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09/05/2026

Gaza : passé, présent, futur ? La vérité et la bataille pour la liberté de parole
Conférence de Norman Finkelstein à l’Université du Massachusetts – Amherst, 24 septembre 2025

 

Le génocide à Gaza a déclenché une bataille mondiale pour la liberté dexpression, dopinion et dorganisation, aussi bien au Nord quau Sud de la planète. La réponse des régimes dits démocratiques face aux mouvements de solidarité avec le peuple palestinien a été consternante, marquée par la répression la plus brutale des actes et des paroles, de Berlin à Tanger, de Londres à New York. Norman Finkelstein, universitaire juif et fils de survivants de la Shoah, a été ostracisé bien avant le 7 octobre 2023, pour avoir dénoncé ce quil appelait « lindustrie de lHolocauste ». Sa conférence à lUniversité du Massachusetts en septembre 2025 fut historique. Ce fut sa première apparition dans une université usaméricaine depuis le 7 octobre. Ses paroles méritent dêtre gravées dans le marbre de lHistoire. Les voici.

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25/03/2026

“Torture et génocide”, un nouveau rapport de Francesca Albanese

 Le 23 mars 2026, un nouveau rapport de la rapporteuse spéciale des Nations unies, Francesca Albanese, destiné au Conseil des droits de l’homme, a été publié sous le titre « Torture et génocide ». En voici un bref résumé. Le rapport, traduit par Tlaxcala, peut être téléchargé ci-dessous en cliquant sur l’image.

Torture et génocide en Palestine : une politique systémique

Le rapport de la Rapporteuse spéciale de l’ONU met en lumière une réalité accablante : la torture infligée aux Palestiniens n’est ni accidentelle ni marginale. Elle constitue un pilier central d’un système de domination coloniale et d’un processus génocidaire en cours.

Depuis des décennies, Israël a intégré la violence coercitive dans son appareil de contrôle. Mais depuis octobre 2023, une escalade sans précédent révèle une transformation qualitative : la torture est désormais massive, assumée et dirigée contre l’ensemble du peuple palestinien. Elle ne vise plus seulement des individus, mais une population « en tant que telle ».

Dans les prisons et les camps de détention, les témoignages décrivent un régime de brutalité extrême : passages à tabac, privation de sommeil, famine organisée, violences sexuelles, humiliations systématiques. Des enfants, des médecins, des journalistes, des humanitaires sont arrêtés, torturés, parfois jusqu’à la mort. Les corps sont mutilés, les esprits brisés, les vies détruites. Cette violence n’est pas une dérive : elle est coordonnée, institutionnalisée et revendiquée.

Mais la torture ne se limite pas aux lieux de détention. Le rapport montre que l’ensemble du territoire palestinien est transformé en un “environnement torturant”. À Gaza, le siège, la famine, les bombardements massifs, la destruction des hôpitaux, des écoles et des habitations créent une souffrance collective permanente. La population entière est enfermée dans un espace où la mort, la peur et la privation sont omniprésentes.

En Cisjordanie, la surveillance généralisée, la violence des colons, les déplacements forcés et la destruction des moyens de subsistance prolongent cette logique. La vie quotidienne elle-même devient une forme de torture : une existence marquée par l’insécurité, l’humiliation et la menace constante.

Le droit international est clair : la torture est absolument interdite. Mais le rapport va plus loin. Il démontre que l’usage systématique de la torture contre un groupe constitue un indicateur clé de l’intention génocidaire. En infligeant des souffrances physiques et psychologiques à grande échelle, en détruisant les conditions de vie et en ciblant les structures sociales, Israël met en œuvre une stratégie visant à affaiblir, fragmenter et finalement effacer le peuple palestinien.

Ce système ne repose pas seulement sur l’armée ou les services de sécurité. Il est soutenu par des lois, validé par les tribunaux, légitimé par des discours politiques, relayé par des médias et banalisé dans une partie de la société. La torture devient ainsi une entreprise collective, normalisée et justifiée.

La conclusion du rapport est sans ambiguïté : le génocide en cours se manifeste aussi comme une torture continue, collective et générationnelle. Il ne s’agit pas d’actes isolés, mais d’une architecture cohérente de destruction.

Face à cela, l’inaction internationale n’est plus tenable. Les États ont l’obligation de prévenir, d’enquêter et de poursuivre ces crimes. Mettre fin à la torture signifie aussi mettre fin au système qui la produit : l’occupation, l’apartheid et la colonisation.




Chloé Ludden : Pourquoi j’ai démissionné de l’ONU pour rejoindre la Flottille de la liberté pour Gaza

Mondoweiss interviewe l’ancienne fonctionnaire de l’ONU Chloé Ludden sur son expérience en mer avec la Flottille de la liberté pour Gaza et sur les raisons pour lesquelles celles et ceux qui travaillent dans les organisations internationales, y compris les fonctionnaires, ne peuvent plus se permettre le luxe du silence.

Ramsey HanhanMondoweiss, 24 mars 2026
Traduit par Tlaxcala


Le Handala, navire de la Flottille de la liberté pour Gaza, en juillet 2025

Chloé Fíona Ludden est une scientifique qui a grandi entre la France et l’Irlande. Elle se décrit comme une « personne curieuse », dotée d’un esprit scientifique, longtemps animée par des questions telles que : « Comment des sociétés supposément riches et développées peuvent-elles tolérer autant de pauvreté et d’inégalités ? » Elle a étudié la gouvernance environnementale et travaillé dans plusieurs instituts de recherche et organisations internationales, notamment l’Union européenne, le GIEC et le Secrétariat des Nations unies. En tant que personne, elle cherche « à restaurer un sens de l’avenir comme un lieu où nous avons réellement envie d’aller ». Ici, Ludden revient sur son voyage à bord du Handala, de la Flottille de la liberté, pour défier le blocus israélien de Gaza.

RH : Vous avez démissionné de l’ONU. Pourquoi ?

CL : Je ressentais un énorme décalage entre mon rôle et mes responsabilités en tant qu’être humain. Il m’était difficile de recevoir l’ordre du Secrétaire général de ne participer à aucune manifestation ou prise de parole publique liée au génocide du peuple palestinien. J’ai compris au bout d’un an que l’ONU idéale n’existait que dans mon imagination.

J’ai décidé de rejoindre le Handala après avoir tenté de faire bouger le système de l’intérieur. J’avais contacté la Vice-Secrétaire générale pour demander l’envoi d’observateurs et un soutien officiel aux flottilles. On m’a répondu que cela dépassait le cadre intergouvernemental auquel l’ONU est tenue. J’ai eu du mal à comprendre ce manque de courage.

RH : Quand avez-vous entendu parler de la flottille pour la première fois ?

CL : J’ai découvert le Mavi Marmara lors d’un voyage professionnel à Istanbul en avril 2024. Des flottilles partent depuis 2008. Israël a attaqué l’une d’elles en 2010, tuant 10 participants. À Istanbul, j’ai rencontré le fils d’un des martyrs. Il continue d’organiser des flottilles et m’a demandé de l’aide informelle lorsque le navire Conscience a perdu son pavillon. Mes rencontres avec des diplomates m’ont fait perdre espoir. L’année suivante, le Conscience a retrouvé un pavillon, mais a été bombardé à Malte.

RH : Vous connaissiez donc les dangers. Pourquoi quitter une vie confortable en Europe ?

CL : … extrêmement confortable. J’avais un bel appartement à New York, un bon salaire, une carrière en construction. Mais je n’étais pas moi-même. Le système bloque le changement en offrant ce confort. Netflix, la dopamine, ces outils soporifiques… regardez les nouveaux mots : « doom scroll », « brain rot ». Nous avons normalisé ce confort. Il n’y a plus de sens du collectif.

Pour moi, c’était une affirmation — de ma voix, de la voix palestinienne, de la vie contre un système orienté vers la mort et la normalisation de la souffrance de masse.

Beaucoup de gens veulent agir mais pensent ne pas pouvoir le faire. Or, il n’y a pas de solidarité sans sacrifice. La solidarité n’est pas de la charité : nous luttons pour nos propres droits.

RH : Parlez-nous du voyage sur le Handala

CL : C’était un moment magnifique. Nous avons rempli le bateau de peluches. Une amie a dessiné un phénix de Gaza. Nous avons écrit des messages d’amour. Nous voulions que les enfants les voient. Nous agissons par amour — et quand on aime, on ne pense pas au résultat.

Hatem Aouini avec Chloé Ludden à bord du Handala

Nous avons organisé des événements pour attirer l’attention sur Gaza. Nous voulons transformer les spectateurs en acteurs. Nous sommes arrivés à moins de 70 miles [=112 km]. Il y avait des drones, mais l’ambiance était paisible. Ce qui m’a frappée, c’est l’absence totale d’intérêt des médias.

RH : Que ressentiez-vous face aux drones ?

CL : Les premiers drones étaient ceux de FRONTEX. Ils surveillent les migrants en Méditerranée. Je n’étais pas menacée, mais triste pour ceux qui les opèrent. Ces drones permettent de se dissocier de la violence.

Plus près de Gaza, ils étaient plus gros, très bruyants. Cela montre à quel point les Palestiniens vivent sous surveillance constante, toujours observés mais jamais reconnus comme humains.

RH : Que ressentiez-vous en approchant de la Palestine ?

CL : De l’espoir. Une sensation physique : « je suis exactement là où je dois être ». Pourquoi nous arrêteraient-ils ? Nous n’avions que des peluches et du lait pour bébés. Leur intervention était incompréhensible.

RH : Le navire a été intercepté. Que s’est-il passé ?

CL : Nous étions épuisés. L’armée israélienne nous a arrêtés en eaux internationales. Ils ont utilisé des fumigènes, puis sont apparus soudainement avec un navire militaire et des dizaines de soldats.

Nous chantions Bella Ciao pour rester unis. Les femmes soldats m’ont particulièrement choquée. Comment peuvent-elles être coupées de leur humanité ?

Nous avons été détenus, fouillés, humiliés. Rien n’était réel, même devant le juge.

En prison, je pensais aux Palestiniens détenus pendant des années. Mon histoire est insignifiante. Nous utilisons nos privilèges contre le système.

RH : Une nouvelle flottille est prévue. Comment aider ?

CL : Nous avons besoin de volontaires, en mer et à terre. Chacun peut agir localement. Mais il faut s’interroger sur ses motivations.

La flottille est un moyen de forcer les bonnes questions : qui contrôle l’accès à Gaza ? Qui contrôle l’eau, la nourriture ?

La libération de la Palestine est liée à la démocratisation partout. Je suis certaine que la Palestine sera libre dans notre génération.

RH : Un dernier mot ?

CL : Nous ne faisons pas appel à la morale du système, mais à sa légitimité. Les institutions actuelles sont dépassées. La Palestine sert de laboratoire pour normaliser un monde de surveillance et de contrôle.

La flottille nous rappelle que nous avons du pouvoir. Personne ne viendra nous sauver.

À propos de l’auteur

Ramsey Hanhan est l’auteur de deux livres, Palestine Bleeds For You (2026) et Fugitive Dreams (2022). Ancien professeur de physique, il vit près de Baltimore.

 

18/03/2026

Jürgen Habermas : en guise de nécrologie

Il avait dans dans les premiers deux ou  trois quarts de sa vie appartenu à cette Allemagne que nous aimions, celle des « Dichter und Denker » (poètes et penseurs) pour finir sa longue existence (96 ans) du côté des « Richter und Henker » (Juges et bourreaux). Jürgen Habermas a disparu le 14 mars. Il n’a plus eu le temps ou la force de déclarer son soutien à l’opération Furie épique/Ville sainte silencieuse [sic et resic] déclenchée par le duo de bourreaux bien connus contre la terre qui vit fleurir Ibn Sina (Avicenne), Omar Khayyam, Rûmi, Al Ghazali, Sohravardî, Al-Razi, Al-Fârâbî, Molla Sadra et…Ali Shariati. Devenu une vache sacrée de l’Allemagne bien-pensante et mal-agissante, Habermas avait, peu après le 7 octobre 2023, commis un écrit infâme de soutien inconditionnel aux tueurs sionistes. Cette ultime perversion de son « agir communicationnel » lui avait valu une réponse cinglante d’un sociologue iranien, professeur à l’University of Illinois Urbana-Champaign, Asef Bayat, auteur de travaux extrêmement créatifs sur les mouvements sociaux au Machrek et au Maghreb . 

Nous la reproduisons ci-dessous en guise de nécrologie. D’abord parue en anglais dans New Lines Magazine, sa lettre a été traduite en français par la revue Conditions.-FG, Tlaxcala

Jürgen Habermas se contredit lorsqu’il s’agit de Gaza

Lettre à Habermas

Asef Bayat8 décembre 2023


Jürgen Habermas et Asef Bayat. Photo Louisa Gouliamaki/AFP via Getty Images

Cher professeur Habermas,

Vous ne vous souviendrez peut-être pas de moi, mais nous nous sommes rencontrés en Égypte en mars 1998. Vous êtes venu à l’Université américaine du Caire en tant qu’éminent professeur invité pour interagir avec le corps professoral, les étudiants et le public plus généralement. Tout le monde était enthousiaste de vous entendre. Vos idées sur la sphère publique, le dialogue rationnel et la vie démocratique étaient comme un souffle d’air frais à une époque où les islamistes et les autocrates au Moyen-Orient étouffaient la libre expression sous prétexte de « protéger l’islam ». Je me souviens d’une conversation agréable que nous avons eue sur l’Iran et la politique religieuse lors d’un dîner chez un collègue. J’ai essayé de vous transmettre l’émergence d’une société « post-islamiste » en Iran, dont vous avez ensuite semblé faire l’expérience lors de votre voyage à Téhéran en 2002, avant d’évoquer une société « post-séculière » en Europe. Au Caire, nous voyions dans vos concepts fondamentaux un grand potentiel pour promouvoir une sphère publique transnationale et des conversations interculturelles. Nous avons pris à cœur le noyau de votre philosophie communicative sur la façon dont la vérité-consensus peut être atteinte grâce à un débat libre.

Maintenant, quelque 25 ans plus tard, à Berlin, j’ai lu avec plus qu’un peu d’inquiétude et de consternation votre déclaration coécrite sur le principe de solidarité avec Israël concernant la guerre de Gaza. L’esprit de la déclaration réprimande largement ceux en Allemagne qui expriment, par des prises de position ou des manifestations, leur opposition au bombardement incessant de Gaza par Israël en réponse aux attaques épouvantables du 7 octobre du Hamas. Cela sous-entend que ces critiques envers l’État d’Israël sont intolérables parce que le soutien à celui-ci est une partie fondamentale de la culture politique allemande, « pour laquelle la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux méritant une protection spéciale ». Le principe de « protection spéciale » trouve sa source dans l’histoire de l’Allemagne, laquelle est rendue singulière par les « crimes de masse de l’époque nazie ».

Il est louable que vous et la classe politique et intellectuelle de votre pays soyez déterminés à entretenir la mémoire de cette horreur historique afin que jamais des horreurs similaires ne s’abattent sur les Juifs (et je suppose et espère sur d’autres peuples). Mais votre formulation et votre fixation sur l’exceptionnalisme allemand ne laissent aucune marge à la discussion sur la politique d’Israël et les droits des Palestiniens. Lorsque vous confondez les critiques des actions de l’État d’Israël avec des « réactions antisémites », vous encouragez le silence et étouffez le débat.

En tant qu’universitaire, je suis stupéfait d’apprendre qu’en Allemagne, même dans les salles de classe qui devraient être des espaces libres de discussion et d’interrogation, tout le monde demeure silencieux lorsque le sujet de la Palestine est abordé. Les journaux, la radio et la télévision sont à peu près entièrement dépourvus de débat ouvert et significatif sur le sujet. De nombreuses personnes ayant appelé à un cessez-le-feu, y compris juives, ont été licenciées de leurs postes, ont vu leurs événements et leurs récompenses annulés et ont été accusées d’antisémitisme. Comment les gens sont-ils censés délibérer sur ce qui est juste et ce qui ne l’est pas s’ils ne sont pas autorisés à parler librement ? Qu’advient-il de vos fameuses notions de sphère publique, de dialogue rationnel et de démocratie délibérative ?

15/03/2026

Entre Maduro et Khamenei : l’intelligence artificielle a-t-elle remplacé l’intelligence humaine ?

Mostafa Ahmed, alhabtoorresearch, 3/3/2026

Traduit par Tlaxcala

Le premier trimestre 2026 a marqué un tournant stratégique dans le déploiement de la puissance militaire et la gestion des interactions géopolitiques. Pendant des décennies, les technologies informatiques sont restées largement confinées à des rôles de soutien opérationnel, tels que le traitement de données de renseignement ou le guidage de munitions de précision. Mais janvier et février ont été témoins d’un changement structurel alors que la planification militaire s’éloignait des cycles de décision dépendants de l’humain pour se tourner vers la gestion de chaînes d’élimination physique algorithmiques autonomes. Cette transformation a été formellement articulée dans la « Stratégie d’accélération de l’intelligence artificielle » publiée par le Département de la Guerre des USA (DoW) le 9 janvier 2026. La directive vise à ancrer la domination militaire usaméricaine en intégrant rapidement l’IA à travers les opérations de combat, de renseignement et d’entreprise, tout en transformant l’appareil de défense en ce que les responsables décrivent comme une structure militaire « AI-first ».

Cette doctrine reposait sur des paramètres opérationnels stricts privilégiant une létalité écrasante, une exécution rapide et des systèmes axés sur les objectifs qui placent le succès de la mission au-dessus de toutes autres considérations, excluant délibérément les variables sociales et politiques des cycles de décision algorithmiques pour assurer une supériorité décisive dans la prise de décision sur le champ de bataille. Ce changement s’est reflété dans deux opérations sans précédent : la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro lors de l’opération Absolute Resolve en janvier 2026, et la frappe de décapitation visant le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, lors de l’opération Silent Holy City, menée dans le cadre de l’opération Epic Fury en février 2026.

Ces opérations ont reflété l’intégration de grands modèles de langage, d’architectures de données dynamiques, d’algorithmes d’évaluation tactique et de systèmes autonomes sans pilote, transformant fondamentalement la vitesse, la précision et le calcul du coût géopolitique de la neutralisation de cibles de haute valeur. Ensemble, elles signalent que l’IA a dépassé son rôle analytique de soutien pour devenir un architecte stratégique du champ de bataille et un moteur de l’exécution cinétique.

Racines de la guerre algorithmique

La doctrine opérationnelle adoptée par les USA en 2026 a largement puisé son fondement méthodologique dans l’architecture de ciblage tactique développée par l’armée israélienne, en particulier l’Unité 8200, lors des opérations intensives à Gaza entre 2023 et 2025. Dans les cercles du renseignement, cette chaîne de ciblage algorithmique israélienne était souvent décrite comme une « usine d’assassinat de masse », constituant une base conceptuelle clé pour l’approche usaméricaine nouvellement formulée.

L’architecture israélienne, qui a mené la « guerre de l’IA », reposait sur trois systèmes structurels interdépendants :

1.     Le système Gopsel / Habsora : un outil d’IA pour le soutien à la décision stratégique qui traite d’immenses ensembles de données de surveillance pour générer un réservoir automatisé de cibles (bâtiments et installations). Ce système a considérablement accéléré le ciblage, faisant passer la production d’environ 50 cibles par an sous analyse humaine à plus de 100 cibles par jour.

2.     La base de données Lavender : un système de profilage individuel basé sur la surveillance de masse à Gaza et en Cisjordanie. Grâce à l’analyse automatisée des empreintes numériques telles que les réseaux sociaux, les relevés de communication et les schémas de déplacement, l’algorithme évalue les individus et les place sur des listes d’élimination automatisées. À son pic opérationnel, il aurait identifié plus de 37 000 cibles potentielles.

3.     L’algorithme « Où est papa ? » (“Where’s Daddy?”) : un système de géolocalisation conçu pour surveiller les cibles et déclencher des frappes une fois qu’elles sont rentrées chez elles. Cette tactique a historiquement été associée à des taux fortement élevés de pertes collatérales parmi les civils et les familles des personnes ciblées.

Le cadre stratégique de la guerre algorithmique

Pour comprendre les dimensions plus profondes de la poussée technologique à Caracas et Téhéran, il est essentiel de décomposer le cadre stratégique global qui a légitimé ces opérations et accéléré leur exécution. Dans ce contexte, la Stratégie d’intelligence artificielle publiée par le ministère de l Guerre le 9 janvier 2026 constituait une approche de combat offensive visant à démanteler les barrières bureaucratiques des technologies de l’information conventionnelles. Cette doctrine reposait sur l’exploitation des avantages concurrentiels asymétriques de l’USAmérique dans les marchés de capitaux, la capacité d’innovation de modèles et le vaste référentiel de données opérationnelles accumulées sur deux décennies de conflits.

Pour traduire cette stratégie en réalité opérationnelle, plusieurs projets d’avant-garde ont été lancés avec des calendriers stricts et sous la direction individuelle directe, les voies suivantes étant les plus importantes :

  • Le projet Swarm Forge a établi un mécanisme concurrentiel visant à élargir les capacités de combat innovantes en intégrant des unités militaires d’élite avec des développeurs de technologies commerciales.
  • Le projet Agent Network s’est concentré sur la conception d’agents d’IA autonomes pour gérer l’ensemble du spectre de la bataille, de la planification stratégique des campagnes à l’exécution précise des chaînes d’élimination.
  • Le projet Ender’s Foundry a été conçu pour accélérer les cycles de simulation cognitive et les boucles de rétroaction entre les développeurs de logiciels et les opérateurs cinétiques sur le terrain.
  • La piste Open Arsenal visait à comprimer le cycle de conversion du renseignement technique en systèmes d’armes opérationnels déployables, le réduisant de plusieurs années à seulement quelques heures.
  • L’initiative GenAI.mil a assuré un accès institutionnel sécurisé et large aux principaux modèles d’IA générative, y compris Gemini et Grok, pour les cadres opérationnels classés au niveau d’impact cinq et plus.