Joachim
Guilliard, Nachgetragen,
9/1/2026
Traduit
par Tlaxcala
La forte vague de protestations qui s’est propagée en Iran fin 2025 contre la misère économique n’a pas été une surprise. Les blocus économiques sans cesse renforcés au cours de l’année et l’agression militaire directe d’Israël et des USA en juin dernier ont considérablement aggravé les problèmes économiques du pays. L’embargo auquel l’Iran est confronté est aussi vaste et brutal que celui contre Cuba.
Le pays
réussit certes à en amortir quelque peu les effets en développant le commerce
avec la Russie, la Chine et ses voisins asiatiques. Les pertes financières et
les problèmes d’approvisionnement restent néanmoins considérables. Ils
entraînent, entre autres, une dépréciation constante de la monnaie iranienne,
une perte croissante du pouvoir d’achat et une inflation élevée persistante,
qui a bondi à plus de 50 % après le rétablissement des blocus par le président usaméricain
en 2018 et se maintient depuis à une moyenne de 35 %. Les autres crises
intérieures sont également exacerbées par l’embargo. Des millions de personnes,
y compris de la classe moyenne, sont ainsi plongées dans la pauvreté. [1]
C’est
précisément l’objectif ouvertement proclamé de Trump. Les Iraniens doivent être
poussés au désespoir par une détérioration drastique de leurs conditions de
vie, au point de se soulever contre le régime. C’est d’ailleurs le calcul
général qui sous-tend les sanctions économiques [2], également poursuivi par
Berlin, Paris et Londres. Les sanctions économiques de l’ONU et de l’UE
réactivées par ces derniers via le « snapback » ont fait chuter encore plus le
taux de change et ont poussé l’inflation à près de 50 %.
Le
déclencheur des protestations actuelles a finalement été une chute extrême du
taux de change du rial par rapport au dollar. Les commerçants du bazar de
Téhéran ont alors fermé leurs boutiques et sont descendus dans la rue. Le rial
avait perdu 10 % supplémentaires de sa valeur en quelques jours. Comme cela
était exceptionnel, même pour un Iran habitué aux chutes de cours, sa direction
y voit la « main de l’ennemi ». [3]
Si les
manifestations se sont propagées dans de nombreuses régions du pays, les
espoirs des USA et de leurs alliés européens ne se sont pas concrétisés jusqu’à
présent. Même si les médias occidentaux tentent de donner une autre impression,
les protestations ne visent pas un renversement du régime, mais s’opposent
principalement à l’inflation, à la précarité de l’emploi, aux conditions de vie
difficiles et à l’insuffisance des mesures gouvernementales pour y remédier.
Face à
cette situation tendue, le gouvernement réagit avec plus de retenue que lors
des protestations précédentes.[4] Il déclare les revendications légitimes,
cherche le dialogue et a fait les premières concessions, comme des allègements
fiscaux pour les commerçants et des subventions plus élevées.[5] Le président
Massoud Pezeshkian a toutefois également reconnu que le gouvernement manquait
actuellement des moyens pour résoudre la crise économique.[6]
De toute
évidence, des groupes armés se sont également efforcés de faire escalader les
manifestations. Dans plusieurs provinces, des émeutes violentes ont éclaté, des
bâtiments ont été incendiés et des postes de police attaqués. Les forces de
sécurité iraniennes ont répondu avec une fermeté correspondante. Elles
soupçonnent, certainement non sans raison, une ingérence étrangère.
La
surveillance, les poursuites et les arrestations avaient augmenté depuis juin,
après que des attaques de drones, des attentats et des actes de sabotage depuis
le territoire iranien eurent montré à quel point des secteurs sensibles du pays
avaient été infiltrés par les services secrets israéliens et usaméricains. Les
opposants pro-occidentaux étaient ainsi davantage soupçonnés. Comme toujours,
les attaques, les efforts de déstabilisation et les blocus économiques
réduisent drastiquement les marges de manœuvre politiques de la
société civile.
Mais les
mesures d’étranglement occidentales et le soutien massif aux forces
anti-gouvernementales dans le pays n’ont rien à voir avec des efforts en faveur
de la liberté et de la démocratie. Elles ne visent pas non plus principalement
le programme nucléaire iranien. L’objectif est d’éliminer une puissance
régionale qui, par ses richesses en ressources, son haut niveau d’éducation et
ses compétences technologiques, dispose d’un énorme potentiel de développement.
Et qui – à l’instar du Venezuela – entretient des alliances stratégiques avec
la Chine, la Russie et d’autres adversaires de l’Occident, pratique un commerce
contournant le dollar et, de par sa situation géographique, est un carrefour
multipolaire.
Comme il
n’existe pas dans le pays même de forces suffisamment fortes pour installer un
régime pro-occidental, les USA, Israël et l’UE visent à ramener l’Iran au
niveau de la Syrie, de l’Irak ou du Liban.
Notes
[1] Iran nach dem Zwölf-Tage-Krieg, UZ vom 26. Dezember 2025
[2] Joachim
Guilliard, Arsenal des Faustrechts: Wirtschaftsblockaden,
Menschenrechte und der Widerstand des Südens, IMI-Studie 2024/4, 24. Mai 2024
[3] Sayyed Khamenei links currency devaluation to ‚enemy
hand’, Al Mayadeen, 3 Jan 2026
[4] Tehran adjusts its public tone as protests return, Iran International, 1.1.2026
[5] Iran President Moves to Calm Protests With Vow to Fix
Budget, Bloomberg, 30.12.2025, Iran Offers Citizens $7 a Month in a Bid to Cool
Protests, New York Times, 5.1.2026
[6] Iran’s Pezeshkian urges unity as protests over economic woes turn deadly, Aljazeera, 31/12/2025
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