète qui ont continué longtemps après que le reste du monde avait été [presque, NdT] entièrement décolonisé ». Aujourd’hui, la Palestine est [presque] la dernière exception à ce processus historique – un vestige clairement évident pour les peuples autrefois colonisés, mais que le monde occidental refuse de reconnaître comme une aberration.

En d’autres termes, pour beaucoup aux USA et dans une grande partie du monde occidental, la création de l’État d’Israël est comprise comme l’accomplissement des aspirations nationales juives. Pour le reste du monde, ce même accomplissement des aspirations nationales juives a rendu la décolonisation de la Palestine incomplète.

En 2003, l’historien Tony Judt écrivait que le « problème avec Israël [est] ... qu’il est arrivé trop tard. Il a importé un projet séparatiste caractéristique de la fin du XIXe siècle dans un monde qui a évolué, un monde de droits individuels, de frontières ouvertes et de droit international. L’idée même d’un ‘État juif’ – un État dans lequel les Juifs et la religion juive ont des privilèges exclusifs dont les citoyens non juifs sont à jamais exclus – est enracinée dans un autre temps et lieu. Israël, en bref, est un anachronisme ».

L’idée de Judt qu’Israël est une relique d’une autre époque nécessite de comprendre comment la poussée mondiale pour la décolonisation s’est considérablement accélérée après 1945. Le résultat a été un nouveau monde – mais un monde qui a abandonné les Palestiniens, les laissant dans des camps de réfugiés en 1948. Ce nouveau monde, émergeant des cendres de la Seconde Guerre mondiale, est devenu ce que nous appelons aujourd’hui « l’ordre international fondé sur des règles », dont le droit international est un élément clé.

Le droit international s’est aussi beaucoup plus codifié à cette époque. L’année 1948 n’était pas seulement la date de la Nakba palestinienne et de l’indépendance d’Israël. C’était aussi l’année où la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) a été adoptée. Avec la Charte des Nations Unies de 1945, la DUDH sert de base principale au droit international des droits humains.

Mais à quoi sert un « ordre international fondé sur des règles » si les règles ne cessent de changer ?

La vérité est que nous n’avons jamais vraiment vécu dans un « ordre international fondé sur des règles », ou du moins pas celui que la plupart des gens imaginent lorsqu’ils entendent cette phrase. L’idée que le droit international établit des limites aux actions des États n’a pas empêché le génocide rwandais. L’ « ordre international fondé sur des règles » n’a pas arrêté l’invasion illégale de l’Irak par les USA en 2003. Bien avant 2023, Israël violait régulièrement les résolutions du Conseil de sécurité. Cela n’a pas empêché le Hamas de commettre ses crimes de guerre le 7 octobre.

Le problème du droit international n’est pas seulement le manque d’un mécanisme d’application pour contraindre les États voyous à se conformer. Le problème du droit international est qu’ « il est plus susceptible de servir d’outil aux puissants qu’aux faibles », écrit le théoricien du droit Ian Hurd dans son livre de 2017, How to Do Things With International Law.

Nous avons tendance à penser la loi comme une limite convenue sur nos actions. Comme Dwight D. Eisenhower l’a dit de manière mémorable : « Le monde n’a plus le choix entre la force et la loi. Si la civilisation doit survivre, elle doit choisir l’État de droit ».

Mais si la loi était mieux comprise comme un système qui, oui, restreint le comportement mais, plus important, valide ce qui est possible ? Celui qui parvient à définir les limites définit ce qui est acceptable. En tant que tel, les puissants sont beaucoup plus susceptibles de déplacer le terrain de l’acceptable à leur avantage. Comme l’explique Hurd, le droit international « facilite l’empire au sens traditionnel parce que les États forts ... façonnent la signification des règles et obligations internationales par l’interprétation et la pratique ».

Bien que le droit international interdise généralement la guerre, il prévoit une exception pour la légitime défense, et les États puissants sont ceux qui peuvent déplacer la ligne sur ce qui constitue une légitime défense légitime. (Israël revendique largement la légitime défense pour son agression contre l’Iran, par exemple, tout comme la Russie revendique explicitement la légitime défense pour attaquer l’Ukraine.) Dans son livre, Hurd examine comment les USA ont justifié leur recours à la guerre par drones et même à la torture en invoquant le droit international. Le droit international, pour Hurd, n’est pas un système qui se situe au-dessus de la politique. C’est de la politique.

Le point que je retiens de Hurd n’est pas que le droit international n’existe pas ou qu’il n’a pas de valeur. Clairement, il y a un besoin de règles pour protéger les civils et prévenir la guerre. Le droit international humanitaire est aussi une chose vivante qui s’adapte et s’étend. Des protocoles additionnels aux Conventions de Genève ont été adoptés en 1977. Le Statut de Rome qui a établi la Cour pénale internationale a été adopté en 1998.

Mais le droit international est aussi constamment mis sous tension, régulièrement violé, et systématiquement mis au service des États forts. En tant que tel, le droit international dans la pratique est mieux compris comme une ligne constamment mouvante de comportement acceptable. Nous sommes peut-être en train d’atteindre le point où cette ligne s’est tellement éloignée des intentions fondatrices du droit international que le système lui-même est au bord de l’effondrement.

La campagne d’Israël à Gaza porte la possibilité terrifiante d’un déplacement si radical de la ligne de l’acceptable qu’elle fait du génocide une arme de guerre légale. Si vous pensez que j’exagère, considérez ce que Colin Jones a écrit dans le New Yorker plus tôt cette année. Jones a consulté des avocats clés de l’établissement militaire usaméricain sur leurs vues concernant la campagne d’Israël à Gaza. Ce qu’il a trouvé, c’est une armée usaméricaine profondément préoccupée d’être entravée par le droit international lorsqu’elle mènera une future guerre contre une puissance majeure comme la Chine – à tel point que les « restrictions assouplies sur les pertes civiles » commises par Israël déplacent utilement les poteaux de but pour les futurs agissements usaméricains.

Pour l’armée usaméricaine, écrit Jones : « Gaza ressemble non seulement à une répétition générale pour le type de combat auquel les soldats américains pourraient faire face. C’est un test de la tolérance du public américain pour les niveaux de mort et de destruction qu’entraînent de tels types de guerre ».

Dans quel enfer futur vivons-nous actuellement ?

Dans son livre, Hurd illustre aussi une différence fondamentale entre les régimes juridiques nationaux et internationaux. L’attente que nous avons du droit national, dit-il, est qu’il est « clair, stable et connu à l’avance », tandis que le droit international dépend du consentement des États.

Le mépris de Trump pour les institutions du droit international ne pouvait être plus clair. Il a imposé des sanctions aux juges et juristes de la Cour pénale internationale après que des mandats d’arrêt ont été émis contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. (Il avait émis des sanctions similaires en 2020.) Il a défié la Charte des Nations Unies en bombardant l’Iran, une nation souveraine ne présentant pas de risque imminent pour les USA. La réponse mondiale ? Un léger reproche du président français Emmanuel Macron et un soutien enthousiaste du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte.

Ce que Trump et les dirigeants comme lui cherchent n’est pas tant à détruire la loi qu’à la coloniser.

Son mépris pour les institutions juridiques nationales est tout aussi visible. Il a invoqué de fausses urgences pour revendiquer des « pouvoirs d’urgence » comme aucun président avant lui, lui permettant de contourner le Congrès et, essentiellement, de gouverner par décret. Il a déployé des troupes militaires en Californie, contre la volonté de son gouverneur, et une cour d’appel a même autorisé sa décision. Il marche sur la ligne de la défiance ouverte de diverses ordonnances judiciaires.


De gauche à droite, Jade Chan et Zoe O’Brien protestent contre Donald Trump le 17 février 2025 à Austin, Texas. Photo Brandon Bell/Getty Images

Que se passe-t-il ? Il est tentant de penser que nous vivons dans une nouvelle ère d’anarchie, mais cela ne parviendrait pas à saisir le changement qui nous fait face. Il ne s’agit pas d’un manque de loi. Il s’agit d’une refonte de la loi. Ce que Trump et les dirigeants comme lui cherchent n’est pas tant à détruire la loi qu’à la coloniser, à posséder la loi en déterminant ses paramètres pour servir leurs intérêts. Pour eux, la loi existe pour plier à leur volonté, pour détruire leurs adversaires, et pour fournir un alibi à des comportements qui, dans une meilleure version de notre monde, seraient punis comme criminels.

Peut-être n’est-il pas surprenant que quelque chose d’aussi vulnérable que le droit international puisse craquer sous les pressions actuelles. Ce qui peut être surprenant, c’est comment nous perdons aussi notre sentiment national de stabilité, paix et sécurité avec lui, et à quel point la lutte pour la Palestine est liée à ce démantèlement intérieur, surtout en ce qui concerne la liberté d’expression. Demandez simplement à Sereen Haddad ou à Mahmoud Khalil, l’activiste des droits palestiniens qui a passé 104 jours en détention pour son discours politique protégé par la Constitution et qui risque toujours l’expulsion.

La convention sur la prévention et la punition du crime de génocide a été, comme la DUDH, approuvée en l’année fatidique 1948. Son arrivée était urgente et nécessaire après l’Holocauste nazi du peuple juif, et le droit international moderne a été construit sur la compréhension qu’ensemble, nous dans la communauté internationale, travaillerions pour prévenir de futurs génocides. Bien que nous ayons échoué à tenir cette promesse par le passé, aujourd’hui ce sont les actes d’extermination et de génocide d’Israël contre les Palestiniens à Gaza, financés et permis à chaque tournant par un Occident complice, qui ont le plus contribué au déclin de l’ordre mondial fondé sur des règles. À ce qu’on voit aujourd’hui, le système n’atteindra pas 100 ans.

Et son effondrement peut être directement attribué à l’hypocrisie avec laquelle le monde a traité les Palestiniens. Aucun autre groupe n’a été soumis à un état de perte aussi prolongé dans l’ordre libéral post-1945. Les réfugiés palestiniens constituent « la situation de réfugiés prolongée la plus ancienne et la plus importante au monde » dans le monde moderne. Et les demandes placées sur les Palestiniens simplement pour survivre deviennent plus barbares d’heure en heure. À Gaza, des Palestiniens désespérés sont abattus par des snipers et des drones quotidiennement alors qu’ils attendent de la nourriture. Une sécheresse est imminente parce que les attaques d’Israël ont détruit la plupart des stations d’épuration des eaux usées, des systèmes d’égouts, des réservoirs et des conduites d’eau de la bande. Jusqu’à 98 % des terres agricoles de Gaza ont été détruites par Israël. C’est une forme de guerre totale que le monde moderne ne devrait jamais voir, encore moins cautionner.


Des personnes transportant des sacs de farine marchent dans l’ouest de Jabalia le 17 juin 2025, après que des camions d’aide humanitaire sont entrés dans le nord de la bande de Gaza par le passage frontalier de Zikim contrôlé par Israël. Photo  Bashar Taleb/AFP/Getty Images

Personne ne sait ce qui viendra remplacer le système international qui s’effondre actuellement autour de nous, mais tout système politique qui priorise la punition de ceux qui protestent contre un génocide plutôt que d’arrêter les tueries s’est clairement épuisé.

S’il y a une lueur d’espoir dans toute cette misère qui suscite la rage, elle peut être trouvée dans le nombre croissant de personnes à travers le monde qui refusent d’être intimidées et réduites au silence. Nous avons peut-être vu un petit exemple de ce courage à New York récemment, et je ne parle pas seulement de Zohran Mamdani remportant l’investiture du Parti démocrate pour la mairie. Le même jour, deux politiciennes progressistes de Brooklyn, Alexa Avilés et Shahana Hanif, se présentaient à la renomination. Toutes deux soutenaient la Palestine, toutes deux ont été attaquées sans relâche pour leurs positions sur Gaza, et toutes deux ont refusé de changer leurs vues. Des donateurs pro-Israël ont déversé de l’argent dans les campagnes de leurs adversaires. Pourtant, toutes deux ont facilement gagné leurs élections.

De multiples facteurs entrent en jeu dans la victoire de toute campagne politique, mais tout soutien exprimé pour la Palestine était autrefois un glas. Pourrions-nous être au seuil d’un changement ? Peut-être que la liberté palestinienne n’est plus un handicap mais est maintenant une position réellement gagnante en politique ?

La Palestine est peut-être l’expression la plus claire aujourd’hui, comme me l’a dit Haddad, de comment « le pouvoir se sent menacé par la vérité ». Elle a poursuivi : « S’ils ont si peur d’un·e étudiant·e avec une pancarte, un message à la craie ou une demande de justice, alors nous sommes plus forts qu’ils ne veulent nous le faire croire ». Elle ferait mieux d’avoir raison. Pour nous tous.

26/01/2026

Le Sioniste idéal d’Israël est un stormtrooper*. Et sa plus grande menace est un député arabe

Ben-Gvir appellera la Liste unie** une « Alliance représentant la terreur », même si les députés arabes condamnent le terrorisme palestinien bien plus que lui, Ben-Gvir, ne condamnera jamais le terrorisme juif. La droite préfère un soldat qui commet des crimes de guerre à un député arabe, simplement parce qu’il est arabe.

Gideon Levy, Haaretz, 25/01/2026
Traduit par Tlaxcala




Marche dans la ville arabe de Sakhnin dans le nord d’Israël, samedi. Photo Rami Shllush

« C’est nous ou eux », a écrit Yehoda Vald, le PDG [sic] du parti de droite Sionisme Religieux, sur son compte X jeudi soir. Deux photographies, l’une au-dessus de l’autre, ont clairement indiqué qui, selon Vald, est « nous » et qui est « eux ».

L’image du haut, « nous », montre environ six soldats israéliens, armés et blindés de la tête aux pieds, photographiés de dos alors qu’ils marchent fièrement vers les ruines de Gaza. L’image du bas, « eux », montre les chefs des quatre partis israéliens à majorité arabe, leurs mains jointes et levées haut, annonçant jeudi soir le renouvellement de leur alliance électorale.

Une image du désespoir, au-dessus d’une image d’espoir. Une image de dévastation, au-dessus d’une image de reconstruction. Une image d’une guerre jamais rassasiée, au-dessus d’une image d’une possibilité de changement. Vald espérait que l’image de la Liste unie renouvelée terroriserait les Israéliens. S’il y avait une véritable opposition de gauche en Israël, cette politique de la peur se serait transformée en espoir.

Il y a quelque chose de dérangeant dans ces deux photographies. Toutes deux ne montrent que des hommes, et chacune est mono-nationale : seulement des Juifs dans l’une, seulement des Arabes dans l’autre. C’est le monde de Vald, un colon. Mais tous les Israéliens doivent se demander s’ils préfèrent vraiment les soldats armés marchant vers leur scène de crime, la destruction totale autour d’eux, au groupe de politiciens arabes, parmi les meilleurs de la Knesset, représentants de la seule opposition qu’Israël ait actuellement ?

Est-ce là la vision ? Est-ce là l’espoir ? L’épée de Vald dévorera-t-elle pour toujours — l’épée de ceux qui frissonnent de plaisir à la vue de ces « nous » armés et de l’effroyable destruction qu’ils ont semée et n’en veulent que davantage ? Devons-nous nous identifier au « nous » de Vald simplement parce qu’il nous montre des soldats juifs, même s’ils sont soupçonnés d’être des criminels de guerre ?


Soldats à Gaza. Photo AFP

Vald est un colon « modéré », du Gush Etzion « libéral », et il ne participe pas aux pogroms. Il représente la majorité des Israéliens aujourd’hui, surtout après le 7 octobre. Ils préfèrent un soldat d’occupation juif à un député arabe, qui par définition — c’est-à-dire, par sa participation à la Knesset — cherche à s’intégrer dans la société israélienne. L’idée qu’un soldat soupçonné de crimes de guerre soit préférable à un parlementaire arabe, simplement parce qu’il est arabe, est vraiment malsaine.

Itamar Ben-Gvir s’est empressé d’appeler le nouveau bloc électoral « l’Alliance représentant la terreur ». Les quatre dirigeants des partis qui le composent ont condamné le terrorisme palestinien bien plus souvent que Ben-Gvir n’a condamné le terrorisme juif. Il ne l’a pas condamné, et ne le condamnera jamais. Aucun d’entre eux n’a eu recours à la violence comme Ben-Gvir l’a fait, mais l’expert en terrorisme les déclare terroristes.

Qu’est-ce qui est israélien, selon Vald et ses semblables ? Un soldat d’occupation. Qu’est-ce que le Sioniste idéal à leurs yeux ? Un Stormtrooper*. Et qu’est-ce qui est effrayant et menaçant ? Un député arabe. Un concentré de la vision du monde de la plupart des Israéliens. La renaissance de la Liste unie est presque la seule chance d’un changement de gouvernement en Israël ; on s’attendrait à ce que quiconque le souhaite s’en réjouisse. Mais le simple fait qu’elle soit arabe est une menace pour la plupart des Israéliens. En revanche, ce que l’armée israélienne a fait et continue de faire à Gaza, dont l’étendue réelle n’est connue d’aucun Israélien, est une source de fierté et d’identification.

Il est difficile de comprendre ce qui, dans les images de la terrible destruction à Gaza, inspire de la fierté. De quoi êtes-vous exactement fier ? De la destruction, ou des meurtres ? Des bébés morts, ou des femmes tuées ? Et pourquoi voyez-vous ces soldats comme des héros ? N’avez-vous pas entendu ce qu’ils ont fait, n’avez-vous pas vu ?

Inversement, qu’est-ce qui vous effraie tant dans l’image des politiciens arabes ? Ont-ils jamais menacé l’État d’Israël ? Avez-vous vu comment eux et leur communauté se sont comportés depuis le 7 octobre ? Ils avalent leur humiliation et leur douleur terrible face à la mort de leurs compatriotes — et restent silencieux. Et condamnent le 7 octobre. Ils sont des héros bien plus grands que les soldats qui piétinent Gaza dans leurs bottes rouges de parachutiste.

Si le choix est entre ce « nous » et cet « eux », alors je suis avec « eux », sans hésitation.

NdT

*Stormtrooper : membre des troupes d’assaut, terme popularisé par Star Wars, emprunté à l’allemand Sturmtruppen, désignant les troupes de choc impériales durant la Première Guerre mondiale.

**Liste unie : al-Qa’imah al-Mushtarakah/HaReshima HaMeshutefet/Joint List, coalition électorale de quatre partis de Palestiniens de 1948, créée en 2015, dissoute en 2021 et reconstituée en vue des élections à la Knesset prévues cette année. Elle regroupe l’Assemblée nationale démocratique (Balad), le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash), le Mouvement arabe pour le changement (Ta’al) et la Liste arabe unifiée (Ra’am).