Tilvin Silva affirme que le JVP n'a jamais été un parti anti-indien et qu'il s'est uniquement opposé aux actions des gouvernements de Rajiv Gandhi et de J.R. Jayewardene, qui ont imposé un accord indo-srilankais au Sri Lanka dans les années 1980.Tilvin Silva a fait cette déclaration lors d'un entretien avec Meera Srinivasan du journal The Hindu, suite à une visite effectuée en Inde du 5 au 12 février. Nous avons traduit cet entretien à partir de sa version cinghalaise, établie par Niromi Subramaniam.-SM/FG, Tlaxcala
NdT
Tilvin Silva rejoint le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP, Front de Libération du Peuple) à la fin des années 1970, à la suite d’une rencontre avec le fondateur du parti, Rohana Wijeweera. Titulaire d’un diplôme en sciences politiques, il gravit progressivement les échelons du JVP jusqu’à devenir membre de son comité central.
À la suite d’une attaque échouée contre une base militaire importante à Vadduwa, il est arrêté et condamné à dix ans de prison. Les autorités n’ignoraient ni sa place ni son rôle au sein du JVP. Il passe son temps en prison à lire et relire les œuvres choisies de Lénine.
Il est l’un des rares dirigeants survivants de la grande répression gouvernementale de 1987-1989, au cours de laquelle le fondateur ainsi que les membres du bureau politique et du comité central furent assassinés.
Un autre survivant du bureau politique, Somawansa Amarasinghe, alors en exil à Paris et devenu plus tard chef du parti, reprend contact avec Tilvin Silva vers 1991. En 1994, à sa sortie de prison, celui-ci devient secrétaire du parti et participe activement à sa reconstruction. Théoricien ardent du marxisme-léninisme, il s’impose comme une figure historique du mouvement. Il refuse toutefois d’occuper des postes de député ou de ministre, estimant qu’il ne fallait pas suivre le modèle soviétique, qu’il considérait comme ayant conduit à la dictature du chef et à la bureaucratisation du parti, l’une des causes de son effondrement en 1990.
Q : Pourquoi
avez-vous décidé d'aller en Inde ?
R : Je n'ai pas
décidé d'y aller. J'ai reçu une invitation du Haut-Commissariat indien pour
participer au Programme des visiteurs de marque (DVP) du Conseil indien des
relations culturelles (ICCR). C'était mon premier voyage en Inde.
Q : Le
programme était-il organisé par le Haut-Commissariat ou avez-vous choisi les
lieux à visiter ?
R : Le programme
était organisé par le Haut-Commissariat, mais on m'a demandé si j'avais des
préférences particulières. J'ai dit que je souhaitais me rendre au Kerala, car
je trouvais cette région très similaire au Sri Lanka.
Q : Vous avez
visité la coopérative Amul [1].
Votre visite a-t-elle influencé la décision du gouvernement du Congrès national
du peuple d'annuler l'accord signé par le gouvernement précédent avec Amul pour
la gestion de Milko[2] et
du Conseil national de développement de l'élevage (NLDB) [3]
?
R : Cette visite
visait à présenter le développement de l'Inde, notamment l'utilisation des
technologies dans de nombreux domaines. Amul est un exemple d'entreprise où la
technologie a été mise au service des éleveurs laitiers, ce qui a permis
d'améliorer considérablement leurs conditions de vie. Nous avons clairement
indiqué au gouvernement indien que l'industrie laitière sri-lankaise est sous
contrôle étatique. Cependant, nous sommes disposés à solliciter une aide pour
développer ce secteur, en particulier pour l'introduction de nouvelles
technologies. l'inde a accepté notre position.
Q : On a
souvent dit que votre parti était anti-indien, puisqu'il a complètement changé
d'attitude et choisi de se rapprocher de l'Inde, n'est-ce pas ?
R : Nous n'avons
jamais été contre l'Inde ni contre sa population. Nous nous sommes opposés au
gouvernement indien de Rajiv Gandhi et au gouvernement sri-lankais de J.R.
Jayewardene, ainsi qu'à leurs politiques. C’est pourquoi nous avons combattu
leurs décisions dans le contexte du pacte indo-sri-lankais[4].
Aujourd’hui encore, nous affirmons que cela n’aurait pas dû se produire. C’était
il y a 38 ans ; le monde a changé. L’Inde a changé, et nous aussi. Le passé ne
doit pas entraver les relations futures. Si nous suivions cette logique, nous
serions incapables de traiter avec la Grande-Bretagne. Ils nous ont colonisés ;
ils ont réprimé les rébellions de 1815 et de 1848, etc., mais nous avons su
nous relever. L’histoire est l’histoire , elle ne peut pas être un mur pour
l'avenir. Nous en avons tous tiré des leçons. Nous devons agir en fonction du
présent. Il est erroné de vivre dans le passé.
Q : La
position anti-indienne de votre parti, en particulier entre 1988 et 1990, a
causé de nombreuses destructions et sabotages ; de nombreuses vies auraient pu
être sauvées et des biens publics préservés, n’est-ce pas ?
R : M. J.R.
Jayewardene aurait pu empêcher ces destructions. Cette situation ne se serait
pas produite s’il n’avait pas signé cet accord sans même en informer son
cabinet et en tenant le public dans l’ignorance. Gamani Jayasuriya, l’un de ses
ministres, a démissionné en signe de protestation. Les manifestations, d’abord
pacifiques, ont dégénéré en violences lorsque le gouvernement de J.R.
Jayewardene a brutalement réprimé les manifestants, faisant plus de 144 morts
par balles réelles en une journée. De ce fait, il ne restait d’autre choix que
de mener une lutte armée contre la dictature.
Q : Regrettez-vous,
vous et votre parti, la manière dont vous avez réagi aux agissements du
gouvernement ?
R : Isaac Newton
lui-même disait que « à toute action correspond une réaction égale et opposée
». Nous n’avons pas agi ; nous avons seulement réagi. Si notre parti n’avait
pas été interdit sur la base de fausses accusations d’implication dans les
émeutes de 1983, nous n’aurions pas été contraints de faire de la politique
dans la clandestinité. Sans cette interdiction, nous aurions pu agir librement
et légalement. Nous aurions pu manifester ouvertement, comme nous l’avons fait
ces dernières années depuis 1994, mais nous avons perdu ce droit d'existence
dans le paysage politique sri lankais. C’est à eux de regretter ce qui s’est
passé, pas à nous. S’ils ne montrent aucun remords, pourquoi le ferions-nous ?
Nous pensons que ce qui s’est passé n’aurait pas dû se produire, mais c’est
pourtant arrivé. Nous l’avons dit à maintes reprises : la responsabilité incombe
au gouvernement de l’UNP alors au pouvoir, et non à nous. Le gouvernement de
J.R. Jayewardene n’a laissé aucun de ses opposants faire de la politique
librement. Nous avons réagi comme nous le pouvions. Si certaines choses se sont
produites qui n’auraient pas dû se produire, nous le regrettons. Mais aucun
membre du Parti national uni (UNP) n’a jamais exprimé de regrets quant aux
événements de cette époque.
Q : Le JVP
a-t-il été impliqué, de quelque manière que ce soit, dans les violences
anti-tamoules de 1983 ?
R : Si nous avions
été impliqués, nous aurions dû faire l’objet d’au moins une poursuite
judiciaire. Il est clair que l’UNP a orchestré ce massacre. Ils s’en sont
servis pour interdire le JVP, ainsi que le Parti communiste du Sri Lanka et le
Nouveau Parti Sama Samaja (NSSP).
Q : Comment
le JVP gère-t-il les relations avec l’Inde et la Chine ?
R : Notre politique
étrangère est claire. Nous ne trompons aucun pays, nous ne mentons pas ; nous
sommes honnêtes dans nos relations. L’Inde est notre voisine et nous
entretenons avec elle des relations étroites. La Chine est également un
partenaire important. Le Pakistan et le Bangladesh sont aussi nos amis. Le
succès du match de cricket Pakistan–Inde, qui s’est tenu récemment à Colombo
grâce à l’intervention du président (Anura Kumara Dissanayake), démontre
l’efficacité de notre politique étrangère et prouve qu’aucun pays ne trahira
l’autre. C’est la politique étrangère la plus adaptée à notre époque.




