Yul Jabour, Tribuna Popular, 29/11/2025
Traduit
par Tlaxcala
Yul Jabour Tannous (Caracas, 1970) est un militant communiste et avocat diplômé de l’Université Centrale du Venezuela. Il a intégré le Parti Communiste du Venezuela (PCV) en 1988, et il est actuellement membre de son Bureau Politique. Il a été député à l’Assemblée nationale du Venezuela pour l’État de Cojedes durant la période 2011-2016 puis pour l’État de Yaracuy entre 2016 et 2021. Il est secrétaire général du Comité de Solidarité Internationale (COSI).
Le génocide à Gaza, exécuté par l’État sioniste d’Israël depuis le 7 octobre 2023, fait partie de la stratégie usaméricaine et européenne de reconfiguration régionale connue sous le nom de « Nouveau Moyen-Orient ». Son objectif est d’affaiblir l’axe de résistance antisioniste, de consolider Israël comme puissance militaire et d’assurer le contrôle des principales sources d’énergie et routes commerciales pour le grand capital.
Le sionisme, créé et promu à l’origine par les colonialismes britannique et français au XIXᵉ siècle, puis financé par les USA et leurs alliés européens, a porté depuis la création de l’entité sioniste en 1948 un projet de nettoyage ethnique. L’offensive commencée en 2023 constitue l’un des épisodes les plus atroces enregistrés dans l’histoire contemporaine.
Le Bureau
des Médias du gouvernement à Gaza a indiqué qu’entre octobre 2023 et octobre
2025, plus de 76 600 personnes avaient été assassinées ou portées disparues
sous les décombres, dont 60 % de femmes et d’enfants. Au moins 2 605
Palestiniens ont été tués et plus de 19 000 blessés alors qu’ils cherchaient de
l’aide humanitaire.
La
destruction des infrastructures atteint 90 %, avec 80 % de la population
déplacée, du fait des attaques aériennes, d’artillerie et terrestres, ainsi que
du blocus total qui a coupé l’électricité, l’eau, le carburant et les biens
essentiels. Les zones résidentielles, les écoles, les hôpitaux et les camps de
réfugiés ont été systématiquement bombardés.
Alors que
Gaza est ravagée et soumise à des crimes de guerre et à des crimes contre
l’humanité — avec des bombardements constants et la coupure totale de
l’électricité, de l’eau et des combustibles — le ministre israélien de
l’Énergie a annoncé que BP (British Petroleum) et ENI (Ente Nazionale
Idrocarburi) avaient engagé des « investissements sans précédent » pour
l’exploration du gaz naturel*. Une fois encore, combustibles fossiles, capital
et guerre se combinent dans l’équation caractéristique des interventions
impérialistes contre les peuples.
En 2000,
Yasser Arafat annonçait la découverte des premiers gisements au large de la
côte de Gaza, baptisés Gaza Marine. Cette zone, appartenant au bassin du Levant
méditerranéen, abrite l’une des plus grandes réserves mondiales de gaz
offshore, suffisante pour approvisionner cent millions de personnes pendant
plus de deux décennies. Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies
(ONU), ces gisements s’étendent principalement au large de la Palestine et
d’Israël, et dans une moindre mesure en face du Liban et de l’Égypte. Le
rapport souligne qu’étant un système souterrain interconnecté, les réserves
doivent être considérées comme une ressource partagée ; il recommande donc une
exploitation conjointe sous une formule équitable de répartition, octroyant aux
Palestiniens une participation majoritaire tant dans les gisements situés sous
leur sous-sol que dans la part correspondante des réserves communes.
En parallèle
aux découvertes palestiniennes, Israël a lancé ses propres explorations aux
côtés de la compagnie pétrolière usaméricaine Noble Energy. Entre 2009 et 2010,
l’existence de l’énorme gisement de gaz Tamar a été confirmée. Son
développement, évalué à 3 milliards de dollars, a été financé par des banques comme
JP Morgan, Citigroup, Barclays et HSBC. En 2012, Noble Energy et ses
partenaires ont signé un contrat pour fournir du gaz à Israël pour 14 milliards
de dollars sur 15 ans, montant pouvant être porté à 23 milliards. Un autre
accord a ensuite été signé pour 32 milliards. Ces projets ont transformé
radicalement la matrice énergétique israélienne : jusqu’alors, le pays
dépendait des importations de gaz et de charbon et devait acquérir 70 % du gaz
qu’il consommait (dont 40 % provenaient d’Égypte). En 2018, Tamar générait déjà
60 % de l’électricité d’Israël. En 2020, Chevron a acquis 30 % du projet en
rachetant Noble Energy. Bien que les gisements soient situés au large, la
plateforme de traitement de Tamar opère à seulement 10 kilomètres au nord de
Gaza.
Puis une
découverte encore plus importante a suivi : le gisement Léviathan, dont les
installations ont commencé à être construites en 2017 après confirmation qu’il
contenait des réserves capables de couvrir la consommation d’Israël pendant 40
ans. Sa mise en service en 2020 a consolidé le basculement énergétique : Israël
est passé d’un statut d’île énergétique dépendante de l’extérieur à celui d’exportateur
net. Les exportations sont dirigées principalement vers l’Égypte et la
Jordanie, renforçant sa position de puissance régionale et expliquant en partie
l’inaction de ces gouvernements face à la tragédie palestinienne. En juin 2022,
la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé un
accord pour importer du gaz israélien comme alternative au gaz russe, via un
gazoduc sous-marin longeant Gaza jusqu’en Égypte, où il serait transformé en
gaz naturel liquéfié avant d’être envoyé en Europe. Outre les bénéfices
économiques, cet accord a renforcé la capacité de pression d’Israël sur l’UE.
En pleine
catastrophe humanitaire, en novembre 2023, la Commission européenne a publié
une nouvelle liste de projets énergétiques prioritaires, incluant le gazoduc
EastMed. Ce projet, officiellement appelé EuroAsia Interconnector, vise à
relier la ville israélienne de Hadera, située à 106 kilomètres au nord de Gaza,
à la Grèce via Chypre. Le gazoduc sera alimenté par les gisements chypriotes,
par Léviathan et, possiblement, par Gaza Marine.
Pendant ce
temps, Gaza Marine reste intact sous les eaux, face à un territoire qui
aujourd’hui n’a accès à aucun type de combustible. Après l’opération « Plomb
Durci » en 2008, les négociations entre la Palestine et Israël ont
définitivement échoué et Tel-Aviv a assumé le contrôle effectif des eaux
juridictionnelles palestiniennes, militarisant la côte et confisquant les
gisements, en violation flagrante du droit international.
En plus du
gaz, on trouve en Cisjordanie le gisement pétrolier Meged, dont les réserves
sont estimées à 1,5 milliard de barils, d’une valeur dépassant les 100
milliards de dollars. Bien que 80 % du champ se situe en territoire
palestinien, Israël l’exploite sans verser la moindre compensation.
À cela
s’ajoute le retour du projet israélien du canal Ben Gourion, proposé en 1956,
qui connecterait le golfe d’Aqaba à la Méditerranée comme alternative au canal
de Suez. Ce serait un canal plus long que celui d’Égypte, et dont la route prévue
passe près de la frontière nord de Gaza. Certains analystes soulignent
qu’Israël pourrait même tracer le canal en lui faisant traverser Gaza. S’il se
concrétisait, ce corridor modifierait les dynamiques du commerce mondial,
conférant à Israël une importance stratégique inédite.
Le 10
octobre a été annoncé un prétendu cessez-le-feu à Gaza, promu par les USA et
soutenu par la Turquie, l’Égypte et le Qatar. Mais loin d’être un accord de
paix, ce mécanisme constitue une extension du soi-disant « Deal du Siècle » :
il vise à transformer la bande de Gaza en un protectorat usaméricain de facto
et à laisser intacte l’occupation israélienne de toute la Palestine, en
particulier d’un territoire dont la richesse énergétique a été systématiquement
confisquée.
Cet accord
ne vise pas la paix : il fait partie intégrante des projets impérialistes
visant à redessiner « un nouveau Moyen-Orient », à assurer le contrôle des
routes stratégiques et à sécuriser l’accès aux gisements de gaz du Levant. Dans
cette logique, le régime israélien — responsable de la dévastation de Gaza et
du pillage énergétique de toute la Palestine — demeure entièrement indemne,
protégé par ceux qui bénéficient de son rôle d’enclave militaire et énergétique
dans la région.
*NdT: l'alors ministre de l'Énergie Israel Katz (devenu ensuite ministre de la Guerre) a annoncé fin octobre 2023 que 12 licences d'exploration de gaz avaient été accordées pour 3 ans à 2 consortiums : d'une part celui constitué par ENI, Dana Petroleum (filiale écossaise d'une compagnie sud-coréenne) et Ratio Energies, d'autre part celui constitué par BP, la Compagnie pétrolière d'État de l'Azerbaïdjan (SOCAR) et NewMed Energy.


