08/01/2026

Un accident de moto mortel laisse la plus grave affaire de corruption sécuritaire d’Israël en suspens

 


Le juge Benny Sagi devait rendre son verdict concernant un suspect dans l’affaire des sous-marins et navires de guerre, qui porte sur deux accords avec un conglomérat allemand pour l’acquisition de sous-marins et de vedettes lance-missiles afin de défendre les champs de gaz naturel au large des côtes israéliennes (et palestiniennes).

Chen Maanit, Haaretz, 07/01/2026
Amos Harel, Josh Breiner, Yael Freidson et Meirav Arlosoroff ont contribué à ce reportage.

Traduit par Tlaxcala

La mort d’un juge de district israélien dans un accident de moto plus tôt cette semaine pourrait retarder les procédures judiciaires dans l’affaire des sous-marins et navires de guerre de 2016.

Selon des informations obtenues par Haaretz, le président du tribunal de district de Be’er Sheva, le juge Benny Sagi, devait annoncer son verdict le 26 février dans une affaire liée à ce dossier.

Dans cette affaire, le conseiller en médias Tzachi Lieber est accusé d’avoir servi d’intermédiaire pour des pots-de-vin entre Michael Ganor, qui était le représentant de la société allemande d’ingénierie industrielle ThyssenKrupp en Israël, et David Sharan, qui a été chef de cabinet du Premier ministre Netanyahou.


Le juge Benny Sagi. Photo Tomer Appelbaum

Lieber a nié toutes les accusations portées contre lui.

L’affaire des sous-marins et navires de guerre concerne deux accords avec ThyssenKrupp : l’un pour l’acquisition de deux sous-marins, et l’autre pour l’achat de vedettes lance-missiles afin de défendre les champs de gaz naturel israéliens au large des côtes palestiniennes. Netanyahou voulait également inclure des navires anti-sous-marins dans l’accord, mais des responsables de la défense se sont opposés à cette idée, qui a été mise de côté.

L’accusation principale contre le Premier ministre était qu’il avait poussé à l’achat de sous-marins supplémentaires pour la marine malgré l’opposition des responsables de la défense. Netanyahou, l’ancien chef du Mossad Yossi Cohen et l’ancien ministre de la Défense Moshe Ya’alon n’ont pas été interrogés sous caution dans « l’Affaire 3000 », nom donné à l’enquête.

L’affaire Lieber a été séparée du procès principal de Sharan et Ganor, qui se déroule devant le tribunal de district de Tel Aviv. Le parquet attendait que le procès de Lieber - en cours depuis mai 2021 - se termine avant de le citer à témoigner dans le procès de Ganor et Sharan.

Dans la plupart des cas, un accusé ne témoigne pas contre un autre accusé dans la même affaire pour exclure un conflit d’intérêts, étant donné qu’un accusé pourrait tenter d’incriminer un complice en échange d’une clémence.


Michael Ganor au tribunal, en 2019. Photo Moti Milrod

Au-delà de son impact sur l’affaire des sous-marins, la mort de Sagi juste avant le verdict soulève un dilemme complexe quant à la manière dont le procès de Lieber doit se poursuivre et être mené à son terme. L’article 233 de la loi de procédure pénale traite des situations où un juge est dans l’incapacité de terminer une affaire pénale.

Cet article stipule que lorsque « des preuves ont été entendues et que, pour quelque raison que ce soit, le juge est incapable de terminer le procès, un autre juge peut poursuivre le procès à partir du stade atteint par son prédécesseur, et peut, après avoir autorisé les parties à présenter leurs arguments sur la question, traiter les preuves recueillies par son prédécesseur comme s’il les avait recueillies lui-même, ou peut choisir de réentendre tout ou partie des soumissions de preuves ».

Cependant, il n’existe pas de précédent connu d’un juge décédé ou devenu incapable de poursuivre une affaire à un stade aussi avancé, alors qu’il s’apprêtait à rendre un verdict.

Le dilemme auquel est confronté le système est maintenant complexe. D’une part, permettre à un nouveau juge de rendre un verdict basé uniquement sur les procès-verbaux et les preuves soumises est problématique, car un verdict pénal devrait être basé sur l’impression directe du juge concernant les témoins et l’accusé, et sur leur crédibilité.

D’autre part, faire entendre à nouveau les témoins, ou certains d’entre eux, par un autre juge est également problématique et signifierait que l’affaire traînerait pendant des années. Comme mentionné, cela retarderait également le témoignage requis de Lieber dans l’affaire principale contre Sharan et Ganor.

Outre ce procès, Sagi présidait plusieurs autres affaires en cours, qui seront désormais transférées à d’autres juges.


Le président de la Cour suprême Isaac Amit (cravate, à droite) et le ministre de la Justice Yariv Levin (cravate, à gauche) aux funérailles du président du tribunal de district de Be’er Sheva Benny Sagi, mardi. Photo Tomer Appelbaum

Dans l’ensemble, la mort de Sagi a placé le tribunal de district de Be’er Sheva dans une situation difficile. Sagi, qui n’a été nommé président de district qu’il y a deux ans, était un administrateur exceptionnel et un juge respecté et apprécié, laissant un vide important derrière lui.

Six juges du tribunal doivent prendre leur retraite dans l’année à venir. La paralysie imposée par le ministre de la Justice Yariv Levin au comité des nominations judiciaires, combinée à la mort de Sagi, ont laissé le tribunal de district de Be’er Sheva dans une situation désastreuse.

Le ministre de la Justice et l’administration judiciaire devront rapidement trouver un remplaçant à Sagi, mais Levin continue de boycotter son homologue, et sans communication entre eux, ce sera une tâche complexe.

L’avocat de Lieber, Liran Zilberman, a déclaré qu’il était « profondément attristé et peiné par la mort de l’honorable juge Sagi. La manière dont l’affaire contre Lieber va se poursuivre ne dépend pas de nous, et nous attendrons la décision du tribunal sur cette question avant de déterminer nos prochaines étapes ».

Le parquet a déclaré : « La suite de la procédure concernant Lieber sera déterminée par le tribunal conformément à la loi », ajoutant qu’on ne s’attend pas à ce qu’il témoigne dans le procès de l’affaire des sous-marins dans un avenir proche, « et en tout état de cause, rien n’empêche d’entendre son témoignage ».


Netanyahu sort après une visite à l’intérieur du Rahav, le cinquième sous-marin de la flotte, après son arrivée au port de Haïfa, en 2016. Photo Baz Ratner / Reuters

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